Chapter 34

PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.

Être propre: pour lui, est l'équivalent de:Être dans de beaux draps.

PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,—dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas, aprèsfeignant, d'injure plus sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des hommes.PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,—dans l'argot des typographes.PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.

On dit aussiMilord protecteur.

Les actrices disentBienfaiteur.

PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,—dans l'argot des marins.

Filer le cable de proue.Alvum deponere.

PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,—dans l'argot des voleurs.PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,—dans l'argot du peuple, qui crie souvent:Prout! prout!

Se dit aussi—dans le même argot—des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.

PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.»Soyez-lepoursoyez heureux! L'ellipse est un peu forte.

Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dittrès sérieusementdans leFigarodu 7 décembre 1865.

PRUNE, s. f. Balle ou boulet,—dans l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.

Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparerune collection de bien autresprunesque celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»

On dit aussiPruneau.

Gober la prune.Recevoir une blessure mortelle.

PRUNE, s. f. Griserie,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.

Avoir sa prune.Être saoul.

PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,—dans l'argot des faubouriens.PRUNEAU, s. m.Alvi dejectio.

Poser un pruneau.Levare ventris onus.

PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.

Boucher ses pruneaux.Dormir.

PRUNE DEMONSIEUR, s. f. Archevêque,—dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats sont habillés de violet.PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl.Fuméesd'un animal,—dans l'argot des chasseurs.PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,—dans l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens.

On connaît la chanson:

«Le général Kléber,A la barrièr' d'Enfer,Rencontra un PrussienQui lui montra le sien.»

«Le général Kléber,A la barrièr' d'Enfer,Rencontra un PrussienQui lui montra le sien.»

«Le général Kléber,

A la barrièr' d'Enfer,

Rencontra un Prussien

Qui lui montra le sien.»

C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie—toute moderne.

PUANT, s. et adj. Fat,—dans l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,—plus sotqu'il ne convient.PUCELAGE(Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.

Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.

PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot des faubouriens.PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.PUER BON, v. n. Sentir bon.PUFF, s. m. Charlatanerie.

Vient du verbe anglaisto puff, bouffer, boursoufler, fairemousser.

PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables; montreur dephénomènesc'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran noire, de frères spirites, etc.

Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, leprince de la blague(prince of humbug).

PUISSANT, adj. Gros, fort,—dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (potens) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.PUITS DE SCIENCE, s. m. Hommeprofondpar son savoir—ou par ses apparences de savoir.PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,—dans l'argot des gens de lettres.

Encore une punaise dans le beurre!Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour yfairedes hommes plusrespectables,—comme argent.

Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

PUNAISE, s. f. Fleur delit,—dans l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre,puantede méchanceté,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même employée par le prince des poètes latins:Cimex, dit Horace.PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.

Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.

PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type—modernes.PURÉE, s. f. Cidre,—dans l'argot des voleurs.PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,—dans l'argot des faubouriens.

Faire de la purée de marrons.Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.

PURGATION, s. f. Plaidoyer,—dans l'argot des voleurs.PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,—dans l'argot des cabaretiers.PUR-SANG, s. m. Cheval de race,—dans l'argot du Jockey-Club.PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa beauté—et de ses vices. Argot des viveurs.PUT!Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,—plus souvent encore le mépris que le doute.PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour—ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.

L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français—un ancien—qui ne s'en soit servi.

Putain comme chausson.Extrêmement débauchée.

On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale:C'est une putain.

Avoir la main putain.Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.

PUTASSIER, s. et adj. Libertin.PUTINER, v. n. Courir les gueuses.PUTINERIE, s. f. Libertinage,—en parlant des femmes. Amitié banale,—en parlant des hommes.PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,—dans l'argot de Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.

Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écritputipharder.

394

Q

QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiQuand les poules auront des dents.

QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent de change. Argot des boursiers.

Il y a aussi descinquièmes, dessixièmeset même des dixièmes d'agent de change.

QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.QUART-D'œIL, s. m. Commissaire de police,—dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.

QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,—dans l'argot du peuple, qui a luNotre-Dame de Paris.QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,—dans l'argot des coulisses.

L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,—crustacés ou non. Vous avez compris?

QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voleurs.QUATRE SOUS.Etalon à l'aide duquel le peuple appréciela valeur des choses—qui n'en ont pas pour lui.

FichuouFoutu comme quatre sous. Mal habillé.

QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,—dans l'argot des marchands forains.

Vendre le quatre-vingt-dix.Révéler le secret.

QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,—dans l'argot du peuple.QUATUOR, s. m. Le quatre,—dans l'argot des joueurs de dominos.QUELPOIQUE, adv.—Rien,—dans l'argot des voleurs.QUELQUE PART, Adverbe delieux,—dans l'argot des bourgeois.QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied,—dans l'argot du peuple.

Avoir quelqu'un quelque part.En être importuné,—enavoir plein le dos.

QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de l'importance.

Se croire un quelqu'un.S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.

Faire son quelqu'un.Prendre des airs suffisants.Faire ses embarras.

QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a pas lu lesAventures du baron de Fœneste.QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.QUENOTTES, s. f. pl. Dents,—dans l'argot des enfants.

Ils les appellent aussiLouloutes.

QUENOTTIER, s. m. Dentiste,—dans l'argot des faubouriens.QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresseFaire une queue à sa femme. La tromper en faveur d'une autre femme.QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût,carotte. Argot des soldats.

Faire sa queue.Tromper.

QUEUE, s. f. Reliquat de compte,—dans l'argot des débiteurs.

Faire une queue.Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.

QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel estvert. Argot des faubouriens.QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,—dans l'argot des bourgeois.QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignagesaccusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.QUEUE D'UN CHAT(Pas la). Solitude complète.QUEUE-LEU-LEU(A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme lesloups.QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,—dans l'argot des coulisses.

Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.

QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,—dans l'argot des typographes, dont c'est lejavanais.

Un échantillon de ce systèmede coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouvebonne.» Aussitôt un loustic ajouted'enfant, puis un autreticide, puis d'autresde Normandie,—t-on—taine—ton ton—mariné—en trompette—tition—au Sénat—eur de sanglier—par la patte—hologie—berne—en Suisse—esse—vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,—infanticide,—cidre de Normandie,—dit-on,—ton taine ton ton,—thon mariné,—nez en trompette,—pétition au Sénat,—hure de sanglier, etc.

QUI A DU ONZE CORPS-BEAU?Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.QUIBUS, s. m. Argent,—dans l'argot du peuple.QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST?Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.Quignon, s. m. Gros morceau de pain.QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,—par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.QUILLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.QUIMPER, v. n. Tomber,—dans l'argot des voleurs.QUIMPER LA LANCE, v. a.Meiere.Même argot.QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,—dans l'argot des faubouriens.

Belle paire de quinquets.Yeux émerillonnés.

Allumer ses quinquets.Regarder avec attention.

Éteindre les quinquets.Crever les yeux.

QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.

Avoir quinte-et-quatorze.N'avoir pas su écarter la dame de cœur,—ou plutôt la dame de pique.

QUINTETTE, s. m. Le cinq,—dans l'argot des joueurs de dominos.QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET!Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,—dans l'argot du peuple.QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,—dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».QUI-VA-LA, s. m. Passeport,—dans l'argot des faubouriens.QUI-VA-VITE, s. f.Ventris fluxus, courante,—dans l'argot des bourgeois.QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,—dans l'argot du peuple.QUOQUANTE, s. f. Armoire,—dans l'argot des voleurs.QUOQUARD, s. m. Arbre,—dans le même argot.QUOQUERET, s. m. Rideau—dans le même argot.

R

RABACHAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,—dans l'argot des gens de lettres.RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiPère Rabat-joie.

RABIAGE, s. m. Rente,—dans l'argot des voleurs.RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.

On dit aussiRabiautage.

RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, desrestesde soupe.RABIAU, s. m. Temps quiresteà faire,—dans l'argot des troupiers.

On dit aussiSurcroît de punition.

RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.

Je ne sais pas d'où vientrabiau, maisrabiautervient certainement derebibere(boire de nouveau).

RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,—dans l'argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres—à d'autres.RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,—dans l'argot des bourgeois.

Se rabibocher.Se réconcilier.

RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,—dans l'argot du peuple.RABOTER LE SIFFLET(Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.RABOUIN, s. m. Le Diable,—dans l'argot des voleurs.RABOULER, v. n. Revenir,aboulerde nouveau,—dans l'argot des faubouriens.RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiRembarrer.

RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,—populi fex.

C'est letag-ragdes Anglais.

RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,—dans l'argot des coulisses.RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,—dans l'argot des voleurs.

On disait autrefoisRaccourcir d'un pied, ce qui est une longueur de tête.

On dit aussiRogner.

RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,—dans l'argot du peuple.RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,—comme celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de Meaux».RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.RACLER, v. a. Prendre; perdre.

On dit aussiRafler.

RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,—dans l'argot des musiciens.RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,—dans l'argot des voleurs.RACONTAINE, s. f. Récit familier,cancan.RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs,échos,—dans l'argot des journalistes.

C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.

RADEouRADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont lesradis,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Boutique.

RADE, s. m. Apocope deRadis,—dans l'argot des voyous.RADEAU DE LAMÉDUSE, s. m. Misère extrême,—dans l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de lasoif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.

Être sur le radeau de la Méduse.N'avoir pas d'argent.

RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,—dans l'argot des voleurs.

Friser le radin.Le débarrasser de sa montre.

RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,—dans l'argot des faubouriens.

N'avoir pas un radis: Être tout à fait pauvre.

RADOUBER(Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,—dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

On dit aussi:Passer au grand radoub.

RADURER, v. a. Repasser sur la meule,—dans l'argot des voleurs.RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.RAFALE, s. f. Misère,—dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.

Ne faudrait-il pas dire plutôtaffalé? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuréÊtre affalé sur la côte,—ce qui est, en somme,être à la côte.

RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,—dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuventravalerun homme.RAFALER(Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,—dans l'argot du peuple.RAFFURER, v. a. Regagner,—dans l'argot des voleurs.RAFFUT, s. m. Tapage,—dans l'argot du peuple.RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.

Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.

RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.RAFISTOLER(Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.RAFLER, v. a. Prendre, saisir,chiper.RAFRAÎCHIR(Se), v. réfl. Se battre au sabre,—dans l'argot des troupiers.

On dit aussi:Se rafraîchir d'un coup de sabre.

RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,—dans l'argot du peuple.RAGOT, s. m. Cancan, médisance,—sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.

On dit aussiRagonner.

RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.

S'emploie souvent en mauvaise part:

«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine,Et, me prenant au nez, loucher dans un bassinDes ragousts qu'un malade offre à son médecin,»

dit Mathurin Régnier en sa satirela Poésie toujours pauvre.

RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,—dans l'argot des artistes.RAGOÛT, s. m. Soupçon,—dans l'argot des voleurs.

Faire des ragoûts.Éveiller des soupçons.

RAGOÛTANT,TE, adj. Plaisant, agréable,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.

Vieillard ragoûtant.Qui est propre,—et surtout sans infirmités.

Femme ragoûtante.Qui excite l'appétit des amoureux.

RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.RAIDE, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiRude.

RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,—c'est-à-dire à avaler.

Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.

La trouver raide.Être étonné ou offensé de quelque chose.

RAIDE, adj. Complètement gris,—parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.

On dit aussiRaide comme la Justice.

RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.RAIDIR, v. n. Mourir.

On dit aussiRaidir l'ergot, oules ergots.

RAILLE, s. f. Les agents de police en général,—dans l'argot des voleurs.RAILLE, s. m. Mouchard.RAISINÉ, s. m. Sang,—dans le même argot.RAISINÉ(Faire du), v. a. Saigner du nez,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.RAJOUTER, v. a. Ajouter,—dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,—dans l'argot des boutiquiers.RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passant pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C'était leurjavanais.

Parler en rama.Ajouterramaà toutes les phrases.

RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,—dans l'argot des faubouriens.

Se faire ramasser. Se faire arrêter.

RAMASSER(Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.RAMASSER SES OUTILS.Mourir,—dans l'argot des ouvriers.Ramastiquer, v. a. Ramasser,—dans l'argot des voleurs.RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.RAMBUTEAU, s. m. Colonnead usum lotiides promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.RAME, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs.RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler enramenanthabilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête—et «empruntant ainsi un qui vaut dix».RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer connaissance avec quelque galant homme.RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés—dans l'argot du peuple.

Se ramicher.Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.

RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,—dans l'argot des faubouriens.RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier:haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,—par allusion au bruit désagréable que fait leramonaen montant et en descendant dans la cheminée qu'il nettoie.RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,—dans l'argot des coulisses.

Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.

Princesse de la rampe.Actrice.

Se brûler à la rampe.Jouer pour soi,—s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.

Rampeau!Coup nul,—dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.

Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.

RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.

L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.

RANCART, v.Rencart.RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.RAPATRIER(Se). Se réconcilier,—dans l'argot du peuple.RAPE, s. f. Le dos,—dans l'argot des voleurs.RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,—dans l'argot du peuple.RAPIN, s. m. Mauvais peintre,— dans l'argot des bourgeois.RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,—dans l'argot des faubouriens.RAPIOTER, v. a. Rapiécer.RAPIOTER, v. a. Fouiller,—dans l'argot des voleurs.RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.

On dit aussi et mieuxRappliquer.


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