II

II

Sur ces entrefaites, Delphine épousa M. Emile de Girardin[87]. Ce n'était pas précisément le mari qu'elle avait rêvé, et je ne crois pas non plus que, du côté du cœur, il l'ait jamais rendue vraiment heureuse. Mais, étant donnés l'admiration qu'elle professait pour son talent et le dévouement qu'elle lui montra dans deux ou trois circonstances mémorables, il est permis de penser qu'elle eût trouvé le bonheur avec lui, s'il y avait eu entre eux ce lien naturel qui est l'enfant.

«Vous avez donc été malade, lui écrivait Lamartine le 3 novembre 1831. Je croyais que c'était mieux qu'une maladie et que vous nous promettiez une œuvre belle et poétique de plus. N'en est-il rien? Je ne parle pas duLorgnon, car son nomest venu jusqu'ici; je parle d'une œuvre commeJulia[88].»

Hélas! MmeGirardin ne devait pas connaître les joies de la maternité. Elle le regretta un jour dans une poésie charmante[89], mais je gagerais bien qu'elle remercia Dieu de ne pas lui avoir envoyé d'enfant, le jour où on lui apprit la mort de la fille de Lamartine.

Elle avait été une des premières à s'élever contre l'idée du Voyage en Orient, et son mari, pourd'autres raisons que les siennes, en avait également dissuadé le grand poète. Emile de Girardin avait l'esprit positif et, depuis qu'il avait inséré dans son journal desConnaissances utilesle remarquable article que Lamartine lui avait donné surles Droits civils du curé, il avait acquis la conviction qu'il y avait en lui l'étoffe d'un homme de gouvernement. Que n'avait-il naguère, à Bergues, fait précéder sa candidature politique de quelque article de ce genre? Il eût suffi, d'après lui, pour assurer son élection. Et faisant allusion à la brochure surla Politique rationnelleque Lamartine avait publiée au mois d'octobre 1831, Emile de Girardin lui disait:

«Ce ne sont point des brochures qu'il faut faire en ce temps, Monsieur, mais des articles; les journaux sont le pain quotidien de l'esprit. Comme pour la cuisson du pain, il faut un four chauffé à l'avance; pour l'effet d'un article il faut cette publicité dont l'ardeur est entretenue par la périodicité. Tout autre mode de publication est froid.«Si j'osais vous donner un conseil, Monsieur, ce serait de rechercher plus souvent les occasions de publier quelques articles. Le public est souvent dédaigneux, plus souvent encore oublieux, il est rarement injuste. Cette haute et impartiale raison que vous avez n'échappe point au bon sens dont il est doué. Ne vous éloignez pas, restez isolé des partis, faites souvent entendre votre voix, et l'avantagede l'avoir pour interprète sera brigué par autant d'arrondissements que député populaire ou doctrinaire puisse s'enorgueillir d'avoir été l'élu dans une même session[90].»

«Ce ne sont point des brochures qu'il faut faire en ce temps, Monsieur, mais des articles; les journaux sont le pain quotidien de l'esprit. Comme pour la cuisson du pain, il faut un four chauffé à l'avance; pour l'effet d'un article il faut cette publicité dont l'ardeur est entretenue par la périodicité. Tout autre mode de publication est froid.

«Si j'osais vous donner un conseil, Monsieur, ce serait de rechercher plus souvent les occasions de publier quelques articles. Le public est souvent dédaigneux, plus souvent encore oublieux, il est rarement injuste. Cette haute et impartiale raison que vous avez n'échappe point au bon sens dont il est doué. Ne vous éloignez pas, restez isolé des partis, faites souvent entendre votre voix, et l'avantagede l'avoir pour interprète sera brigué par autant d'arrondissements que député populaire ou doctrinaire puisse s'enorgueillir d'avoir été l'élu dans une même session[90].»

On voit qu'Emile de Girardin était assez bon prophète. Mais la politique n'intéressait guère Delphine, et si elle regrettait que Lamartine n'eût point été élu député, c'était uniquement parce qu'elle l'avait vu d'avance établi pour longtemps auprès d'eux.

