K

Les lettres K C et les lettres K O T sont désagréables au lecteur.

Un homme qui s'appelait Franqlin songea qu'il pourrait bien être le parent de ce fameux Américain, que les philosophes ont si bien fait mousser. Il alla donc trouver à Paris le neveu de Franklin et lui présenta ses papiers.--Monsieur, lui répondit le jeune homme, faites un K de votre Q, et vos papiers pourront alors vous servir.

On s'est amusé à chercher les aptitudes et les qualificatifs de M. Alphonse Karr, qui a un esprit si original, et on a fait ces médiocres calembours:

Karr abat (Carabas), Karr casse (carcasse), Karr touche (Cartouche), Karr aime (carême), Karr nage (carnage), etc.

Un Parisien, allant de La Haye à Amsterdam, remarqua une de ces riantes maisons de campagne qui bordent la route (on allait encore alors en diligences), et demanda en français à un Hollandais, son voisin:

--A qui appartient ce délicieux château? Le Hollandais lui répondit:Ik kan niet verstaan(je ne comprends pas). Le Parisien traduisant cette phrase comme il l'entendait prononcer, reprit:--Ah! cette belle demeure appartient à M. Kaniferstane. C'est un mortel bien heureux.

En entrant à Amsterdam, il vit passer trois charmantes jeunes filles et demanda à un passant: Quelles sont ces demoiselles si brillantes? il ne reçut pour réponse que la phrase de la route.--Ce sont les demoiselles Kaniferstane, se dit-il. Cet homme est bien privilégié!

Un des palais d'Amsterdam donna lieu à de nouvelles admirations.--Cet homme, dit le Parisien, est vraiment le marquis de Carabas.

En passant devant la loterie, il entendit sonner des fanfares, qui annonçaient que le gros lot venait de sortir. Il voulut savoir qui l'avait gagné; et comme on lui jeta encore l'ik kan niet verstaan, il se récria de nouveau sur le bonheur-monstre de ce M. Kaniferstane.

Un peu plus loin il rencontra un enterrement pompeux; il salua le convoi et demanda qui était le défunt. Sur la réponse habituelle des Hollandais qui n'entendent pas le français, il pensa que M. Kaniferstane avait ici-bas une félicité trop grande pour qu'elle fût durable; et il gagna son hôtel, en faisant de sages réflexions sur la fragilité des choses d'ici-bas.

Quelles sont les lettres les plus agiles?--Les lettres L E.

On a fait cette petite espièglerie pour la lettre L:

Saint Louis l'a par devant,Saint Michel l'a par derrière,Les demoiselles l'ont deux fois,Les dames l'ont perdue,Les hommes ne l'ont pas.

Saint Louis l'a par devant,Saint Michel l'a par derrière,Les demoiselles l'ont deux fois,Les dames l'ont perdue,Les hommes ne l'ont pas.

Saint Louis l'a par devant,

Saint Michel l'a par derrière,

Les demoiselles l'ont deux fois,

Les dames l'ont perdue,

Les hommes ne l'ont pas.

On dit proverbialement qu'un homme en a dans l'aile pour signifier qu'il passe la cinquantaine, par une mauvaise allusion à la lettre L qui, dans le chiffre romain, exprime cinquante.

Une dame, gui chantait médiocrement dans une société, ne pouvant achever son air, dit à un homme d'esprit qui se trouvait à côté d'elle:--Je vais le reprendre enmi.--Non, Madame, répondit-il, restez-enla.

Un Gascon se fit faire un bel habit, et il demanda à ses amis ce qu'il leur en semblait. Un d'eux en mania le drap, qu'il trouva un peu lâche.

--Comment lâche! reprit le Gascon, que l'on m'en cherche d'autre; je ne veux rien de lâche autour de moi.

Le cardinal de Richelieu ayant eu la patience d'entendre lire une tragédie de La Calprenède, dit: «La pièce n'est pas mauvaise, mais les vers sont lâches.--Comment, lâches, s'écria le rimeur gascon! cadédis! il n'y a rien de lâche dans la maison de Calprenède.»

Dans les embarras de la république qui surgit en 1848, la femme de l'un des utopistes d'alors reçut la visite d'une amie.--Bonjour, chère citoyenne, je vois que tu es prospère, et ton mari?--Il travaille, ma chère, dit la dame du logis en indiquant du doigt l'étage supérieur, où son mari s'enfermait pour ses élucubrations.--Mais, reprit la visiteuse, ne vois-tu pas comme tout va mal?--Je le vois trop. Tout le monde veut gouverner.--Nous sommes en vérité dans un gâchis tel, qu'il n'y a que celui qui est là-haut qui puisse nous en tirer.--Tu as bien raison, ma chère; aussi je te dis qu'il y travaille.--Elle appliquait à son mari ce que l'autre disait du bon Dieu.

Après qu'on eut nommé le département des Deux-Sèvres (pays de Niort), on voulut nommer le pays de Fontenay département des Deux-Lays (de ses principales rivières, le grand Lay et le petit Lay).

MM. Buron et Mercier, deux députés de ce département, tous deux les plus laids de l'assemblée, firent observer que si on adoptait ce nom pour leur département, on en ferait contre eux un affreux calembour et qu'on l'appellerait le département des deux laids. Ce qui fit qu'on l'appela département de la Vendée, du nom d'une petite rivière qui est à sec la moitié de l'année.

Quelqu'un disait à un berger:--Ne faites jamais tondre vos moutons.--Et pourquoi donc?--Parce qu'on devient poussif, lorsqu'on a perdu l'haleine.

On disait d'un homme qui avait la bouche malsaine:--Il est bon à tondre, car il a l'haleine forte.

Quel événement a fait renchérir les draps?--L'enlèvement d'Hélène.

