FER A REPASSER.Soulier.FERMER SON PLOMB.Se taire.FERRÉ(Être). Argot des écoles: connaître parfaitement les matières qui figurent au programme d'un examen; être instruit.FESSE.Argot des voyous. Prostituée.FÊTARD.Le langage populaire qui avait déjàfêteura trouvé que cela ne suffisait pas.Fêtard,fêteur, qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à s'amuser. «Le fêtard est un être particulier dont toute l'occupation en ce monde est de se divertir. «Le fêtard ne se met jamais martel en tête que lorsque le grand H... ou la petite Valérie se fontexcuser au prochain souper.» (Illustration, nov. 1885.)FEU(Avoir du). Argot des enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution au jeu dit des quatre-coins. As-tu du feu? signifie: Es-tu prêt à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l'origine de cette expression: on sait que les gamins ne se gênent pas pour fumer. Or, l'un d'eux ayant un jour une cigarette éteinte, voulut prendre du feu à la cigarette allumée d'un des trois autres joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième, le patient, le pot.FEUILLE.«Les filles d'Eve ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les modes... A Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des Feuilles.» (Théo-Critt:Nos farces à Saumur.)FEUILLES(Bonnes). Les passages les plus remarquables d'un livre, d'une brochure.FEUILLÉES.Latrines. Argot du régiment. Allusion aux branches d'arbres que l'on place, au camp, autour des cabinets pour les dissimuler.FICHER DANS LA DOUANE(S'en). S'ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.FIGNOLE.Joli. (Richepin.) V. Delvau,Fignoler.FIGURANT DE LA MORGUE.Cadavre.FILER UNE PURGE.Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. L..., de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).» (Autorité, janvier 1888.)FILLE(Petite). Demi-bouteille de vin.FILS D'ARCHEVÊQUE.Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c'est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut. «Une promotion (à l'Ecole navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait... que par le nécessité de faire une position à quelque fils d'archevêque.» (Mot d'ordre, 1887.)FIOLE.Souper de la fiole de quelqu'un, en être fatigué, importuné.FIOLER.Dévisager.FISTOT.Elève de première année à l'Ecole navale. «Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.» (Illustration, octobre 1885.)FLAMBÉ(Être). Être perdu. (V. Delvau.) «Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés!» (Journal officiel, juin 1882.)FLAMBEAU.Factionnaire. Argot des soldats.FLAQUIN.Recherché dans sa mise.FLAUPER.Battre.FLEUR DE MACADAM.Fille galante qui bat le trottoir. «Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.» (Evénement, 1880.)FLÛTE.Verre de bière.FOIES BLANCS(Avoir les). Être timide, manquer de courage, d'audace.FOIRER.Avoir la dysenterie. Expression très triviale. (V. Foire auDictionnaire.)FOIRER.Avoir la foire.FOIRON.Derrière.FORTIFES.Fortifications. «C'est tout en haut de la rue d'Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.» (Evénement, juillet 1887.)FOUILLE.Poêle. Delvau donneFouillouseet Littréfouilleuse.FOUILLEUSE.Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir. «Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme...» (Gazette des Tribunaux, 1875.)FOULE(Faire). Avoir du succès; attirer la foule.FOUR A BACHOT.«Déjà, dès cette époque, il s'était créé à Paris et même en province des établissements spéciaux que l'on connaissait alors sous le nom pittoresque de fours à bachots; leur spécialité, c'était de gaver en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que comportait un programme qui devait se répartir sur dix années d'études.» (XIXeSiècle, mai 1884.)
LeFour à bachotexiste encore aujourd'hui sous cette appellation plaisante et vraie.
FOURCHETTE(Lancer un coup de). Porter à l'adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d'un mouvement rapide, l'index et le doigt majeur écartés.FOURNAISE.«Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l'effigie de la République qu'ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises; c'est ainsi qu'on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie.» (Figaro, mars 1884.)FOURNEAU.Vagabond,—dans l'argot des saltimbanques.FOUTOIR.Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d'un lieu public ou d'une maison privée qui admettent une grande licence.FRAIS(Mettre au). Emprisonner. On dit aussiMettre à l'ombre.FRANC.Argot militaire. Bon, agréable. Pas d'exercice, demain! c'est franc! (Ginisty:Manuel du parfait réserviste.)FRANGEUSE.Nécromancienne. «Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que MmeBailly lisait l'avenir dans le marc de café.» (Gil Blas, juillet 1884.)FRÉQUENTÉE.Femme galante et à la mode. «Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ontréduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de boursiers.» (Evénement, septembre 1884.)FRICOTER.«Les secrétaires, les commis d'état-major qu'on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d'une immense table.» (Constitutionnel, août 1882.)FROTTEUR.Argot de Police. «Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle; pour toucher d'une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d'eux.» (Giffard:Les grands bazars.)FRUCHE.Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.FUMERON.Repasseuse.FUMEUSE.Siège où l'on s'assied pour fumer commodément.—Chandelier.FUMEUX.Sobriquet donné en 1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l'on s'amuse. «Tout le monde pschutteux s'était donné rendez-vous à cette solennité parisienne entre toutes: les petits fumeux et les horizontales de toutes marques s'écrasaient dans le promenoir.» (Evénement, juillet 1884.)FUMISTER.Mentir.FUMISTERIE.Mauvaise plaisanterie.FURET.«Une des grèves les plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les hommes qui la composent se nomment furets. C'est à cette grève que les personnes qui ont besoin d'un individu pour porter un fardeau ou qui désirent faire faire un grossier ouvrage, se rendent et choisissent un de ces malheureux...» (Rappel, octobre 1884.)FUSÉE.Argot des gens de Bourse. La fusée est l'enlevée en hausse d'une valeur. On entend dire couramment à la Bourse: Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.FUSIL.Chasseur. «Ils (les reporters) n'appellent pas un chat, un chat; ils ne disent pas d'un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J'ai lu, cette semaine, à propos d'une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante: «Invités: douze fusils des deux sexes.» (Claretie.)FUSIL A DEUX COUPS.Pantalon.FUSILLEUR.On appelle ainsi, dans l'argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l'intention de ne jamais les payer. «Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n'ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.» (Droit, août 1886.)
G
GAFF.Gardien de la paix en bourgeois. V. plus basGuignol.GAFFER.Commettre des fautes, des sottises.GAFFEUR,EUSE. Du verbe argotiquegaffer, commettre des impairs. «J'en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (Charivari, avril 1887.)GAFFIER.Synonyme de l'argotgaffeur. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.» (Bataille, nov. 1885.)Gaffeurest beaucoup plus usité.GAFILLER.Ecouter attentivement; prêter attention à... Argot des rôdeurs.GALETTE.Petit pain rond et plat qu'on sert dans certains restaurants.GALOPIN.Petit verre de bière.GALUPE.Femme, fille de mauvaise vie.
«Les galup's qu'a des ducatonsNous rincent la dent.»(Richepin.)
GALUPIER.Qui entretient des galupes. (Richepin.)GAMAHUTER.Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu gamahuter dans les bureaux duCri du Peupleet il a été acquitté.» (Cri du Peuple, avril 1885.)GAMBETTE.Jambe.Jouer des gambettes, fuir.GAMBIER.Pipe en terre. Du nom du fabricant.GAMELLE(Ramasser une). Argot militaire. Tomber.GANDIN.Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, cemuffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière:Sans métier.)GANTIÈRE.«En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.» (Voltaire.)GARGAROUSSE.Gosier. (Richepin.)GATEAU.Séquence. Argot des joueurs. V.infra: séquence.GATEZAR.Elève de l'Ecole des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption deGars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.GAVE.Estomac. (Richepin.)GÉNÉ.Général. Argot de l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais lecolo, le général, mais le géné... (Gil Blas, juin 1882.)GIBERNEUR.«On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles.» (Journal des Débats, déc. 1882.)
Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.
GLU.Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin,La Glu, jouée au théâtre de l'Ambigu. La Glu, c'est l'ancienne cocotte, labelle petiteou latendressed'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames desGlus. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu... Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille un peu calembourg avec les grues.Bis in idem.Cela a l'avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.» (Monde illustré, 1883.)GNIASSE(Mon). Je, moi, me. (Richepin.)GNIOLE.V. Delvau.Gnon.GONDOLE.«Gondole est passé dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité récuse et dont la mode ne veut plus.—Non, trop gondole! a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (Evénement, mai 1887.)GONDOLER(Se). C'est, dans l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière: rire à se tordre.GOSSINET.Petit enfant dans le langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera, c' t' enfant.» (Petite République française, février 1887.)GOUPILLONNARD.Clérical, religieux. «Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.» (République anti-cléricale, août 1882.)GOURDE.Niais, imbécile.GRAND SINGE.Président de la République.GRAS.Latrines. (Richepin.)GRATE.Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.GRATIN.Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères—non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage—appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c'est legratin du gratin.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey:Le Billet rouge.)
Degratin, on a forgé le verbegratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectifgratinant, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro, mars 1884.)
GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE.Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (Gil Blas, octobre 1885.)
GRECQUER.Tricher au jeu.Se faire grecquer, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.» (Gil Blas, juillet 1884.)GRÈVE.Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécrationduDictionnaire de l'Académieet ne se trouve pas davantage dans leDictionnairede Littré. C'est d'ailleurs moins un terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en témoignent lesOrdonnances de Police. «Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (Rappel, octobre 1884.)GRILLANTE.Cigarette. Argot du peuple.GRILLER(Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.GRIMACE.Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.GRIPPART.Chat. (Richepin.)GROS CUL.Chiffonnier aisé.GRUBLER.Grogner. (Richepin.)GUEULARD.Argot du peuple, de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Legueulardest un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin...» (Français, nov. 1884.)GUIGNOL.Gendarme. Argot des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)...Petit Journal, mai 1886.GUINDER LES PORTES.Argot théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes ditesfilsde façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.
H
HARICOTER.Spéculer. «Il négocie sur tout, spécule sur tout, gagne sur tout, se mêle à toutes les entreprises, s'immisce à tous les négoces. On appelle cela haricoter.» (Echo de Paris, nov. 1884.)HARNACHÉ.Terme de joueurs. Préparé d'avance, falsifié.Roulette harnachée, roulette pipée, machinée clandestinement.
«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit il y a quelques années à Paris...» (Henri IV, 1881.)
HARNAQUÉ.Même sens que le mot précédent dont il est une déformation. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses... qui vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité de harnaquer les petits chevaux.» (Temps, avril 1887.)HIRONDEAU.Les tailleurs qui changent fréquemment de maisons reçoivent la qualification d'hirondeau. (Henri IV, 1882.)HIRONDELLE.Bateau qui, sur la Seine, sert au transport des voyageurs. (V.Mouche.)—Dans les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le nom d'hirondellele voyageur, le touriste qui vient se promener, prendre des bains de mer oufaireune saison. Comme l'hirondelle, le voyageur vient aux approches du beau temps et disparaît avec la belle saison.HORIZONTALE.Femme galante. Il y a plusieurs sortes d'horizontales. D'abordl'horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l'on s'amuse; puis,l'horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie; enfin l'horizontale de petite marquequi n'a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mothorizontalea été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur même deDenise, les horizontales virent le jour. «Depuis longtempsle baron de Vaux (un rédacteur duGil Blas) qualifiait du doux nom detendresseles marchandes de sourire. Il disait «une tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.
«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. LeVoyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à laposition horizontale. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à celles qui sont de son avis. L'horizontalefit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns veulent que ce mothorizontalesoit une réminiscence de ce passage desReisebilderoù Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser laphilosophie horizontale. Un abonné deLa République françaisefait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mothorizontalequi désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile. On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque...» (Illustration, juin, 1883.)
D'horizontaleest dérivéhorizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut horizontalisme...» (Figaro, juillet, 1884.)
HOUSETTE.Botte.HUILE.Officier supérieur, dans la langue verte du troupier. «Le général convie demain dans un repas de trente couverts tous les gros bonnets militaires, ceux que les soldats appellent indifféremment les Huiles ou les Grosses légumes.» (Figaro, sept. 1887.)HUILE(A l'). Gratis, pour rien. Argot de coulisses. «Comme un figurant doit toujours faire la première semaine à l'œil, c'est-à-dire à l'huile, en terme de métier...» (Figaro, déc. 1885.)HUITRERIE.«C'est la drôlerie de pensée, l'erreur de plume, qui, par précipitation, par manque de réflexion, échappe surtout à l'écrivain.» (J. Claretie:Le Temps, avril 1882.)
Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.
HURF.Beau, joli. On écrit aussiurph.HURLUBIER.Vagabond, idiot, fou.
I
IGNORANTIN.Frère des Ecoles de la Doctrine chrétienne.
On dit aussiIgnoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)
ILOTIER.Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.» (Petite République française, mai 1882.)IMPÉRATRICE(Faire l'). Le français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes. Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage aussi curieux que rare:Centuria librorum absconditorum. pp. 404et circa.INDIENNE.Vêtements, effets. Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert:Mon Bagne.)INFLUENCÉ(Être). Être légèrement ivre.INSECTE.Gamin.INSÉPARABLES.Cigares qui se vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo, de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (Dix-neuvième Siècle, avril 1885.)INTERVIEWER.Encore un mot d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas,interroger,questionneroureporter,courriériste. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est alléinterwieverla regrattière d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.) «Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever... le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.» (P. Ferrier.)INVITEUSE.Fille qui sert dans les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.» (Citoyen, avril 1882.)
J
JABLO(Grand). Lumière électrique. Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom de Jablockoff.JACOBITE.Argot politique. On appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don Carlos. «M. Cornély consacre dans leMatinun article aux Jacobites ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.» (Univers, juillet 1884.)JACQUES(Faire le). Argot militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant. S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole du soldat. (Ginisty:Manuel du parfait réserviste.)JAM' DE LAV'.Traduction: Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l'agence.—Jam' de lav'! répond le jeune homme.—Comment! jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence, qui comprenait le parisien.» (Figaro, 1886.)JÉROMISTE.Partisan du prince Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.» (Henri IV, 1881.)JOSEPH.Couteau. Argot des malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de Joseph.» (A. Humbert:Mon Bagne.)JOSÉPHINE.La cagnotte, dans le jargon des joueurs.Bourrer Joséphine; entretenir la cagnotte. «Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortementJoséphine.» (Tricolore, mars 1884.) V. sur une autre acception deJoséphine,infraau mot princesse.JOUER LE POINT DE VUE.Argot de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle» qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.» (Carle des Perrières:Le Monde qui triche.)JOUER LE MOT.Argot théâtral. Souligner chaque mot à effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on représente.JOUER A L'AVANT-SCÈNE.Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de façon à se mettre en plus intime communication avec le public.JUS.Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaientjus de grenouilleet les autresjus, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans le jus.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
L
LAD.Garçon d'écurie. «Autour du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (Vie Parisienne, 1882.)LAÏQUE(La). L'école laïque. «Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (Petite République française, février 1887.)LAMA(Grand). Chef, maître suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (Figaro, avril 1884.)LAMPION ROUGE.Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.LANGOUSTE.Argot du peuple. Chaussettes.LANCINER.Ennuyer.Lancinant, ennuyeux.LANGUILLEUR.«Joseph, deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serrejusqu'à ce qu'ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (Paris-Journal, 1882.)LANTERNER.N'être plus apte aux choses de l'amour. «—Dis-moi, petite... crois-tu que...?—Dame! vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...—Ben oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...» (Almanach des Parisiennes, 1882.)LAOUTH.Cheval. Argot des régiments d'Afrique.LAPIN DU BOIS DEBOULOGNE.Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne,quaerentes quos devorent. «Ces amoureuses vagabondes, qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (République française, juin 1885.)LARDON.Jeune homme. Argot du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.» (Mirliton, journal, oct. 1885.)LARGE(Envoyer quelqu'un au). L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah! bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (Vie Parisienne, 1882.)LAVER!(Va te). Expression injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!LEDRU-ROLLIN.Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle lesLedru-Rollin, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa veuve.» (J. Vallès:Tableau de Paris.)LÉGITIMARD.Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime.—Qui se rapporte à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,Les légitimards ont fêtéPar un petit banquet en chambreL'anniversaire peu vanté.»(L'Esclave Ivre, no4.)
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,Les légitimards ont fêtéPar un petit banquet en chambreL'anniversaire peu vanté.»(L'Esclave Ivre, no4.)
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L'anniversaire peu vanté.»
(L'Esclave Ivre, no4.)
LÉSÉE.Femme. «La frangine! Je n'y ai seulement pas parlé! Elle ferait bien mieux de s'occuper de ses lésées (femmes)!» (A. Humbert:Mon bagne.)LÉGUME.Fonctionnaire.Gros légume.Fonctionnaire puissant et haut placé.LEVER.Trouver. «Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)...» (Humbert:Mon bagne.)LICHE-A-MORT.Buveur intrépide. Langage plus que familier. «Il absorbe une bouteille qui file gentiment, puis une seconde; jamais on n'avait vu un liche-à-mort de sa force.»Gazette des Tribunaux, juillet 1884.)LICHER LE MORVIAU.(Se). S'embrasser.LICHOTER UN RIGOLBOCHE.Argot du peuple. Faire un bon dîner. «On va trimballer sa blonde, mon vieux; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.» (Huysmans:Sœurs Vatard.)LICO.Immédiatement. Abrév. d'illico.LIGNE.Bande d'individus.LIGOT.Grande ficelle dont se servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis le corps, à la ceinture.LITTÉRAL.Argot des élèves des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu'il faut savoir littéralement par cœur.
«Salle affreuse, où de la théorieNous avons tant beuglé le littéral,Adieu...»(Echo de Paris, avril 1884.)
LOCATIS.Mauvaise voiture de louage.LOUFLON.Fils de franç-maçon.LOUP.Dans l'argot théâtral, défaut que produit un vide dans l'enchaînement des scènes. «Les auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître...» (A. Daudet.)LOURDIER.Concierge, portier. Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V.Chocolat.LUIS.Jour. Delvau donneluisant.LUISANT.Le descendant direct dudandyet dulion. De mode en 1884, ce qualificatif n'a point tardé à être délaissé. «De toutes les appellations données depuis le commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l'élégance, celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd'huiluisantest lelion.» (_Gaulois, 1884.)LUNDISTE.V. Delvau:Lundicrate. «Ce fut cette fois un succès éclatant. J'ai voulu lire les appréciations des lundistes d'alors, j'y ai trouvé ce que j'attendais.» (P. Perret.)LUNE.Pièce de vingt sous. Argot du bagne. «On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l'argousin. L'un ne coûtait pas plus cher que l'autre. C'était affaire de quelques lunes.» (Humbert:Mon bagne.)LUNETTES(Donner une paire de). Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées que l'adversaire ne peut manquer de caramboler.LURETTE(Belle). Longtemps: Corruption debelle heurette, il y a belle heure que...LUX.Jargon des lycéens, qui entendent parler ainsi du jardin du Luxembourg.
M
MABOUL.Niais, un peu fou. «Suivant l'expression d'Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins. (Huysmans:Les Sœurs Vatard.) «Le père? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie; malheureusement il est un peu maboul.» (Sirven et Siegel:Les Drames du Mont-de-Piété, 1886.)MACARONI.C'est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d'Etat italien. «Le Macaroni se cramponne; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.» (Gil Blas, juin 1887.) «Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit: Je prends ferme; le macaroni se soutient; les huiles fléchissent.» (Gazette de France, octobre 1886.)MAGASIN.Trottoir, dans le jargon des filles et de leurs souteneurs. «C'est là (dans un cabaret) que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites lorsqu'elles arrivent du magasin.» (Courrier Français, nov. 1888.)MAGNUM.Bouteille de capacité plus qu'ordinaire. Argot de restaurant. «Quelques-uns des prix méritent d'être cités. Ce sont d'abord six bouteilles de Château-Lafitte, 1865—de ces doubles bouteilles qu'en style de sommelier on appelle des magnum...» (Lanterne, décembre 1884.)MAHOMET.Petit sac de cuir que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.» (V. Humbert:Mon bagne.)MAIN(Acheter à la). Acheter comptant. «Il joignait à ce commerce connu... les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d'objets fabriqués en salle et qu'ilachetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.» (Humbert:Mon bagne.)MALFRAT.Argot des vagabonds. Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches de la police. Le malfrat s'appelle aussimalferaoumalfranc.MALGACHE.Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d'élégant, n'a pas vécu. D'ailleurs il n'était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu'un certain nombre de Malgaches étaient venus s'exhiber au Jardin d'acclimatation. «De mondaines, peu ou point; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.» (Evénement, février 1887.)MALHEUREUX.C'est ainsi que dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants. «Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.» (Gagne-Petit, mai 1886.)MALLE EN CUIR.Solliciteur. Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs camarades sans cesse voyageant... sur la ligne de Paris, une petite valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au Ministère.MANGEUR.Dénonciateur, espion. Argot des prisons. «Ce sont les révélateurs qu'on appelle les mangeurs, la musique.» (J. Vallès.)MANIER(Se). Se masturber.—Se sauver, fuir.MANTEAU.Argot théâtral. Rôle où l'acteur porte un manteau. (Littré.) «Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d'études des plus attrayants.» (Revue britannique.)MAQUIGNON A BIDOCHE.Variété de souteneur.MARCHAND DE CIRAGE.Commandant d'un navire. Argot du bagne. «Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur?» (Humbert:Mon bagne.)MARCHAND DE PUCES.Argot militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.MARCHÉ DES PIEDS HUMIDES.La petite Bourse qui pendant longtemps s'est tenue en plein air; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries, et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d'eau. «Le marché des pieds humides qu'on est venu plaisanter, est bien plus loyal qu'on ne le pense. Là, pas d'affaires à terme; argent contre titres; titres contre argent.» (Le Mercure, journal, 1882.)MARCHFELD.C'est ainsi que les élèves de l'Ecole de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres. «Que les jours d'hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions leb a badu métier dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.» (Maizeroy:Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)MARGOUILLAT.Argot militaire. Spahis.MARIAGE DE GARNISON.Liaison qu'un militaire en garnison contracte avec une femme et qui n'a pas d'autre durée que celle du séjour dans la garnison.MARIE-JE-M'EMBÊTE.(Faire sa). Faire des façons; se faire prier. «Ah çà! voyons! quand tu resteras là à faire ta Marie-je-m'embête! Ça n'avancera à rien! Venez-vous oui ou non? (Huysmans:Sœurs Vatard.)MARIE-MANGE-MON-PRÊT.Argot militaire. Maîtresse du soldat.MARINE.Argot des lycéens. Estmarinedans leur jargon, le camarade qui se prépare à l'école navale.MARQUE.Femme qui a deux cordes à son arc: la prostitution et le vol.MARQUE-MAL.Individu contrefait.—Variété de souteneur.MARTIN.Argot des marchands de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé d'eau-de-vie de marc teintée de cassis; d'où marc teint et de là Martin. «Si parfois un étranger vers les deux heures du matin, vous offre un martin, prenez garde! Cette boisson traîtresse en diable produit sur l'organisme les effets les plus désastreux.» (Charivari, octobre 1885.)MASSEPAIN.Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des... expériences,in anima vili.—Argot militaire: Valet d'un jeu de cartes.MATATANE.Argot militaire. Salle de police.MATÉRIELLE.«Et alors, quelques malheureux pontes... se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.» (Belot:La Bouche de Madame X.)MATH.Mathématiques. Argot des collégiens. «Ils (les médecins) démolissent l'infranchissable barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des forts en thème.» (Evénement, août 1885). «Je suis obligé de les bûcher très dur, ces sales math!» (Vie Parisienne, février 1888.)MATHURIN.Matelot. «Je veux parler du simple matelot à qui l'on donne le nom de mathurin, de même qu'on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.» (Figaro, 1882.)MATHURIN.Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois. «Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateauxà vapeur?» (Amiral Saisset:Journal officiel, janvier 1872.)MATRICULER(Se faire). Se faire punir. Argot militaire.MAUBERT,MAUBERTE.Argot des voyous qui désignent ainsi l'homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la placeMaube: comme ils disent, ou y habitant. «Celle-ci est née rue Galande. C'est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille...» (Du Boisgobey:Paris-Bandit.)MAUVAISE!Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'ils viennent de jouer ne compte pas. (V.Bonne.)MEC.Souteneur.
«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse]D'avoir un mec comme celui-là?(De Gramont:La Femme à Polyte.)