«Que je déteste les voyageurs, les gens qui voyagent pour voyager! lui disait-elle, qu'il y a d'inquiétudes dans un cœur capable de cette passion! Je ne comprends un départ que lorsqu'on fuit ou qu'on rejoint quelqu'un qui vous trahit ou qui vous aime. Lord Byron, en quittant l'Angleterre, où il était méconnu, persécuté, fuyait des ennemis, une patrie ingrate, qui n'avait plus de charmes pour lui; mais vous, qu'allez-vous faire si loin? chercher des inspirations; n'en avez-vous pas à revendre? Quelles images, quels souvenirs, quelles couleurs étrangères peuvent ajouter à votre talent dont le plus grand mérite est d'être vous, dont l'individualité est toute la puissance, toute la grâce! Pourquoi quitter avec dépit un pays où l'on vous admire, où vous avez tant d'amis, et cela pour une terre classique et rebattue, dont on ne veut plus entendre parler, pour de vieux souvenirs fanés par tousles mauvais poètes et que tout votre génie ne pourrait rajeunir? Je suis si indignée, si affligée de votre départ, que je fais vœu de ne rien lire de ce que vous écrirez pendant cette longue absence: je ne veux plus de Léonidas, de l'Eurotas, ni d'Epaminondas. Je sens que je ne pardonnerai jamais à ces vieillesperruquesde héros d'avoir été abandonnée pour eux. Mais je ne puis croire que tout soit encore décidé: n'y a-t-il donc dans le monde des obstacles que pour ce qu'on désire? ne s'en trouverait-il pas pour ce malheureux voyage qui me désole? Ah! si j'étais reine, qu'un ordre serait vite donné pour vous retenir! ce n'est pas la peine de mort que j'abolirais[91], c'est l'exil[92].»

Mais Delphine n'était pas reine, ou plutôt elle n'était que reine de beauté, et Lamartine, malgré tout ce qu'on pouvait lui dire, se sentait attiré vers l'Orient par un attrait irrésistible. Tant il est vrai que si le malheur vous attend quelque part, on n'y va pas, on y court.

Parti de Marseille avec sa fille malade, au commencement de juillet 1832, il revint au mois de novembre 1833 avec son cercueil. Il était encore en Syrie quand on apprit en France la triste nouvelle. On juge du chagrin de Delphine. Comme elle était à peine convalescente de la petite vérole,on la lui cacha le plus longtemps possible, mais un jour il fallut bien lui dire la vérité; ce jour-là, quoiqu'on lui défendît d'écrire, elle sauta sur sa plume pour envoyer à son illustre ami quelques paroles de consolation:

«... J'avais raison, lui disait-elle, de détester ce voyage. Vous savoir malheureux et si loin de nous!... Revenez vite: à de tels malheurs il faut de grandes distractions, des occupations, des devoirs graves, et j'espère que ces tristes affaires politiques dans lesquelles vous allez entrer[93]vous aideront à vivre même en vous tourmentant. J'espère aussi que notre vraie affection vous sera encore douce et que votre cœur brisé n'a pas dit adieu à tout ce qui l'aime. Je n'ose pas vous dire, pour vous rattacher un peu à moi, que je viens d'être dangereusement malade, j'ai peur que vous m'en vouliez d'être échappée, moi qui n'étais pas tout pour vous...«Mon Dieu, que je vous plains, elle était si belle! Que je voudrais vous revoir! Je ne sais si mon amitié s'augmente de votre malheur et de la crainte que j'ai eue moi-même de ne plus vous revoir, mais il me semble que jamais cette tendresse n'a été plus vive, et pourtant, depuis un an, je n'ai pas eu un souvenir de vous. J'en ai été bien affligée, croyez-le. Emile et ma mère se joignent à moi pourvous demander en grâce de vos nouvelles. Adieu, que le chagrin ne vous rende pas ingrat envers nous, vos bons amis[94]!»

«... J'avais raison, lui disait-elle, de détester ce voyage. Vous savoir malheureux et si loin de nous!... Revenez vite: à de tels malheurs il faut de grandes distractions, des occupations, des devoirs graves, et j'espère que ces tristes affaires politiques dans lesquelles vous allez entrer[93]vous aideront à vivre même en vous tourmentant. J'espère aussi que notre vraie affection vous sera encore douce et que votre cœur brisé n'a pas dit adieu à tout ce qui l'aime. Je n'ose pas vous dire, pour vous rattacher un peu à moi, que je viens d'être dangereusement malade, j'ai peur que vous m'en vouliez d'être échappée, moi qui n'étais pas tout pour vous...

«Mon Dieu, que je vous plains, elle était si belle! Que je voudrais vous revoir! Je ne sais si mon amitié s'augmente de votre malheur et de la crainte que j'ai eue moi-même de ne plus vous revoir, mais il me semble que jamais cette tendresse n'a été plus vive, et pourtant, depuis un an, je n'ai pas eu un souvenir de vous. J'en ai été bien affligée, croyez-le. Emile et ma mère se joignent à moi pourvous demander en grâce de vos nouvelles. Adieu, que le chagrin ne vous rende pas ingrat envers nous, vos bons amis[94]!»

Delphine n'avait pas tort de croire que la politique était seule capable, sinon de le consoler de la perte irréparable qu'il venait de faire, du moins de l'en distraire en occupant puissamment son esprit. D'abord il avait toujours eu l'ambition de jouer un grand rôle dans le maniement des affaires publiques, et puis, étant donnée son habitude de rapporter à la volonté divine tout ce qui lui arrivait d'heureux ou de malheureux depuis quinze ans, la première pensée qui lui était venue après la mort de Julia, avait été—comme l'y invitait l'abbé de Lamennais après la mort de sa mère,—de voir la main de la Providence dans le nouveau coup qui l'atteignait, de la remercier de lui avoir créé des devoirs nouveaux en plantant cette autre croix dans son cœur. Et ces devoirs étaient de se consacrer tout entier désormais à la défense des intérêts primordiaux du pays, de travailler à l'amélioration matérielle et morale du sort de la classe ouvrière, de mener enfin à la Chambre où il allait entrer ce que, dans son langage imagé, il appelait un jour la bataille de Dieu.

