G

Deux vieux charpentiers, grands observateurs du saint Lundi s'étaient rendus, comme de coutume, à la barrière et se livraient à d'abondantes libations. Ils devisaient tous deux sur le moyen d'avoir de grands profits:--Y a toujours moyen de gagner de l'argent, père Flottard!... Un litre à la barrière, c'est six sous, au lieu de douze qu'on le paie à Paris.--C'est vrai, père Bisaiguë, j'ai gagné comme ça trois francs lundi dernier, et j'en gagnerai bien encore autant aujourd'hui!

Un boucher, maigre de corps comme d'esprit, étant entré un jour dans le magasin d'un libraire où était l'abbé Maury, prit un volume de J. J., et se mit à répéter, comme par affectation, et pour faire preuve de goût, le passage suivant:

«Qui commande à des hommes libres doit-être libre lui-même.»

Puis, se tournant vers l'abbé: Que pensez-vous de cet adage, monsieur, lui dit-il?--Il n'a pas le sens commun, reprit Maury, c'est comme si l'on disait:

Quiconque tue des boeufs gras doit-être gras lui-même.

Chantée à Genève au citoyen Proudhon:

Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme,Ré-trograde prôneur d'un vieux système usé,Mi-racle d'impudence en ce siècle abusé,Fa-vorable aux fripons, dont tu fais la réclame,Sol-eil dont la lumière est propice au voleur,Laterre connaîtrait ta funeste valeur,Sitout homme de sens te chantait cette gamme,Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme.

Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme,Ré-trograde prôneur d'un vieux système usé,Mi-racle d'impudence en ce siècle abusé,Fa-vorable aux fripons, dont tu fais la réclame,Sol-eil dont la lumière est propice au voleur,Laterre connaîtrait ta funeste valeur,Sitout homme de sens te chantait cette gamme,Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme.

Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme,

Ré-trograde prôneur d'un vieux système usé,

Mi-racle d'impudence en ce siècle abusé,

Fa-vorable aux fripons, dont tu fais la réclame,

Sol-eil dont la lumière est propice au voleur,

Laterre connaîtrait ta funeste valeur,

Sitout homme de sens te chantait cette gamme,

Ut-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme.

Un jour, Napoléon, fort mécontent à la lecture d'une dépêche de Vienne, dit à Marie-Louise: Votre père est une ganache. L'impératrice, qui ignorait beaucoup de termes français, s'adresse à un conseiller d'État et lui demande la signification du mot ganache, en lui disant dans quelle circonstance l'Empereur l'a employée.--À cette demande inattendue, le courtisan balbutie que cela veut dire un homme sage, un homme de poids, un homme de bon conseil.

Quelques jours après, la mémoire encore fraîche de sa nouvelle acquisition, Marie-Louise, présidant le conseil d'État et voyant la discussion plus animée qu'elle ne voulait, interpelle, pour y mettre fin, Cambacérès, qui, à ses côtés, bayait tant soit peu aux corneilles: C'est à vous à nous mettre d'accord dans cette occasion importante, dit-elle, vous serez notre oracle, car je vous tiens pour la première et la meilleure ganache de l'Empire.

Mais cette plaisanterie est, dit-on, un conte du faubourg Saint-Germain.

Charles-Quint, né dans cette ville, jouait avec son nom. Un jour qu'à la suite d'une révolte, le duc d'Albe lui conseillait de détruire cette fourmilière de séditieux, il le fit monter sur la tour du beffroi, et lui faisant embrasser l'immense étendue de la ville:--Toutes vos peaux d'Espagne, dit-il, ne suffiraient pas à refaire un gant de cette grandeur.

Lorsqu'il visita Paris, qui était plus resserré, il se plut à dire encore:--Je mettrais Paris dans mon gant.

Frédéric Soulié disait à un garçon de café qui le servait mal:

--Il faut vous marier.--Pourquoi cela?--Parce que vous n'êtes pas fait pour rester garçon.

La Bruyère appelle ceux qui briguent le nom de bel esprit «garçons bel esprit,» comme qui dirait garçon tailleur.

On lisait en décembre 1857, dans leMoniteur du Calvados:

«Voici une interprétation originale de la loi portant taxe sur les chiens. Un propriétaire d'une commune voisine aurait écrit au maire de son endroit à peu près en ces termes:

«Monsieur le Maire,

«La loi divise les chiens en deux catégories: chiens de luxe ou d'agrément, et chiens de garde; les premiers payant la taxe la plus élevée, et les derniers la moindre.

«J'ai l'honneur de vous informer que les deux chiens que j'ai dans ma propriété appartiennent à mon garde. Je vous prie donc les inscrire, comme chiensde garde, dans la deuxième catégorie.»

«Or, il paraît que ces chiens sont deux magnifiques chiens de chasse.»

Quatrain de Rivarol sur l'Assemblée nationale de 1789:

Dans cette assemblée, où l'on faucheEt le bons sens et le bon droit,Le côté droit est toujours gauche,Et le gauche n'est jamais droit.

Dans cette assemblée, où l'on faucheEt le bons sens et le bon droit,Le côté droit est toujours gauche,Et le gauche n'est jamais droit.

Dans cette assemblée, où l'on fauche

Et le bons sens et le bon droit,

Le côté droit est toujours gauche,

Et le gauche n'est jamais droit.

Quel profit remarquable eurent les Romains à prendre les Gaules?--La facilité d'abattre les noix.

Une chanson, populaire à Paris, commence ainsi:

De la gendarmerie,Lorsqu'un gendarme rit,Dans la gendarmerieChaque gendarme rit.

De la gendarmerie,Lorsqu'un gendarme rit,Dans la gendarmerieChaque gendarme rit.

De la gendarmerie,

Lorsqu'un gendarme rit,

Dans la gendarmerie

Chaque gendarme rit.

Ex-représentant de Belgique, dont le nom fit faire un calembour.--Avez-vous beaucoup degens de bienà la Chambre? demandait-on à une dame de Bruxelles.--Non, monsieur, répondit-elle. Nous n'en avons qu'un.

Quel est le peuple le moins bien dans ses affaires?--Ce sont les Gênois, qui vivent constamment dans l'État deGênes.

On sait le mot de ce soldat de la République sur un de ses chefs qui faisait mauvais ménage:

--Notre général n'est qu'un tambour.

--Pourquoi?

--Parce qu'il bat la générale.

Franklin prenait plaisir à répéter une observation de son nègre, auquel il avait défini ce que c'était qu'un gentilhomme.

--Massa, lui disait l'Africain, tout travaille dans ce pays: l'eau travaille, le vent travaille, le feu travaille, la fumée travaille, les chiens travaillent, le boeuf travaille, le cheval travaille, l'homme travaille, tout travaille, excepté le cochon; il mange, il boit, il dort, et ne fait rien de la journée. Le cochon est donc le seul gentilhomme de l'Angleterre.

Un fermier de Saint-Julien-du-Sault étant très-malade, ses amis lui conseillèrent de faire venir le médecin de l'endroit, qui se nommait Gilet. «Ah bah! leur dit-il, je suis venu tout nu au monde, je m'en retournerai bien sans gilet.»

Un galant, présentant à une dame une paire de gantsglacés, lui disait:--C'est ce que j'ai trouvé de plusfrais.

Donnons sur ce mot quelques jolis couplets de M. Jacinthe Leclère:

Déjà maint critique s'avanceImpatient de me jugerPour faire pencher la balanceUn grain est un sujet léger.Mais à son jugement suprêmeJe m'abandonne sans appel;Heureux, si des grains que je sème,Je recueille un seul grain de sel.Ce riche gourmand qui m'écoute,Et déjà méprise mes grains,Sait-il ce qu'un grain de blé coûteEt de sueurs et de chagrins?Ce chapon fin dont il se gorgeDe grains dépeupla nos guérets;Et de sa serviette à grains d'orgeUn grain de chanvre a fait les frais.Un grain de vent porte la foudreEt des mers trouble le repos;Et plus loin, quelques grains de poudreTranchent la trame des héros.Un grain d'esprit rend plus jolie;Un grain d'amour trouble les sens;Et souvent un grain de folieFait passer un grain de bon sens.De mes grains j'ouvre une boutique,Et j'en donne à tous mes voisins:Aux parvenus, grains d'émétique,Aux ivrognes grains de raisins,Quelques grains d'or à l'alchimisteAu malade, grains de santé,Grains d'ellébore au journaliste,Et grains d'encens à la beauté.

Déjà maint critique s'avanceImpatient de me jugerPour faire pencher la balanceUn grain est un sujet léger.Mais à son jugement suprêmeJe m'abandonne sans appel;Heureux, si des grains que je sème,Je recueille un seul grain de sel.Ce riche gourmand qui m'écoute,Et déjà méprise mes grains,Sait-il ce qu'un grain de blé coûteEt de sueurs et de chagrins?Ce chapon fin dont il se gorgeDe grains dépeupla nos guérets;Et de sa serviette à grains d'orgeUn grain de chanvre a fait les frais.Un grain de vent porte la foudreEt des mers trouble le repos;Et plus loin, quelques grains de poudreTranchent la trame des héros.Un grain d'esprit rend plus jolie;Un grain d'amour trouble les sens;Et souvent un grain de folieFait passer un grain de bon sens.De mes grains j'ouvre une boutique,Et j'en donne à tous mes voisins:Aux parvenus, grains d'émétique,Aux ivrognes grains de raisins,Quelques grains d'or à l'alchimisteAu malade, grains de santé,Grains d'ellébore au journaliste,Et grains d'encens à la beauté.

Déjà maint critique s'avance

Impatient de me juger

Pour faire pencher la balance

Un grain est un sujet léger.

Mais à son jugement suprême

Je m'abandonne sans appel;

Heureux, si des grains que je sème,

Je recueille un seul grain de sel.

Ce riche gourmand qui m'écoute,

Et déjà méprise mes grains,

Sait-il ce qu'un grain de blé coûte

Et de sueurs et de chagrins?

Ce chapon fin dont il se gorge

De grains dépeupla nos guérets;

Et de sa serviette à grains d'orge

Un grain de chanvre a fait les frais.

Un grain de vent porte la foudre

Et des mers trouble le repos;

Et plus loin, quelques grains de poudre

Tranchent la trame des héros.

Un grain d'esprit rend plus jolie;

Un grain d'amour trouble les sens;

Et souvent un grain de folie

Fait passer un grain de bon sens.

De mes grains j'ouvre une boutique,

Et j'en donne à tous mes voisins:

Aux parvenus, grains d'émétique,

Aux ivrognes grains de raisins,

Quelques grains d'or à l'alchimiste

Au malade, grains de santé,

Grains d'ellébore au journaliste,

Et grains d'encens à la beauté.

Un professeur de mathématiques, bon homme et vieux savant, que les préoccupations de la science poursuivaient souvent jusque dans ses fonctions les plus pieuses, avait l'habitude, lorsque les élèves égaraient un livre ou quelque objet d'étude, d'en faire l'annonce à la prière du soir. Un jour qu'il venait de réciter les oraisons communes, un élève s'approchant lui dit à l'oreille:--Monsieur, voulez-vous annoncer, s'il vous plaît, que j'ai perdu ma grammaire.

Préoccupé sans doute par quelque problème, le savant, s'égarant sur le mot, s'empressa de répéter tout haut: Un tel me prie de vous annoncer qu'il a eu la douleur de perdre sa grand'mère. Nous la recommandons à vos prières.

Mais c'est ma grammaire grecque que j'ai perdue, répond le jeune homme en riant du quiproquo.

Messieurs, la pauvre femme était Grecque, ajoute aussitôt le professeur avec émotion; Dieu veuille avoir son âme.

Ce mot change de sens quelquefois en changeant de place: un grand homme n'est pas toujours un homme grand, et souvent un homme grand n'est qu'un petit homme. La grandeur mise en avant est la mesure de l'âme, mise en arrière elle n'est que la taille du corps.

La musique duJugement de Midas, de Grétry, fut sifflée à la cour et applaudie à Paris. C'est à ce sujet que Voltaire adressa au célèbre compositeur le quatrain suivant:

«La cour a dénigré tes chantsDont Paris nous dit des merveilles,Grétry, les oreilles des grandsSont souvent de grandes oreilles.»

«La cour a dénigré tes chantsDont Paris nous dit des merveilles,Grétry, les oreilles des grandsSont souvent de grandes oreilles.»

«La cour a dénigré tes chants

Dont Paris nous dit des merveilles,

Grétry, les oreilles des grands

Sont souvent de grandes oreilles.»

Le chancelier Bacon disait: «Les gens de haute stature ressemblent quelquefois aux maisons de quatre ou cinq étages, dont le plus haut appartement est d'ordinaire le plus mal meublé.»

Un des derniers rois d'Espagne, auquel le sort des armes avait enlevé plusieurs places considérables recevait cependant, de la plupart de ses courtisans, le titre de grand: «Sa Grandeur, dit un Espagnol, ressemble à celle des fossés, qui deviennent grands à proportion des terres qu'on leur ôte.»

Quelle est la lettre la plus estimée en Espagne?--La grandeS.

On lisait, chez la femme d'un banquier, l'Invocation de Milton à la lumière. Un homme d'affaire, qui n'avait jusqu'alors donné qu'une faible attention à cette lecture, se réveilla tout à coup à ce vers:

Et pour moi le grand livre est fermé pour jamais!

(Il s'agit là du grand livre de la nature.)

