Chapter 15

ESTOME, s. m. Apocope d'Estomac,—dans l'argot des faubouriens.ESTORGUE, s. f. Fausseté, méchanceté,—dans l'argot des voleurs.

Centre à l'estorgue.Faux nom.

Chasse à l'estorgue.Œil louche,—storto.

ESTOURBIR, v. a. Tuer,—dans l'argot des faubouriens et des voleurs.

Le vieux français avaitesturbillon, tourbillon, et le latinexturbatio. L'homme que l'on tue au moment où il s'y attend le moins doit être en effet estourbillonné.

Signifie aussi Mourir.

ESTOURBIR(S'). Disparaître, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.

Par extension: Mourir.

ESTRANGOUILLADE, s. f. Action d'étrangler,strangulare,—dans l'argot du peuple.ESTRANGOUILLER, v. a. et n. Etrangler quelqu'un, étouffer.ESTROPIER UN ANCHOIS, v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit; faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.ESTUQUER, v. a. et n. Donner ou recevoir des coups,—dans l'argot du peuple.ÉTAL, s. m. La gorge de la femme,—dans l'argot des faubouriens, qui appellent la chair de laviande.ÉTALER, v. a. Jeter par terre,—dans l'argot du peuple.

S'étaler.Se laisser tomber.

ÉTALER SA MARCHANDISE, v. a. Se décolleter trop,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d'amour.ET ALLEZ DONC!Phrase exclamative, une selle à tous chevaux: on l'emploie volontiers pour renforcer ce qu'on vient de dire, comme coup de fouet de la fin.ÉTALON, s. m. Homme de galante humeur,—dans l'argot du peuple.ÉTAMINE, s. f. Chagrin, misère,—dans l'argot du peuple, qui sait que l'homme doit passer par là pour devenir meilleur.

Passer par l'étamine.Souffrir du froid, de la faim et de la soif.

ÉTEINDRE SON GAZ, v. a. Se coucher,—dans l'argot du peuple.

Le mot est de Gavarni.

Se dit aussi pour Mourir.

ÉTERNUER DANS DU SON, v. n. Être guillotiné,—dans l'argot des bagnes.

On dit aussiÉternuer dans le sac.

ÉTERNUER UN NOM.Se dit,—dans l'argot du peuple, d'un nom difficile à prononcer, à cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent, par exemple les noms polonais.ET MÈCHE!Formule de l'argot des faubouriens, employée ordinairement pour exagérer un récit: «Combien cette montre a-t-elle coûté? soixante francs?—Soixante francs, et mèche!» c'est-à-dire beaucoup plus de soixante francs.ÉTOILE, s. f. Cantatrice en renom, comédienne hors ligne, premier rôle d'un théâtre,—dans l'argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.ÉTOILE DE L'HONNEUR, s. f. La croix de la Légion d'honneur,—dans l'argot des vaudevillistes, plus académiciens qu'ils ne s'en doutent.ÉTOILE, s. f. Bougie allumée ou non,—dans l'argot des francs-maçons.

Etoile flamboyante.Le symbole de la divinité.

ÉTOUFFER, v. a. Cacher, faire disparaître,—dans l'argot des faubouriens.ÉTOUFFER UNE BOUTEILLE, v. a. La boire, la faire disparaître jusqu'à la dernière goutte,—dans l'argot du peuple.ÉTOUFFEUR, s. m. Libraire qui ne sait paslancerses livres ou qui ne veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.ÉTOUFFOIR, s. m. Table d'hôte où l'on joue l'écarté,—dans l'argot des voleurs, qui savent que dans ces endroits-là onfermetout avec soin, portes et fenêtres, de peur de surprise policière.ÉTOURDIR, v. n. Solliciter,—dans le même argot.Étourdisseur, s. m. Solliciteur.ÉTRANGLER UNE DETTE, v. a. L'acquitter, pour s'en débarrasser lorsqu'elle est trop criarde,—dans l'argot des bohèmes.ÊTRE(En), v. n. Faire partie de la corporation des non-conformistes.ÊTRE(En), v. n. Euphémisme de l'argot du peuple, qui est une allusion auxInsurgés de Romilly. (Voir ce mot.)ÊTRE(L'). Être trompé par sa femme,—dans l'argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.ÊTRE A COUTEAUX TIRÉS AVEC QUELQU'UN.Être brouillé avec lui, ne plus le saluer ni lui parler,—dans l'argot des bourgeois.ÊTRE A FEU.Être en colère,—dans l'argot des faubouriens.ÊTRE A FOND DE CALE.N'avoir plus d'argent,—dans l'argot des ouvriers.ÊTRE A JEUN.Être vide,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses aussi bien qu'à propos des gens,au sujet d'un sac aussi bien qu'au sujet d'un cerveau.

Avoir la sacoche à jeun.N'avoir pas le sou.

ÊTRE A LA BONNE, v. n. Inspirer de la sympathie, de l'intérêt de l'amour,—dans l'argot du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un peu, une vieille expression française.

Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M. Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui. «Vous ne poviez venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes,» dit Rabelais.

ÊTRE A LA CAMPAGNE, v. n. Être à Saint-Lazare,—dans l'argot des filles qui rougissent d'aller en prison et ne rougissent pas d'autre chose non moins grave.ÊTRE A LA CHANCELLERIE.Être pris de façon à ne pouvoir se défendre,—dans l'argot des lutteurs français et anglais.ÊTRE A LA FÊTE, v. n. Être de bonne humeur;—dans l'argot du peuple.ÊTRE A LA MANQUE, v. n. Tromper quelqu'un, le trahir,—dans l'argot des voyous.ÊTRE A LA PAILLE(En). Être à l'agonie,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à la paille que l'on étale dans la rue devant la maison où il y a un malade.ÊTRE A L'OMBRE, v. n. Être en prison,—dans l'argot du peuple.ÊTRE A PLUSIEURS AIRS, v. n. Faire ses embarras; faire ses coups à la sourdine,—dans l'argot des ouvriers.ÊTRE A POT ET A FEU AVEC QUELQU'UN.Avoir un commerce d'amitié, vivre familièrement avec lui.ÊTRE ARGENTÉ, v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser le menuet sur le comptoir du marchand de vin.

Être désargenté.N'avoir plus un sou pour boire.

ÊTRE A SEC.N'avoir plus d'argent,—dans l'argot du peuple.

C'est la même expression queLes eaux sont basses.

ÊTRE A TU ET A TOI AVEC QUELQU'UN.Vivre familièrement avec quelqu'un, être son ami, ou seulement son compagnon de débauche.ÊTRE AUX ÉCOUTES, v. n. Faire le guet; surprendre une conversation,—dans l'argot du peuple.

L'expression sort de la langue romane.

ÊTRE AVEC UNE FEMME, v. n. Vivre maritalement avec elle,—dans l'argot des ouvriers.ÊTRE AVEC UN HOMME, v. n. Vivre en concubinage avec lui,—dans l'argot des grisettes.ÊTRE BIEN, v. n. Être en état d'ivresse,—dans l'argot du peuple.ÊTRE BIEN DE SON PAYS.Avoir de la naïveté, s'étonner de tout et de rien, se fâcher au lieu de rire. Argot du peuple.ÊTRE BIEN PORTANT, v. n. Être libre,—dans l'argot des voleurs.ÊTRE BON LÀ.Demander plus qu'il n'est permis. Manifester des exigences ou des prétentions,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie cette expression qu'ironiquement, par antiphrase.ÊTRE BREF, v. n.Être à court d'argent.ÊTRE CHARGÉ A CUL.Être pressé, scatologiquement parlant,—dans l'argot des commissionnaires.ÊTRE COMPLET.Être ivre-mort,—dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,—en vices.

ÊTRE COUSU D'OR.Avoir beaucoup d'argent,—dans l'argot du peuple qui a l'hyperbole facile.ÊTRE CROTTÉ.N'avoir pas le sou,—dans l'argot des ouvriers tailleurs. Ils le disent aussi d'un travail pour lequel il manque la quantité d'étoffe voulue, ou qui nécessite une économie extraordinaire.ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS.Se dit ironiquement de quelqu'un qui s'est attiré une fâcheuse affaire, ou qui est ruiné. Argot du peuple.ÊTRE DANS LE SIXIÈME DESSOUS.Être ruiné, ou mort,—forme explétive deTroisième dessous, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches de l'Opéra pour en recéler les machines.ÊTRE DANS LES PAPIERS DE QUELQU'UN.Avoir sa confiance, son affection.