Mais il n'avait pas attendu jusque-là pour exposer son corps de doctrines. Dès le mois d'octobre1831, à la suite de son échec électoral, il avait eu à cœur de définir laPolitique rationnellequ'il voulait inaugurer, dans une lettre au directeur de laRevue européenne, et comme il n'était pas homme à rougir de ses sentiments religieux, pour bien montrer, au contraire, qu'il entendait rester fidèle à son idéal politique, il avait pris pour épigraphe cette maxime de l'Evangile: «Cherchez premièrement le royaume de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît.»

Personne ne fut donc surpris, à la Chambre, de le voir traiter en philosophe et en chrétien toutes les questions du problème social qui faisaient partie de son programme ou qui s'y rapportaient de près ou de loin.

Cela ne veut pas dire qu'il imposa tout de suite silence au tumulte intéressé des partis. Oh! non, il suffisait qu'il se fût mis au-dessus d'eux et en dehors d'eux, en ayant la prétention de siéger au plafond de la Chambre, pour qu'on l'accusât d'avoir des desseins inavouables et même d'être vendu au gouvernement.

Mais cette dernière accusation était si ridicule, portée contre un homme qui ne s'était rallié que par patriotisme à la monarchie de Juillet, qu'elle tomba peu à peu d'elle-même, quand on le vit s'attaquer tour à tour à M. Guizot, à M. Thiers, à M. Molé, à tous ceux qui exerçaient le pouvoir, et soutenir, avec le courage et la foi d'un apôtre, des idées qui n'appartenaient qu'à lui,—qu'il s'agîtde la liberté d'association, d'enseignement et des cultes, de la décentralisation politique ou de la représentation proportionnelle, des chemins de fer ou des fortifications de Paris, de la question d'Orient ou de la Pologne, de la paix ou de la guerre.

«Mieux vaut seul, disait-il, que compagnie suspecte. Ma devise est:conscience du pays.»

Fort de ses dons merveilleux et de la valeur morale de la cause qu'il défendait, il était convaincu qu'un jour ou l'autre on finirait par l'écouter et par le suivre. Et, en effet, l'heure sonna au cadran de la Chambre où ceux-là mêmes qui avaient ri de ses premiers discours l'applaudirent à tout rompre et comptèrent avec lui.

C'est qu'à force de batailler, il était devenu très vite un des maîtres de la tribune. Lorsqu'il y montait, le silence se faisait sur tous les bancs. Sa voix avait beau manquer de médium[95], il en tirait parfois, dans le feu de l'improvisation, des accents qui vous remuaient jusqu'aux entrailles. Le geste sobre, éloquent, mesuré, ajoutait à l'autorité du verbe, et le visage inspiré, avec ses cheveux soulevés en ondes frissonnantes et ses lignes admirables, achevait de donner l'impression que le dieu qui était en lui vaticinait du haut d'un trépied.

«Enfin, lui écrivait Mmede Girardin après avoir entendu ses discours sur la Pologne et lapolitique de la France en Orient[96], vous avez dompté la tête; vous l'avez maintenant dans la main. C'était plaisir de la voir se cabrer hier sous le fouet de vos invectives. Villemain trouve que vous vous êtes surpassé, et Berryer, qui ne vous est pas toujours très tendre, m'a dit que vous gagniez chaque jour du terrain, que l'avenir vous appartenait. Il ne vous manque plus qu'un bon journal qui répande partout votre parole. Mais patience, Emile y songe et vous le donnera bientôt. Vous verrai-je demain[97]?»

Delphine ne pouvait se passer d'entendre Lamartine. Quand elle était deux jours sans le voir, ses réunions privées, qu'il appelait «des petits couverts de rois sans sujets», n'avaient plus le même entrain. Elle n'était vraiment heureuse que lorsqu'elle était assise entre lui et Victor Hugo, mais il fut toujours l'ami préféré de la maison, et personne n'en était jaloux.

—Le dieu viendra-t-il ce soir? lui demandait un jour Balzac.

—Non, lui répondit-elle, il a la migraine.

—C'est comme moi, répliqua-t-il. Ça me flatte et je reste au lit[98].

Seulement, quand Lamartine avait la migraine,—etcela lui arrivait souvent,—il avait l'habitude de prévenir Delphine qui, comme Louis XIV, n'aimait pas attendre.

