Chapter 39

SYMBOLE, s. m. La tête,—dans l'argot des voyous.

Se dit aussi pour Chapeau.

SYSTÈME, s. m. L'ensemble des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, lesystème nerveux. Argot du peuple.

Agacer le système.Ennuyer.

Taper sur le système.Agacer les nerfs; exaspérer.

T

TABAC, s. m. Vieil étudiant,—culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.TABAC, s. m. Ennui, misère,—dans l'argot des faubouriens.

Être dans le tabac.Être dans une position critique.

Foutre du tabac à quelqu'un.Le battre—de façon à lui faire éternuer du sang.

Fourrer dans le tabac.Mettre dans l'embarras.

Manufacture de tabac.Caserne.

TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux, dont c'est la spécialité.TABAR, s. m. Manteau,—dans l'argot des voleurs.

Ils disaient autrefoisVolant.

TABATIÈRE, s. f. Le podex,—dans l'argot du peuple.

Ouvrir sa tabatière.Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D'où:Quelle prise!

TABLEAU-RADIS, s. m. Toile quirevient, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand. Argot des artistes et des gens de lettres.

On dit de mêmeLivre-radis.

TABLEAUTIN, s. m. Tableau sans valeur.TABLETTE, s. f. Brique,—dans l'argot des voleurs.TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,—dans l'argot des faubouriens.TABLIER LÈVE(Le). Se dit—dans l'argot des bourgeois—d'une fille qui ne peut plus dissimuler sa grossesse.Intumescit alvus.

Faire lever le tablier.Engrosser une fille ou une femme.

TACHE D'HUILE, s. f. Accroc à une robe, déchirure d'habit,—dans l'argot du peuple.TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais tour,—crasseimpardonnable, ineffaçable, faite par un ami à son ami.TAF, s. m. Peur,—dans l'argot des voleurs.

Avoir le taf.Avoir peur.

Coller le taf.Faire peur.

On dit aussiTafferie.

Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «Les fesses luy font taf taf, oule cul lui fait tif taf, c'est-à-dire:Il a grand peur, il tremble de peur.»

On dit aussiTaffetas.

Avoir le taffetas du vert.Être frileux, avoir peur du froid.

TAFFER, v. n. Avoir peur,—dans l'argot des faubouriens.TAFFEUR, s. m. Poltron.

Le Royal-Taffeur.Régiment aux cadres élastiques, où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.

TAILLER DES BAVETTES, v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée,—dans l'argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu'elles ne cousent de robes à coups d'aiguille.TAILLER DES CROUPIÈRES, v. a. Donner de l'inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.TAILLER LES MORCEAUX A QUELQU'UN, v. a. Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire.TAILLEUSE, s. f. Nom générique de la corporation des tailleurs.TAIRE SON BEC, v. a. Se taire,—dans l'argot du peuple.TALBIN, s. m. Billet de complaisance,—dans l'argot des voleurs.

Talbin d'altèque.Billet de banque.

Talbin d'encarade.Billet d'entrée dans un théâtre.

TALBIN, s. m. Huissier,—dans le même argot.TALBINER, v. a. Assigner devant le tribunal.TALOCHE, s. f. Soufflet ou coup de poing,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.TALOCHER, v. a. Donner des soufflets.TALOCHON, s. m. Petite taloche.TALONNER, v. a. Presser, tourmenter; poursuivre.TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.

Être talon rouge.Avoir la suprême impertinence.

TALONS COURTS(Avoir les). Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.TAMBOUILLE, s. f. Ragoût,fricot,—dans l'argot des faubouriens.

Faire sa tambouille.Faire sa cuisine.

TAMBOUR, s. m. Chien,—dans l'argot des voleurs.

Roulement de tambour.Aboiement.

TAMPON, s. m. Poing,—dans l'argot du peuple.TAMPONNER(Se), v. réfl. Se battre à coups de poing.

On dit aussiSe foutre des coups de tampon.

