TIREJUTER, (Se). Se moucher.TIRE-LARIGOT(A), adv. Abondamment, beaucoup,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Rabelais.
Si j'étymologisais un peu?
Larigotétait jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte,Arigot; d'autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc,Boire à tire-larigot, c'était, c'est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes.
On a étendu le sens de cette expression: on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.
TIRE-LIARD, s. m. Avare.TIRELIRE, s. f. Lepodex,—dans l'argot ironique des ouvriers.TIRELIRE, s. f. La tête,—où se mettent les économies de l'Étude et de l'Expérience. Argot des faubouriens.TIRE-MOLARD, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voyous.TIRER, v. a. Peindre, spécialement le portrait,—dans l'argot du peuple.TIRER(Se la), v. réfl. Fuir.TIRER A BOULETS ROUGES SUR QUELQU'UN, v. n. Le poursuivre inexorablement, lui envoyer des monceaux de papier timbré,—dans l'argot des bourgeois, qui deviennent corsaires avec lesflibustiers.
On dit aussiPoursuivre à boulets rouges.
TIRER A LA LIGNE, v. n. Ecrire des phrases inutiles, abuser du dialogue pour allonger un article ou un roman payé à tant la ligne,—dans l'argot des gens de lettres, qui n'y tireront jamais avec autant d'art, d'esprit et d'aplomb qu'Alexandre Dumas, le roi du genre.TIRER AUX GRENADIERS, v. n. Emprunter de l'argent à quelqu'un en inventant une histoire quelconque,—dans l'argot du peuple.TIRER DE LONGUEUR(Se). Se dit—dans l'argot des faubouriens—d'une chose qui tarde à venir, d'une affaire qui a de la peine à aboutir, d'une histoire qui n'en finit pas.TIRER D'ÉPAISSEUR(Se), v. réfl. Se tirer d'un mauvais pas,—dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi diminuer,—en parlant d'une besogne commencée.
TIRER DES PIEDS(Se), v. réfl. S'en aller, s'enfuir.TIRER LA DROITE, v. a. Traîner la jambe droite par habitude de la manicle qu'elle a portée au bagne,—dans l'argot des agents de police, qui se servent de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.TIRER LA LANGUE, v. a. Êtreextrêmement pauvre,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiTirer la langue d'un pied.
TIRER LE CANON, v. a. Conjuguer le verbepedere,—dans le même argot.
On dit aussiTirer le canon d'alarme.
TIRER LE CHAUSSON, v. a. S'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi se battre.
TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE, v. a. Mener une vie besogneuse d'où les billets de banque sont absents, remplacés qu'ils sont par des billets impayés. Argot des bohèmes.
On dit aussiTirer la Ficelle ou la corde.
TIRER LES PATTES(Se), v. réfl. S'ennuyer,—dans l'argot des typographes, à qui il répugne probablement des'étirer les bras.TIRER SA COUPE.S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.TIRER SA LONGE, v. a. Marcher avec difficulté par fatigue ou par vieillesse,—dans l'argot des faubouriens.TIRER SES GUÊTRES, v. a. S'en aller de quelque part, s'enfuir,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefoisTirer ses grègues.
TIRER SON PLAN.Faire son temps de prison ou de bagne,—dans l'argot des voleurs.TIRER UNE DENT, v. a. Escroquer de l'argent à quelqu'un en lui contant une histoire.TIREUR, s. m.Pick-pocket.TIREUSE DE VINAIGRE, s. f. Femme de mauvaises mœurs; drôlesse,—dans l'argot du peuple.TIROIR DE L'œIL, s. m. Celui qui contient le produit de lagratte,—dans l'argot des tailleurs.TISANIER, s. m. Infirmier d'hôpital, chargé de distribuer la tisane aux malades.TITI, s. m. Gamin, voyou,—dans l'argot des gens de lettres.TOC, s. m. Cuivre,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Bijoux faux.
TOC, adj. et s. Laid; mauvais—en parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes.
C'est toc.Ce n'est pas spirituel.
Femme toc.Qui n'est pas belle.
TOCANDINE, s. f. Femme entretenue; drôlesse à la mode,—toquée.
Le mot date de 1856-57.
TOCARD, s. m. Vieux galantin.TOCARDE, s. f. Vieille coquette.TOCASSE, adj. Méchant,—dans l'argot des voleurs.TOCASSERIE, s. f. Méchanceté.TOCASSON, s. f. Femme laide, ridicule et prétentieuse,—dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussiTocassonne.
