Chapter 16

FAIRE LE BOULEVARD, v. n. Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée, sur les boulevards élégants,—dans l'argot de Breda-Street, qui est l'écurie d'où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc.

On dit aussiFaire la rueouFaire le trottoir.

FAIRE LE CUL DE POULE, v. n. Faire la moue en avançant les lèvres et en les pressant,—dans l'argot du peuple.FAIRE L'ÉCUREUIL.Faire une besogne inutile, marcher sans avancer,—dans le même argot.FAIRE L'ÉGARD.Détourner à son profit partie d'un vol.

On disait autrefoisEcarter,—ce qui est faire sonécart.

FAIRE LE GRAND, v. a.Alvum deponere,—dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussiFaire le grand tour.

FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre au soleil et y dormir ou y rêver,—dans l'argot des bohèmes et du peuple.FAIRE LE MOUCHOIR, v. a. Voler une idée de drame, de vaudeville ou de roman,—dans l'argot des gens de lettres.FAIRE LE PETIT, v. a.Meiere;—dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussiFaire le petit tour.

FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se confesserin extremis—dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'eau.

C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon.»

FAIRE L'œIL de carpe.Rouler les yeux de façon à n'en montrer que le blanc,—dans l'argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser aux hommes.FAIRE MAL.Faire pitié,—dans l'argot des faubouriens et des filles, qui disent cela avec le plus grand mépris possible.Ah!tu me fais mal!est d'une éloquence à nulle autre pareille: on a tout dit quand on a dit cela.FAIRE MOURIR(S'en). Désirer ardemment une chose,—dans l'argot du peuple.

S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée:Ah! tu t'en ferais mourir!C'est le refrain d'une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.

FAIRE NONNE.Prêter la main à un vol,—dans l'argot des prisons.FAIRE PASSER LE GOÛT DU PAIN.Tuer quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiPerdre le goût du pain, pour Mourir.

FAIRE PATROUILLE.Se débaucher de compagnie, courir les rues après minuit avec des libertins et des ivrognes.FAIRE PEAU NEUVE.S'habiller à neuf.FAIRE PÉTER LE CYLINDRE(S'en). Se dit, dans l'argot des faubouriens, de toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait faire éclater un homme,—c'est-à-dire le tuer.

On dit aussiS'en faire péter la sous-ventrière.

FAIRE PETITE CHAPELLE, v. n. Se chauffer comme ont la pernicieuse habitude de le faire les femmes du peuple, qui s'exposent ainsi à des maladies variqueuses.FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher d'un enfant,—dans l'argot du peuple, qui se souvient, sans l'avoir lu, du livre Ier, chap.VI, deGargantua.FAIRE PLEURER SON AVEUGLE.Meiere,—dans l'argot des faubouriens.FAIRE RAMASSER(Se). Se faire arrêter,—dans l'argot des voleurs et des filles.FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre les instructions ou les conseils de quelqu'un,—dans l'argot des prisons.FAIRE SALUER LE POLICHINELLE.Réussir, faire mieux que les autres,—dans l'argot des faubouriens. C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des fêtes publiques, où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer une tête de Turc quelconque.FAIRE SASOPHIE, v. n. Se scandaliser à propos d'une conversation un peu libre, montrer plus de sagesse qu'il ne convient.

On dit aussiFaire sa poire,Faire sa merde, etFaire son étroite,—dans l'argot des voyous.