TANGENTE, s. f. Épée,—dans l'argot des Polytechniciens.

Ils l'appellent aussi:La tangente au point Q.

TANNANT, E, adj. Ennuyeux, assommant,—dans l'argot des faubouriens.TANNER, v. n. Ennuyer.TANNER LE CUIR, v. a. Battre quelqu'un à coups redoublés.

AuXVIIesiècle on disait:Faire péter le maroquin.

TANTE, s. f. Individu dutroisième sexe,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiTapette.

TANTE(Ma). Mont-de-Piété,—dans l'argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir inventé là une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés de contrefaire une expression belge: car auXIIesiècle, dans le pays wallon, on appelait un usuriermon oncle.

On dit aussiCasino.

TANTINET, adv. Un peu,—dans l'argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles.

On dit aussiTantet.

Tant que terre, adv. En abondance, beaucoup.TAPouTAPIN, s. m. Poteau du pilori,—dans l'argot des voleurs.

Faire le tapin.Être exposé.

On dit aussiFaire le singe.

TAPAGE, s. m. Amour,—dans l'argot des typographes.TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant, voyant,criard,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

Couleurs tapageuses.Couleurs trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.

Toilette tapageuse.Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les femmes.

TAPAMORT, s. m. Tambour,—dans l'argot des voyous.TAPANCE, s. f. Maîtresse ou femme légitime,—dans l'argot des typographes.

La tapance du meg.La femme du patron.

TAPE, s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot du peuple.TAPÉ, adj. Réussi, émouvant, éloquent,—c'est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges.

Tapé dans le nœud.Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.

TAPE-A-L'œIL, s. m. Homme qui a une pétéchie sur l'œil; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.TAPECUL, s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les voyageurs.TAPE-CUL, s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.TAPEDUR, s. m. Serrurier,—dans l'argot des voleurs.TAPÉE, s. f. Foule, grande réunion de personnes,—dans l'argot des faubouriens.TAPER, v. a. Frapper, battre.TAPER, v. a. et n.Permolere uxorem, quamlibet aliam,—dans l'argot des typographes.TAPER, v. a. Demander de l'argent,—dans l'argot des ouvriers.

Taper son patron de vingt francs.Lui demander une avance d'un louis.

TAPER, v. n. Prendre sans choisir,—dans l'argot des faubouriens.

Taper dans le tas.Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes.

Taper sur les vivres.Se jeter avec avidité sur les plats d'une table; manger gloutonnement.

Taper sur le liquide.S'empresser de boire.

TAPER DANS LE TAS.Avoir de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.TAPER DANS L'œIL, v. a. Séduire,—en parlant des choses et des femmes.TAPER DE L'œIL, v. n. Dormir.

L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les Œuvres du comte de Caylus (Histoire de Guillaume Cocher).

TAPER SUR LA BOULE, v. a. Griser, étourdir, à propos d'un liquide.TAPETTE, s. f. Verve, entrain,platine.

Avoir une fière tapette.Être grand parleur,—ou plutôt grand bavard.

TAPETTE, s. f. Individu faisant partie dutroisième sexe.TAPIN, s. m. Tambour,—dans l'argot des troupiers.

Le mot a au moins cent ans de bouteille.

TAPIQUER, v. n. Habiter,—dans l'argot des voleurs.TAPIS, s. m. Conversation, causerie,—dans l'argot des bourgeois.

Être sur le tapis.Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une conversation.

Amuser le tapis.Distraire d'une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.

TAPIS, s. m. Cabaret, auberge, hôtel,—dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue romane,tapinet(lieu secret), dont on a faittapinois.

Ils disent aussiTapis franc, c'est-à dire Cabaret d'affranchis.

Tapis de grives.Cantine de caserne.

Tapis de malades.Cantine de prison.

Tapis de refaite.Table d'hôte.

TAPIS BLEU, s. m. Paradis,—dans l'argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans du ciel semblable au dehors.TAPIS BRÛLE(Le). Expression de l'argot des joueurs, pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,—dans l'argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations et toutes les mortifications.

