Chapter 12

DARONNE, s. f. Mère.

Daronne du Dardant.Vénus, mère de l'Amour.

Daronne du grand Aure, la Sainte Vierge, mère de Dieu.

DAUFFE, s. f. Pince de voleur, dont l'extrémité est en queue dedauphin.DAUPHINouDOS FIN, s. m. Souteneur de filles; homme-poissonad usum Delphinæ, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.DAVONE, s. f. Prune,—dans l'argot des voleurs.DÉ, adv. Oui,—dans l'argot des marbriers de cimetière.DÉBACLER, v. a. Ouvrir,—dans l'argot des voleurs.DÉBAGOULER, v. a. Parler,—dans l'argot du peuple.DÉBALLAGE, s. m. Déshabillé de l'homme ou de la femme,—dans l'argot des faubouriens.

Être volé au déballage.S'apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu'on s'était imaginée idéalement belle, d'après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n'a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

DÉBARBOUILLER, v. a. Éclaircir une chose, une situation,—dans l'argot du peuple.

Se débarbouiller.Se retirer tant bien que mal d'une affaire délicate, d'un péril quelconque.

Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

DÉBARDEUR, s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d'années, et dont il ne reste plus rien aujourd'hui que ce léger fusain:

«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'inclineSous un chapeau coquet l'allure masculine,Un corset dans un pantalon.Un masque de velours aux prunelles ardentes,Sous des plis transparents des formes irritantes,Un ange doublé d'un démon.»

«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'inclineSous un chapeau coquet l'allure masculine,Un corset dans un pantalon.Un masque de velours aux prunelles ardentes,Sous des plis transparents des formes irritantes,Un ange doublé d'un démon.»

«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'incline

Sous un chapeau coquet l'allure masculine,

Un corset dans un pantalon.

Un masque de velours aux prunelles ardentes,

Sous des plis transparents des formes irritantes,

Un ange doublé d'un démon.»

DÉBINAGE, s. m. Médisance, et même calomnie,—dans l'argot des faubouriens.DÉBINE, s. f. État de gêne, misère,—dans le même argot.

J'ai entendu direDibène(pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l'on parle le wallon, c'est-à-dire le vieux français.

Tomber dans la débine.Devenirpauvre.

DÉBINER, v. a. Médire,—et même calomnier.

En wallon, on dit:Dibiner, pour être mal à l'aise, en langueur.

Se débiner.S'injurier mutuellement.

DÉBINER(Se). S'en aller, s'enfuir.

En wallon, on ditBinerpour Fuir.

DÉBINER LE TRUC, v. a. Vendre le secret d'une affaire, révéler les ficelles d'un tour. Argot des saltimbanques.DÉBONDER, v. n.Alvum deponere,—dans l'argot du peuple.DÉBORDER, v. n. Rejeter hors de l'estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès,—dans le même argot.

Se faire déborder.Se faire vomir.

DÉBOUCLER, v. a. Mettre un prisonnier en liberté,—dans l'argot des voleurs.DÉBOURRER, v. a. Déniaiser quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

Se débourrer.S'émanciper, se dégourdir.

DÉBOUSCAILLER, v. a. Décrotter—dans l'argot des voyous.DÉBOUSCAILLEUR, s. m. Décrotteur.DÉBOUTONNER(Se). Parler franchement, dire ce qu'on a sur le cœur ou dans le ventre. Argot des bourgeois.DÉBRIDER, v. n. Ouvrir,—dans l'argot des voleurs.DÉBRIDER, v. n. Manger avec appétit,—dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme au cheval.DÉBRIDOIR, s. m. Clef.DÉBUTER, v. n. Viser un but quelconque et s'en approcher le plus possible, afin de savoir qui jouera le premier aux billes, à la marelle, etc. Argot des enfants.DÉCADENER, v. a. Déchaîner, débarrasser de ses liens,—dans l'argot des voleurs.DÉCALITRE, s. m. Chapeau rond, en forme deboisseau,—dans l'argot des faubouriens.DÉCAMPER, v. n. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot du peuple.