J'ai sur ma table une multitude de petits billets du matin ou du soir où il s'excuse de garder la chambre et de ne pouvoir «se rendre à l'autre». En voici quelques-uns:

«Je tenais la plume (historique) pour vous baiser les doigts qui ont écrit, quand votre mot m'arrive. Et je n'avais pas écrit hier parce que j'ai espéré jusqu'à onze heures aller vous remercier.«Oh! non, je ne suis pas, comme M. Molé, difficile ni ingrat. Mon cœur depuis longtemps vous rend plus que vous ne lui donnez, et c'est beaucoup.«Mais aujourd'hui je suis retombé malade. Je ne pourrai pas sortir. Je ne parlerai pas ou je dirai peu de chose à la Chambre. Cela ne vaut pas la peine d'un regard encourageant.«A revoir souvent et à ne remercier jamais assez.»

«Je tenais la plume (historique) pour vous baiser les doigts qui ont écrit, quand votre mot m'arrive. Et je n'avais pas écrit hier parce que j'ai espéré jusqu'à onze heures aller vous remercier.

«Oh! non, je ne suis pas, comme M. Molé, difficile ni ingrat. Mon cœur depuis longtemps vous rend plus que vous ne lui donnez, et c'est beaucoup.

«Mais aujourd'hui je suis retombé malade. Je ne pourrai pas sortir. Je ne parlerai pas ou je dirai peu de chose à la Chambre. Cela ne vaut pas la peine d'un regard encourageant.

«A revoir souvent et à ne remercier jamais assez.»

—«Je savais vos trois billets. Je ne sais si je parleraijeudi: c'est probable, si l'horrible évanouissement ne me chasse pas de mon banc.«Si vous êtes là, je parlerai moins mal.«Je parlerai vendredi si je manque jeudi et puis plus. Adieu et mille sentiments toujours plus vieux et aussi jeunes.»

—«Je savais vos trois billets. Je ne sais si je parleraijeudi: c'est probable, si l'horrible évanouissement ne me chasse pas de mon banc.

«Si vous êtes là, je parlerai moins mal.

«Je parlerai vendredi si je manque jeudi et puis plus. Adieu et mille sentiments toujours plus vieux et aussi jeunes.»

—«Je vous griffonne un remerciement en rentrant d'une nuit passée à la Chambre pour m'inscrire.C'est le bivouac de la politique. Je n'enverrai que dans quelques jours la lettre au général (Leydet).»

—«J'irai vous voir ce soir si je ne suis pas si misérablement souffrant que ce matin. Non, ni vers, ni prose, ni homme ne valent rien. Il n'y a plus d'illusion à se faire. La seule triste gloire qui reste est de se connaître. Il n'y a de grand en moi que ma tristesse et mon amitié pour vous qui grandit réellement toujours. Conservez-en un peu quand même.»

—«Voilà l'album avec six mauvaises rimes. Mais je suis trop triste et trop malade ce matin pour plus, et puis, et puis, j'aimerais mieux votre album, si votre album n'était pas un livre de gloire de ce temps[99].»

—«Je suis de nouveau dans mon lit. Une rechute légère du rhumatisme mal fini. Je déménage les 18, 19, 20. J'irai vous demander à dîner, mais je vous écrirai avant.«Priez Girardin de faire des efforts vigoureuxavant le 20 pour ce qu'il sait, car il faut, sous peine de nullité, que tout soit irrévocablement fixé avant le 1ermai.«A vous de cœur.»

—«Je suis de nouveau dans mon lit. Une rechute légère du rhumatisme mal fini. Je déménage les 18, 19, 20. J'irai vous demander à dîner, mais je vous écrirai avant.

«Priez Girardin de faire des efforts vigoureuxavant le 20 pour ce qu'il sait, car il faut, sous peine de nullité, que tout soit irrévocablement fixé avant le 1ermai.

«A vous de cœur.»

—«Demain, non; je me fais arracher une dent, triste fête!—Les Huguenots, non! Je n'aime que le chant dans les notes[100]. Il y a mis de l'érudition.«Vous, oui, et toujours. Mais je travaille jour et nuit et je n'aime plus que l'entretien à deux ou à quatre.»

—«Demain, non; je me fais arracher une dent, triste fête!—Les Huguenots, non! Je n'aime que le chant dans les notes[100]. Il y a mis de l'érudition.

«Vous, oui, et toujours. Mais je travaille jour et nuit et je n'aime plus que l'entretien à deux ou à quatre.»

—«Seriez-vous assez bonne pour achever cette adresse? J'ai voulu aller vous voir tous ces jours-ci, mais je n'ai pas un moment le matin, et le soir rhumatisme encore douloureux.«Laissez-moi vous dire de plus en plus combien je vous suis reconnaissant et touché de la persévérance de votre amitié. Je crois que cela ne finira plus et je m'en réjouis.«Ne dînerons-nous pas ensemble avant la fin du mois?»

