Chapter 25

MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,—dans l'argot du peuple.MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,—dans l'argot des faubouriens.MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin quimal fera,—dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.

M. Francisque Michel donneMalvas, en prenant soin d'ajouter que ce mot est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le peuple parisien disait jadis unMalfé(malefactus) à propos d'un malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.

MALINGRER, v. n. Souffrir,—dans l'argot des voleurs.MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,—dans l'argot du peuple.MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite,—malè tornata.MALTAIS, s. m. Cabaretier,—dans l'argot des troupiers qui ont été en Algérie.MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,—dans l'argot des voleurs.MALTOUZE, s. f. Contrebande,—dans l'argot des voleurs, lesmaltôtiersmodernes (malle tollere, enlever injustement).

Pastiquer la maltouze, Faire la contrebande.

MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.MANCHE, s. f. Partie,—dans l'argot des joueurs.

Manche à(sous-entendu:Manche), Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu'il reste à faire labelle.

MANCHE, s. f. Quête; aumône,—dans l'argot des saltimbanques.

Faire la manche.Quêter, mendier.

MANCHE(Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un comme de soi-même,—dans l'argot du peuple.MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,—dans l'argot des faubouriens.

Avoir des vers dans son manchon.Avoir çà et là des places chauves sur la tête.

MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait un bras de moins.

N'être pas manchot.Être très adroit,—au propre et au figuré.

MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides,—dans l'argot des gens de lettres.

Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son meurtrier.

Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu'on ditTuer le mandarin. A ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.

MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,—dans l'argot du peuple.

Jouer des mandibules.Manger.

On dit aussiJouer des badigoinces.

MANDOLE, s. f. Soufflet,—dans l'argot des marbriers de cimetière.

Jeter une mandole.Donner un soufflet.

MANDOLET, s. m. Pistolet,—dans l'argot des voleurs.MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu'il appartienne, sur quelque échelon qu'il se soit posé.

Cette expression—de l'argot du peuple—est dans la circulation depuis longtemps.

On dit aussiCartouche,—ces deux coquins faisant la paire.

MANGEAILLE, s. f. Nourriture.MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,—dans l'argot des faubouriens.MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,—dans l'argot du peuple.

Manger de la misère.Être besogneux, misérable.

Manger de la prison.Être prisonnier.

Manger de la guerre.Assister à une bataille.

MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu'un.MANGER DE CE PAIN-LÀ(Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.MANGER DE LA MERDE.Souffrir de toutes les misères et de toutes les humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par les hommes et dédaignés même des chiens.

Cette expression—de l'argot des faubouriens—est horrible, non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.

MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le bonheur.

Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.

MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.MANGER DU BœUF, v. a. Être pauvre,—dans l'argot des ouvriers, qui savent combien l'ordinairefinit par être fade et misérable.MANGER DU FROMAGE.Être mécontent; avoir de la peine à sedébarbouillerde ses soucis.

On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:

«Le duc de Parme déménage;Plus d'hôtel, plus de courtisan!Monseigneur mange du fromage,Mais ce n'est plus du parmesan...»

«Le duc de Parme déménage;Plus d'hôtel, plus de courtisan!Monseigneur mange du fromage,Mais ce n'est plus du parmesan...»

«Le duc de Parme déménage;

Plus d'hôtel, plus de courtisan!

Monseigneur mange du fromage,

Mais ce n'est plus du parmesan...»

MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,—dans l'argot des habitués d'estaminet.

Ils disent aussiManger du drap.

MANGER DU PAIN ROUGE, v. a.Vivre d'assassinats impunis,—dans l'argot du peuple.MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,—dans l'argot des coiffeurs.Trimer,—dans l'argot du peuple.MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,—dans l'argot des comédiens.MANGER LA CHANDELLE(Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse reprocher,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit:C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, cela signifie: Je n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.MANGER LE BLANC DES YEUX(Se). Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.MANGER LE BONDIEU, v. a. Communier,—dans l'argot des faubouriens.MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pasrapporterintégralement l'argent qu'ils ont donné,—dans l'argot des souteneurs qui disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses complices,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiCasser le morceau.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une affaire,—dans l'argot du peuple.MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,—dans l'argot des troupiers.MANGER LE NEZ(Se). Se battre avec acharnement,—dans l'argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.

Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs «engueulements»,—qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,—s'il leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils se contentent dese moucher.

MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,—dans l'argot du peuple, qui veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se soucier autrement de le gagner.MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,—dans l'argot des ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.MANGER LES SENS(Se). S'impatienter, se mettre en colère,—dans l'argot des bourgeois.MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,—dans l'argot desfaubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la bouche pleine.MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir travaillé. Cette expression,—de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiManger sur quelqu'un.

MANGER UNE SOUPE AUX HERBES.Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,—dans l'argot des typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand de vin en revenant du cimetière.MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,—dans l'argot du peuple.MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des faubouriens.MANGEUR DE BONDIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l'église que le cabaret. Argot du peuple.MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l'argent.MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.

L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.

MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes, comme le sont en effet lesmaniclesdes prisonniers.

Ce mot vient demanicæ, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie, ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il est passé dans celle de l'atelier.

Frère de la manicle.Filou.

MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les hommes,—dans l'argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d'une courtisane, et la pudicité, voire l'honnêteté, sa troisième manière,—la plus remarquable et la plus dangereuse.MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée; mines impertinentes; simagrées,—dans l'argot des faubouriens.MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,—dans l'argot du peuple.MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer unefarce, un coup, une affaire.MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se couvrent la main.

Connaître la manique.Connaîtreà fond une affaire.

Sentir la manique.Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.

MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement; travail monotone, ennuyeux.

C'est toujours la même manivelle.C'est toujours la même chanson.

MANNEAU, pron. pers. Moi,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiMézingaudetMézière.

MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,—dans l'argot du peuple.MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tapecul,—dans l'argot du peuple.MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,—dans l'argot des voleurs.MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,—dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce mot que depuis une trentaine d'années.

On dit aussiMinzingouinetMannezinguin.

Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie:Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.MANON, s. f. Gourgandine,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Maîtresse,—dans l'argot des bourgeois.

MANQUE, (A la), adv. A gauche,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Endommagé et Malade.

MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.

Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,—dans l'argot des coulisses.

«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un manteau.»

MAQUA, s. f. Entremetteuse,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques cents ans.

On a écritMacaauXVIesiècle.

MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-tous,—dans l'argot des voleurs.MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles,—dans l'argot du peuple.

Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.

Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée? Est-ce une corruption dumæchusd'Horace («homme qui vit avec les courtisanes,»mœcha, fille)? Est-ce le μαχρος [grec: machros] grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux françaismarcou(matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabaretsad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord? Je l'ignore,—et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition desEtudes de philologiede Francisque Michel.

AuXVIIIesiècle, on disaitCroc de billard, et tout simplementCroc,—par aphérèse.

MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes; maquignonnage.

On prononceMacrotage.

MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.

On prononceMacroter.

Maquereauter une affaire.Intriguer pour la faire réussir.

MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeunemaquereau.

On prononceMacrotin.

MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.

AuXVIIIesiècle on disaitMaqua.

MAQUI, s. f. Rouge, fard,—dans l'argot des voleurs.

C'est probablement une apocope du vieux motMaquignonnage.

MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête homme,—dans l'argot du peuple.MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur la qualité et la quantité d'une marchandise; abus de confiance.MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage,—dans l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu'à être trompé.

Blanc de céruse et rouge végétal,—je ne dis pas assez; et pendant que j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,—sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher; l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. O les miracles du maquillage!

MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin,—dans l'argot des faubouriens.MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.

Maquiller les brèmes.Jouer aux cartes,—dans le même argot.

Signifie aussi Tricher à l'écarté.

Maquiller son truc.Faire sa manœuvre;

Maquiller une cambriolle.Dévaliser une chambre;

Maquiller un suage.Se charger d'un assassinat. Même argot.

MAQUILLER(Se), v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de blanc,—dans l'argot des petites dames, dont la beauté est l'unique gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années—et la débauche—peuvent y faire.MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,—comme les Osages. On retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois lettres qui donnaient un «cachet» au langage des gens d'esprit de ce temps-là. On disaitBoulangemarpour Boulanger,Epicemarpour Epicier, etc. C'était une sorte de javanais mis à la portée de tout le monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre langue. (Lireles Béotiensde Louis Desnoyers.)MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,—dans l'argot des voleurs.MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,—dans l'argot des cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration.

On dit aussiAller à la maraudeetFaire la maraude.

MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un «bourgeois».

On dit aussiHirondelle.

MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent lespaquetsdestinés à être mis en page.

Avoir un article sur le marbre.Avoir un article composé, sur le point de passer,—dans l'argot des typographes et des journalistes.

MARCANDIER, s. m. Marchand,—dans l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,—dans l'argot du peuple.MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.Marchand de cerises, s. m. Mauvais cavalier.MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,—dans l'argot des faubouriens.MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,—dans l'argot des écoliers.MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,—dans l'argot du peuple.MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,—dans l'argot de la cavalerie.MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,—dans l'argot des sous-officiers.MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,—dans l'argot des typographes.MARCHER DEDANS.Rencontrer sous son pied uninsurgé de Romilly,—dans l'argot du peuple.MARCHER AU PAS.Obéir, filer doux,—dans le même argot.

Faire marcher quelqu'un au pas.Agir de rigueur envers lui.

On dit aussi:Mettre au pas.

MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés,—dans le même argot.MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,—une querelle d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,—dans l'argot des bourgeois.

N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied.Être très chatouilleux, très susceptible.

MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,—dans l'argot du peuple.MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la fille d'Opéra duXVIIIesiècle.MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu'elle représente».MARCO, s. f. Petite dame,—dansl'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, LesFilles de marbre, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.MARDI, S'IL FAIT CHAUD!

Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.

Cemardi-làet leDimanche après la grand'messefont partie de la fameuseSemaine des quatre jeudis.

MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une chose. Argot des bourgeois.

Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, ditemargot, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais alors il faudrait écriremargoter, ou tout au moinsmargoder.

MARGOT, s. f. Pie,—dans l'argot du peuple.MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et sa pudeur par-dessus les moulins.

On dit aussiMargoton.

MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,—dans l'argot des bourgeois.

Vivre avec des margots.Vivre avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,—qui du moins était un hercule.

MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme avaloir.

Rincer la margoulette à quelqu'un.Lui payer à boire.

MARGOULIN, s. m. Débitant,—dans l'argot des commis voyageurs.MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,—dans l'argot du peuple, qui a parfois des images aussi poétiques que justes.

Il dit aussiMarguerites de cimetière.

MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,—dans l'argot des ouvriers.

«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille:Wife in water colours(femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d'une concubine.

MARIANNE, s. f. La République,—dans l'argot des démocrates avancés.

Avoir la Marianne dans l'œil.

Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.

MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,—dans l'argot du peuple.MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femmefacile,—trop facile.MARIERJUSTINE.Précipiter un dénouement, arriver vite au but,—dans l'argot des coulisses.

Cette expression date de la première représentation d'un vaudevilledes Variétés,Thibaut et Justine, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,—et l'argot théâtral s'enrichit d'une expression.

MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,—dans l'argot des mariniers de la Seine.MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,—dans l'argot pudibond des bourgeois.MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,—dans l'argot du peuple.MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur,—dans l'argot des souteneurs.

J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles boulotteront.»

MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,—dans l'argot des faubouriens.MARIONNETTE, s. f. Soldat,—dans l'argot des voleurs.MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse du nom deMaria, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom deClaradisputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.

Les partisans de cette dernière s'appelaientClarinettes.

MARLOU, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des faubouriens.

Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps desmarguilliers? Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais!Mar(gâter)love(amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux françaismarcou.

MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.

Se dit aussi pour Habileté.

MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiMarmaillerie.

MARMITE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.

Marmite de cuivre.Femme qui gagne—et rapporte beaucoup.

Marmite de fer.Femme qui rapporte un peu moins.

Marmite de terre.Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.

MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,—dans l'argot du peuple.MARMITON DEM.DOMANGE, s. m. Vidangeur,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression duXVIesiècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans lesAprès-disnées du seigneur de Cholières.

Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, legoldfinderdes Anglais.

MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer, gronder,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiMarmotter.

MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.

Croquer le marmot.Attendre en vain.

MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,—dans l'argot des commis-voyageurs.MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.MARMOTTIER, s. m. Savoyard,—dans l'argot des faubouriens.MARMOUSE, s. f. Barbe,—dans l'argot des voleurs.MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,—dans l'argot du peuple.MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,—dans l'argot des voleurs, par allusion aumarmousementdu bouillon.

Le marmouset riffode.Le pot bout.

MARNER, v. a. Voler,—dans l'argot des revendeuses du Temple.MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,—dans l'argot des faubouriens.MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,—dans l'argot des bourgeois.MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,—dans l'argot des voleurs.MARQUANT, s. m. Maître, chef,—dans le même argot.MARQUE, s. f. Femme,—dans le même argot.

Marque de cé.Femme légitime d'un voleur.

Marque franche.Concubine.

MARQUÉ, s. m. Mois,—dans le même argot.

Quart de marqué.Semaine.

MARQUÉ(Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,—dans l'argot des typographes.MARQUÉ AUB, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,—dans l'argot du peuple.MARQUER(Ne plus), v. n. Vieillir,—dans l'argot des faubouriens.MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en marquant 4 quand il a dépensé 1,—ainsi qu'il arrive à beaucoup de cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise, plus distraite encore.MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,—dans l'argot des ouvriers.MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,—dans l'argot des professeurs d'escrime, boxe, etc.MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que cela,—n'ayant absolument rien autre.

On dit aussiMarquis de la bourse plate.


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