Tu crois m'intimider en découvrant ma bière.
Tu crois m'intimider en découvrant ma bière.
Tu crois m'intimider en découvrant ma bière.
--Je l'avais bien dit! s'écria un d'entre eux. A bas!... à bas!... à bas les muscadins!... (On baissa la toile.)
M. de Bièvre, voyant des hommes qui suaient pour mettre au cercueil un homme dont on avait mal pris la mesure, leur dit:--C'esten vainque vous vous mettrezen eaupour le mettreen bière.
A propos de M. de Bièvre, qui a fait tant de calembours, un amateur demandait quelle différence il y avait entre M. de Bièvre et une épingle. On ne devinait pas.--C'est, dit-il, qu'une épingle a une tête et une pointe, tandis que M. de Bièvre a beaucoup de pointes, mais pas de tête.
Le marquis de Bièvre n'est mort qu'en 1789, époque où le calembour allait faire place à des jeux plus sinistres. Il a publié quelques petits ouvrages assez rares: l'Ange Lure, laFée Lure, la lettre à la comtesse Tation, par le sieur (scieur) de Bois-Flotté, étudiant en droit-fil, l'Almanach des calembours, et quelques autres plaisanteries.
Si le marquis de Bièvre a introduit chez nous la manie des calembours, il a quelquefois fourni des armes contre lui-même. Il était fils du chirurgien du roi, nommé Maréchal. Dédaignant le nom de son père, il acheta la terre de Bièvre. Un de ses amis, qui l'entendait annoncer sous ce titre, lui dit:--Mais, mon ami, tu as mal fait de ne prendre que le titre de marquis; il t'en aurait moins coûté de te faire appeler le maréchal de Bièvre.
Napoléon, qui aimait les jeux de mots, fut charmé de nommer ministre des cultes M. Bigot, qui signait: Bigot de Préameneu.
Un procureur avait promis à un homme, accusé d'un crime de faux, que, par ses soins, il sortirait de cette affaire blanc comme neige. L'accusé, flatté de cette espérance, donnait au procureur tout l'argent qu'il lui demandait. Cependant, il succomba et fut condamné à faire amende honorable en chemise. Il dit alors au procureur:
--Vous m'avez trompé par vos promesses.
--Comment donc! répondit le procureur; je vous tiens parole: vous voilà en chemise; n'est-ce pas sortir de là blanc comme neige?
Le cardinal Janson disait à Boileau:--Pourquoi vous appelez-vous Boileau? C'est un nom froid. J'aimerais mieux, à votre place, m'appeler Boivin.--Et vous, Monseigneur, répondit le poëte, pourquoi vous appelez-vous Janson? c'est un nom sec. A votre place, j'aimerais mieux m'appeler Janfarine.
Un gentilhomme breton disait au maréchal de La Meilleraye:--Si je ne suis pas maréchal, je suis du bois dont on les fait.--Aussi le deviendrez-vous, répondit La Meilleraye, quand on les fera de bois.
Un homme qui venait d'acheter un cheval, à la vue, reconnut qu'il était boiteux et voulut résilier son marché. Mais le vendeur témoigna qu'il l'avait prévenu de ce défaut, en lui disant:--Ilboiteet mange bien.
Les marguilliers d'une paroisse de Paris, ayant appelé un orfévre huguenot pour réparer une figure de saint Michel, l'orfévre, considérant cette figure, leur dit:--Messieurs, votre diable est fort bon, mais votre saint Michel ne vaut rien.
Bonnes gens font les bons pays;Bon coeur fait le bon caractère;Bons comptes font les bons amis;Bon fermier fait la bonne terre.Bons livres font les bonnes moeurs,Bons maîtres les bons serviteurs;Bons maris font les bonnes femmes,Bonnes femmes les bons maris,Bonnes actions les bonnes âmes,Bons sentiments les bons esprits.Le bon goût fait les bons écrits;Bonne foi les bonnes affaires,Bonnes lois les bons citoyens;Bons fils encor font les bons pères,Bonnes filles les bonnes mères.Dieu, qui tout est bon, fait tous biens.
Bonnes gens font les bons pays;Bon coeur fait le bon caractère;Bons comptes font les bons amis;Bon fermier fait la bonne terre.Bons livres font les bonnes moeurs,Bons maîtres les bons serviteurs;Bons maris font les bonnes femmes,Bonnes femmes les bons maris,Bonnes actions les bonnes âmes,Bons sentiments les bons esprits.Le bon goût fait les bons écrits;Bonne foi les bonnes affaires,Bonnes lois les bons citoyens;Bons fils encor font les bons pères,Bonnes filles les bonnes mères.Dieu, qui tout est bon, fait tous biens.
Bonnes gens font les bons pays;
Bon coeur fait le bon caractère;
Bons comptes font les bons amis;
Bon fermier fait la bonne terre.
Bons livres font les bonnes moeurs,
Bons maîtres les bons serviteurs;
Bons maris font les bonnes femmes,
Bonnes femmes les bons maris,
Bonnes actions les bonnes âmes,
Bons sentiments les bons esprits.
Le bon goût fait les bons écrits;
Bonne foi les bonnes affaires,
Bonnes lois les bons citoyens;
Bons fils encor font les bons pères,
Bonnes filles les bonnes mères.
Dieu, qui tout est bon, fait tous biens.
Après la mort du pape Clément IX, beaucoup de grands personnages désignaient pour son successeur le cardinal Bona, sur quoi se fit cette pasquinade quePapa Bonaserait un solécisme. Le P. Daugières répondit par le jeu de mots suivant:
Grammaticæ leges plerumque Ecclesia spernit:Fors erit ut liceat dicere Papa Bona.Vana solæcismi ne te conturbet imago,Esset Papa bonus, si Bona Papa foret.
Grammaticæ leges plerumque Ecclesia spernit:Fors erit ut liceat dicere Papa Bona.Vana solæcismi ne te conturbet imago,Esset Papa bonus, si Bona Papa foret.
Grammaticæ leges plerumque Ecclesia spernit:
Fors erit ut liceat dicere Papa Bona.