FAIRE SAUTER LA COUPE.Battre les cartes de façon à toujours amener le roi,—dans l'argot desgrecs.FAIRE SAUTER LE SYSTÈME(Se), v. réfl. Se brûler la cervelle,—dans l'argot des faubouriens.FAIRE SES CHOUX GRAS DE QUELQUE CHOSE.En faire ses délices, s'en arranger,—dans l'argot des bourgeois.FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener un homme du Casino,—dans l'argot des petites dames, à qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles étaient forcées de la payer.FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir à plaire à une jolie femme un peu légère,—dans l'argot des libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit et leur amabilité s'ils ne semaient en même temps quelques gouttes de «boue jaune».FAIRE SES ORGES, v. a. Faire des profits illicites,—dans l'argot du peuple.FAIRE SES PETITS PAQUETS, v. a. Être à l'agonie,—dans l'argot des infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les gagne.FAIRE SON CAMBRONNE.Cacare,—dans l'argot dédaigneux des duchesses du faubourg Saint-Germain, qui disent cela depuis l'apparition desMisérablesde Victor Hugo.FAIRE SON DEUIL D'UNE CHOSE.La considérer comme perdue, s'en passer,—dans l'argot du peuple.FAIRE SON MICHAUD, v. a. Dormir,—dans le même argot.FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester en prison ou au bagne pendant un nombre déterminé de mois ou d'années, à l'expiration duquel on est libre.

—Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est tombé à la conscription.

FAIRE SUER, v. a. Tuer.—dans l'argot des escarpes, qui d'un coup de surin, procurentimmédiatement à un homme des sueurs de sang.

—Faire suer un chêne.Tuer un homme.

FAIRE TOMBER LE ROUGE.Avoir l'inconvénient de la bouche—dans l'argot des comédiens, à quil'émotion inséparabledonne souvent cetteinfirmitépassagère.FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE, v. a. Ne songer qu'à bien manger et à bien boire,—dans l'argot des bourgeois.FAIRE UNE BELLE JAMBE.Ne servir à rien,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression ironiquement et à propos de n'importe quoi.Ça lui fait une belle jambe!

La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens:J'en suis bien plus grasse!

FAIRE UNE COMMISSION, v. a.Levare ventris onus,—dans l'argot des bourgeoises.FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC, v. a. Se dit,—dans l'argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l'air etpoignardent le ciel.

C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET, v. a. Entrer quelque part sans saluer,—dans l'argot des bourgeois, amis des bienséances.FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle,—dans l'argot des étudiants.FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,—dans l'argot des viveurs, qui finissent par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.FAIRE UNE MOULURE, v. a.Levare ventris onus,—dans l'argot des menuisiers.FAIRE UNE TÊTE(Se). Se grimer d'une manière caractéristique, suivant le type du personnage à représenter. Argot des coulisses.

Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

FAIRE UN HOMME, v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu, coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.FAIRE UN PLI(Ne pas). Aller tout seul,—dans l'argot du peuple.FAIRE UN TASSEMENT, v. a. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas,—dans l'argot des bohèmes.

On dit aussiFaire un trou.

FAIRE UN TROU A LA LUNE.Faire faillite, enlever la caisse de son patron et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.FAISANDER(Se), v. réfl. Vieillir,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se font aucun scrupule d'assimiler l'homme au gibier.

Ils disent aussiS'avarier.

FAISANT, s. m. Camarade, copain,—dans l'argot du collège, où l'on éprouve le besoin d'avoir un second soi-même, un confidentdes premières joies et des premières douleurs, un ami qui fasse vos thèmes et de qui l'onfasseles billes et les confitures.FAISEUR, s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là—coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.FAISEUR D'œIL, s. m. Lovelace qui jette l'hameçon de son regard amorcé d'amour sur toutes les femmes qu'il suppose appelées à y mordre.

L'expression est de Nestor Roqueplan.

FALOURDE, s. f. Le double-six,—dans l'argot des joueurs de dominos.

On l'appelle aussi leBateau à charbonet l'Ami.

FALOURDE ENGOURDIE, s. f. Cadavre,—dans l'argot des voyous.FAMEUX, s. m. Homme solide de bras et de cœur,—dans l'argot du peuple.FAMEUX, EUSE, adj. Excessif, énorme, dans le sens péjoratif.

Un fameux paillard.Un paillard consommé.

Une fameuse bévue.Une bévue colossale.

Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre prononcer ainsi:P, h, a, pha, fameux!C'est lenec plus ultrade l'admiration populaire.

FANAL, s. m. La gorge,—dans l'argot des faubouriens.

S'éclairer le fanal.Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.

On dit aussiFanon, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme par l'homme.

