FOSSILE, s. m. Académicien,—dans l'argot des Romantiques, qui prenaient Népomucène Lemercier pour unMegatheriumet Andrieux pour unIchthyosaurus.FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,—dans l'argot du peuple.FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,—en parlant des choses.
Signifie aussi Faire faillite.
FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite,fougued'un moment, coup de tête.
Travailler par foucades.Irrégulièrement.
On prétend qu'il faut direfougade, et mêmefougasse. Je le crois aussi, mais le peuple ditfoucade,—comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.
FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme.
Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.
FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.
Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit, comme lesgoldfinders.
FOUILLER(Se). Chercher inutilement,—dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce verbe que dans cette phrase:
Tu peux te fouiller.C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera inutile.
FOUILLOUSE, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs.
Le mot est contemporain de François Villon.
FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde pas,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi S'enfuir.
FOUINEURouFouinard, s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot.
Signifie aussi: Malin, et même Lâche.
FOULAGE, s. m. Besogne pressée,—dans l'argot des ouvriers.
Il y a du foulage.Les travaux arrivent enfoule.
FOULER LA RATE(Ne pas se). En prendre à son aise, ne pas se donner beaucoup de mal.
On dit aussi absolument:Ne pas se fouler.
FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses.FOUR, s. m. L'amphithéâtre,—dans l'argot des coulisses.FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols.» Argot des voleurs.FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,—dans l'argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos:
«Rochefort, dans sesSouvenirs d'un Vaudevilliste, à l'articleThéaulon, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif,faisaient four, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu'un four.»
FOUR BANAL, s. m. Omnibus,—dans l'argot des voleurs.FOURBI, s. m. Piège; malice,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que lefourby(le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua.
Connaître le fourbi.Être malin.
Connaître son fourbi.Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.
FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,—dans l'argot des soldats.
Travailler à la fourchette.Se battre à l'arme blanche.
FOURCHETTE, s. f. Mangeur,—dans l'argot des bourgeois.
Belle fourchetteouJoli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.
FOURCHETTE D'ADAM, s. f. Les doigts.FOURCHU, s. m. Bœuf,—dans l'argot des voleurs.FOURGAT, s. m. Recéleur,—dans le même argot.FOURGONNER, v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle ou la pincette, comme les ouvriers des forges avec lefourgon. Argot des bourgeois.
On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.
Signifie aussi: Remuer les tiroirsd'une commode ou d'une armoire pour y chercher quelque chose.
FOURGUER, v. a. Vendre à un recéleur des objets volés.FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner «tirer hors de la ligne droite».FOURLINEouFourlineur, s. m. Meurtrier,—dans l'argot des prisons.
Signifie aussi Voleur.
FOURLINE, s. f. Association de meurtriers, ou seulement de voleurs.FOURLOURD, s. m. Malade,—dans l'argot des prisons.FOURLOUREUR, s. m. Assassin.FOURMILLON, s. m. Marché, quifourmillede monde. Même argot.
Fourmilion à gayets.Marché aux chevaux.
FOURNÉE, s. f. Promotions périodiques à des grades ou à des distinctions honorifiques. Argot des troupiers.
Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.
FOURNIER, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot des limonadiers.FOURNIL, s. m. Lit,—dans l'argot des faubouriens, par allusion à la chaleur qu'on y trouve ordinairement.FOURNION, s. m. Insecte, defournilou d'ailleurs,—dans l'argot des voyous.FOURNITURE, s. f. Les fines herbes d'une salade, cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette et cresson alénois. Argot des ménagères.FOUROBE, s. f. Fouille,—dans l'argot des bagnes.FOUROBER, v. a. Fouiller les effets des forçats.FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d'une femme,—sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.FOURRAGEUR, adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.FOURRER DANS LE GILET(S'en). Boire à tire-larigot. Argot du peuple.FOURRER LE DOIGT DANS L'œIL(Se). S'illusionner, se faire une fausse idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens.
Superlativement, ils disent aussiSe fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux:Se mettre le doigt dans l'œil.
FOURRER SON NEZ, v. a. Se mêler de ce qui ne vous regarde pas,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussiFourrer son nez partout.
FOURRER TOUT DANS SON VENTRE.Manger sa fortune.FOUTAISE, s. f. Chose de peu d'importance, morceau de peu de valeur,—dans l'argot du peuple.
