CHEMIN DE FER, s. m. Variété du jeu de baccarat,—où l'on perd plus vite son argent.CHEMISE DE CONSEILLER, s. f. Linge volé,—dans l'argot des voleurs, qui ont voulu, dit M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi servait à faire des chemises à leurs juges.CHÊNE, s. m. Homme victime,—dans l'argot du bagne.
Faire suer le chêne.Tuer un homme.
Chêne affranchi.Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même mot:oak, disent-ils d'un homme riche.To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d'un homme qu'ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne,—un bâton.
CHENILLON, s. m. Fille laide ou mal mise,—dans l'argot des bourgeois.CHENU, adj. Bon, exquis, parfait,—dans l'argot des ouvriers.CHENUMENT, adv. Très bien. Vadé l'a employé.CHENU RELUIT, adv. Bonjour,—dans l'argot des voleurs.
Chenu sorgue.Bonsoir.
CHERCHE!Rien,—dans l'argot des gamins et des faubouriens.
Avoir dix à cherche.Avoir dix points lorsque son adversaire n'en a pas un seul.
CHERCHER LA PETITE BÊTE, v. a. Vouloir connaître le dessous d'une chose, les raisons cachées d'une affaire,—comme les enfants les ressorts d'une montre. Argot du peuple.
Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.
CHERCHER MIDI A QUATORZE HEURES, v. a. Hésiter à faire une chose, ou s'y prendre maladroitement pour la faire,—dans l'argot du peuple, ennemi deslambins.
Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.
CHETARouJetar, s. m. Prison. Argot des voleurs.CHEVAL DE RETOUR, s. m. Vieux forçat, récidiviste.CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple.
Être bon cheval de trompette.Ne s'étonner, ne s'effrayer de rien.
CHEVALIER DU CROCHET, s. m. Chiffonnier.CHEVALIER DU LANSQUENET, s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n'importe quel jeu de cartes,—dans l'argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de celle-ci, commeChevalier d'industrie, etc.CHEVALIER DU LUSTRE, s. m. Applaudisseur gagné. Argot de théâtre.
On dit aussiRomain.
CHEVALIER DU MÈTRE, s. m. Commis de nouveautés.CHEVANCE, s. f. Ivresse,—dans l'argot des voleurs, qui savent que, dans cet état, les plus gueux se croient toujours heureux etriches.CHEVELU, s. m. Romantique,—dans l'argot des bourgeois de 1830.CHEVEU, s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins grave,—dans l'argot du peuple.
Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens; mais la vérité est qu'il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.
Trouver un cheveu à la vie.La prendre en dégoût et songer au suicide.
Voilà le cheveu!C'est une variante de:Voilà le hic!
CHEVILLARD, s. m. Boucher sans importance,—dans l'argot des gros bouchers, qui n'achètent pas à lacheville, eux!CHÈVRE, s. f. Mauvaise humeur,—dans l'argot des ouvriers, et spécialement des typographes.
Avoir la chèvre.Être en colère.
Gober la chèvre.Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un. Signifie aussi se laisser berner.
AuxXVIIeetXVIIIesiècles, on disait, dans le même sens,Prendre la chèvre.
CHEVRONNÉ, s. et adj. Récidiviste,—dans l'argot des prisons.CHEVROTIN(Être). Avoir un caractère épineux, difficile à manier, qui amène souvent deschèvres.CHIASSE, s. f. Diarrhée,—dans l'argot du peuple.CHIASSE, s. f. Chose de peu de valeur; marchandise avariée. Même argot.
Chiasse du genre humain.Homme méprisable.
CHIASSE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.CHIC, s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte,—dans l'argot des artistes, qui ont emprunté ce mot auXVIIesiècle.
Faire de chic.Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination, de souvenir.
CHIC, s. m. Goût, façon pittoresque de s'habiller ou d'arranger les choses,—dans l'argot des petites dames et des gandins.
Avoir du chic.Être arrangé avec une originalité de bon—ou de mauvais—goût.
Avoir le chic.Posséder une habileté particulière pour faire une chose.
CHIC(Être). Être bien, être bon genre,—dans le même argot.
Monsieur Chic.Personne distinguée—par sa générosité envers le sexe.
Discours chic.Discours éloquent,—c'est-à-direrigolo.
CHICAN, s. m. Marteau,—dans l'argot des voleurs.CHICARD, adj. et s. Superlatif deChic.
Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sontChicandardetChicocandard.
CHICARD, s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.CHICARDEAU, adj. m. Poli, aimable,—dans l'argot des faubouriens.CHICARDER, v. n. Danser à la façon de Chicard, «homme de génie qui a modifié complètement la chorégraphie française», affirme M. Taxile Delord.CHICHE, s. m. Économe, et même Avare,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussiChichard.—Notre vieux français avaitchice.
CHICHE!Exclamation de défi ou de menace,—dans l'argot des enfants et des ouvriers.CHICHERIE,s. f. Lésinerie.
Notre vieux français avaitchiceté.
CHICORÉE, s. f. Verte réprimande, reprochesamersqui souvent se changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de lacichorium—endiviaou non endivia.CHICORÉE, s. f. Femme maniérée,chipie.
Faire sa chicorée.Se donner des airs de grande dame, et n'être souvent qu'unepetite dame.
CHICOT, s. m. Petit morceau de dent, de pain, ou d'autre chose,—dans l'argot du peuple.CHICOTER(Se), v. réfl. Se disputer, se battre pour des riens. Même argot.
Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.
CHIÉ, part. passé. Ressemblant.
C'est lui tout chié.Il a le même visage et surtout le même caractère.
CHIEN, s. m. Entrain, verve, originalité,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes; bagou, impertinence, désinvolture immorale,—dans l'argot des petites dames.CHIEN, s. m. Caprice de cœur,—dans l'argot des petites dames.
Avoir un chien pour un homme.Être folle de lui.
CHIEN, s. m. Compagnon,—dans l'argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.CHIEN, s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant,—dans l'argot du peuple, qui se plaît à calomnier «l'ami de l'homme». C'est l'expression anglaise:Dog-bolt.
Vieux chien.Vieux farceur,—sly dog, disent nos voisins.
CHIENDENT, s. m. Difficulté, obstacle, anicroche,—dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle facilité lehunds-grasspousse dans le champ de la félicité humaine.
Voilà le chiendent.Voilà le hic.
CHIEN DE RÉGIMENT, s. m. Caporal ou brigadier,—dans l'argot des soldats.CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m. Agent attaché au service du commissaire; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.CHIENLIT, s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu'auXVesiècle pour trouver—danschéaulz, enfants, etlice, chienne—une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbecacare—en français—date duXIIIesiècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu duXVIIIesiècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, estchiaulit. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujoursprononcéchie-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.
CHIENLIT(A la)! Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval,—que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.CHIENNER, v. n. Se dit—dans l'énergique argot du peuple—des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.CHIENNERIE, s. f. Vilenie, liarderie; mauvais tour,—dans le même argot.CHIER DANS LA MALLE OU DANS LE PANIER DE QUELQU'UN, v. n. Lui jouer un tour qu'il ne pardonnera jamais,—dans le même argot.
Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu'un:Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse.
L'expression, qu'on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit: «Cettuy-là a fait caca en nos paniers: il a ses desseins à part.»
