Chapter 37

SAC, s. m. Renvoi, congé,—dans l'argot des ouvriers.

Avoir son sac.Être renvoyé d'un atelier.

Donner son sac.Remercier un patron.

SAC(Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple.

N'avoir rien dans son sac.N'avoir pas de ressources d'esprit; être sans imagination, sans talent.

Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d'une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

SAC(Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie. Argot des faubouriens.

Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille:

«Ell' n'est pas malPour foutr' dans l'canal.»

SAC-A-PAPIER!Juron bourgeois, qui marque l'ennui qu'on éprouve, l'embarras dans lequel on se trouve.SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant lesac.SAC AU LARD, s. m. Chemise,—dans l'argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais:flesh-bag, disent ceux-ci.SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,—dans l'argot du peuple.

C'est leguzzleranglais.

SAC PLEIN(Avoir le). Être complètement ivre.

Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.

SACQUÉ(Être). Avoir de l'argent.SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,—dans l'argot des ouvriers.

On dit aussiDonner le sac.

Sacquer un bœuf.Renvoyer un ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.

SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple.

On dit aussiSacré chien tout pur.

SACRÉ CHIEN, s. m.Feu sacré,—dans l'argot des rapins et des cabotins.

Avoir le sacré chien.Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.

SACREMENT, s. m. Le mariage,—dans l'argot du peuple.

Offrir le sacrement.Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.

SACRER, v. n. et a. Affirmer.SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,—dans l'argot des filles.SACRISTI!Juron de l'argot du peuple.

Il dit aussiCristi!

Les bourgeois, eux, disentSapristi!—ce qui les éloigne un peu de l'étymologie (sacrarium.)

SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,—dans l'argot des bourgeois.

Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.

On dit aussiVouer au jaune.

SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,—c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,—dans l'argot du peuple, qui calomnie les callitriches.

Vilain sagouin.Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.

SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le tuer même,—dans l'argot des prisons.SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiFaireouPratiquer une saignée.

Saigner à blanc.Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.

On dit aussiFaire une saignée blanche.

SAIGNER(Se), v. réfl. Donner de l'argent,—qu'on en doive ou non.

Se saigner à blanc.S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou d'une maîtresse.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies,peculium,—dans l'argot du peuple.SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,—dans l'argot des voleurs.SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.SAINTEESPÉRANCE, s. f. La veille de laSainte Touche.SAINTEMOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (La Famille Benoiton), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles!»

Amen!

SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa Sophie»,—dans l'argot du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries» des bégueules.

Les ouvriers anglais disent de même:to sham abram(jouer l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).

Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:

«Il estoit ferme de roignons.Non comme ces petits mignonsQui font la Saincte Nitouche,»

dit Mathurin Régnier.

SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,—dans l'argot des employés. La fin de la quinzaine,—dans l'argot des ouvriers.SAINT-JEAN, s. m. Signal,—dans l'argot des voleurs.

Faire le Saint-Jean.Lever l'index et le médium pour avertir un complice.

SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,—dans l'argot des typographes.

Emporter son Saint-Jean.S'en aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.

SAINTJEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne d'être bu par des chrétiens.SAINTJEANSOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.SAINTJEAN LEROND, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.SAINTLACHE, s. m. Le patron des paresseux.SAINT-LAZE.Apocope deSaint-Lazare, prison de femmes,—dans l'argot des voyous.SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire «bouillir la marmite».

Fêter la Saint-Lundi.Se griser—et même se soûler.

SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argotdes gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.SAINTPÈRE, s. m. Tabac à fumer,—dans l'argot des marbriers de cimetière.SAINTSACREMENT(Et tout le). C'est l'etcæterade l'argot du peuple: Il comprend tout—et une foule d'autres choses.SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de latoilette.SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l'on passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.

Faire une saison.Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.

SALADE, s. f.Raiponceà une question,—dans l'argot des voleurs, facétieux à leurs heures.SALADE DEGASCON, s. f. Corde,ficelle, dans l'argot du peuple.

