GALBE, s. m. Physionomie, bon air, élégance,—dans l'argot des petites dames.
Être truffé de galbe.Être à la dernière mode, ridicule ou non,—dans l'argot des gandins.
Ils disent aussiÊtre pourri de chic.
GALBEUX, adj. Qui a duchic, une désinvolture souverainement impertinente,—ou souverainement ridicule.GALE, s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant comme unacarus,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiTeigne.
GALERIE, s. f. La foule d'une place publique ou les habitués d'un café, d'un cabaret.
Parler pour la galerie.Fairedes effets oratoires;—parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi,—et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie?
GALETTE, s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel garni.GALIFARD, s. m. Cordonnier,—dans l'argot des revendeuses du Temple.GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût, ou plutôtArlequin,—dans l'argot du peuple.
S'emploie aussi au figuré.
GALIOTE, s. f. «Complot entre deux joueurs qui s'entendent pour faire perdre ceux qui parient contre un de leurs compères.»
On dit aussiGaye.
GALIPOT, s. m.Stercushumain,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
A proprement parler leGalipotest un mastic composé de résine et de matières grasses.
GALIPOTER, v. n.Cacare.GALLI-BATON, s. m. Vacarme; rixe,—dans l'argot des faubouriens.GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée, homme qui a letrac.GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,—dans l'argot des gamins.GALONS D'IMBÉCILE, s. m. pl. Grade subalterne obtenu à l'ancienneté,—dans l'argot des troupiers.GALOP, s. m. Réprimande,—dans l'argot des ouvriers.GALOPÉ, adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.GALOPER, v. n. Se dépêcher.
Signifie aussi Aller çà et là.
Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu'un.
GALOPER UNE FEMME.Lui faire une cour pressante.GALOPIN, s. m. Apprenti,—dans l'argot des ouvriers. Mauvais sujet,—dans l'argot des bourgeois. Impertinent,—dans l'argot des petites dames.GALOUBET, s. m. Voix,—dans l'argot des coulisses.
Avoir du galoubetAvoir une belle voix.
Donner du galoubet.Chanter.
GALUCHE, s. m. Galon,—dans l'argot des voleurs.GALUCHER, v. a. Galonner.GALUCHET, s. m. Valet,—dans l'argot des voyous.GALURIN, s. m. Chapeau.
Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latingalea, casque, ou plutôt degalerum, chapeau?
GALVAUDAGE, s. m. Désordre,gaspillage de fortune et d'existence. Argot des bourgeois.GALVAUDER, v. a. Gâcher, gâter, dissiper.GALVAUDER(Se). Vivre dans le désordre; ou seulement Hanter les endroits populaciers.GALVAUDEUX, s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.GAMBILLARD, adj. et s. Homme alerte qu'on rencontre toujours marchant.GAMBILLER, v. n. Danser, remuer lesjambes.
Il est tout simple qu'on disegambiller, la première forme dejambeayant étégambe.
«Si souslevas ton trainEt ton peliçon ermin,Ta cemisse de blan lin,Tant que ta gambete vitz»
«Si souslevas ton trainEt ton peliçon ermin,Ta cemisse de blan lin,Tant que ta gambete vitz»
«Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz»
dit le roman d'Aucassin et Nicolette.
GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.GAMBILLEUR, s. m. Danseur,—dans l'argot des voleurs qui, comme de simples vaudevillistes, prennent le bien des autres où ils le trouvent.
Gambilleur de tourtouse.Danseur de corde.
GAMBRIADE, s. f. La danse, et principalement le Cancan.GAMET, s. m. Raisin des environs de Paris avec lequel on fait de la piquette. Argot du peuple.GAMIN, s. m. Enfant qui croit comme du chiendent entre les pavés du sol parisien, et qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu'il tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie de la vie, à l'âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s'il ne vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne en perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de misères et de souffrances de toutes sortes.
Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant,—bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier dansClaude Gueux, c'est-à-dire en 1834.
GAMIN, s. m. Homme trop impertinent,—dans l'argot des petites dames, qui ne pardonnent les impertinences qu'aux hommes qui en ont les moyens.GAMINER, v. n. Faire le gamin ou des gamineries.GAMINERIE, s. t. Plaisanterie que font volontiers les grandes personnes à qui l'âge n'a pas apporté la sagesse et le tact.
Faire des gamineries.Écrire ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.
GAMME, s. f. Correction paternelle,—dans l'argot du peuple.
Faire chanter une gamme.—Châtier assez rudement pour faire crier.
On dit aussi Monter une gamme.
GANACHE, s. f. Homme quine sait rien faire ni rien dire;mâchoire.
Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d'Académicien.
«Montesquieu toujours rabâche,Corneille est un vieux barbon;Voltaire est une ganacheEt Racine un polisson!»