—«Seriez-vous assez bonne pour achever cette adresse? J'ai voulu aller vous voir tous ces jours-ci, mais je n'ai pas un moment le matin, et le soir rhumatisme encore douloureux.

«Laissez-moi vous dire de plus en plus combien je vous suis reconnaissant et touché de la persévérance de votre amitié. Je crois que cela ne finira plus et je m'en réjouis.

«Ne dînerons-nous pas ensemble avant la fin du mois?»

—«Je pars cette nuit, non sans vous dire adieu de cœur et surtout à revoir. J'ai reçu ce matin le testament de ma tante, qui est en ma faveur. Les terres vendues et les legs payés, je crois qu'il me restera 400.000 francs. Dites cela à Emile. Priez-leaussi de faire insérer ce mot pour dépister les ennuyeux. Je n'y suis que pour vous et vos amis.»

—«J'ai été repris hier de névralgie. Je ne puis me tenir debout. Sans cela, j'aurais été vous voir hier chez Mmede Chastenay. Je tâcherai, ce soir, de vous rencontrer chez MmeBelmontet. Mais je ne sais si je pourrai m'y tenir. Quel martyre qu'une telle vie, et combien cela fait rougir desConfidences! Il n'y en a qu'une qui coûtât un peu, c'est celle d'une tendre et croissante amitié. Gardez-m'en un peu, et je vous dirai plus tard pourquoi je la désire réservée à de meilleurs jours. Je vous écrirai ce soir quelques lignes politiques, et voici seulement le mot sur Napoléon. Du reste, citez-moi, ou prenez les mots pour le feuilleton, sans me citer. Je l'aime mieux.«Voyez si je vous oublie, même dans la fièvre de l'improvisation la plus remuante!«Voici un bon billet pour demain, où vous aurez de belles choses, mais rien de moi, je suis trop fatigué.«A vous de cœur.»

—«J'ai été repris hier de névralgie. Je ne puis me tenir debout. Sans cela, j'aurais été vous voir hier chez Mmede Chastenay. Je tâcherai, ce soir, de vous rencontrer chez MmeBelmontet. Mais je ne sais si je pourrai m'y tenir. Quel martyre qu'une telle vie, et combien cela fait rougir desConfidences! Il n'y en a qu'une qui coûtât un peu, c'est celle d'une tendre et croissante amitié. Gardez-m'en un peu, et je vous dirai plus tard pourquoi je la désire réservée à de meilleurs jours. Je vous écrirai ce soir quelques lignes politiques, et voici seulement le mot sur Napoléon. Du reste, citez-moi, ou prenez les mots pour le feuilleton, sans me citer. Je l'aime mieux.

«Voyez si je vous oublie, même dans la fièvre de l'improvisation la plus remuante!

«Voici un bon billet pour demain, où vous aurez de belles choses, mais rien de moi, je suis trop fatigué.

«A vous de cœur.»

—«Je vous envoie la phrase prononcée, mais il vaut peut-être mieux laisser dormir tout cela.«Quant aux vers, je viens de passer la matinée à en réunir 3.500. Ils sont si crayonnés, si griffonnés, que je n'en trouve pas 100 dignes de se présentersous vos yeux. Je vous en enverrai en épreuves. Mon libraire les prend demain[101].«Adieu. Voilà un beau soleil. Mais je reçois prière d'aller à l'Académie. Puissiez-vous avoir une aussi bonne promenade qu'hier! Vous n'aurez pas le bras d'un ami plus ancien, plus affectionné et plusdésintéresséquand même.»

—«Je vous envoie la phrase prononcée, mais il vaut peut-être mieux laisser dormir tout cela.

«Quant aux vers, je viens de passer la matinée à en réunir 3.500. Ils sont si crayonnés, si griffonnés, que je n'en trouve pas 100 dignes de se présentersous vos yeux. Je vous en enverrai en épreuves. Mon libraire les prend demain[101].

«Adieu. Voilà un beau soleil. Mais je reçois prière d'aller à l'Académie. Puissiez-vous avoir une aussi bonne promenade qu'hier! Vous n'aurez pas le bras d'un ami plus ancien, plus affectionné et plusdésintéresséquand même.»

—«J'ai bien regretté d'être au banquet, pendant que vous étiez au salon. J'irai ce soir ou demain m'en dédommager. Je viens de passer deux heures à rechercher, avec deux convives, le discours que j'ai fait hier soir. Demandez à M. de Girardin s'il veut l'insérer, peu m'importe quel jour. Tout est bon à ce qui traite de matières permanentes. Le ministère y est bien traité, cela a excité un murmure. Le reste a bien été.«Mille tendres respects.»

—«J'ai bien regretté d'être au banquet, pendant que vous étiez au salon. J'irai ce soir ou demain m'en dédommager. Je viens de passer deux heures à rechercher, avec deux convives, le discours que j'ai fait hier soir. Demandez à M. de Girardin s'il veut l'insérer, peu m'importe quel jour. Tout est bon à ce qui traite de matières permanentes. Le ministère y est bien traité, cela a excité un murmure. Le reste a bien été.