A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,—dans l'argot des ouvriers.SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,—dans l'argot du peuple, qui ne pratique pas précisément laCivilité puérile et honnête.SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,—dans l'argot des voleurs.SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple.

Sale intérêt.Intérêt sordide.

Sale monsieur.Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère insociable.

Sale pâtissier.Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.

On dit aussiSale bête.

SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,—dans l'argot des typographes.

Morceau de salé.Acompte.

Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le mariage.

Les ouvriers anglais disent:to work for the dead horse(travailler pour le cheval mort).

SALER, v. a. Adresser de violents reproches à quelqu'un,—dans l'argot du peuple.Saler, v. a. Faire payer trop cher.

Saler une note.En exagérer les prix.

On dit aussiRépandre la salière dessus.

SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d'improbité que de boue,—dans l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leursluttery.

Faire des saletés.Faire des tours de coquin, d'escroc.

SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,—dans l'argot du peuple.

Montrer ses salières.Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop.

SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leurslut.SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,—dans l'argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leursalivepour dégoûter les camarades.

Ils disaient autrefoisCrolle.

SALLE A MANGER, s. f. La bouche,—dans l'argot des faubouriens.

N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger.N'avoir plus de dents.

SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes.

Le mot est de création récente.

SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite dedrabsdansWinter's Tale, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.SALOPERIE, s. f. Ordure,—au propre et au figuré,spucritiaetobscenitas.

Dire des saloperies.Employer un langage ordurier.

Faire des saloperies.Se conduire en goujat.

SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie,crasse.SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de costume, en actions et en paroles.

Au féminin,Salopiaude.

SALTIMBE, s. m. Apocope deSaltimbanque,—dans l'argot des faubouriens.SALUER LE PUBLIC, Mourir,—dans l'argot des comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un ressouvenir de l'Ave, Cæsar, morituri te salutant.SANG DE POISSON, s. m. Huile,—dans l'argot des faubouriens.SANGLÉ, adj. A court d'argent.SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même Battre.SANGLER, v. a.Permolere uxorem quamlibet aliam,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiSauter.

SANGLER(Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu'un, par exemple, se ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une maîtresse.SANGLIER, s. m. Prêtre,—dans l'argot des voleurs.SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.SANGSURER, v. a. Faire de nombreusessaignéesà la bourse de quelqu'un,—dans l'argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues.

Se sangsurer.Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.

SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.SANS-BOUT, s. m. Cerceau,—dans l'argot des voleurs.SANS CANNE(Être). En rupture de ban,—dans le même argot.SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.Sans-cœur, s. m. Usurier,—dans l'argot des fils de famille.SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,—dans l'argot des bourgeois, pour quiTerreurest inséparable deRépublique.SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.

Le mot est de Camille Desmoulins.

On dit aussiSans-culottisme.

SANS DOS, s. m. Tabouret,—dans l'argot des faubouriens.SANS-FEUILLE, s. f. Potence,—dans l'argot des voleurs.SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,—dans l'argot des bourgeois.SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,—dans l'argot des petites dames.SAP, s. m. Apocope deSapin, cercueil,—dans l'argot des voyous.

Taper dans le sap.Être mort et enterré,—dormir du dernier somme.

M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse auSap:

«Avant d'être mis dans le sap,Vous voulez, orné de lunettes,Me décalquer de pied en cap.»

SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,—dans l'argot des harengères, qui sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,—dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens barbus.

D'où la fameuse chanson à la mode:

«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»

SAPIN, s. m. Fiacre,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.

Sentir le sapin.Être atteint d'une maladie mortelle.

SAPIN, s. m. Plancher; grenier,—dans l'argot des voleurs.

Sapin de muron.Grenier à sel.

Sapin des cornants.La terre,—plancher des vaches.

SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils desapin. Argot des faubouriens.SAQUET, s. m. Secousse,—dans l'argot du peuple.

Le vieux français avaitSaquer, tirer l'épée.

SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux manches del'uniforme,—dans l'argot des soldats.

Sardines blanches.Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.

SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes.

On dit aussiFaux frère.

SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment—et des gouvernements à venir. Argot des journalistes.SATOU, s. m. Bois débité,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Bâton.

SATOUSIER, s. m. Menuisier.SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,—dans l'argot du peuple.

Gare à la sauce!Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.

Gober la sauce!Être puni pour les autres; recevoir la correction, la réprimande méritée par d'autres.

SAUCÉ(Être). Recevoir la pluie.

On dit aussiÊtre rincéetÊtre trempé.

SAUCER, v. a. Réprimander.

On disait autrefoisFaire la sauce à quelqu'un.

SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que l'on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres.

On dit aussiFaire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.

SAUTER(Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens.

D'oùFaire sauter la coupeau jeu.

SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses complices,—dans l'argot des prisons.

Sauter à la capahut.Assassiner un complice pour lui enlever sonfade.

SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,—dans l'argot des faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.SAUTERELLE, s. f. Puce,—dans l'argot des voleurs.SAUTERELLE, s. f. Petite dame,—dans l'argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan.

C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

SAUTERIE, s. f. Danse,—dans l'argot du peuple.SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir,—dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,—en parlant d'une jeune fille qui se laisse séduire.

On dit aussiLa sauter.

SAUTEUR, s. m. Filou.SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change d'opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple.

Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870—dans l'argot des faubouriens.SAUVER BIEN(Se). Bien courir,—dans l'argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu'ils essayent.SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien,—par allusion au mot d'Odry dans lesSaltimbanques.SAUVER LA MISE A QUELQU'UN.Lui éviter une humiliation, un ennui; lui prêter à temps de l'argent. Argot du peuple.SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à sesauveret ne pas se laisser attraper.

On dit aussiSauvinette.

SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,—dans l'argot des chiffonniers.SAVATE, s. f. Boxe française,—«avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»

(V.Chausson.)

SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a rien à voir là dedans: c'est une petite justice de famille et de caserne.SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée, gâchée,—dans l'argot du peuple.SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte.

On dit aussiSaveter.

SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE.Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître le faible et le fort de son caractère. Argot des bourgeois.SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE.Connaître l'état financier d'une maison, la situation morale d'une famille; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot.SAVOIR LIRE.Connaître toutes les ruses du métier,—dans l'argot des voleurs.SAVON, s. m. Réprimande,—dans l'argot des domestiquesmalpropres.

Foutre un savon.Gronder, objurguer quelqu'un.

SAVONNER, v. a. Réprimander—et même Battre.SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,—dans l'argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.SAVOYARDE, s. f. Malle,—dans l'argot des voleurs.SCÈNE DE L'ABSINTHE(Faire la). Jouer son verre d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses.

On dit de même, à propos de toutes les consommations:Faireoujouer la scène du cigare, du café, de la canette, etc.

SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute duRein,—dans l'argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.

Encore un mot allemand,—schlagen.

SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,—dans l'argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou allemands (schlafen).

Ils disent aussiFaire schloff.

SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiSchnaps.

SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.SCIANT, adj. Ennuyeux,—dans l'argot du peuple.SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.SCIE, s. f. Femme légitime.

Porter sa scie.Se promener avec sa femme au bras.

SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,—dans l'argot des artistes.

Le chef-d'œuvre du genre, c'est:

«Il était quatre jeunes gens du quartier,Eh! eh! eh! eh!Ils étaient tous les six malades,Ade! ade! ade! ade!On les mit tous sept dans un lit,Hi! hi! hi! hi!Ils demandèrent du bouillon,On! on! on! on!Qui n'était ni salé ni bon,On! on! on! on!C'est l'ordinair' de la maison,On! on! on! on!Ça commence à vous embêter,Eh! eh! eh! eh!Et bien je vais recommencer,Eh! eh! eh! eh!»