FANANDEL, s. m. Frère, ami, compagnon,—dans l'argot des prisons.

Grands fanandels.Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en question», d'après Honoré de Balzac.

FANFAN, s. f. Jeune fille,—dans l'argot du peuple, qui a parfois la parole caressante, s'il a la main rude.

Se dit aussi d'un enfant quelconque.

FANFANBENOITON, s. m. Petit garçon de manières et d'un langage au-dessus de son âge,—dans l'argot des gens de lettres, par allusion au petit personnage de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C'est le pendant deFouyou.FANFARER, v. n. et a. Faire des réclames à une pièce ou à un livre, à une danseuse ou à un chien savant,—dans l'argot des gens de lettres.FANFE, s. f. Tabatière,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiFonfe.

FANFOUINER, v. n. Priser,—dans l'argot des voyous.FANFOUINEUR, s. m. Priseur.FANTAISIE, s. f. Caprice amoureux,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on est très fantaisiste.FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire antagoniste du Réalisme. C'est le dévergondage à la quinzième puissance, c'est l'extravagance chauffée à une douzaine d'atmosphères. La littérature d'autrefois a connu cette infirmité de l'esprit, cette maladie de l'imagination, mais à l'état d'exception; la littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il faut espérer qu'elle n'en mourra pas.FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain pyrotechnicien, plus fier de parler aux yeux que de s'adresser à l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de style que bon observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné à durer autant qu'un feu d'artifice: fusées tombées, fusées mortes!FANTASIA, s. t. Caprice, lubie, fantaisie,—dans l'argot du peuple.FARAUD, s. m. Monsieur,—dans l'argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l'airfiérot.

A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel:

«Monsieur, faut vous déclarerQue c'est une femme effrontéeQui fit son homme assassinerPar son faraud...»

«Monsieur, faut vous déclarerQue c'est une femme effrontéeQui fit son homme assassinerPar son faraud...»

«Monsieur, faut vous déclarer

Que c'est une femme effrontée

Qui fit son homme assassiner

Par son faraud...»

Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,—dans l'argot des voleurs.FARAUDÈNE, s. f. Madame,—dans l'argot des voleurs, qui disaient autrefoisfaraude.FARCE, adj. Amusant, grotesque,—dans l'argot du peuple.

Chose farce.Chose amusante.

Homme farce.Homme grotesque.

Être farce.Avoir le caractère joyeux; être ridicule.

FARCE, s. f. Plaisanterie en paroles ou en action,—dans l'argot du peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de farceurs sinistres.FARCES, s. f. pl. Actions plus ou moins répréhensibles, justiciables de la Morale ou de la Police correctionnelle.

Faire des farces.Faire des dupes; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux.

Avoir fait ses farces.Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d'amants.

FARCEUR, s. m. Homme d'une moralité équivoque, qui jongle avec les choses les plus sacrées et se joue des sentiments les plus respectables; débiteur qui restera toujours volontairement insolvable; amant qui exploitera toujours la crédulité—et la bourse—de ses maîtresses, etc., etc.FARCEUSE, s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne, pas plus l'amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui se dit, comme Louis XV: «Après moi le déluge!»FARD, s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit,—dans l'argot du peuple.

Sans fard.De bonne foi.

FARD, s. m. Rougeur naturelle du visage.

Avoir un coup de fard.Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou de l'ébriété.

FARDER(Se), v. réfl. Se griser,—par allusion aux rougeurs que l'ivresse amène sur le visage en congestionnant le cerveau.FAR-FAR, adv. Vite, promptement,—dans l'argot des voleurs.FARFOUILLER, v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.FARFOUILLEUR, adj. et s. Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s'approcher plus qu'il ne convient des robes des femmes, afin de s'assurer que l'étoffe en est moelleuse.FARGUE, s. f. Charge, poids,—dans l'argot des voleurs, qui doivent avoir emprunté cette expression aux marins.FARGUEMENT, s. m. Chargement.FARGUER, v. a. Charger.

Signifie aussi Rougir.

FARGUEUR, s. m. Chargeur.FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.

On disait autrefois et on dit encore quelquefoisFalibourde.

FARINEUX, adj. Excellent, parfait,—dans l'argot des faubouriens, pour qui il n'y a rien au-dessus du pain, si ce n'est la brioche.FATIGUE, s f. Le travail du bagne.FATIGUER, v. n. et act. Salir un livre à force de le consulter,—dans l'argot des relieurs.FAUBOURIEN, s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu'ils ne le sont.FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussiFaucheux.

FAUCHÉ(Être). Être guillotiné au bagne.FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,—dans l'argot des voleurs.FAUCHER, v. a. Couper,—dans le même argot, où on emploie ce verbe au propre et au figuré.

Faucher le colas.Couper le cou.

Faucher dans le pont.Donner aveuglément dans un piège.

Faucher le grand pré.Être au bagne.

FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se promener, en toilette «esbrouffante», sur les trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs.

On dit aussiCueillir le persil,Aller au persil, etPersiller.

FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,—dans l'argot des prisons où l'allégorie du Temps est une sinistre réalité.FAUCHEUX, s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes duPhalangium,—dans l'argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une injure ou tout au moins d'une épigramme.FAUCHURE, s. f. Coupure.FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme raté, sans courage, sans vertu, sans talent, sans quoi que ce soit,—dans l'argot du peuple.FAUTER, v. n. Commettre une faute,—dans le même argot.FAUX-BOND, s. m. Manque de parole,—dans l'argot des bourgeois.

Faire faux-bond à l'échéance.N'être pas en mesure de payer.

FAUX-COL, s. m. La mousse d'une chope de bière,—dans l'argot des faubouriens.FAVEURS, s. f. pl. La preuve matérielle qu'une femme donne de son amour à un homme,—dans l'argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas, comme les galants d'autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds d'épée.

Avoir eu les faveurs d'une emme.Avoir été son amant.

FAVORI D'APOLLON, s. m. Poëte estimable,—dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussiFavori des Muses.

FAVORI DEMARS, s. m. Guerrier heureux en batailles,—dans le même argot.

On dit aussiFavori de Bellone.

FAVORI D'ESCULAPE, s. m. Médecin heureux en malades,—dans le même argot.FAYOTS, s. m. pl. Légumes en général, haricots, lentilles, ou fèves,fayols,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

Le cap Fayot.Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce qu'on appelle alorsNaviguer sous le cap Fayot.

FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs sociales, ordures morales,—dans l'argot des gens de lettres.

Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

FÉE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers, qui ne savent pas dire si vrai en disant si poétiquement.FÉE-BOSSE, s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit aussiFée Carabosse.FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,—dans l'argot du peuple, qui parle plus correctement qu'on ne serait tenté à première vue,de le supposer,feignantvenant du verbefeindre, racine defainéantise, qu'on écrivait autrefoisfaintise.

Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême injure,—l'ignavusde Cicéron, Barbarisme nécessaire, carfainéantne rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

FÊLER(Se), v. réfl. Donner des preuves de folie, faire des excentricités,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent la boîte osseuse pour une faïence.

On dit aussiAvoir la tête fêlée.

FELOUSE, s. f. Prairie,—dans l'argot des voleurs, qui ont seulement démarqué la première lettre du mot généralement employé.FEMELLE, s. f. Femme, épouse,—dans l'argot des ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et non comme des hommes.

L'expression,—toujours employée péjorativement,—a des chevrons, puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:

«Incontinent, desloyalle femelle,Que j'auray faict et escrit ton libelle,Entre les mains le mettray d'une femmeQui appelée est Renommée, ou Fame,Et qui ne sert qu'à dire par le mondeLe bien ou mal de ceux où il abonde.»

«Incontinent, desloyalle femelle,Que j'auray faict et escrit ton libelle,Entre les mains le mettray d'une femmeQui appelée est Renommée, ou Fame,Et qui ne sert qu'à dire par le mondeLe bien ou mal de ceux où il abonde.»