«Montesquieu toujours rabâche,Corneille est un vieux barbon;Voltaire est une ganacheEt Racine un polisson!»
«Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson!»
dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache.Rôle de Cassandre,—dans l'argot des coulisses. On dit aussiPère Dindon.
GANCE, s. f. Clique, bande,—dans l'argot des voleurs.GANDIN, s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses,—et qui n'y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d'enfer.
Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion auxgantsluxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard deGand(des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a ditgant-jauneprécédemment.
GANDIN, s. m. Coup monté ou à monter,—dans l'argot des voleurs.
Hisser un gandin à quelqu'un.Tromper.
GANDIN, s. m. Amorce, paroles fallaces,—dans l'argot des marchandes du Temple.
Monter un gandin.Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration honorifique quelconque,—dans l'argot des voleurs.GANDINE, s. f. La femelle du gandin,—un triste mâle et une triste femelle.GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu usité.GANTER, v. a. et n. Convenir, agréer,—dans l'argot des bourgeois.GANTER, v. n. Payer plus ou moins généreusement,—dans l'argot des filles.
Ganter51/2. N'être pas généreux.
Ganter81/2. Avoir la main large et pleine.
GANTS, s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles,—avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennesépingles, ladrinkgelddes Flamands, leparaguantesdes Espagnols et labuona manciades Italiens.GGANTS DE...(Avoir les). Avoir tout le mérite d'une découverte, tout l'honneur d'une affaire, etc.
Se donner les gants de...Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,—en un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un autre.
GARCE, s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes,—surtout quand ils sont riches.
Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»
S'emploie fréquemment avecde, à propos des choses.
GARÇON, s. m. Voleur,—dans l'argot des prisons.
Brave garçon.Bon voleur.
Garçon de campagne.Voleur de grand chemin.
GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m. Employé chargé de la garde du magasin où sont renfermés les accessoires. Argot des coulisses.
On dit aussiAccessoiriste.
GARÇONNER, v. n. Se plaire avec les petits garçons quand on est petite fille, et avec les jeunes hommes quand on est femme. Argot des bourgeois.GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.GARDE-MANGER, s. m.Water-Closet,—dans l'argot du peuple, moins décent que l'argot anglais, qui ne fait allusion qu'à l'estomac en disant:Victualling-Office.GARDE NATIONAL, s. m. Paquet de couenne,—dans l'argot des faubouriens, irrévérencieux envers l'institution inventée par La Fayette.GARDER, v. n. Être près du bouchon ou de l'une des pièces tombées. Argot des gamins.GARDER A CARREAU(Se). S'arranger de façon à n'être pas surpris par une réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.
Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.
On dit de mêmeAvoir une garde à carreau.
GARDER UN CHIEN DE SA CHIENNE A QUELQU'UN.Se proposer de lui jouer un tour ou de lui rendre un mauvais office.
On dit aussiGarder une dent, et, absolument,la garder.
GARDER UNE POIRE POUR LA SOIF.Faire des économies; épargner, jeune, pour l'heure où l'on sera vieux.GARDIEN, s. m. Variété deSentinelleou deFactionnaire. (V.Insurgé de Romilly.)GARE-L'EAU, s. m. «Pot qu'en chambre on demande.»,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiReçoit-tout.
GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,—dans l'argot du peuple.GARGARISER(Se), v. réf. Boire un canon de vin ou un petit verre d'eau-de-vie.GARGARISME, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie.GARGOINE, s. f. Gorge, gosier, γαργαρεων [grec: gargareôn].
Se rincer la gargoine.Boire.
GARGOT, s. m. Petit restaurant où l'on mange à bon marché et mal.
On dit aussiGargote.
GARGOTAGE, s. m. Mauvais ragoût; chose mal apprêtée,—au propre et au figuré.
On dit aussiGargoterie.
GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner à la hâte et malproprement.
On trouve «Gargoter la marmite» dans lesCaquets de l'accouchée.
Signifie aussi Hanter les gargotes.
GARGOTER, v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.GARGOTIER, s. m. Mauvais traiteur, au propre; mauvais ouvrier au figuré.GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.
Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.
GARGOUILLER, v. n. Avoir des borborygmes.
On dit aussiTrifouiller.
GARGUE, s. f. Bouche,—dans l'argot des voleurs.
C'est l'apocope deGargoine.
GARNAFFE, s. f. Ferme,—dans le même argot.GARNAFFIER, s. m. Fermier, paysan.GARNISON, s. f.Pediculi,—dans l'argot du peuple.
Naturellement c'est une garnison degrenadiers.
GAS, s. m. Garçon, enfant mâle,—dans l'argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi que de diregars.
Beau gâs.Homme solide.
Mauvais gâs.Vaurien, homme suspect.
GATEAU FEUILLETÉ, s. m. Bottes qui se délitent,—dans l'argot des faubouriens.GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l'ouvrage; marchand qui vend trop bon marché,—dans l'argot du peuple, qui, s'il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de zèle! Pas de zèle!»GÂTER LA TAILLE(Se), pour une femme «devenir enceinte».GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon pâtissier.GATEUX, s. m. Journaliste sans esprit, sans style et sans honnêteté,—dans l'argot des gens de lettres, qui n'y vont pas de plume morte avec leurs confrères.GAU, s. m. Pou,—dans l'argot des voleurs.
Basourdir des gaux.Tuer des poux.
On a écrit autrefoisGoth; Goth a été pris souvent pourAllemand; les Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.
GAU PICANTI, s. m. Lepediculus vestimenti.GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur, loustic,—dans l'argot du peuple.
Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue duXVIesiècle, puisque Montaigne a employéGaudisseriepour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.
GAUDRIOLE, s. f. Parole leste dont une femme a le droit de rougir,—dans l'argot des bourgeois,qui aiment à faire rougir les dames par leurs équivoques.GAUDRIOLER, v. n. Rire et plaisanter aux dépens du goût et souvent de la pudeur.GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de l'esprit aux dépens de Piron, qu'il a lu sans le citer, et de la morale, qu'il blesse sans l'avertir.GAULÉ, s. m. Cidre,—dans l'argot des voleurs et des paysans.GAULOIS, adj. et s. Homme gaillard en action, et surtout en paroles,—dans l'argot du peuple, qui a conservé «l'esprit gaulois» de nos pères, lesquels étaient passablement orduriers.GAUPE, s. f. Fille d'une conduite lamentable.GAUPERIE, s. f. Actions, conduite, dignes d'une gaupe.GAVÉ, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiGaviolé.
GAVER(Se), v. réfl. Manger,—dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un pigeon.GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.
Serrer le gaviot à quelqu'un.L'étrangler, l'étouffer.
Autrefois on disaitGavion.
GAVOT, s. m. Rival duDévorant,—dans l'argot du compagnonnage.GAVROCHE, s. m. Voyou,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont lules Misérablesde Victor Hugo.GAZ, s. m. Les yeux, que la passionallumesi vite,—dans l'argot des faubouriens.
Allumer son gaz.Regarder avec attention.
Gaz, s. m.Ventris flatus.
On dit aussiFuite de gaz.
Lâcher son gaz.Crepitare.
Avoir une fuite de gaz dans l'estomac.Fetidum halitum emittere.
GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,—dans l'argot des bourgeois.GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.GAZOUILLER, v. n. Parler,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Répondre.
GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux motifs de plainte,—dans l'argot du peuple, ennemi de ces hommes-femmes-là.GEINDRE, v. n. Se plaindre.GENDARME, s. m. Hareng saur,—dans l'argot des charcutiers.GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,—dans l'argot du peuple.GENDARME, s. m. Fer à repasser,—dans l'argot des ménagères, qui ont constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison de la veuve Gendarme.
Branleuse de gendarme.Repasseuse.
Gendarmer(Se), v. réfl. S'offenser.
Signifie aussi: Regimber, résister.
GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de l'air développe à la surface du vin,—dont celaarrêteainsi le travail de bonification.GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,—dans l'argot des bourgeois, qui font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement écritgens d'armes.GÊNE, s. f. Pauvreté,—dans l'argot du peuple, dont c'est le vice principal.GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES.Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque chose,—dans l'argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et les «bons enfants».GÉNÉRALMACADAM, s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes lesfilles.
On disaitle général Pavé, avant l'introduction en France du système d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.
GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,—comme la punaise. C'est plus que l'importun, plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux, plus que le raseur: c'est—le gêneur.GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.
Avoir son genou dans le cou.Être chauve.
GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,—dans l'argot du peuple.
Que ça de genre!est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».
GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de langage et de manières à nulle autre pareille,—dans l'argot des gandins.
On dit aussiParfait Gentleman, mais c'est un pléonasme, puisqu'un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.
GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,—dans l'argot des voleurs.GERBER, v. a. Condamner.
Gerber à vioc.Condamner aux travaux forcés à perpétuité.
Gerber à la passeouà conir. Condamner à mort.
GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.GERBIER, s. m. Avocat d'office,—dans l'argot des voleurs, qui, certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris.
Signifie aussi Juge.
GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées caduques, «sous laquelle tout se flétrit en France»,—où les Gérontes sont encore plus nombreux que les Scapins.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
GERCE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des voyous pour qui, sans doute, c'est lavermine.GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot du peuple.
Avoir mal au gésier.Avoir une laryngite ou une bronchite.
GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Grimacier, excentrique.
Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot estgeste, et que c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.
GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée—et même «sa Sophie».G.G.s. m. Bon sens,jugeotte.
Avoir du g.-g.N'être pas un imbécile.
G.D. G.Phrase ironique qu'emploient fréquemment les faubouriens, qui dédaignent d'en dire plus long, affectant de n'en pas savoir davantage.
Avec ou sans g. d. g.? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter que cesans g. d. g.est l'abréviation desans garantie du gouvernement.
GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,—dans l'argot du peuple.GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines.
Ce mot,—de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.
GIBIER DEGAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,—dans l'argot du peuple.GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de lettres à tout faire,—dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de la comédie d'Emile Augier. Encore un nom d'homme devenu un type.GIFFEouGIFFLE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot signifiait autrefoisjoue.GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer desgiguesdans les bals publics,—surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes): «La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine,—moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»
GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un adolescent, unpetit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,—moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d'autres observateurs le soin d'observer plus en détail.GIGOTER, v. n. Remuer lesgigues; danser.GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,—dans l'argot des faubouriens, toujours contempteurs de l'humanité.GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.
On dit aussiGrande gigue.
GIGUER, v. n. Danser.GIGUES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot du peuple, qui s'en sert pour danser lagigueou la faire danser aux gens qui l'ennuient.
On disait autrefoisgigoteaux.
GILET, s. m. Estomac; poitrine.
S'emplir le gilet.Boire ou manger.
Avoir le gilet doublé de flanelle.Avoir mangé une soupe plantureuse.
Gilet à la mode.Belle gorge de femme, où le lard abonde.
GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les hommes dont l'esprit et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes.
Faire Gilles.S'en aller,—s'enfuir.
GILMONT, s. m. Gilet,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiGeorget.
GILQUIN, s. m. Coup de poing,—dans l'argot des artistes et des canotiers.
On dit aussiCoup de Gilquin.
GIN, s. m. Genièvre,—dans l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,—dans l'argot des écoles de natation.GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur,—dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'hypocrisie.
Faire des giries.Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.
Faiseuse de giries.Fausse Agnès, fausse prude,—et vraie femme.
GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,—dans l'argot des faubouriens, qui savent très bien le nombre des feuilles ducheiranthus, et encore mieux celui des doigts de leur main droite.
On dit aussi giroflée à plusieurs feuilles,—autre ravenelle qui pousse sur les visages.
GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.—Verbe créé par Balzac.GIROLLE, adv. Soit,—dans l'argot des voleurs.GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux d'une femme assise,—dans l'argot du peuple, qui a conservé précieusement ce mot, en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs.
On dit aussiGirofle.
GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n'est que gironde.GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et politiques: royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République, napoléonien avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,—dans l'argot des cochers de fiacre.GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.GLACIS, s. m. Verre,—dans l'argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir.
Un glacis de lance.Un verre d'eau.
GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,—dans l'argot des artistes.
Se poser un glacis.Boire,—ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.
GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,—dans l'argot du peuple, que la distinction effarouche.GLAIVE, s. m. Couteau à découper,—dans l'argot des francs-maçons.GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose,—comme la cloche qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.
Les ouvriers anglais ont une expression du même genre:croaker, disent-ils.
GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.
Evidemment leGlauded'ici est un Claude, commeColasest un Nicolas, etMichépeut être un Michel.
GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,—dans l'argot des faubouriens.GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et malproprement.
Signifie aussiDébiner.
Glaviotteur, s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.GLIER, s. m. Le Diable,—dans l'argot des voleurs.
C'est une syncope deSanglierprobablement.
Le Glier t'enrôle en son pasclin!Le diable t'emporte en enfer (son pays).
Signifie aussiEnfer.
GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune fille qui la fait: elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.
Faire des glissades.Changer souvent d'amants.
GLISSANT, s. m. Savon,—dans l'argot des voleurs.GLISSER, v. n. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s'amusent à glisser.GLOBE, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent osciller sur son axe.GLOBES ARRONDIS(Les). La gorge,—dans l'argot des Académiciens. Quelques-uns ajoutent quelquefois:par la main des Grâces.GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot des limonadiers.GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des faubouriens.GLOUSSER, v. n. Parler.GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n'est ni son père ni sa mère.GLUAU, s. m. Expectoration abondante.
Lâcher son gluau.Cracher malproprement.
GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.GNIAF, s. m. Ouvrier,—dans l'argot des cordonniers.Savetier,—dans l'argot des ouvriers.GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans soin, sans goût,—comme un savetier.GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,—dans l'argot du peuple, qui dit cela spécialement à propos du vin.GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose sans importance.
Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,—et dans un sens péjoratif, naturellement.
GNOLLAIS, s. m.Batignollais,—dans l'argot des voyous.GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,—dans l'argot des faubouriens.
Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononcegniole.