PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité—dans l'argot des voleurs.PÈSEouPÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au profit d'un voleur prisonnier; résultatpesant.PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,—dans l'argot des voleurs.
Pessiguer une lourde.Ouvrir une porte.
PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom deDeus Crepitus, ou dieu frère deStercutius, le dieu merderet.
Glorieux comme un pet.Extrêmement vaniteux.
Lâcher quelqu'un comme un pet.L'abandonner, le quitter précipitamment.
PET, s. m. Embarras, manières.
Faire le pet.Faire l'insolent; s'impatienter,gronder.
Il n'y a pas de pet.Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas de mal, de danger.
PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,—dans l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs deventriloquie.PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.
Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.
«N'bats pas l'quart,Crains l' pétard,J'suis Bertrand l'pochard!»
dit une chanson populaire.
PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,—dans l'argot des romantiques, qui connaissent leur latin (petasus).
Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (Perruque et Noblesse, 1837).
PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est impossible de s'entendre,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,—dans l'argot du peuple.
Faire un pet à vingt ongles.Accoucher.
PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du peuple.
Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison exagéré, ruineux.
Faire le pet plus haut que le cul, c'est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelleSauter plus haut que les jambes.
PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,—dans l'argot des marins, pour qui c'est changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.
Ils disent aussiVirer de bord.
PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener quelqu'un. Argot des faubouriens.PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.PETIT, s. m. Enfant,—dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.PETITBORDEAUX, s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.PETITBORDEAUX, s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.PETIT CAMARADE, s. m. Confrère malveillant, débineur,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs.
Pour la rendre plus ironique, on dit:Bon petit camarade.
PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,—dans l'argot des vieux troupiers.
Ils disaient encore:l'Autre,le Petit Tonduetle Père la Violette.
PETIT COCHON, s. m. Dame qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.
Engraisser des petits cochons.Avoir plusieurs dames bloquées.
PETITE BIÈRE(Ce n'est pas de la)! Expression de l'argot du peuple qui l'emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance ou qu'on veut faire passer pour importantes.PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable chatte avec une véritable souris,—dans l'argot de M. Henri de Kock, romancier, élève et successeur de son père.PETITE DAME, s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.PETITE FILLE, s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.PETIT LAIT, s. m. Chose de peu d'importance; vin faible,—dans l'argot des bourgeois.PETIT MANTEAU BLEU, s. m. Homme bienfaisant,—dans l'argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.PETIT MONDE, s. m. Les membres de la famille, femme et enfants.
Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.
PETIT MONDE, s. m. Lentille,—dans l'argot des voleurs.PETIT NOM, s. m. Prénom, nom patronymique,—dans l'argot du peuple, et spécialement celui des petites dames.
C'est leshort namedes biches anglaises.
PETIT-NOMMER, v. a. Appeler quelqu'un par son petit nom.PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc de vin rouge,—dans l'argot des faubouriens.
Petit père noir de quatre ans.Broc de quatre litres.
PETITS PAINS(Faire des). Faire l'aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.PETITTONDU(Le). L'empereur Napoléon Ier,—dans l'argot des invalides.PÉTONS, s. m. pl. Pieds,—dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.PÉTRA, s. m. Paysan, homme grossier,—dans l'argot des bourgeois.PÉTRIN, s. m. Embarras, position fausse; misère,—dans l'argot du peuple, quigeintalors.
Être dans le pétrin jusqu'au cou.Être dans une misère extrême.
PÉTROUSQUIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiPetzouille.
Privat d'Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s'est trompé.
PEUPLE, s. m. Public,—dans le même argot.
Se foutre du peuple.Insulter à l'opinion reçue, accréditée.
Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu'il est molesté par lui ou lorsqu'il en reçoit uneblagueun peu trop forte:Est-ce que tu te fous du peuple?
PEUPLE, s. et adj. Commun, vulgaire, trivial,—dans l'argot des bourgeoises, qui peut-être s'imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d'un Montmorency.
Être peuple.Dire ou faire des choses de mauvais goût.
PHARAMINEUX, adj. Etonnant, prodigieux, inouï,—dans l'argot du peuple.PHARAON, s. m. Roi de n'importe quel pays,—dans l'argot gouailleur des gens de lettres.PHARE, s. m. Lampe,—dans l'argot des typographes.PHÉNOMÈNE, s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter,—dans l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.PHILANTHROPE, s. m. Filou,—dans l'argot des voyous.PHILIPPE, s. m. Pièce de cent sous en argent à l'effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu avoir leurslouiscomme les gentilshommes.PHILISTIN, s. m. Bourgeois,—dans l'argot des romantiques.PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier abruti,—dans l'argot des tailleurs.PHILOSOPHE, s. m. Misérable,—dans l'argot du peuple.PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers d'occasion,—dans l'argot des ouvriers.PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS.Souliers percés.PHILOSOPHIE, s. f. Misère.PHRASEUR, s. m. Beau diseur dephrases, c'est-à-dire bavard,—dans l'argot du peuple.PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise,esbrouffe.PIAILLER, v. a. Crier.PIAILLEUR, s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens.
On dit aussiPiaillard.
PIANE-PIANE, adv. Doucement,piano-piano,—dans l'argot des bourgeois.PIANOTER, v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non,—dans l'argot du peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.PIANOTEUR, adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape dessus comme s'il était sourd—et ses voisins aussi.
Au fémininPianoteuse.
PIAU, s. f. Mensonge, histoire,blague,—dans l'argot des typographes.PIAULEouPiolle, s. f. La maison, le logis,—dans l'argot des voleurs, qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui ypiaillentcomme autant de moineaux affamés.
La piaule a l'air rupin.L'appartement est bon à dévaliser.
PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,—dans l'argot des typographes.PIAUSSER(Se), v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvellepeau,—dans l'argot des voyous.
Quelques-uns, puristes du ruisseau, disentPeausser.
PIAUSSEUR, s. m. Menteur, blagueur.PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,—dans l'argot du peuple.
Envoyer au piautre.Envoyer au diable.
Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.
PIC(A), adv. A point nommé, à propos, heureusement.
VenirouTomber à pic. Arriver au moment le plus opportun.
PICAILLONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,—dans l'argot des faubouriens.PICHENET, s. m. Petit vin de barrière agréable,—dans l'argot des ouvriers.PICHET, s. m. Litre de vin.PICK-POCKET, s. m. Voleur,—dans l'argot des anglomanes et des gens de lettres.PICORAGE, s. m.Travailsur les grandes routes,—dans l'argot des voleurs.PICOTIN, s. m. Déjeuner ou souper,—dans l'argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval.
Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck).
Gagner son picotin.Travailler avec courage.
PICOURE, s. f. Haie,—dans l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennentpicorer.
Déflotter la picoure.Voler le linge qui flotte sur les haies.
La picoure est fleurie.Le linge sèche sur les haies.
On dit aussiPicouse.
PICTON, s. m. Vin bleu, suret—dans l'argot du peuple, qui sepiquela langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit comme unPoitevin,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les habitudes d'ivrognerie qu'on prête auxPictones.PICTONNER, v. n. Boire ferme et longtemps.
On dit aussiPicteretPictancer.
PIÈCE, s. m. Lentille,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiEntièreetPetit Monde.
PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame à changements à vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f. Discours en prose ou pièce devers,—dans l'argot des francs-maçons.PIÈCE DE BœUF, s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l'on a le plus de succès. Argot des coulisses.
On dit aussiRôle de bœuf.
PIÈCE DE BœUF, s. f. «Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris.» Argot des journalistes.
On dit aussiPièce de résistance.
PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le derrière du corps humain,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussiDouble six.
PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville ou drame médiocre,—dans l'argot des comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l'hiver.PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,—dans l'argot des filles.
L'expression a plus d'un siècle.
PIED BLEU, s. m. Conscrit,—dans l'argot des troupiers.PIED DE BANC, s. m. Sergent,—dans le même argot.PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi.
Faire des pieds de nez à quelqu'un.Se moquer de lui.
Avoir un pied de nez.Ne pas trouver ce qu'on cherche; recevoir de la confusion d'une chose ou d'une personne.
PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un sou,—dans l'argot des voyous.PIED-PLAT, s. m. Homme du peuple; goujat,—dans l'argot des bourgeois, qui s'imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait réaliser en partie la révolution de Février.PIEDS A DORMIR DEBOUT, s. m. pl. Pieds plats et spatulés,—dans l'argot du peuple.PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl. Notes d'un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules,—dans l'argot des typographes.
Et, à ce propos, qu'on me permette de rappeler le quiproquo dont les bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l'aîné, bibliographe, un livre en 6 vol. in-8o, intitulé:Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles Noces de Rabelais(V.la France littérairede 1769). Or, savez-vous, lecteur, ce que c'était que cesnouvelles nocesde maître Alcofribas Nasier? C'étaient lesnotes—en argot de typographes,pieds de mouche—qui se trouvent dans l'édition de Rabelais de 1732, en 6 vol. pet. in-8o. Faute d'impression au premier abord, et plus tard ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.
PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs,—dans l'argot des gens de lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de l'île de Lemnos par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.
Avoir avalé le pied de Philoctète.Avoir une haleine digne du pied du fils de Pœan.
PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme criarde et querelleuse,—dans l'argot du peuple, qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunatapica pulvinaris.PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le pain,—dans l'argot des bouchers.PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce des tailleurs à l'usage de tout nouveau. C'est leurhuile de cottrets.PIERRE BRUTE, s. f. Pain,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussiManne.
PIERRE DE TOUCHE, s. f. Confrontation,—dans l'argot des voleurs.PIERREUSE, s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui vient de ce qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.PIERROT, s. m. Vin blanc,—dans l'argot des faubouriens.
Asphyxier le pierrot.Boire un canon de vin blanc.
PIERROT, s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.PIERROT, s. m. Couche de savon appliquée à l'aide du blaireau sur la figure de quelqu'un,—dans l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurspratiquesmalpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.
Lepierrotn'est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l'on ne fête pas souvent.
PIERROT!Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue à beaucoup de rixes,—celui qui est traité de pierrot voulant prouver qu'il a lapinced'un aigle.
Les femmes légères emploient aussi ce mot,—mais dans un sens diamétralement opposé au précédent.
PIEU, s. m. Lit, couchette,—dans l'argot des faubouriens.
Aller au pieu.Aller se coucher.
Se coller dans le pieu.Se coucher.
Être en route pour le pieu.S'endormir.
PIEUVRE, s. f. Petite dame, femme entretenue,—dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis l'apparition desTravailleurs de la mer, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux.
L'analogie est heureuse: jamais les drôlesses n'ont été plus énergiquement caractérisées.
PIEUVRISME, s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d'amour.PIF, s. m. Nez, dans l'argot du peuple.N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce motcompatriote de Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefoisse piffer de vin, ou seulement se piffer:
«On rit, on se piffe, on se gave!»chante Vadé en sesPorcherons.
Se piffer de vin, c'est s'empourprer le visage et spécialement le nez,—lepifalors!
On dit aussiPiton.
PIFFARD, s. et adj. Homme d'un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.PIGE, s. f. Année,—dans l'argot des voleurs.PIGE, s. f. Défi,—dans l'argot des écoliers.
Faire la pige.Se défier à jouer, à courir, etc.
PIGE, s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure.
Prendre sa pige.Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.
PIGEON, s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour.
Avoir son pigeon.Avoirfaitun amant,—dans l'argot des petites dames.
Plumer un pigeon.Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l'honnêteté des hommes et à celle des femmes.
On dit aussiPigeonneau.
Le mot est vieux,—comme le vice. Sarrazin (Testament d'une fille d'amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue:
«. . . . .De mes pigeonneauxConduisant l'inexpérience,Je sus, dans le feu des désirs,Gagner par mes supercheriesMontres, bijoux et pierreries,Monuments de leurs repentirs.»