Vana solæcismi ne te conturbet imago,
Esset Papa bonus, si Bona Papa foret.
Le moyen d'être heureux en ménage, c'est de se marier au point du jour, parce qu'alors on est sûr d'avoir fait un mariage de bonne heure.
Une jeune fille, peu formée à l'orthographe, écrivait à son fiancé:--Venez de bonne heure, vous ferez le mien.
M. Casimir Bonjour, candidat à l'Académie, se présente un jour pour faire sa visite à un des quarante. Une femme de chambre vient lui ouvrir la porte.--Votre nom, Monsieur! dit-elle. Le candidat répond avec son plus gracieux sourire:--Bonjour. Flattée de cette politesse, la jeune fille répond:--Bonjour, Monsieur; voulez-vous me dire votre nom?--Je vous dis Bonjour.--Et moi aussi, bonjour, Monsieur; qui faut-il que j'annonce?--Eh Bonjour! c'est mon nom. La camériste comprit alors qu'au lieu de dire: Bonjour, Monsieur, il fallait dire: Monsieur Bonjour.
--Quels sont les vins qu'il convient de boire avant de se coucher pour bien dormir?
Les vins deBeaune et de Nuits.
Un meunier cheminait avec son âne. Un bel esprit le rencontre et se met à crier: «Où allez-vous donc vous deux?--Chercher du foin pour nous trois,» répond le meunier.
Le président d'Ormesson, qui avait un nez énorme et des narines extrêmement larges, causait avec le marquis de Villette dans une embrasure et mettait beaucoup de chaleur dans cet entretien. Lorsque Villette se rapprocha du cercle, il dit à quelqu'un:--Quand cet homme me parle de près, j'ai toujours peur qu'il ne me renifle.
M. de Kératry, qui avait assez de laideur, avec une belle âme, déjeunait habituellement dans un café, et son déjeuner consistait toujours en ce qu'on appelle une tasse de café à la crème. Pour lui seul, la dame du comptoir affectait de dire, en le désignant:--Garçon, versez du café au laid.
--Madame, lui dit un jour M. de Kératry, vous avez d'excellent café, mais vous n'avez assurément pas debon thé.
Un borgne gageait contre un homme qui avait bonne vue, qu'il voyait plus que lui. Le pari est accepté.--J'ai gagné, dit le borgne, car je vous vois deux yeux, et vous ne m'en voyez qu'un. (VoyezYeux.)
Dans quelques tombolas où se distribuent des lots plaisants, des amateurs ont gagné une paire de bottes sans coutures. C'étaient deux bottes d'oignons ou de navets.
Quel est le poëte qui s'est nourri des aliments les plus légers?--Boufflers.
Un historien a dit que, dans les Croisades, Godefroi de Bouillon était le général le plusconsommé.
Ce financier, qui avait amassé des biens immenses dans les affaires, sous Louis XIV, ayant trouvé, dans un de ses étangs, un brochet d'une grosseur extraordinaire, en fit présent à M. le premier président de Harlay. Ce magistrat l'invita à en venir manger sa part. Comme tous les conviés admiraient l'énormité de ce poisson monstre:--Messieurs, leur dit le premier président, ne soyez pas surpris, c'est le bourvalais des étangs de monsieur.
Comment faire pour ne pas se crotter dans les rues de Paris?--Il faut ne pas aller jusqu'aux boues.
Célébrité dans le bazar des calembours et des bêtises excentriques. Nous ne citerons que quelques-unes de ses expressions singulières:
«Il faisait un froid d'enfer, ce matin. J'en avais l'onglée au menton.
«Voilà un événement qui va leur tailler bien des croupions.
«Cet homme paraît plus vieux qu'il n'en a l'air. C'est peut-être son oeil borgne qui en est cause.
«On dit que Paris va sauter. Je crois qu'il serait prudent de fermer les fenêtres.
«Le soleil coule pour tout le monde.
«Ce n'est pas de l'orient que vient cette étoffe de Perse; le marchand assure que c'est du levant.
«Si les écrevisses ne devenaient pas rouges en cuisant, il faudrait les changer de nom.--Pourquoi?--parce qu'on dit: Rouge comme une écrevisse.
Un beau parleur, contant le naufrage d'un vaisseau, disait que le navire avait pris le mors aux dents.
Le même exprimait la marche rapide d'un ballon, en disant qu'il allait ventre à terre.
Il habitait Paris et se plaisait à dire qu'il y a de la rue de Tournon à la rue de Richelieu un grand laps de temps.
On demandait à un Parisien s'il connaissait le Pas-de-Calais.--Je les connais tous, répondit-il; il appliquait sa réponse aux pas du danseur Calet.
Un homme, dont le nez était fort camard, étant venu à éternuer devant un railleur, celui-ci le salua et ajouta:--Dieu vous conserve la vue. Celui qui venait d'éternuer, surpris de ce voeu, lui demanda pourquoi il le faisait.--Parce que, répondit le railleur, votre nez n'est pas propre à porter des lunettes.
Guy Patin, médecin célèbre, fit un procès à Renaudot, célébrité d'un autre genre, qui exerçait la médecine, à Paris, sans s'être fait agréer au corps des médecins de cette capitale. Renaudot fut condamné.--Vous avec perdu et gagné à la fois, lui dit Patin.--Comment gagné? répliqua Renaudot.--Mais vous êtes entré camus au palais, et vous en sortez avec un pied de nez.
Lorsque Ducis mourut, MM. Michaud et Campenon se disputèrent son fauteuil à l'Académie française. M. Campenon, prenant les devants, fit cette épigramme contre son concurrent:
Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud,Ma foi pour l'y placer il faut un ami chaud.
Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud,Ma foi pour l'y placer il faut un ami chaud.
Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud,
Ma foi pour l'y placer il faut un ami chaud.
Michaud répliqua:
Au fauteuil de Delisle aspire Campenon;Son talent suffit-il pour qu'il s'y campe? non.
Au fauteuil de Delisle aspire Campenon;Son talent suffit-il pour qu'il s'y campe? non.
Au fauteuil de Delisle aspire Campenon;
Son talent suffit-il pour qu'il s'y campe? non.
Dans une société où l'on parlait du Général De Caen, une personne qui l'avait connu à l'époque où il n'était encore qu'aide de camp de son frère, raconta ce qui suit:
En se rendant à l'armée, De Caen fut arrêté par la gendarmerie.--Comment vous nommez-vous? lui demanda le brigadier.--De Caen.--D'où êtes-vous?--De Caen.--D'où venez-vous?--De Caen.--Qui êtes-vous?--Aide de camp.--De qui?--Du général de Caen.--Où allez-vous?--Au camp.--Assez de cancans comme cela, dit le gendarme, je vous arrête.
C'est un mot qui a plusieurs sens, nous empruntons ce couplet à une chanson de M. Goulard:
Le politique sur la carteVisite le lieu des combats;Le gourmand consulte la carte,Pour faire choix d'un bon repas.Souvent le fou sur une carteTout son argent voit emporté;Et plus tard, si je perds la carte,Je perds aussi la liberté.
Le politique sur la carteVisite le lieu des combats;Le gourmand consulte la carte,Pour faire choix d'un bon repas.Souvent le fou sur une carteTout son argent voit emporté;Et plus tard, si je perds la carte,Je perds aussi la liberté.
Le politique sur la carte
Visite le lieu des combats;
Le gourmand consulte la carte,
Pour faire choix d'un bon repas.
Souvent le fou sur une carte
Tout son argent voit emporté;
Et plus tard, si je perds la carte,
Je perds aussi la liberté.
Les journaux racontaient, il y a trente ans, l'anecdote suivante à propos des cartes de visite. Un maître de maison était monté en équipage en compagnie de sa dame, lorsqu'il s'aperçoit qu'il a oublié ses cartes; il dit au laquais nouvellement à son service d'aller les prendre sur la cheminée de la salle à manger. Ce qui fut dit fut fait, et, fouette cocher, les visites vont bon train. Au bout d'un certain temps, le maître demande au groom s'il a encore beaucoup de cartes.
--Monsieur, répond celui-ci, il me reste encore le roi de pique, le dix de coeur et l'as de trèfle! Le pauvre garçon avait pris les cartes à jouer au lieu des cartes de visite.
Un libraire de Lyon, nommé Carteron, avait pour enseigne une balance, avec des petits poids d'un côté et des livres de l'autre. Ces mots étaient au bas: «Les quarterons font les livres.»
Un particulier ayant dit à Garrick que l'avocat Barell avait laissé fort peu d'effetsà sa mort:--Cela n'est pas étonnant, reprit ce comédien, il avait fort peu decauses.
S'écrit avec les deux lettres: CD.
Pourquoi faut-il prendre garde à ce qu'on dit devant les fils uniques?
--Parce qu'ils sontsans soeurs.
Un farceur disait:--Celui qui arrivera à tuer le temps vivra sans temps.
Dans les farces du théâtre italien, Arlequin disait à un autre qui le battait avec sa ceinture:--Tu te conduis comme un tonnelier; tu me donnes des coups deserre sot.
Deux Suisses, le sabre à la main, se battaient à outrance dans une place. Un paysan passe par là, et le coeur ému de compassion, s'efforce de les séparer; mais le pauvre diable, pour toute récompense de son zèle, reçoit à la tête un coup de sabre qui le jette à la renverse. On appelle un chirurgien qui veut voir si la cervelle est atteinte.--Ah! dit le paysan, je n'en avais point lorsque je me suis trouvé dans cette querelle.
Le jeu de mots qui suit est dans le même sens:
Au siége de Landrecies, en 1655, M. de La Feuillade fut blessé d'un coup de mousquet à la tête. Les chirurgiens dirent que la blessure était dangereuse et qu'on voyait la cervelle.--Eh bien! Messieurs, dit La Feuillade, faites-moi le plaisir d'en prendre un peu tout proprement, et, que je vive ou que je meure, de l'envoyer au cardinal Mazarin, qui a coutume de répéter que je n'en ai pas.
En Italie, comme on sait, les voiturins qui vous conduisent à Rome, vous mènent, vous nourrissent et vous couchent dans la route, moyennant un prix convenu. En France, dans de telles conditions, le voyageur qui fait sa convention avec le voiturin lui donnerait des arrhes. En Italie, au contraire, le voiturin donne des arrhes au voyageur pour se l'assurer. Les voiturins sont chers aux artistes et aux gens qui veulent voir. Un abbé, qui cherchait à gagner Rome en artiste, rentrait joyeusement auprès de ses amis.--Avez-vous trouvé? lui dit-on.--Oui, répondit-il; je suis engagé; et le voiturin m'a donné un napoléon pourses arrhes.
«Un prêtre espagnol, rencontrant Thomas Campbell dont il avait fait la connaissance à la table du général Trézel:--Excusez-moi, lui dit-il, si je ne vous ai pas rendu visite hier; mais j'étais obligé d'assister à la mort d'un chacal.
--À merveille, mon père, répondit Campbell, et j'espère que vous vous êtes amusé!
--Comment, amusé? mais j'allais lui porter les tristes consolations de notre sainte religion!
--En vérité?
--En vérité! et je vous assure qu'il est mort en chrétien repentant, malgré la vie dissolue qu'il avait toujours menée.
--Vous aimez à plaisanter, mon père! mais, parbleu, les chacals sont des chacals! vous ne pouvez pas exiger d'une brute qu'elle règle ses passions comme un animal raisonnable. Il n'est pas plus possible au chacal d'imiter votre continence, qu'il ne l'eût été au compagnon de Saint-Antoine d'imiter la sobriété de son patron.
--Il était adonné à la boisson, et, voyant un autre chacal mettre de l'argent dans sa poche, il le tua pour s'en emparer et acheter de l'eau-de-vie.
--Que diable me racontez-vous là, mon saint père! des chacals qui ont des poches, qui boivent de l'eau-de-vie, qui meurent en chrétiens! Vous êtes en joyeuse humeur,mio padre.»
Ici mon Espagnol éclata de rire: «Quoi! vous ne savez pas que tous les soldats d'infanterie légère ont reçu le sobriquet de chacal?»
(Thomas Campbell,Oran et ses environs.)
M. Ch. Monselet, après avoir entendu M. Saisset, dans son cours de philosophie à la Sorbonne, se retira en disant:--L'esprit est fort, mais lachaireest faible.
Bautru se promenait le chapeau à la main, par un soleil ardent, avec Gaston d'Orléans. Ce prince lui ayant dit qu'il aimait ses amis avec chaleur:--Ma tête s'en aperçoit, répondit Bautru.
Les habitants de... présentèrent une adresse pompeuse à Jacques Ier, successeur d'Élisabeth. Ils lui souhaitaient que son règne pût durer aussi longtemps que le soleil, la lune et les étoiles. Il leur répondit que «si leurs voeux étaient exaucés, son fils serait obligé de régner à la chandelle.»
Ce mot a plus d'un sens. Un acteur débutait au Théâtre-Français par le rôle de Mithridate, dans la tragédie de ce nom. Il n'était pas dépourvu de talent; il avait même beaucoup d'intelligence et de feu; mais son extérieur n'était rien moins qu'héroïque. Dans la scène où Monime dit à Mithridate:
Seigneur, vous changez de visage!
Seigneur, vous changez de visage!
Seigneur, vous changez de visage!
Un plaisant cria: Laissez-le faire.
On dit que le rossignol ne chante plus lorsqu'il est en cage, parce qu'il a perdu la clef des champs.
Tu sais bien, le voisin qui est si fier, hier il me visita, me fit politesse, et je le reconduisa.--Avec un I?--Non, avec un bout de chandelle.
On devait manger une dinde aux truffes à une table où se trouvait Buffon. Avant le dîner, une vieille dame demande au Pline moderne où croissent les truffes:
--À vos pieds, Madame.
La vieille ne comprend pas. On lui explique que c'est aux pieds des charmes; elle trouve charmant le compliment et le complimenteur.
Vers la fin du repas, quelqu'un fit la même question au savant naturaliste, qui, ne faisant pas attention que la dame d'avant-diner se trouvait là, dit naturellement:
--Aux pieds des vieux charmes.
La dame qui l'entendit ne le trouva plus si charmant.
Un postulant au théâtre devait prononcer cet hémistiche d'un vers:
Arrête lâche, arrête.
Arrête lâche, arrête.
Arrête lâche, arrête.
Il prononça si brièvement que tout le monde entendit:
Arrête la charrette.
Arrête la charrette.
Arrête la charrette.
Tout en rendant justice à M. Chasles, les plaisants disent qu'on le porte sur les épaules.
Brunet disait que le vase qu'on appelle chaudron ne s'appelait ainsi que parce qu'il est chaud et rond.
Un villageois demandait le chemin de Newgate (prison de Londres). Un plaisant qui l'entendit s'offrit de le lui montrer.--Traversez le ruisseau, lui dit-il, entrez chez le bijoutier en face, prenez deux gobelets d'argent; décampez avec, et dans cinq minutes vous y serez.
C'est un département où l'on ne peut pas vivre à bon marché.
Apprenez-moi, disait un Gascon, où demeure, dans cette rue, monsieur Cheval.--Monsieur, lui dit un marchand, il n'y a point d'homme de ce nom dans cette rue; mais vous êtes devant la porte de M. Poulain.--Eh! c'est cela; mais depuis dix ans que je ne l'ai vu, il a bien eu le temps de changer de nom, à moins qu'il ne fasse encore le jeune.
Ces jours derniers, un brave homme de la campagne fut élu maire dans sa commune.
Voulant, après l'élection, remercier ses futurs administrés du choix qu'ils avaient bien voulu faire de lui, il rassembla tout le village, et s'exprima ainsi:
«Mes amis, croyez que je n'oublierai jamais le jour où vous avez daigné mettre mes cheveux blancs à votre tête!...»
Deux faiseurs de calembours dînaient ensemble, à Paris, chez un restaurateur. À la fin du repas, l'un dit à l'autre:--Je te parie que je fais un calembour sur le premier mot que tu diras en sortant de table.--Je parie que non.--Je parie que si.--Le prix du dîner?--Va pour le dîner.
Le parieur attend de pied ferme. L'autre cherche un mot sans équivoque; il s'approche de la fenêtre et dit:--Il pleut.--Eh bien, chicot.--J'ai perdu.
Un étranger, témoin de cette scène, ne put comprendre le jeu de mots qu'après avoir cherché dans son dictionnaire; il y trouva la définition du mot chicot,reste de dent. «Ah! dit-il,--il pleut, reste dedans.--Voilà des gaillards bien spirituels.»
Un homme d'esprit vaniteux disait à un homme qui le regardait curieusement:--De quel droit me toisez-vous ainsi?--Un chien regarde bien un évêque, répondit l'indiscret. À quoi l'homme d'esprit répliqua:--Qui vous a dit que j'étais un évêque?
Scarron, dans un recueil de ses poésies qu'il fit imprimer, ayant adressé un madrigal à la petite chienne de sa soeur, mit pour titre: «À la chienne de ma soeur.» Depuis, s'étant brouillé avec elle, il fit mettre dans l'errata de son livre: «Au lieu deà la chienne de ma soeur,lisezà ma chienne de soeur.»
Un écrivain fit, en 1793, un livre qui parut sous le titre d'Observations sur la chaîne des ci-devant montagnes d'Auvergne.
Un nègre, ayant adressé alors une pétition à la Convention nationale, signa: «Ziméo, ci-devant nègre.»
Saint Denis est le saint des Français; saint Georges est le saint des Anglais; celui des Genevois est le cinq pour cent. (À Genève leqne se fait pas sentir.)
Cinq cordeliers, sains de corps et sains d'esprit, étaient ceints d'une corde et portaient sur leur sein un petit saint, muni du seing du saint-père.
On disait à un bon homme qu'Abdel-Kader avait cinq camps lorsqu'on l'a pris. Ce bon homme s'écria:--Comment, ce fameux guerrier n'est qu'un enfant?