Décamper sans tambour ni trompette.S'en aller discrètement ou honteusement, selon qu'on est bien élevé ou qu'on a été inconvenant.

On dit aussiDécampiller.

DÉCANAILLER(Se), v. a. Sortir de l'obscurité, de la misère, de l'abjection,—dans le même argot.DÉCANILLER, v. n. Déguerpir, partir comme unchien,—dans le même argot.

On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu'en Picardie chercher unechenille.

DÉCARCASSER(Se), t. réfl. Se démener, s'agiter bruyamment,—dans le même argot.DÉCARRADE, s. f. Sortie, départ, fuite,—dans l'argot des voleurs.DÉCARRER, v. n. S'en aller de quelque part, s'enfuir.—dans l'argot des voleurs et du peuple.DÉCARRER DE BELLE.Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.DÉCARTONNER(Se), v. réfl. Vieillir, ou être atteint de maladie mortelle,—dans l'argot des faubouriens.DÉCATI, adj. et s. Qui n'a plus ni jeunesse, ni beauté, qui sont lecati, le lustre de l'homme et de la femme.DÉCATIR(Se), v. réfl. Vieillir, enlaidir, se faner.DÉCAVÉ, s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes,—dans l'argot de Breda-Street.DÉCHANTER, v. n. Revenir d'une erreur; perdre une illusion; rabattre de ses prétentions,—dans l'argot du peuple, fidèle sans le savoir à l'étymologie (decantare).DÈCHE, s. f. Pauvreté,déchetde fortune ou de position,—dans le même argot.

Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d'Anglemont en attribue l'invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue: «Quel échec, mon empereur!» se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que: «Quelle dèche, mon empereur!»

Être en dèche.Être en perte d'une somme quelconque.

DÉCHEUX, adj. et s. Homme pauvre, misérable.DÉCHIRÉE(N'être pas trop). Se dit—dans l'argot du peuple—d'une femme qui est encore jeune, jolie et appétissante.

On dit aussiN'être pas trop égratignée.

DÉCHIRER(Ne pas se). Se faire des compliments; se vanter.DÉCHIRER DE LA TOILE.Faire un feu de peloton,—dans l'argot des troupiers.DÉCHIRER LA CARTOUCHE, v. a. Manger,—dans l'argot des soldats et des ouvriers qui se souviennent de leurs sept ans.DÉCHIRER SON HABIT, v. a. Mourir,—dans l'argot des tailleurs.DÉCHIRER SON TABLIER, v. a. Mourir,—dans l'argot des domestiques.DÉCLANCHER(Se), v. réfl. Se démettre l'épaule,—dans l'argot des faubouriens, qui assimilent l'homme au mouton.DÉCLOUER, v. a. Dégager des effets du mont-de-piété, duclou.DÉCOLLER, v. n. S'en aller de quelque part; quitter une place,—dans l'argot des ouvriers.DÉCOLLER LE BILLARD.Mourir.

On dit aussiDévisser son billard.

DÉCOMPTE, s. m. Blessure mortelle,—dans l'argot des troupiers, qui savent qu'en la touchant il faut quitter le service et la vie.DÉCONFITURE, s. f. Faillite,—dans l'argot des bourgeois.

Être en déconfiture.Avoir déposé son bilan.

DÉCORS, s. m. pl. Cordons, tabliers, bijoux,—dans l'argot des francs-maçons.DÉCOUDRE(En), v. n. Se battre en duel ou à coups de poing,—dans l'argot du peuple et des troupiers.DÉCOUVRIR LA PEAU DE QUELQU'UN, v. a. Lui faire dire ce qu'il arait voulu cacher,—dans l'argot du peuple.DÉCRASSER UN HOMME,v. a. Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité, sa conscience,—dans l'argot des faubouriens, qui ont des idées particulières sur la propreté.

Pour les filles,Décrasser un homme, c'est le ruiner, et pour les voleurs, c'est le voler,—c'est-à-dire exactement la même chose.

