Chapter 23

JOUER DE LA HARPE.S'assurer, comme Tartufe, et dans le même but que lui, auprès d'une femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut, en tirer soit de l'argent, soit des complaisances de toutes sortes,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du violon, Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers, etc., etc.JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.JOUER DEVANT LES BANQUETTES.Jouer devant une salle où les spectateurs ne sont pas nombreux, ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des coulisses.JOUER DU CœUR.Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à propos,—dans l'argot du peuple, à qui lesconcettine déplaisent pas.

Nos aïeux disaientTirer aux chevrotins.

JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans compter,—dans l'argot des bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,—dans l'argot des maquignons, d'un cheval qui frappe inégalement des pieds en courant.JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Compter de l'argent.

JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiJouer de la harpe.

JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,—dans l'argot des écrivains fantaisistes, à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en proie à l'Amour, ce divin Paganini.JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque part; s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.JOUJOU, s. m. Jouet,—dans l'argot des enfants.

Faire joujou.S'amuser,—au propre et au figuré.

JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,—dans l'argot du peuple.

On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en pleine Assemblée nationale.

JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe au propre et au figuré.JOUR DE LASAINT-JEAN-BAPTISTE(Le). Le jour de l'exécution,—dans l'argot des prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle et cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.

Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils appellent leJour du torticolis(wry-neck day).

JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner. Argot du peuple.JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui fait des façons, des giries.JUBILATION, s. f. Contentement extrême,—dans l'argot du peuple.

Visage de jubilation.Qui témoigne d'un très bon estomac.

JUBILER, v. n. Se réjouir.JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,—dans l'argot du peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l'infamie d'Iscariote.

Baiser de Judas.Baiser qui manque de sincérité.

Barbe de Judas.Barbe rouge.

Bran de Judas.Taches de rousseur.

Le point de Judas.Le nombre 13.

JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une chambre située au-dessus d'une boutique, et quitrahitainsi la présence d'un étranger dans celle-ci.

Lesjudasparisiens sont les cousins germains desespionsbelges et suisses.

JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper—comme Judas Iscariote fit au Christ.

Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.

JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour, perfidie; trahison.JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,—dans l'argot des voleurs, qui ont appris à leurs dépens le chemin de la rue deJérusalem.

Ils disent aussiPetite Judée.

JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin, qui condamne à payer unetournéecelui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des ouvriers.JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,—parce qu'il est destiné à mettre le holà.

Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des faubouriens.

JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,—dans l'argot du peuple, pour qui cela remplace lajudiciaire.JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer,égorgerd'obsessions.JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,—dans l'argot des étudiants.JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va par monts et par vaux, comme Ahasvérus, que Jésus—«la bonté même»—a condamné à marcher «pendant plus de mille ans».JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une affaire.JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un roi,—dans l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,—dans l'argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.

Aller chez Jules.C'est ce que les Anglais appellentTo pay a visit to mistress Jones.

JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la VénusCallipyge,—dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses, lesquelles appelaient cette partieLes deux sœurs.JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,—dans l'argot des faubouriens, pour qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont lasaucede certaines qualités de l'âme.

Avoir du jus.Avoir duchic, de la tournure.

Être d'un bon jus.Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.

JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout.JUSTE, s. f. La Cour d'assises,—dans l'argot des voleurs, qui s'étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui estJustice.JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux.

On dit aussiCentrier.

JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la jurisprudence du Palais-Royal comme cible aux coups de pied classiques et aux plaisanteries populaires.JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices, quirendun grand profit, qui a dujusenfin.

K

KIF-KIF, adv.Ric-à-ric,—dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.KINSERLICK, s. m. Autrichien,—dans l'argot des troupiers, qui ont entendu parler des Impériaux (die Kaiserlichen) battus par leurs pères, les soldats de la Grande Armée.

On dit aussi et mieuxKaiserlick.

KLEBJER, v. n. Manger,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui parlent russe (kleb, pain) sans le savoir.

Ils disent aussiTortorer.

KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant,chocnosoff,—dans l'argot des bohèmes et des rapins.KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,—dans l'argot des faubouriens.KRAPSER, v. a. Tuer,—dans l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre d'Orient.

Signifie aussi mourir.

KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille nombreuse,—dans l'argot du peuple.

Avoir des kyrielles d'enfants.En avoir beaucoup.

262

L

LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,—dans l'argot des gens de lettres.

Donner le la.Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.

LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,—dans l'argot des filles, qui n'aiment à parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.LABORATOIRE, s. m. Cuisine,—dans l'argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui saventtransformerles viandes et les vins de façon à dérouter les connaisseurs.LACETS, s. m. pl. Poucettes,—dans l'argot des voleurs.

Les marchands de lacets.Les gendarmes.

LACHE, s. et adj. Paresseux,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiSaint Lâche.

LACHER, v. a. Quitter.

Lâcher d'un cran.Abandonner subitement.

LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.LACHER(Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête,ventris flatum emittere,—dans l'argot des bourgeois.

On dit aussiEn lâcher unouune,—selon le sexe de l'incongruité.

LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,—dans l'argot des faubouriens.

C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: Ah! tu vas me lâcher le coude! dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.

LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a.Meiere,—dans l'argot des voyous.LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,—dans l'argot des bourgeois.LACHER UNE NAÏADE, v. a.Meiere,—dans l'argot facétieux des ouvriers.

Ils disent aussiLâcher les écluses.

LACHER UNE TUBÉREUSE.(V.Se lâcher.)LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,—dans l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,—dans l'argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.

Beau lâcheur.Homme qui fait de cette désertion une habitude.

LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres.

Lâcheurici est synonyme de Lâche.

LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout autre façon,—dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.LAFFE, s. f. Potage, soupe,—dans l'argot des voleurs.LAGO, adv. Là,—dans le même argot.

Labago.Là-bas.

LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,—dans l'argot des bourgeois, dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.

On dit aussiVilain laideron,—quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.

LAINE, s. f. Ouvrage,—dans l'argot des tailleurs.LAINÉ, s. m. Mouton,—dans l'argot des voleurs.LAISSER ALLER(Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE.Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression est vieille,—comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»

LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.LAISSER FUIR SON TONNEAU.Mourir,—dans l'argot des marchands de vin.LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le résultat d'une affaire,d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,—dans l'argot du peuple.LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE.S'arranger de manière à avoir un bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.LAIT, s. m. Encre,—dans l'argot des voleurs.

Lait à broder.Encre à écrire.

Lait de cartaudier.Encre d'imprimerie.

LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,—dans l'argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit detéterjusqu'à cent ans.LAÏUS, s. m. Discours quelconque,—dans l'argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.

Piquer un Laïus.Prononcer un discours.

Les Saint-Cyriens, eux, disentBrouta(du nom d'un professeur de l'Ecole),broutasseretbroutasseur.

LAMBERT.Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom véritable.

Appeler Lambert.Se moquer de quelqu'un dans la rue.

LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,—dans l'argot du peuple.

Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l'on en croit leDictionnairehistoriquede M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et lourd dans son style».

Signifie aussi hésitant.

LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.LAME, s. f. Tombeau,—dans l'argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes duXVIesiècle.

Être couché sous la lame.Être mort.

LAMINE, n. d. v. Le Mans,—dans l'argot des voleurs.LAMPE, s. f. Verre à boire,—dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussiCanon.

LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,—dans l'argot du peuple.LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.

On disait, il y a deux siècles:Mettre de l'huile dans la lampepour emplir un verre de vin.

LAMPIE, s. f. Repas,—dans l'argot des voleurs.LAMPION, s. m. Chapeau,—dans l'argot des voyous.LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,—dans l'argot des faubouriens.

«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lireA ton perruquier du bon ton,Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lireA ton perruquier du bon ton,Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire

A ton perruquier du bon ton,

Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,

Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

dit une chanson qui court les rues.

Lampions fumeux.Yeux chassieux.

LANCE, s. f. Pluie,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

A qui qu'il appartienne, il fait image.

LANCE, s. f. Balai,—dans le même argot.LANCE DE SAINTCRÉPIN, s. f. Alène,—dans l'argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,—dans l'argot des bourgeois.LANCER, v. n.Meiere,—dans l'argot des voleurs.LANCER(Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,—dans l'argot des gens de lettres.

Bon lanceur.Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même desrossignols,—par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.

Le contraire delanceurc'estEtouffeur,—un type curieux, quoiqu'il ne soit pas rare.

LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,—dans l'argot des faubouriens.LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.

Danser les lanciers.Danser ce quadrille.

LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin,—dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas que l'expression est octogénaire.

Il y a du bruit dans Landernau.Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.

LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,—dans l'argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir duLanditde Saint-Denis.LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,—dans l'argot du peuple.

Le mot sort des poésies de Clément Marot.

LANGUE DES DIEUX(La). La poésie,—dans l'argot des académiciens, dont cependant les vers n'ont rien de divin.LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dansles Nuits de la Seine, drame de Marc Fournier, unprofesseur de langue vertequi enseigne et pratique les tricheries ordinaires des grecs. Lesens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.

Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!

LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,—dans l'argot de Breda-Street.

Faire un petit lansque.Jouer une partie de lansquenet.

LANSQUAILLER, v. n.Meiere,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiLascailler.

LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,—dans le même argot.LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.

Lansquiner des chasses.Pleurer.

LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot du peuple.LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,—dans l'argot des faubouriens.LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une chose,—dans l'argot du peuple.LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.

On disait autrefoisL'Enturlé.

LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de trottoir,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La Palférine de H. de Balzac.LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,—dans l'argot des ouvriers.LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,—dans l'argot du peuple.

Fameux lapin.Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

LAPINs. m. Camarade de lit,—dans l'argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls.

On sait quel était lelapind'Encolpe, dans leSatyriconde Pétrone.