«Mille tendres respects.»

—«Voilà le discours et celui de l'année dernière. Si vous pouvez en faire insérer dansla Presse, merci. Mais c'est trop lourd pour votre feuilleton;ce serait dommage que vos beaux doigts y touchassent.«Je ne vous envoie celui de l'année dernière que pour mémoire. Maisla Pressepourrait citer toute la deuxième partie et celui d'hier.«Adieu et à demain.«LAMARTINE.»

ce serait dommage que vos beaux doigts y touchassent.

«Je ne vous envoie celui de l'année dernière que pour mémoire. Maisla Pressepourrait citer toute la deuxième partie et celui d'hier.

«Adieu et à demain.

«LAMARTINE.»

Tous ces billets restés inédits prouvent que les rapports entre Lamartine et Mmede Girardin étaient devenus avec le temps aussi étroits que possible, et qu'elle lui avait donné le journal politique qu'elle avait fait naguère miroiter à ses yeux.

En effet, Emile de Girardin, qui avait déjà révolutionné la presse périodique avec des publications populaires, telles quela Mode,le Voleur,le Journal des Connaissances utiles, avait également révolutionné la presse quotidienne en publiant, le 1erjuillet 1836, un journal d'un bon marché extraordinaire où Delphine allait s'illustrer bientôt, comme courriériste, sous le pseudonyme du vicomte de Launay. Et, naturellement, il avait mis cette feuille à la disposition de Lamartine dont il était, depuis 1834, le collègue à la Chambre des députés.

Mais disposition n'est pas dévotion. Et de ce quela Pressesoutenait habituellement les idées de Lamartine et reproduisait tous ses grands discours, on aurait tort d'en conclure qu'elle était toujours d'accord avec lui.

Outre que les opinions d'Emile de Girardin étaient extrêmement flottantes, et qu'il sautait souvent d'un bord à l'autre, sans autre raison que de prendre le vent ou de satisfaire ses intérêts, ses petites rancunes, Lamartine, qui évoluait lentement, mais sûrement, vers la République, ne pouvait manquer de heurter la ligne de conduite dela Pressequi, jusqu'en 1848, fut malgré tout constitutionnelle. Il pensait autrement que son directeur, même sur desquestions étrangères à la politique proprement dite, comme en témoigne la lettre suivante:

«J'espérais vous voir hier, écrivait Lamartine à Mmede Girardin, au mois de décembre 1840, mais j'ai parlé vingt-deux fois avant-hier, commission ou Chambre, et, hier, une bonne fois contre Berryer; la migraine hideuse s'ensuit et j'ajourne tout plaisir. Lisez, ce matin, ma réplique à Berryer, dansle Moniteur, et dites à M. de Girardin qu'il est indigne à lui, qui vit du journal, de ruiner comme il le fait ceux qui vivent du livre. N'est-ce pas le même autel? Je voudrais qu'on le condamnât à ne le rémunérer dela Presseque par une rente que les acheteurs lui payeraient, après avoir réimprimé à volonté la première épreuve. Si je n'étais rapporteur et obligé de ne pas me fâcher à la tribune, je répondrais vigoureusement à tous ces sophismes contrenotretravail à vous et à moi[102].»

De son côté, Lamartine n'était pas toujours exempt de reproche, et je sais deux ou trois affaires où sa légèreté, il disait son «étourderie», l'aurait brouillé avec Emile de Girardin, si Delphine, avec sa bonne grâce ordinaire, ne s'était interposée entre eux.

Exemple: le 4 novembre 1840, quelques jours après la constitution du ministère Soult-Guizot,laPressepubliait la lettre suivante que Lamartine avait adressée à M. Granier de Cassagnac:

Saint-Point, 10 octobre.«... Vous faites ce que j'allais vous demander de faire. J'écrivais à M. Doisy, pour avoir vos cinq lettres et les lire avant d'y répondre. J'ai du loisir et de la liberté pour quelques jours; et quant au fond de la question, il y a longtemps que mon système est fait. Je ne suis pas de ceux qui jettent des théories à croix ou pile, au risque d'écraser une nation ou une race. Pratique et politique, c'est le même mot pour moi, quoi qu'on en dise; mais politique et morale, c'est aussi le même mot pour vous comme pour moi.«Je vous félicite de quitter vos rivages en ce moment. Nous marchons à unDix-Aoûtprochain et à un démembrement possible. Plaignez ceux qui, comme moi, voient le mal depuis deux ans et n'ont pas un parti assez fort pour l'empêcher.«Adieu donc et bonne fortune, pendant que nous allons lutter contre la mauvaise. Que les vents soient pour vous et Dieu pour nous.LAMARTINE.»

Saint-Point, 10 octobre.

«... Vous faites ce que j'allais vous demander de faire. J'écrivais à M. Doisy, pour avoir vos cinq lettres et les lire avant d'y répondre. J'ai du loisir et de la liberté pour quelques jours; et quant au fond de la question, il y a longtemps que mon système est fait. Je ne suis pas de ceux qui jettent des théories à croix ou pile, au risque d'écraser une nation ou une race. Pratique et politique, c'est le même mot pour moi, quoi qu'on en dise; mais politique et morale, c'est aussi le même mot pour vous comme pour moi.

«Je vous félicite de quitter vos rivages en ce moment. Nous marchons à unDix-Aoûtprochain et à un démembrement possible. Plaignez ceux qui, comme moi, voient le mal depuis deux ans et n'ont pas un parti assez fort pour l'empêcher.

«Adieu donc et bonne fortune, pendant que nous allons lutter contre la mauvaise. Que les vents soient pour vous et Dieu pour nous.

LAMARTINE.»

Le lendemain, 5 novembre, on lisait dansle Constitutionnel:

«Il y a quelques jours, M. le maréchal Soultproposait à M. de Lamartine un portefeuille. Ce n'est pas la bonne volonté qui a manqué au député de Saône-et-Loire, et s'il n'est pas ministre, c'est la faute du président du Conseil, qui n'a pas su donner quelque attention aux paroles et aux écrits d'un homme qui a été sur le point de devenir un des dépositaires du pouvoir, un des conducteurs de la nation.»

Suivait la lettre de Lamartine à Granier de Cassagnac, accompagnée des réflexions désobligeantes que voici:

«Nous ne pensons pas qu'une lettre pareille fût destinée à la publicité, et M. de Lamartine aura été sans doute surpris, comme nous, en voyant mettre au jour ses rêveries inédites. Quoi qu'il en soit, M. de Lamartine désespère de l'avenir de son pays et, dans ses sombres prévisions, il ne voit, pour la France, que le déshonneur et l'anarchie. Heureusement, c'est un poète qui parle, c'est-à-dire un homme qui méprise souverainement les faits et qui s'abandonne à tous les délires de son imagination. Les frayeurs de M. de Lamartine ne sont pas fondées, est-il besoin de le dire? Nous vivons sous un régime de lutte et de labeur que M. de Lamartine ne comprend pas: voilà tout ce que sa lettre prouve. On ne fonde pas une ère nouvelle du gouvernement sans avoir à résister à bien des attaques...»

Lamartine ne pouvait laisser passer cet articlesans y répondre. On ne fut donc pas surpris de lire cette lettre dansle Constitutionneldu 6 novembre:

«Monsieur le Rédacteur,«Vous supposez avec raison que j'ai été fort étonné de voir imprimer unbillet confidentielde moi à M. de Cassagnac, qui me demandait mon avis sur des travaux économiques.«J'ai dit cent fois, et je suis loin de m'en dédire, que le cabinet du 1ermars perdait la France. Mais je l'ai dit en termes convenables et avec la mesure et le respect que tout écrivain doit au public. Un homme n'est responsable que de ce qu'il publie. La vie privée est murée. Les correspondances intimes sont de la vie privée. Celui qui les imprime sans aveu est aussi indiscret que celui qui les décachette.«Recevez, etc.«LAMARTINE[103].»

«Monsieur le Rédacteur,

«Vous supposez avec raison que j'ai été fort étonné de voir imprimer unbillet confidentielde moi à M. de Cassagnac, qui me demandait mon avis sur des travaux économiques.

«J'ai dit cent fois, et je suis loin de m'en dédire, que le cabinet du 1ermars perdait la France. Mais je l'ai dit en termes convenables et avec la mesure et le respect que tout écrivain doit au public. Un homme n'est responsable que de ce qu'il publie. La vie privée est murée. Les correspondances intimes sont de la vie privée. Celui qui les imprime sans aveu est aussi indiscret que celui qui les décachette.

«Recevez, etc.

«LAMARTINE[103].»

Cette lettre—que Lamartine en ait eu l'intention ou non—atteignait par ricochet le journal qui avait commis l'indiscrétion[104]. Aussi Delphines'en plaignit-elle amèrement à son ami. Mais le jour même il lui répondit en ces termes:

«Je suis tout abasourdi de votre lettre. Qu'y a-t-il de commun entre M. de Girardin, qui insère une lettre croyant le faire avec mon aveu, et l'impression indiscrète d'un billet confidentiel par celui qui l'a provoqué et reçu? L'idée m'est si peu venue que rien de tout cela pût retomber sur lui et sur vous, que j'ai envoyé dans la même minute la rectificationà luiet auConstitutionnel. Excusez donc ma trop prompte étourderie, s'il y en a eu, et surtout n'accusez pas ceux qui vous ont toujours aimée et défendue.«Si vous pensez qu'on puisse réparer cela par un mot, je ferai avec empressement ce que vous voudrez. Mais j'ai vu cinquante personnes aujourd'hui qui m'ont parlé de la publication de ce billet, etpas unen'a eu l'idée seulement que ma plainte se rapportât ou pût se rapporter à M. de Girardin, dont on connaît l'amitié et la bonne intention pour moi, comme on sait mes sentiments pour lui etpour vous. Je suis désolé de ce malentendu, et si je n'étais pas au lit, j'irais vite vous demander pardon.«LAMARTINE[105].«6 novembre 1840. Paris.»