DÉCROCHER, v. a. Dégager un objet du mont-de-piété,—dans l'argot des ouvriers.DÉCROCHER, v. a. Tuer d'un coup de fusil,—dans l'argot des troupiers.

Ils disent aussiDescendre.

DÉCROCHER SES TABLEAUX, v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s'y trouver. Argot des rapins.DÉCROCHER UN ENFANT, v. a. Faire avorter une femme,—dans l'argot du peuple.

Se faire décrocher.Employer des médicaments abortifs.

DÉCROCHEZ-MOIÇA, s. m. Chapeau de femme,—dans l'argot des revendeuses du Temple.DÉCROCHEZ-MOIÇA, s. m. Boutique de fripier,—dans l'argot du peuple.

Acheter une chose au décrochez-moi ça.L'acheter d'occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

DÉCROTTER UN GIGOT, v. a. N'en rien laisser que l'os,—dans l'argot des ouvriers, qui ont bon appétit une fois à table.DÉDURAILLER, v. a. Oter les fers d'un forçat ou les liens d'un prisonnier.DÉFARDEUR, s. m. Voleur,—dans l'argot des voyous.

On dit aussiDoubleur.

DÉFARGUER, v. n. Pâlir,—dans l'argot des voleurs, pour quifarguerc'est rougir.DÉFARGUEUR, s. m. Témoin à décharge, assez maître de lui pour mentir sansrougir.DÉFENDRE SA QUEUE, v. a. se défendre quand on est attaqué,—dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un chien.DÉFIGER, v. a. Réchauffer,—dans le même argot.DÉFILER LA PARADE, v. n. Mourir,—dans l'argot des troupiers, qui blessés en pleine poitrine par un éclat d'obus, trouvent encore le temps de faire le salut militaire à leur chef comme pour lui dire:Ave, Cæsar, morituri te salutant.DÉFLEURIR LA PICOURE, v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des prisons.DÉFOURAILLER, v. n. Courir,—dans l'argot des voyous.DÉFRIMOUSSER, v. a. Défigurer quelqu'un,—dans le même argot.DÉFRISER, v. a. Désappointer, contrarier quelqu'un,—dans l'argot du peuple.DÉFRUSQUER, v. a. Dépouiller quelqu'un de ses vêtements,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiDéfrusquiner.

Se défrusquer.Se déshabiller.

DÉGAINE, s. f. Allures du corps, fourreau de l'âme.—dans l'argot du peuple, qui n'emploie ordinairement ce mot qu'en mauvaise part.

Avoir une belle dégaine.Se dit ironiquement des gens qui n'ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.

DÉGAUCHIR, v. n. Voler.DÉGELÉE, s. f.—Coups donnés ou reçus,— dans l'argot des faubouriens.DÉGELER, v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion,—dans le même argot.

Signifie aussi: Mourir.

DÉGINGANDÉ, adj. s. Qui a mauvaise grâce, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple.DÉGINGANDER(Se), v. réfl. Se donner des allures excentriques et de mauvais goût.DÉGOBILLADE, s. f. Résultat d'une indigestion,—dans l'argot du peuple.DÉGOBILLER, v. a. et n. Avoir une indigestion.DÉGOMMADE, s. f. Vieillesse, décrépitude naturelle ou précoce,—dans l'argot du peuple.DÉGOMMER, v. a. Destituer, casser d'un grade,—dans l'argot des troupiers.

Se dégommer.S'entre-tuer.

DÉGOMMER(Se), v. réfl. Vieillir, perdre de ses cheveux, de son élégance, de sa fraîcheur,—au propre et au figuré.DÉGOTTAGE, s. m. Action de surpasser quelqu'un en force ou en talent, en esprit ou en beauté. Argot des faubouriens.

Signifie aussi: Recherche couronnée de succès.

DÉGOTTER, v. a. Surpasser, faire mieux ou pis; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais.

Signifie aussi: Trouver ce que l'on cherche.

DÉGOULINER, v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de labouche,—dans l'argot du peuple.DÉGOURDIR, v. a. Emanciper l'esprit ou les sens de quelqu'un,—dans le même argot.

