LIVRE SECOND

Tous les amours, toutes les imaginations, prennent dans les individus la couleur des six tempéraments:

Le sanguin, ou le Français, ou M. de Francueil (Mémoires de Mmed'Épinay);

Le bilieux, ou l'Espagnol, ou Lauzun (Peguilhen des Mémoires de Saint-Simon);

Le mélancolique, ou l'Allemand, ou le don Carlos de Schiller;

Le flegmatique, ou le Hollandais;

Le nerveux, ou Voltaire;

L'athlétique, ou Milon de Crotone[128].

[128]Voir Cabanis, influence du physique, etc.

[128]Voir Cabanis, influence du physique, etc.

Si l'influence des tempéraments se fait sentir dans l'ambition, l'avarice, l'amitié, etc., etc., que sera-ce dans l'amour, qui a un mélange forcé de physique?

Supposons que tous les amours puissent se rapporter aux quatre variétés que nous avons notées:

Amour-passion, ou Julie d'Étanges;

Amour-goût, ou galanterie;

Amour physique;

Amour de vanité (une duchesse n'a jamais que trente ans pour un bourgeois).

Il faut faire passer ces quatre amours par les six variétés dépendantes des habitudes que les six tempéraments donnent à l'imagination. Tibère n'avait pas l'imagination folle de Henri VIII.

Faisons passer ensuite toutes les combinaisons que nous aurons obtenues par les différences d'habitudes dépendantes des gouvernements ou des caractères nationaux:

1oLe despotisme asiatique tel qu'on le voit à Constantinople;

2oLa monarchie absolue à la Louis XIV;

3oL'aristocratie masquée par une charte, ou le gouvernement d'une nation au profit des riches, comme l'Angleterre, le tout suivant les règles de la morale soi-disant biblique;

4oLa république fédérative, ou le gouvernement au profit de tous, comme aux États-Unis d'Amérique;

5oLa monarchie constitutionnelle, ou…

6oUn État en révolution, comme l'Espagne, le Portugal, la France. Cette situation d'un pays, donnant une passion vive à tout le monde, met du naturel dans les mœurs, détruit les niaiseries, les vertus de convention, les convenances bêtes[129], donne du sérieux à la jeunesse, et lui fait mépriser l'amour de vanité et négliger la galanterie.

[129]Les souliers sans rubans du ministre Roland: «Ah! Monsieur, tout est perdu», répond Dumourier. A la séance royale, le président de l'assemblée croise les jambes.

[129]Les souliers sans rubans du ministre Roland: «Ah! Monsieur, tout est perdu», répond Dumourier. A la séance royale, le président de l'assemblée croise les jambes.

Cet état peut durer longtemps et former les habitudes d'une génération. En France, il commença en 1788, fut interrompu en 1802, et recommença en 1815, pour finir Dieu sait quand.

Après toutes ces manières générales de considérer l'amour, on a les différences d'âge, et l'on arrive enfin aux particularités individuelles.

Par exemple, on pourrait dire:

J'ai trouvé à Dresde, chez le comte Woltstein, l'amour de vanité, le tempérament mélancolique, les habitudes monarchiques, l'âge de trente ans, et… les particularités individuelles.

Cette manière de voir les choses abrège et communique de la froideur à la tête de celui qui juge de l'amour, chose essentielle et fort difficile.

Or, comme en physiologie l'homme ne sait presque rien sur lui-même que par l'anatomie comparée, de même, dans les passions, la vanité et plusieurs autres causes d'illusion font que nous ne pouvons être éclairés sur ce qui se passe dans nous que par les faiblesses que nous avons observées chez les autres. Si par hasard cet essai a un effet utile, ce sera de conduire l'esprit à faire de ces sortes de rapprochements. Pour engager à les faire, je vais essayer d'esquisser quelques traits généraux du caractère de l'amour chez les diverses nations.

Je prie qu'on me pardonne si je reviens souvent à l'Italie: dans l'état actuel des mœurs de l'Europe, c'est le seul pays où croisse en liberté la plante que je décris. En France, la vanité; en Allemagne, une prétendue philosophie folle à mourir de rire; en Angleterre, un orgueil timide, souffrant, rancunier, la torturent, l'étouffent, ou lui font prendre une direction baroque[130].

[130]On ne se sera que trop aperçu que ce traité est fait de morceaux écrits à mesure que Lisio Visconti voyait les anecdotes se passer sous ses yeux, dans ses voyages. L'on trouve toutes ces anecdotes contées au long dans le journal de sa vie; peut-être aurais-je dû les insérer, mais on les eût trouvées peu convenables. Les notes les plus anciennes portent la date de Berlin, 1807, et les dernières sont de quelques jours avant sa mort, juin 1819. Quelques dates ont été altérées exprès pour n'être pas indiscret; mais à cela se bornent tous mes changements: je ne me suis pas cru autorisé à refondre le style. Ce livre a été écrit en cent lieux divers, puisse-t-il être lu de même.

[130]On ne se sera que trop aperçu que ce traité est fait de morceaux écrits à mesure que Lisio Visconti voyait les anecdotes se passer sous ses yeux, dans ses voyages. L'on trouve toutes ces anecdotes contées au long dans le journal de sa vie; peut-être aurais-je dû les insérer, mais on les eût trouvées peu convenables. Les notes les plus anciennes portent la date de Berlin, 1807, et les dernières sont de quelques jours avant sa mort, juin 1819. Quelques dates ont été altérées exprès pour n'être pas indiscret; mais à cela se bornent tous mes changements: je ne me suis pas cru autorisé à refondre le style. Ce livre a été écrit en cent lieux divers, puisse-t-il être lu de même.

Je cherche à me dépouiller de mes affections et à n'être qu'un froid philosophe.

Formées par les aimables Français, qui n'ont que de la vanité et des désirs physiques, les femmes françaises sont des êtres moins agissants, moins énergiques, moins redoutés, et surtout moins aimés et moins puissants que les femmes espagnoles et italiennes.

Une femme n'est puissante que par le degré de malheur dont elle peut punir son amant; or, quand on n'a que de la vanité, toute femme est utile, aucune n'est nécessaire; le succès flatteur est de conquérir et non de conserver. Quand on n'a que des désirs physiques, on trouve les filles, et c'est pourquoi les filles de France sont charmantes, et celles de l'Espagne fort mal. En France, les filles peuvent donner à beaucoup d'hommes autant de bonheur que les femmes honnêtes, c'est-à-dire du bonheur sans amour, et il y a toujours une chose qu'un Français respecte plus que sa maîtresse: c'est sa vanité.

Un jeune homme de Paris prend dans une maîtresse une sorte d'esclave, destinée surtout à lui donner des jouissances de vanité. Si elle résiste aux ordres de cette passion dominante, il la quitte, et n'en est que plus content de lui en disant à ses amis avec quelle supériorité de manières, avec quel piquant de procédés il l'a plantée là.

Un Français qui connaissait bien son pays (Meilhan) dit: «En France, les grandes passions sont aussi rares que les grands hommes.»

La langue manque de termes pour dire combien est impossible pour un Français le rôle d'amant quitté, et au désespoir, au vu et au su de toute une ville. Rien de plus commun à Venise ou à Bologne.

Pour trouver l'amour à Paris, il faut descendre jusqu'aux classes dans lesquelles l'absence de l'éducation et de la vanité et la lutte avec les vrais besoins ont laissé plus d'énergie.

Se laisser voir avec un grand désir non satisfait, c'est laisser voirsoi inférieur, chose impossible en France, si ce n'est pour les gens au-dessous de tout; c'est prêter le flanc à toutes les mauvaises plaisanteries possibles: de là les louanges exagérées des filles dans la bouche des jeunes gens qui redoutent leur cœur. L'appréhension extrême et grossière de laisser voirsoi inférieurfait le principe de la conversation des gens de province. N'en a-t-on pas vu un dernièrement qui, en apprenant l'assassinat de monseigneur le duc de Berri, a répondu: «Je le savais[131].»

[131]Historique. Plusieurs, quoique fort curieux, sont choqués d'apprendre des nouvelles: ils redoutent de paraître inférieurs à celui qui les leur conte.

[131]Historique. Plusieurs, quoique fort curieux, sont choqués d'apprendre des nouvelles: ils redoutent de paraître inférieurs à celui qui les leur conte.

Au moyen âge, la présence du dangertrempaitles cœurs, et c'est là, si je ne me trompe, la seconde cause de l'étonnante supériorité des hommes duXVIesiècle. L'originalité, qui est chez nous rare, ridicule, dangereuse et souvent affectée, était alors commune et sans fard. Les pays où le danger montre encore souvent sa main de fer, comme la Corse[132], l'Espagne, l'Italie, peuvent encore donner de grands hommes. Dans ces climats, où une chaleur brûlante exalte la bile pendant trois mois de l'année, ce n'est que ladirectiondu ressort qui manque; à Paris, j'ai peur que ce soit leressortlui-même[133].

[132]Mémoires de M. Réalier-Dumas. La Corse, qui, par sa population, cent quatre-vingt mille âmes, ne formerait pas la moitié de la plupart des départements français, a donné, dans ces derniers temps, Salliceti, Pozzo-di-Borgo, le général Sébastiani, Cervioni, Abbatucci, Lucien et Napoléon Bonaparte, Arena. Le département du Nord, qui a neuf cent mille habitants, est loin d'une pareille liste. C'est qu'en Corse chacun, en sortant de chez soi, peut rencontrer un coup de fusil; et le Corse, au lieu de se soumettre en vrai chrétien, cherche à se défendre et surtout à se venger. Voilà comment se fabriquent les âmes à la Napoléon. Il y a loin de là à un palais garni de menins et de chambellans, et à Fénelon obligé de raisonner son respect pourmonseigneur, parlant à monseigneur lui-même âgé de douze ans. Voir les ouvrages de ce grand écrivain.

[132]Mémoires de M. Réalier-Dumas. La Corse, qui, par sa population, cent quatre-vingt mille âmes, ne formerait pas la moitié de la plupart des départements français, a donné, dans ces derniers temps, Salliceti, Pozzo-di-Borgo, le général Sébastiani, Cervioni, Abbatucci, Lucien et Napoléon Bonaparte, Arena. Le département du Nord, qui a neuf cent mille habitants, est loin d'une pareille liste. C'est qu'en Corse chacun, en sortant de chez soi, peut rencontrer un coup de fusil; et le Corse, au lieu de se soumettre en vrai chrétien, cherche à se défendre et surtout à se venger. Voilà comment se fabriquent les âmes à la Napoléon. Il y a loin de là à un palais garni de menins et de chambellans, et à Fénelon obligé de raisonner son respect pourmonseigneur, parlant à monseigneur lui-même âgé de douze ans. Voir les ouvrages de ce grand écrivain.

[133]A Paris, pour être bien, il faut faire attention à un million de petites choses. Cependant voici une objection très forte. L'on compte beaucoup plus de femmes qui se tuent par amour, à Paris, que dans toutes les villes d'Italie ensemble. Ce fait m'embarrasse beaucoup; je ne sais qu'y répondre pour le moment, mais il ne change pas mon opinion. Peut-être que la mort paraît peu de chose dans ce moment aux Français, tant la vie ultra civilisée est ennuyeuse, ou plutôt, on se brûle la cervelle, outré d'un malheur de vanité.

[133]A Paris, pour être bien, il faut faire attention à un million de petites choses. Cependant voici une objection très forte. L'on compte beaucoup plus de femmes qui se tuent par amour, à Paris, que dans toutes les villes d'Italie ensemble. Ce fait m'embarrasse beaucoup; je ne sais qu'y répondre pour le moment, mais il ne change pas mon opinion. Peut-être que la mort paraît peu de chose dans ce moment aux Français, tant la vie ultra civilisée est ennuyeuse, ou plutôt, on se brûle la cervelle, outré d'un malheur de vanité.

Beaucoup de nos jeunes gens, si braves d'ailleurs à Montmirail ou au bois de Boulogne, ont peur d'aimer, et c'est réellement par pusillanimité qu'on les voit à vingt ans fuir la vue d'une jeune fille qu'ils ont trouvée jolie. Quand ils se rappellent ce qu'ils ont lu dans les romans qu'il estconvenablequ'un amant fasse, ils se sentent glacés. Ces âmes froides ne conçoivent pas que l'orage des passions, en formant les ondes de la mer, enfle les voiles du vaisseau et lui donne la force de les surmonter.

L'amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un précipice affreux. Outre le ridicule, l'amour voit toujours à ses côtés le désespoir d'être quitté par ce qu'on aime, et il ne reste plus qu'undead blankpour tout le reste de la vie.

La perfection de la civilisation serait de combiner tous les plaisirs délicats duXIXesiècle avec la présence plus fréquente du danger[134]. Il faudrait que les jouissances de la vie privée pussent être augmentées à l'infini en s'exposant souvent au danger. Ce n'est pas purement du danger militaire que je parle. Je voudrais ce danger de tous les moments, sous toutes les formes, et pour tous les intérêts de l'existence qui formaient l'essence de la vie au moyen âge. Le danger, tel que notre civilisation l'a arrangé et paré, s'allie fort bien avec la plus ennuyeuse faiblesse de caractère.

[134]J'admire les mœurs du temps de Louis XIV: on passait sans cesse et en trois jours des salons de Marly aux champs de bataille de Senef et de Ramillies. Les épouses, les mères, les amantes, étaient dans des transes continuelles. Voir les Lettres de Mmede Sévigné. La présence du danger avait conservé dans la langue une énergie et une franchise que nous n'oserions plus hasarder aujourd'hui; mais aussi M. de Lameth tuait l'amant de sa femme. Si un Walter Scott nous faisait un roman du temps de Louis XIV, nous serions bien étonnés.

[134]J'admire les mœurs du temps de Louis XIV: on passait sans cesse et en trois jours des salons de Marly aux champs de bataille de Senef et de Ramillies. Les épouses, les mères, les amantes, étaient dans des transes continuelles. Voir les Lettres de Mmede Sévigné. La présence du danger avait conservé dans la langue une énergie et une franchise que nous n'oserions plus hasarder aujourd'hui; mais aussi M. de Lameth tuait l'amant de sa femme. Si un Walter Scott nous faisait un roman du temps de Louis XIV, nous serions bien étonnés.