On dit aussiÊtre dans les petits papiers de quelqu'un.

ÊTRE DANS LES VIGNES.Être complètement ivre,—dans l'argot du peuple.

Il dit aussiÊtre dedans.

ÊTRE DANS SES PETITS SOULIERS.Être embarrassé, gêné par une observation, par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu'un qui serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.ÊTRE DANS TOUS SES ÉTATS.Être très préoccupé d'une chose; se donner beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n'importe quoi et de n'importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du coche. Même argot.ÊTRE DANS UN ÉTAT VOISIN.Être ivre,—dans l'argot des typographes, qui pratiquent volontiers l'ellipse et la syncope.ÊTRE DE CHÉ, ou d'CHÉ. Être complètement saoul,—dans l'argot des voleurs.ÊTRE DE LA BONNE, v. n. Être heureux, avoir toutes les chances,—dans l'argot des voleurs.ÊTRE DE LA FÊTE.Être heureux ou hors de danger après avoir été compromis, menacé. Argot du peuple.ÊTRE DE LA HAUTE.Appartenir à l'aristocratie du mal,—dans le même argot. Faire partiede l'aristocratie du vice,—dans l'argot des filles.ÊTRE DE LA PAROISSE DE LA NIGAUDAIE.Être un peu trop simple d'esprit,—dans l'argot du peuple.ÊTRE DE LA PAROISSE DE SAINT-JEAN-LE-ROND.Être ivre,—dans l'argot des ouvriers irrévérencieux sans le savoir envers d'Alembert.ÊTRE DE LA PROCESSION.Être du métier.

On dit aussiEn être.

ÊTRE DÉMATÉ.Être vieux, impotent,—dans l'argot des marins.ÊTRE DESSOUS.Être ivre,—dans l'argot du peuple.ÊTRE DU BÂTIMENT, v. n. Faire partie de la rédaction d'un journal. Être feuilletoniste ou vaudevilliste,—dans l'argot des gens de lettres, qui forment une corporation dont l'union ne fait pas précisément la force.ÊTRE D'UN BON SUIF.Être ridicule, mal mis, ou contrefait,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiÊtre d'un bon tonneau.

ÊTRE DU QUATORZIÈME BÉNÉDICITÉ.Faire partie du régiment,—ou plutôt de l'armée des imbéciles.ÊTRE ENCORE(L'). C'est, pour une femme, avoir encore le droit de recevoir un bouquet de roses blanches, le jour de l'Assomption, sans être exposée à considérer le présent comme une épigramme.ÊTRE EN DÉLICATESSE AVEC QUELQU'UN.Être presque brouillé avec lui; l'accueillir avec froideur,—dans l'argot des bourgeois.ÊTRE EN FINE PÉGRAINE, v. n. Être à toute extrémité,—dans l'argot des prisons,ÊTRE EN TRAIN, v. n. Commencer à se griser,—dans l'argot des ouvriers.ÊTRE FORT AU BÂTONNET.Façon de parler ironique qu'on emploie à propos d'une maladresse commise.ÊTRE LE BœUF, v. a. Être victime de quelque mauvaise farce, de quelque mauvais coup,—dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu Apis que l'on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu'il proteste, même par un coup de corne.ÉTRENNER, v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des faubouriens.ÊTRE PAF, v. n. Être en état d'ivresse. Même argot.ÊTRE PRÈS DE SES PIÈCES.N'avoir pas d'argent ou en avoir peu. Argot du peuple.ÊTRE PRIS DANS LA BALANCINE.Se trouver dans une position gênante.

L'expression est de l'argot des marins.

ÊTRE SUR LA PLANCHE, v. n. Comparaître en police correctionnelle ou devant la Cour d'assises. Argot des voleurs.ÊTRE SUR LE SABLE, v. n. N'avoir pas de maîtresse,—dansl'argot des souteneurs, que cela expose à crever de faim.ÊTRE TROP PETIT.N'avoir pas l'adresse ou le courage nécessaire pour une chose. Argot du peuple.

T'es trop petit!est une expression souveraine de mépris, dans la bouche des faubouriens.

ÊTRE VENT DESSUS VENT DEDANS.Être en état d'ivresse,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.ÉTRILLER, v. a. Donner des coups,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

Étron, s. m.Stercus,—dans le même argot.

Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.

L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais n'a-t-il pas dit, au chapitre desMeurs et conditions de Panurge: «Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz..., d'estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»

ÉTRONNER, v. n.Cacare,—dans l'argot des faubouriens.ET TA SœUR!Expression fréquemment employée par les faubouriens à tout propos et même sans propos, comme réponse à une importunité, à une demande extravagante, ou pour se débarrasser d'un fâcheux.

On dit quelquefois aussi:Et ta sœur, est-elle heureuse?C'est le refrain d'une chanson très populaire,—malheureusement.

ÉTUDIANT DE LA GRÈVE, s. m. Maçon,—dans l'argot du peuple.ÉTUDIANTE, s. f. Grisette,—dans l'argot des ouvriers.

Etudiante pur sang.Fille destinée à embellir l'existence de plusieurs générations d'étudiants.

ÉTUI, s. m. La peau du corps,—dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer avec Shakespeare (case).

Se dit aussi pour Vêtements.

ÉTUI A LORGNETTE, s. m. Cercueil,—dans l'argot des voyous, qui ont parfaitement saisi l'analogie de forme existant entre deux choses pourtant si différentes comme destination.EUSTACHE, s. m. Couteau,—dans l'argot du peuple, qui dit aussi: Ustache.ÉVANOUIR(S'). S'en aller de quelque part,—dans l'argot des faubouriens.ÉVAPORER, v. a. Voler quelque chose adroitement,—dans le même argot.ÉVENTAIL A BOURRIQUE, s. m. Bâton,—dans le même argot.ÉVÊQUE DE CAMPAGNE, s. m. Pendu,—dans l'argot du peuple, qui veut dire que ces sortes de suicidés bénissent avec les pieds.EXCELLENT(Être). Puer de l'aisselle,—dans l'argot des bourgeois, qui font des calembourspar à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de prononceressellent.EXÉCUTER QUELQU'UN, v. a. Lui interdire l'entrée de la Bourse, parce qu'il est insolvable,—dans l'argot des coulissiers.EXPÉDIER, v. a. Tuer,—dans l'argot du peuple.EXPERT, s. m. Officier de loge,—dans l'argot des francs-maçons.EXTRA, s. m. Garçon de supplément,—dans l'argot des cafés et des restaurants.EXTRA, s. m. Dîner fin,—dans l'argot des bourgeois quitraitent.EXTRA, s. m. Petite débauche supplémentaire,—dans l'argot du peuple.

Faire un extra.Faire une petite noce, une petite débauche de table.

Signifie aussi, seulement: Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

EXTRA, s. m. Convive,—dans l'argot des tables d'hôte militaires.

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F

FACE, s. f. Pièce de cinq centimes,—dans l'argot des faubouriens, qui peuvent ainsi contempler à peu de frais la figure du monarque régnant.FACE!Exclamation de l'argot des ouvriers, qui la font entendre lorsqu'au cabaret ou au café quelque chose tombe et se casse.FACE DE CARÊME, s. f. Mine fatiguée, pâlie par l'étude ou les veilles malsaines. Argot du peuple.FACE DU GRAND TURC, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,—dans le même argot.FACES, s. f. pl. Joues,—dans l'argot des bourgeois.FACIÈS, s. m. Visage,—dans l'argot du peuple, qui parle sans s'en douter comme Cicéron.FACTIONNAIRE, s. m.Insurgé de Romilly.(V. ce mot.)

Poser un factionnaire, Alvum deponere.

FACTOTON, s. m. Valet, homme à tout faire,—(factotum),—dans l'argot du peuple, qui n'emploie jamais cette expression qu'en mauvaise part.FACTURIER, s. m. Vaudevilliste qui a la spécialité descouplets de facture.FADAGE, s. m. Partage,—dans l'argot des voleurs.FADARD, adj. et s. Bon, beau, agréable,—dans l'argot des faubouriens.FADASSE, s. f. Femme trop blonde,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.FADE, s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale; Ecot que l'on paye dans un pique-nique.

Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers. Mais, avant d'appartenir aucant, il appartenait à notre vieille langue: «Saciés bien que se jeen muir,faidevos en sera demandée», dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Orfaideici signifiecompteet ne peut venir que defœdus, accord particulier, règlement,compte.