«. . . . .De mes pigeonneauxConduisant l'inexpérience,Je sus, dans le feu des désirs,Gagner par mes supercheriesMontres, bijoux et pierreries,Monuments de leurs repentirs.»
«. . . . .De mes pigeonneaux
Conduisant l'inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.»
PIGEON, s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite,—dans l'argot des vaudevillistes.PIGEONNER, v. a. Tromper.PIGER, v. n. Mesurer,—dans l'argot des écoliers lorsqu'ilsdébutent.
On dit aussiFaire la pige.
PIGER, v. a. Prendre; appréhender au collet,—dans l'argot du peuple.
Se faire piger.Se faire arrêter, se faire battre.
Signifie aussi S'emparer de...Piger une chaise.Piger un emploi.
PIGER, v. a. et n. Considérer, contempler, admirer.
Piges-tu que c'est beau?C'est-à-dire: Vois-tu comme c'est beau?
PIGET, s. m. Château,—dans l'argot des voleurs.PIGNOCHER, v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son assiette. Argot du peuple.
On disait autrefoisEpinocher.
PIGNOCHER, v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux,—dans l'argot des artistes, ennemis de l'art chinois.PIGNOUFouPIGNOUFLE, s. m. Paysan,—dans l'argot des voyous. Voyou,—dans l'argotdes paysans de la banlieue de Paris. Apprenti,—dans l'argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,—dans l'argot de Breda-Street.PIGOCHE, s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.
Jouer à la pigoche.Faire sauter un sou en l'air. C'est l'enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.
PILE, s. f. Correction méritée ou non,—dans l'argot des faubouriens.PILE!Exclamation du même argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.PILER, v. a. Pousser plus ou moins brutalement,—plutôt plus que moins,—dans l'argot des gamins.
Signifie aussi Battre.
PILER DU POIVRE.Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d'une très longue marche,—dans l'argot du peuple.
Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d'exercices équestres trop prolongés.
S'emploie aussi pour signifier Médire de quelqu'un en son absence, et S'ennuyer à attendre.
Faire piler du poivre à quelqu'un.Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu'un pilon.
PILER LE POIVRE.Monter une faction,—dans l'argot des troupiers.PILIER, s. m. Homme qui ne bouge pas plus d'un endroit que si on l'y avait planté. Argot du peuple.
Pilier de cabaret.Ivrogne.
Pilier d'estaminet.Culotteur de pipes.
Pilier de Cour d'assises.Qui a été souvent condamné.
PILIER DE BOUTANCHE, s. m. Commis,—dans l'argot des voleurs.
Pilier de paclin.Commis voyageur.
Pilier du creux.Patron, maître du logis.
PILONS, s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce,—dans le même argot.PILOTER, v. a. Conduire, guider,—dans l'argot du peuple.PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,—dans l'argot des bourgeois.PIMPELOTTER(Se). S'amuser, rigoler,gobichonner,—dans l'argot des faubouriens.PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,—dans l'argot des voleurs.PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,—dans le même argot.PINCEAU, s. m. Plume à écrire,—dans l'argot des francs-maçons.PINCEAU, s. m. La main ou le pied,—dans l'argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet.
Détacher un coup de pinceau.Donner un soufflet.
PINCEAU, s. m. Balai,—dans l'argot des troupiers.PINCE-CUL, s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.PINCE-DUR, s. m. Adjudant,—dans l'argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.PINCER, v. n. Être vif,—dans l'argot du peuple.
Cela pince dur.Il fait très froid.
PINCER, v. a. Voler, filouter,—dans l'argot des faubouriens.PINCER, v. a. Prendre sur le fait, arrêter.
Pincer au demi-cercle.Arrêter quelqu'un, débiteur ou ennemi, que l'on guettait depuis longtemps.
PINCER, v. a. Exécuter.
Pincer le cancan.Le danser.
Pincer de la guitare.En jouer.
Pincer la chansonnette.Chanter.
PINCER DE LA GUITARE, v. n. Être prisonnier,—par allusion à l'habitude qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé.
On dit aussipincer de la harpe.
PINCER UN COUP DE SIROP, v. a. Boire à s'en griser un peu,—dans l'argot des faubouriens.PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l'air d'y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider.
On dit aussiMonsieur Pince-sans-rire.
PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent de police,—dans l'argot des voleurs.PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,—dans l'argot des francs-maçons, qui disent aussiPinces.PINCETTES, s. f. pl. Les jambes,—surtout lorsqu'elles sont longues et maigres. Argot des faubouriens.PINCHARD,E, adj. De mauvais goût, un peu canaille,—dans l'argot des gens de lettres.
Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler haut dans les soupers de garçons.
PINCHARD, s. m. Siège pliant,—dans l'argot des artistes.PINGRE, s. et adj. Avare; homme qui pousse l'économie jusqu'au vice. Argot du peuple.
Signifie aussi Voleur.
PINGRERIE, s. f. Ladrerie.PINTER, v. n. Boire abondamment.PINXIT, s. m. Peintre,—dans l'argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu'ils ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.PIOCHE, s. f. Le no7,—dans l'argot des joueurs de loto.PIOCHE, s. f. Fourchette,—dans l'argot des francs-maçons.PIOCHE, s. f. Travail, besogne quelconque,—dans l'argot des ouvriers.
Se mettre à la pioche.Travailler.
PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage de la science des mathématiques,—dans l'argot des Polytechniciens.
Temps de pioche.Les quinze jours qui précèdent les interrogations générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement l'analyse, la géométrie et la mécanique.
PIOCHE(Être). Être bête comme une pioche,—dans l'argot du peuple.PIOCHER, v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens,—dans l'argot des étudiants.
Piocher son examen.Se préparer à le bien passer.
PIOCHER, v. n. Avoir recours au tas,—dans l'argot des joueurs de dominos, dont la mainfouillece tas.
On dit aussiAller à la pioche.
PIOCHER, v. a. Battre, donner des coups à quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.
Se piocher.Se battre.
PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l'Ecole que des demoiselles des bastringues du quartier.PION, s. m. Maître d'études,—dans l'argot des collégiens, qui le fontmarcherraide, cet âge étant sans pitié.PION(Être). Avoir bu, être ivre-mort,—dans l'argot des typographes.PIONCE, s. f. Sommeil,—dans l'argot des faubouriens.PIONCER, v. n. Dormir.PIONCEUR, adj. et s. Homme qui aime à dormir.PIOU, s. m. Soldat.
On dit plutôtPioupiou.
PIPE, s. f. Tête, visage.
«Ils dis'nt en la voyant picter:Sa pipe enfin commence à s'culotter!»
dit une chanson qui court les rues.
PIPÉ, s. m. Château,—dans l'argot des voleurs.PIPELET, s. m. Concierge,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des
Mystères de Parisd'Eugène Sue.
Chapeau-Pipelet.Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.
PIPER, v. n. Fumer la pipe ou le cigare.PIPI, s. m. Résultat du verbemeiere,—dans l'argot des enfants.
Faire pipi.Meiere.
PIPIT, s. m. L'alouette,—dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.PIQUANTE, s. f. Epingle,—dans l'argot des voleurs.PIQUE, s. f. Petite querelle d'amis, petite brouille d'amants,—dans l'argot des bourgeois.PIQUÉ DES VERS(N'être pas). Être bien conservé, avoir de l'élégance, de la grâce,—dans l'argot du peuple, qui emploiecette expression à propos des gens et des choses.
On dit aussiN'être pas piqué des hannetons.
PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille quelconque vivante,—dans l'argot des faubouriens.PIQUELARD, s. m. Charcutier.
Le mot sort duThéâtre italiende Ghérardi (les Deux Arlequins).
PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.
On dit aussiPique-puces et Pique-prunes. Pourquoi ne dit-on pas plutôtPique-Pouce?
PIQUER, v. a. Faire quelque chose,—dans l'argot des Polytechniciens.
Piquer l'étrangère.S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.
PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.PIQUER LE NEZ(Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,—dans l'argot du peuple.PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,—dans l'argot des tailleurs.
Signifie aussi, par extension, Mourir.