Un étranger dînant chez M. de La Michodière, président de la cour royale de Paris, et l'entendant appeler par ses familiers Lamichodière tout court, ne crut pas pouvoir se permettre cette liberté et ne l'appela pendant tout le repas que M. Chaudière. Ce qui divertit un peu les amis conviés.

Madame Denis, la nièce de Voltaire, prenant une leçon d'anglais, disait à son maître, fatiguée qu'elle était de la prononciation de cette rude langue: «Vous écrivezbread, pourquoi prononcerbred? Ne serait-il pas plus simple de dire tout bonnementdu pain?»

Un farceur disait que la dynastie des lapins allait vite, que peu aprèsla pincette, on en était déjà àl'appendix.

Les naturalistes nous apprennent que les rats sont joyeux quand ils peuvent vivre de lard sain.

Un farceur demandant quelque chose à une femme lui disait:--Je crois, Madame, que vous l'avez.--Non, Monsieur, répondit-elle, je ne lave pas.

Le public vit un calembour involontaire dans ce vers duSiége de Paris, de M. le vicomte d'Arlincourt.

Ce sont ces chevaliers que l'on nommeles preux.

On fait beaucoup de jeux de mots avec les lettres de l'alphabet. On a publié celui-ci sous Louis XVIII:

La liberté D. C. D.Les doctrinaires A. I.Les pairs E. B. T.Deux cents députés H. T.La gloire A. B. CLa dette O. C.La liberté de la presse O.T.Le crédit B. C.La charte L. U. D.

La liberté D. C. D.Les doctrinaires A. I.Les pairs E. B. T.Deux cents députés H. T.La gloire A. B. CLa dette O. C.La liberté de la presse O.T.Le crédit B. C.La charte L. U. D.

La liberté D. C. D.

Les doctrinaires A. I.

Les pairs E. B. T.

Deux cents députés H. T.

La gloire A. B. C

La dette O. C.

La liberté de la presse O.T.

Le crédit B. C.

La charte L. U. D.

L. n.  n.  e.  o. p.   y.    L.  i.a. t.t.  l.Hélène est née au pays grec. Elle y a tété; ellei.a.v.q.   l.  i.a.e.t. l.v.    l.  i.a.e.t.o.q.p.y a vécu. Elle y a été élevée; elle y a été occupée;l.  i.a.e.t. e.d.  l.   i.a. m.e.  l.  i.a.elle y a été aidée; elle y a aimé; elle y ae.t. m.e. e. a.i.   l.  i.a.e.t. d. s. e. d.i.t. l.été aimée et haïe; elle y a été déesse et déité; ellei.a. c.d.  l.  i.a.o.b.i.  l. i.a.e.t. h.t.     l.y a cédé; elle y a obéi; elle y a été achetée; ellei.a.e.t.a.j.t.  a. b. c.  k. o. t.  l.  i.a. v.g.t.y a été agitée, abaissée, cahotée; elle y a végété.l.  i.a. r.i.t.  e.  l. i. e.  d.c.d.  a.g. e.  k. c.Elle y a hérité, et elle y est décédée, âgée et cassée.

Une vieille, voyant au-dessus de la porte d'un lycée de Paris:

Les arts nourrissent l'homme et le consolent,

s'écria:--Que ces gens-là mangent des lézards tant qu'ils voudront; je ne ferai pas de tort à leur dîner.

Dans le temps où les mots liberté, égalité, fraternité, cocarde nationale, faisaient tourner la tête à tout le monde, les habitants d'un village du Périgord obligèrent leur curé, non-seulement à mettre une cocarde au Saint-Sacrement, mais encore à tenir le tabernacle ouvert jour et nuit, par la raison que tout le monde étant, libre en France, leur bon Dieu ne devait pas, plus que tout autre, demeurer enfermé.

Quelles sont les femmes les plus légères?--Ce sont les femmes de Liége et les femmes de Tulle.

Comment feriez-vous pour pêcher tous les poissons de la Seine?

--Je prendrais un régiment de lignes.

Pourquoi ne mène-t-on pas les petits enfants dans les bois?--Parce qu'on ne les mène alors qu'à la lisière.

Lorsque le projet de loi de la translation des cendres de Napoléon fut porté aux Chambres, un de nos honorables s'écria:--Les cendres! Est-ce que ces gueux d'Anglais auraient eu l'infamie de brûler le grand homme?

Des soldats de l'expédition d'Égypte disaient dans les sables:--Il fait bien soif par ici.

Le poëte Méry est très-frileux. Dans les grands froids, enveloppé de couvertures, il s'enferme auprès d'un grand feu, ne sort plus, et fait dire à ses amis qu'il est malade. Quand on vient le voir et qu'on lui demande quel est son mal, il répond:--Hélas! j'ai l'hiver! (VoyezMots.)

On disait à un enfant de Pontoise qui montrait d'heureuses dispositions:--Mon enfant, vous irez loin.--Pas de sitôt, répondit-il; maman ne veut pas même que j'aille jusqu'à Paris.

La ville des brouillards. Pendant un séjour que fit à Londres madame de Staël, une de ses amies qui revenait en France lui demanda si elle avait quelque commission à lui donner.--Aucune autre, répondit-elle, que de faire mes compliments au soleil, quand vous le reverrez.

Lorsque le duc d'Orléans, Philippe-Égalité, convertit son jardin en un vaste bazar, et le couvrit de boutiques, il tomba sur lui un déluge de quolibets et d'épigrammes. Son propre père s'en mêla, et il dit:--Je ne sais pas d'où vient l'acharnement du public contre mon fils; j'y vois de plus près que les autres, et je puis assurer que tout est àlouerchez lui.

Dans un repas donné par un nouveau parvenu, l'un des convives porta un toast à la propagation des lumières. Les gens qui servaient à table s'empressèrent de moucher les chandelles.

Un plaisant, voyant deux hommes qui portaient un lustre, dit à ses voisins:--Voilà cinq ans qui passent.

Un charpentier critiquait un carillonneur sur sa manière:--Allez à vos bûches, dit celui-ci, et ne vous mêlez pas de ma sonnerie.

--Que faudrait-il pour bouleverser l'amas de laine?

--Uncardeur.

Sur la fin du règne de Louis XIV, le grand dauphin parut surpris de la détresse qui semblait menacer le royaume:--Mon fils, dit le roi, nous maintiendrons notre couronne.--Sire, répondit le dauphin, Maintenon l'a.

Le maire de Saintes écrivait à son fils, qui se conduisait mal:--Respectez votre père et maire.

Un bon cultivateur, maire de sa commune, se trouva dernièrement dans un grand embarras, dont il se tira fort adroitement. Sa femme était accouchée depuis trois jours, et l'adjoint de la commune venait de partir pour un village assez éloigné. Il fallait cependant dresser l'acte de naissance sur-le-champ. Le maire-père, après avoir mûrement réfléchi, s'en acquitta de la manière suivante:

«Ce jourd'hui, etc., étant accompagné de tels et tels, mes témoins, je suis comparu devant moi, maire de la commune de..., à l'effet de me déclarer que ma femme vient d'accoucher d'un enfant vivant et bien constitué.

«Sur la demande de quel sexe est l'enfant et quels étaient ses père et mère, je me suis répondu qu'il est du sexe masculin et fils de moi, François Piot, et de Madeleine Bidou, mon épouse; en foi de quoi, j'ai signé le présent, avec moi, maire, et lesdits témoins.

«Signé: François Piot, père,«et François Piot,maire.»

Un dentiste disait à son fils qui voulait donner dans les grandeurs:--Eh! Monsieur, ne cherchez pas à vous élever; faites comme votre père: arrachez-moi de bonnes dents; j'en arrache; mon père en arrachait, mon grand-père en a arraché, et nous n'avons jamais fait de mal à personne.

Henri IV, ayant appris que deux médecins avaient fait abjuration, dit à Duplessis-Mornay:--Ventre Saint-Gris! monsieur Duplessis, votre religion est bien malade; les médecins l'abandonnent.

On appelle ainsi le détroit qui sépare la France de l'Angleterre. Lorsqu'on imprima, il y a quelques années, des cartes géographiques sur foulard:--Je ne vois pas l'utilité de cette invention, dit un bonhomme, si ce n'est que chacun peut avec cela se moucher proprement sur la Manche.

À propos de l'alliance conclue avec l'Angleterre pour la guerre d'Orient, on a dit que les Anglais et les Français se tenaient par la Manche.

Un huissier ayant été signifier un exploit dans une ferme, on lâcha après lui deux énormes chiens, qui lui firent prendre aisément la fuite; et comme à son retour on lui demandait s'il avait été bien reçu:--Parfaitement, dit-il; et la preuve, c'est qu'on a voulu me faire manger.

L'abbé de Choisy, passant devant le château de Balleroy, qu'il avait été obligé de vendre, s'écria:--Ah! que je te mangerais bien encore!

Montmaur étant un jour à table avec grande compagnie de ses amis, qui parlaient, chantaient et riaient tout ensemble:--Eh! Messieurs, s'écria-t-il, un peu de silence; on ne sait ce qu'on mange.

Gourville, rencontrant au bois de Boulogne un médecin de ses amis qui avait un fusil, lui dit:--Où allez-vous donc?--Voir un malade à Auteuil.--Il paraît, répliqua Gourville, que vous avez peur de le manquer.

On demandait à Londres à un ambassadeur belge:--Quel est le manteau le plus chaud? Il répondit:--C'est le manteau de la cheminée.

Pierre de Marca fut nommé à l'archevêché de Paris, et mourut en 1662, le jour même que ses bulles arrivèrent. Colletet lui fit cette épitaphe:

Ci-gît monseigneur de Marca,Que le roi sagement marquaPour le prélat de son Église;Mais la mort qui le remarqua,Et qui se plaît à la surprise,Tout aussitôt le démarqua.

Ci-gît monseigneur de Marca,Que le roi sagement marquaPour le prélat de son Église;Mais la mort qui le remarqua,Et qui se plaît à la surprise,Tout aussitôt le démarqua.

Ci-gît monseigneur de Marca,

Que le roi sagement marqua

Pour le prélat de son Église;

Mais la mort qui le remarqua,

Et qui se plaît à la surprise,

Tout aussitôt le démarqua.

Un vagabond, à qui le tribunal demandait quel était son état, répondit qu'il était marchant, attendu qu'il ne voyageait qu'à pied.

Un maréchal ferrait un des chevaux d'un maréchal de France qui passait sur la route. Pendant l'opération, il entendit les domestiques qui appelaient l'illustre voyageur monsieur le maréchal; et, quand on fut pour le payer, il refusa, en faisant observer qu'il ne prenait rien d'un confrère.

Une poissarde de la rue Montorgueil, à Paris, avait pour enseigne un merlan dans une botte, avec la légende:A la marée chaussée.

On a beaucoup dit sur la simplicité d'un certain M. de Matignon. On a dit qu'il avait fait paver son pré pour empêcher les taupes d'y fouiller; qu'il avait fait reculer la cheminée, parce que de l'endroit où il se plaçait, le feu lui brûlait les jambes; qu'un mouton étant trop gros pour régaler ses amis, il n'en avait fait tuer que la moitié, etc.

Un autre ingénu avait pris un pot de terre en guise d'oreiller, et, le trouvant trop dur, il le rembourra de paille.

--Qu'est-ce que la médecine? demande Bobèche à l'un de ses amis.

--La médecine, répond celui-ci, c'est l'art de guérir les maladies; c'est une science...

--Du tout, tu n'y es pas, répond Bobèche: lamédecine, c'est la femme du médecin.

Un colonel, défendant son fils accusé, disait aux juges:--Je puis vous prouver que le délit dont mon fils est accusé a été commis parmégarde.--C'est différent, dit le juge; alors nous allons assigner vos gardes.

Un incident singulier a égayé un jour l'audience de la justice de paix du sixième arrondissement. M. L..., marchand grainetier et sergent-major de la garde nationale, accusait M. B..., professeur suppléant d'histoire dans un collége de Paris, de l'avoir appelémelonà la suite d'un coup mal joué dans une partie de dominos à quatre. Le plaignant exigeait une rétractation formelle et des dommages-intérêts considérables.

L'accusé présenta ainsi sa défense:

Sous le règne de Constantin le Grand...

--Au fait, Monsieur, au fait, dit le magistrat qui voit poindre une harangue interminable.

--J'y arrive. Sous le règne, dis-je, de Constantin le Grand, vivait à Lugdunum Horatius Melo, illustre praticien qui, après s'être couvert de gloire en introduisant dans la Gaule le savoureux tubercule auquel il a donné son nom...

Le juge sourit et le front du plaignant se dérida à vue d'oeil.

--Mon honorable ami L..., continue l'orateur avec feu, a donc grand tort de s'offenser d'une épithète qui prouve au contraire le grand cas que je fais de ses vertus civiles et militaires.

Le grainetier, quittant précipitamment son siége, serre avec effusion la main du professeur, et, abjurant toute rancune, lui promet de donner à son premier enfant les glorieux surnoms d'Horatius Melo.

Il suffira de quelques procès de cette nature pour réhabiliter dans l'opinion publique le cornichon, le concombre, et tous les membres de la grande famille des citrouilles.

C'est encore ici une scène de tribunal; et celle-ci à propos d'une distribution de prix.

LE JUGE.--Monsieur Blondel, vous avez payé d'avance et pour un an la pension de votre fils?

BLONDEL.--C'est vrai, mais il n'en est pas moins bête comme un âne.

LE JUGE.--Et maintenant vous voulez qu'on vous rende votre argent?

LE MAÎTRE D'ÉCOLE.--C'est contraire à l'usage, on ne rend jamais l'argent chez moi.

BLONDEL.--Cependant je veux le mien, je ne veux pas laisser mon fils en pension chez vous.

LE JUGE.--Pourquoi donc?

BLONDEL.--À cause de la distribution des prix.

LE JUGE.--Expliquez-vous.

BLONDEL.--Imaginez-vous, mon juge, que mon enfant, qui aura onze ans à la Saint-Nicaise, allait en classe chez cet homme contre lequel je plaide. Il y apprenait à ravir... la manière d'arracher sa culotte et de se fourrer des barbes de plumes dans les narines. (Rire général.) Bref, je croyais qu'à part ces connaissances spéciales, mon enfant aurait fait quelques progrès dans les sciences... le maître d'école que je consultais à ce sujet, la veille de la distribution des prix, me répétait qu'il serait récompensé selon son mérite.

LE MAITRE D'ÉCOLE.--Il a eu un prix, il l'a été, récompensé; donc pas de reproche à me faire.

BLONDEL.--Joliment ma foi. Vous saurez que, n'ayant pas eu le temps d'aller voir couronner mon fils, je l'envoyai le jour de la distribution des prix se faire couronner tout seul. Mon petit bonhomme revient avec une couronne atroce (rire), grosse comme le bras, de quoi orner le front d'un géant; quand il la mettait sur sa tête, elle lui tombait sur le ventre. (Rire général.) «Quel prix as-tu eu? lui dis-je.--Ah! papa, j'ai oublié mon prix.--Mais enfin quel prix était-ce?--J'sais pas, papa.--Diable d'enfant! ne pas savoir le prix qu'on a remporté... Est-ce d'orthographe?--Non, p'pa.--C'est peut-être d'écriture?--Non, p'pa.--De calcul?-Non p'pa.--Quelle pauvre tête!... ne pas se souvenir de son prix!... Je vais à la pension moi-même pour le chercher... Savez-vous quel prix mon fils avait remporté?

LE JUGE.--Lequel donc?

BLONDEL.--Le prix de mémoire. (Longue et bruyante hilarité.)

Le maître d'école, pendant le rire général, rend à M. Blondel le montant de la pension de son fils, et sort furieux du prétoire.

François II, empereur d'Allemagne se rendait à Luxembourg, forteresse curieuse élevée au milieu d'un lac. Sans suite et sans gardes, il s'amusait à conduire lui-même une barque. Il y en a beaucoup sur ses rives. Un villageois s'approche et l'appelle; il le prend pour un batelier. «Ohé! passez-moi! lui crie-t-il.--Volontiers,» répond le monarque.

Le paysan s'assied tranquillement dans la nacelle; et le souverain la dirige. «Combien vous faut-il maintenant? dit le rustre arrivé au but, et tirant sa bourse.--Rien, mon ami, répond l'empereur...--Vous ne menez donc pas par état?--Si fait, je mène... mon empire.»

Un Anglais et un Français se battaient au pistolet. Le premier, au moment de tirer, n'étant pas encore bien décidé à se battre, dit: «Parlementons.--Soit,» dit l'autre. Et la balle vint traverser la mâchoire inférieure de son adversaire.

Un chercheur d'esprit disait, en passant devant une mairie où les affaires n'allaient pas vite: «On peut faire maigre là tous les jours, car on y trouve à tout heure un maire lent.»

En 1812, il y avait dans la rue Saint-Honoré un confiseur qui s'appelait Veille. Dès qu'il eut un fils, il fit savoir au public qu'on pouvait venir chez lui admirer la mère Veille.

Quel est le mois que les juifs aiment le mieux?--Le mois de juillet, qui dans la république leur amenait unMessie d'or.

On dit des musiciens que quand il s'agit de payer, ils sont rarement en mesure.

Napoléon Ier aimait assez les calembours.

En 1796, lorsqu'il sollicitait le commandement en chef de l'armée d'Italie, il n'avait que vingt-sept ans; et, lui opposant son âge, on balançait à le nommer. «Vous me trouvez trop jeune, dit-il, pour commander en chef; eh bien, accordez-moi ma demande, et je vous réponds que dans six mois j'aurai Milan.»

Guillot-Gorjus disait à Turlupin:--Tu m'as fait la mine.--Non, répondit Turlupin, si je te l'avais faite, tu l'aurais plus belle.

Deux villageois avaient acheté un cochon en commun; au bout de six mois, l'un voulait le tuer, l'autre ne voulait pas. «Si vous ne voulez pas tuer votre moitié, dit le premier, laissez moi tuer la mienne.»

Les dictionnaires nous apprennent que monarchien signifie, comme monarchiste, partisan de la monarchie. En 1793, un boucher, nommé Monar, était dur aux pauvres gens, auxquels, dans la détresse générale, il refusait tout crédit. Un pauvre homme, fâché, écrivit sur sa portemonar chien. C'était une dénonciation. Il fut arrêté comme suspect, et sans son ami Henri, le boucher historique, il eût pu y passer.

Un bonhomme disait: «Je ne connais pas d'endroit où il se passe plus de choses que dans le monde.»

Un des plus curieux tours de force en monorimes, employant les cinq voyelles dans leur plus rare situation, a été fait par l'abbé de Latteignant; on le chantait jadis sur l'air: «En quatre mots je vais vous dire ça.»

IJe hais les dés, les cartes, le trictrac;Je ne bois jamais de scubacNi de punch, ni de rack.Par peur de la moindre claque,Je fuis sitôt qu'on m'attaquePlus vite qu'un brac.Je ne vais pas courtiser Bergerac;Et pour grossir mon sacJe ne fais nul micmac.Je n'ai d'horloge et d'almanachQue mon seul estomac.IIJe suis ravi du bon vieillard Issec.Son langage est un vrai sorbec.Malgré son vilain becJ'irais le voir à la MecqueEt rendre à ce vrai SénèqueUn salamalec.Près de lui j'aime autant un hareng pecBlême du pain tout sec,Que perdrix et vin grec.O mort, si tu le fais échec,Viens m'enlever avecIIIJe suis charmé, quand je suis en pic-nic.On est libre; c'est là le hic,En payant ric à ric.Je fais quelques vers lyriques,Mais jamais de satiriques;Ce n'est pas là mon tic.Je crains bien moins la langue d'un aspic,Les yeux d'un basilic,Que le blâme public.Je ne fais nul honteux trafic;Je suis dans mon districtIVJe ne voudrais, pour l'or du monde en bloc,Le sort m'eût-il remis au soc,D'aucun bien être escroc.D'un ami rien ne me choque;S'il me raille, je m'en moque,Sans livrer le choc.Et j'aime autant un forban de MarocQue le grand monsieur Roch,Tant il a l'air d'un croc;Contre un turban ferais-je troc?Non, plutôt contre un frocVJe hais les eaux de Forge et Balaruc.Je ne porte point chez ColducD'ordonnance d'Astruc.Je ne veux, sous ma perruque,Porter cautère à la nuque,Dussé-je être duc.Car de son corps qui fait un aqueducDevient bientôt caduc,Fût-il un gros heiduc.Mais le vin est, si j'en crois Luc,De tous le meilleur suc.

IJe hais les dés, les cartes, le trictrac;Je ne bois jamais de scubacNi de punch, ni de rack.Par peur de la moindre claque,Je fuis sitôt qu'on m'attaquePlus vite qu'un brac.Je ne vais pas courtiser Bergerac;Et pour grossir mon sacJe ne fais nul micmac.Je n'ai d'horloge et d'almanachQue mon seul estomac.IIJe suis ravi du bon vieillard Issec.Son langage est un vrai sorbec.Malgré son vilain becJ'irais le voir à la MecqueEt rendre à ce vrai SénèqueUn salamalec.Près de lui j'aime autant un hareng pecBlême du pain tout sec,Que perdrix et vin grec.O mort, si tu le fais échec,Viens m'enlever avecIIIJe suis charmé, quand je suis en pic-nic.On est libre; c'est là le hic,En payant ric à ric.Je fais quelques vers lyriques,Mais jamais de satiriques;Ce n'est pas là mon tic.Je crains bien moins la langue d'un aspic,Les yeux d'un basilic,Que le blâme public.Je ne fais nul honteux trafic;Je suis dans mon districtIVJe ne voudrais, pour l'or du monde en bloc,Le sort m'eût-il remis au soc,D'aucun bien être escroc.D'un ami rien ne me choque;S'il me raille, je m'en moque,Sans livrer le choc.Et j'aime autant un forban de MarocQue le grand monsieur Roch,Tant il a l'air d'un croc;Contre un turban ferais-je troc?Non, plutôt contre un frocVJe hais les eaux de Forge et Balaruc.Je ne porte point chez ColducD'ordonnance d'Astruc.Je ne veux, sous ma perruque,Porter cautère à la nuque,Dussé-je être duc.Car de son corps qui fait un aqueducDevient bientôt caduc,Fût-il un gros heiduc.Mais le vin est, si j'en crois Luc,De tous le meilleur suc.

I

Je hais les dés, les cartes, le trictrac;

Je ne bois jamais de scubac

Ni de punch, ni de rack.

Par peur de la moindre claque,

Je fuis sitôt qu'on m'attaque

Plus vite qu'un brac.

Je ne vais pas courtiser Bergerac;

Et pour grossir mon sac

Je ne fais nul micmac.

Je n'ai d'horloge et d'almanach

Que mon seul estomac.

II

Je suis ravi du bon vieillard Issec.

Son langage est un vrai sorbec.

Malgré son vilain bec

J'irais le voir à la Mecque

Et rendre à ce vrai Sénèque

Un salamalec.

Près de lui j'aime autant un hareng pec

Blême du pain tout sec,

Que perdrix et vin grec.

O mort, si tu le fais échec,

Viens m'enlever avec

III

Je suis charmé, quand je suis en pic-nic.

On est libre; c'est là le hic,

En payant ric à ric.

Je fais quelques vers lyriques,

Mais jamais de satiriques;

Ce n'est pas là mon tic.

Je crains bien moins la langue d'un aspic,

Les yeux d'un basilic,

Que le blâme public.

Je ne fais nul honteux trafic;

Je suis dans mon district

IV

Je ne voudrais, pour l'or du monde en bloc,

Le sort m'eût-il remis au soc,

D'aucun bien être escroc.

D'un ami rien ne me choque;

S'il me raille, je m'en moque,

Sans livrer le choc.

Et j'aime autant un forban de Maroc

Que le grand monsieur Roch,

Tant il a l'air d'un croc;

Contre un turban ferais-je troc?

Non, plutôt contre un froc

V

Je hais les eaux de Forge et Balaruc.

Je ne porte point chez Colduc

D'ordonnance d'Astruc.

Je ne veux, sous ma perruque,

Porter cautère à la nuque,

Dussé-je être duc.

Car de son corps qui fait un aqueduc

Devient bientôt caduc,

Fût-il un gros heiduc.

Mais le vin est, si j'en crois Luc,

De tous le meilleur suc.

On a fait aussi sur ces mêmes rimes isolées cinq adages que voici:

Le thésauriseur cherche le sac.Le promeneur cherche le sec.Le biographe cherche le sic.Le laboureur cherche le soc.Le gourmand cherche le suc.

Le thésauriseur cherche le sac.Le promeneur cherche le sec.Le biographe cherche le sic.Le laboureur cherche le soc.Le gourmand cherche le suc.

Le thésauriseur cherche le sac.

Le promeneur cherche le sec.

Le biographe cherche le sic.

Le laboureur cherche le soc.

Le gourmand cherche le suc.

On a publié, en février 1849, sur les désordres de l'Assemblée nationale constituante, les vers monorimes suivants:

En voyant cet affreux micmac,On dit partout, même à Cognac,À Bergerac, à Ribérac,Que la république, au bissac,Fait un déplorable tic-tac,Qui peut finir par un cric-crac,Comme en a produit Polignac.Que voulez-vous? Proudhon et Bac,Ledru-Rollin et CavaignacLa poussent dans un cul-de-sac,Où, par quelque coup de Jarnac,On renversera son hamac.ue Dieu conserve son cornac!

En voyant cet affreux micmac,On dit partout, même à Cognac,À Bergerac, à Ribérac,Que la république, au bissac,Fait un déplorable tic-tac,Qui peut finir par un cric-crac,Comme en a produit Polignac.Que voulez-vous? Proudhon et Bac,Ledru-Rollin et CavaignacLa poussent dans un cul-de-sac,Où, par quelque coup de Jarnac,On renversera son hamac.ue Dieu conserve son cornac!

En voyant cet affreux micmac,

On dit partout, même à Cognac,

À Bergerac, à Ribérac,

Que la république, au bissac,

Fait un déplorable tic-tac,

Qui peut finir par un cric-crac,

Comme en a produit Polignac.

Que voulez-vous? Proudhon et Bac,

Ledru-Rollin et Cavaignac

La poussent dans un cul-de-sac,

Où, par quelque coup de Jarnac,

On renversera son hamac.

ue Dieu conserve son cornac!

Ce nom autrefois indiquait une seigneurie. On disait: M. de Mayence, pour l'électeur de Mayence. M. de Paris, pour l'archevêque de Paris. On appelait Bossuet M. de Meaux, et, ce qui est assez singulier, Mme de Sévigné, en parlant du pape, disait: M. de Rome.

Un officier gascon, étant à l'armée, quitte un de ses camarades, et lui dit assez haut et d'un ton important:--Je vais dîner chez Villars. Le maréchal, qui se trouvait derrière cet officier, lui dit avec honte:--À cause de mon rang et non à cause de mon mérite dites: Monsieur de Villars.--Cadédis! répond le Gascon sans s'émouvoir, on ne dit pas monsieur de César.

Le grand Condé, ennuyé d'entendre un fat parler sans cesse de monsieur son père et de madame sa mère, appela un de ses gens, et lui dit:--Monsieur mon laquais, dites à monsieur mon cocher de mettre messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse.

Une servante apporte le mémoire du mois à son maître; il y remarque pour trente francs de lait.--Comment! dit-il, je dois tant que ça à la laitière?--Mon Dieu oui, Monsieur; c'est qu'il n'y a rien qui monte comme le lait.

Une princesse passait tous les matins à apprendre l'hébreu. Un jour que son maître de langue était entré chez elle avec une culotte déchirée, le prince son mari lui demanda ce que cet homme venait faire dans sa chambre. La princesse lui dit:--Il me montre l'hébreu.

--Madame, répondit le prince, il vous montrera bientôt le derrière.

On demandait à M. Castil-Blaze quels étaient les morceaux de musique qui avaient la meilleure odeur. Il répondit:--Ce sont les morceaux dansants.

On demande pourquoi les gens décédés mangent du bois.--Parce qu'on les trouvemorts dansleurs bières.

Trois députés des États de Bretagne étant venus pour haranguer le roi, l'évêque, qui était le premier, oublia sa harangue, et ne put dire un seul mot. Le gentilhomme qui le suivait, se croyant obligé de prendre la parole, s'écria:--Sire, mon grand-père, mon père et moi sommes tous morts à votre service.

Un plaisant en fiacre, voyant passer un convoi funèbre qui s'en allait au cimetière du Père-Lachaise, dit au cocher:--Retenez vos chevaux et empêchez-les de prendre lemort aux dents.

De tous les genres de mort dont on avait donné le choix à Arlequin, il préféra celui de mourir de vieillesse ou d'indigestion.

Un célibataire venait d'acheter une paire de mouchettes; sa gouvernante lui ayant fait observer qu'elles étaient bien petites, il répondit qu'elles étaient bien assez grandes pour une personne seule.

Une ronde arriva près d'un poste. Un seul homme se trouvait présent à ce moment, c'était le factionnaire. Le capitaine de la ronde, furieux, s'avance sur lui en disant:--Comment, tas de coquins, vous n'êtes qu'un?

Une femme d'esprit disait d'un orateur boursouflé qui avait une certaine réputation d'éloquence:--Il est vrai qu'il trouve facilement ses phrases; mais quand il les a trouvées, il est obligé de chercher ce qu'il mettra dedans.

Un Américain, ayant vu six Anglais séparés de leur troupe, eut l'audace de leur courir sus, d'en blesser deux, de désarmer les autres et de les amener au général Washington. Le général lui demanda comment il avait pu faire pour se rendre maître de six hommes.--Aussitôt que je les ai vus, répondit-il, j'ai couru sur eux et je les ai enveloppés.

Un bourreau, conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit:--Écoutez, je ferai de mon mieux; mais je dois vous prévenir que je n'ai jamais pendu.--Ma foi, répond le patient, je vous avouerai également que je n'ai jamais été pendu non plus; mais, que voulez-vous! nous y mettrons chacun du nôtre. Il faut espérer que nous nous en tirerons.

Le deuxième consul, Cambacérès, donnait une fête à laquelle se trouvaient beaucoup d'artistes. Elle touchait à sa fin, lorsque Cambacérès invita Garat à chanter. Celui-ci, piqué de ce que l'on ne se fût pas adressé plutôt à lui, tire sa montre et répond:--Impossible, citoyen consul; il est minuit: ma voix est couchée.

L'expression «à faire trembler» est si familière aux Gascons, qu'ils l'emploient à tout propos. Quelqu'un faisait observer ce gasconisme à un officier gascon, qui répondit par cette gasconnade:--Que l'expression «cela fait trembler» est la plus forte qu'un Gascon puisse employer en quelque circonstance que ce soit, parce qu'il n'y a rien dans la nature qui soit au-dessus de ce qui fait trembler un Gascon.

Le mot «au contraire» pournonest encore très-usité par les Gascons. Les députés des États du Languedoc étant à Versailles à l'audience du roi, un Gascon du cortège trébucha et tomba. Comme tout le monde lui demandait s'il s'était fait mal en tombant, il dit gaiement en se relevant:--Au contraire.Cette manière de parler fit rire ceux qui étaient présents. Les uns prétendaient que c'étaient un gasconisme, les autres une gasconnade. C'était l'un et l'autre.

Dans un grand dîner que donnait Louis XVIII, le vieux roi, s'adressant à un seigneur, vieux aussi, lui demanda si un certain mets qu'il lui désignait, et que le roi aimait fort, était de son goût.--Sire, lui répondit le courtisan, je ne fais jamais attention à ce que je mange.--C'est un tort que vous avez, reprit le roi; à tout âge il faut faire attention à ce qu'on mange, et au vôtre à ce qu'on dit.

M. le comte de Mailly de Beaupré portait toujours à l'armée son chapeau à la tapageuse, en sorte que la cocarde se trouvait derrière.--Voilà, disait un de ses officiers, une cocarde qui a bien souvent vu l'ennemi.

Un conseiller borgne, voulant décider seul une contestation épineuse, une autre espèce de turlupin lui dit:--Croyez-moi, empruntez les lumières d'un de vos confrères; deux yeux valent mieux qu'un.

Un célèbre buveur, étant à l'article de la mort, pria un de ses amis, qui était à côté de son lit, d'y faire apporter un verre d'eau, en disant:--A la mort, il faut se réconcilier avec ses ennemis.

Le poëte Bret, qui a fait sur Molière des commentaires assez estimés, alla voir, dans sa jeunesse, un seigneur bourguignon, qui, enflé de sa fortune et de ses titres, lui dit que ses vassaux ne s'asseyaient et ne se couvraient jamais devant lui.--Corbleu! réplique Bret en enfonçant son chapeau sur ses oreilles et se jetant dans un grand fauteuil, ces gens-là n'ont donc ni cul ni tête?

La basse bohème, à Paris, emploie une langue à part. Après s'être traités, dans une dispute, de polichinelle et de caricature empaillée, les deux casseurs d'assiettes se retroussent les manches pour se donner ce qu'ils appellent une raclée, une peignée, une rincée, et le plus rageur dit à l'autre:--Numérote tes os, que je te démolisse! On arrive alors, et on les sépare, à moins que ce ne soient des Auvergnats.

Un malade interrogé pourquoi il n'appelait pas un médecin: «C'est, répondit-il, parce que je n'ai pas encore envie de mourir.»

On demande pourquoi les marins font tant de cas du vin de Champagne.--C'est pourtant bien clair. Leur raison est que c'est le vin qui produit le plus de mousse.

Voici un exemple de la tolérance et des lumières des ennemis systématiques de Rome. Un journal anglais a donné, il y a dix ans, à ses lecteurs un récit tronqué du voyage de S. S. Grégoire XVI à Ancône. L'auteur de ce récit, copié d'après les feuilles françaises, a traduit la mule du pape parmule, animal. Mais, non content de commettre cette grossière méprise, il y ajoute quelque chose de sa façon. Ainsi, il raconte que «Sa Sainteté était assise sur un trône, un de ses pieds reposait sur un tabouret recouvert de velours rouge; la mule, RICHEMENT CAPARAÇONNÉE DE MÊME COULEUR, se trouvait à ses côtés. Toutes les personnes, ajoute-t-il, qui étaient admises dans le salon, s'agenouillèrent trois fois et allèrent baiser la mule.»

L'écrivain accompagne ce récit des commentaires les plus ridicules; il s'élève contre la superstition des catholiques qui s'avilissent au point de baiser de vils animaux. C'est là de l'idolâtrie, du fétichisme, etc. Il conclut en faisant l'éloge de la réforme, qui a aboli le culte des mules, etc.

Si des journalistes se trompent à ce point sur ce qui concerne le chef visible de l'Église, est-il étonnant que tant de réformés, en Angleterre comme en Allemagne, nourrissent des préjugés absurdes contre le catholicisme?

Lorsque les fermiers généraux enfermèrent Paris d'un mur d'enceinte en 1785, cette innovation triste souleva presque autant de clameurs que l'enceinte continue en 1840. On fit là-dessus le vers qui suit:

Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

Quel est l'âne qui va le mieux à l'eau?--C'estl'âne à selle.

La vie que menait, au dernier siècle, le prince d'Hénin, lui attira cette épigramme de Champcenetz:

Prince, à te juger par ton train,Tu fais un rôle des plus minces;Tu n'es plus le prince d'Hénin,Mais seulement le nain des princes.

Prince, à te juger par ton train,Tu fais un rôle des plus minces;Tu n'es plus le prince d'Hénin,Mais seulement le nain des princes.

Prince, à te juger par ton train,

Tu fais un rôle des plus minces;

Tu n'es plus le prince d'Hénin,

Mais seulement le nain des princes.

On recommandait à une dame malade de boire de l'eau de sedlitz, et on lui disait: «Il n'y a que le premier verre qui coûte à boire.--Eh bien! dit la malade, je ne prendrai que le second.»

M. de D*** recommanda très-instamment qu'on l'ouvrît, et en donna la raison suivante: «Les médecins n'ayant pu s'accorder entre eux sur le genre de ma maladie, je ne serais pas fâché de savoir à quoi m'en tenir sur la cause de ma mort.»

Un conseiller disait à un ami: «Si j'avais quelque chose de bon, je vous dirais de dîner avec moi.» Le domestique qui le suivait lui dit à demi-voix: «Monsieur, vous avez une tête de veau.»

Un banquier anglais, nommé Fer ou Fair, fut accusé d'avoir fait une conspiration pour enlever le roi (George III), et le transporter à Philadelphie. Amené devant ses juges, il leur dit: «Je sais très-bien ce qu'un roi peut faire d'un banquier, mais j'ignore ce qu'un banquier peut faire d'un roi.»

Un dame de la cour dit un jour: «C'est bien dommage que l'aventure de la Tour de Babel ait produit la confusion des langues; sans cela, tout le monde aurait toujours parlé français.»

On pressait une femme lancée dans l'esprit et dans les sciences, et qui devait aller à l'Observatoire voir une éclipse de lune. «Ne vous inquiétez pas, dit-elle, M. de Lalande a beaucoup de bontés pour moi; si c'est fini quand nous arriverons, il fera recommencer.»

Un provincial, étant à Saint-Cloud, vit Napoléon dans ses jardins:

«Je l'ai vu, dit-il, ce grand empereur, qui se promenait lui-même.»

On disait d'un homme colère qu'il ne s'expliquait jamais qu'avec un air de boeuf.

Dans le temps où quelques hommes changeaient de nom pour prendre les noms de Brutus, de Scévola, de Fabricius, Publicola, etc., un membre de la section des Tuileries disait à la tribune: «Et moi aussi je veux prendre un nom romain, afin que l'on ne doute plus de mon patriotisme; je veux m'appeler comme celui qui mit le feu dans la commune de Rome pour faire brûler les aristocrates, et qui manqua d'être la victime d'Épicharis et de Séjan... celui... Parbleu!... Aidez-moi donc... celui... qui... pardienne, vous n'en connaissez pas d'autre, celui qui n'avait pas comme gui dirait un nez pointu...

--Que t'es bête, lui dit un collègue, c'estnez rond.

--Oui, c'est ça, je me baptise Nez rond.

Ah! mon cher ami, que je suis aise de vous rencontrer. Savez-vous ce qu'on dit de neuf?

--Non, eh bien?

--Eh bien, on dit que c'est la moitié de dix-huit.

Un camus annonçait à ses amis que sa femme venait d'accoucher.--Ah! tant mieux, lui répondit-on, tu auras unnouveau-né.

Quel événement a ruiné les marchands de tabac?

--La descente d'Énée aux enfers. (VoyezDiné.)

M. Fouquier-Long, n'ayant pas été réélu par le département de la Seine-Inférieure, son épouse signa depuis ses lettres et billets: Femme Fouquier,née Long.

Dans la petite pièce intitulée:le Sourd, le papa Doliban donne ainsi le signalement de son gendre futur: «Front large, cheveux châtains, nez aquilin...»

--Comment, né à Quilin! papa, vous vous trompez; vous savez bien que je suis né à Châlons-sur-Marne.

M. Renaudot, médecin à Montpellier, avait le nez camus. Il perdit contre Guy-Patin, médecin de Paris, un procès et s'en plaignait fort en sortant de l'audience. Guy-Patin lui dit: «Si vous avez perdu d'un côté, vous avez gagné de l'autre; car vous étiez entré ici avec le nez camus, et maintenant vous avezun pied de nez.»

On doit à Désaugiers le joyeux pot-pourri de la bouche et du nez, qui est farci de quelques jeux de mots. Nous le donnons ici:


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