Je vois dansA voice from Saint-Helena, de M. O'Meara, ces paroles d'un grand homme:

«Dire à Murat: Allez et détruisez ces sept à huit régiments ennemis qui sont là-bas dans la plaine, près de ce clocher; à l'instant il partait comme un éclair, et, de quelque peu de cavalerie qu'il fût suivi, bientôt les régiments ennemis étaient enfoncés, tués, anéantis. Laissez cet homme à lui-même, vous n'aviez plus qu'un imbécile sans jugement. Je ne puis concevoir comment un homme si brave était si lâche. Il n'était brave que devant l'ennemi; mais là, c'était probablement le soldat le plus brillant et le plus hardi de toute l'Europe.

«C'était un héros, un Saladin, un Richard Cœur-de-Lion sur le champ de bataille: faites-le roi et placez-le dans une salle de conseil, vous n'aviez plus qu'un poltron sans décision ni jugement. Murat et Ney sont les hommes les plus braves que j'ai connus.» (O'Meara, tome II, page 94.)

Je demande la permission de médire encore un peu de la France. Le lecteur ne doit pas craindre de voir ma satire rester impunie; si cet essai trouve des lecteurs, mes injures me seront rendues au centuple; l'honneur national veille.

La France est importante dans le plan de ce livre, parce que Paris, grâce à la supériorité de sa conversation et de sa littérature, est et sera toujours le salon de l'Europe.

Les trois quarts des billets du matin, à Vienne comme à Londres, sont écrits en français, ou pleins d'allusions, et de citations aussi en français[135], et Dieu sait quel français.

[135]Les écrivains les plus graves croient, en Angleterre, se donner un air cavalier en citant des mots français qui, la plupart, n'ont jamais été français que dans les grammaires anglaises. Voir les rédacteurs de l'Edinburgh-Review; voir les Mémoires de la comtesse de Lichtnau, maîtresse de l'avant-dernier roi de Prusse.

[135]Les écrivains les plus graves croient, en Angleterre, se donner un air cavalier en citant des mots français qui, la plupart, n'ont jamais été français que dans les grammaires anglaises. Voir les rédacteurs de l'Edinburgh-Review; voir les Mémoires de la comtesse de Lichtnau, maîtresse de l'avant-dernier roi de Prusse.

Sous le rapport des grandes passions, la France est, ce me semble, privée d'originalité par deux causes:

1oLe véritable honneur ou le désir de ressembler à Bayard, pour être honoré dans le monde et y voir chaque jour notre vanité satisfaite;

2oL'honneur bête ou le désir de ressembler aux gens de bon ton, du grand monde de Paris. L'art d'entrer dans un salon, de marquer de l'éloignement à un rival, de se brouiller avec sa maîtresse, etc.

L'honneur bête, d'abord par lui-même, comme capable d'être compris par les sots, et ensuite comme s'appliquant à des actions de tous les jours, et même de toutes les heures, est beaucoup plus utile que l'honneur vrai aux plaisirs de notre vanité. On voit des gens très bien reçus dans le monde avec de l'honneur bête sans honneur vrai, et le contraire est impossible.

Le ton du grand monde est:

1oDe traiter avec ironie tous les grands intérêts. Rien de plus naturel; autrefois les gens véritablement du grand monde ne pouvaient être profondément affectés par rien; ils n'en avaient pas le temps. Le séjour à la campagne change cela. D'ailleurs, c'est une position contre nature pour un Français que de se laisser voiradmirant[136], c'est-à-dire inférieur, non seulement à ce qu'il admire, passe encore pour cela, mais même à son voisin, si ce voisin s'avise de se moquer de ce qu'il admire.

[136]L'admiration de mode, comme Hume vers 1775, ou Franklin en 1784, ne fait pas objection.

[136]L'admiration de mode, comme Hume vers 1775, ou Franklin en 1784, ne fait pas objection.

En Allemagne, en Italie, en Espagne, l'admiration est, au contraire, pleine de bonne foi et de bonheur; là l'admirant a orgueil de ses transports et plaint le siffleur: je ne dis pas le moqueur, c'est un rôle impossible dans des pays où le seul ridicule est de manquer la route du bonheur, et non l'imitation d'une certaine manière d'être. Dans le Midi, la méfiance et l'horreur d'être troublé dans des plaisirs vivement sentis met une admiration innée pour le luxe et la pompe. Voyez les cours de Madrid et de Naples, voyez unefunzioneà Cadix, cela va jusqu'au délire[137].

[137]Voyage en Espagne de M. Semple; il peint vrai, et l'on trouvera une description de la bataille de Trafalgar, entendue dans le lointain, qui laisse un souvenir.

[137]Voyage en Espagne de M. Semple; il peint vrai, et l'on trouvera une description de la bataille de Trafalgar, entendue dans le lointain, qui laisse un souvenir.

2oUn Français se croit l'homme le plus malheureux et presque le plus ridicule s'il est obligé de passer son temps seul. Or, qu'est-ce que l'amour sans solitude?

3oUn homme passionné ne pense qu'à soi, un homme qui veut de la considération ne pense qu'à autrui; il y a plus: avant 1789, la sûreté individuelle ne se trouvait en France qu'en faisant partie d'uncorps, la robe, par exemple[138], et étant protégé par les membres de ce corps. La pensée de votre voisin était donc partie intégrante et nécessaire de votre bonheur. Cela était encore plus vrai à la cour qu'à Paris. Il est facile de sentir combien ces habitudes, qui, à la vérité, perdent tous les jours de leur force, mais dont les Français ont encore pour un siècle, favorisent les grandes passions.

[138]Correspondance de Grimm, janvier 1783.«M. le comte de N***, capitaine en survivance des gardes de Monsieur, piqué de ne plus trouver de place au balcon, le jour de l'ouverture de la nouvelle salle, s'avisa fort mal à propos de disputer la sienne à un honnête procureur; celui-ci, maître Pernot, ne voulut jamais désemparer.—Vous prenez ma place.—Je garde la mienne.—Et qui êtes-vous?—Je suis monsieur six francs… (c'est le prix de ces places). Et puis des mots plus vifs, des injures, des coups de coude. Le comte de N*** poussa l'indiscrétion au point de traiter le pauvre robin de voleur, et prit enfin sur lui d'ordonner au sergent de service de s'assurer de sa personne et de le conduire au corps de garde. Maître Pernot s'y rendit avec beaucoup de dignité, et n'en sortit que pour aller déposer sa plainte chez un commissaire. Le redoutable corps dont il a l'honneur d'être membre n'a jamais voulu consentir qu'il s'en désistât. L'affaire vient d'être jugée au parlement. M. de *** a été condamné à tous les dépens, à faire réparation au procureur, à lui payer deux mille écus de dommages et intérêts, applicables, de son consentement, aux pauvres prisonniers de la Conciergerie; de plus, il est enjoint très expressément audit comte de ne plus prétexter des ordres du roi pour troubler le spectacle, etc. Cette aventure a fait beaucoup de bruit, il s'y est mêlé de grands intérêts: toute la robe a cru être insultée par l'outrage fait à un homme de sa livrée, etc. M. de ***, pour faire oublier son aventure, est allé chercher des lauriers au camp de Saint-Roch. Il ne pouvait mieux faire, a-t-on dit, car on ne peut douter de son talent pour emporter les places de haute lutte.» Supposez un philosophe obscur au lieu de maître Pernot. Utilité du duel.Grimm, troisième partie, tome II, p. 102.Voir plus loin, p. 496, une lettre assez raisonnable de Beaumarchais, qui refuse une loge grillée qu'un de ses amis lui demandait pourFigaro. Tant qu'on a cru que cette réponse s'adressait à un duc, la fermentation a été grande, et l'on parlait de punitions graves. On n'a plus fait qu'en rire quand Beaumarchais a déclaré que sa lettre était adressée à M. le président du Paty. Il y a loin de 1785 à 1822! Nous ne comprenons plus ces sentiments. Et l'on veut que la même tragédie qui touchait ces gens-là soit bonne pour nous!

[138]Correspondance de Grimm, janvier 1783.

«M. le comte de N***, capitaine en survivance des gardes de Monsieur, piqué de ne plus trouver de place au balcon, le jour de l'ouverture de la nouvelle salle, s'avisa fort mal à propos de disputer la sienne à un honnête procureur; celui-ci, maître Pernot, ne voulut jamais désemparer.—Vous prenez ma place.—Je garde la mienne.—Et qui êtes-vous?—Je suis monsieur six francs… (c'est le prix de ces places). Et puis des mots plus vifs, des injures, des coups de coude. Le comte de N*** poussa l'indiscrétion au point de traiter le pauvre robin de voleur, et prit enfin sur lui d'ordonner au sergent de service de s'assurer de sa personne et de le conduire au corps de garde. Maître Pernot s'y rendit avec beaucoup de dignité, et n'en sortit que pour aller déposer sa plainte chez un commissaire. Le redoutable corps dont il a l'honneur d'être membre n'a jamais voulu consentir qu'il s'en désistât. L'affaire vient d'être jugée au parlement. M. de *** a été condamné à tous les dépens, à faire réparation au procureur, à lui payer deux mille écus de dommages et intérêts, applicables, de son consentement, aux pauvres prisonniers de la Conciergerie; de plus, il est enjoint très expressément audit comte de ne plus prétexter des ordres du roi pour troubler le spectacle, etc. Cette aventure a fait beaucoup de bruit, il s'y est mêlé de grands intérêts: toute la robe a cru être insultée par l'outrage fait à un homme de sa livrée, etc. M. de ***, pour faire oublier son aventure, est allé chercher des lauriers au camp de Saint-Roch. Il ne pouvait mieux faire, a-t-on dit, car on ne peut douter de son talent pour emporter les places de haute lutte.» Supposez un philosophe obscur au lieu de maître Pernot. Utilité du duel.