«Je suis tout abasourdi de votre lettre. Qu'y a-t-il de commun entre M. de Girardin, qui insère une lettre croyant le faire avec mon aveu, et l'impression indiscrète d'un billet confidentiel par celui qui l'a provoqué et reçu? L'idée m'est si peu venue que rien de tout cela pût retomber sur lui et sur vous, que j'ai envoyé dans la même minute la rectificationà luiet auConstitutionnel. Excusez donc ma trop prompte étourderie, s'il y en a eu, et surtout n'accusez pas ceux qui vous ont toujours aimée et défendue.

«Si vous pensez qu'on puisse réparer cela par un mot, je ferai avec empressement ce que vous voudrez. Mais j'ai vu cinquante personnes aujourd'hui qui m'ont parlé de la publication de ce billet, etpas unen'a eu l'idée seulement que ma plainte se rapportât ou pût se rapporter à M. de Girardin, dont on connaît l'amitié et la bonne intention pour moi, comme on sait mes sentiments pour lui etpour vous. Je suis désolé de ce malentendu, et si je n'étais pas au lit, j'irais vite vous demander pardon.

«LAMARTINE[105].

«6 novembre 1840. Paris.»

A cette lettre était jointe la note ci-dessous que Lamartine avait rédigée pour être insérée dansla Presse:

«Cela par exemple.«M. de Lamartine nous écrit pour nous donner l'assurance que la plainte qu'il a portée, dansle Constitutionnel, sur la publication d'un billet confidentiel de lui à M. de Cassagnac ne se rapporte qu'à la publicité donnée par d'autres que nous à cette lettre et nullement à un journal dont il a reçu tant de preuves de sympathie et de loyauté.»

«Cela par exemple.

«M. de Lamartine nous écrit pour nous donner l'assurance que la plainte qu'il a portée, dansle Constitutionnel, sur la publication d'un billet confidentiel de lui à M. de Cassagnac ne se rapporte qu'à la publicité donnée par d'autres que nous à cette lettre et nullement à un journal dont il a reçu tant de preuves de sympathie et de loyauté.»

Mais la note ne fut pas insérée, et je suppose que Delphine pria Lamartine de passer chez elle, car on a trouvé dans ses papiers cette lettre du poète:

«Je rentre et je reçois, trop tard pour aller ce soir, votre second billet.«J'irai demain versdeux heures. Ce soir je reçois. Je cherchais moi-même un moyen de réparer mon étourderie et d'expier mon tort involontaire.Je croyais l'avoir trouvé aussi. J'accepterai le vôtre. Rien ne peut, je vous assure, égaler le chagrin que je ressens d'avoir ainsi, par une phrase à deux tranchants, et à qui je n'en voulais pas même un, contristé deux personnes à quije doiset à qui je porte autant de reconnaissance que d'affection. Dieu sait si c'était par ma main qu'une goutte de tristesse devait tomber dans votre cœur et une tache sur votre manteau. Je dis cela pour tous les deux.Pardonnez-moi du cœurou je ne vous verrai plus, et je me frapperai la poitrine de ma légèreté à écrire.«Au reste, j'ai vu aujourd'hui cinquante personnes à la Chambre à qui j'ai parlé ainsi etpas unen'a eu la pensée que ma phrase tombât sur vous.«LAMARTINE[106].»

«Je rentre et je reçois, trop tard pour aller ce soir, votre second billet.

«J'irai demain versdeux heures. Ce soir je reçois. Je cherchais moi-même un moyen de réparer mon étourderie et d'expier mon tort involontaire.Je croyais l'avoir trouvé aussi. J'accepterai le vôtre. Rien ne peut, je vous assure, égaler le chagrin que je ressens d'avoir ainsi, par une phrase à deux tranchants, et à qui je n'en voulais pas même un, contristé deux personnes à quije doiset à qui je porte autant de reconnaissance que d'affection. Dieu sait si c'était par ma main qu'une goutte de tristesse devait tomber dans votre cœur et une tache sur votre manteau. Je dis cela pour tous les deux.Pardonnez-moi du cœurou je ne vous verrai plus, et je me frapperai la poitrine de ma légèreté à écrire.

«Au reste, j'ai vu aujourd'hui cinquante personnes à la Chambre à qui j'ai parlé ainsi etpas unen'a eu la pensée que ma phrase tombât sur vous.

«LAMARTINE[106].»

Cette fois l'incident fut clos:


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