TOILE D'EMBALLAGE, s. f. Linceul,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à la serpillière de l'hôpital.TOILES SE TOUCHENT(Les) Se dit—dans l'argot du peuple—lorsqu'on n'a pas d'argent en poche.TOILETTE, s. f. Morceau de serge verte dans lequel les cordonniers enveloppent les souliers qu'ils portent à leurs pratiques: morceau de percaline noire dans lequel les tailleurs enveloppent les vêtements qu'ils portent à leurs clients.TOILETTE, s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des condamnés à mort,—dans l'argot des prisons.
On dit aussiFatale toilette.
TOISER, v. a. Juger des qualités ou des vices de quelqu'un,—dans l'argot du peuple, pour qui unhomme toiséest un homme jugé et souvent condamné.TOISON, s. f. Chevelure opulente, absalonienne,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon,» dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête. (Liv. IV, ch.LV.)
Signifie aussiPudenda mulieris.
TOITURE, s, f. Chapeau, coiffure quelconque,—dans l'argot des faubouriens.TOLÈDE(De). Excellent, de premier choix,—dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela à propos de tout, en souvenir ironique des fameuseslames de Tolèdedes Romantiques.TOLLARD, s. m. Bureau,—dans l'argot des voleurs.TOMBEAU, s. m. Le lit,—dans l'argot des ouvriers, qui s'y enterrent chaque soir avec plaisir, et s'en relèvent chaque matin avec ennui.TOMBER, v. a. Faire tomber; terrasser;—dans l'argot des amis du pugilat.TOMBER, v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures,—dans l'argot des gens de lettres.TOMBER A PIC, v. n. Arriver à propos,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression aussi bien à propos des gens que des choses.TOMBER DANS LE BœUF, v. n. Devenir pauvre, misérable,—dans l'argot des ouvriers.TOMBER DE LA POÊLE DANS LA BRAISE, v. n. N'éviter un petit ennui que pour tomber dans un plus grand; n'avoir pas de chance. Argot du peuple.
C'est l'Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdimdes lettrés.
TOMBER DESSUS, v. n. Maltraiter en paroles ou en action.TOMBER EN FIGURE.Se trouver face à face avec un individu qu'on cherche à éviter, ennemi ou créancier.TOMBER MALADE, v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.TOMBER PILE, v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.TOMBER SOUS LA COUPE DE QUELQU'UN, v. n. Être à sa merci; vivre sous sa dépendance.TOMBER SUR LE DOS ET SE CASSER LE NEZ.Se dit d'un homme à qui rien ne réussit.TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE.Se dit d'une jeune fille qui, comme Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois.TTOMBER SUR UN COUP DE POING.Recevoir un coup de poing sur le visage et mettre les avaries qui en résultent sur le compte d'une chute.TOMBER UNE BOUTEILLE.La vider, la boire.TOMBEUR, s. m. Lutteur; homme quitombeses rivaux.TOMBEUR, s. m. Acteur plus que médiocre, et, à cause de cela, habitué à compromettre le succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des coulisses.TOMBEUR, s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.TONDEUR D'œUFS, s. m. Homme méticuleux, tracassier, insupportable par ses minuties, par sa recherche continuelle de la petite bête. Argot du peuple.TONDRE, v. a. Tailler les cheveux, les raser,—dans l'argot du peuple, qui prend les hommes pour des chiens et les industriels à sellette du Pont-Neuf pour des Figaros.
C'est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d'irrévérence amicale, appelaient Napoléon lePetit Tondu...
La Fontaine a employé cette expression dans un de sesContes:
«Incontinent de la main du monarqueIl se sent tondre...»
Au fait, pourquoi rougirait-on de direTondre, puisque l'on ne rougit pas de direTonsure?
TONNEAU, s. m. Degré; qualité d'une chose ou d'une personne, ironiquement.
Être d'un bon tonneau.Être ridicule.
TONNER, v. n.Crepitare,—dans l'argot facétieux des petits bourgeois.TONISSIME, pronom pers. inventé par Nadar, qui ne peut se décider àvostrissimerles gens qu'il connaît.TONTON, s. m. Oncle,—dans l'argot des enfants.TOPER, v. n. Consentir à quelque chose,—dans l'argot du peuple.TOPER, v. n. Questionner un compagnon qu'on rencontre,—dans l'argot des ouvriers qui font leur tour de France.TOPO, s. m. Plantopographique,—dans l'argot des officiers d'état-major.
Se dit aussi pour Officier d'état-major.
TOQUADE, s. f. Manie,dada.TOQUADE, s. f. Inclination, caprice,—dans l'argot de Breda-Street.TOQUADEUSE, s. f. Drôlesse qui s'amuse à la moutarde du sentiment au lieu de songer aux protecteurs sérieux.TOQUANTE, s. f. Montre,—dans l'argot des faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette expression:
«Il avait la semaineDeux fois du linge blanc,Et, comme un capitaine,La toquante d'argent.»
«Il avait la semaineDeux fois du linge blanc,Et, comme un capitaine,La toquante d'argent.»
«Il avait la semaine
Deux fois du linge blanc,
Et, comme un capitaine,
La toquante d'argent.»
Les voleurs disaient autrefoisToque, une onomatopée—tic-toc.
TOQUÉ, adj. et s. Fou plus ou moins supportable; maniaque plus ou moins aimable; original. Argot du peuple.
Le patois normand aToquardpour Têtu.
TOQUEMANN, s. m. Excentrique, extravagant, toqué,—dans l'argot des petites dames.TOQUER(Se), v. réfl. S'enthousiasmer pour quelqu'un ou pour quelque chose; s'éprendre subitement d'amour pour un homme ou pour une femme.TORCHE-CUL, s. m. Journal,—dans l'argot du peuple, qui ne prise la politique et la littérature que comme aniterges.TORCHER(Se), v. réfl. Se battre.TORCHER(Se). Se servir d'une aniterge.TORCHER DE LA TOILE, v. a. Se hâter de faire une chose, aller rapidement vers un but,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.TORCHER LE CUL DE...(Se). Faire peu de cas, mépriser profondément,—dans l'argot du peuple, qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à propos des gens comme à propos des choses.TORCHER LE NEZ(S'en). Se passer d'une chose.TORCHON BRÛLE(Le). Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se fâcher.TORDRE LE COU A UNE BOUTEILLE.La boire,—dans l'argot du peuple.TORDRE LE COU A UN LAPIN.Le manger.TORD-BOYAUX, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.TORGNOLE, s. f. Soufflet ou coup de poing,—dans l'argot du peuple.TORPIAUDE, s. f. Femme de mauvaise vie,—dans l'argot des paysans de la banlieue.TORPILLE, s. f. Femme galante. Circé parisienne qui ravit les hommes et les change en bêtes.
Le mot est de H. de Balzac, qui l'a appliqué à une de ses héroïnes, la courtisane Esther.
Torpille d'occasion.Fille de trottoir.
TORSE, s. m. Estomac,—dans l'argot des faubouriens.
Se rebomber le torse.Manger copieusement.
Se velouter le torse.Boire un canon de vin ou d'eau-de-vie.
TORSE, s. m. Tournure, élégance,—dans l'argot des artistes et des gens de lettres.
Poser pour le torse.Marcher en rejetant la poitrine en avant pour montrer aux hommes, quand on est femme, combien on estavantagée, ou pour montrer aux femmes quand on est homme, quel gaillard solide on est.
TORSEUR, s. m. Homme qui fait des effets de torse.
Expression créée par N. Roqueplan.
TORTILLARD, s. m. Fil de fer,—dans l'argot des voleurs.TORTILLARD, s. m. Boiteux,—dans l'argot des faubouriens.TORTILLER, v. a. et n. Manger.TORTILLER, v. n. Faire des façons, hésiter,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie jamais ce verbe qu'avec la négative.
Il n'y a pas à tortiller.Il faut se décider tout de suite.
On dit aussiIl n'y a pas à tortiller des fesses ou du cul.
TORTILLER, v. n. Avouer, dans l'argot des voleurs.TORTILLER DE L'œIL, v. n. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussiTourner de l'œiletÊtre tortillé.
TORTILLETTE, s. f. Bastringueuse, fille qui se déhanche exagérément en dansant.
Se dit aussi d'une Petite dame qui tortille de la crinoline en marchant, pourallumerles hommes qui la suivent.
TORTILLON, s. m. Petite servante, fillette.TORTORER, v. a. et n. Manger,—dans l'argot des marbriers de cimetière.TORTU(Le), s. m. Le vin,—dans l'argot des voleurs, qui, fils de la terre pour la plupart, savent que la vigne est une plante sarmenteuse, contournée, torte, et qui ont voulu donner son nom à son produit.TOUCHE, s. f. Physionomie, façon d'être, allure,—dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement ce mot en mauvaise part.
Bonne touche.Tête grotesque.
Avoir une sacrée touche.Être habillé ridiculement ou pauvrement.
TOUCHE, s. f. Coup de poing ou coup de couteau.TOUCHÉ, adj. Réussi, éloquent,—dans l'argot des faubouriens et des gens de lettres.
Article touché.Bien écrit.
Parole touchée.Impertinence bien dite.
TOUCHER LES FRISES.Obtenir un grand succès, s'élever à une grande hauteur tragique ou comique. Argot des coulisses.TOUCHER SON PRÊT, v. a. Être l'amant en titre d'unefille,—dans l'argot des souteneurs, qui ne craignent pas de faire leur soupe avec cettemarmite.
On dit aussiAller aux épinards.
TOUILLAUD, adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot du peuple.TOUILLER, v. a. et n. Remuer, agiter un liquide,—dans l'argot du peuple.
C'est une expression provinciale.
TOUPET, s. m. Aplomb, effronterie.
Payer de toupet.Ne pas craindre de faire une chose.
TOUPET, s. m. La tête.
Se foutre dans le toupet.S'imaginer, s'entêter à croire.
TOUPIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui tourne au gré du premier venu,—dans l'argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles.
Les voyous anglais emploient la même expression (gig) à propos des mêmes créatures.
TOUPIE, s. f. La tête,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir du vice dans la toupie.Être très malin, savoir se tirer d'affaire.
TOUPILLER, v. n. Aller et venir, tourner comme unetoupie.
Beaumarchais l'a employé dansle Barbier de Séville.
On dit aussiToupier.
TOUPIN, s. m. Boisseau,—dans l'argot des voleurs.TOUPINIER, s. m. Boisselier.TOUR, s. m. Farce; tromperie.
Faire voir le tour.Tromper.
Connaître le tour.Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.
TOUR DEBABEL, s. f. Chambre des Députés,—dans l'argot des faubouriens.TOUR DE BÊTE(Au), adv. A l'ancienneté,—dans l'argot des troupiers.
Passer capitaine à son tour de bête.Être nommé à ce grade, non à cause des capacités militaires qu'on a montrées, mais seulement parce qu'on a vieilli sous l'uniforme.
TOUR DE BÂTON, s. m. Profit illicite sur une affaire, ressources secrètes. Argot des bourgeois.TOURLOURER, v. a. Tuer, assassiner,—dans l'argot des voleurs.TOURLOUROU, s. m. Soldat d'infanterie,—dans l'argot du peuple.
Francisque Michel pousse une pointe jusqu'auXIVesiècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot:turlereau,turelure,tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos! Pourquoi? Tout simplement parce que le mottourlourouest moderne.
TOURMENTE, s. f. Colique,—dans l'argot des voleurs.TOURNANT, s. m. Moulin,—dans le même argot.TOURNANTE, s. f. Clé,—dans le même argot.TOURNÉ, adj. Mou,—dans le même argot.
Tournée.Molle.
TOURNE-A-GAUCHE, s. m. Homme sur le caractère duquel on ne peut compter,girouette. Argot du peuple.TOURNE-AUTOUR, s. m. Tonnelier,—dans le même argot.TOURNÉE, s. f. Rasade offerte sur le comptoir du marchand de vin,—dans l'argot du peuple.
Offrir une tournée.Payer à boire.
TOURNÉE, s. f. Coups reçus ou donnés.
Payer une tournée.Battre.
TOURNER AUTOUR DU POT, v. n. N'oser parler franchement d'une chose; hésiter avant de demander une grâce, un service.TOURNER DE L'œIL.Se pâmer, s'évanouir de plaisir.TOURNER DE L'œIL.S'endormir.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
TOURNER EN EAU DE BOUDIN, v. n. Se dit d'une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d'une entreprise qui avorte, d'une promesse qu'on ne tient pas.
Faire tourner quelqu'un en eau de boudin.Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.
TOURNER LA VIS, v. a. Tordre le cou à quelqu'un.TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,—dans l'argot des marins.TOURNIQUET, s. m. Moulin,—dans l'argot des voleurs.TOURTOUSE, s. f. Corde, lien,—dans le même argot.
C'était autrefois une expression et une chose officielles, lefunis strangulatoriusqu'employait M. de Paris pour lancer les criminels dans l'éternité.
TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter.TOURTOUSIER, s. m. Cordier.TOUSSER, v. n. Ce verbe—de l'argot des faubouriens—ne s'emploie qu'à un seul temps et dans les deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme je tousse,»—c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or. «Elle n'est pas belle, non! c'est que je tousse!» c'est-à-dire: Elle est très belle.TOUT DE CÉ, adv. Très bien, tout de go,—dans l'argot des voleurs.TOUTES FOIS ET QUANTES, adv. Toutes les fois,—dans l'argot du peuple.
Une vieille et très française expression, presque latine (toties quoties), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.
TOUTIME, adj. Tout,—dans l'argot des voleurs.TOUTOU, s. m. Chien,—dans l'argot des enfants, qui disent cela à propos d'un terre-neuve aussi bien qu'à propos d'un King's Charles.
Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que MmeDeshoulières a consacré:
«Bonjour, le plus gras des toutous,Si par hasard mon amitié vous tente,Je vous l'offre tendre et constante:C'est tout ce que je puis pour vous.»
«Bonjour, le plus gras des toutous,Si par hasard mon amitié vous tente,Je vous l'offre tendre et constante:C'est tout ce que je puis pour vous.»
«Bonjour, le plus gras des toutous,
Si par hasard mon amitié vous tente,
Je vous l'offre tendre et constante:
C'est tout ce que je puis pour vous.»
TRAC, s. m. Peur,—dans l'argot du peuple.
Avoir le trac.Avoir peur.
Letrac, autrefois, c'étaient les équipages de guerre;traca, dit Du Cange. «Compagnons, j'entends le trac de nos ennemis,»—dit Gargantua.
TRACQUER, v. n. Avoir peur.TRACQUEUR, s. m. Poltron.TRADITION, s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui.
Se dit aussi pour Addition à un rôle.
Les traditions—à la Comédie française,—sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de l'orchestre.
TRAIN, s. m. Vacarme, rixe de cabaret,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Émeute.Il y aura du train dans Paris.On fera des barricades et l'on se battra.
Originairement le mot signifiaitProstibulum, et, par une métonymie fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue l'effet. De même pourBousin.
TRAIN(Du)! Vite!—dans l'argot des petites dames.TRAIN(Être en). Commencer à se griser,—dans l'argot des bourgeois.TRAÎNE, s. f. Queue de robe exagérée mise à la mode, en ces derniers temps, par lestraînées, qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple.TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond; flâneur.TRAÎNE-PAILLASSE, s. m. Fourrier,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussiGratte-papieretRogneur de portions.
TRAÎNER LA SAVATE, v. a. Être misérable, n'avoir rien à se mettre sous la dent ni aux pieds,—dans l'argot des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni de pain.
C'est leto shuffle alongdes Anglais.
TRAÎNER LE CHEVAL MORT, v. a. Avoir du travail payé d'avance,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussiFaire du chien.
TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE PART, v. a. Aller quelque part, se promener,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiTraîner ses guêtres.
TRAÎNEUR DE SABRE, s. m. Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d'effet en faisant beaucoup de bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles, amies des soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens avaient aussi leurmachærophorus...
Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste demaquereau. Qu'en pensent messieurs les étymologistes?...
TRAIN-TRAIN, s. m. Train ordinaire de la vie; habitudes.
Suivre son petit train-train.Ne pas interrompre ses habitudes.
On dit aussitran-tran.
TRAIT, s. m. Caprice amoureux,—dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Avoir un trait pour un miché.Ne rien exiger de lui que son amour, se passer degants.
TRAITER, v. a. et n. Donner à dîner; régaler,—dans l'argot des bourgeois.TRAITER DU HAUT EN BAS.Parler à quelqu'un avec colère,—et même avec mépris.TRAITS, s. m. pl. Infidélité conjugale,—dans l'argot des bourgeoises.
Faire des traits à sa femme.La tromper en faveur d'une autre, latrahir.
TRALALA, s. m. Embarras, cérémonies; luxe de toilette.—dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son tralalaousur son grand tralala. S'habiller coquettement, superbement.
TRANCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,—dans l'argot des voleurs, qui ontempruntécette expression aux Précieuses.TRANQUILLE COMMEBAPTISTE, adj. Extrêmement sage, calme, tranquille,—dans l'argot du peuple.TRAPILLON, s. m. Bande de bois qui bouche les coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot des machinistes.TRAVAIL, s. m. Chose difficile à faire,—dans l'argot des saltimbanques.
Beau travail.Tour extraordinaire ou nouveau.
TRAVAIL, s. m. Action de manger,—dans l'argot des francs-maçons.TRAVAILLER, v. n. Voler.TRAVAILLER, v. n.Aller au persil.TRAVAILLER LE CADAVRE, v. a. Battre quelqu'un, au propre, ou en médire, au figuré,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussitravailler les côtes.
TRAVAILLER LE SUCCÈS, v. a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot des coulisses.TRAVAILLER POUR LE ROI DEPRUSSE, v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout,—dans l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire que les successeurs du grand Frédéricpayaient leurs soldats fort chichement.
On dit aussiTravailler pour la gloireetTravailler gratis pro Deo.
TRAVAILLER POUR M.DOMANGE, v. n. Manger.TRAVAILLER QUELQU'UN, v. a. L'obséder d'une chose, insister afin d'obtenir ce qu'on lui demande; revenir souvent à la charge auprès de lui.TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,—dans l'argot des voleurs.TRAVERSE(En), adv. Travaux forcés à perpétuité,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussiA perte de vue.
TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme joué par une femme, amoureux ou page. Argot des coulisses.TRAVIATA, s. f. Filleperdue,—dans l'argot des élégants qui n'osent pas direcocotte.
Introduit pour la première fois en littérature par l'Evénement(1eroctobre 1866).
TRAVIOLE(De), adv. De travers,—dans l'argot du peuple.TRÈFLEouTREF, s. m. Tabac,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussiTréfoin.
Longuette de tref.Tabac en carotte.
On dit aussiTrifois,—d'oùTrifoissièrepour Tabatière.
TRÈFLE, s. m. Lepodex,—dans l'argot des faubouriens.
Vise-au-trèfle.Apothicaire.
TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,—dans l'argot des faubouriens.TREMBLEMENT, s. m. Bataille,—dans l'argot des troupiers.TREMBLEMENT(Et tout le), adv. Au complet,—dans l'argot du peuple.TREMPE, s. f. Vigoureuse et brutale correction.
On dit aussiTrempée.
TREMPÉ(Être). Être mouillé par la pluie.TREMPER, v. a. Battre.TREMPER, v. n. Souper, manger,—dans l'argot des ouvriers.TREMPER SON PIED DANS L'ENCRE, v. a. Être consigné,—dans l'argot des vieux troupiers.TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN, v. a. Le maltraiter rudement, par paroles ou par action. Argot du peuple.TREMPETTE, s. f. Biscuit ou morceau de paintrempédans un doigt de vin.
Faire la trempette.Déjeuner d'un morceau de pain trempé dans un verre de vin.
TREMPETTE, s. f Pluie,—dans l'argot des faubouriens.TREMPLIN, s. m. La scène—dans l'argot des coulisses.TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière élégance, suprême bon ton,—dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son trente-et-un.Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe,—l'habit à manger du rôtietla robe à flaflas.
On dit aussiSe mettre sur son trente-sixetsur son quarante-deux.
TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s. m. Letroisième dessousdes gens amis de l'hyperbole.TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.TRÉPIGNER, v. a. Accabler de coups.TREPPE, s. m. Peuple; foule,—dans l'argot des voleurs.
S'esbattre dans le treppe.Se mêler à la foule.
J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec τρεπω [grec: trepô] (tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).
TRIANGLE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des francs-maçons.TRIANGLE, s. m. La bouche,—dans l'argot des rapins, qui se rappellent leursprincipesde dessin, s'ils oublient ceux de la bienséance.
Clapoter du triangle.Avoir l'haleine homicide.
TRIAU, s. m. Ennui,trimage,—dans l'argot des ouvriers.TRIBOULET, s. m. Homme grotesque, servant de jouet aux autres,—en souvenir du fou de Louis XII et de François Ier.TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir, sauter d'aise, remuer de joie. Argot du peuple.TRICHARD, adj. et s.Tricheur.TRICHER, v. a.Moucher la chandelle,—dans l'argot des bourgeois.TRICHINE, s. f. Petite dame, naturellement mêlée à toutes lescochonneriessociales, et qui peut empoisonner les imprudents qui la consomment, la trouvant appétissante.TRICHINER(Se). Déjeuner avec de la charcuterie.
L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l'invention des trichines que certains médecins allemands—ou iroquois—affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit!