FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron, bravache, qui menace de tout casser,—et qui est souvent obligé dese la casser.FIÈREMENT, adv. Beaucoup,étonnamment.FIÉROT, adj. et s. Homme un peu fier.FIEU, s. m. Enfant,—dans l'argot des nourrices.FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation à mort,—dans l'argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même ledelirium tremens.FIFI, s. m. Vidangeur,—dans l'argot ironique du peuple, qui tire aussi bien sur ses propres troupes que sur les autres, le Bourgeois et le Monsieur.FIFI-LOLO, s. m. Homme qui fait la bête ou l'enfant,—dans l'argot des faubouriens.FIFINE. Réduplication caressante deJoséphine.FIFRELIN, s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour lui cent fois moins que rien.FIGARO, s. m. Coiffeur,—dans l'argot des bourgeois qui ont gardé bon souvenir duBarbier de Seville, le premier coup de pioche de la Révolution.FIGER(Se), v. réfl. Avoir froid,—dans l'argot du peuple.FIGNARD, s. m. Lepodex,—dans l'argot des voyous.FIGNOLADE, s. f. Roulade à perte de vue, vocalise infiniment prolongée,—dans l'argot des coulisses.FIGNOLER, v. a. Achever avec soin,finiravec amour,—dans l'argot des ouvriers et des artistes.
Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avecfions.» C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcerFinioler: or, la première personne du verbefiniren'est-elle pasfinio?—V. aussiFionner.
FIGURATION, s. f. Les figurants,—dansl'argot des coulisses.FIGUREs. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu,—dans l'argot des faubouriens.
Demi-figure.Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.
FIGURE(Ma), pron. pers. Moi, ma personne,—dans le même argot.FIGURE DE CAMPAGNE, s. f. Celle qu'on ne montre, ou plutôt qu'on ne découvre, qu'à la campagne, au coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre d'un hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la nature. Argot du peuple.
(V.Pleine luneetVisage.)
FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f. Visage qui annonce la santé.FIGURER, v. n. Paraître comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt sous par soirée quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est femme et jolie.FIGURER, v. n. Être exposé au poteau d'infamie,—dans l'argot des voleurs, qui paraissent là comme desfigurantssur un théâtre.FIL, s. m. Adresse, habileté,—dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme à un couteau et l'estime en proportion de son acuité.
Avoir le fil.Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.
Connaître le fil.Connaître letruc.
On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:
C'est une langue qui a le fil.
FILASSEs. f. Cheveux trop blonds,—dans l'argot des faubouriens.
Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.
«Au deable soit tel filace,Fet li vallés, comme la vostre!»
FILASSE, s. f. Matelas, et même lit,—dans l'argot des faubouriens.
Se fourrer dans la filasse.Se mettre au lit.
FIL EN AIGUILLE(De), adv. De propos en propos,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Mathurin Régnier:
«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,De propos en propos et de fil en esguille,Se laissant emporter au flus de ses discours,Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»
«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,De propos en propos et de fil en esguille,Se laissant emporter au flus de ses discours,Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»
«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,
De propos en propos et de fil en esguille,
Se laissant emporter au flus de ses discours,
Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»
dit le vieux poète en saMacette.
FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie très forte,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiFil-en-trois.
FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,—dans l'argot des agents de police. Suivre un débiteur,—dans l'argot des gardes du commerce.FILER, v. a. Voler,—dans l'argot des voyous.
Filer une pelure.Voler un paletot.
FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.FILER, v. n.Levare ventris onus,—dans le même argot.FILER DOUX, v. n. Ne pas protester,—même lorsqu'il y a lieu; souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.
«Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous,Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»
dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.
FILER LE PARFAIT AMOUR, v. n. S'abandonner aux douceurs de l'amour platonique,—dans l'argot du peuple, qui a des tendresses particulières pourEstelle et Némorin.FILER SON CABLE PAR LE BOUT, v. a. S'enfuir, et, par extension, Mourir,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.FILER SON NœUD, v. a. S'en aller, s'enfuir,—dans le même argot.FILER UNE SCÈNE.La conduire avec art,—dans l'argot des vaudevillistes.
On dit de mêmeFiler une intrigue, une reconnaissance, etc.
FILER UN MAUVAIS COTON.Être malade et sur le point de mourir,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.
FILER UN SINVE, v. a. Suivre quelqu'un,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiFaire la filature.
FILET COUPÉ(Avoir le). Être extrêmement bavard,—dans l'argot du peuple, qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche.
