POMPADOUR, adj. Suranné,rococo,—dans l'argot des gens de lettres.
Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.
POMPADOUR, adj. Du dernier galant,—dans l'argot des bourgeois.POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se griser,—dans l'argot du peuple.POMPE, s. f. Retouche,—dans l'argot des tailleurs.
Petite pompe.Retouche des pantalons et des gilets.
Grande pompe.Retouche des habits et des redingotes.
POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,—dans l'argot du peuple.
C'est leto guzzleanglais.
POMPER. Travailler dur,—dans l'argot des typographes.POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,—dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue pompe à gaz.POMPETTE, adj. Gris,—dans l'argot du peuple.
L'expression a des chevrons,car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.
POMPIER, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des faubouriens.POMPIER, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voyous.POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.
Pompier d'honneur.Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.
POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire lespoignards,—dans l'argot des tailleurs.
Pompière.Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.
POMPON, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens.
Dévisser le pompon à quelqu'un.Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
C'est la même expression queDévisser le trognon.
POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.
A moi le pompon!A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.
Avoir le pompon de la fidélité.Être le modèle des maris ou des femmes.
POMPONNER(Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,—dans l'argot du peuple.
Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant,ponersignifiantvesserdans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.
PONANTE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des voleurs.PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»
L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.
Faire poncif.Travailler, peindre, écrire sans originalité.
PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,—dans l'argot du peuple.PONDRE SUR SES œUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.PONDRE UN œUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, lestercushumain,—dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.
On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, caromnes cacant, etiam reges; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»
PONIFLE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiMagnuceetPonisse.
PONIFLE, s. f. Femme,—dans l'argot des voyous.PONIFLER, v. a. Aimer.PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune à l'auteur deLucrèceetd'Agnès de Méranie.PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.
Faire le pont.Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.
PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,—dans l'argot des gens de lettres.PONTER, v. n. Payer,—dans l'argot des bohèmes.PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»—dit Vidocq.PONTEUR, s. m. Entreteneur,miché.PONTIFE, s. m. Patron, maître,—dans l'argot des cordonniers.PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous lesponts.POPOTE, s. f. Cuisine,—dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.
Signifie aussi Table d'hôte.
POPOTE, adj. Médiocre,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.POPULO, s. m. Le peuple,—dans l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglaisthe mob.POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,—dans l'argot des ouvriers.PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,—dans l'argot des voleurs.POREAU, s. m. Poireau,—dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent de lui,poreauvenant d'allium porrum, comme légume, ou de πορος [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.PORTANCHE, s. m. Portier,—dans l'argot des voleurs.PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent les appliques.PORTE-CHANCE, s. m. Lestercushumain,—dans l'argot du peuple, chez qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans est un signe d'argent et porte bonheur.PORTEFEUILLE, s. m. Lit,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.
S'insérer dans le portefeuille.Se coucher.
PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiPorte-mince.
PORTE-LYRE, s. m. Poète,—dans l'argot ironique des gens de lettres.PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,—dans l'argot des coulisses.Porte-manteau, s. m. Epaules,—dans l'argot des faubouriens.PORTE-PIPE, s. m. Bouche,—dans le même argot.PORTER(En). Être trompé par sa femme,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion auxcornesdont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux.
En faire porter.Tromper son mari.
PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,—dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussiPousser à la peau.
PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,—dans l'argot des bourgeois.PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier les couleurs de la santé,—dans l'argot du peuple, un peu trop indiscret.PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,—dans le même argot.PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.
On dit aussiPorter son paquet.
PORTER UNE CHOSE EN PARADIS(Ne pas). La payer avant de mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.PORTÉ SUR SA BOUCHE(Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,—dans l'argot des bourgeois.
Le peuple—sans connaître legulæ parensd'Horace—dit:Être porté sur sa gueule.
PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,—dans l'argot des voleurs.PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,—dans l'argot des artistes.PORTRAIT, s. m. Visage,—dans l'argot du peuple.
Dégrader le portrait.Frapper au visage.
POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,—vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne possède pas,—maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!POSE, s. f. Tour,—dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos quiposentle leur à tour de rôle.
A moi la pose!dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.
POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et de richesses imaginaires.
Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.
Poser pour le torse.Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.
Poser pour la finesse.Se croire très fin, très malin.
POSER, v. a. Mettre en évidence.
Se poser.Faire parler de soi.
POSER(Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à legrappinerà la première occasion. Argot des voyous et des voleurs.
Se faire poser un gluau.Se faire mettre en prison.
POSSÉDER SON EMBOUCHURE.Savoir bien jouer de la parole,—cette flûte traversière. Argot des faubouriens.POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,—dans l'argot des marins.POSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,—dans l'argot des bourgeois.POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,—discours ennuyeux,blague,—dans l'argot des typographes.POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,—dans l'argot des voleurs.POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,—dans l'argot des saltimbanques.POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,—dans l'argot des joueurs de jacquet.POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.
«Ces postillons sont d'une maladresse!»
POSTILLONNER, v. n. Envoyer despostillonsau nez des gens,—qui n'aiment pas à voyager.POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.POT, s. m. Cabriolet,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussiCuiller à pot et Potiron roulant.
POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,—dans l'argot des lycéens. Voir dans un autre sensPotasseur.
On dit aussiPot-à-chien.
POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir desyeuxde graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.POTAGER, s. m.Prostibulum,—dans l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont vraiment leschouxsous lesquels poussent les enfants.POTARD, s. m. Pharmacien,—dans l'argot des faubouriens.
Plus spécialement Pharmacien militaire.
POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,—dans le même argot.POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,—dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,—dans l'argot des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,—dans l'argot des petites dames.
Être pot-au-feu.Être mesquin.
Devenir pot-au-feu.Se rangerépouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.
POT-BOUILLASSER(Se). Se marier de la main gauche ou de la main droite,—dans l'argot des troupiers.POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,—ou plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.
Au figuré,Faire sa petite pot-bouille. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.
POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait pour les pendre.
On dit aussiRoué comme une potence.
POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,—dans l'argot des faubouriens.
On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»
POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.
On dit aussiVieux potet,—même à un jeune homme.
Ne serait-ce pas une syncope d'empoté? ou une allusion à la vieille toupie qui sert depotetaux enfants?
POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.
Faire des potins.Cancaner.
Se faire du potin.Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.
POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de temps.POUCE(Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement exécuté,—dans l'argot des artistes.POUDRE DEPERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,—dans l'argot du peuple.POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.
Prendre la poudre d'escampette.S'enfuir.
C'est ce qu'on appelait autrefoisFaire escampativos.
POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,—dans l'argot des francs-maçons.
On disait autrefoisHuile blanche.
Poudre forte.Vin.
On disait autrefoisHuile rouge.
Poudre fulminante.Eau-de-vie.
Poudre noire.Café noir liquide.
POUDRER, v. a. et n. Se moquer,—dans l'argot des gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils se moquent.
On dit aussiPoudrer à blanc.
POUF, s. m. Dette qu'on nepaye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple.
Signifie aussi Banqueroute.
Quoiquepoufait l'air de venir depuff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.
POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.
On dit aussi plus élégamment:Gadoûville.
POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée—quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses—quand on est homme.POUIC!Rien! non!—dans l'argot des voleurs.POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des chasseurs.POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,—dans l'argot méprisant des bourgeois.
Signifie aussi Econome—et même avare.
POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.POULAINTE, s. f. Vol par échange.POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,—dans l'argot du peuple.
Il dit aussiPoule mouillée.
POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,—dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (capon).POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.
Les gueux de Londres appellent le hareng saurYarmouth capon(chapon de Yarmouth).
POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.POULET D'INDE, s. m. Cheval.POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre aucocoricodes séducteurs bien accrêtés.
Lever une poulette.«Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.
POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,—dans l'argot des voleurs.POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,—dans l'argot du peuple.
Gros poupard.Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.
On dit aussipoupon.
On a dit autrefoispoupin, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:
«Estant popin et mignard,Tu veus estre veu gaillard;Mais un homme si popinSent proprement son badin.»
«Estant popin et mignard,Tu veus estre veu gaillard;Mais un homme si popinSent proprement son badin.»
«Estant popin et mignard,
Tu veus estre veu gaillard;
Mais un homme si popin
Sent proprement son badin.»
POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.
On dit aussiCathau.
POUPÉE, s. f. Concubine,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants.
C'est lamammetdes ouvriers anglais.
On dit aussi,—quand il y a lieu:Poupée à ressorts.
POUPÉE, s. f. Soldat,—dans l'argot des voleurs.POUPOUILLE, s. f. Cuisine,popote,—dans l'argot des faubouriens.POUPOULE, s. f. Chère amie,—dans l'argot des bourgeois.POUR, adv. Peut-être,—dans l'argot des voleurs.POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,—dans l'argot des tailleurs.
Armoire aux Pour-compte.C'est lecarton aux ourschez les vaudevillistes.
POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,—dans l'argot du peuple.
Femme pour de vrai.Femme légitime.
Ami pour de vrai.Ami sûr.
On dit aussiPour de bon.
POURRI, adj. et s. Homme vénal,corrompu, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,—dans l'argot des gandins et des petites dames.POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop facilement,—dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinenceisme.POUSSE, s. f. Les gendarmes,—dans l'argot des voleurs.POUSSE(Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,—dans l'argot du peuple.
Substantif bizarre,—mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»
POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,—dans l'argot des bourgeois.POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,—dans l'argot des faubouriens.POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne prennent pas toujoursdes mitaines pour faire circuler la foule.
Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là:Chien courant du bourreau.
POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.
Par extension: Reproches, réprimande.
POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,—dans l'argot des ouvriers.POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement—dans l'argot du peuple—d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.
On dit mieux:Une belle poussée de bateaux!
POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,—dans l'argot des voleurs.POUSSER, v. n. Surenchérir,—dans l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.POUSSER, v. a. et n. Parler,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi:Pousser son glaire.
POUSSER DE L'AIR(Se). S'en aller de quelque part.
On dit aussi:Se pousser un courant d'air.
POUSSER DU COL(Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,—dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.
Une chanson populaire—moderne—consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:
«Tiens! Paul s'est poussé du col!Est-il fier, parc'qu'il promèneSarah, dont la douce haleineFait tomber les mouch's au vol.»
«Tiens! Paul s'est poussé du col!Est-il fier, parc'qu'il promèneSarah, dont la douce haleineFait tomber les mouch's au vol.»
«Tiens! Paul s'est poussé du col!
Est-il fier, parc'qu'il promène
Sarah, dont la douce haleine
Fait tomber les mouch's au vol.»
Signifie aussi S'enfuir.
POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbeau neveu de Rameau.POUSSER DANS LE BATTANT(Se). Boire ou manger, mais surtout boire.POUSSER LE BOUM DU CYGNE.Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigantboum! pas de crème, messieurs?POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,—mais surtout dans une entreprise amoureuse.
«Que de projets ma tête avorte tour à tour!Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»
dit une comédie-parade duXVIIIesiècle (le Rapatriage).
POUSSER SON ROND, v. a.Alvum deponere,—dans l'argot des maçons.POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot des faubouriens.
On dit aussi:Monter un bateau.
POUSSER UNE GAUSSE, v. a.Faire un mensonge,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi:Pousser une histoire.
POUSSIER, s. m. Monnaie,—dans l'argot des voleurs.POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,—dans l'argot des faubouriens.POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.
On dit aussi simplementPoussier.
POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,—dans l'argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire.
L'expression est encore employée de temps en temps.
POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE(Ne). Le haïr; le détester extrêmement,—dans l'argot des bourgeois.PRANDION, s. m. Repas copieux,—dans l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin (prandium) francisé par quelque écrivain fantaisiste.
C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.
PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple.PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.PRÉ, s. m. Bagne,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi leGrand pré.
Aller au pré.Être condamné aux travaux forcés.
On dit aussi:Aller faucher au pré.
PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,—dans l'argot du peuple.PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,—dans l'argot des voyous.PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner lapremièrereprésentation d'une pièce de théâtre,—dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.
On dit de mêmeSecondesetTroisièmes, pour les voitures de 2eet de 3eclasse.
PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait,numéro un.PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux».PRENDRE AU SOUFFLEUR.Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.
On dit aussi:Prendre du souffleur.
PRENDRE DE BEC(Se), v. pron. Se dire des injures,—dans l'argot des bourgeois.PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.
On dit aussi:Prendre des gants.
PRENDRE DES TEMPS DEPARIS.Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,—dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.PRENDRE LA TANGENTE.S'échapper de l'Ecole,—dans l'argot des Polytechniciens.PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,—dans l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.
Quitter le collier de misère.Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.
PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,—dans l'argot des bourgeois.PRENDRE SES JAMBES A SON COU.Courir.PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN.Se moquer de lui par parole ou par action.PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,—dans l'argot facétieux du peuple.PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisserpincerle doigt entre deux pierres ou deux battants.PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant—qui est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.
Il n'y a pas de presse.Il n'est pas nécessaire de faire cela,—du moins pour le moment. Cela ne presse pas.
PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,—dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.PRÊT, s. m. Paie,—dans l'argot des soldats.PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN.Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,—dans l'argot des faubouriens.PRÊTER LOCHE.Prêter l'oreille, écouter,—dans l'argot des voleurs.PREU, s. et adj. Premier—dans l'argot des enfants et des ouvriers.PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,—dans l'argot des prisons.PRIANTE, s. f. Eglise,—dans l'argot des voleurs.PRINCE, s. m. Galeux,—dans l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disentPrince, mais ils sous-entendentde Galles.
Princesse.Galeuse.
PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,—dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,—dans l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,—dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussiPrincesse du trottoir.
PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,—dans l'argot du peuple.PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.PRISON DE SAINT-CRÉPIN(Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,—dans l'argot des bourgeois.PRODUISANTE, s. f. La terre,—dans l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.PROFANE, s. m. Étranger,—dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose que desfarcesspéciales aux mystères de laBonne Déesse, ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.PROFOND, s. m. Fossé, trou,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,—dans l'argot des voyous et des voleurs.PROFONDE, s. f. Cave,—dans l'argot des voyous.PROMENER QUELQU'UN.Se moquer de lui,—dans l'argot du peuple.PROMONT, s. m. Procès,—dans l'argot des voleurs.PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,—dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs ennemis.
Théophile Gautier a le premieremployé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: το μπουρνο [grec: to mpourno].