--Eh quoi! s'écria le banquier, est-ce qu'on ne lui a pas payé ses rentes?

Une épigramme de l'Almanach des Aristocratespour 1791:

Certaine Anglaise, à certaine séance,D'un certain club qui dirige la France,Un certain soir, se trouvait par hasard.--Oh! s'il vous plaît, dit-elle à sa voisine,Sur cet fauteuil qu'est cet monsieur camard,Qu'à droite, à gauche, ici chacun lutine?--Milady, c'est monsieur le président,Ce que chez vous l'orateur on appelle.--Oh! l'orateur, fort bien cet mot s'entend.Mais, s'il vous plaît, quel est, ajouta-t-elle,Cet instrument que dans ses mains je vois?--C'est de son rang l'éclatant interprète;C'est là son sceptre, et nos augustes loisNe se font plus qu'à grands coups de sonnette.--Oh! et que dit ce bruit original:Gredin! Gredin!dont toute l'assembléeA, comme moi, la cervelle fêlée?--Mais, Milady, c'est l'appel nominal.

Certaine Anglaise, à certaine séance,D'un certain club qui dirige la France,Un certain soir, se trouvait par hasard.--Oh! s'il vous plaît, dit-elle à sa voisine,Sur cet fauteuil qu'est cet monsieur camard,Qu'à droite, à gauche, ici chacun lutine?--Milady, c'est monsieur le président,Ce que chez vous l'orateur on appelle.--Oh! l'orateur, fort bien cet mot s'entend.Mais, s'il vous plaît, quel est, ajouta-t-elle,Cet instrument que dans ses mains je vois?--C'est de son rang l'éclatant interprète;C'est là son sceptre, et nos augustes loisNe se font plus qu'à grands coups de sonnette.--Oh! et que dit ce bruit original:Gredin! Gredin!dont toute l'assembléeA, comme moi, la cervelle fêlée?--Mais, Milady, c'est l'appel nominal.

Certaine Anglaise, à certaine séance,

D'un certain club qui dirige la France,

Un certain soir, se trouvait par hasard.

--Oh! s'il vous plaît, dit-elle à sa voisine,

Sur cet fauteuil qu'est cet monsieur camard,

Qu'à droite, à gauche, ici chacun lutine?

--Milady, c'est monsieur le président,

Ce que chez vous l'orateur on appelle.

--Oh! l'orateur, fort bien cet mot s'entend.

Mais, s'il vous plaît, quel est, ajouta-t-elle,

Cet instrument que dans ses mains je vois?

--C'est de son rang l'éclatant interprète;

C'est là son sceptre, et nos augustes lois

Ne se font plus qu'à grands coups de sonnette.

--Oh! et que dit ce bruit original:

Gredin! Gredin!dont toute l'assemblée

A, comme moi, la cervelle fêlée?

--Mais, Milady, c'est l'appel nominal.

Le roi des Turlupins était M. d'Armagnac. Ce seigneur se trouvant un jour avec le duc (Henri-Jules), depuis prince de Condé, il lui demanda pourquoi on disait guet-à-paon et non pas guet-à-dinde?--Par la même raison, répondit le prince, qu'on ne dit pas, Monsieur d'Armagnac est unturluchêne, mais unturlupin.

Quelles sont les lettres les plus menues?--Les lettres H E.

Une maîtresse de maison avait besoin d'un domestique; on lui envoya un brave garçon qui arrivait en droite ligne de Limoges, en Limousin.--Victor (c'était son nom) était muni des meilleurs renseignements.

--C'est bien, Victor, lui dit-elle, je vous prends à mon service; vous aurez cent écus de gages, vous serez nourri, blanchi et je vous habillerai.

--Ainsi, madame m'habillera?

--Oui. Faites porter vos effets et restez.

Victor sortit, revint et fit son service.

Le lendemain on attend Victor; point de Victor. On sonne, personne; on resonne, personne encore. Deux heures se passent et Victor ne paraît pas.

Impatientée, la maîtresse du logis monte chez Victor.

Il était pacifiquement couché, les yeux ouverts.

--Mais, Victor, dit la dame, il est onze heures.

--Je le sais, madame, répond Victor d'un air tranquille.

--Vous n'avez donc pas entendu qu'on vous a sonné?

--Au contraire.

--Alors, pourquoi ne descendiez-vous pas?

--Mais, madame m'avait dit hier qu'elle m'habillerait; j'attendais qu'elle vint m'habiller.

Quelles sont les lettres les plus maltraitées?--Les lettres H E.

Madame de Sévigné disait des pendules à secondes, qu'elle ne les aimait pas, parce qu'elles hachent la vie trop menu.

Quels sont les départements où l'on fait la cuisine à l'huile?

Les voici: Aisne, Aube, Eure.

S'écrit en quatre lettres délicates,n,o,h,i.

Un cordonnier, président de section en 1793, prononçait un discours de circonstance; une période, entre autres, se trouva si étendue que, malgré la force de ses poumons, les derniers mots expiraient sur ses lèvres. Un plaisant lui cria:--Citoyen, reprenez votre alène.»

Cadet-Roussel, professeur de déclamation, remplit le rôle d'un tyran qui a pour confident Aran; il le chasse en lui disant:--«Aran, sors.»

Citons aussi ce vers, du récit de la mort d'un vieillard, dans une tragédie moderne:

Il sortit d'ici-bas commeun vieillard en sort.

Malherbe est auteur de ce vers:

Enfin cette beauté m'a la place rendue.

On dit un jour à ce poëte que Des Yveteaux l'appelait le poëte Malapla, faisant allusion à ce dernier hémistiche:m'a la place rendue, qui, à la vérité ne désigne pas une oreille sévère pour la cadence.

--C'est bien à M. Des Yveteaux à trouver mauvais cem'a la pla, dit Malherhe, lui qui a faitparabla ma fla.

Des Yveteaux, en effet, finit un vers par ces mots:

Comparable à ma flamme.

Le comte de Caylus avait demandé, en mourant, que son tombeau fût surmonté d'une urne étrusque dans laquelle on renfermerait son coeur. Il n'y avait que lui qui pût se faire cette épitaphe:

Ci-gît un antiquaire, acariâtre et brusque.Ah! qu'il est bien placé dans cette cruche étrusque.

Ci-gît un antiquaire, acariâtre et brusque.Ah! qu'il est bien placé dans cette cruche étrusque.

Ci-gît un antiquaire, acariâtre et brusque.

Ah! qu'il est bien placé dans cette cruche étrusque.

La Motte-Le-Vayer cite un homme qui fut vingt-quatre heures à rêver comment il éviterait de direce serait, à cause de la ressemblance des deux premières syllabes: ce n'est pas ce que nous conseillons ici.

--Les vers suivants sont faits exprès:

Quand un cordier cordant veut accorder sa corde,Pour sa corde accorder trois cordons il accorde;Mais si l'un des cordons de la corde décorde,Le cordon décordant fait décorder la corde.

Quand un cordier cordant veut accorder sa corde,Pour sa corde accorder trois cordons il accorde;Mais si l'un des cordons de la corde décorde,Le cordon décordant fait décorder la corde.

Quand un cordier cordant veut accorder sa corde,

Pour sa corde accorder trois cordons il accorde;

Mais si l'un des cordons de la corde décorde,

Le cordon décordant fait décorder la corde.

L'industrie est une fort belle chose assurément; mais elle a une manie d'envahissement parfois déplorable. Que lui ont fait les grands noms de Condé, Turenne, Bayard, Montesquieu, pour qu'elle en fasse une enseigne? N'a-t-elle pas des patrons plus naturels? Voici de quoi nous menace un sellier. Il se propose d'écrire sur sa boutique:

Au prince Eugène--Beaux-harnais.

Qui oserait dire que la société n'est pas malade, lorsqu'il se produit des cas aussi graves de calembour!

On disait à un homme orgueilleux: vous avez bu de l'abondance, car vous êteseau et vin...

Quelles sont les lettres les moins spirituelles?--Les lettrese,b,t.

Dans quel département peut-on le mieux se passer de montre?--Dans le département de l'Eure.

Moncrif avait fait une histoire des chats, sous le nom desquels il avait plaisanté plusieurs personnages de la cour. Il était fort aimé du comte d'Argenson. Il dit un jour au ministre:--Monseigneur, vous êtes le maître de me faire donner le brevet d'historiographe de France.

Malheureusement, M. d'Argenson se ressouvenait encore de l'histoire des chats.--Historiographe? lui-dit-il, cela n'est pas possible; mais pour historiogriffe, cela se pourrait faire.

Un des spirituels écrivains de ce temps-ci a dit, en parlant d'un crustacé qu'il aime, à ce qu'il paraît: «Le homard, ce cardinal de la mer.» Cet écrivain gastronome croit que le homard est rouge avant d'être cuit.

Un soldat ivre, disait à son caporal:--Tais-toi, tu n'es pas un homme.--Je te prouverai le contraire, lui dit le caporal.--Jamais, reprend le soldat, et c'est impossible: écoute le major, quand il commande la garde, le matin à la parade. Ne dit-il pas toujours: pour tel poste, six hommes et un caporal! Tu vois donc bien que les caporaux ne sont pas des hommes.

Ce mot change de sens, comme grand, en changeant de place. Les gens honnêtes n'annoncent pas toujours les honnêtes gens; et les démocrates ne se lassaient pas de dire, sous la restauration, avec moins de raison que d'envie peut-être: ceux qu'on appelle les honnêtes gens ne sont pas ceux que nous appelons les gens honnêtes.

Voilà un homme qui a des prétentions au style.--Comment hostiles! mais c'est un homme très-doux.

Un Gascon, qui n'avait que ses bons mots pour vivre, étant tombé malade à Paris, fut contraint de se faire porter à l'Hôtel-Dieu. Un de ses anciens camarades vint le voir:

--Eh! donc, mon cher enfant, lui dit-il, en quel état je te trouve! Courage, mon ami, courage!

--Pour du courage, lui répondit-il, les gens de notre pays n'en manquent point.

--Eh! qui le sait mieux que moi? lui dit celui qui le visitait. Au reste, mon cher enfant, ajouta-t-il, tu me permets de te demander si tu es bien avec Dieu?

--Apparemment, lui répliqua le Gascon malade, je ne dois pas y être mal, puisqu'il me donne un appartement dans son hôtel.

Un médecin demanda à un malade comment il avait trouvé le bain qu'il lui avait ordonné.--Un peu humide, répondit l'autre.

Malherbe était affecté d'un bégaiement continuel, et de plus il crachait très-fréquemment, cinq ou six fois au moins, en lisant une stance de quatre vers. Cela fit dire très-plaisamment au cavalier Marini: «Je n'ai jamais vu d'homme plus humide, ni de poëte plus sec.»

Quelles sont les lettres les plus fières?--Les lettresu,p.

Quel est le plus ancien des I.--L'I mage.--Et quel est le plus froid?--L'I vert.

De qui le génie a-t-il reçu le jour?--De la lettre I, car les anciens ont écritIphigénie.

M. O. Leroy a raconté la petite anecdote que voici, dans les journaux de septembre 1855.

«Un bon vieux curé de campagne, qui avait entendu parler magnifiquement desImitations, l'une en latin, l'autre en vers français de Corneille, réimprimées pour l'Exposition universelle, y était arrivé, uniquement pour voir son livre de prédilection, bien décidé à repartir dès qu'il l'aurait examiné sous ses nouvelles formes. Il ne doutait pas que ce livre, qui remplit le monde de sa gloire, mais qui tient une si petite place à l'Exposition universelle, ne fût là tout entier dans la tête de chaque employé, ainsi qu'il était dans la sienne. Il s'adresse en entrant à l'un d'eux:

--Monsieur, voudriez-vous me dire ou sont lesImitations?

--Les imitations en verre?

--En vers, mon ami! Il y en a une en vers de Boisville, une autre de Corneille à laquelle on a mis, dit-on, des peintures superbes et dignes de l'auteur.

--Ah! très-bien! je vois cela d'ici... Ça doit être dans les cristaux, ou bien dans les émaux, se dit-il en lui-même... Monsieur l'abbé, vous ferez du chemin, mais ne soyez pas rebuté, vous finirez par arriver, et rien de si facile que de vous indiquer ce que vous demandez: vous allez monter cet escalier.

--Très-bien, mon ami.

--Vous descendrez ensuite.

--À merveille, mon cher.

--Et vous irez toujours tout droit. Vous n'aurez pas fait une demi-lieue que vous demanderez où sont lesImitations en verre; c'est connu de tout le monde.

--De tout le monde! dit avec joie le bon curé. Et l'on dit le siècle prosaïque!... Je suis édifié, mon ami, et très-reconnaissant de vos excellentes indications.

--Il n'y a pas de quoi, Monsieur l'abbé.

Voilà le pauvre prêtre qui se met en route, monte, descend, traverse les longues galeries au milieu de la foule et de toutes les industries; il ne voit rien que le but où il tend, et répète en lui-même les premiers mots de son livre chéri: «Celui qui vous cherche, Seigneur, ne marche point dans les ténèbres,non ambulat in tenebris.» Enfin, il s'arrête et demande à quelques étourdis qui se trouvent sur son passage où sont lesImitations.

--Est-ce du plaqué que vous cherchez, monsieur l'abbé? répond l'un d'eux.

--Non, monsieur, c'est de l'A-kempis ou du Gerson, dont le grand Corneille a traduit en vers l'Imitation de Jésus-Christ.

