Chapter 24

LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames.

Lever un homme au souper.S'arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.

LEVEUR, s. m. Pick-pocket.LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,—dans l'argot des voleurs.LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même argot.LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser,—dansl'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.LICHADE, s. f. Embrassade,—dans l'argot des faubouriens.LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.

Lichance soignée.Gueuleton.

On dit aussiLichade.

LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'enlécherles lèvres.LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.

Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.

LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.

On dit aussiLichard.

LIE DE FROMENT, s. f. Lesfuméeshumaines,—dans l'argot du peuple.LIGNARD, s. m. Soldat de laligne,—dans l'argot des faubouriens.LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,—dans l'argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employerlignette, un mot de la langue des honnêtes gens.

Ils disent aussiLigotte.

LIGOTTER, v. a. Lier,—dans le même argot.LILANGE, n. d. l. Lille,—dans le même argot.LILLOIS, s. m. Fil à coudre.LIMACE, s. f. Fille à soldats,—dans l'argot des faubouriens.LIMACE, s. f. Chemise,—dans l'argot des voleurs et des vendeurs du Temple.LIMACIÈRE, s. f. Lingère.LIMANDE, s. f. Hommeplat,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»—dans l'argot du peuple.LIME SOURDE, s. f. Sournois,—dans l'argot des voleurs.LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,—dans le même argot.LIMONADE, s. f. Eau,—dans l'argot des faubouriens.

Tomber dans la limonade.Se laisser choir dans l'eau.

LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.LIMONADE, s. f. Assiette,—dans l'argot des voleurs.LIMOUSIN, s. m. Maçon,—dans l'argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à l'antique tribu des Lémovices.LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.LIMOUSINE, s. f. Plomb,—dans l'argot des voleurs.LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.LINGE, s. m. Chemise,—dans l'argot du peuple. Jupon blanc de dessous,—dans l'argot des filles.

Avoir du linge.Porter une chemise blanche.

Faire des effets de linge.Retrousser adroitement sa robe, defaçon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles—de coton.

LINGE LAVÉ(Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,—dans l'argot des voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.LINGRE, s. m. Couteau,—dans l'argot des voleurs, qui savent queLangresest la patrie de la coutellerie.

Lingriot.Petit couteau; canif; bistouri.

LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.LINGRERIE, s. f. Coutellerie.LINSPRÉ, s. m. Prince,—dans l'argot des voleurs, qui cultivent l'anagramme comme le grand Condé les œillets.LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,—à tort plus souvent qu'à raison,—a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,

Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.

Être le lion du jour.Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.

LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le successeur dufashionable—qui l'était dubeau—qui l'était de l'élégant—qui l'était de l'incroyable—qui l'était dumuscadin,—qui l'était dupetit-maître, etc.

Ce mot nous vient d'Angleterre.

LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,—garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.LIONNE, s. f. Femme à la mode—il y a trente ans. C'était «un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on appelledrôlesse.LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.LIPPE, s. f. Moue, grimace,—dans l'argot du peuple.

Faire sa lippe.Bouder.

LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.

Franche lippée.Repas copieux.

LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,—et surtout y boire.LIQUIDE, s. f. Apocope deLiquidation,—dans l'argot des coulissiers.LIQUIDE, s. m. Vin,—dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer qu'il existe d'autres corps aqueux.

Avoir absorbé trop de liquide.Être ivre.

LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au lieu de regarder par terre,—comme l'astrologue de la fable.LISETTE, s. f. Gilet long,—dans l'argot des voleurs.LITHOGRAPHIER(Se). Tomber par terre,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablementimpressionné par la pierre.LITRER, v. a. Avoir, posséder,—dans l'argot des voleurs. V.Itrer.LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la contenance légale. Argot du peuple.LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,—une maladie ictérique désagréable qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury, aujourd'hui (1867) presque guéri.

L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.

LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,—dans l'argot des gens de lettres.LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,—dans l'argot des filles.LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE(Avoir une), v. a. Se dit,—dans l'argot des faubouriens, d'une femme richementavantagéepar la Nature.LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux d'une loge,—dans l'argot des francs-maçons.LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.LOCATIS, s. m. Cheval de louage,—dans l'argot des commis de nouveautés, à qui leurs moyens défendent les pur-sang.LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.LOCHE, s. f. Oreille,—dans l'argot des voleurs.LOCHER, v. a. et n. Ecouter.LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,—dans l'argot du peuple.LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,—dans l'argot des bourgeois, qui, sans s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais:Steamer.LOFFARDouLoff, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,—dansl'argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.

Lelofest le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Leloffard, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.

LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,—dans l'argot des ouvriers.LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.LOGE, s. f. Lieu de réunion,—dans l'argot des francs-maçons.

Loge irrégulière.Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.

LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par tradition, les gandins,—imitateurs serviles deslions.

Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.

LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.LOGER RUE DUCROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,—dans l'argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme lemus nitela, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbeloirer, pour dérober, voler.LOLO, s. m. Lait,—dans l'argot des enfants.LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,—dans l'argot des ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur historique.LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,—ou d'ailleurs.LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,—dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,—dans l'argot des Polytechniciens. C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d'étude.LONG DU MUR(Le). Avec son argent,—dans l'argot du peuple.

Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer laréponse que me fit un jour un coiffeur:

«Combien gagnez-vous chez votre patron?—Trois francs par jour.—Alors vous êtes nourri?—Nourri et blanchi, oui...le long du mur!»

LONGE, s. f. Année,—dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en prison.LONGÉ, adj. Agé.LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend. Argot du peuple.

On dit aussiSaint Longin.

Longie.Nonchalante, paresseuse.

On dit aussiSainte-Longie.

LOPIN, s. m. Morceau.

Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.

LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,—dans l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.

Jouer aux loques.Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.

LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,—dans l'argot des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de mettre unéau lieu d'una.

La Lorcefé des largues.Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme les femmes.

LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers des miettes de la table amoureuse de la lorette.

Le mot appartient à Nestor Roqueplan.

LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre.

Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,—le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

LORGNE, s. m. Borgne,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussiLorgne-bè.

LORGUE, s. m. As,—dans le même argot.LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,—dans le même argot.LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,—dans l'argot du peuple.

Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,—dans l'argot des voleurs.LOUCHER(Faire). Donner envie; exciter la convoitise,—dans l'argot du peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque chose.LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.

Loucher de l'épaule.Être bossu.

Loucher de la bouche.Avoir le sourire faux.

LOUCHES, s. f. pl. Les mains,—dans l'argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,—dans l'argot du peuple.LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,—dans l'argot des faubouriens.LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,—dans l'argot facétieux des faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers que marcher dedans c'est signe d'argent.

On dit aussiPièce de vingt francs.

LOUIS D'OR(N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme, soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.

C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les Louis—XV ou non—seront toujours lesbien-aimés, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs de choix.

Odi profanum vulgus, et arceo.

Louisette, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du docteurLouis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.

On l'a appelée aussiLouison.

LOULOU, s. m. Petit chien-loup,—dans l'argot du peuple.LOULOU.Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.

On dit aussiGros loulou.

LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.

Malgré levæ soli!de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.

LOUP, s. m. Créancier,—dans l'argot des typographes.

Faire un loup.Faire une dette,—et ne pas la payer.

LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot.LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,—dans l'argot des tailleurs.

On dit aussiBêteouLoup qui peut marcher tout seul.

LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent;Boursier,—dans l'argot des gens de lettres.LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,—dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettesde savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. «Loupeur, dit-il, vient du hollandaislooper(coureur),loop(course),loopen(courir). L'allemand alaufer... le danoislœber...: enfin le suédois possèdelopare... Tous ces mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxonlleàpan(islandaisllaupa), courir.»

L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les poislupinsdont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans lefar nienteet lefar nientene s'acquérant que dans la pauvreté;—soit lesLupanarii, où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit leslupilli, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

LOUPE(Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nomméLaflème, et, de l'autre, par un marchand de vin, nomméFeignant...LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,—dans l'argot des voleurs.LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,—dans l'argot des ouvriers.LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.LOUPIAT, s. m. Fainéant,Loupeur,—dans l'argot des faubouriens.LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.LOURDE, s. f. Porte,—dans l'argot des voleurs.LOURDIER, s. m. Portier.LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,—dans l'argot des francs-maçons.

On dit aussiLouvetonetLouftot.

LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,—dans l'argot des bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est lenec plus ultrade l'art architectonique.

Ils disent aussiPetit Louvre,—pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier, Henri II et Charles IX.

LOVELACE, s. m. Libertin,grand séducteur,—dans l'argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson (Clarisse Harlowe).LUCARNE, s. f. Monocle,—dans l'argot des faubouriens.

Crever sa lucarne.Casser le verre de son lorgnon.

LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,—dans l'argot du peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.

Faire la Lucrèce.Contrefaire la prude et l'honnête femme.

LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiLuisard.

LUISANTE, s. f. La Lune.

On dit aussiLuisarde.

LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner—dans l'argot des gandins, qui répudient ainsi notre anciengoûter.

Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,—un troisième déjeuner ou un premier dîner,—destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes deshustings, quand il y a des élections.

LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,—dans l'argot des gens de lettres.

Ce mot appartient à M. Pierre Véron.

LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,—dans l'argot du peuple.

Être dans ses lunes.Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.

LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.

On dit aussiPleinelune.

LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne découvre jamais en public,—à moins d'avoir toute honte bue.

On dit aussiPleine lune.

LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,—dans l'argot des voleurs.LUNETTE, s. f. Le cercle de latrulla,—dans l'argot du peuple.LUNETTES, s. f. pl. Lesnates,—qui sont en effet de petiteslunes.LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport,loquesde papier,—dans l'argot des voleurs.

Porte-luque.Portefeuille.

Luquesignifie aussi image, dessin.

LURELURE(A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion surtout,—dans l'argot du peuple.LURON, s. m. Homme hardi, déluré.

Joyeux luron.Bon compagnon.

Lusquin, s. m. Charbon,—dans l'argot des voleurs.

Lusquine.Cendre.

LUSTRE, s. m. La claque,—dans l'argot des coulisses.

Chevaliers du lustre.Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.

On dit aussiRomains.

LUSTRE, s. m. Juge,—dans l'argot des voleurs.LUSTRER, v. a. et n. Juger.LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,—dans l'argot du peuple.LYCÉE, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie de la guillotine.LYONNAISE, s. f. Soierie,—dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage et la métonymie.

M

MAC, s. m. Apocope deMaquereau,—dans l'argot des faubouriens.MACACHE, adj. Mauvais, détestable,—dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

On emploie ordinairement ce mot avecbono:

Macache-bono.Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.

Signifie aussiZut!

MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de Mac Adam.MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,—dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier auCharrivari.

On dit aussiRobert-Macaire.

MACARON, s. m. Huissier,—dans l'argot des voyous. Traître,—dans l'argot des voleurs.MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.MACCHABÉE, s. m. Cadavre,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion, sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.

Mauvais macchabée.Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé detasser,—dans l'argot des employés des pompes funèbres.

MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,—dans l'argot des gandins et des tailleurs.MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,—dans l'argot des bourgeois.MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail, faire leplus difficile d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les moins blessantes.

Ne pas mâcher les mots à quelqu'un.Lui dire crûment ce qu'on a à lui dire.

MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à une chose sur laquelle on ne peut mettre une étiquette exacte.

On dit aussiChose.

MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom,—dans l'argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste, en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très jolie.»

Grande machine.Grande toile ou statue de grande dimension.

MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma tant de Philistins.

Signifie aussi: Suranné, Classique,—dans l'argot des romantiques,—ainsi que cela résulte d'un passage desJeune Francede Théophile Gautier, qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par la filière d'épithètes qui suivent:ci-devant,faux toupet,aile de pigeon,perruque,étrusque,mâchoire,ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante,académicienetmembre de l'Institut.»

MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussiMâchoire.

MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer, maugréer.MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,—dans l'argot des francs-maçons.MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.MADAME, s. f. Dame,—dans l'argot des petites filles.

Jouer à la Madame.Contrefaire les mines, les allures des grandes personnes.

MADAME.Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse,—à l'abbesse.MADAME LARESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette; revendeuse.MADAMETIREMONDE, s. f. Sage-femme,—dans l'argot des faubouriens.

Les voyous disentMadame Tirepousse.

AuXVIesiècle, on disaitMadame du guichetetPortière du petit guichet.

MADEMOISELLEMANETTE, s. f. Malle.MADRICE, s. f. Finesse, habileté,madrerie,—dans l'argot des voleurs.MADRIN, adj. et s. Habile, fin,madré.MAFFLU, adj. et s. Qui a uneface large, épanouie,—dans l'argot du peuple.

Grosse mafflue.Grosse commère.

On dit aussigrasse maffréeetgrosse mafflée.

MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des individus de son sexe,» dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce mot,—dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté religieuse, tandis qu'il l'a sous lamain, cette étymologie.MAGOT, s. m. Economies, argent caché,—dans l'argot du peuple.

Manger son magot.Dépenser l'argent amassé.

MAGOT, s. m. Homme laid comme unsingeou grotesque comme une figurine chinoise en pierre ollaire.MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement maigre.

On dit aussiMaigre comme un coucou, etMaigre comme un hareng-sauret.

MAIGRE(Du)! interj. Silence!—dans l'argot des voleurs.MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce qu'elles tiennent. Argot du peuple.MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,—dans l'argot des bourgeois.MAISON DEMOLIÈRE(La). Le Théâtre-Français,—dans l'argot des sociétaires de ce théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité à la façon écossaise.

Sous le premier Empire c'était leTemple du goût, et, sous la Restauration, leTemple de Thalie.

MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une famille,—dans l'argot du peuple.MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui vient chaque matin chez les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.MAJOR, s. m. Chirurgien,—dans l'argot des soldats.MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.MALADE, adj. et s. Prisonnier,—dans l'argot des voleurs, qui ont perdu la santé de l'âme.

Être malade.Être compromis.

Malade du pouce, adj. Paresseux,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiAvoir le pouce démis pour son argent.

MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas à compter de l'argent,—aux autres. Argot des faubouriens.MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.MAL-A-GAUCHE, s. et adj.Maladroit,—dans l'argot facétieux et calembourique des faubouriens.MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son aise,—dans l'argot du peuple.

On disait autrefoisLandreux.

MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,—dans l'argot des faubouriens.MALECHANCE, s. f. Fatalité,mauvaise chance,—dans l'argot du peuple.MAL CHOISI, s. m. Académicien,—dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois raison.MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,—dans l'argot des voyous.MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.—dans l'argot des joueurs.MALE, s. m. Homme,—dans l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux gandins.

Beau mâle.Homme robuste, plein de santé.

Vilain mâle.Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.

Signifie aussi Mari.


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