Dire des foutaises.Dire des niaiseries.
FOUTIMASSER, v. n. Ne rien faire qui vaille.FOUTIMASSEUR, s. m. Homme qui fait semblant de travailler.FOUTRE(Se). Se moquer,—dans l'argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d'ailleurs, n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les bourgeois au verbese ficher. D'un autre côté aussi, n'est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dansVertu et tempérament,—un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit: «Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons!»FOUTRE DU PEUPLE(Se). Se moquer du public, braver l'opinion du monde.FOUTRE LA PAIX.Laisser tranquille.FOUTRE LE CAMP.Déguerpir, s'enfuir au plus vite.
Signifie aussi: Disparaître,—en parlant des choses. «Le torchon blanc a foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.
FOUTRE SON BILLET(En). Donner sa parole qu'une chose sera faite, parce qu'on y tient beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu'un:Je t'en fous mon billet!c'est comme s'il avait juré par le Styx.FOUTRE UN COUP DE PIED A QUELQU'UN.Lui faire un emprunt,—letaperd'une somme quelconque.
On dit aussiLui foutre un coup de pied dans les jambes,—mais seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance!
FOUTRIQUET, s. m. Homme de petite taille.
A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.
On dit aussiFautriot.
FOUTU, adj. Mauvais, détestable, exécrable.
Foutue besogne.Triste besogne.
Foutue canaille.Canaille parfaite.
FOUTU, adj. Mal habillé.
Foutu comme quatre sous.Habillé sans goût et même grotesquement.
FOUTU(Être). Être ruiné, ou sur le point de mourir.FOUYOU, s. m. Gamin,—dans l'argot des coulisses, où l'on a gardé le souvenir de là pièce des Variétés (le Maître d'École) où jouait un enfant de ce nom.FRACTURER(Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.Frais(Être). Être dans une situation fâcheuse, à ne pas savoir comment s'en tirer. Argot du peuple.FRANC, s. m. Complice,—dans l'argot des voleurs.
Franc bourgeois.Escroc du grand monde.
Franc de maison.Recéleur d'objets volés—et même de voleurs.
FRANC DU COLLIER, adj. Homme ouvert, loyal, comme on n'en fait plus assez. Argot du peuple.FRANCILLON, s. m. Français,—dans l'argot des voleurs.
Les Belges nous appellentFransquillons.
FFrangin, s. m. Frère,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussifralin.
Frangin-Dab.Oncle.
FRANGINE, s. f. Sœur.
Frangine-Dabuche.Tante.
FRANQUETTE(A la). Franchement, tout uniment, loyalement,—dans l'argot du peuple.
On dit plutôtA la bonne franquette.
FRASQUE, s. f. Folie aimable, coup de tête,—dans l'argot des bourgeois.
Faire des frasques.Faire des folies, des escapades.
FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.FREDAINE, s. f. Intrigue amoureuse,—dans l'argot des bourgeois.
Faire ses fredaines.Aimer «le cotillon».
FRELOCHE, s. f. Filet à prendre les papillons,—dans l'argot des écoliers.FRELUQUET, s. m. Jeune homme, gandin,—dans l'argot du peuple, probablement par allusion auparler frelud'autrefois.FRÉQUENTER(Se). Avoir avec soi-même des relations habituelles—condamnées par le livre de Tissot.FRÈRE, s. m. Initié,—dans l'argot des francs-maçons.
Faux frère.Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un instrument.
FRÈRE, s. m. Philosophe,—dans l'argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en religion philosophique,frère Platon, Frédéric II, roi de Prusse,frère Luc, etc.FRÈRE, s. m. Citoyen,—dans l'argot des Jacobins de la première révolution.FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,—dans l'argot des démocrates de 1848.FRÈRE DE LIT, s. m. Homme à qui l'on a succédé dans le cœur d'une femme, épouse ou maîtresse. Argot du peuple.
Sœur de lit.Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou mari.
FRÉROT, s. m. Frère,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.FRÉROT DE LA CAQUE, s. m. Filou,—dans l'argot des prisons.FRESSURE, s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs,—dansl'argot du peuple, qui parle comme écrivait La Fontaine:
«Telle censureNe fut si sûreQu'elle espéroit;De ma fressureDame LuxureJà s'emparoit.»