--Ah! ce curé est adorable et à mettre sous verre! dit tout bas l'étourdi, qui ajouta plus haut: Monsieur l'abbé, ces choses-là ne sont pas de notre connaissance.

--Tant pis, Messieurs! Quelqu'un a dit: Il est venu parmi les siens, ils ne l'ont pas connu.

Le prêtre attristé s'en allait, quand un jeune exposant, qui l'avait entendu de son magasin où il était avec son père, vint lui dire: Monsieur l'abbé, permettez-moi de vous conduire vers ce beau livre que mon père a aussi dans sa bibliothèque et dont souvent il nous cite les vers.

Et le bon prêtre consolé, après avoir serré la main du père qui l'était venu saluer, fut conduit par le fils au but de son voyage, à ses chèresImitations, dont il lut avec âme quelques vers sublimes à son guide, le remercia affectueusement, le bénit, et en s'en allant répéta ces vers qu'il avait lus:

Vous pouvez maintenant, Seigneur,Rappeler votre serviteur.

Vous pouvez maintenant, Seigneur,Rappeler votre serviteur.

Vous pouvez maintenant, Seigneur,

Rappeler votre serviteur.

On a renouvelé, à l'aspect de l'Assemblée constituante de 1848, ces petits vers faits en 1790 pour sa devancière.

Quel coup d'oeil ravissant!Quel spectacleimposant!Disait un démocrate.Oui, réplique aussitôtUn brave aristocrate:Il va doubler l'impôt.

Quel coup d'oeil ravissant!Quel spectacleimposant!Disait un démocrate.Oui, réplique aussitôtUn brave aristocrate:Il va doubler l'impôt.

Quel coup d'oeil ravissant!

Quel spectacleimposant!

Disait un démocrate.

Oui, réplique aussitôt

Un brave aristocrate:

Il va doubler l'impôt.

Ce gigot est incuit, disait à son hôte un homme qui faisait le beau parleur.--Monsieur, répondit l'hôte, c'est par l'insoin de la cuisinière.

Le marquis de Gèvres était vain et ignorant; du moins, on le dit. On ajoute qu'il se compromettait souvent par là. Causant un jour dans les cabinets du roi, et admirant plusieurs tableaux, entre autres des crucifiements de différents maîtres, il décida que le même en avait fait un grand nombre, entre autres tous ceux qui se trouvaient là. On se moqua de lui, et on lui nomma les peintres, dont on reconnaissait la manière.--Point du tout, s'écria-t-il, ce peintre s'appelait INRI.

Ne voyez vous pas son nom sur tous ces tableaux?...

Est-ce possible?

Quelqu'un disait devant madame Du Deffant, qui s'était brouillée avec Voltaire, que ce dernier n'avait pas beaucoup inventé:--Que voulez-vous de plus? dit-elle finement, il a inventé l'histoire!

Un élève en médecine se présente à l'examen de la Faculté, avec une chemise à jabot qui faisait honneur à sa blanchisseuse. Cela sortait de son gilet avec un éclat à faire loucher le professeur qui l'interrogeait.

Dans le fait, le vieux docteur en était tout offusqué, et il prononça sur-le-champ, qu'un si beau jabot ne devait pas appartenir à un récipiendaire bien savant.

Monsieur, dit-il, pourriez-vous me dire ce que vous entendez par jabot?

Le candidat troublé ouvre de grands yeux, les abaisse sur sa poitrine, regarde le professeur et rougit.

--Allons, vous ne savez pas ce que c'est qu'un jabot; c'est le troisième estomac d'un dindon.

Quel est l'homme dont on prononce le plus souvent le nom en hiver?--L'acteurGeffroy.

On disait à un touriste qu'il fallait se défier des Allemands, surtout dans les provinces rhénanes.--Cela m'étonne, dit-il, car à mon dernier voyage à Mayence, j'y ai vu beaucoup degens bons.

Un marchand de tableaux présentait à un certain prince qu'on ne nomme pas, un petit tableau précieux, en lui disant qu'il venait de Géricault.--C'est prodigieux, dit le prince, que le tableau se soit si bien conservé depuis l'écroulement de cette ville!

Dasnières disait que la jeunesse s'appelle ainsi parce qu'elle est l'âge où les jeux naissent.

À la fin de la campagne de 1761, où MM. les comtes de Fougère et de La Luzerne commandaient la maison du roi, un garde du corps, que des affaires instantes appelaient dans sa province, vint leur présenter sa démission, et les prier de lui accorder son congé.

Quoi! Monsieur, lui dirent d'un ton ironique ces deux généraux, vous quittez le service pour aller planter vos choux!

--Oui, Messieurs, répondit froidement l'honnête militaire; je vais bêcher mon jardin, et je le cultiverai de manière qu'il n'y vienne ni luzerne ni fougère.

Un poëte médiocre croyait mettre ses vers à l'abri de la censure en disant qu'ils étaient passables:

--Oui, lui dit-on, il sont passables en tous sens: vous vous seriez bien passé de les faire, nous nous serions bien passé de les lire, et la mémoire en passera bien vite.

Quelqu'un ayant dit à une femme que le suif était augmenté à cause de la guerre:--Ah! dit-elle, apparemment que les armées se sont battues à la chandelle.

Le marquis de St*** ayant offensé un M. De Chambre, fut engagé par ses amis à lui faire quelques excuses. Le marquis lui écrivit à peu près en ces termes.

«Ce que je me suis permis de dire à votre sujet est absolument sans conséquence. La meilleure preuve que je puisse vous donner de mon estime, c'est de vous demander à dîner pour le jour qu'il vous plaira de m'assigner. Tout à vous.

«Le marquis de St***.»

M. De Chambre répondit:

«Vous m'avez laissé le choix du jour. Empressé de vous recevoir, je vous invite pour mercredi, et vous prie de vouloir bien accepter la fortune du pot.

«De Chambre.»

M. de Puymaurin, député de Toulouse pendant la restauration, se plaisait à faire des jeux de mots. Un jour, M. Petou, député de la Còte-d'Or, monta trois fois à la tribune dans la même séance.--Ah ça! dit M. de Puymaurin, il faut donc toujours que M. Petou parle?

--Je voudrais que mon fils sût un peu de tout, qu'il eût une teinture des langues latine et grecque, une teinture d'histoire et de géographie, une teinture des mathématiques, une teinture de dessin, etc.; mais je ne sais pas pour cela quel maître lui donner.

--Donnez-lui, madame, un maître teinturier.

La présente liste a été trouvée, en 1848, à l'Assemblée nationale sous le pupitre d'un montagnard facétieux, non moins connu par ses calembredaines que par ses quinze perruques. Les noms qui y sont inscrits étaient-ils destinés àl'épuration? Forment-ils au contraire une liste de conciliation? Nos lecteurs jugeront sur la copie textuelle que nous mettons sous leurs yeux:

Armand Marrast, Mauvais, Marquis.

Sénard, Mulé, Normand.

Bastide, Canul, Rouillé.

Porypapy, Noirot, Crépu.

Buvignier, Casse-Carreau.

Ledru-Rollin, Levet, Laissac, Dargent, Crémieux, Laydet, Découvrant, Cécile, Lacroix, Lorette.

Leyraud de Puyraveau, Daix, Gouttay, Lamartine.

Leblanc, Mouton, Beslay, Considérant, Lherbette, Faucher.

Joly père, Savy, A. Payer, Lebleu, Dargenteuil.

Sallandrouze, Tendret, Lestapis.

Pierre Leroux, Person, Toupet.

Boulanger, Pézerat, Dupin.

Labbé, de Lamenais, Vieillard, Boussingault.

On lisait alors dans leCorsairecet autre amas de jeux de mots sur la même Assemblée:

«On a vu tous nos législateurs éclater de rire à l'aspect du bon M.Leboeuf, montant à la tribune à propos d'une question de boucherie: rien de mieux! Le coq-à-l'âne y était; mais dès lors il devient fort difficile d'aborder les rostres pour peu qu'on ait un nom... Voyez plutôt:--D'ici à peu de temps, on doit présenter un projet de loi sur la boulangerie. Voilà donc la discussion interdite à la familleDupinet à M.Dufour! Vienne le rapport de la commission des pâturages, et M.Lherbetteest obligé de rester chez lui. S'agit-il du droit des vins, le pauvre M.Bauneest réduit au silence, et M.Lacaveest bien forcé de l'imiter. La discussion sur les ordonnances de chasse, entamée par M.Chasseloup, va faire fuir M.Dain, qui sera fort heureux de se cacher entreDuparcetDubois. Si l'on s'avise de réglementer les perruquiers français, que diront MM.CrépuetToupet-des-Vignes; MM.RateauetBineauauront-ils le droit de voter dans une question de jardinage, et M.Buffetdans une affaire de comestibles? Voyez-vous M.Pigeonprenant la parole contreLagrange, dans une explication sur les grains, défendus par M.Moulin?... Quand il s'agira de la fixation de l'âge pour les listes électorales, est-ce M.Vieillardqui osera se déclarer incompétent? A propos du droit d'aînesse, que ferait l'amiralLainé? Et si jamais (cela peut arriver)Hyacinthecomparaissait à la barre de la Législative, pour crime politique, qui le jugerait, de M.Neyou de M.Camus?... Il n'y aurait guère que M.Troplongqui pourrait hasarder son bulletin. MM.Le Flôetde Flotteseraient bien vagues à propos de marine; M.Failly, fort suspect dans les questions commerciales; M.Lélutau moins superflu dans un projet électoral, et M.Bigottrès-récusable dans l'examen du budget des cultes, appuyés par M.Legros-Dévot... Est-ce que M.Lemaireoserait dire son mot sur les franchises municipales? S'il s'agissait des monuments nationaux, M.Contése croirait-il appelé à faire de l'histoire? En matière religieuse,Pascal (Frédéric)combattrait-il M.Arnaud (de l'Ariège), sans craindre les allusions àPort-Royal?

Un autre journal du même temps (la Providence) publia aussi une charmante et spirituelle critique, qui a droit à figurer ici.

On vous a raconté l'idée assez comiqueDe ce monsieurLeroyqui, plein d'ardeur civique,Prétendait l'autre jour, répudiant son nom,Qu'on l'appelât:le Peuple... et cela tout de boniC'était peut-être un comte... (ah! pardon, une histoire:Le motcomte, je crois, est banni du grimoire.)J'y pense, il est de fait que cela désormais,Va changer diablement le langage français;Voyez combien de mots le décret nous enlève:Il supprime d'un coup l'ancienroide la fève,Lesrênesde voiture et lareinedu bal;Quant à lareine Claude, un arrêté légalN'admet, dans ses rigueurs, d'exceptions aucunes,Et la loi promulgée est faite pour les prunes.LeGrand-Duc, ce rival du rapide faucon,N'a qu'à bien se garder et qu'à changer de nom,Et letigre royal, s'il tient à sa peau lisse,Doit cacher l'épithète à l'oeil de la police...Et l'oiseau de passage, appeléChevalier,Quoi qu'en ait dit Buffon, n'est plus qu'un roturier;Quant à Jules Janin que notre RépubliqueProclama, dès longtemps,princede la critique,Son esprit, son talent ne lui servent de rien:C'est presqu'unVacquerie... un simple citoyen...Plus de distinctions, d'ordres, de privilèges!Lescroix... même d'honneur, sont choses sacriléges:On les supprimera sur les dos des ânons:Les souliers désormais n'auront plus decordons,Et l'on ne pourra plus mettre aux foyers deplaques.On défend lesrubansaux bonnets comme aux claques;Les théâtres sont pris dans ces proscriptions,On joûra tout Chénier... sansdécorations;Et quand madame Hamel rôtira des mauviettes,Défense à ses garçons d'en servir enbrochettes:Inutile de dire aux lecteurs pénétrantsQue les bottes, parbleu! n'auront pas detirans;Que les livres, ces rois assemblés en chapitres,Paraîtront en public sanspageset sanstitres;La lettre majuscule est proscrite à jamais:L'égalité pour tous! Aux termes des décretsDéfense d'imprimer sur du papiercouronne;Ordre de démolir la barrière duTrône:Lesceptrede Neptune est brisé pour toujours;Les fleuves couleront... comme ils pourront... sanscours.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .On prétend queMarquis, l'homme des chocolats,LeMarquispraliné près des Panoramas.Fait peindre, en ce moment, un panneau magnifiqueOù l'on verra décrit en pastille gothiqueCe seul mot:Ci-devant... Et que monsieur BoissyA, dit-on, résolu de l'adopter aussi.Leduc, marchand de bois au boulevard du Temple,Se range noblement à ce sublime exemple:Leprince, cordonnier près de la rue aux Ours,S'est citoyennisé déjà, depuis trois jours:Baron, le bandagiste, adhère pour son compte;Le passage Choiseul expulse monsieurComte;Honteuse avec raison, la maisonChambellanBiffe de son enseigne un nom de courtisan.Au quartier Montorgueil, par le même principe,On va voir effacer l'enseigne dePhilippe;Le nom vilipendé qu'il tient de son parrainDisparaît..., et Philippe a nomLedru-Rollin.Quant à l'homme d'État, ce Solon... provisoire,Attendu queRollinfut professeur d'histoire,Et que, dans ses écrits, il flatta maintes foisLes despotes de Rome et le pouvoir des rois,Il abdique le nom d'un écrivain servileEt l'immole à l'autel de son hôtel-de-ville;Il reste désormais Ledru... Ledru tout court!...Mais pourtant attendu qu'autrefois, à la cour,Un sieurLedru-Comusprofessa la physique,Et fut de Louis-Quinze un rampant domestiqueDéfense aux citoyens de parler des Ledrus,Le ministre est ministre et ne s'appelle plus!L'illustreLouis Blanc, l'écrivain populaire,Ce Tacite français, cet orateur sincère,Veut de son double nom s'affranchir à la fois.LesLouistrop longtemps nous ont servi de rois,Leblancfut la couleur d'un drapeau qu'il abhorre.Il va prendre le nom deVingt-Francs-Tricolore.

On vous a raconté l'idée assez comiqueDe ce monsieurLeroyqui, plein d'ardeur civique,Prétendait l'autre jour, répudiant son nom,Qu'on l'appelât:le Peuple... et cela tout de boniC'était peut-être un comte... (ah! pardon, une histoire:Le motcomte, je crois, est banni du grimoire.)J'y pense, il est de fait que cela désormais,Va changer diablement le langage français;Voyez combien de mots le décret nous enlève:Il supprime d'un coup l'ancienroide la fève,Lesrênesde voiture et lareinedu bal;Quant à lareine Claude, un arrêté légalN'admet, dans ses rigueurs, d'exceptions aucunes,Et la loi promulgée est faite pour les prunes.LeGrand-Duc, ce rival du rapide faucon,N'a qu'à bien se garder et qu'à changer de nom,Et letigre royal, s'il tient à sa peau lisse,Doit cacher l'épithète à l'oeil de la police...Et l'oiseau de passage, appeléChevalier,Quoi qu'en ait dit Buffon, n'est plus qu'un roturier;Quant à Jules Janin que notre RépubliqueProclama, dès longtemps,princede la critique,Son esprit, son talent ne lui servent de rien:C'est presqu'unVacquerie... un simple citoyen...Plus de distinctions, d'ordres, de privilèges!Lescroix... même d'honneur, sont choses sacriléges:On les supprimera sur les dos des ânons:Les souliers désormais n'auront plus decordons,Et l'on ne pourra plus mettre aux foyers deplaques.On défend lesrubansaux bonnets comme aux claques;Les théâtres sont pris dans ces proscriptions,On joûra tout Chénier... sansdécorations;Et quand madame Hamel rôtira des mauviettes,Défense à ses garçons d'en servir enbrochettes:Inutile de dire aux lecteurs pénétrantsQue les bottes, parbleu! n'auront pas detirans;Que les livres, ces rois assemblés en chapitres,Paraîtront en public sanspageset sanstitres;La lettre majuscule est proscrite à jamais:L'égalité pour tous! Aux termes des décretsDéfense d'imprimer sur du papiercouronne;Ordre de démolir la barrière duTrône:Lesceptrede Neptune est brisé pour toujours;Les fleuves couleront... comme ils pourront... sanscours.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .On prétend queMarquis, l'homme des chocolats,LeMarquispraliné près des Panoramas.Fait peindre, en ce moment, un panneau magnifiqueOù l'on verra décrit en pastille gothiqueCe seul mot:Ci-devant... Et que monsieur BoissyA, dit-on, résolu de l'adopter aussi.Leduc, marchand de bois au boulevard du Temple,Se range noblement à ce sublime exemple:Leprince, cordonnier près de la rue aux Ours,S'est citoyennisé déjà, depuis trois jours:Baron, le bandagiste, adhère pour son compte;Le passage Choiseul expulse monsieurComte;Honteuse avec raison, la maisonChambellanBiffe de son enseigne un nom de courtisan.Au quartier Montorgueil, par le même principe,On va voir effacer l'enseigne dePhilippe;Le nom vilipendé qu'il tient de son parrainDisparaît..., et Philippe a nomLedru-Rollin.Quant à l'homme d'État, ce Solon... provisoire,Attendu queRollinfut professeur d'histoire,Et que, dans ses écrits, il flatta maintes foisLes despotes de Rome et le pouvoir des rois,Il abdique le nom d'un écrivain servileEt l'immole à l'autel de son hôtel-de-ville;Il reste désormais Ledru... Ledru tout court!...Mais pourtant attendu qu'autrefois, à la cour,Un sieurLedru-Comusprofessa la physique,Et fut de Louis-Quinze un rampant domestiqueDéfense aux citoyens de parler des Ledrus,Le ministre est ministre et ne s'appelle plus!L'illustreLouis Blanc, l'écrivain populaire,Ce Tacite français, cet orateur sincère,Veut de son double nom s'affranchir à la fois.LesLouistrop longtemps nous ont servi de rois,Leblancfut la couleur d'un drapeau qu'il abhorre.Il va prendre le nom deVingt-Francs-Tricolore.

On vous a raconté l'idée assez comique

De ce monsieurLeroyqui, plein d'ardeur civique,

Prétendait l'autre jour, répudiant son nom,

Qu'on l'appelât:le Peuple... et cela tout de boni

C'était peut-être un comte... (ah! pardon, une histoire:

Le motcomte, je crois, est banni du grimoire.)

J'y pense, il est de fait que cela désormais,

Va changer diablement le langage français;

Voyez combien de mots le décret nous enlève:

Il supprime d'un coup l'ancienroide la fève,

Lesrênesde voiture et lareinedu bal;

Quant à lareine Claude, un arrêté légal

N'admet, dans ses rigueurs, d'exceptions aucunes,

Et la loi promulgée est faite pour les prunes.

LeGrand-Duc, ce rival du rapide faucon,

N'a qu'à bien se garder et qu'à changer de nom,

Et letigre royal, s'il tient à sa peau lisse,

Doit cacher l'épithète à l'oeil de la police...

Et l'oiseau de passage, appeléChevalier,

Quoi qu'en ait dit Buffon, n'est plus qu'un roturier;

Quant à Jules Janin que notre République

Proclama, dès longtemps,princede la critique,

Son esprit, son talent ne lui servent de rien:

C'est presqu'unVacquerie... un simple citoyen...

Plus de distinctions, d'ordres, de privilèges!

Lescroix... même d'honneur, sont choses sacriléges:

On les supprimera sur les dos des ânons:

Les souliers désormais n'auront plus decordons,

Et l'on ne pourra plus mettre aux foyers deplaques.

On défend lesrubansaux bonnets comme aux claques;

Les théâtres sont pris dans ces proscriptions,

On joûra tout Chénier... sansdécorations;

Et quand madame Hamel rôtira des mauviettes,

Défense à ses garçons d'en servir enbrochettes:

Inutile de dire aux lecteurs pénétrants

Que les bottes, parbleu! n'auront pas detirans;

Que les livres, ces rois assemblés en chapitres,

Paraîtront en public sanspageset sanstitres;

La lettre majuscule est proscrite à jamais:

L'égalité pour tous! Aux termes des décrets

Défense d'imprimer sur du papiercouronne;

Ordre de démolir la barrière duTrône:

Lesceptrede Neptune est brisé pour toujours;

Les fleuves couleront... comme ils pourront... sanscours.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

On prétend queMarquis, l'homme des chocolats,

LeMarquispraliné près des Panoramas.

Fait peindre, en ce moment, un panneau magnifique

Où l'on verra décrit en pastille gothique

Ce seul mot:Ci-devant... Et que monsieur Boissy

A, dit-on, résolu de l'adopter aussi.

Leduc, marchand de bois au boulevard du Temple,

Se range noblement à ce sublime exemple:

Leprince, cordonnier près de la rue aux Ours,

S'est citoyennisé déjà, depuis trois jours:

Baron, le bandagiste, adhère pour son compte;

Le passage Choiseul expulse monsieurComte;

Honteuse avec raison, la maisonChambellan

Biffe de son enseigne un nom de courtisan.

Au quartier Montorgueil, par le même principe,

On va voir effacer l'enseigne dePhilippe;

Le nom vilipendé qu'il tient de son parrain

Disparaît..., et Philippe a nomLedru-Rollin.

Quant à l'homme d'État, ce Solon... provisoire,

Attendu queRollinfut professeur d'histoire,

Et que, dans ses écrits, il flatta maintes fois

Les despotes de Rome et le pouvoir des rois,

Il abdique le nom d'un écrivain servile

Et l'immole à l'autel de son hôtel-de-ville;

Il reste désormais Ledru... Ledru tout court!...

Mais pourtant attendu qu'autrefois, à la cour,

Un sieurLedru-Comusprofessa la physique,

Et fut de Louis-Quinze un rampant domestique

Défense aux citoyens de parler des Ledrus,

Le ministre est ministre et ne s'appelle plus!

L'illustreLouis Blanc, l'écrivain populaire,

Ce Tacite français, cet orateur sincère,

Veut de son double nom s'affranchir à la fois.

LesLouistrop longtemps nous ont servi de rois,

Leblancfut la couleur d'un drapeau qu'il abhorre.

Il va prendre le nom deVingt-Francs-Tricolore.

Un ancien philosophe avait coutume de dire que peu de chose donnait la perfection, mais que la perfection n'était pas peu de chose.

Un Gascon disait:--La boue de Paris a deux grands inconvénients: le premier est de faire des taches noires sur les bas blancs; le second, de faire des taches blanches sur les bas noirs.

Un ami de Bautru étant allé le voir dans le temps qu'il avait la goutte, le trouva mangeant du jambon:--Que faites-vous là? lui dit-il; ne savez-vous pas que le jambon est contraire à la goutte?--Cela est vrai, lui répondit froidement Bautru; il est contraire à la goutte, mais il est bon pour le goutteux.

Un procureur, en recevant d'un chapelier, sa partie, un chapeau, lui dit:--Ne vous inquiétez point, allez; j'ai votre affaire en tête, j'en aurai soin.

Nous ne voulons pas oublier une petite pièce de vers de maître André le perruquier:

Les poëtes, les perruquiersOnt entre eux quelque ressemblance;Et vraiment, dans ces deux métiersJe vois bien peu de différencePour réussir, à chacun d'eux,Certe il ne faut pas être bête...Compter des vers ou des cheveux,C'est toujours un travail de tête.

Les poëtes, les perruquiersOnt entre eux quelque ressemblance;Et vraiment, dans ces deux métiersJe vois bien peu de différencePour réussir, à chacun d'eux,Certe il ne faut pas être bête...Compter des vers ou des cheveux,C'est toujours un travail de tête.

Les poëtes, les perruquiers

Ont entre eux quelque ressemblance;

Et vraiment, dans ces deux métiers

Je vois bien peu de différence

Pour réussir, à chacun d'eux,

Certe il ne faut pas être bête...

Compter des vers ou des cheveux,

C'est toujours un travail de tête.

Nous ne pouvons omettre la harangue faite, à la porte d'une ville, à l'un des généraux de Louis XIV, quoiqu'elle ait été souvent reproduite.

«Monseigneur, tandis que Louis le Grand gêne les Gênois, berne les Bernois et fait cantonner le reste des cantons: tandis qu'il fait aller l'Empire de mal en pire, damner le Danemarck et suer la Suède; tandis que son digne rejeton fait baver les Bavarois et rend les troupes de Zelle sans zèle; tandis que Luxembourg fait fleurir la France à Fleurus, met en flamme les Flamands, lie les Liégeois et fait danser Castana sans castagnette; tandis que le Turc fait esclaves les Esclavons et réduit en servitude la Servie; enfin, tandis que Catinat démonte les Piémontais, que Saint-Ruch se rue sur les Savoyards et que Larré les arrête, vous, Monseigneur, non content de faire sentir la pesanteur de vos doigts aux Vaudois, vous faites encore la barbe aux Barbets, ce qui nous oblige d'être, avec un profond respect, etc.»

Remarquons que le motBarbetsne s'applique pas aux intéressants quadrupèdes connus sous ce nom, mais bien aux habitants de diverses vallées du Piémont et de la Suisse.

Personnage des farces modernes, dont les bêtises ont un cachet particulier. Il aime beaucoup sa soeur et veut l'épouser.--Mais je ne peux pas t'épouser, lui dit-elle: je suis ta soeur. Nous sommes trop proches parents.--Quelle bêtise, dit Jocrisse, trop proches parents! Mon père a bien épousé ma mère.

Sa soeur en épouse donc un autre quelque temps après.--Ma soeur est enceinte, dit-il, quel ennui! J'en ai pour neuf mois avant de savoir si je serai un oncle ou une tante. Il veut dire: Si j'aurai un neveu ou une nièce. C'est digne du commentaire sur la parenté.

Un seigneur allemand, connu par les grâces et la finesse de son esprit, alla un jour chez un prince de l'Empire: il y trouva nombreuse compagnie, et s'amusa beaucoup de l'extrême vivacité avec laquelle quelques petits princes, qui y étaient, se traitaient mutuellement d'altesse.

Sortant de là, il fut faire une autre visite, et revint chez lui. On lui demanda comment il avait passé la soirée.--J'ai été dans deux maisons, répondit-il: dans l'une, on jouait à l'altesse, et dans l'autre, auloto.

--Quatre joueurs ont joué toute une nuit dans une société, disait-on à une dame, et le matin chaque joueur avait gagné dix francs. La dame ne pouvait comprendre un tel fait pourtant bien simple; les quatre joueurs étaient quatre joueurs de violon.

Un Allemand, dit-on, apprenant le français, vit dans un dictionnaire que juste et équitable étaient synonymes. Il essaya des bottes qui le gênaient:--Vous m'avez fait, dit-il à son cordonnier, des bottes qui sont par trop équitables.


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