«Incontinent, desloyalle femelle,

Que j'auray faict et escrit ton libelle,

Entre les mains le mettray d'une femme

Qui appelée est Renommée, ou Fame,

Et qui ne sert qu'à dire par le monde

Le bien ou mal de ceux où il abonde.»

FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la viande de boucherie.FEMME DU QUARTIER, s. f. Grisette qui a la spécialité de l'étudiant et qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de peur de déplaire à Paul de Kock.

On dit aussiFemme de l'autre côté(sous-entendu:de la Seine).

FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La grosse caisse,—dans l'argot des soldats.FEMME ENTRETENUE, s. f. Fille ou femme qui croit que la vertu est un «meuble inutile» et qui préfère acheter les siens àtant par amant.

Les Belges disentUne entretenue.

FENDANT, s. m. Homme qui marche d'un air conquérant, le chapeau sur le coin de l'oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne,—qui n'effraie personne.

Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de laMacettede Mathurin Regnier:

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,

Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,

Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

Faire son fendant.Se donner des allures de matamore.

On dit aussiFendart.

FENDEUR DE NASEAUX, s. m.Faux brave, qui fait plus de bruit que de besogne.

On dit aussi, et plus élégamment,Casse-gueule.

FENDRE(Se), v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d'argent,s'ouvrir,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Se dévouer.

Se fendre à s'écorcher.Pousser à l'excès la prodigalité.

FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner, ennuyer,—dans le même argot.

Tu me fends l'arche!est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

FENDRE L'ERGOT.S'enfuir,—dans l'argot du peuple, fidèle aux vieilles traditions.

On dit aussi, mais moins,Bander l'ergot.

FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.FENOUSE, s. f. Prairie,—dans l'argot des voleurs.FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,—dans l'argot du peuple, qui, ne connaissant pas le nom grec à donner à cette affection, emploie une expression fort simple et très caractéristique de la douleur cruelle qu'elle occasionne à l'estomac.FERLAMPIER, s. m. Homme à tout faire, excepté le bien,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes gens, en le dénaturant un peu.FERLAMPIER, s. m. Pauvre diable, misérable,—dans l'argot du peuple.FERLINGANTE, s. f. Verrerie, faïencerie,—dans l'argot des voleurs.FERME, s. f. Décor de fond, dans la composition duquel entre une charpente légère qui permet d'y établir des portes praticables. Argot des machinistes.FERMER, v. a. et n. Attacher solidement, rendreferme,—dans l'argot des coulisses, où l'on emploie ce verbe à propos de décors.FERRÉ A GLACE(Être). Savoir parfaitement son métier ou sa leçon,—dans l'argot des bourgeois.FERS, s. m. pl. Le forceps,—dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas le nom latin de l'instrument inventé par Palfyn.FERTANGEouFertille, s. f. Paille,—dans l'argot des voleurs.FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,—les graminéesfertilespar excellence.FESSE, s. f. Femme,moitié,—dans l'argot des faubouriens.FESSÉE, s. f. Correction paternelle ou maternelle comme celle dont Jean-Jacques Rousseau avait conservé un si agréable souvenir.FESSE-MATHIEU, s. m. Avare, usurier,—dans l'argot du peuple.FESSER, v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec la mainles parties charnues que l'homme a le plus sensibles et sur lesquelles il ne manque jamais de tomber quand il glisse.

Le verbe est vieux. On trouve dans lesChansonsde Gautier Garguille:

«Fessez, fessez, ce dist la mère,La peau du cul revient toujours.»

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction maternelle: Faire promptement une chose.

Fesser la messe.La dire promptement.

FESSER LE CHAMPAGNE, v. n. Boire des bouteilles de vin de champagne,—dans l'argot des viveurs.

Du temps de Rabelais on disaitFouetter un verre.

FESSES, s. f. pl. Grosses joues,—dans l'argot des faubouriens.FESSIER, s. m. Lesnates,—dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de parler comme Mathurin Régnier:

«Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»

a dit le grand satirique.