«Telle censureNe fut si sûreQu'elle espéroit;De ma fressureDame LuxureJà s'emparoit.»
«Telle censure
Ne fut si sûre
Qu'elle espéroit;
De ma fressure
Dame Luxure
Jà s'emparoit.»
FRÉTILLANTE, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs.FRÉTILLON, s. f. Grisette, bonne fille, amoureuse garantie bon teint par feu Béranger. Argot des bourgeois.FRÉTIN, s. m. Poivre,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiFortin.
FRIAUCHE, s. m. Condamné à mort qui s'est pourvu en cassation. Même argot.FRICASSÉ(Être). Être ruiné, perdu, déshonoré, à l'agonie. Argot des faubouriens.
Ils disent aussiÊtre cuit.
FRICASSE(On t'en)! Ce n'est pas pour toi! Terme de refus ironique.FRICASSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.FRICASSER, v. a. Dépenser.
Fricasser ses meubles.Les vendre.
FRICASSEUR, s. m. Dépensier, ivrogne, libertin.FRIC-FRAC, s. m. Effraction de meuble ou de porte,—dans l'argot des voleurs.
Faire fric-frac.Voler avec effraction.
FRICHTI, s. m. Ragoût aux pommes de terre,—dans l'argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière lefrüstückallemand.FRICOT, s. m. Ragoût; mets quelconque,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.FRICOTER, v. a. et n. Dépenser de l'argent, le boire ou lemanger; faire la noce; se régaler.FRICOTER, v. n. Se mêler d'affaires véreuses; pêcher en eau trouble.FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.
Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs.
«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)
FRIGOUSSE, s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.
FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner; préparer un ragoût quelconque.FRILEUX, adj. et s. Poltron, homme qui afroidaux yeux et au cœur,—dans l'argot du peuple.
S'emploie surtout avec la négative.
FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la neige, l'hiver,—dans l'argot des académiciens.FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte,—dans l'argot des faubouriens.
C'est pour la frime.C'est pour rire.
Le mot a quelques siècles de bouteille:
«Renart qui scet de toutes frumesLuy esracha quatre des plumes!»
dit leRoman du Renard.
FRIME, s. f. Apocope deFrimousse,—dans l'argot des voyous et des voleurs.
Tomber en frime.Se rencontrernez à nezavec quelqu'un.
«Sans paffs', sans lime et plein de crotteAussi rupin qu'un plongeur,Un jour un gouapeur en riboteTombe en frime avec un voleur.»(National de 1835.)
«Sans paffs', sans lime et plein de crotteAussi rupin qu'un plongeur,Un jour un gouapeur en riboteTombe en frime avec un voleur.»
«Sans paffs', sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu'un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.»
(National de 1835.)
(National de 1835.)
FRIMER, v. a. Envisager et dévisager.FRIMOUSSE, s. f. Visage,—dans l'argot des faubouriens.
C'est pour ma frimousse.C'est pour moi.
L'expression a des cheveux blancs:
«...De tartes et de talmouses,On se barbouille les frimouses.»
a écrit l'auteur de laHenriade travestie.
FRIMOUSSER, v. n. Tricher au jeu en se donnant lesfiguresà chaque coup,—dans l'argot des voleurs.FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.FRIPE, s. f. Action de manger ou de cuisiner,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.
Friper, v. a. et n. Manger.
L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:
«Les dieux du liquide élément,Conviés chez un de leur troupe,Sur le point de friper la soupe,Seront saisis d'étonnement.»
«Les dieux du liquide élément,Conviés chez un de leur troupe,Sur le point de friper la soupe,Seront saisis d'étonnement.»
«Les dieux du liquide élément,
Conviés chez un de leur troupe,
Sur le point de friper la soupe,
Seront saisis d'étonnement.»
S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.
FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier, marmiton.
Signifie aussi Goinfre.
FRIPOUILLE, s. f. Homme malhonnête et même canaille.
On dit aussiFrapouille.
FRIQUET, s. m. Mouchard,—dans l'argot des voleurs.FRIRE, v. a. et n. Faire; Manger,—dans l'argot du peuple, dont la cuisine se fait en plein vent, sur le fourneau portatif des friturières.
N'avoir rien à frire.N'avoir pas un sou pour manger ou boire.
L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez.Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro.» (qui est le «pauvre comme Job» de Juvénal).
FRIRE DES œUFS A QUELQU'UN.Lui préparer une mauvaise affaire; s'apprêter à lui jouer un méchant tour.
J'ai souvent entendu:Prends garde, Jean, on te frit des œufs.
FRISÉ, s. m. Juif,—dans l'argot des voleurs.FRISER COMME UN PAQUET DE CHANDELLES.Ne pas friser dutout, en parlant des cheveux. Argot du peuple.FRISES, s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui figurent le haut des décors en scène. Argot des machinistes.FRISONS, s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd'hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu'elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.FRISQUET, s. m. Froid vif.
Il fait frisquet.Il fait froid.
FRISQUETTE, adject. subs. fém. Fille jeune, fraîche et avenante.
Le vieux français avait l'adjectiffrisque.
FRIT, adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d'une maladie mortelle.FRITES, s. f. pl. Pommes de terre frites.FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.FRITURIER, ÈREs. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.FRIVOLISTE, s. m. Littérateur léger, écrivain de journal de modes,—dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot a été créé par Mercier.
FROID AUX YEUX,s. m. Manque de courage,—dans l'argot au peuple.
Avoir froid aux yeux.Avoir peur.
N'avoir pas froid aux yeux.Être résolu à tout.
FROIDUREUX, adj. Sujet à avoir froid.FROLLAU, s. m. Traître, médisant,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiFroller sur la balle.
FROMAGES(Faire des). Se dit—dans l'argot des petites filles,—d'un jeu particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se baisser rapidement de façon à former par terre «une belle cloche».FROME, s. m. Apocope deFromage,—dans l'argot des voyous.FRONTIN, s. m. Valet habile, fripon, spirituel,—dans l'argot des gens de lettres.FROTESKA, s. f. Correction,frottée,—dans l'argot du peuple, qui a saisi cette occasion de donner un nom de plus à ladansequ'il a inventée pour son plaisir et pour sa défense.FROTIN, s. m. Billard,—dans l'argot des faubouriens.
Coup de frotin.Partie de billard.
FROTTE(La). La gale,—qu'on guérit en frottant énergiquement le corps.FROTTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.FROTTER, v. a. Battre, donner des coups.
On dit aussiFrotter les reinsetFrotter le dos.
FROUFROU, s. m. Bruissement d'une robe de soie,—dans l'argot des amoureux, à qui cette onomatopée fait toujours bondir le cœur.
AuXVIIesiècle, c'était une autre onomatopée,frifilis, mais qui ne valait pas celle-ci,—n'en déplaise à saint François de Sales.
FROUFROU, s. m. Embarras, manières; effet de crinoline,—dans l'argot du peuple.
Faire du froufrou.Faire de «l'épate».
FROUFROU, s. m. Onomatopée par laquelle les voleurs désignent un Passe-partout.FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,—dans l'argot du peuple.FRUGES, s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la vente—dans l'argot des commis de nouveautés.FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,—dans l'argot des faubouriens, qui, tout en gouaillant, font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du Paradis de nos pères.FRUIT SEC, s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d'une école spéciale.
Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.
«Cette appellation,—dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit:Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot.»
Les fruits secs de la vie.Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n'arrivent à rien,—qu'au cimetière.
FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,—dans l'argot des marchandes du Temple.FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements en général,—dans l'argot des faubouriens.
Frusques boulinées.Habits en mauvais état.
FRUSQUIN(Saint), s. m. Vêtements; économies serrées dans une armoire, à même le linge et les habits.
L'expression n'est pas d'hier:
«J'étois parfois trop bêteD'aimer ce libertin,Qui venait tête-à-têteManger mon saint frusquin,»
«J'étois parfois trop bêteD'aimer ce libertin,Qui venait tête-à-têteManger mon saint frusquin,»
«J'étois parfois trop bête
D'aimer ce libertin,
Qui venait tête-à-tête
Manger mon saint frusquin,»
dit Vadé.
FRUSQUINER(Se), v. réfl. S'habiller.FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,—comme le vin d'un tonneau défoncé.FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné, mort.FUMELLE, s. f. Femme.
Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.
«Le masle n'a la fumelle en mépris,»
dit le père du valet de chambre de François Ier.
FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter, s'ennuyer.
On dit aussiFumer sans pipe et sans tabac.
FUMERIEs. f. Science du fumeur, action de fumer.FUMERON, s. m. Fumeur acharné,—dans l'argot des bourgeoises, que la fumée de la pipe incommode et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.
Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.
FUMERONS, s. m. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela surtout quand elles sont maigres.FUMER SA PIPE.Se dit,—dans l'argot des infirmiers,—«d'un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies: le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»FUMER SES TERRES.Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois.
Voltaire a employé cette expression.
FUMER SES TERRES.Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche,—laquelle selon l'expression de Montesquieu, «est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride».FUSEAUX, s. m. pl. Jambes grêles,—dans l'argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d'un homme qui en a trop bu.
Lâcher une fusée.Vomir.
FUSER, s. m.Levare ventri onus,—dans l'argot des troupiers.FUSIL, s. m. Estomac,—dans l'argot des faubouriens.
Se coller quelque chose dans le fusil.Manger ou Boire.
Ecarter du fusil.Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un.
FUSILLER, v. n. Donner un mauvais dîner—dans l'argot des troupiers.FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé, habile,—dans l'argot du peuple qui emploie souvent ce mot en bonne part.
206
G
GABATINE, s. f. Plaisanterie,—dans l'argot du peuple, héritier des anciensgabeurs, dont il a lu les prouesses dans les romans de chevalerie de laBibliothèque Bleue.
Donner de la gabatine.Se moquer de quelqu'un,le faire aller, en s'en moquant.
GABEGIE, subst. f. Fraude, tromperie.
Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbese gaber?
GABELOU, s. m. Employé de l'octroi, leGabellierde nos pères.GACHER, v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de la boue et de la neige qui rendent les rues impraticables.
Cependant, au lieu deIl gâche, on dit plus fréquemment:Il fait gâcheuxouil fait du gâchis.
GACHER DU GROS, v. a.Levare ventris onus.GACHEUR, adj. et s. Écrivain médiocre, quigâcheles plus beaux sujets d'articles ou de livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot des gens de lettres.GACHEUSE, s. f. Femme ou fille du monde de la galanterie, qui ne connaît le prix de rien excepté celui de ses charmes.GACHIS, s. m. Embarras politique ou financier.
Il y aura du gâchis.On fera des barricades, on se battra.
Gadin, s. m. Bouchon,—dans l'argot des voyous.
Flancher au gadin.Jouer au bouchon.
GADIN, s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques. Argot des faubouriens.GADOUAN, s. m. Garde national de la banlieue,—dans l'argot des voyous.GADOUE, s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue.
D'où l'on a faitGadouard, pour Conducteur des voitures de boue.
GADOUE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans l'argotdes faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.GAFFE, s. f. Les représentants de l'autorité en général,—dans l'argot des voleurs, qui redoutent probablement leurgaflach(épée, dard).
Être en gaffe.Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.
GAFFE, s. m. Représentant de l'autorité en particulier.
Gaffe à gail.Garde municipal à cheval; gendarme.
Gaffe de sorgue.Gardien de marché; patrouille grise.
On dit aussiGaffeur.
GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,—dans l'argot des marbriers.GAFFE, s. f. Bouche, langue,—dans l'argot des ouvriers.
Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.
Coup de gaffe.Criaillerie.
GAFFER, v. a. et n. Surveiller.GAGA, s. m. Gâteau,—dans l'argot des enfants, qui, de même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, emploient à leur insu l'allitération, l'aphérèse et l'apocope. Ouf!GAGNER DES MILLE ET DES CENTS, v. a. Gagner beaucoup d'argent,—dans l'argot des bourgeois.GAGUIE, s. f. Bonne commère d'autant d'embonpoint que de gaieté. Argot du peuple.GAI(Être). Avoir un commencement d'ivresse,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussiÊtre en gaieté.
GAIL, s. m. Cheval,—dans l'argot des souteneurs de filles et des maquignons.
Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrivegayeet d'autresgayet.
GAILLARDE, s. f. Fille ou femme à qui les gros mots ne font pas peur et qui se plaît mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des femmes. Argot des bourgeois.GALA, s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.GALANTERIE, s. f. Le mal de Naples,—depuis si longtemps acclimaté à Paris.GALAPIAT, s. m. Fainéant, voyou,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi:Galapiau,Galapian,Galopiau, qui sont autant de formes du motGalopin.