Se dégourdir.Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de la timidité naturelle à la jeunesse.

Signifie aussi: S'amuser.

DÉGOUTÉ(N'être pas). Prendre le meilleur morceau, choisir la plus jolie femme,—dans le même argot.DÉGRAISSER(Se). Maigrir,—dans l'argot du peuple.DÉGRAISSER UN HOMME, v. a. Le ruiner,—dans l'argot des petites dames, qui trouvent alors qu'il n'y a pas grasdans ses poches.DÉGRINGOLADE, s. f. Ruine, débâcle de fortune,—dans l'argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d'aujourd'hui.DÉGROSSIR, v. a. Découper des viandes,—dans l'argot des francs-maçons.DÉGUEULAS, adj. Dégoûtant,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.DÉGUEULER, v. a. et n. Avoir une indigestion,—dans l'argot du peuple.DÉGUEULIS, s. m. Résultat d'une indigestion.DÉGUI, s. m. Déguisement—dans l'argot des voleurs.DÉGUISER EN CERF(Se), v. réfl. Se retirer avec plus ou moins d'empressement,—dans l'argot des faubouriens.DÉJETÉ, adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé,—dans l'argot des ouvriers.

N'être pas trop déjeté.Être bien conservé.

DÉJEUNER DE PERROQUET, s. m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet d'attendre un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.DE LA BOURRACHE!Exclamation de l'argot des faubouriens, dont il n'est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de laborrago officinalis.

C'est une expression elliptique très raffinée:Ah! de la bourrache!c'est-à-dire: «Tu me fais suer!»

DÉLICAT ET BLOND, adj. Se dit ironiquement d'un gandin, d'un homme douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps. L'expression date d'un siècle.DÉLICOQUENTIEUSEMENT, adv. Merveilleusement,—dans l'argot des coulisses.DÉLIGE, s. f.Diligence,—dans l'argot des voyous, qui ne parlent pas toujoursdiligentissimè.DÉMANCHER(Se). Se remuer beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent inutilement. Argot du peuple.DÉMANTIBULER, v. a. Briser, disjoindre. Même argot.

C'estdémandibulerqu'il faudrait dire; la première application de ce verbe a dû être élite à propos de lamâchoire, qui se désarticule facilement.

Se démantibuler.Se séparer, se briser,—au propre et au figuré.

DÉMAQUILLER, v. a. Défaire une chose faite ou convenue,—dans l'argot des voleurs.DÉMARGER, v. a. S'en aller, disparaître, s'enfuir,—dans le même argot.

On disait autrefoisDémurger.

DÉMARRER, v. n. S'en aller; quitter une place pour une autre,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.DÉMÉNAGER, v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid,—dans le même argot.

Signifie aussi: Être vieux, être sur le point de partir pour l'autre monde.

DÉMÉNAGER A LA FICELLE, v. n. A l'insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte,—dans l'argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable.

On dit aussiDéménager à la cloche de bois.

DÉMÉNAGER AVANT LE TERME, Faire unLapsus linguæ, «mettre la charrue devant les bœufs». Argot du peuple.DÉMÉNAGER PAR LA CHEMINÉE, v. n. Brûler ses meubles lorsqu'on a reçu congé,—dans le même argot.DEMI-AUNE, s. f. Bras,—dans l'argot des faubouriens.

Tendre la demi-aune.—Mendier.

DEMI-CACHEMIRE, s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller au premier rang des drôlesses.

AUXVIIIesiècle, en appelait çaDemi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.

DEMI-MONDAINE, sub. fém. Femme du demi-monde,—dans l'argot des gens de lettres.DEMI-MONDE, s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l'argot de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.DEMI-VERTU, s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par l'église ni par la mairie: la chrysalide d'unefille.DÉMOC, s. m. Apocope deDémocrate,—dans l'argot du peuple.

Démoc-soc.Démocrate-socialiste.

DEMOISELLE DUPONT-NEUF, s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler.DÉMOLIR, v. a. Critiquer âprement et injustement,—dans l'argot des gens de lettres, qui oublient trop qu'il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.DÉMOLIR, v. a. Tuer,—dans l'argot des faubouriens, qui oublient trop qu'il faut vingt ans pour construire un homme.DÉMONÉTISER, v. a. Attaquer la réputation de quelqu'un et le ruiner,—dans l'argot du peuple.

Se démonétiser.Se discréditer, s'amoindrir, se ruiner moralement.

DÉMORGANER, v. n. Se ranger à un avis, se rendre à une observation,—dans l'argot des voleurs.DÉNICHEUR DE FAUVETTES, s. m. Coureur de filles,—dans l'argot du peuple.DENT(Avoir de la). Être encore beau cavalier ou jolie femme,—dans l'argot de Breda-Street.

Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner à rêver aux hommes disent aussi:Seize ans, toutes ses dents et pas de corset.

Mal de dents.Mal d'amour.

N'avoir plus mal aux dents.Être mort.

DÉPARLER, v. n. Cesser de parler,—dans l'argot du peuple.

Ne pas déparler.Bavarder fort et longtemps.

DÉPARLER, v. n. Ne pas savoir ce que l'on dit, parler d'une chose que l'on ne connaît pas. Argot des faubouriens.DÉPARTEMENT DU BAS-REIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on s'assied, et qui depuisdes siècles a le privilège de servir d'aliment à ce qu'on est convenu d'appeler «la vieille gaieté gauloise».

L'expression appartient à l'argot des ouvriers, loustics de leur nature.

DÉPENDEUR D'ANDOUILLES, s. m. Homme d'une taille exagérée,—dans l'argot du peuple.DÉPENSER SA SALIVE, v. a. Parler,—dans le même argot.

On dit aussiPerdre sa salive, dans le sens de: Parler inutilement.

DÉPIAUTER, v. a. Enlever lapeau, l'écorce,—dans le même argot.

Se dépiauter.S'écorcher.

Signifie aussi Se déshabiller.

DÉPLANQUER, v. a. Retirer des objets d'une cachette ou duplan,—dans l'argot des voleurs.DÉPLUMÉ, s. m. et a. Homme chauve,—dans l'argot des faubouriens.DÉPLUMER(Se), v. réfl. Perdre ses cheveux.DÉPONER, v. n.Levare ventris onus,—dans l'argot du peuple, pour qui le derrière est leponantdu corps.DÉPOSER UNE PÊCHE, v. a.Levare ventris onus,—dans l'argot des ouvriers.

Ils disent aussiDéposer un kilo.

DÉPOTOIR, s. m. Confessionnal,—dans l'argot des voleurs, qui ont de rares occasions d'y décharger leur conscience, pourtant bien remplie d'impuretés.DÉPOTOIR, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Coffre-fort.

DÉPOTOIR, s. m.Prostibulum,—dans l'argot des voyous.DÉPUCELEUR DE NOURRICES, s. m. Fat ridicule, cousin germain de l'amoureux des onze mille vierges,—dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les Gascons.DE QUOI, s. m. Fortune, aisance,—dans le même argot.

Avoir de quoi.Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire des pauvres gens.

On dit aussiAvoir du de quoi.

DER, s. m. Apocope dedernier,—dans l'argot des écoliers.DÉRALINGUER, v. n. Mourir,—dans l'argot des marins d'eau salée et d'eau douce.DÉROYALISER, v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine.

L'expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

DÉSATILLER, v. a. Châtrer,—dans l'argot des voleurs.DESCENDRE, v. a. Tuer, abattre d'un coup de fusil,—dans l'argot des soldats et des chasseurs.DESCENDRE LA GARDE, v. n. Mourir,—dans l'argot du peuple.DESCENTE DE LIT, s. f. Lion que l'esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des coups de griffes.DÉSENBONNETDECOTONNER, v. a. Débourgeoiser, donner de l'élégance à quelqu'un ou à quelque chose.

Le mot est de Balzac.