On dit de même:Il n'a pas le filet.
FILET DE VINAIGRE, s. m. Voix aigre et fausse,—dans l'argot des coulisses.FILEUR, s. m., ouFileuse, s. f. Chevalier dont l'industrie consiste àsuivrelesfloueurset lesemporteurs, et à prélever un impôt de trois francs par chaque louis escroqué à unsinve.FILLE, s. f. Servante,—dans l'argot des bourgeois.FILLE, s. f. Femme folle de son corps,—dans l'argot du peuple.
Fille d'amour.Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la maison où elle exerce.
Fille en carte.Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison.
Fille à parties.Variété de précédente.
Fille soumise.Fille en carte.
Fille insoumise.Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux règlements et aux obligations de police,—une contrebandière galante.
FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme,—dans l'argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le droit de commettre.FILLE DE MAISONs. f. Pensionnaire duprostibulum.FILLE DE MARBRE, s. f. Petite dame qui a un caillou à la place du cœur,—dans l'argot des gens de lettres, qui emploient cette expression en souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust jouée au Vaudeville il y a une trentaine d'années.FILLE DE TOURNEUR, s. f. Femme de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple, qui a voulu jouer sur le mottoupie.FILOCHE, s. f. Bourse,—dans l'argot des voleurs, qui devraient bien changer d'expression, aujourd'hui qu'on a remplacé les bourses enfilet, à glands et à anneaux, par des porte-monnaie en cuir.
Avoir sa filoche à jeun.N'avoir pas un sou en poche.
FILOU, s. et adj. Malin, rusé,—dans l'argot du peuple, qui, quoi qu'en dise M. Francisque Michel, continue à employer ce mot avec le même sens qu'auXVIIesiècle.FILSANGE, s. f. Filoselle,—dans l'argot des voleurs.FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes grêles,—dans l'argot des ouvriers.FILS DE L'AUTRE.Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration, au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.FILS DE PUTAIN!Injure du vocabulaire populaire que les mères adressent souvent naïvement à leurs propres fils.FINANCE, s. f. Argent,—dans l'argot du peuple.FINANCER, v. n. Payer.FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.FINASSERIE, s. f. Finesse grossière, procédé de mauvaise foi.FINASSEUR, s. m. Homme méticuleux, qui épilogue sur des riens.
On dit plutôtFinassier.
FINASSEUSE, s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du pantin-homme.FINAUD, adj. et s. Homme trop malin et pas assez loyal.FINE-LAME, s. f. Homme habile à l'escrime,—dans l'argot des salles d'armes.FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée, experte; homme «malin»,—dans l'argot des bourgeois.FINESSES COUSUES DE FIL BLANC, s. f. pl. Finesses grossières, farces qui sont facilement devinées, trahisons qui sont facilement éventées.FINI, adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en mal.
Troupier fini.Soldat parfait.
Coquin fini.Drôle fieffé.
FINIR EN QUEUE DE POISSON, v. n. Finir désagréablement, fâcheusement, tristement, platement, bêtement,—dans l'argot du peuple, qui cependant ne connaît pas ledesinat in piscemd'Horace.FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n. finir fâcheusement, tristement, bêtement,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.FIOLE, s. f. Bouteille de vin,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie: φιαλη [grec: phialê] (vase à boire).FIOLER, v. a. Boire, vider une ou plusieursfiolesde vin.
Fioler le rogome.Boire de l'eau-de-vie.
FIOLEUR, s. m. Ivrogne.FION, s. m. Dernière main mise à un ouvrage,—dans l'argot des ouvriers et des artistes.
Coup de fion.Soins de propreté, et même de coquetterie.
FIONNER, v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot; mettre la dernière main à une chose; avoir du fion.FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui s'habille en monsieur, qui fait le bourgeois.FIORITURES, s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l'embellir et souvent pour le dénaturer,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces derniers.FIOTTE, s. f. Petite fille,—dans l'argot caressant du peuple.
On dit aussiFillotte.
FIQUER, v. a. Enfoncer,ficher,—dans l'argot des voleurs.FIRTS, s. m.Nates,—dans l'argot des faubouriens.FISTON, s. m. Fils, enfant.
Signifie aussi Ami.
FLAC, s m. Sac,—dans l'argot des voleurs, qui ont voulu rendre laflacciditéde cette enveloppe.
Flac d'al.Sacoche à argent.
Ils disent aussiFlacul.
FLACONS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des faubouriens, qui en font des réservoirs à essences.FLAFLA, s. m. Etalage pompeux, en paroles ou en actions,—dans l'argot du peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille voir autre chose qu'une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d'une batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas auxtapinsde mon quartier, lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut mieux,—d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens.Flash(éclair), disent-ils;flash-flash(embarras, manières.)
Faire du fla-fla.Faire des embarras.
FLAGEOLER, v. n. Trembloter,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe à propos des jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans doute allusion aux trémolos ordinaires duflageoletdes aveugles.FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,—dans le même argot.
On dit aussiFlûtes.
FLAMBANT, s. m. Artilleur à cheval,—dans l'argot des troupiers.FLAMBANT, adj. et s. Propre, net, beau, superbe,—dans l'argot du peuple, qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes et des nobles dames, lesquels
«... Riches en draps de soye, alloientFaisant flamber toute la voye.»
FLAMBANT NEUF(Être tout). Porter des vêtements neufs.
Toute flambante neuve.Pièce de monnaie nouvellement frappée.
FLAMBART, s. m. Canotier de la Seine.
Par extension: Joyeux compagnon, loustic.
FLAMBE, s. f. Epée,—dans l'argot des voleurs, qui connaissent l'archange Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel.
Petite flambe.Couteau.
FLAMBÉ(Être). Être ruiné ou atteint de maladie mortelle,—dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.
FLAMBERGE, s. f. Épée,—dans l'argot du peuple, qui a conservé bon souvenir du fameux bran d'acier de Renaud de Montauban.
Mettre flamberge au vent.Dégaîner.
Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent l'aniterge dont on vient de se servir.
FLAMME, s. f. Amour,—dans l'argot des Académiciens.
Peindre sa flamme.Déclarer son amour.
FLAMSIK, s. m. Flamand,—dans l'argot des voleurs, qui ne s'éloignent pas trop duvlaemschdes honnêtes gens.FLAN(A la), adj. Au hasard, à l'aventure. Même argot.FLAN(Du)! Expression de l'argot des faubouriens, qu'ils emploient à propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d'un ennuyeux.
Ceflan-là est de la même famille que lesnavets, lesemblèmes, et autreszutconsacrés par un long usage.
Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!» comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée parle Nationalde 1835:
«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»
FLANCHE, s. f. La roulette et le trente-et-un,—dans l'argot des voleurs.
Grande flanche.Grand jeu.
FLANCHE, s. m. Affaire,—dans le même argot.
S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatifmauvais. «C'est un mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.
FLANCHE, s. m. Truc, secret, ruse,—dans l'argot des faubouriens.FLANCHER, v. n. Jouer franchement.FLANCHER, v. n. Se moquer,—dans l'argot des voyous.FLANCHET, s. m. Part, lot,—dans l'argot des voleurs.FLANDRIN, s. m. Imbécile; grand dadais,—dans l'argot du peuple, qui constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands.
Les Anglais disent aussi dans le même sensLanky fellow.
FLANELLE, adj. et s. Flâneur amoureux,—dans l'argot des filles, qui préfèrent les gens sérieux.
C'est de la flanelle!disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.
Faire flanelle.Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.
FLANOCHER, v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers.
On dit aussiFlanotter.
FLANQUER, v. a. Lancer un coup, jeter,—dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas employer le verbe énergique des faubouriens.
Se flanquer.Se jeter, s'envoyer.
On disait autrefoisFlaquerpour Lancer, jeter avec force un liquide.
FLAQUADER, v. n.Cacare,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiAller à flaquada.
FLAQUADIN, s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut compter, parce que la peur produit sur lui un effet physique désagréable.FLAQUER, v. n.Alvum deponere,—dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.
FLAQUET, s. m. Gousset de montre, poche de gilet,—dans l'argot des voleurs.FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit et de corps,—dans l'argot des faubouriens, qui, sans s'en douter, emploient là un des plus vieux mots de notre langue. Qu'est-ce en effet que laflême, si ce n'est une exagération duflegme, sa conséquence même, comme la rêverie celle d'un tempérament lymphatique? Or, dès leXIIIesiècle,flegmes'écrivaitflemme.
Avoir la flême.Être plus en train de flâner que de travailler.
Jour de flême.Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.
FLEUR DU MAL, s. f. Femme à propos de laquelle on peut dire ce que, dans une de ses épigrammes, Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle on ne voyait jamais venir d'hommes:Hic ubi vir non est, ut sit adulterium.
Fleur du malest une expression toute moderne; elle appartient à l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de Charles Baudelaire.
FLEUR DE MARI, s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de Jephté,—dans l'argot des voleurs, qui ont rarement autant de délicatesse.FLEUR DES POIS, s. f. Le plus brillant causeur d'une compagnie,—dans l'argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon d'un atelier,—dans l'argot des ouvriers. La plus belle fille d'un bal,—dans l'argot des gandins.FLEURER, v. a. et n. Respirer, sentir,—dans l'argot du peuple, qui trouve queflairern'emporte pas assez avec soi l'idée d'odeurs, de parfums. C'était aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a dit:
«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»
FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,—dans l'argot des bourgeois.
Conter fleurettes.Faire la cour à une femme.
Conteur de fleurettes.Libertin.
FLEURS BLANCHES, s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes,—dans le même argot, qui n'est pas la bonne langue.
C'estFlueurs(defluere, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me semble du moins,—contrairement à l'opinion de Littré.
FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les menstrues féminines,—dans l'argot du peuple.FLIBUSTER, v. a. Filouter,—dans le même argot.FLIBUSTIER, s. m. Escroc.FLIGADIER, s. m. Pièce de cinq centimes,—dans l'argot des voleurs.FLINGOT, s. m. Couteau,—dans l'argot des bouchers. Fusil,—dans l'argot des troupiers.FLIQUADARD, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot des faubouriens.FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,—dans l'argot du peuple.
Faiseur de flonflons.Vaudevilliste.
FLOPÉE, s. f. Foule,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses comme à propos des gens.FLOPÉE, s. f. Coups de poing et coups de piedsnombreux.FLOTTANT, s. m. Poisson,—dans l'argot des voleurs.FLOTTE, s. f. Argent paternel ou avunculaire,—dans l'argot des étudiants.
Recevoir sa flotte.Toucher sa pension.
FLOTTE, s. f. Grande quantité de monde ou de choses,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (fluctus, flot, chose abondante) et à la tradition:
«As noces vint bien atornée,Et des autres i ot grand flote,Et Renart lor chante une note.»
«As noces vint bien atornée,Et des autres i ot grand flote,Et Renart lor chante une note.»
«As noces vint bien atornée,
Et des autres i ot grand flote,
Et Renart lor chante une note.»
dit leRoman du Renard.
Être de la flotte.Être de la compagnie.
FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.FLOTTEUR, s. m. Nageur.FLOU, s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris vaporeux,—dans l'argot des artistes.
J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans François Villon:
«Item je donne à Jean Lelou.Homme de bien et bon marchant,Pour ce qu'il est linget et flou,Un beau petit chiennet couchant.»
«Item je donne à Jean Lelou.Homme de bien et bon marchant,Pour ce qu'il est linget et flou,Un beau petit chiennet couchant.»
«Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu'il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.»
Flou, c'estflo, etflo, c'estfaible.
Faire flou.Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.
Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas defaire flou.
FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiMonsieur de Flouchipe.
FLOUE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs, qui peuvent s'yflueret yflouerà leur aise.FLOUER, v. a. et n. Jouer,—dans le même argot.
Flouer grand flouant.Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.
FLOUER, v. a. Tricher au jeu; voler,—dans l'argot du peuple.Flouerie, s. f. Tricherie; escroquerie, vol pour ainsi dire légal.
Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.
FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc; voleur.FLOUME, s. f. Femme,—dans l'argot des voleurs et des troupiers.FLUME, s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps:
«Dieux scet que ma vieillesse endureDe froit et reume jour et nuict,De fleume, de toux et d'ordure.»
Fleumeouflume, c'est tout un.
Avoir des flumes.Être d'un tempérament pituiteux. On dit de mêmeAvoir la poitrine grasse.
FLUT'!Expression de l'argot de Breda-Street, où l'on dédaigne d'employer lezuttraditionnel, comme trop populaire.FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,—dans l'argot des ouvriers.FLÛTE, s. f. L'instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac,—dans l'argot du peuple, Tulou médiocre.
Avoir toujours la flûte au cul.Abuser des détersifs.
FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.FLÛTER, v. a. et n. Boire beaucoup.FLÛTER, v. n. Parler inutilement.
Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus:C'est comme si tu flûtais!
FLÛTER(Se faire). Se faire administrer un détersif dans le gros intestin.FLÛTES, s. f. pl. Jambes.
Jouer des flûtes.Courir, se sauver.
Astiquer ses flûtes.Danser.
Flûteur, s. m. Ivrogne.FOGNER,Alvum deponere,—dans l'argot des ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure Des Périers.FOIN, s. m. Synonyme d'argent,—dans l'argot du peuple.
Avoir du foin au râtelier.Avoir de la fortune.
Mettre du foin dans ses bottes.Amasser de l'argent, faire des économies.
On dit aussiAvoir du foin dans ses bottes.
FOIRE, s. f. Diarrhée,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (foria) et à la tradition:
«Renart fait comme pute beste:Quand il li fu desus la teste,Drece la queüe et aler lesseTot contreval une grant lesseDe foire clere a cul overt,Tout le vilain en a covert,»
«Renart fait comme pute beste:Quand il li fu desus la teste,Drece la queüe et aler lesseTot contreval une grant lesseDe foire clere a cul overt,Tout le vilain en a covert,»
«Renart fait comme pute beste:
Quand il li fu desus la teste,
Drece la queüe et aler lesse
Tot contreval une grant lesse
De foire clere a cul overt,
Tout le vilain en a covert,»
dit leRoman du Renard.
FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.
Aller à la foëre d'empoigne.Voler.
On disait autrefois:Passer à l'île des Gripes.
FOIRER, v. n. avoir peur,—dans l'argot des faubouriens.
Par extension, Mourir.
On dit aussiAvoir la foire.
FOIREUX, s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est débilité et l'esprit dévoyé.
Foireux comme un geai.Extrêmement poltron.
On dit aussiFoirard.
FOLICHON, s. et adj. Homme amusant, chose agréable,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle.
Être folichon.Commencer à se griser.
Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.
FOLICHONNADE, s. f. Amusement plus ou moins décent; farce plus ou moins drôle.
On dit aussiFolichonnerie.
FOLICHONNE, s. f. Femme qui n'est pas assez bégueule; bastringueuse.
On dit aussiFolichonnette.
FOLICHONNER, v. n. Folâtrer avec plus ou moins de décence.
Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.
FONCÉ, adj. Riche, enfonds.FONCER, v. n. Donner de l'argent, fournir desfonds.
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.S'il est prodigue de ses biens,Que pour le plaisir et déduitIl fonce et qu'il n'espargne rien.»
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.S'il est prodigue de ses biens,Que pour le plaisir et déduitIl fonce et qu'il n'espargne rien.»
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.
S'il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu'il n'espargne rien.»
trouve-t-on dans G. Coquillard, poète duXVesiècle.
Les bourgeois disent, eux:Foncer à l'appointement.
FONCER, v. n. Courir, s'abattre, se précipiter,—dans l'argot des écoliers.FONCER(Se). Commencer à se griser,—dans l'argot des ouvriers.FONDANT, s. m. Beurre,—dans l'argot des voyous.FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage épais,—dans l'argot du peuple.FONDEMENT, s. m. Lepodex,—dans l'argot des bourgeois, qui parlent comme écrivait Ambroise Paré.FONDRE, v. n. Maigrir.FONDRE LA CLOCHE.Terminer une affaire, en arriver à ce qu'elle a d'essentiel, de difficile.
Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre plusieurs.
Fondrière, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'y descendre avec la main.FONDS(Être en). Avoir de l'argent dans son porte-monnaie.
Les fonds sont bas.N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.
FONFE.s. f. Tabatière,—dans le même argot.
On dit aussiFonfière.
FORCIR, v. n. Engraisser, devenirfortet grand,—dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme.
Dessiner ses formes.Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.
FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui sembleamerou difficile àavaler.
On dit aussiFort de café,fort de mokaetfort de chicorée.
C'est plus fort que de jouer au bouchon.C'est extrêmement étonnant.
L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).
Dans un sens ironique:Cela n'est pas fort!pour Cela n'est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.
FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.
En dire de fortes.Raconter des histoires invraisemblables; mentir.
En faire de fortes.Se rendre coupable d'actions délictueuses.
FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il n'agit.
On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:
...Vous êtes, ma mie, une fille suivanteUn peu trop forte en gueule et fort impertinente.»
FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent les os pour la croûte du corps.
Les voyous anglais ont la même expression:Crummy.
FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au collège. Argot des gens de lettres.FORTIN, s. m. Poivre,—dans l'argot des voleurs.FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose; avoir tendance à faire une chose. Argot des bourgeois.FORTUNE DU POT(A la), adv. Au hasard, au petit bonheur,—perdrix aux choux ou choux sans perdrix.FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il y a une trentaine d'années, les élégants du jour, leslions.
On disait aussiLa loge infernale.