Chapter 38

SERRANTE, s. f. Serrure,—dans l'argot des voleurs.SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément ou par habitude,—dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Avare.

SERRER, v. a. Mettre en prison,—dans l'argot des faubouriens.SERRER LA VIS.Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.SERRER LE NœUD.Se marier,—dans l'argot des bourgeois et des vaudevillistes.SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.SERT, s. m. Signe fait par un compère,—dans l'argot des saltimbanques.SERVIETTE, s. f. Portefeuille,—dans l'argot des avocats.SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,—dans l'argot des bourgeois.SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,—dans l'argot des voleurs.

Servir de belle.Dénoncer à faux.

SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,—dans l'argot des faubouriens.

Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»

SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiSésigueetSésingard.

SEU, s. m. Second,—dans l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope comme des hommes.SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,—dans l'argot des faubouriens.SEXE, s. m. Les femmes en général,—dans l'argot du peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit une mère, la seule créature digne de ses respects.

Ami du sexe.Homme de complexion amoureuse.

SHOCKING!Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui estchoquantde l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.SHOCKINER(Se), v. réfl. Se scandaliser.SIBIJOITE, s. f. Cigarette,—dans l'argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes.

Orpheline.Cigarette presque fumée.

SIFFLE, s. f. Voix,—dans l'argot des voleurs.SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent ces vers d'une chanson du commencement duXVIIesiècle:

«Lorsque je tiens une lampéePleine de vin, le long de la journée,Je siffle autant que trois.»

SIFFLER, v. a. Dépenser.

Avoir tout sifflé.Être ruiné.

SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus; faire le pied de grue.SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,—entonnoir à air et à vin.

S'affûter le sifflet. Boire.

On dit aussiSe rincer le sifflet.

Couper le sifflet à quelqu'un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,—dans lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.SIGNER DES ORTEILS(Se), v. réfl. Se pendre ou être pendu,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.SILENCE, s. m. Audiencier,—dans l'argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de cour d'assises.SIME, s. f. Patrouille,—dans l'argot des voleurs.SIMON, s. m. Propriétaire,—dans l'argot des ouvriers viveurs.

Aller chez Simon.Aller «où le roi va à pied»,—dans l'argot des bourgeoises.

SIMPLE, s. et adj. Niais,—dans l'argot du peuple, qui a un faible pour lesroublards.

Les Anglais ont la même expression:Flat, plat,—nigaud.

SINGE, s. m. Patron,—dans l'argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,—dans l'argot des imprimeurs.SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,—dans l'argot des bourgeoises.SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur,—dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.SINGULIER PISTOLET, s. m. Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde,partquand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.SINVE, s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper,—dans l'argot des voleurs.

Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononcesinvre.

Affranchir un sinve.Faire d'unparesseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.

SINVINERIE, s. f. Niaiserie.SIROP, s. m. Vin,—dans l'argot des faubouriens, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Rabelais: «Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop vignolat,» dit l'immortel Alcofribas Nasier.

Avoir un coup de sirop de trop.Être ivre.

SIROTER, v. a. Boire plus que de raison.

Signifie aussi Boire à petits coups.

SIROTER, v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.SIROTER LE BONHEUR, v. a. Être dans la lune demiel. Argot des faubouriens.SIROTEUR, s. m. Ivrogne.SIX, s. f. Une des six chandelles dont se compose un paquet d'une livre.

Brûler des six.N'employer que ces chandelles-là.

SIX-FRANCS, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les habits,—dans l'argot des tailleurs.SIX-QUATRE-DEUX(A la), adv. Sans soin, sans grâce, à la hâte,—dans l'argot des bourgeois.SMALA, s. f. Famille, ménage,—dans l'argot des troupiers qui ont fait les campagnes d'Afrique.

Se dit depuis la prise de lasmalad'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.

SNOB, s. m. Fat, ridicule, vaniteux,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression auLivre des Snobsde Thackeray, comme si nous n'avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.SNOBOYE, adj. Parfait, excellent,chocnosof,—dans l'argot des faubouriens.SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'œIL, s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent le doigt dans l'œil».SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser desraseurs, des importuns, des gêneurs.

Le signe de détresse que font entre eux les membres de laSociété du faux colconsiste à passer le doigt sur le col de la chemise.

Cette société s'appelle aussi laSociété du rachat des captifs.

SODA, s. m. Mélange de sirop de groseille et d'eau de seltz (soda-water).SœUR, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des soldats et des voyous, qui, sans s'en douter, se servent du même mot que les Romains, dans le même sens,soror. Les Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était lefrater.

On dit aussi:Nos sœurs du peuple, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l'être. Auxviesiècle, on disait:Nos cousines.

Sœurse trouve, avec cette dernière acception, dans leDictionnairede Leroux.

SœUR, s. f. Fille ou femme,—dans l'argot des francs-maçons.SœURS blanches, s. f. pl. Les dents,—dans l'argot des voleurs.SOIFFARD, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiSoiffeur.

SOIFFER, v. n. Boire outre mesure,—sous prétexte de soif.SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante, difficile à croire; événement extraordinaire.

Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,—piledonnée avec soin.

SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un avec unsoindont il n'est nullement reconnaissant.SOIGNER SES ENTRÉES.Se faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre. Argot des coulisses.SOIR, s. m. Journal du soir,—dans l'argot des gandins.

Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.

SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,—dans l'argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais soldat,—dans l'argot du peuple.SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf de la guerre.

Dansles Joyeuses Commères de Windsor, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford:Money is a good soldier, Sir, and will on. (L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)

SOLDE, s. m. Restant d'étoffe; coupon,—dans l'argot des marchands.SOLDE, s. m. Chose de médiocre valeur,—dans l'argot des gens de lettres.

Cigare de solde.Mauvais cigare.

Dîner de solde.Exécrable dîner.

SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d'Italie.SOLIR, v. a. Vendre,—dans l'argot des voleurs.

Solir sur le verbe.Acheter à crédit,—c'est-à-dire surparole.

SOLITAIRE, s. m. Spectateur qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d'entrer au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d'applaudir comme elle. Argot des coulisses.SOLLICEUR, s. m. Marchand,—dans l'argot des voleurs.

Solliceur à la pogne.Marchand, ambulant.

Solliceur de lacets.Gendarme.

Solliceur de loffitudes.Homme de lettres.

Sonde, s. f. Médecin,—dans le même argot.

SONDEUR, adj. et s. Sournois,prudent, malin,—dans l'argot des faubouriens.

Aller en sondeur.S'informer avant d'entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s'y mêler.

Père sondeur.Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.

SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette d'hôtel garni que l'on bourre de chiffons pour l'empêcher de sonner lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.

D'où l'expressionDéménager à la sonnette de bois.

SONNETTE DE NUIT, s. f. Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon de leurs caracos (1865).SONNETTES, s. f. pl. Pièces d'or ou d'argent, d'une musique supérieure à celle de Rossini—pour les oreilles des petites dames.SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.SORBONNE, s. f. La tête,—parce qu'elle «médite, raisonne et conseille le crime». Argot des voleurs.SORCIÈRE, s. f. Femme mal mise ou d'une figure ravagée,—dans l'argot des bourgeoises.

Elles disent aussiVieille sorcière.

SORGUE, s. f. Nuit,—dans l'argot des voleurs.

Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrireSorgne.

SORGUER, v. n. Passer la nuit.SORGUEUR, s. m. Voleur de nuit.SORTE, s. f. Mauvaise raison, faux prétexte,balançoire,—dans l'argot des typographes.SORTIE, s. f. Discours inconvenant; emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.SORTIR, v. a. Transporter un mobilierextra-muros,—dans l'argot des déménageurs.

Le rentrer.Le ramener à Paris.

On dit de mêmeSortiepour un déménagementextra-muros, etRentréepour le contraire.

SORTIR, v. n. Avoir des absences d'esprit, être distrait,—dans l'argot du peuple.

On dit mieuxÊtre sortiouÊtre ailleurs, pour n'être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu'on dit autour de soi.

SORTIR, v. n. Être insupportable,—dans l'argot des faubouriens.

Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent:il me sort,—c'est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.

Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent:Il me sort par le cul.

SORTIR D'UNE BOITE, v. n. Être vêtu avec une propreté méticuleuse,—dans l'argot des bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l'élégance.

Ils disent aussiAvoir l'air de sortir d'une boîte.

SORTIR LES PIEDS DEVANT, v.n. Être emporté mort, «cloué sous la lame»,—dans l'argot du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une maison.SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion d'une volaille,—dans l'argot des bourgeois.SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,—dans l'argot des voleurs.

Le vieux français avaitSoudrille(soldat, ou plutôtsoudard).

SOUFFLANT, s. m. Pistolet,—dans le même argot.SOUFFLER, v. a. Prendre, s'emparer de quelque chose,—dans l'argot du peuple.

Souffler la maîtresse de quelqu'un.La lui enlever,—et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un mauvais tour.

SOUFFLER DES POIS, v. n. Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l'air par petits coups secs.

Les étudiants en médecine disent:Fumer sa pipe.

Dans l'argot du peuple,Souffler des pois, c'est Faire l'important.

SOUFFLER SON COPEAU, v. a. Travailler,—dans l'argot des ouvriers.SOUFFLET, s. m. Lepodex.SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m. Homme à visage rubicond.SOUILLON, s. f. Femme malpropre, fille à soldats. C'est lamalkindes voyous anglais.SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché,arsouille,—dans l'argot des faubouriens.SOULAGER, v. a. Alléger la poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu'elle contenait.SOULAGER(Se), v. réfl.Meiere. Argot du peuple.

Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.

SOULARD, adj. et s. Ivrogne.SOÛLER(Se). Se goinfrer de vin ou d'eau-de-vie à en perdre la raison.SOULEUR, s. f. Frayeur subite et violente, qui remue le cœur etsoûlel'esprit au point que, pendant qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.

Faire une souleur à quelqu'un.Lui faire peur.

SOULEVER, v. a. Dérober adroitement,—dans l'argot des faubouriens.SOULIERS A MUSIQUE, s. m. pl. Qui craquent lorsqu'on les porte pour la première fois.SOULIERS-SEIZE, s. m. pl. Souliers très étroits (13 et 3),—dans l'argot ridiculement facétieux des bourgeois.SOULIERS SE LIVRANT A LA BOISSON, s. m. pl. Souliers usés, prenant l'eau,—dans l'argot des faubouriens.SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie dégoûtante.SOULOGRAPHIER(Se), v. réfl. S'enivrer crapuleusement.SOUPÇON, s. m. Très petitequantité,—dans l'argot du peuple.

On dit aussiIdée.

SOUPE AU LAIT, s. f. Homme qui s'emporte pour un rien.SOUPE DE PERROQUET, s. f. Pain trempé dans du vin.SOUPE-ET-LE-BœUF(La), Bonheur conjugal,—c'est-à-direordinaire.

C'est une expression de la même famille quePot-au-feu.

SOUPENTE, s. f. Le ventre,—dans l'argot des faubouriens.

Le mot a été recueilli par Traviès.

SOUPE-SEPT-HEURES, s. m. Homme qui a des habitudes de repas régulières,—dans l'argot du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi la coutume qu'elle consacre.SOUPEUR, s. et adj. Viveur,—dans l'argot des gens de lettres.SOUPEUSE, s. f. Femme galante qui a pour spécialité delever les hommes au souper,—c'est-à-dire de faire espalier avec d'autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d'être priée à souper par les gens qui n'aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au restaurant.SOUPIER, adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot du peuple.SOUPIR, s. m. Crepitus ventris,—dans l'argot des bourgeois.

Soupir de Bacchus.Éructation.

SOUPIRER, v. n.Crepitum reddere.SOUQUER, v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes.

Tendre une souricière.Surveiller les abords d'un de ces mauvais lieux-là.

SOURICIÈRE, s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée,—dans l'argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissentprendreà cela.SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce sont, d'après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le quai de l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d'instruction.SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,—dans l'argot des ouvriers.

Avoir des sous.Être riche.

SOUS DE POCHE, s. m. pl. Monnaie à dépenser,—dans l'argot des collégiens et des grandes personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.SOUS LE LIT(Être). N'être pasau courant d'un métier ou au fait d'une chose; se tromper. Argot des faubouriens.SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat moulé d'une évacuation alvine,—dans l'argot des royalistes ennemis de la première Révolution.

«Je m'accroupis en gémissantAu coin d'une boutique.Je mis bas un sous-lieutenantD'une figure étique?»

«Je m'accroupis en gémissantAu coin d'une boutique.Je mis bas un sous-lieutenantD'une figure étique?»

«Je m'accroupis en gémissant

Au coin d'une boutique.

Je mis bas un sous-lieutenant

D'une figure étique?»

dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans lesNouveaux Actes des Apôtres.

On disait aussiUn représentant.

Avant de s'entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s'entre-souillent d'épigrammes ordurières.

SOUS-OFF, s. m. Apocope deSous-Officier,—dans l'argot des troupiers.SOUS PRESSE(Être). Être occupée,—dans l'argot de Breda-Street.SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché, ivrogne,arsouille,—dans l'argot des faubouriens.SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes.SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

Les ouvriers anglais ont la même expression:Bread-basket(panier au pain), disent-ils.

SOUTELLAS, s. m. Cigare d'un sou,—dans l'argot des voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.SOUTENANTE, s. f. Canne,—dans l'argot des voleurs.SOUTENEUR, s. m. Homme qui vit aux dépens des filles,—dans l'argot du peuple.SOUTIRER AU CARAMEL, v. a. Tirer de l'argent de quelqu'un en employant la douceur.SPECK, s. m. Lard,—dans l'argot des voleurs, qui ontempruntéce mot à la langue allemande.SPEECH, s. m. Discours, bavardage,—dans l'argot du peuple et des gens de lettres.SPER, s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur pour être de nouveau utilisé.

Expression de l'argot des tailleurs.

SPHINX, s. m. Mets imaginaire comme le monstre auquel fut forcé de répondre Œdipe, et qu'on demande facétieusement dans certains restaurants qui prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité d'en exiger;—«Nous venons de donner la dernière portion,» lui répondit tranquillement le garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux; il en demanda—et on lui en servit.SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,—dans l'argot des Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.SPIRITE, s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit auxesprits, afin de prouver l'insanité du sien.SPIRITISME, s. m.Dada, à l'usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques. Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de Mirecourt.SPORT, s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc.,—dans l'argot des anglomanes.SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport aux choses du sport.

Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.

SPORTSMAN, s. m. Homme de cheval, habitué des courses.SPORTSMANIE, s. f. Lamaniedes courses,—dans l'argot des bourgeois.STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,—dans l'argot des francs-maçons.STERLING, adj. Pur, de bon aloi; riche,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas le moins du monde «emprunté ce superlatif au système monétaire anglais», par l'excellente raison que ce «superlatif» a, en anglais, la même signification qu'en français:Sterling wit(esprit de bon aloi),sterling merit(mérite remarquable), disent nos voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.STICK, s. m. Petite canne,—dans l'argot des «young gentlemen», qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton.

Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos dederby,turf,studbook,handicap,steeple-chase,match, etc.

STOCKFISH, s. m. Anglais,—dans l'argot des faubouriens.STOP!Expression de la langue anglaise qui est passée dans l'argot des canotiers parisiens. Elle signifie, on le sait: «Arrêtez!»STOPPER, v. n. Arrêter, faire escale.

C'est le verbe anglaisTo stop.

STROC, s. m. Chopine,—dans l'argot des voleurs.

Demi-stroc. Demi-setier.

On dit aussiStron.

STUC, s. m. Part d'un vol,—dans l'argot des voleurs, qui doivent s'estimer heureux de ne plus vivre auXVIIIesiècle, à une époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé des vols, en avoir eu lestuc, et acheté le stuc des autres.

J'ai vu écritLestucsur feuillet de garde duLangage de l'argot réformé, avec mention du sens dans lequelstucest employé.

STUCQUER, v. a. et n. Renseigner,styler,—dans l'argot des faubouriens.

Être stuqué.Être instruit.

STYLER QUELQU'UN, v. a. Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot du peuple.SUAGE, s. m. Assassinat,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Chauffage.

SUAGEUR, s. m. Chauffeur.SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER, s. m. Le viatique, qu'on donne aux mourants avant leur départ pour le grand voyage,—dans l'argot de lord Pilgrim,aliàsArsène Houssaye, qui a employé cette expression, d'un goût contestable, à propos des derniers moments de Proudhon.SUBLIMER, v. n. Travailler avec excès, la nuit spécialement,—dans l'argot des polytechniciens.SUBLIMER(Se). Se corrompre davantage, mais avec art,—dans l'argot des petites dames, qui ont une façon à elles de s'élever (sublimare).SUBTILISER, v. a. Dérober quelque chose, une tabatière ou un foulard,—dans l'argot des faubouriens.SUCCÈS D'ESTIME, s. m. Succès douteux, et pour ainsi dire nul,—dans l'argot des coulisses.SUCE-LARBIN, s. m. Bureau de placement pour les domestiques—dans l'argot des voleurs.SUCER LA FINE CÔTELETTE, v. a. Déjeuner à la fourchette.—dans l'argot des faubouriens.SUCER LA POMME(Se), v. réfl. S'embrasser; se bécotter.

On dit aussiSe sucer le trognon.

SUCER UN VERRE, v. a. Le boire.SUCEUR, s. m. Parasite, homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.SUÇON, s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir un bombage,—dans l'argot des tailleurs.SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,—dans l'argot des grisettes.SUÇON, s. m. Sucre d'orge,—dans l'argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.SUCRE!Exclamation de l'argot des bourgeoises, à qui—naturellement—répugne celle de Cambronne.SUCRÉE!s. f. Bégueule,—dans l'argot du peuple.

Faire sa sucrée.Se choquer des discours les plus innocents comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes.

L'expression est vieille,—comme l'hypocrisie. Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»

SUDISTE, s. et adj. Partisandes Etats de l'Union qui ont brisé cette union pour se constituer, sans y réussir, en République à part, diteRépublique du Sud.

On dit aussiConfédéré,Esclavagiste,SécessionnisteetSéparatiste.

SUÉE, s. f. Réprimande,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Peur.

SUÉE DE MONDE, s. f. Foule, grand nombre de personnes.SUER(Faire). Assassiner,—dans l'argot des voleurs.

Faire suer sur le chêne.Tuer un homme.

SUER(Faire). Ennuyer outrageusement par ce qu'on fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.SUER SON ARGENT(Faire). Lui faire rapporter gros; se livrer à l'usure. Argot des bourgeois.SUERTHÉMIS(Faire). Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d'affaires, des avocats marrons.SUEUR DE CANTONNIER, s. f. Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare,—les cantonniers étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.SUIF, s. m. Réprimande de maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens.

Gober son suif.Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.

SUIF, s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps humain.

Être tout en suif.Être fort gras.

SUIF, s. m. Argent,beurre.SUIFFARD, adj. et s. Homme mis avec élégance, avecchic.SUIFFARD, s. m. Richard.SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable, très beau.

Femme suiffée.Très jolie ou très bien mise.

SUIFFÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.SUISSE, s. m. Invité, convive,—dans l'argot des troupiers.

Faire Suisse.Boire ou manger seul.

SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,—dans l'argot des bohèmes.SUIVEUR, s. m. Galantin de n'importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue.

Mot créé par Nestor Roqueplan.

SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s. m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent flotter sur leur dos.SUIVRE LE SOLEIL, v. a. Aller travailler à la journée chez les particuliers,—dans l'argot des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et aussi poétiques.SULFATE DE CUIVRE, s. m. Absinthe de cabaret,—dans l'argot des bohèmes, qui n'en sont que plus coupables puisqu'ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets.

J'ai entendu demander par un ivrogneun verre de sulfate de cuivreet j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!

SULTAN(Le). Le public,—dans l'argot des coulisses.

L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.

SUPERLIFICOQUENTIEUX, a. Merveilleux, étonnant, inouï,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiSuperlificoquentiel.

SURBINE, s. f. Surveillance,—dans l'argot des voleurs.SURETTE, s. f. Pomme,—dans le même argot.SURGERBER, v. a. Condamner en appel,—dans le même argot.SURIN, s. m. Couteau,—dans le même argot.

Surin muet.Canne plombée; casse-tête.

SURINER, v. a. Assassiner quelqu'un avec un surin. V.Chouriner.SURINEUR, s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire. V. égalementChourineur.SURJUIN, s. m.Insurgéde juin 1848,—dans l'argot des campagnards de la banlieue de Paris, pour qui un mot nouveau n'est facile à retenir qu'autant qu'il est court et sonore.SURMOULEUR, s. m. Ecrivain qui, volontairement ou à son insu, pastiche d'autres écrivains, et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent des autres. Argot des gens de lettres.SUR-RINCETTE, s. f. Supplément à larincette,—dans l'argot des bourgeois.SUR SEIZE!Exclamation de l'argot des calicots, qui l'emploient pour se prévenir mutuellement d'un péril quelconque, comme par exemple de l'arrivée subite du patron, etc.SYMBOLE, s. m. Crédit chez le marchand de vin,—dans l'argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l'œil du fameux triangle maçonnique.

Avoir le symbole.Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.


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