CHIER DANS LE CASSETIN AUX APOSTROPHES, v. n. Devenir riche,—dans l'argot des typographes, qui n'ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.CHIER DANS SES BAS, v. n. Donner des preuves d'insanité d'esprit,—dans l'argot du peuple.CHIER DE GROSSES CROTTES(Ne pas), v. a. Avoir mal dîné, ou n'avoir pas dîné du tout.CHIER DE PETITES CROTTES, v. a. Gagner peu d'argent, vivre dans la misère.CHIER DES CAROTTES, v. a. Se dit de toute personnequi non potest excernere, oudifficillime excernit, ouexcernit sanguinem.CHIER DES CHASSES.Pleurer. Argot des voyous.CHIER DES YEUX.Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.CHIER DU POIVRE, v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.CHIER SUR LA BESOGNE.Travailler mollement, et même renoncer au travail.CHIER SUR L'œIL, v. n. Se moquer tout à fait de quelqu'un.CHIER SUR QUELQU'UNousur quelque chose. Témoigner un grand mépris pour elle ou pour lui; l'abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.CHIEUR D'ENCRE.Écrivain, journaliste.CHIFFARDE, s. f. Assignation à comparoir,—dans l'argot des voleurs.CHIFFARDE, s. f. Pipe,—dans l'argot des faubouriens.CHIFFE, s. f. Homme sansénergie,chiffonpour le courage,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiMou comme une chiffe, mais c'est un pléonasme.
CHIFFERTONouChiffreton, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.CHIFFON, s. f. Petite fille—et aussi grande fille—à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.CHIFFON DE PAIN, s. m. Morceau de pain coupé,—dans l'argot du peuple.CHIFFON ROUGE, s. m. La langue,—dans l'argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres.
Balancer le chiffon rouge.Parler.
Les voleurs anglais disent de mêmeRed rag.
CHIFFONNER, v. a. Contrarier, ennuyer,—dans l'argot des bourgeois.CHIFFONNIER, s. m. Homme qui se plaît dans le désordre.CHIFFONNIER, s. m. Voleur de mouchoirs,—qui sont deschiffonspour ces gens-là.CHIFFONNIER DE LA DOUBLE COLLINE, s. m. Mauvais poète,—dans l'argot des gens de lettres.CHIFFORNION, s. m. Foulard; loque; chiffons,—dans l'argot des voyous.CHIGNER DES YEUX, v. n. Pleurer,—dans le même argot.CHIMIQUE, s. f. Allumette chimique,—dans l'argot du peuple.CHINER, v. n. Brocanter, acheter tout ce qu'il y a d'achetable—et surtout de revendable—à l'hôtel Drouot.CHINEUR, s. m. Marchand de peaux de lapins,—dans l'argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu'un lot de fonte.CHINFRENIAU, s. m. Ornement de tête ou de cou,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi coup à la tête ou au visage,—auchanfrein.
CHINOIS, s. m. Original; quidam quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussiChinois de paravent.
CHINOIS, s. m. Petite orange verte, confite dans l'eau-de-vie, qui est, à ce qu'il paraît, le produit d'un oranger particulier, lecitrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.CHINOISERIE, s. f. Farce, plaisanterie de bon ou de mauvais goût.CHIPER, v. a. Dérober,—dans l'argot des enfants; voler,—dans l'argot des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.
Génin donne à ce mot une origine commune au motchiffon, ouchiffe: le verbe anglaisto chip, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentantde l'étymologie latineaccipere, dont on a fait le vieux verbe françaisacciper!Acciper, par syncope, a faitciper;ciperà son tour a faitchiper,—commecerchera faitchercher.
CHIPETTE, s. f. Rien ou peu de chose,—dans l'argot du peuple.CHIPETTE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.CHIPEUR, s. m. Enfant quiemprunteles billes ou les tartines de ses camarades; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses concitoyens.CHIPIE, s. f. Fille ou femme qui fait la dédaigneuse, qui prend de grands airs à propos de petites choses,—dans l'argot du peuple, ennemi né des grimaces.CHIPOTER, v. n. Faire des façons; s'arrêter à des riens. Ce mot appartient à la langue romane.
Signifie aussi: Manger du bout des dents.
CHIPOTEUSE, s. f. Femme capricieuse; variété deChipie.CHIPOTIER, ÈRE, s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que chipoter.CHIQUE, s. f. Église,—dans l'argot des voleurs, qui, s'ils ne savent pas le français, savent sans doute l'anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l'allemand (Kirch).CHIQUE, s. f. Griserie,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi mauvaise humeur,—l'état de l'esprit étant la conséquence de l'état du corps.
Avoir une chique.Être saoul.
Avoir sa chique.Être de mauvaise humeur.
CHIQUE, s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir—dégoûtant.
Poser sa chique.Se taire, et, par extension, Mourir.
On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un:Pose ta chique et fais le mort.
CHIQUÉ(Être). Être fait, peint ou dessiné avec goût, avec esprit, avecchic.CHIQUE DE PAIN, s. f. Morceau de pain.CHIQUEMENT, adv. Avecchic.CHIQUER, v. a. Dessiner ou peindre avec plus d'adresse que de correction, avec plus dechicque de science véritable.CHIQUER, v. a. Battre, donner des coups,—dans l'argot des faubouriens, quidéchiquettentvolontiers leurs adversaires, surtout lorsqu'ils ont unechique.
Se chiquer.Echanger des coups de poing et des coups de pied.
CHIQUER, s. m. Manger.CHIQUETTE, s. f. Petit morceau.CHIQUETTE A CHIQUETTE, adv. Par petits morceaux.
C'est évidemment le même mot quechicot, qui a lui mêmepour racine le vieux mot françaischice.
CHIQUEUR, s. m. Mangeur, glouton.CHIQUEUR, s. m. Artiste qui fait dechicau lieu de faire d'après nature.CHIRURGIEN EN VIEUX, s. m. Savetier qui répare les vieux cuirs,—dans l'argot des faubouriens.CHOCAILLON, s. f. Ivrognesse, chiffonnière,—dans l'argot des bourgeois.CHOCNOSOFF, s. et adj. Brillant, élégant, beau, parfait,—dans l'argot des faubouriens et des rapins.CHOLÉRA, s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure,—dans l'argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.CHOLETTE, s. f. Chopine de liquide,—dans l'argot des voleurs.
Double cholette.Litre.
CHOPER, v. a. Attraper en courant,—dans l'argot des écoliers.CHOPER, v. a. Prendre, voler,—dans l'argot des voleurs.
Se faire choper.Se faire arrêter.
CHOPIN, s. m. Objet volé; coup; affaire.
Bon chopin.Vol heureux et considérable.
Mauvais chopin.Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas qu'on risque la prison.
CHOPINER, v. n. Hanter les cabarets,—dans l'argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux, hantent les cafés.
Chopiner théologalement, dit Rabelais.
CHOSE.Nom qu'on donne à celui ou celle qu'on ne connaît pas.
On dit aussiMachin. Ulysse, au moins, se faisait appelerPersonnedans l'antre de Polyphème!
CHOSE, adj. Singulier, original, bizarre,—dans l'argot du peuple, à qui le mot propre manque quelquefois.
Avoir l'air chose.Être embarrassé, confus, humilié.
Être tout chose.Être interdit, ému, attendri.
CHOU-BLANC, s. m. Insuccès, le chou blanc étant, dans la classe des Brassicées, ce que la rose noire est dans la famille des Rosacées: le désespoir des chercheurs d'inconnu.
Faire chou blanc.Echouer dans une entreprise; manquer au rendez-vous d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.
CHOUCHOUTER, v. a. Choyer, caresser, traiter de petitchou.
L'expression est de Balzac.
CHOUCROUTER, v. n. Manger de lasauer-kraut,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi parler allemand.
CHOUCROUTEUR, s. m. Allemand, mangeur desauer-kraut.
On dit aussiChoucroutemann.
CHOUETTE, adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussiChouettardetChouettaud,—sans augmentation de prix.
CHOUETTE(Être). Être pris,—dans l'argot des voleurs, qui opèrent la nuit comme les chats-huants, et, le jour, s'exposent comme eux à avoir sur le dos tous les oiseaux de proie policiers, leurs ennemis naturels.CHOUETTE(Faire une). Jouer au billard seul contre deux autres personnes.CHOUETTEMENT, adv. Parfaitement.CHOUFFLIQUEUR, s. m. Mauvais ouvrier,Savetier,—dans l'argot des typographes, qui, à leur insu, se servent là de l'expression allemandeschuhflicker.CHOUMAQUE, s. m. Cordonnier,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute guère qu'il prononce presque bien le mot allemandSchumacher.
On dit aussiChoufflite: mais ce mot n'est qu'une corruption du précédent.
CHOURINER, v. a. Tuer,—dans l'argot des ouvriers qui ont lules Mystères de Parisd'Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n'ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l'argot des voleurs.
V.Suriner.
CHOURINEUR, s. m. Assassin,—par allusion au personnage desMystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir à tuer.
L'étymologie voudrait que l'on dîtSurineur; mais l'euphonie veut que l'on prononceChourineur.
CHRÉTIEN, s. m. Homme, à quelque religion qu'il appartienne. Argot du peuple.
Viande de chrétien.Chair humaine.
CHRONOMÈTRE, s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.CHRYSALIDE, s. f. Vieille coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois l'analogie heureuse, quoique impertinente.CHTIBES, s. f. pl. Bottes,—dans l'argot des voyous.CHUTER, v. n. Tomber,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,—dans l'argot des coulisses.
CIBLE A COUPS DE PIED, s. f. Le derrière. Argot du peuple.CI-DEVANT, s. m. Vieillard,—qui a été jeune.CI-DEVANT, s. m. Noble.CIERGE, s. m. Sergent de ville en grande tenue,—dans l'argot des marbriers de cimetière.CIGALE, s. f. Cigare,—dans l'argot du peuple, qui frise l'étymologie de plus près que les bourgeois, puisquecigarevient de Espagnolcigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, decigara, cigale, par une vague analogie de forme.CIGALE, s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque «la bise est venue».CIGALE, s. f. Pièce d'or,—dans l'argot des voleurs, qui aiment à l'entendresonnerdans leur poche.
Ils disent aussicigue, par apocope, etCiguë, par corruption.
CIGOGNE, s. f. Le Palais de justice,—dans l'argot des voleurs.
Dab de la Cigogne.Le procureur général.
CIMENT, s. m. Moutarde.—dans l'argot des francs-maçons.CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare d'un sou,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu parodier à leur façon lestrabucos, lescazadores, etc.CINQ SOUS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.CINQUIÈME, s. m. Verre de la contenance d'un cinquième de litre,—dans l'argot des marchands de vin.
Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontierscintième.
CIPAL, s. m. Garde municipal,—dans l'argot des voyous, amis des aphérèses.CIREUX, adj. et s. Qui a de la chassie, de lacireaux yeux.CIRURGIEN, s. m. Médecin, chirurgien,—dans l'argot du peuple, qui parle comme Ambroise Paré écrivait. C'est le χειρουργικος [grec: cheirourgikos] des anciens.CITOYEN OFFICIEUX, s. m. Laquais,—dans l'argot révolutionnaire, qu'on emploie encore aujourd'hui.CIVADE, s. f. Avoine,—dans l'argot des maquignons et des voleurs, qui emploient un mot de la vieille langue française.Civade, vient decive, qui venait decæpa, oignon, d'oùcæpatumcivet, plat à l'oignon; et l'étymologie n'a rien de forcé,aimévenant bien d'amatum.
Les Espagnols disentcebadapour Orge.
CIVARD, s. m. Herbage.CIVE, s. f. Herbe.CLABAUDER, v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de rien,—comme un chien. Argot des bourgeois.
Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,—et alors il est verbe actif.
CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté, beauté,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (claricas) et à la tradition.
«Parquoy s'ensuit qu'en toute clairetéSon nom reluyt et sa vertu pullule,»
dit Clément Marot.
CLAMPIN, s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d'être fortifié par unclamp.—le clamp de l'énergie et de la volonté.CLAMPINER, v. n. Marcher paresseusement, flâner.CLAPIER, s. m. Maison mal famée, où l'on élève du gibier domestique à l'usage des amateurs parisiens.
L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains desXVeetXVIesiècles.
CLAQUE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui aime les onomatopées.
Figure à claques.Visage moqueurqui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.
CLAQUÉ, s. m. Homme mort.
La boite aux claqués.La Morgue.
Le jardin des claqués.Le cimetière des hospices.
CLAQUE-FAIM, s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim.
Le peuple dit aussi, dans le même sens,Claque-soif,—par compassion, l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui meurt de faim.
CLAQUER, v. a. Donner des soufflets.CLAQUER, v. a. Vendre une chose, s'en débarrasser,—dans le même argot.
Claquer ses meubles.Vendre son mobilier.
CLAQUER, v. n. Manger,—dans l'argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.CLAQUER, v. n. Mourir.—dans l'argot des faubouriens.CLARINETTE DE CINQ PIEDS, s. f. Fusil,—dans l'argot des soldats.CLAVIN, s. m. Clou,—dans l'argot des voleurs, plus fidèles à l'étymologie (clavus) qu'à l'honnêteté.CLICHÉ, s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée,—dans l'argot des gens de lettres.CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot du peuple.CLIQUE, s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même argot.
Mauvaise clique.Pléonasme fréquemment employé,—cliquene pouvant jamais se prendre en bonne part.
CLOPORTE, s. m. Concierge—soit parce qu'il habite une loge sombre et humide, comme l'oniscus murarius; soit parce qu'il a pour fonctions de clore la porte de la maison.CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l'épiderme.—dans l'argot du peuple, ami des onomatopées.
Les bourgeois, eux, disentcloche: c'est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu'on les crève.
CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né d'une famille ou d'une couvée.
On dit aussiCulot.
CLOU, s. m. Le mont-de-piété,—où l'on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d'argent.
Coller au clou.Engager sa montre ou ses vêtements chez un commissionnaire au mont-de-piété.
Grand clou.Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.
CLOU, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs.CLOU, s. m. La salle de police,—dans l'argot des soldats, qui s'y font souvent accrocher par l'adjudant.
Coller au clou.Mettre un soldat à la salle de police.
CLOUER LE BEC, v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais raisonneur,—dans l'argot du peuple.
On dit aussiRiver le clou.
CLOUS, s. m. pl. Outils,—dans l'argot des graveurs sur bois, qui confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl. Dents noires, avariées,esgrignéescomme celles de Scarron.CO, s. m. Coq,—dans l'argot des paysans et des enfants.COCANGES, s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons font des dupes.COCANGEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité desCocangeset de laRoubignole.COCARDE, s. f. La tête,—dans l'argot du peuple.
Taper sur la cocarde.Se dit d'un vin trop généreux qui produit l'ivresse.
Avoir sa cocarde.Être en état d'ivresse.
COCARDIER, s. m. Homme fanatique de son métier,—dans l'argot des troupiers.COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte,—dans l'argot des artistes et des gens de lettres.COCHE, s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude,—dans l'argot du peuple, qui veut que la femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à unescrofa.COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,—dans l'argot des ouvriers,—qui ne redoutent pas les trichines.
On dit aussiCochonnerie.
COCHONNER, v. a. Travailler sans soin, malproprement,—dans l'argot des bourgeois.COCHONNERIE, s. f. Besogne mal faite; marchandise de qualité inférieure; nourriture avariée ou mal préparée.—Argot du peuple.COCHONNERIE, s. f. Vilain tour, trahison, manque d'amitié.COCHONNERIE, s. f. Ce que Cicéron appelleturpitudo verborum.—Argot des bourgeois.COCO, s. m. Boisson rafraîchissante composée d'un peu de bois de réglisse et de beaucoup d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et les verres étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès!COCO, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour unCoco nucifera.
Coco déplumé.Tête sans cheveux.
Redresser le coco.Porter la tête haute.
Monter le coco.Exciter le désir, échauffer l'imagination.