Grimm, troisième partie, tome II, p. 102.

Voir plus loin, p. 496, une lettre assez raisonnable de Beaumarchais, qui refuse une loge grillée qu'un de ses amis lui demandait pourFigaro. Tant qu'on a cru que cette réponse s'adressait à un duc, la fermentation a été grande, et l'on parlait de punitions graves. On n'a plus fait qu'en rire quand Beaumarchais a déclaré que sa lettre était adressée à M. le président du Paty. Il y a loin de 1785 à 1822! Nous ne comprenons plus ces sentiments. Et l'on veut que la même tragédie qui touchait ces gens-là soit bonne pour nous!

Je crois voir un homme qui se jette par la fenêtre, mais qui cherche pourtant à avoir une position gracieuse en arrivant sur le pavé.

L'homme passionné est comme lui et non comme un autre, source de tous les ridicules en France; et de plus il offense les autres, ce qui donne des ailes au ridicule.

Le bonheur de l'Italie est d'être laissée à l'inspiration du moment, bonheur partagé jusqu'à un certain point par l'Allemagne et l'Angleterre.

De plus, l'Italie est un pays où l'utile, qui fut la vertu des républiques du moyen âge[139], n'a pas été détrôné par l'honneur ou la vertu arrangée à l'usage des rois[140], et l'honneur vrai ouvre les voies à l'honneur bête; il accoutume à se demander: Quelle idée le voisin se fait-il de mon bonheur? et le bonheur de sentiment ne peut être l'objet de vanité, car il est invisible[141]. Pour preuve de tout cela, la France est le pays du monde où il y a le moins de mariages d'inclination[142].

[139]G. Pechio nelle sue vivacissime lettere ad una bella giovane Inglese sopra la Spagna libera, laquale è un medio-evo, non redidivo, ma sempre vivo dice, pagina 60:«Lo scopo degli Spagnuoli non era la gloria, ma la indipendenza. Se gli Spagnuoli non si fossero battuti che per l'onore, la guerra era finita colla bataglia di Tudela. L'onore è di una natura bizarra, macchiato una volta, perde tutta la forza per agire… L'esercito di linea spagnuolo imbevuto anch' egli, dei pregiudizj d'ell onore (vale a dire fatto Europeo moderno) vinto che fosse si sbandava col pensiero che tutto coll'onoreera perduto, etc.»

[139]G. Pechio nelle sue vivacissime lettere ad una bella giovane Inglese sopra la Spagna libera, laquale è un medio-evo, non redidivo, ma sempre vivo dice, pagina 60:

«Lo scopo degli Spagnuoli non era la gloria, ma la indipendenza. Se gli Spagnuoli non si fossero battuti che per l'onore, la guerra era finita colla bataglia di Tudela. L'onore è di una natura bizarra, macchiato una volta, perde tutta la forza per agire… L'esercito di linea spagnuolo imbevuto anch' egli, dei pregiudizj d'ell onore (vale a dire fatto Europeo moderno) vinto che fosse si sbandava col pensiero che tutto coll'onoreera perduto, etc.»

[140]Un homme s'honore, en 1620, en disant sans cesse, et le plus servilement qu'il peut:Le roi mon maître(voir les mémoires de Noailles, de Torcy et de tous les ambassadeurs de Louis XIV); c'est tout simple: par ce tour de phrase, il proclame lerangqu'il occupe parmi les sujets. Ce rang qu'il tient du roi remplace, dans l'attention et dans l'estime de ces hommes, le rang qu'il tenait dans la Rome antique de l'opinion de ses concitoyens qui l'avaient vu combattre à Trasimène et parler au Forum. On bat en brèche la monarchie absolue en ruinant lavanitéet ses ouvrages avancés qu'elle appelle lesconvenances. La dispute entre Shakespeare et Racine n'est qu'une des formes de la dispute entre Louis XIV et la Charte.

[140]Un homme s'honore, en 1620, en disant sans cesse, et le plus servilement qu'il peut:Le roi mon maître(voir les mémoires de Noailles, de Torcy et de tous les ambassadeurs de Louis XIV); c'est tout simple: par ce tour de phrase, il proclame lerangqu'il occupe parmi les sujets. Ce rang qu'il tient du roi remplace, dans l'attention et dans l'estime de ces hommes, le rang qu'il tenait dans la Rome antique de l'opinion de ses concitoyens qui l'avaient vu combattre à Trasimène et parler au Forum. On bat en brèche la monarchie absolue en ruinant lavanitéet ses ouvrages avancés qu'elle appelle lesconvenances. La dispute entre Shakespeare et Racine n'est qu'une des formes de la dispute entre Louis XIV et la Charte.

[141]On ne peut l'évaluer que sur les actions non réfléchies.

[141]On ne peut l'évaluer que sur les actions non réfléchies.

[142]Miss O'Neil, Mrs Couts, et la plupart des grandes actrices anglaises quittent le théâtre pour se marier richement.

[142]Miss O'Neil, Mrs Couts, et la plupart des grandes actrices anglaises quittent le théâtre pour se marier richement.

D'autres avantages de l'Italie, c'est le loisir profond sous un ciel admirable et qui porte à être sensible à la beauté sous toutes les formes. C'est une défiance extrême et pourtant raisonnable qui augmente l'isolement et double le charme de l'intimité, c'est le manque de la lecture des romans et presque de toute lecture qui laisse encore plus à l'inspiration du moment; c'est la passion de la musique qui excite dans l'âme un mouvement si semblable à celui de l'amour.

En France, vers 1770, il n'y avait pas de méfiance; au contraire, il était du bel usage de vivre et de mourir en public, et comme la duchesse de Luxembourg était intime avec cent amis, il n'y avait pas non plus d'intimité ou d'amitié proprement dites.

En Italie, comme avoir une passion n'est pas un avantage très rare, ce n'est pas un ridicule[143], et l'on entend citer tout haut dans les salons des maximes générales sur l'amour. Le public connaît les symptômes et les périodes de cette maladie et s'en occupe beaucoup. On dit à un homme quitté: «Vous allez être au désespoir pendant six mois; mais ensuite vous guérirez comme un tel, un tel, etc.»

[143]On passe la galanterie aux femmes, mais l'amour leur donne du ridicule, écrivait le judicieux abbé Girard, à Paris, en 1740.

[143]On passe la galanterie aux femmes, mais l'amour leur donne du ridicule, écrivait le judicieux abbé Girard, à Paris, en 1740.

En Italie, les jugements du public sont les très humbles serviteurs des passions. Le plaisir réel y exerce le pouvoir qui ailleurs est aux mains de la société; c'est tout simple, la société ne donnant presque point de plaisirs à un peuple qui n'a pas le temps d'avoir de la vanité, et qui veut se faire oublier du pacha, elle n'a que peu d'autorité. Les ennuyés blâment bien les passionnés, mais on se moque d'eux. Au midi des Alpes, la société est un despote qui manque de cachots.

A Paris, comme l'honneur commande de défendre l'épée à la main, ou par de bons mots si l'on peut, toutes les avenues de tout grand intérêt avoué, il est bien plus commode de se réfugier dans l'ironie. Plusieurs jeunes gens ont pris un autre parti, c'est de se faire de l'école de J.-J. Rousseau et de Mmede Staël. Puisque l'ironie est devenue une manière vulgaire, il a bien fallu avoir du sentiment. Un de Pezai, de nos jours, écrivait comme M. Darlincourt; d'ailleurs, depuis 1789, les événements combattent en faveur de l'utileou de la sensation individuelle contre l'honneurou l'empire de l'opinion; le spectacle des chambres apprend à tout discuter, même la plaisanterie. La nation devient sérieuse, la galanterie perd du terrain.

Je dois dire, comme Français, que ce n'est pas un petit nombre de fortunes colossales qui fait la richesse d'un pays, mais la multiplicité des fortunes médiocres. Par tous pays les passions sont rares, et la galanterie a plus de grâces et de finesse et par conséquent plus de bonheur en France. Cette grande nation, la première de l'univers[144], se trouve pour l'amour ce qu'elle est pour les talents de l'esprit. En 1822, nous n'avons assurément ni Moore, ni Walter Scott, ni Crabbe, ni Byron, ni Monti, ni Pellico; mais il y a chez nous plus de gens d'esprit éclairés, agréables, et au niveau des lumières du siècle qu'en Angleterre ou en Italie. C'est pour cela que les discussions de notre chambre des députés, en 1822, sont si supérieures à celles du parlement d'Angleterre, et que quand un libéral d'Angleterre vient en France, nous sommes tout surpris de lui trouver plusieurs opinions gothiques.

[144]Je n'en veux pour preuve que l'envie. Voir l'Edinburg-Reviewde 1821; voir les journaux littéraires allemands et italiens, et leScimiatigred'Alfieri.

[144]Je n'en veux pour preuve que l'envie. Voir l'Edinburg-Reviewde 1821; voir les journaux littéraires allemands et italiens, et leScimiatigred'Alfieri.

Un artiste romain écrivait de Paris:

«Je me déplais infiniment ici; je crois que c'est parce que je n'ai pas le loisir d'aimer à mon gré. Ici, la sensibilité se dépense goutte à goutte à mesure qu'elle se forme, et de manière, au moins pour moi, à fatiguer la source. A Rome, par le peu d'intérêt des événements de chaque jour, par le sommeil de la vie extérieure, la sensibilité s'amoncèle au profit des passions.»

Ce n'est qu'à Rome[145], qu'une femme honnête et à carrosse vient dire avec effusion à une autre femme sa simple connaissance, comme je l'ai vu ce matin: «Ah! ma chère amie, ne fais pas l'amour avec Fabio Vitteleschi; il vaudrait mieux pour toi prendre de l'amour pour un assassin de grands chemins. Avec son air doux et mesuré, il est capable de te percer le cœur d'un poignard, et de te dire avec un sourire aimable en te le plongeant dans la poitrine: Ma petite, est-ce qu'il te fait mal?» Et cela se passait auprès d'une jolie personne de quinze ans, fille de la dame qui recevait l'avis et fille très alerte.

[145]30 septembre 1819.

[145]30 septembre 1819.

Si l'homme du Nord a le malheur de n'être pas choqué d'abord par le naturel de cette amabilité du Midi, qui n'est que le développement simple d'une nature grandiose, favorisé par la double absence du bon ton et de toute nouveauté intéressante, en un an de séjour les femmes de tous les autres pays lui deviennent insupportables.

Il voit les Françaises avec leurs petites grâces[146]tout aimables, séduisantes les trois premiers jours, mais ennuyeuses le quatrième, jour fatal, où l'on découvre que toutes ces grâces étudiées d'avance et apprises par cœur sont éternellement les mêmes tous les jours et pour tous.

[146]Outre que l'auteur avait le malheur de n'être pas né à Paris, il y avait très peu vécu.(Note de l'éditeur.)

[146]Outre que l'auteur avait le malheur de n'être pas né à Paris, il y avait très peu vécu.

(Note de l'éditeur.)

Il voit les Allemandes si naturelles, au contraire, et se livrant avec tant d'empressement à leur imagination, n'avoir souvent à montrer, avec tout leur naturel, qu'un fond de stérilité, d'insipidité et de tendresse de la bibliothèque bleue. La phrase du comte Almaviva semble faite en Allemagne: «Et l'on est tout étonné, un beau soir, de trouver la satiété où l'on allait chercher le bonheur.»

A Rome, l'étranger ne doit pas oublier que si rien n'est ennuyeux dans les pays où tout est naturel, le mauvais y est plus mauvais qu'ailleurs. Pour ne parler que des hommes[147], on voit paraître ici, dans la société, une espèce de monstres qui se cachent ailleurs. Ce sont des gens également passionnés, clairvoyants et lâches. Un mauvais sort les a jetés auprès d'une femme à titre quelconque; amoureux fous par exemple, ils boivent jusqu'à la lie le malheur de la voir préférer un rival. Ils sont là pour contrecarrer cet amant fortuné. Rien ne leur échappe, et tout le monde voit que rien ne leur échappe; mais ils n'en continuent pas moins en dépit de tout sentiment d'honneur, à vexer la femme, son amant et eux-mêmes, et personne ne les blâme,car ils font ce qui leur fait plaisir. Un soir, l'amant, poussé à bout, leur donne des coups de pied au cul; le lendemain ils lui en font bien des excuses et recommencent à scier constamment et imperturbablement la femme, l'amant et eux-mêmes. On frémit quand on songe à la quantité de malheur que ces âmes basses ont à dévorer chaque jour, et il ne leur manque sans doute qu'un grain de lâcheté de moins pour être empoisonneurs.

[147]Heu! male nunc artes miseras hæc secula tractant;Jam tener assuevit munera velle puer.Tibul., I,IV.

[147]

Heu! male nunc artes miseras hæc secula tractant;Jam tener assuevit munera velle puer.

Heu! male nunc artes miseras hæc secula tractant;

Jam tener assuevit munera velle puer.

Tibul., I,IV.

Ce n'est aussi qu'en Italie qu'on voit de jeunes élégants millionnaires entretenir magnifiquement des danseuses du grand théâtre, au vu et au su de toute une ville, moyennant trente sous par jour[148]. Les frères…, beaux jeunes gens toujours à la chasse, toujours à cheval, sont jaloux d'un étranger. Au lieu d'aller à lui et de leur conter leurs griefs, ils répandent sourdement dans le public des bruits défavorables à ce pauvre étranger. En France, l'opinion forcerait ces gens à prouver leur dire ou à rendre raison à l'étranger. Ici l'opinion publique et le mépris ne signifient rien. La richesse est toujours sûre d'être bien reçue partout. Un millionnaire déshonoré et chassé de partout à Paris peut aller en toute sûreté à Rome; il y sera considéré juste auproratade ses écus.

[148]Voir dans les mœurs du siècle de Louis XV l'honneur et l'aristocratie combler de profusions les demoiselles Duthé, la Guerre et autres. Quatre-vingt ou cent mille francs par an n'avaient rien d'extraordinaire: un homme du grand monde se fût avili à moins.

[148]Voir dans les mœurs du siècle de Louis XV l'honneur et l'aristocratie combler de profusions les demoiselles Duthé, la Guerre et autres. Quatre-vingt ou cent mille francs par an n'avaient rien d'extraordinaire: un homme du grand monde se fût avili à moins.


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