Il dit aussiLèche-tout.

TAPISSERIE, s. f. Femmes laides ou vieilles qu'on n'invite pas à danser—dans l'argot des bourgeois.

Faire tapisserie.Regarder faire, ou écouter parler les autres.

TAPISSERIE(Avoir de la). Avoir beaucoup de figures en main,—dans l'argot des joueurs.TAPISSIER, s. m. Cabaretier.TAPIS VERT, s. m. Tripot,—dans l'argot des voleurs et des bourgeois.

Jardiner sur le tapis vert.Jouer dans un tripot.

TAPON, s. m. Amas de choses,—et spécialement d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.

Mettre sa cravate en tapon.La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c'était un chiffon.

L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellentTaponune pièce de liège avec laquelle on bouche l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.

TAPOTER DU PIANO.Toucher médiocrement du piano. Argot des bourgeois.TAPOTEUR DE PIANO, s. m. Pianiste médiocre.TAPOTEUSE DE PIANO.Femme qui fait des gammes.TAPPE, s. f. La marque qu'on appliquait avant 1830 sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.TAQUER, v. a. Hausser,—dans l'argot des voleurs.TARAUDER, v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.TARAUDER, v. a. Battre, donner des coups,—dans l'argot des faubouriens.TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive qui se fait attendre,—dans l'argot du peuple.TAROQUE, s. f. Marque du linge,—dans l'argot des voleurs.TAROQUER, v. a. Marquer.TARTARE, s. m. Apprenti; médiocre ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.

On dit aussiChasseur.

Tartare, s. m. Fausse nouvelle,canardpolitique,—dans l'argot des journalistes et des boursiers.

Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,—et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.

TARTE, adj. Qualité bonne ou mauvaise d'une chose,—dans l'argot des voleurs.TARTE BOURBONNAISE, s. f. Résultat du verbealvum deponere,—dans l'argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale.

Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap.XVI).

TTartine, s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes.

Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse.

Débiter des tartines.Parler longtemps.

TARTINER, v. n. et a. Ecrire des articles.

Tartiner une brochure.La rédiger.

TARTINES, s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles,—dans l'argot des voyous.TARTIR, v. n.Levare ventris onus,—dans l'argot des voleurs.TAS DE PIERRES, s. m. Prison,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiBoîte aux cailloux.

TATA, s. f. Tante,—dans l'argot des enfants.

C'est également le mot qu'ils répètent le plus souvent pour appeler leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de Martial.

TATA, s. f. Femme plus bavarde que ne le permet son sexe; belle diseuse de riens; précieuse; mijaurée.

Faire sa tata.Se donner de l'importance; être une commère écoutée.

TATE-POULE, s. m. Innocent, et même imbécile.

Se dit aussi d'un Homme qui s'amuse aux menus soins du ménage.

TATER, v. a. et n.Peloter.TATEUR, s. m.Peloteur.TATEZ-Y, s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d'or qui pend sur la gorge des demoiselles et même des dames.TATILLON, s. et adj. Homme méticuleux à l'excès, s'occupant de riens comme s'ils étaient importants et négligeant les choses importantes pour des riens. Argot du peuple.

On dit aussiTatillonneur.

L'expression a une centaine d'années de bouteille.

TATILLONNER, v. n. S'occuper de choses qui n'ont pas d'importance; faire la mouche du coche.TATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot des faubouriens.TATOUILLER, v. a. Battre, donner des coups.TAUDE, s. f. Apocope deTaudion,—dans l'argot des voyous.TAUDION, s. m. Endroit quelconque; logement malpropre,taudis. Argot des faubouriens.TAULE, s. m. Le bourreau,—d'après Victor Hugo, à qui j'en laisse la responsabilité.TAULEouTÔLE, s. f. Maison,—dans l'argot des voleurs et des voyous.

C'est lapiaule, moins les enfants.

TAUPAGE, s. m. Egoïsme, existencecachée,—dans le même argot.TAUPE, s. f. Fille de mauvaises mœurs,—dans l'argot peu chrétien des bourgeois.

On dit aussigaupe.

TAUPER, v. a. et n. Battre, Accabler de coups,—dans l'argot des ouvriers.

On dit aussiTauper dessus.

TAUPER, v. n. Travailler,—dans l'argot des faubouriens.TAUPIER, s. m. Egoïste.TAUPIN, s. m. Candidat à l'Ecole polytechnique,—peut-être parce qu'on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la vue aussi faible que celle destaupes.

Taupin carré.Taupin de 2eannée.

Taupin cube.Taupin de 3eannée.

TAUPIN VAUTMAROTTE.Se dit ironiquement—dans l'argot du peuple—de deux personnes qui ont les mêmes vices ou la même laideur physique.

On dit aussiTaupin vaut Taupine.

TEIGNE, s. f. Fille ou femme acariâtre, hargneuse dont on ne peut pas se débarrasser.

On dit aussiGale.

TEINTÉ(Être). Commencer à être gris,—dans l'argot des ouvriers.TEINTURIER, s. m. Homme de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré, et lui donne du style, de la poésie, de lacouleur.

Il y a aussi les teinturiers politiques, c'est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d'Etat inférieurs s'attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s'assimiler leurs talents.

Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.

TEMPLE, s, m. Salle de réunion,—dans l'argot des francs-maçons.TEMPLE, s. m. Manteau,—dans l'argot des faubouriens.TEMPS DE BÛCHE, s. m. Epoque qui précède les examens,—dans l'argot des étudiants.TEMPS DE CHIEN.Mauvais temps, pluie ou neige,—temps à ne pas mettre un chien dehors. Argot du peuple.TEMPS DE DEMOISELLE, s. m. Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.TEMPS SALÉ, s. m. Temps chaud, qui fait boire.TENDRE LA PERCHE, v. a. Venir en aide à quelqu'un qui se trouble dans une conversation ou dans un discours.TENDRON, s. m. Grisette, jeune fille à laquelle il est permis de manquer de respect,—dans l'argot des bourgeois.TENIR(En). Avoir de l'amour pour quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois.TENIR A 40 SOUS AVEC SON CROQUE-MORT(Se). Se débattre dans l'agonie, ne pas vouloir mourir.

Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de voyou. Si je ne l'avais entendue de mes oreilles, je l'aurais crue inventée.

TENIR A QUATRE(Se). Se contenir tout en enrageant; ne pas oser éclater. Argot du peuple.

On dit aussiÊtre à genoux devant sa patience.

TENIR BIEN SUR SES ANCRES, v. n. Être en bonne santé,—dans l'argot des marins.TENIR LA CHANDELLE, v. a. Être témoin du bonheur des autres, sans en avoir sa part; servir, sans le savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque. Argot du peuple.TENIR LA CORDE, v. a. Être le succès, le héros du jour,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux sportsmen.TENIR SUR LES FONTS.Déposer comme témoin contre un accusé,—dans l'argot des voleurs.

(V.Parrain.)

TENUE, s. f. Assemblée, réunion,—dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussiConvent,—mais surtout à propos de réunions d'un caractère particulier, plus solennel que les tenues.

Tenue d'obligation.Jour fixé pour les assemblées de la loge.

Tenue extraordinaire.Réunion pour une fête d'adoption, pour une réception d'urgence, etc.

TERNAUX, s. m. Cachemire français,—dans l'argot des lorettes, qui ne savaient pas que ce nom de choses est un nom d'homme, celui d'un industriel qui le premier en France entreprit de fabriquer des châles avec la laine d'un troupeau de chèvres du Tibet amenées en 1818 à ses frais.TERREAU, s. m. Tabac à priser,—dans l'argot des marbriers de cimetière.

Se flanquer du terreau dans le tube.Priser.

TERRER, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs, pour qui c'est une façon de mettre enterreles gens qui les gênent.

Le patois normand aTerragepour Enterrement.

TERRION, s. m. Habitant du continent,—dans l'argot des marins.

On dit aussiTerrien.

TÉSIÈRE, pron. pers. Toi,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiTésigue,TésigoetTésingard.

TESSON, s. m. La tête,—dans l'argot des voyous.

Nib de douilles sur le tesson.Pas de cheveux sur la tête.

TÉTAIS, s. m. pl. Seins,—dans l'argot des enfants, qui conservent longtemps aux lèvres, avec les premières gouttes de lait bues, les premiers mots bégayés.

Ils disentTettes.

TÉTARD, s. et adj. Entêté,—dans l'argot des faubouriens.TÉTASSES, s. f. pl. Seins de fâcheuse apparence,—dans l'argot irrévérencieux du peuple, qui dit cela depuis longtemps comme en témoigne cette épigramme de Tabourot des Accords:

«Jeannette à la grand'tetasseAux bains voulut une foisEnarrher pour deux la place:On luy fit payer pour trois.»

«Jeannette à la grand'tetasseAux bains voulut une foisEnarrher pour deux la place:On luy fit payer pour trois.»

«Jeannette à la grand'tetasse

Aux bains voulut une fois

Enarrher pour deux la place:

On luy fit payer pour trois.»

On dit aussiCalebasses.

TÉTASSIÈRE, s. f. Femme dont la gorge n'a aucun rapport avec celle de la Vénus de Milo.

L'expression se trouve aussi dans Tabourot.

TÊTE, s. f. Air, physionomie.

Avoir une tête.Avoir de la physionomie, de l'originalité dans le visage.

TÊTE, s. f. Air rogue, orgueilleux, prétentieux, de mauvaise humeur.

Faire sa tête.Faire le dédaigneux; se donner des airs de grand seigneur ou de grande dame.

TÊTE CARRÉE, s. f. Allemand ou Alsacien.

On dit aussiTête de choucroute.

TÊTE D'ACAJOU, s. f. Nègre.TÊTE DE BUIS, s. f. Crâne complètement chauve.TÊTE DE HOLZ, s. f. Allemand,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les braves Teutons ont la tête dure comme dubois.TÊTE DETURC, s. f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s'exerce à l'épigramme, à l'ironie, à l'impertinence,—et même à l'injure,—assuré qu'on est qu'il ne protestera pas, ne réclamera pas, ne régimbera pas, et ne vous cassera pas les reins d'un coup de canne ou la tête d'un coup de pistolet.

C'est une expression de l'argot des gens de lettres, qui l'ont empruntée aux saltimbanques.

TÉTER, v. n. Vider une bouteille, dans l'argot du peuple, qui prétend que le vin est «le lait des vieillards». Oui, des vieillards—et surtout des adultes.TÊTES DE CLOU, s. f. pl. Caractères déformés par un long usage. Argot des typographes.TETINES, s. f. pl. Gorge avachie,—sumenplutôt qu'uber. Argot des faubouriens.

Nous sommes loin du:«Tétin, qui fait honte à la rose,Tétin, plus beau que nulle chose,»de Clément Marot.

TETONNIÈRE, s. f. Femme ou fille que la Nature a richementavantagée,—dans l'argot du peuple, fidèle à sa langue nourricière.TETONS, s. m. pl. La gorge de la femme.

Tetons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore.

C'est un vers de Marot resté dans la circulation.

TETTES, s. f. pl. Seins,—dans l'argot des enfants.

Ce sont autant lesmamillæque lespapillæ.

TÊTUE, s. f. Épingle,—dans l'argot des voleurs.THÉÂTRE ROUGE, s. m. La guillotine,—dans l'argot des révolutionnaires un peu trop avancés.

«Demain, relâche au Théâtre rouge,» écrivait à Lebon Duhaut-Pas, un de ses émissaires.

THÉ DE LA MÈREGIBOU, s. m. Mélange insensé de choses et de mots; discours incohérent; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.THÉMIS, s. f. La Justice,—dans l'argot des Académiciens.THÊTAX, s. m. Élève de seconde année,—dans l'argot des Polytechniciens.

On l'appelle aussiAncien.

THOMAIN, s. m. Mauvais rôle,—dans l'argot des coulisses, où l'on a trouvé sans doutepannebien usée.THOMAS, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,—dans l'argot du peuple.

Passer la jambe à Thomas.Vider le goguenot.

La veuve Thomas.La chaise percée.

THUNE, s. f. Pièce de cinq francs,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussiThune de cinq balles.

TIC, s. m. Manie,toquade,—dans l'argot du peuple.

L'expression a des cheveux blancs.

TICHE, s. f. Bénéfices plus ou moins réguliers,—dans l'argot des commis de nouveautés.TICKET, s. m. Billet de chemin de fer,—dans l'argot des gandins, anglomanes par genre.

Pourquoi alors ne disent-ils pas aussisingle ticket(billet simple) etreturn ticket(billet d'aller et de retour)?

TIERS ET LE QUART(Le). Celui-ci et celui-là, les premiers venus,—unusquisque. Argot des bourgeois.

Médire du tiers et du quart.Médire de son prochain.

TIGNASSE, s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée,—dans l'argot du peuple,pour qui ces chevelures-là sont autant de nids àteigne.

A signifié au début Perruque.

On dit aussiTignon.

TIGNE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs.

S'ébattre dans la tigne.Chercher à voler dans la foule.

Signifie aussi Réunion, Cénacle.

Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu'on écriveTine.

TIGRE, s. m. Groom, petit gamin en livrée,—dans l'argot des fashionables.TIGRE, s. m.Rat, qui commence à sortir de la foule et devient troisième, puis second, puis premier sujet de la danse. Argot des coulisses.TIMBALLE(La). Dîner mensuel des artistes du théâtre de l'Opéra-Comique. Il a lieu le troisième jeudi de chaque mois.TIMBRÉ, adj. et s. Fou, maniaque, excentrique,—dans l'argot des bourgeois.

Grand timbré.Extravagant aimable, fou plaisant.

A l'origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu'elle signifie aujourd'hui: un nomme timbré était un sage, un homme ayant bonne tête.

TIMBRE-POSTE, s. m. Cartouche,—dans l'argot des chasseurs.

Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes environ, ou parce qu'elle sert à marquer le gibier?

TINETTE, s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs pour monter les matières solides d'une fosse.

Chevalier de la tinette.Vidangeur.

TINETTE, s. f. Bouche à l'haleine déplorable, sœur de celle à propos de laquelle Martial dit (Lib. I, ep. 51):

«Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,Nil mirum merdas si libet esse cani.»

TINTOUIN, s. m. Souci, tracas d'esprit; embarras d'argent ou d'affaire,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.TINTOUINER(Se), v. réfl. Se mettre martel en tête; se chagriner à propos de rien ou de quelque chose.TIRAGE, s. m. Difficulté, obstacle, rémora.

Il y aura du tirage dans cette affaire.On ne la mènera pas à bonne fin sans peine.

TIRANTES, s. f. pl. Jarretières,—dans l'argot des voleurs.TIRANTS, s. m. pl. Bas,—dans le même argot.

Tirants radoucis.Bas de soie.

Tirants de trimilet.Bas de fil.

Tirants de filsangue.Bas de filoselle.

TIRÉ A QUATRE ÉPINGLES(Être). Être vêtu avec un soin et une recherche remarquables,—dans l'argot des bourgeois, pour qui «avoir l'air de sortir d'une boîte» est le dernier mot du dandysme.TIRE-BOGUE, s. m. Voleur qui a la spécialité des montres.TIRE-JUS, s. m. Mouchoir de poche,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussiTire-moelle.


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