PIQUER SON CHIEN.Dormir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi,Piquer un chien.
D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c'est qu'il avaitpiqué son chien, c'est-à-dire qu'il s'était laissé aller au sommeil.
PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,—dans l'argot du peuple.PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse; disciple deLord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.PIRONISME, s. m. La gaie science—où excellait Piron.PIS, s. m. La gorge de la femme,—dans l'argot malséant du peuple:
«Les femmes, plus mortes que vives,De crainte de se voir captives,Et de quelque chose de pisDe la main se battent le pis.»
«Les femmes, plus mortes que vives,De crainte de se voir captives,Et de quelque chose de pisDe la main se battent le pis.»
«Les femmes, plus mortes que vives,
De crainte de se voir captives,
Et de quelque chose de pis
De la main se battent le pis.»
dit Scarron dans sonVirgile travesti.
PISSAT, s. m. Résultat du verbeMeiere.PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique,tranquille qui ne se livre pas volontiers,—dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.PISSER(Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.
On dit aussiEnvoyer chier.
PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.—dans l'argot des voyous.PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement.
On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.
PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS(Faire). Ennuyer extrêmement quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines importunités.
On dit aussiFaire chier des baïonnettes.
PISSER DES OS, v. a. Accoucher,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi d'une femme qui met au monde un enfant qu'Elle pisse sa côtelette.
PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.
On dit parfois:Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit raisonnablement en attendre de lui.
PISSEUSE, s. f. Petite fille.PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbeMeiere.
Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas désigné autrement par les artistes.
PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.PISTOLE, s. f. Cellule à part,—dans l'argot des prisons, où l'on n'obtient cette faveur que moyennant argent.
Être à la pistole.Avoir une chambre à part.
PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.
On dit aussiDrôle de pistolet.
PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,—dans l'argot des lycéens.PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,—dans l'argot des aspirants de marine.PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.PITANCHER, v. n. Boire,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:
«Le beau sexe lave sa gueuleEt pitanche tout aussi secQue si c'étoit du Rometsec.»
On dit aussiPictancer.
PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des faubouriens.PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.
Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui amuse les autres—sans être payé pour cela.
PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,—dans l'argot des voleurs.
Quant ils veulent être plus clairs, ils disent:Pitre du commerce.
PITROU, s. m. Pistolet, fusil,—dans le même argot.PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions,bavarder. Argot des faubouriens.PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,—dans l'argot des voleurs.PIVOINER, v. n. Rougir,—dans l'argot du peuple.PIVOISouPIVE, s. m. Vin,—dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme unepivoine, ou parce qu'il estpoivrécomme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours.
Pivois maquillé.Vin frelaté.
Pivois de Blanchimont.Vin blanc.
On dit aussiPivois savonné.
Pivois citron.Vinaigre.
PIVOT, s. m. Plume,—dans le même argot.PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,—dans le même argot.
Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la prison de la Roquette.
On dit aussiPlacarde au quart d'œil.
PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
A Bruxelles, en effet, une chambre seule est uneplace; deux chambres sont unquartier. (V. ce mot.)
PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en marchandises. Argot des marchands.PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,—dans l'argot des faubouriens.
Se crever le plafond.Se brûler la cervelle.
PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui a dit jadisMousepour Visage.PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans l'argot des faubouriens.
Être en plan.Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.
Laisser en plan.Abandonner, quitter brusquement quelqu'un,l'oublier, après lui avoir promis de revenir.
Laisser tout en plan.Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper d'autre chose.
PLAN, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs.
Être au plan.Être en prison.
Tomber au plan.Se faire arrêter.
«Quoi tu voudrais que je grinchisseSans traquer de tomber au plan?»
dit une chanson publiée par leNationalde 1835.
PLAN, s. m. Arrêts,—dans l'argot des soldats.
Être au plan.Être consigné.
PLAN, s. m. Moyen, imagination,ficelle,—dans l'argot des faubouriens.
Tirer un plan.Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.
Il n'y a pas plan.Il n'y a pas moyen de faire telle chose.
PLANCHE(Faire sa). Témoigner du dédain,faire sa Sophie,—dans l'argot des faubouriens.
Sans planche.Avec franchise, rondement.
PLANCHE A TRACER, s. f. Table,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussiPlate-formeetAtelier.
PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,—dans le même argot.
Signifie aussi Lettre, missive quelconque.
PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,—dans l'argot des prisons.
Être mis sur la planche au pain.Passer en Cour d'assises.
PLANCHÉ(Être). Être condamné,—dans l'argot des voleurs.PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussiFlancher.
PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,—dans l'argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,—dans l'argot des acteurs.
Balayer les planches.Jouer dans un lever de rideau; commencer le spectacle.
Brûler les planches.Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un entrain excessif.
PLANCHES, s. f. L'établi,—dans l'argot des tailleurs.
Avoir fait les planches.Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.
PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,—dans l'argot des coulisses, où l'on a conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.PLANQUÉ, s. f. Cachette,—dans l'argot des voleurs.
Être en planque.Être prisonnier.
Signifie aussi Être en observation.
PLANQUER, v. a. Cacher.
Signifie aussi Emprisonner.
PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,—dans l'argot des typographes.PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété,mettre auplan. Argot des faubouriens.PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous ennuie, soit parce qu'on est pressé.
C'est l'ancienne expression:Planter là quelqu'un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.
PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,—dans l'argot des marins.PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,—dans l'argot des faubouriens.PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,—dans l'argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.
Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»
PLATEAU, s. m. Plat,—dans l'argot des francs-maçons.PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,—dans l'argot du peuple, par corruption dePlenté, vieille expression qu'on trouve dans le roman d'Aucassin:
»Se je vois u gaut ramé.Jà me mengeront li lé,Li lion et senglerDont il i aplenté.» (beaucoup.)
»Se je vois u gaut ramé.Jà me mengeront li lé,Li lion et senglerDont il i aplenté.» (beaucoup.)
»Se je vois u gaut ramé.
Jà me mengeront li lé,
Li lion et sengler
Dont il i aplenté.» (beaucoup.)
PLATÉE,PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans unplat.PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,—dans le même argot.
Avoir une fière platine.Parler longtemps; mentir avec assurance.
PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,—dans l'argot des voleurs.PLATUE, s. f. Galette,—dans le même argot.PLEIN(Être). Être ivre—à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.
On dit aussi explétivementPlein comme un œufetPlein comme un boudin.
PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.
On dit aussiGros plein de soupe.
PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
On dit aussiDemi-lune.
PLEURANT, s. m. Ognon,—dans l'argot des voleurs.PLEURER EN FILOU.Hypocritement, sans larmes,—dans l'argot du peuple.PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.
Pleurnicheuse.Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.
PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.
S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.
PLEUVOIR A VERSE.Aller mal, très mal,—en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens.
S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent:Il pleut à verse.
PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.
Les Anglais ont à peu près la même expression:To rain cats and dogs(Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de:Il tombe des hallebardes.
PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,—dans l'argot du peuple.PLIS(Des)! Exclamation faubourienne de la même famille queDes navets! du flan!PLOMB, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot des faubouriens.
L'expression est juste, surtout prise ironiquement, leplomb(pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.
Jeter dans le plomb.Avaler.
PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,—dans l'argot du peuple.PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le «divin archerot.»PLOMBE, s. f. Heure,—dans l'argot des voleurs.
Mèche.Demi-heure.
Méchillon.Quart d'heure.
PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,—dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent desplombsdu vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise.
Plomber de la gargoine.Fetidum halitum emittere.
PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin archerot».PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant—comme du plomb.PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,—dans l'argot des voleurs. Celui qui lave la vaisselle,—dans l'argot des cuisiniers.PLOYANT, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des voleurs.PLUME, s. f.Monseigneur,—dans le même argot.PLUME DEBEAUCE, s. f. La paille,—dans le même argot.PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de l'amour ou du hasard.PLUMET, s. m. Ivresse,—dans l'argot des ouvriers.
Avoir son plumet.Être gris.
On dit aussiAvoir son panache.
PLUS-FINE, s. f. Lestercushumain séché et pulvérisé.
L'expression est vieille—commetoutes les plaisanteries fécales.
«Et dit-on que de la plus fineSon brun visage fut lavé?...»(Cabinet satyrique.)
PLUS SOUVENT!Jamais! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.PPochard, s. m. Homme qui a l'habitude de s'enivrer.
Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle—non d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche unpoissondans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or, mais l'origine du motpochard: des frais de voyage et d'érudition bien mal employés! L'autre, quibrûledavantage, veut qu'un pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sapoche». Si cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de sepocher, on a dû donner tout naturellement le nom depochardsaux ivrognes.
POCHARDER(Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre crapuleusement.POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.POCHE, s. f. Ivrognesse,—dans l'argot des faubouriens, qui decochona déjà faitcoche.
On dit aussiPoche, au masculin, à propos d'un ivrogne.
POCHE-œIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,—dans l'argot au peuple.
On dit aussiPochon.
POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.
Se pocher.Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.
POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite vérole,—par allusion aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.
Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de direpoétereau,—comme tout le monde.
POGNE, s. f. Apocope dePoignet,—dans l'argot du peuple.
Avoir de la poigne.Être très fort—et même un peu brutal.
POGNE-MAIN(A), ad. Lourdement, brutalement, à la main pleine.POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue àpoignée,—dans l'argot des faubouriens.Poignard, s. m. Retouche à un vêtement terminé,—dans l'argot des tailleurs et des couturières.POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit—dans l'argot du peuple—de tout ce qui se redresse: cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,—dans le même argot.
Avoir un poil dans la main, ou tout simplementle poil. N'avoir pas envie de travailler.
Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»
POIL, s. m. Réprimande, objurgation,—dans l'argot des ouvriersparesseux.POIL, s. m. Courage,—dans l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline,Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l'énergie que ceux a corps glabre. D'où les deux expressions:Avoir du poil, c'est-à-dire du courage, etÊtre à poils, c'est-à-dire résolu.POIL(Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,—dans le même argot.
Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.
Autrefois on disaitFaire la barbe.
POILS(Être à). Être nu.
Monter à poils.Monter un cheval sans selle.
POINT, s. m. Pièce d'un franc,—dans l'argot des marchands d'habits.POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,—celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, deleverune femme ou de l'emmener après l'avoir levée.
Signifie aussi Créancier.
POINT DEJUDAS, s. m. Le nombretreize,—dans l'argot du peuple.POINTE, s. f. Demi-ivresse,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir sa pointe.Être gris.
Avoir une petite pointe.Avoir bu un verre de trop.
POINT GAMMA.Epoque des examens de fin d'année,—dans l'argot des Polytechniciens, pour qui c'est le temps de l'équinoxec'est-à-dire celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.POINTM, s. m. Expression en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à indiquer la limite dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées. Ainsi, quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la tragédie?—Euh! répond l'autre, je l'aime jusqu'aupoint M.»POINTQ, s. m. Le derrière humain,—dans l'argot des Polytechniciens.POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas volontiers, désagréable à vivre,—dans l'argot du peuple.POINTU, s. m. Evêque,—dans l'argot des voyous.POINTU, s. m. Clystère,—dans l'argot des bourgeois.POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs,—dans l'argot du peuple, qui trouve cettepolioamère à boire et dure à avaler.POISSARDE, s. f. Femme grossière,—dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu trop forts en gueule».POISSE, s. m. Voleur,—dans l'argot des voyous.POISSER, v. a. Voler.
Poisser des philippes.Dérober des pièces de cinq francs.
POISSER(Se), v. réfl. S'enivrer,—dans l'argot des faubouriens.POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié d'un demi-setier,—dans l'argot du peuple.
Vieux mot certainement dérivé depochon, petit pot, dont on a fait peu à peupoichon,posson, puispoisson.
POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur,maquereau.POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape presque toujours de mauvais goût, comme il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple le plus spirituel de la terre, le 1eravril de chaque année,—sans doute en commémoration de laPassionde Jésus-Christ.POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui ont observé que ces sortes de gensfrayaientvolontiers, eux pas fiers!POITOU, adj. Point, non, nullement,—dans l'argot des voleurs.POITOU, s. m. Le public,—dans le même argot.POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge. Argot dupeuple.POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce quesalé,—dans le mêmeargot, parfois facétieux.POIVRE, adj. Complètement ivre,—dans l'argot des faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et des eaux-de-viepoivrées.
Être poivre.Être abominablement gris.
POIVRE ET SEL(Être). Avoir les cheveux moitié blancs et moitié bruns,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de la barbe.
POIVREMENT, s. m. Payement, compte,—dans l'argot des voleurs.POIVRER, v. a. Payer.POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,—dans l'argot des consommateurs.
C'est poivré!C'est cher.
On dit de même:C'est salé.
POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter amèrement la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles VIII. Argot du peuple.POIVREUR, s. m. Payeur,—dans l'argot des voleurs.POIVRIER, s. m. Ivrogne,—dans le même argot.
C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.
POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et exposée à punir d'autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.
«Va, poivrière de Saint-Côme,Je me fiche de ton Jérôme.»
dit un poème de Vadé.
POIVROT, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des faubouriens.POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,—dans l'argot des bourgeois.POLICHINELLE, s. m. Enfant,—dans l'argot des faubouriens et des petites dames.
Avoir un polichinelle dans le tiroir.Être enceinte.
POLICHINELLE, s. m. L'hostie,—dans l'argot des voyous.
Avaler le polichinelle.Communier; recevoir l'extrême-onction.
POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,—dans l'argot des chiffonniers, qui aiment àse payer une bosse.
Agacer un polichinelle sur le zinc.Boire un verre d'eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.
POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,—dans l'argot ironique du peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au nez.POLISSON, s. m. Gamin.POLISSON, s. m. Impertinent,—dans l'argot des bourgeois.POLISSON, s. m. Libertin,—dans l'argot des bourgeoises.POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches.
Le mot est de madame de Genlis.
Aujourd'hui on dit mieuxTournure.
POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,—dans l'argot des bourgeois.POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le comptoir,—dans l'argot du peuple qui entend la civilité à sa manière.
Une politesse en vaut une autre.Un canon doit succéder à un autre canon.
POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu'en 1843-44, époque de l'apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s'habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel: ils ont pour fumier la bêtise.POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.POLKA(A la). Très bien, à la mode du jour.POLKA, s. f. Correction,danse,—dans l'argot des faubouriens.
Faire danser la polka à quelqu'un.Le battre.
POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.
L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,—depuis rue du Rocher,—au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit dela Petite-Pologne, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du démembrement de la Pologne?
POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, maistolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle defaire descendre le Polonais, le tapage s'apaise comme par enchantement. «Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne auquel j'emprunte cette expression, lePolonaisn'est autre qu'un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison.»POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole polytechnique,—dans l'argot des bourgeois.POLYTECHNIQUE, s. m.Polytechnicien,—dans l'argot du peuple.POMAQUER, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.
Être pomaqué.Être arrêté.
POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, quipeignentainsi les gens.POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.POMMADER(Se). Se saoûler.POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,—dans l'argot du peuple.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.
POMME, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens.
Pomme de canne.Figure grotesque, physionomie bouffonne.
POMMÉ, -ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.
Bêtise pommée.Grande ou grosse bêtise.
C'est pommé!C'est réussi à souhait.
L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dansle Tempérament(1755):
«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé:Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»
POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,—dans l'argot des voleurs.POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,—que le peuple regarde comme la marque de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l'instigation de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui restèrent dans la gorge.POMMELER(Se), v. réfl. Grisonner.POMMES(Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, quil'emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.
On dit aussiBath aux pommes!pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.
Cette expression est l'aïeule despetits ognonset autrespetits oiseauxen circulation à Paris.
POMMIER, s. m. La gorge.
Pommiers en fleurs.Seins de jeune fille.
Pommier stérile.Poitrine maigre et plate.
C'est aux poètes poudrés duXVIIIesiècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément l'idée de poule.