«Il était quatre jeunes gens du quartier,Eh! eh! eh! eh!Ils étaient tous les six malades,Ade! ade! ade! ade!On les mit tous sept dans un lit,Hi! hi! hi! hi!Ils demandèrent du bouillon,On! on! on! on!Qui n'était ni salé ni bon,On! on! on! on!C'est l'ordinair' de la maison,On! on! on! on!Ça commence à vous embêter,Eh! eh! eh! eh!Et bien je vais recommencer,Eh! eh! eh! eh!»

«Il était quatre jeunes gens du quartier,

Eh! eh! eh! eh!

Ils étaient tous les six malades,

Ade! ade! ade! ade!

On les mit tous sept dans un lit,

Hi! hi! hi! hi!

Ils demandèrent du bouillon,

On! on! on! on!

Qui n'était ni salé ni bon,

On! on! on! on!

C'est l'ordinair' de la maison,

On! on! on! on!

Ça commence à vous embêter,

Eh! eh! eh! eh!

Et bien je vais recommencer,

Eh! eh! eh! eh!»

Et l'on recommence en effet jusqu'àce que l'importun que l'on scie ainsi comprenne et s'en aille.

FaireouMonter une scie. Imaginer une mystification contre quelqu'un.

SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.

On dit aussiScier le dos.

SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse,—dans l'argot des faubouriens.SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.SCION, s. m. Baguette et même Bâton,—dans l'argot du peuple.SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.SCIONNER, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs.SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,—style à la Scribe. Argot des gens de lettres.SCULPSIT, s. m. Sculpteur,—dans l'argot des artistes.SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l'exagération.SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.

On dit aussi, mais moins:Fruit sec.

SÉCHÉ(Être). N'être plus gris,—dans l'argot des faubouriens.SÉCHER, v. n. Être fruitsec,—dans l'argot des Polytechniciens.SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,—dans l'argot du peuple.SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,—dans le même argot.

On dit aussiSecouer les puces.

SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de Barbarie,—dans l'argot des faubouriens.SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout le monde,—dans l'argot du peuple.SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,—dans l'argot des bourgeois:protecteur,—dans l'argot de Breda-Street.SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d'être fidèles, les gens avares d'être généreux, etc. C'est laVenue des Coquecigruesde Rabelais.

On dit aussi:La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais.

SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche.—dans l'argot des collégiens.SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un coup de pied.

SENS DEVANT DIMANCHE.adv. De travers, sens dessus dessous,—dans l'argot du peuple.SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion.Stercus.

Poser une sentinelle.Alvum deponere.

SENTIR, v. a. Aimer,—dans l'argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative.

Ne pas pouvoir sentir quelqu'un.Avoir répugnance à le rencontrer,à lui parler, le haïr enfin.

On dit aussiAvoir dans le nez.

SENTIR LE COUDE A GAUCHE.v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié de ses camarades; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.SENTIR LE LAPIN.Suer abondamment et désagréablement des aisselles.SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se gâter,—en parlant des choses.

Cela sent mauvaisest une phrase de la même famille queLe torchon brûle.

SEPT, s. m. Crochet,—dans l'argot des chiffonniers.SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce mot que péjorativement.

Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque chose.

Toute la séquelle.Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.

SER, s. m. Signal donné en crachant,—dans l'argot des voleurs. (V.Serpent.)SERGOLLE, s. f. Ceinture,—dans le même argot.SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,—dans l'argot des gens de lettres et des petites dames.

Homme sérieux.Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes—riches.

Souper sérieux.Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.

Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux:un beefsteak sérieux,un dessert sérieux, etc.

SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,—dans l'argot des voyous.

S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»

SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,—dans l'argot des faubouriens.SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.SERINETTE, s. f. Homme qui faitchanterd'autres hommes,—dans l'argot des voleurs.SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,—dans l'argot du peuple.

Chanter comme une seringue.Chanter très mal.

SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,—dans l'argot des troupiers, qui y serrent leur argent.

On dit aussiAnguille.

SERPENT, s. m. Crachat,—dans l'argot des voleurs.SERPENTIN, s. m. Matelas,—dans le même argot.SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,—dans l'argot des troupiers.SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiSerpillière à ratichon.


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