LAPIN(En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,—dans l'argot du peuple.LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,—dans l'argot des voleurs.

Ils l'appellent aussiLiège.

LARBIN, s. m. Domestique,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.LARBINERIE,s. f. Domesticité, valetaille.LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,—dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un porc.

Sauver son lard.Se sauver quand on est menacé.

Les ouvriers anglais ont la même expression:To save his bacon, disent-ils.

LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,—dans l'argot des troupiers.

Se faire larder.Recevoir un coup d'épée.

LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:

«....Ils sçavent bienQue vostre père est homme large;A souper l'auront, à la chargePour dix buveurs maistres passez.»(Traduction duColloque d'Erasme.)

«....Ils sçavent bienQue vostre père est homme large;A souper l'auront, à la chargePour dix buveurs maistres passez.»

«....Ils sçavent bien

Que vostre père est homme large;

A souper l'auront, à la charge

Pour dix buveurs maistres passez.»

(Traduction duColloque d'Erasme.)

(Traduction duColloque d'Erasme.)

LARGE DES ÉPAULES.Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,—dans l'argot des voleurs et des souteneurs.

Larguepé.Femme publique.

LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami deslargues.

On dit aussiLarcottier.

LARME, s. f. Très petite quantité,—dans l'argot des bourgeois, qui prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.LARTIF, ouLartille, ouLarton, s. m. Pain,—dans l'argot des voleurs qui ne veulent pas direartie.

Larton brut.Pain bis.

Larton savonné.Pain blanc.

Lartille à plafond.Pâté,—à cause de sa croûte.

LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.LASCAR, s. m. Nom que,—dans l'argot des troupiers et du peuple—on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies.

C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

LATIF, s. m. Linge blanchi,—dans l'argot des voleurs.LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.

«Je suis latineGaiment je dineSur le budget de mon étudiant!»

dit une chanson moderne.

LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,—dans l'argot des troupiers.

Se ficher un coup de latte.Se battre en duel.

LAUMIR, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,—dans l'argot des voyous.LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu unpremier propriétaire,—dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude delaverprécisément les choses les plus neuves et les plus propres, afin de s'en faire de l'argent comptant.LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois.

Se dit aussi du mauvais café.

LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier,canulant,—dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les détersifs.LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les garder.

Pourquoilaverau lieu devendre? M. J. Duflot prétend que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher—la claque—ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.—«C'est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre quelavervoulait direvendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»

LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des injures,—dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbeobjurgarede Cicéron.LAVETTE, s. f. Langue,—dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.LAVOIR, s. m. Le confessionnal,—dans l'argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus chargée d'impuretés.LAZAGNE, s. f. Lettre,—dans l'argot des voleurs.LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,—dans l'argot du peuple.LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise,—dans l'argot des artistes.LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers,—dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la tribu desAmalécites.LÉGITIME, s. f. Épouse,—dans l'argot des bourgeois.LÉGRE, s. f. Foire, marché,—dans l'argot des voleurs.LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,—dans l'argot des faubouriens.

J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV!»

On dit aussiChampignons.

LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a uneSociété des légumistes.LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant,endormi,—dans l'argot du peuple.LÉON, n. d'h. Le président des assises,—dans l'argot des voleurs, renards qui se sentent en présence dulion.LERMON, s. m. Etain,—dans le même argot.LERMONER, v. a. Etamer.LEM.Désinence javanaise,—mais d'un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs.

Parler en lem.Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.

On dit aussi Parler enluch—et alors on remplacelemparluch.

LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent ungentleman of the back-door. Argot de gens de lettres.LESBIENNE, s. f.Fleur du mal, et non du mâle.LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,—dans l'argot des voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.

Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut direLessiveur.

LESSIVE, s. f. Plaidoirie,—tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d'assises.LESSIVE, s. f. Perte,—dans l'argot des joueurs.LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres,—dans l'argot des bohèmes et des lorettes.

Faire sa lessive.Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,—dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent lesex-dono.

LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à l'examen,—dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.

Faire la lessive du Gascon.Retourner sa chemise quand elle est sale d'un côté,—ce que font beaucoup de bohèmes.

On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du lingesale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»

LESSIVER.Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d'assises.LESSIVER(Se faire). Perdre au jeu.LETTRE DEJÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253 de son livre.LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.LEVAGE, s. m. Escroquerie,—dans l'argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin,—dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès,—dans l'argot des gandins.LEVÉ(Être). Être suivi par un garde du commerce,—dans l'argot des débiteurs.LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,—dans l'argot des voleurs.LEVER, v. a. Capter la confiance,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi voler.

Se faire lever de tant.Se laisser gagner ou «emprunter une somme de...»

LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des gandins.LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot des coulisses.LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,—dans l'argot des typographes.LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,—dans le même argot.LEVER LE COUDE, v. a. Boire,—dans l'argot du peuple.LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis.

Lever une femme au crachoir.La séduire à force d'esprit ou de bêtises parlées.


Back to IndexNext