GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot,—dans l'argot des enfants; et par extension, Blessure que se font les hommes en se battant.
S'emploie au figuré.
GO(De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon, sans obstacle,—dans l'argot du peuple.GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.
Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
GOBELOTTEUR, s. m. Ami desfranches lippées, et des plantureuses réfections.GOBE-MOUCHERIEs. f. La franc-maçonnerie,—dans l'argot des voleurs.GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c'étaient des vérités.GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un; ressentir de l'enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens.
Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,—dans l'argot des petites dames.
GOBER(La). Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets.
Par extension: Mourir.
GOBER(Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.GOBERGER(Se), v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.
On sait qu'on appellegobergesles ais du fond sanglé du lit.
GOBER SON BœUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou contre quelqu'un,—dans l'argot des ouvriers.GOBE-SON, s. m. Calice,—dans l'argot des voleurs.GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,—dans l'argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos de la viande non encore détaillée.GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,—dans l'argot du peuple.
Mauvais gobet.Méchant drôle.
GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.GOBIN, s. m. Bossu.GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais, amateurs degood ale.
GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,—dans l'argot des faubouriens.
Connaître le godan.Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.
Tomber dans le godan.Se laisser duper; tomber dans un piège.
GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans un piège,—dans ungodan.GODDAM, s. m. Anglais,—dans l'argot du peuple, qui atrouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et lesréjouit,—dans l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les Lovelaces.
On écrivait auXVIesièclegaudelereau,—ce qu'explique l'étymologiegaudere.
GODET, s. m. Verre à boire,—dans l'argot du peuple.GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.
On dit aussiGodichon.
GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.
Baiser en godinette.«Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne,»—sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.
GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses,—chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.
A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,—parce qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut quegogovienne degogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie: l'autre trouvegogodans François Villon et n'hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet qu'ils auront tout àgogo?
Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.
GOGO(A), adv. A profusion, en abondance.GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens.
Avoir la vue gogotte.Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.
Être gogotte.Être un peu niais; faire l'enfant.
GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,—dans l'argot des troupiers d'Afrique, qui s'en servent comme casserole et comme gobelet.GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,—dans l'argot des prisons et des casernes.
On dit aussiGoguenaux.
GOGUETTE, s. f. Société chantante,—dans l'argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.
Être en goguette.Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.
GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre d'une société chantante.GOÏ, s. m. Chrétien,—dans l'argot des voleurs.GOINFRADE, s. f. Repas copieux,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiGoinfrerie.
GOINFRE, s. m. Chantre,—dans l'argot des voleurs.GOINFRER(Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,—comme font les gens qui ne mangent pas tous les jours.GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui se croient autorisés à l'adresser à leurs rivaux,—qu'ils appellent aussicrétins, pour varier leurs injures.GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des airs de victime; faire croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire.
Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier—sur bois.
GOMBERGER, v. a. Compter—dans l'argot des prisons.GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes,—dans l'argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient (concio).GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce legonce.GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.GORET, s. m. Premier ouvrier,—dans l'argot des cordonniers.GORET, s. m. Homme malpropre,petit cochon,—dans l'argot du peuple, qui a appelé la reine Isabeaula grande gore.GORGE, s. f. Étui,—dans l'argot des voleurs.GORGNIAT, s. m. Homme malpropre,cochon,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression au propre et au figuré.GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,—dans l'argot des écoliers et du peuple.
Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe françaisse gausser, venu lui-même du verbe latingaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écritgosseuretgosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n'ont prononcégausse. C'est une onomatopée purement et simplement,—le bruit d'unegousseou d'unecosse.
Conter des gosses.Mentir.
Monter une gosse.Faire une farce.
GOSSE, s. m. Apprenti,—dans l'argot des typographes.
Ils disent aussiAttrape-scienceetMôme.
GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,—dans l'argot du peuple.GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,—dans l'argot des voleurs.GOSSELINE.Petite fille.GOSSEMARD, s. m. Gamin,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiGoussemard.
GOSSEUR, adj. et s. Menteur.GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,—dans l'argot des voleurs.GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,—dans l'argot du peuple.GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.
Signifie aussi Coureuse,—dans l'argot des bourgeois.
GOUALANTE, s. f. Chanson,—dans l'argot des voleurs.GOUALER, v. a. et n. Chanter.
On dit aussiGalouser.
GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.
Goualeuse.Chanteuse.
GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,—dans l'argot du peuple.GOUAPE, s. f. Filou,—dans l'argot des faubouriens. Faiseur de poufs,—dans l'argot des cabaretiers.
On dit aussiGouapeur. Cependantgouapea quelque chose de plus méprisant.
GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu de le donner,—dans l'argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants mots de notre langue.Gouge, commegarce, n'avait pas à l'origine la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait dire jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe,—d'où le verbegougnotter,» dit Francisque Michel.
On dit aussiGusse.
GOUILLE(A la). A la volée,—dans l'argot des enfants, quand ils jouent à jeter des billes.
Envoyer à la gouille.Renvoyer quelqu'un qui importune,—dans l'argot des faubouriens.
GOUILLOU, s. m. Gamin,voyou,—avec cette différence que le premier est le père du second, comme laloretteest la mère de laboule-rouge.GOUINE, s. f. Coureuse,—dans l'argot du peuple, qui a un arsenal d'injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles.
A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu uneNell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi laqueen, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!
GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,—dans l'argot des bourgeoises.GOUJON, s. m. Homme facile à duper,—dans l'argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards;—ainsi que dans l'argot desfaiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.
On disait autrefoisFaire avaler le goujon.
GOULE, s. f. La gorge, le gosier,—dans l'argot au peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.
Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.
On dit aussiGouillafre, ougouillaffe.
GOULOT, s. m. Bouche, gosier,—dans l'argot des faubouriens.
Trouilloter du goulot.Fetidum halitum habere.
GOULU, s. m. Poêle,—dans l'argot des voleurs.
Se dit aussi pour Puits.
GOUPINER, v. a. Voler,—dans le même argot.
Goupiner les poivriers.Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.
GOUPINEUR, s. m. Voleur.GOUPLINE, s. f. Litre,—dans le même argot.GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,—dans le même argot.
Dans la langue des honnêtes gens, legourest un creux plein d'eau dans un rocher, au pied d'un arbre, etc.
GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,—dans l'argot du peuple.GOURDEMENT, adv. Beaucoup,—dans l'argot des voyous.GOURDIN, s. m. Gros bâton,—dans l'argot du peuple, qui pour le manœuvrer ne doit pas avoir les mainsgourdes.GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.GOURGANDE, s. f. Apocope deGourgandine,—dans l'argot des faubouriens.GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une infinité de glissades. Argot du peuple.GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.GOURGANER, v. n.Mangerde la prison,—dans l'argot des faubouriens.GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,—dans l'argot des prisons et des ateliers, où les hommes sont nourris comme des bestiaux.
Gourganes des prés.Celles qui constituent la nourriture des forçats.
Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.
GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement ou de colère,—dans l'argot des typographes.GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,—dans l'argot du peuple, qui sait que cetimpetigofinit toujours par disparaître avec les années,—malheureusement!
Jeter sa gourme.Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.
GOURRER, v. a. Tromper, duper,—dans l'argot des voleurs, qui se sont approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (Goure, drogue falsifiée:goureur, qui falsifie les drogues.)GOURREUR, s. m. Trompeur.GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,—dans l'argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.GOUSSE(La). Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.GOUSSET, s. m. Aisselle,—dans l'argot du peuple.
Sentir du gousset.Puer.
«[Grec: Maschalê],axila, aisselle, sale odeur,»
dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.
GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.GOUTTE, adv. Peu ou point.
N'y voir goutte.N'y pas voir du tout.
On dit aussiN'y entendre goutte.
GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,—dans l'argot des ouvriers et des soldats.
Marchand de goutte.Liquoriste.
GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,—dans l'argot des Polytechniciens, qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (V. Spickel.)GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,—dans l'argot du peuple.GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Égratigner.
GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du peuple.
On dit aussiMarie-Graillon.
GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour à l'autre,—dans l'argot des prisons.GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque instant.GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge au bateausans être du métier,—dans l'argot des blanchisseuses.GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,—dans l'argot des voleurs.GRAIN(Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque,—dans l'argot du peuple.GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper les simples.
C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété debrassica oleraceafantastique, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l'été.
GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers supérieurs,—dans l'argot des troupiers, dont ce légume est ledesideratumpermanent.
Porter la graine d'épinards.Avoir des épaulettes d'officier supérieur.
GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l'industrie (p. 193).GRAISSE, s. f. Argent,—dans l'argot du peuple, qui sait que c'est avec cela qu'on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles tournent sur leurs gonds.GRAISSER, v. a. Gratter,—dans l'argot des voleurs.GRAISSER LA PATT, v. a. Acheter la discrétion de quelqu'un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets.
On dit aussigraisser le marteau,—mais plus spécialement en parlant des concierges.
GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.
GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de faire le grand voyage d'où l'on ne revient jamais.GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la langue verte,—dans l'argot des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou,la Famille Benoiton(1865-66).
On dit aussile Dictionnaire Benoiton.
GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,—dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.
On dit aussi laGrande tasse,—où tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.
GRANDE BOUTIQUe, s. f. La préfecture de police,—dans l'argot des voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,—dans l'argot des ouvriers.
Petite fille.Demi-bouteille.
GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,—dans l'argot des voyous.GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,—dans l'argot du peuple, qui sait quels rouages font mouvoir la machine-homme.
Casser le grand ressort.Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.
GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,—dans l'argot des enfants et des grandes personnes timides.GRAND TROTTOIR(Le). Le répertoire classique,—dans l'argot des coulisses.GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans l'argot des bourgeois.
S'en soucier comme du Grand Turc.Ne pas s'en soucier du tout.
Travailler pour le Grand Turc.Travailler sans profit.
Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.
GRAPPIN, s. m. Main,—dans l'argot du peuple.