DÉSENFLAQUER(Se). Se désem...nuyer,—dans l'argot des faubouriens.DÉSENFLAQUER(Se). Se tirer de peine, et aussi de prison,—dans l'argot des voleurs.DÉSENFRUSQUINER(Se). Se déshabiller,—dans l'argot des faubouriens.DÉSENTIFLAGE, s. m. Rupture, divorce,—dans l'argot des voleurs.DÉSENTIFLER(Se), v. réfl. Se quitter, divorcer.DESGRIEUX, s. m. Chevalier d'industrie et souteneur deManons,—dans l'argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l'abbé Prévost d'avoir poétisé le vice et le vol.DÉSHABILLER, v. a. Donner des coups, battre quelqu'un à lui en déchirer ses vêtements,—dans l'argot des faubouriens.DÉSOSSÉ, adj. et s. Homme extrêmement maigre,—dans l'argot du peuple.DESSALÉE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans le même argot.

Cette expression, qui a plus d'un siècle, signifie aussi femme rusée,roublarde.

DESSALER(Se), v. Boire le vin blanc du matin,—dans l'argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.DESTRIER, s. m. Cheval.—dans l'argot des académiciens, qui ont horreur du mot propre.

Ils disent aussiPalefroi,—dans les grandes circonstances.

DÉTACHER, v. a. Donner,—dans l'argot du peuple.

Détacher un soufflet.Souffleter quelqu'un.

Détacher un coup de pied.Donner un coup de pied.

DÉTACHER LE BOUCHON, v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre,—dans l'argot des voleurs.DÉTAFFER, v. a. Aguerrir quelqu'un, l'assurer contre letaf,—dans l'argot des voyous.DÉTAIL, s. m. Chose grave que l'on traite en riant,—dans l'argot du peuple.

C'est un détail!signifie: Cela n'est rien!—même lorsque c'est quelque chose d'important, d'excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.

DÉTALER, v. n. S'enfuir, s'en aller sans bruit,—dans le même argot.DÉTAROQUER, v. a. Démarquer du linge,—dans l'argot des voleurs, qui ont bien le droit de faire ce que certains vaudevillistes font de certaines pièces.DÉTELER, v. n. Renoncer aux jeux de l'amour et du hasard,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leSolve senescentemd'Horace, mais qui ont de la peine à y obéir.

On dit aussiEnrayer.

DÉTOCEouDétosse, s. f.Détresse, guignon,—dans l'argot des prisons.DÉTOURNE(Vol à la), s. m. Vol dans l'intérieur des magasins ou à la devanture des boutiques.

On dit aussiGrinchissage à la détourne.

DÉTOURNEUR, EUSE, s. Individu qui pratique le grinchissage à la détourne.DEUX COCOTTES(Les). Le numéro 22,—dans l'argot des joueurs de loto.DEUX D'AMOUR, s. m. Le numéro 2,—dans le même argot.DEUX SœURS, s. f. pl. Lesnatesde Martial,—dans l'argot des faubouriens.DEUX SOUS DU GARÇON, s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur estforcé—sous peine d'être «mal servi»—de donner aux garçons de café, qui s'achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt direct.DEVANT DE GILET, s. m. Gorge de femme,—dans l'argot des faubouriens.DÉVEINE, s. f. Malheur constant dans une série d'opérations constantes.

Être en déveine.Perdre constamment au jeu.

DÉVERGONDÉE, s. f. Fille ou femme qui a toutevergognebue,—dans l'argot des bourgeoises, qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre fille dont le seul crime est de n'avoir qu'un amant.DÉVIDAGE, s. m. Long discours, bavardage interminable,—dans l'argot des voleurs.

Dévidage à l'estorgue.Accusation.

DÉVIDER, v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder.

Dévider à l'estorgue.Mentir.

Dévider le jar.Parler argot.

On dit aussiEntraver le jar.

DÉVIDEUR, s. m. Bavard.DÉVIERGER, v. a. Séduire une jeune fille et la rendre mère,—dans l'argot du peuple.DÉVISAGER, v. a. Egratigner le visage, le meurtrir de coups,—dans le même argot.

Signifie aussi: Regarder quelqu'un avec attention.

DÉVISSER SON BILLARD, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.DÉVISSEUR, s. m. adj. Médisant,débineur,—dans l'argot des gens de lettres et des faubouriens.DEVOIR UNE DETTE, v. a. Avoir promis un rendez-vous d'amour,—dans l'argot des filles, qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la vertu, et qui redoutent moins un pléonasme qu'un agent de police.DÉVORANT, s. m. Compagnon du Tour de France,—dans l'argot des ouvriers.DIABLE, s. m. Agent provocateur,—dans l'argot des voleurs, qui sont tentés devant lui du péché de colère.DIABLE, s. m. L'attelabe,—dans l'argot des enfants, qui ontété frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.DIABLE(A la), adv. Avec précipitation, sans soin, sans précaution,—dans l'argot du peuple.DIABLE AU VERT(Au). Très loin,—dans le même argot.

Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression populaire vienne du château deVauvert, sur l'emplacement duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande chartreuse ou Bal Bullier: je le veux bien, n'ayant pas assez d'autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de mon avis contre tant de monde. Cependant je dois dire d'abord que je ne comprends guère comment les Parisiens duXIVeesiècle pouvaient trouver si grande la distance qu'il y avait alors comme aujourd'hui entre la Seine et le carrefour de l'Observatoire; ensuite, j'ai entendu souvent, en province, des gens qui n'étaient jamais venus à Paris, employer cette expression, que l'on dit exclusivement parisienne.

DIABLE BAT SA FEMME ET MARIE SA FILLE(Le). Il pleut et fait soleil tout à la fois,—même argot.DIABLE EN PRENDRAIT LES ARMES!(Le) Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un ultimatum.

Se dit aussi à propos d'un grand vacarme «où l'on n'entendrait pas Dieu tonner». Quand on n'entend pas Dieu tonner, c'est qu'en effet le «diable en a pris les armes».

DIAMANT, s. m. Voix de la plus belle eau,—dans l'argot des coulisses.DICTIONNAIRE VERDIER, s. m. Lexique fantastique,—dans l'argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu'un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.DIEU BAT SES MATELAS.Se dit,—dans l'argot du peuple, lorsqu'il tombe de la neige.DIEUTERME(Le). Les 8 janvier, 8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque année,—dans l'argot des bohèmes.DIGUE-DIGUE, s. f. Attaque d'épilepsie,—dans l'argot des voyous.DIJONNIER, s. m. Moutardier,—dans l'argot des faubouriens.DILIGENCE DE ROME, s. f. La langue,—dans l'argot du peuple, qui sait qu'on va partout quand on sait demander son chemin.DIMANCHE, adv. Jamais,—dans le même argot.

On dit aussiDimanche après la grand'messe.

DIMANCHE, s. m. Endroit d'un navire ou d'une maison qu'on a oublié de nettoyer,—dans l'argot des marins.DIMASINE, s. f. Chemisette,—dans l'argot des voleurs.DINDE, s. f. Femme sotte, maladroite, sans aucun des charmants défauts de son sexe,—dans l'argot du peuple, qui a, du reste, l'honneur de se rencontrer avec Shakespeare:Goose(oie), dit celui-ci en deux ou trois endroits de ses comédies.DINDON, s. m. Imbécile, dupe.

Être le dindon de la farce.Être la victime choisie, payer pour les autres.

DINDONNER, v. a. Tromper, duper.DINDORNIER, s. m. Infirmier,—dans l'argot des voleurs.DÎNER EN VILLE, v. n. Manger un petit pain en marchant à travers les rues,—dans l'argot parfois navrant des bohèmes.DÎNER PAR CœUR, v. n. Ne pas dîner du tout,—dans l'argot du peuple.DINGUER, v. n. N'être pas d'aplomb,—dans l'argot des coulisses,—où l'on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.DINGUER, v. n. Flâner, se promener,—dans l'argot des faubouriens.

Envoyer quelqu'un dinguer.Le congédier brusquement, s'en débarrasser en le mettant à la porte.


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