FESSU, adj. Qui a de grosses fesses.FESTILLANTE, s. f. Queue d'animal,—par exemple du chien, qui faitfêteà son maître en remuant la sienne.

Le mot est de l'argot des voleurs.

FESTINER, v. n. Boire et manger à ventre déboutonné,—dans l'argot du peuple.FESTONNER, v. n. Être en état d'ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s'amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison et de la Dignité humaine outragées.FESTOYER, v. n. Dîner copieusement en joyeuse compagnie.FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le 25 décembre, fête de Noël,—dans l'argot du peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal littéraire sans autorité,—dans l'argot des gens de lettres.

On dit aussiCarré de papier.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre de cuir,—dans l'argot des troupiers.FEUILLES DE CHOU, s. f. pl. Les oreilles,—dans l'argot des bouchers.

On dit aussiEsgourdesetMaquantes.

FIASCO, s. m. Insuccès,—dans l'argot des coulisses et des petits journaux.

Faire fiasco.Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce sifflée; faire un mauvais article.

Se dit aussi pour Manquer de parole.

FICELER, v. a. et n. Faire avec soin,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».

FICELLE, s. f. Secret de métier,procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat,—dans l'argot des artistes et des ouvriers.FICELLE, adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d'affaire,—dans l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle:

«Cadet Rousselle a trois garçons,L'un est voleur, l'autre est fripon,Le troisième est un peu ficelle...»

Cheval ficelle.Cheval qui «emballe» volontiers son monde,—dans l'argot des maquignons.

FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper,—dans l'argot du peuple.FICELLES, s. f. pl. «Les procédés épuisés et les conventions classiques,»—dans l'argot des gens de lettres.FICELLIER, s. m. Homme rusé, retors, qui vit d'expédients.FICHAISE, s. f. Chose de peu d'importance,—dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas direFoutaise.FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,—en parlant des choses et des gens.FICHE DE CONSOLATION, s. f. Compensation, dédommagement.FICHER, v. n. Faire, convenir, importer.

Une remarque en passant: On écritFicher, mais on prononceFiche, à l'infinitif.

FICHER, v. a. Donner.

Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.

FICHER(Se), v. réfl. S'habiller de telle ou telle façon.

Se ficher en débardeur.Se costumer en débardeur.

FICHER(Se), v. réfl. Se moquer.

Se ficher du monde.N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.

Je t'en fiche!Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou telle chose.

FICHER(Se), v. réfl. Se mettre dans l'esprit.FICHER LE CAMP, v. a. S'en aller, s'enfuir.

Le peuple dit:Foutre le camp.

FICHER SON BILLET(En). Donner mieux que sa parole, faire croire qu'on y engagerait même sa signature.

Le peuple ditEn foutre son billet.

FICHTRE!Exclamation de l'argot des bourgeois, qui remplaceFoutre! et marque l'étonnement, quand elle ne marque pas la colère.FICHU, adj. Perdu, en parlant des choses; à l'agonie, en parlant des gens. Même argot.

Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du Plessis!»

FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,—en parlant des choses et des gens.

Fichu livre.Livre mal écrit.

Fichu raisonnement.Raisonnement faux.

Fichue connaissance.Triste amant ou désagréable maîtresse.

FICHU, adj. Capable de.FICHU, adj. Habillé.

Être mal fichu, Être habillé sans soin, sans grâce.

On dit aussiÊtre fichu comme un paquet de sottisesoucomme un paquet de linge sale

Signifie quelquefois: Être malfait, mal bâti, et même malade.

FIENTER, v. n.Cacare,—dans l'argot du peuple, toujours rabelaisien.FIER, adj. Gris, un peuraide,—dans l'argot des faubouriens.FIER, adj. Etonnant, inouï,—dans l'argot du peuple, qui prend ce mot plutôt dans le sens virgilien (Sævus Hector: le redoutable Hector) que dans le sens cicéronien (Superbus).

«Là véissiés un fier abateis;Il n'a el monde païen ne sarasin,S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»

dit un poème du moyen âge.

Signifie aussi Habile, malin.


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