FADE, s. m. Fat,—dans l'argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne.

Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie,fatuus, insipide.

FADER, v. n. et a. Partager des objets volés.FADEURS, s. m. pl. Mensonges ordinaires de la conversation,—dans l'argot du peuple, payé pour être sceptique.

Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à propos de n'importe quoi. On lui raconte que le roi d'Araucanie est monté sur son trône «Des fadeurs!» dit-il. On lui assure que la France va avoir la guerre avec l'Angleterre à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui apprend une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!» etc.

FAFFEouFafiot, s. m. Papier blanc ou imprimé,—dans l'argot des voleurs.

Fafiot garaté.Billet de banque autrefois signéGaratet aujourd'huiSoleil.

Fafiot mâle.Billet de mille francs.

Fafiot femelle.Billet de cinq cents francs.

Fafiot loff.Faux certificat ou faux passeport.

Fafiot sec.Bon certificat ou bon passeport.

FAFIOTEUR, s. m. Marchand de papiers; Banquier.

Signifie aussi Ecrivain.

FAFIOTS, s. m. p. Souliers,—dans l'argot des revendeuses du Temple.FAGOT, s. m. Forçat,—Homme qui est lié à un autre homme: en liberté, par une complicité de sentiments mauvais; au bagne, par des manicles.

Fagot à perte de vue.Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Fagot affranchi.Forçat libéré.

FAGOT, s. m. Vieillard,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu'on fait du bois mort.FAGOT, s. m. Élève de l'École des eaux et forêts,—dans l'argot des Polytechniciens.FAGOTÉ, adj. Habillé, arrangé,—dans l'argot des bourgeois, qui n'emploient jamais ce mot qu'en mauvaise part.FAGOTER, v. a. Travailler sans soin, sans goût, maladroitement,—dans l'argot des ouvriers.FAGOTER(Se), v. réfl. S'habiller extravagamment, grotesquement.

A signifié autrefois Se moquer.

Fagots, s. m. pl. Contes àdormir debout, niaiseries,—dans l'argot du peuple.

Débiter des fagots.Dire des fadaises, des sottises.

FAIBLE, s. m. Penchant, tendresse particulière et souvent injuste,—dans l'argot des bourgeois.

Prendre quelqu'un par son faible.Caresser sa marotte, flatter son vice dominant.

FAILLOUSE, s. f. Le jeu de la bloquette,—dans l'argot des écoliers.FAÎNE, s. f. Pièce de cinq centimes,—dans l'argot des ouvriers, qui pour trouver cette analogie, ont dû se reposersub tegmine fagi.FAININ, s. m. Liard,—qui est une petite faîne.FAIRE, s. m. Façon d'écrire ou de peindre,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.FAIRE, v. a. Dépecer un animal,—dans l'argot des bouchers, quifontun veau, comme les vaudevillistes unours.FAIRE, v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises,—dans l'argot des commis voyageurs et des petits marchands.FAIRE, v. n.Cacare,—dans l'argot à moitié chaste des bourgeois.

Faire dans ses bas.Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance; ne plus savoir ce qu'on fait.

FAIRE, v. n. Jouer,—dans l'argot des bohèmes.

Faire son absinthe.Jouer son absinthe contre quelqu'un, afin de la boire sans la payer.

On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

FAIRE, v. n. Travailler, être ceci ou cela,—dans l'argot des bourgeois.

Faire dans l'épicerie.Être épicier.

Faire dans la banque.Travailler chez un banquier.

FAIRE, v. a. Voler, et même Tuer,—dans l'argot des prisons.

Faire le foulard.Voler des mouchoirs de poche.

Faire des poivrotsoudes gavés. Voler des gens ivres.

Faire une maison entière.En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s'y trouve.

FAIRE(Le), v. a. Réussir,—dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement ce verbe avec la négative, quand il veut défier ou se moquer. Ainsi:Tu ne peux pas le faire, signifie: Tu ne me supplanteras pas,—tu ne peux pas lutter de force et d'esprit avec moi,—tu ne te feras jamais aimer de ma femme,—tu ne deviendras jamais riche, ni beau,—etc., etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe, essentiellement parisien, est une selle à tous chevaux.FAIRE(Se), v. réfl. S'habituer,—dans l'argot des bourgeois.

Se faire à quelque chose.Y prendre goût.

Se faire à quelqu'un.Perdre dela répugnance qu'on avait eue d'abord à le voir.

FAIRE(Se). Se bonifier,—dans l'argot des marchands de vin.FAIRE ACCROCHER(Se). Se faire mettre à la salle de police,—dans l'argot des soldats.FAIRE A LA RAIDEUR(La). Se montrer raide, exigeant, dédaigneux,—dans l'argot des petites dames.

Elles disent de même:La faire à la dignité, ouà la bonhomie, ouà la méchanceté, etc.

FAIRE ALLER, v. a. Se moquer de quelqu'un, le berner,—dans l'argot du peuple.FAIRE A L'OSEILLE(La), v. a. Jouer un tour désagréable à quelqu'un,—dans l'argot des vaudevillistes.

L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l'oseille, où il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un jour elle servit une omelette... sans œufs.—«Ah! cette fois, tu nous la fais trop à l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula dans l'établissement, puis dans le quartier; il est aujourd'hui dans la circulation générale.

FAIRE AU MÊME, v. a. Tromper, prendre sa revanche de quelque chose,—dans l'argot du peuple.

Il dit aussiRefaire au même.

FAIRE BAISER(Se). Se faire arrêter ouengueuler,—dans le même argot.

On dit aussiSe faire choper.

FAIRE BALAI NEUF, v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se soutenir,—dans le même argot.FAIRE BRÛLERMOSCOU.Faire un punch monstre,—dans l'argot des soldats, qui connaissent tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s'échappaient, le 29 septembre 1812, de l'antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.FAIRE CABRIOLET.Se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu'ils veulent se torcher. Argot du peuple.FAIRE CASCADER LA VERTU, v. a. Obtenir d'une femme l'aveu de son amour et en abuser,—dans l'argot de Breda-Street, d'aprèsla Belle Hélène.FAIRE CELUI QUI... Faire semblant de faire une chose,—dans l'argot du peuple.FAIRE CHARLEMAGNE.Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche,—dans l'argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire de France. «Charlemagne (dit Génin en sesRécréations philologiques) garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne: il fait Charlemagne:

Se non è vero... Je ne demandepas mieux d'en croire Génin, mais jusqu'ici il m'avait semblé que Charlemagne n'avait pas autantfait Charlemagneque le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu'il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de Cailly avait raison!

FAIRE CORPS NEUF, v. a.Alvum deponere,—et le remplir ensuite de nouveaux aliments.FAIRE COUCOU.Jouer à se cacher,—dans l'argot des enfants.FAIRE COULER UN ENFANT, v. a. Prendre un médicament abortif,—dans l'argot des filles.FAIRE CUIRE SA TOILE, v. a. Employer les tons rissolés, les grattages, les ponçages,—dans l'argot des critiques d'art, qui n'ont pas encore digéré la peinture de Decamps.FAIRE CUIRE SON HOMARD, v. a. Rougir d'émotion ou d'autre chose,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiFaire cuire son écrevisse.

FAIRE DANSER UN HOMME SUR LA PELLE A FEU.Exiger sans cesse de l'argent de lui, le ruiner,—dans l'argot des petites dames.

On dit aussiFaire danser sur la poêle à frire.

FFAIRE DE CENT SOUS QUATRE FRANCS, v. a. Dépenser follement son argent,—dans l'argot des bourgeois, qui ajoutent quelquefois:Et de quatre francs rien.FAIRE DE LA MUSIQUE.Se livrer à des conversations intempestives sur les coups. Argot des joueurs.FAIRE DE LA POUSSIÈRE, v. a. Faire des embarras,—dans l'argot des petites dames, qui recommandent toujours à leurs cochers d'aller grand train quand il s'agit decouperune rivale sur le boulevard, ou dans l'avenue des Champs-Élysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.FAIRE DE L'EAU, v. a.Meiere,—dans l'argot des bourgeois.

Ils disent aussiEpancher de l'eau,Pencher de l'eauetLâcher de l'eau.

FAIRE DE L'OR.Gagner beaucoup d'argent.

Le peuple, lui, ditChier de l'or.

FAIRE DES AFFAIRES, v. a. Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer l'importance des gens et la gravité des choses,—dans l'argot du peuple, qui se gausse volontiers des M. Prudhomme.

On dit aussiFaire des affaires de rien.

FAIRE DES AFFAIRES(Se), v. réfl. S'attirer des désagréments, des querelles, des embarras.FAIRE DES CHOUX ET DES RAVES, v. a. Faire n'importe quoi d'une chose, s'en soucier médiocrement,—dans l'argot des bourgeois.FAIRE DES CORDES, v. a.Difficilimè excernere,—dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression déjà vieille:Tufunem cacas?dit à son camarade un personnage d'une comédie grecque traduite en latin.FAIRE DES CRÊPES, v. a. S'amuser comme il est de tradition de le faire au Mardi-Gras,—dans l'argot des artistes, gouailleurs de leur nature.

Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «Rester donc; nous ferons des crêpes.»

FAIRE DES GAUFRES.S'embrasser entre grêlés,—dans l'argot du peuple.FAIRE DES GRÂCES, v. a. Minauder ridiculement.

Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.

FAIRE DES SIENNES, v. a. Faire des folies ou des sottises,—dans l'argot des bourgeois.FAIRE DES YEUX DE HARENG, v. a. Crever les yeux à quelqu'un,—dans l'argot des voleurs.FAIRE DE VIEUX OS(Ne pas), v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un emploi, dans un logement, etc.

Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de maladie héréditaire ou de santé débile.

FAIRE DU LARD, v. a. Dormir; se prélasser au lit,—dans l'argot du peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais d'engraisser.

Aller faire du lard.Aller se coucher.

FAIRE DU PAPIER MARBRÉ, v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer les pieds avec ungueux,—dans l'argot du peuple, qui a eu maintes fois l'occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude familière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de chauffage que celui-là.FAIRE ÉCLATER LE PÉRITOINE(S'en). Manger ou boire avec excès,—dans l'argot des étudiants.FAIRE ENSEMBLE, v. n. Jouer ou manger ensemble,—dans l'argot des écoliers, qui prêtent quelquefois cette expression aux ,grandes personnes.FAIRE FEU, v. a. Boire,—dans l'argot des francs-maçons, qui ont descanonspour verres.FAIREJACQUES DÉLOGE, v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé de la compagnie,—dans l'argot du peuple.FAIRE LA BALLE ÉLASTIQUE.Manquer de vivres,—dans l'argot des voleurs, que cela doit fairebondir.FAIRE LA BARBE, v. a. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un vilain tour,—dans l'argot du peuple.FAIRE LA BÊTE, v. a. Faire des façons.

On dit aussiFaire l'âne pour avoir du son.

FAIRE LA GRANDE SOULASSE, v. a. Assassiner,—dans l'argot des voleurs.FAIRE LA GRASSE MATINÉE, v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à rêvasser,—dans l'argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce luxe.FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire la quête,—dans l'argot des saltimbanques.FAIRE LA PLACE POUR LES PAVÉS A RESSORTS.Faire semblant de chercher de l'ouvrage et prier le bon Dieu de ne pas en trouver,—dans l'argot des ouvriers, ennemis-nés des paresseux.FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS.Être le maître quelque part; avoir une grande influence dans une compagnie, dans un atelier. Argot des bourgeois.FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bienretapéeen un mot, pour y faire la chasse à l'homme. Argot des filles et des souteneurs.FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter sa marchandise,—dans l'argot des marchands. Parler de ses titres littéraires,—dans l'argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices,—dans l'argot des petites dames.FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever délicatement et sans bruit son argent à un homme au moment où il doit y penser le moins,—dans l'argot des petites dames qui ne craignent pas d'ajouter le vol au vice.FAIRE LA TORTUE.Jeûner,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens, qui font allusion à l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle l'intéressanttestudoest astreint pendant des mois entiers.FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher, courir les gueuses, ou avoir de nombreux amants, selon le sexe,—dans l'argot des bourgeois, qui pensent peut-être que c'est plutôtdéfaire sa vie.FAIRE LE BON FOURRIER, v. n. C'est, dans un repas, servir ou découper de façon à ne pas s'oublier soi-même.

Faire le mauvais fourrier.Servir ou découper de façon à contenter tout le monde excepté soi-même.


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