Poser le grappin sur quelqu'un.L'arrêter.
Poser le grappin sur quelque chose.Le prendre.
GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Cueillir.
GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,—dans l'argot des bourgeois.
Parler gras.Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
GRAS, s. m. Profit,—dans l'argot des faubouriens.
Il y a gras.Il y a de l'argent à gagner.
Il n'y a pas gras.Il n'y a rien à faire là-dedans.
GRAS, s. m. Réprimande, correction,—dans l'argot des voyous. C'est lesuifdes faubouriens.GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,—dans l'argot du peuple.GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,—par allusion à la ressemblance qu'il offre ainsi avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands d'abats.
Les voleurs anglais, eux, disentmoos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.
GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,—dans l'argot des faubouriens.
L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde,le Sourd ou l'Auberge pleine: «Je ne voudrais pas payer madame Legras—double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.
Castigat ridendo mores, le théâtre! C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,—dans l'argot des voleurs.GRATIS, s. m. Crédit,—dans l'argot des marchands de vin.GRATOU, s. m. Rasoir,—dans l'argot des voleurs.GRATOUILLE, s. f. Gale,—dans le même argot.GRATOUSE, s. f. Dentelle,—dans le même argot.GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,—dans l'argot des couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à s'habiller de soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un vol non puni, mais très punissable.
Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,—car eux aussi ont la conscience large.
GRATTE(La). La gale,—dans l'argot des faubouriens.GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n'a rien conservé de sa fraîcheur et de son parfum,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que:
«Si la jeunesse est une fleur,le souvenir en est l'odeur.»
GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
Se donner une grattée.Se battre à coups de poing.
GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier, expéditionnaire etc.,—tous les scribes enfin.GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d'étoffe,—de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.GRATTOIR, s. m. Rasoir,—dans l'argot du peuple.
Se passer au grattoir.Se raser.
GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent le tranchet pour un burin.GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,—dans l'argot des ennemis des Hellènes.
Le mot a une centaine d'années de bouteille.
GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.
Le mot a été créé par Robert-Houdin.
GRÉER(Se), v. réfl. S'habiller,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.GREFFER, v. n. Mourir de faim,—dans l'argot des voyous.GREFFIER, s. m. Chat,—dans l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l'on sent la griffe.GRÊLE, s. f. Petite vérole,—dans l'argot du peuple.
On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique:Il a grêlé sur lui.
GRÊLE, s. m. Patron, maître,—dans l'argot des tailleurs.
Le grêle d'en haut.Dieu.
Grêlesse. Patronne.
GRELOT, s. m. La voix humaine,—dans l'argot des faubouriens.
Faire entendre son grelot.Parler.
GRELU, s. m. Blé,—dans l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion à la gracilité de cette graminée.GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,—dans l'argot des gens de lettres qui ont lule Colporteurde Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes duXVIIIesiècle.GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.GRENADIER, s. m.Pediculus,—dans l'argot des enfants, dont les mères assurent que c'est «la santé», et qui tous pourraient servir de modèles au fameux tableau de Murillo.GRENAFE, s. f. Grange.—dans l'argot des voleurs.GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,—dans l'argot du peuple.GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats.GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,—dans l'argot des troupiers.
Manger la grenouille.Dissiper le prêt de la compagnie.
S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper la caisse.
GRENOUILLE, s. f. Femme,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.GRÈVE, s. f. Cessation de travail,—dans l'argot des ouvriers, qui avaient, il y a quelques années encore, l'habitude de se réunir sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
Faire grève.Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le salaire.
On dit aussiSe mettre en grève.
GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiGourpline.
GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin confus, incohérent. Argot du peuple.
On dit aussiGribouillis.
GRIBOUILLER, v. a. et n.Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au milieu d'enfants,—dans l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s'en emparer. Cela constitue un jeu.
Jeter une chose à la gribouillette.La lancer un peu au hasard,—dans l'argot du peuple.
GRIF, adj. Froid,—dans l'argot des voleurs.
Grielle.Froide.
GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiAgriffer.
GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits illicites.GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.
«Ce grigou, d'un air renfrognéLui dit: Malgré ton joli nez...»
a écrit l'abbé de Lattaignant.
GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-dessus de la scène et où s'accrochent les frises. Argot des coulisses.GRILLER UNE(En), v. a. Fumer une pipe ou une cigarette,—dans l'argot des artistes et des ouvriers.GRIME, s. m. Rôle de vieux,—dans l'argot des coulisses.GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,—dans l'argot des voleurs.
Grimoire mouchique.Les sommiers judiciaires.
GRINCHE, s. m. Voleur.
On dit aussiGrinchisseur.
GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,—dans l'argot du peuple et des gens de lettres.GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.
On dit aussiGrincher.
Grinchir à la cire.Voler des couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage:à la limonade,à la desserte,au voisin,aux deux lourdes, etc.)GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui travaille sans compère.GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence chétive,—dans l'argot des faubouriens.GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs dupodex,—dans l'argot du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois.
Avoir en grippe.Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.
Prendre en grippe.Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.