Le général D.... parlait avec chaleur dans un cercle où se trouvait M. de Talleyrand, de diverses personnes qu'il qualifiait de pékins.
--S'il vous plaît, général, lui dit le prince, qu'appelez-vous pékins?
--Nous autres, répond le général, nous appelons pékin tout ce qui n'est pas militaire.
--Ah! fort bien! répond M. de Talleyrand; tout comme nous, nous appelons militaire tout ce qui n'est pas civil.
Un jeune homme à qui on demandait quelle était sa position sociale répondit:--Mon père est notaire, et mon oncle aussi. Ils ont chacun une étude; je suis clerc de l'une.
Le poëte Longchamps, devenu chambellan de Joachim Murat, roi de Naples, regrettait si fort la campagne, qu'il demanda sa retraite et vint finir ses jours à la campagne, près de Louviers. C'est à ce propos qu'il fit le couplet suivant:
Adieu, donc, stérile étiquette,Adieu, petite vanité,Graves riens, noble ennui, toilette,Et grandes fêtes sans gaîté.Adieu, clef d'or qu'ont au derrièreMes collègues les chambellans,Pour vivre enfin à ma manière,Ma foi, j'ai pris la clef des champs.
Adieu, donc, stérile étiquette,Adieu, petite vanité,Graves riens, noble ennui, toilette,Et grandes fêtes sans gaîté.Adieu, clef d'or qu'ont au derrièreMes collègues les chambellans,Pour vivre enfin à ma manière,Ma foi, j'ai pris la clef des champs.
Adieu, donc, stérile étiquette,
Adieu, petite vanité,
Graves riens, noble ennui, toilette,
Et grandes fêtes sans gaîté.
Adieu, clef d'or qu'ont au derrière
Mes collègues les chambellans,
Pour vivre enfin à ma manière,
Ma foi, j'ai pris la clef des champs.
Combien les musiciens connaissent-ils de clefs?--Trois, la clef desol, la clef defaet la clef d'ut.--Il y en a une quatrième qu'ils connaissent aussi, c'est la clef de la cave.
Dans un écrit que publia M. de Talleyrand, alors évêque d'Autun (1790), on prétendit qu'il n'y avait de lui que ce qui clochait.--On sait qu'il était boiteux.
Napoléon fit un jeu de mots en nommant M. Cochon préfet de Bayonne, la ville aux jambons renommés. M. Cochon signait: Cochon de Lapparent.
Plusieurs Français, à Amsterdam, étaient réunis à une table d'hôte. Un Anglais s'y trouvait aussi. Il mangeait, mangeait, mangeait, avec une attention profonde. Déjà plusieurs fois un convive lui avait adressé ces mots:--Monsieur, auriez-vous la bonté de me passer ce plat d'épinards? Le sombre habitant des bords de la Tamise était incapable de la moindre distraction. Alors le Français dit à un de ses amis:--Passe-moi donc le plat d'épinards, car ce coco-là ne veut pas que j'en goûte. À ce mot, les yeux de l'Anglais quittent enfin son assiette, et se portent courroucés sur son interlocuteur; il se croit insulté. Un de ces rendez-vous qu'on appelle d'honneur va être pris. Mais l'Anglais se ravise; il ouvre son pocket-dictionnaire; ses yeux brillent. Il appelle un domestique, demande du champagne, et invite son adversaire à trinquer avec lui.
--Monsieur le Français, dit-il, je étais dans le dérèglement (erreur). Vous faites politesse à moi. Vous appelez moi coco. Lisez: «Coco, fruit des Indes, doux et agréable.» Chacun partit d'un éclat de rire, et l'on but le champagne à la santé des deux nations.
Un banquier poursuivait de ses assiduités une jeune et riche héritière dont il sollicitait la main. Le jour de la Toussaint il se rendit à Saint-Roch, et là, placé à côté du bénitier, il attendait l'inhumaine, à laquelle il offrit de l'eau bénite, en lui disant tout bas:--Mademoiselle, que dois-je espérer?--Monsieur, lui répond la jeune personne, vous êtes dans mon esprit comme le bénitier dans l'église; près de la porte et loin du choeur.
Un très-gros homme, arrêté au bord d'un fossé, disait:--Je le sauterais bien, mais j'aurais peur de tomber dedans.--Monsieur, lui dit une dame, il serait comblé de vous recevoir.
Un jeune homme, voyant une belle dame qui avait une grande bouche, disait:--Quel dommage qu'une si belle femme ait la bouche commune! Son voisin lui répondit:--Si tu disais: comme deux!
L'existence est une penduleQue par soi-même il faut guider.Malheur à l'homme trop créduleQui la donne à raccommoder!On croit qu'Esculape calcule,Lorsqu'il s'agit d'y regarder,Mais il l'avance sans scrupuleNe pouvant pas la retarder!
L'existence est une penduleQue par soi-même il faut guider.Malheur à l'homme trop créduleQui la donne à raccommoder!On croit qu'Esculape calcule,Lorsqu'il s'agit d'y regarder,Mais il l'avance sans scrupuleNe pouvant pas la retarder!
L'existence est une pendule
Que par soi-même il faut guider.
Malheur à l'homme trop crédule
Qui la donne à raccommoder!
On croit qu'Esculape calcule,
Lorsqu'il s'agit d'y regarder,
Mais il l'avance sans scrupule
Ne pouvant pas la retarder!
Cette autre comparaison est de M. Boniface.
La chenille rampante,Dans son premier état,Végète sur la plante:Voilà le candidat.Sorti de la chenille,Sur des ailes porté,Un beau papillon brille:Voilà le député.
La chenille rampante,Dans son premier état,Végète sur la plante:Voilà le candidat.Sorti de la chenille,Sur des ailes porté,Un beau papillon brille:Voilà le député.
La chenille rampante,
Dans son premier état,
Végète sur la plante:
Voilà le candidat.
Sorti de la chenille,
Sur des ailes porté,
Un beau papillon brille:
Voilà le député.
Un proverbe dit: Comparaison n'est pas raison. Un axiome dit aussi: Toute comparaison cloche.
Odry disait un jour à Brunet:--Sais-tu pourquoi l'on se moque plutôt des bons que des méchants?
--Je ne sais pas.
--Parce que les bonnes gens sont presque toujours des personnes qu'on plaisante.
Un jeune soldat, originaire de Lyon, a adressé à sa famille, après la bataille de Solferino, la lettre laconique suivante. C'est à la fois la lettre d'un brave soldat et d'un bon fils:
«Castiglione, 25 juin.
«Chère mère,
«Je suis encore vivant, très-vivant et bon vivant.
«Seulement, je ne suis plus complet, comme un omnibus les jours de pluie.
«Le chirurgien du régiment vient de me couper la jambe.
«Je m'étais habitué à l'avoir, et la séparation a été cruelle.
«Mon sergent-major me dit, pour me consoler, que j'aurai maintenant une jambe faite au tour.
«Allons! bonne mère, ne pleure pas, songe que j'aurais pu être tué comme une foule de mes braves camarades. C'est ceux-là ou plutôt la famille de ces pauvres amis qu'il faut plaindre.
«Réjouis-toi donc, au contraire, bonne mère, tout est profit pour toi: je vais bientôt aller te rejoindre pour ne plus te quitter, ma jambe de bois me forçant à rester près de toi; je ferai tout ce qu'il te plaira: la chère partie de piquet.
«Tiens, voilà une larme qui tombe sur ce papier; ce n'est point une larme de regret, mais de bonheur, car je vais bientôt t'embrasser.»
On dit qu'un complimenteur est un accompli menteur.
Le prince de Ligne connaissait deux frères du nom de Montailleur, l'un le marquis, et l'autre le comte. Le premier était aussi aimable et spirituel que son frère était ennuyeux. Aussi le prince, quand son valet de chambre lui annonçait M. de Montailleur, avait-il coutume de dire:--Si c'est le marquis de Montailleur, à la bonne heure; mais si c'est le compte de mon tailleur, je sais ce que c'est et je n'en veux pas.
Qui peut nous expliquer les propriétés du liquide qu'on joint à l'huile dans la salade?--Le cornichon, parce qu'il estconfit dansdu vinaigre.
La différence qu'il y a entre un mari et un cornichon, c'est que le premier se confie en sa moitié, et l'autre se confit en son entier.
Un médecin, ayant un cheval malade, fit appeler un maréchal. Celui-ci ayant guéri le cheval, le médecin lui dit:--Mon ami, qu'est-ce que je vous dois?--Rien, répondit le maréchal: je ne prends jamais rien à mes confrères.
L'évêque de Québec, au commencement de sa mission, s'était perdu au Canada. Ceux qui étaient à sa recherche rencontrèrent une troupe de sauvages auxquels ils demandèrent s'ils connaissaient cet évêque.--Si je le connais! répondit l'un d'eux, j'en ai mangé.
On disait d'une femme qui s'évanouissait:--Elle se trouve mal. Un farceur répondit:--C'est qu'elle se connaît.
Louis XI disait ordinairement que tout son conseil était dans sa tête, parce qu'il ne consultait personne. L'amiral de Brézé, le voyant monter sur un bidet très-faible, dit:--Il faut que ce cheval soit plus fort qu'il ne paraît, puisqu'il porte le roi et son conseil.
Quand on eut posé la statue de Louis XV sur des grues, afin de l'élever à la place dite aujourd'hui de la Concorde, un mauvais plaisant dit:--Le voilà au milieu de son conseil!
On donne souvent à ce mot des sens qu'il n'a pas trop. Une dame de moeurs légères, sur qui un étranger arrêtait ses regards avec persistance, lui dit:--Pourquoi, Monsieur, me considérez-vous ainsi?--Madame, répondit l'autre, assez peu galamment, je vous regarde, mais je ne vous considère pas.
VoyezRegarder.
Un savant disait qu'il n'aimait pas qu'on l'appelât citoyen, parce que c'est un style de convention qui ne convient pas à tout le monde.
On présentait comme un parti convenable à une demoiselle un jeune employé d'administration militaire. Il ne plut pas. La demoiselle lui demanda ce qu'il faisait.--Je suis dans les convois, Mademoiselle.--Oh! l'horreur!--Militaires, Mademoiselle!--Ou civils, peu importe! repassez quand je serai morte.
Ménage dit que Marot a inventé l'expression coq-à-l'âne, en donnant ce titre à une de ses épîtres. D'autres prétendent que ce mot vient d'une vieille fable où l'on introduisait un coq raisonnant avec un âne. Comme cette fiction n'avait pas le sens commun, on a donné le nom de coq-à-l'âne à tous les raisonnements aussi absurdes.
Une personne regardant le portail des Feuillants de la rue Saint-Honoré, à Paris, et entendant dire qu'il était de l'ordre corinthien: «Je croyais, dit-elle, qu'il était de l'ordre de Saint-Bernard.»
Un homme très-crédule disait qu'il n'avait pas de confiance dans la vaccine. «À quoi sert-elle, ajoute-t-il, je connais un enfant, beau comme le jour, que sa famille avait fait vacciner... eh bien! il est mort deux jours après...--Comment! deux jours après?...--Oui... il est tombé du haut d'un arbre, et s'est tué roide... Faites donc vacciner vos enfants, après cela!»
On a dit que le char funèbre, genre antique, qui avait transporté Louis XVIII à Saint-Denis, était le même qui avait traîné la liberté au Champ de Mars, la déesse Raison à Notre-Dame et Voltaire au Panthéon; mais les draperies, selon la circonstance, en déguisaient la carcasse. Quoi qu'il en soit, lorsque le char, qui avait emporté le cercueil royal, revint à sa remise rue Bergère, chargé de toutes les décorations mortuaires entassées pèle-mêle, on lisait dessus, en grosses lettres:Service des menus plaisirs du roi.
Louis XV allant à Choisy, M. de Nédonchelles, officier des gardes du corps, anglomane décidé, galopait à l'une des portières de la voiture; et, comme il avait plu beaucoup, à tout moment il éclaboussait le roi, qui avait baissé la glace.--Nédonchelles, lui cria le roi, vous me crottez!--Oui, Sire, répondit l'officier, à l'anglaise. On devine que Nédonchelles avait entendu: Vous trottez. Louis XV, ne saisissant pas la méprise, leva la glace de mauvaise humeur, et dit à ceux qui l'accompagnaient: «Parbleu! voilà un trait d'anglomanie qui est un peu fort!»
Frédéric le Grand avait coutume, toutes les fois qu'un nouveau soldat paraissait au nombre de ses gardes, de lui faire ces trois questions: «Quel âge avez-vous? Depuis combien de temps êtes-vous à mon service? Recevez-vous votre paye et votre habillement comme vous le désirez?»
Un jeune Français désira entrer dans la compagnie des gardes. Sa figure le fit accepter sur-le-champ; mais il n'entendait pas l'allemand. Son capitaine le prévint que le roi le questionnerait dès qu'il le verrait, et lui recommanda d'apprendre par coeur, dans cette langue, les trois réponses qu'il aurait à faire. Il les sut bientôt, et le lendemain Frédéric vint à lui pour l'interroger; mais il commença par la seconde question et lui demanda: «Combien y a-t-il que vous êtes à mon service?--Vingt-un ans, répondit le soldat.» Le roi, frappé de sa jeunesse qui ne laissait pas présumer qu'il eût porté le mousquet si longtemps, lui dit d'un air de surprise: «Quel âge avez-vous?--Un an, sous le bon plaisir de Votre Majesté.» Frédéric, encore plus étonné, s'écria: «Vous ou moi avons perdu l'esprit.» Le soldat, qui prit ces mots pour la dernière question, répliqua avec fermeté: «L'un et l'autre, n'en déplaise à Votre Majesté.--Voilà, dit Frédéric, la première fois que je me suis vu traiter de fou à la tête de mon armée.»
Le soldat, qui avait épuisé sa provision d'allemand, garda pour lors le silence; et quand le roi, se retournant vers lui, le questionna de nouveau pour pénétrer ce mystère, il lui dit en français qu'il ne comprenait pas un mot d'allemand. Frédéric, s'étant mis à rire, lui conseilla d'apprendre la langue qu'on parlait dans ses États, et l'exhorta d'un air de bonté à bien faire son devoir.
Pièce copiée sur l'original affiché à Pontarlier.
1º Il est défendu d'extraire de la pierre, du sable, des carrières du territoire de la commune sans avoir prévenu les autorités, surtout de la marne, les étrangers n'y sont pas admis.
2º Les cabaretiers qui donneront à boire le dimanche sont prévenus qu'on leur dressera procès-verbal pendant les offices, surtout de la messe, qu'il est défendu d'y aller.
3º Il est défendu de conduire le bétail sur le communal joignant le pic des avoines, ni avec des brebis, chèvres ou autres, malgré qu'ils seraient conduits par des personnes raisonnables, qui ne doivent pas être pâturés.
4º Dimanche, à l'issue de vêpres, il sera procédé à l'adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur des boues du village, en présence du maire, qu'on devra racler proprement, assisté de deux membres du conseil, provenant des égouts de la ville. Les articles sus-dits, regardent aussi tous les habitants de tous les sexes, qui devront être exécutés.
Les habitants sont prévenus que, lundi prochain, on échenillera deux personnes par maison, le curé excepté.
Le maireColas.
Le 5 mars 1846.
L'abbé Cherrier, censeur royal au commencement de la régence, publia un volume de plaisanteries, qu'on retrouve pour la plupart dans diverses compilations connues. Nous en extrairons ici le seul morceau qui soit un peu rare. C'est un singulier faisceau d'équivoques.
HISTOIRE DE L'HOMME INCONNU
Je prie qu'on ne juge pas mon style avec la rigueur (du grand hiver). S'il est un peu plat (de terre) et simple (du jardin du roi), vous n'en apprendrez pas moins que mon héros avait un corps (de garde), une tête (d'épingle), un cou (de tonnerre), des bras (de mer), un cul (de sac), une haleine (de savetier), une âme (de soufflet). On lui acheta une charge (de cotterets) qui le mit dans belle passe (de billard). Il parlait en fort bons termes (de Pâques ou de la Saint-Jean); il était fort bien vêtu, ayant de belles chemises de toile (d'araignée), un magnifique rabat (joie) de point (du jour), une jolie culotte (de boeuf). Sa maison était bâtie de pierres (philosophales), soutenue de piliers (de cabaret); on y entrait par deux cours (de chimie), d'où en montant vingt-cinq degrés (de chaleur) on se trouvait dans une grande chambre (de justice), qui donnait entrée dans douze pièces (de Molière), toutes ornées de colonnes (de chiffres).
L'homme inconnu se faisait servir dans chacune (à spectacle) tour à tour une fricassée de coq-(à-l'âne), avec deux entrées (de ballets) et deux poulets (d'amants). Son dessert était composé d'une compote de coins (de rue), d'un pot de gelée (de novembre), de marrons (d'artifice) et d'amendes (honorables).
Après le repas, il courait à la chasse, suivi d'une meute de chiens (dent), de quatre valets (de pique), et de deux pages (de livre), montés sur des chevaux (de frise), portant des lacs (d'amour) et des filets (de canard).
Comme ce rare personnage avait souvent des tranchées (de ville assiégée), on lui ordonna la diète (de Ratisbonne).
Ayant perdu sa femme, il voyagea et mourut d'une chute (d'eau).
Voici une autre plaisanterie de même genre:
Mademoiselle Esprit d'Alambic avait une très-belle tête à papillotes, une de ces figures de géométrie qui promettent; quoique demoiselle, elle avait un superbe port de mer (mère); elle portait le fronteau (front haut); elle avait un oeil de boeuf, un oeil de bouillon gras, un négrillon (nez grillon) charmant, une bouche de canon dans laquelle étaient des dents de loup et une langue de vipère, la laine (l'haleine) d'un mérinos, une oreille de veau frite au sec, une oreille de Midas, un couvert (cou vert), mais il était d'étain (déteint), les pôles (l'épaule) du monde, un bras de fauteuil, un bras dessus bras dessous, une main morte, un doigt de gaieté, un pouce de terre, un point (poing) d'Angleterre, un poignet à jour, un cou-de-pied, des côtes de fer, une anche (hanche) de basson, une anche oie: on voyait toujours avec un plaisir nouveau sa jambe de cerf, sa cheville ouvrière, son pied de table, son pied de grue, son talon de passe-port; elle joignait à tous ces avantages celui d'une éloquence rare, et l'on ne pouvait résister aux coups que portait sa patte étique (pathétique); quoique d'une chair fraîche, elle avait une teinte violette qui lui rendait la polaque (peau laque); c'était cependant une police (peau lisse), car elle n'avait pas de chagrin, et elle pouvait se vanter en tout temps d'avoir le cornet (corps net).
Ce qui suit est encore dans le même genre:
LES AVENTURES DU COURTISAN GROTESQUE.
Le courtisan sortit un jour d'un palais (de boeuf) habillé de vert (de gris), parfumé (comme un jambon) d'odeur (de sainteté), et enveloppé d'un manteau (de cheminée). Il rencontre une dame (d'échecs) parée d'une belle robe (d'avocat), d'une fine fraise (de veau) et d'une riche côte (de melon), bordée d'un filet (de vinaigre).
Ah! ma reine, s'écria-t-il, jetez les yeux sur mon coeur (d'opéra). Voyez les mille morts (de bride) que vos dédains me font souffrir. Par pitié, accordez-moi (comme une guitare) un don (prieur). Laissez-moi jouir à vos pieds (destal) de mon ravissement (de Proserpine). Vous balancez (sur la corde). Ah! belle dame, ne craignez pas que je change jamais (mon argent blanc). Je suis à vous pour la vie (de parents), j'en fais à l'amour le plus doux des voeux (de chasteté).
La dame (d'échecs), flattée des transports (de marchandises) du courtisan, ne put retenir quelques souris (de mon grenier), et quelques coups d'oeil en dessous (main). Celui-ci, enhardi par cette faveur (de filoselle blanche) appelle la dame sa lumière (de canon), son âme (de violon), l'attire sur un banc (de mariage), et la conjure d'apaiser la violence du feu (son père) qui le consume. La bonne dame (d'échecs) se laisse émouvoir par ses larmes (de sapin), et le suit dans un lieu (privé) où l'on voyait de longues allées d'arbres (généalogiques), qui, enlaçant leurs branches (collatérales), donnaient beaucoup d'ombre (des Champs-Élysées). Les parterres étaient émaillés de fleurs (de rhétorique). On y respirait un air doux (de clavecin), et l'on se reposait sous de riants berceaux (d'enfants), impénétrables aux chaleurs (de poitrine) et rafraîchis par plusieurs bassins (de barbiers).
Ce lieu charmant aiguisait l'appétit le plus malade. Le courtisan y fit dresser une table (de la loi) et servir un coq (de clocher), entre deux entrées (aux barrières) suivi d'un friand dessert, où l'on remarquait de belles poires (d'angoisses) et d'excellentes pêches (de marée). La dame fit honneur à cette collation (de bénéfice). Pour le courtisan, il mangea peu, babilla beaucoup, conta (par livres, sous et deniers) toutes ses bonnes fortunes (du pot), reconduisit ensuite chez elle sa nouvelle conquête (de l'Amérique), et se retira (comme un parchemin).
Le lendemain, il prend un peu d'encre (de navire), taille quelques plumes (d'oreiller), fait des vers (à soie) les plus galants du monde, et vite en charge un courrier (de Rome), qui met ses bottes (de foin), monte sur le cheval (de Troie), galope, ou plutôt vole (une tabatière) chez la dame (d'échecs) et rapporte aussitôt à l'amoureux sa réponse (en salade).
Il le trouve couché dans un lit (de rivière), suant, se débattant et ravi en extaxe jusqu'au ciel (du lit). Un bel esprit (du cimetière) cherchait en vain à le distraire de ses pensées (odoriférantes). Notre amoureux n'écouta point (et virgule) ce qu'il disait. Il lut la lettre (dominicale) que venait de lui remettre le courrier; et enchanté il prend les plus beaux habits de son coffre (fort) et va tout droit (romain) chez sa mie (de pain mollet).
Cependant, un ancien amoureux de la belle se livre à la jalousie (d'une fenêtre), et ne pouvant souffrir que la dame (d'échecs) soit possédée (du démon) par un autre que lui, il envoie au courtisan un appel (comme d'abus). Les deux rivaux se trouvent sur le champ (des rossignols), viennent aux prises (de rhubarbe), se portent tour à tour plusieurs coups (de vin), frappent de pointe (des cheveux), de revers (de médaille), enfin, après un long combat (des passions), le courtisan allonge à son rival une terrible botte (molle); il le blesse; le fait porter chez un esculape pour le faire panser (à ses affaires), revient triomphant sur un char (de fumier) et se jette aux genoux de sa bonne dame (d'échecs) qui le reçoit à bras ouverts (par trois cautères) et lui accorde sa main (de papier), après lui avoir donné quelques jours (de vigile et jeûne) pour se remettre.
Quand les noces furent faites, on mit l'épousée dans une couche (de citrouilles) bien mollement garnie de plumes (d'écritoire), puis l'on dansa autour (d'un couvent grillé) au son (de la farine) que rendaient mille instruments (de mathématiques).
Nos époux donnèrent de grandes fêtes (mobiles), se divertirent pendant quelques mois avec leurs connaissances (littéraires), visitèrent ensuite leur château (en Espagne), leurs terres (australes), leurs champs (de bataille), et ayant tiré de leurs fermiers différentes sommes (de saint Thomas), ils parurent à la cour (tille). Le mari acheta un office (des morts), devint officier (d'office), et par ses grands talents (d'or), fut bientôt général (des capucins); il fit alors de fameux exploits (de sergent), de belles actions (de grâces) dont il fut loué (à dix sous par jour) et eut la gloire de mourir dans une grande journée (d'été), laissant toute la terre dans la douleur (de l'enfantement).
On lui fit cet épitaphe: