POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZAir:Mon père était pot.Jugez si je fus étonnéLorsque, la nuit dernière,Je sentis ma bouche et mon nezS'agiter en colère.Qui donc en sursaut,Me dis-je aussitôt,Si matin me réveille?Le nez se moucha,La bouche cracha,Et je prêtais l'oreille.BOUCHE, bâillant.Air:Je suis né natif de Ferrare.Maudit nez! Le diable t'emporteRonfla-t-on jamais de la sorte!LE NEZ.Morbleu! quel démon m'installaPrès de cette bavarde-là?LA BOUCHE.Et c'est au milieu du visageQu'on loge un si sot personnage!LE NEZ.Tout sot que je suis, je me croiEncor moins mâchoire que toi.LA BOUCHE, piquée.Air dela Fanfare de Saint-Cloud.Que m'importent ta colèreEt tes sarcasmes mordants!LE NEZ.Est-ce pour me faire taireQue tu me montres les dents?LA BOUCHE.Va, je ris de tes sottises;Entends-tu, vilain camus?LE NEZ.Quelque chose que tu dises,J'aurai toujours le dessus.LA BOUCHE.Air:Réveillez-vous, belle endormie.Nécessaire autant qu'agréable,Je sers l'enfant et le barbon;Et de toi, qui fais le capable,On ne peut rien tirer de bon.LE NEZ.Air:La bonne aventure au gué!De quelque titre plâtréQue tu t'autorises.Jamais je ne souffriraiQue tu me maîtrises.Si tu le veux, fâche-toi,Je n'ai jamais craint, ma foi,D'en venir aux prises,Moi...D'en venir aux prises.LA BOUCHE.Air:Si Dorilas.Je suis utile à mille choses.LE NEZ.De ses dons le ciel m'a comblé.C'est pour moi qu'on plante les roses.LA BOUCHE.C'est pour moi qu'on sème le blé. (bis.)LE NEZ.Par moi l'on respire sur terre.LA BOUCHE.C'est moi qui préside aux repas.LE NEZ.L'homme, sans moi, ne vivrait guère.LA BOUCHE.L'homme, sans moi, ne vivrait pas (bis.)LE NEZ.Air del'Avare et son ami.Dans une maison, lorsqu'on entre,À l'instant même du dîner,Ne dit-on pas, frappant son ventre:Ma foi! je vois que j'ai bon nez?LA BOUCHE.De tous les mets auxquels on touche,Celui qu'on croit de meilleur goûtN'est-il pas celui que partoutOn garde pour la bonne bouche? (bis.)LE NEZ.Air:Jeunes filles, jeunes garçons.Tu conviens pourtant que jamaisTu ne cessas d'être gourmande? (bis.)LA BOUCHE.C'est bien toi que tout affriande,Jusqu'à la seule odeur des mets.LE NEZ.Oui, leur parfum me touche;J'en dois faire l'aveu;En tout temps, en tout lieu,Je fus toujours un peuSur la bouche (bis.)LA BOUCHE.Air:Dans la vigne à Claudine.As-tu juré de mettreMa patience à bout?C'est trop me compromettreAvec ce marabout.LE NEZ.En vain tu voudrais feindre;J'ai su te battre...LA BOUCHE.Moi!Que puis-je avoir à craindreD'un morveux comme toi? (trois fois.)LE NEZ, rouge de fureur.Air:Tenez, moi, je suis un bon homme.Qui? moi, morveux! dans ma colère,Je vais te prouver sans pitié,Que le nez est un adversaireQui ne se mouche pas du pied.(Après un moment de réflexion.)Je me salis, si je te touche...Il vaut bien mieux nous séparer...Et, d'ailleurs, le nez et la boucheSont-ils faits pour se mesurer?LA BOUCHE.Air:Bon voyage, cher Dumollet.Bon voyage,Mon cher voisin!Nous en ferons tous deux meilleur ménage.Bon voyage,Mon cher voisin!Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.LE NEZ, se détachant et lui tournant les talons.Tu vas savoir si du nez l'on se passe.LA BOUCHE.Dans quel quartier vas-tu donc demeurer?LE NEZ.Je ne tiens pas une si grande placeQue je ne trouve enfin où me fourrer.LA BOUCHE.Bon voyage,Mon cher voisin!Nous en ferons tous deux meilleur ménage.Bon voyage,Mon cher voisin!Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.(Le nez sort par une vitre cassée.)LA BOUCHE, se regardant au miroir.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!J'ai tort, j'en conviens.Cher nez, reviensVite à mon aide.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!Je sens qu'en effetLa nature avait tout bien fait.LE NEZ, dehors, cherchant où se poser.Mais où donc faut-il que je me place?Mon oeil étonnéRencontre un nezSur chaque face.Mais où donc faut-il que je me place?Où donc me jucher?Où me nicher? où me percher?LA BOUCHE, au désespoir.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!J'ai tort; j'en conviens.Cher nez, reviensVite à mon aide.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!Je sens qu'en effetLa nature avait tout bien fait.LE NEZ, un peu honteux, reprenant sa place.Air:Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!Je voulais faire un coup de tête...Mais toute réflexion faite,Je reste où le destin m'a mis.Peut-être ailleurs serais-je pis.FINAL.Air:Aussitôt que la lumière.À ces mots ils s'embrassèrent;Et, se tenant par la main,Tous les deux ils se jurèrentAlliance, accord sans fin.C'est ainsi que, sur la terre,Me dis-je alors en secret,La discorde sait se taire,A la voix de l'intérêt.
POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZAir:Mon père était pot.Jugez si je fus étonnéLorsque, la nuit dernière,Je sentis ma bouche et mon nezS'agiter en colère.Qui donc en sursaut,Me dis-je aussitôt,Si matin me réveille?Le nez se moucha,La bouche cracha,Et je prêtais l'oreille.BOUCHE, bâillant.Air:Je suis né natif de Ferrare.Maudit nez! Le diable t'emporteRonfla-t-on jamais de la sorte!LE NEZ.Morbleu! quel démon m'installaPrès de cette bavarde-là?LA BOUCHE.Et c'est au milieu du visageQu'on loge un si sot personnage!LE NEZ.Tout sot que je suis, je me croiEncor moins mâchoire que toi.LA BOUCHE, piquée.Air dela Fanfare de Saint-Cloud.Que m'importent ta colèreEt tes sarcasmes mordants!LE NEZ.Est-ce pour me faire taireQue tu me montres les dents?LA BOUCHE.Va, je ris de tes sottises;Entends-tu, vilain camus?LE NEZ.Quelque chose que tu dises,J'aurai toujours le dessus.LA BOUCHE.Air:Réveillez-vous, belle endormie.Nécessaire autant qu'agréable,Je sers l'enfant et le barbon;Et de toi, qui fais le capable,On ne peut rien tirer de bon.LE NEZ.Air:La bonne aventure au gué!De quelque titre plâtréQue tu t'autorises.Jamais je ne souffriraiQue tu me maîtrises.Si tu le veux, fâche-toi,Je n'ai jamais craint, ma foi,D'en venir aux prises,Moi...D'en venir aux prises.LA BOUCHE.Air:Si Dorilas.Je suis utile à mille choses.LE NEZ.De ses dons le ciel m'a comblé.C'est pour moi qu'on plante les roses.LA BOUCHE.C'est pour moi qu'on sème le blé. (bis.)LE NEZ.Par moi l'on respire sur terre.LA BOUCHE.C'est moi qui préside aux repas.LE NEZ.L'homme, sans moi, ne vivrait guère.LA BOUCHE.L'homme, sans moi, ne vivrait pas (bis.)LE NEZ.Air del'Avare et son ami.Dans une maison, lorsqu'on entre,À l'instant même du dîner,Ne dit-on pas, frappant son ventre:Ma foi! je vois que j'ai bon nez?LA BOUCHE.De tous les mets auxquels on touche,Celui qu'on croit de meilleur goûtN'est-il pas celui que partoutOn garde pour la bonne bouche? (bis.)LE NEZ.Air:Jeunes filles, jeunes garçons.Tu conviens pourtant que jamaisTu ne cessas d'être gourmande? (bis.)LA BOUCHE.C'est bien toi que tout affriande,Jusqu'à la seule odeur des mets.LE NEZ.Oui, leur parfum me touche;J'en dois faire l'aveu;En tout temps, en tout lieu,Je fus toujours un peuSur la bouche (bis.)LA BOUCHE.Air:Dans la vigne à Claudine.As-tu juré de mettreMa patience à bout?C'est trop me compromettreAvec ce marabout.LE NEZ.En vain tu voudrais feindre;J'ai su te battre...LA BOUCHE.Moi!Que puis-je avoir à craindreD'un morveux comme toi? (trois fois.)LE NEZ, rouge de fureur.Air:Tenez, moi, je suis un bon homme.Qui? moi, morveux! dans ma colère,Je vais te prouver sans pitié,Que le nez est un adversaireQui ne se mouche pas du pied.(Après un moment de réflexion.)Je me salis, si je te touche...Il vaut bien mieux nous séparer...Et, d'ailleurs, le nez et la boucheSont-ils faits pour se mesurer?LA BOUCHE.Air:Bon voyage, cher Dumollet.Bon voyage,Mon cher voisin!Nous en ferons tous deux meilleur ménage.Bon voyage,Mon cher voisin!Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.LE NEZ, se détachant et lui tournant les talons.Tu vas savoir si du nez l'on se passe.LA BOUCHE.Dans quel quartier vas-tu donc demeurer?LE NEZ.Je ne tiens pas une si grande placeQue je ne trouve enfin où me fourrer.LA BOUCHE.Bon voyage,Mon cher voisin!Nous en ferons tous deux meilleur ménage.Bon voyage,Mon cher voisin!Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.(Le nez sort par une vitre cassée.)LA BOUCHE, se regardant au miroir.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!J'ai tort, j'en conviens.Cher nez, reviensVite à mon aide.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!Je sens qu'en effetLa nature avait tout bien fait.LE NEZ, dehors, cherchant où se poser.Mais où donc faut-il que je me place?Mon oeil étonnéRencontre un nezSur chaque face.Mais où donc faut-il que je me place?Où donc me jucher?Où me nicher? où me percher?LA BOUCHE, au désespoir.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!J'ai tort; j'en conviens.Cher nez, reviensVite à mon aide.Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!Je sens qu'en effetLa nature avait tout bien fait.LE NEZ, un peu honteux, reprenant sa place.Air:Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!Je voulais faire un coup de tête...Mais toute réflexion faite,Je reste où le destin m'a mis.Peut-être ailleurs serais-je pis.FINAL.Air:Aussitôt que la lumière.À ces mots ils s'embrassèrent;Et, se tenant par la main,Tous les deux ils se jurèrentAlliance, accord sans fin.C'est ainsi que, sur la terre,Me dis-je alors en secret,La discorde sait se taire,A la voix de l'intérêt.
POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZ
Air:Mon père était pot.
Jugez si je fus étonné
Lorsque, la nuit dernière,
Je sentis ma bouche et mon nez
S'agiter en colère.
Qui donc en sursaut,
Me dis-je aussitôt,
Si matin me réveille?
Le nez se moucha,
La bouche cracha,
Et je prêtais l'oreille.
BOUCHE, bâillant.
Air:Je suis né natif de Ferrare.
Maudit nez! Le diable t'emporte
Ronfla-t-on jamais de la sorte!
LE NEZ.
Morbleu! quel démon m'installa
Près de cette bavarde-là?
LA BOUCHE.
Et c'est au milieu du visage
Qu'on loge un si sot personnage!
LE NEZ.
Tout sot que je suis, je me croi
Encor moins mâchoire que toi.
LA BOUCHE, piquée.
Air dela Fanfare de Saint-Cloud.
Que m'importent ta colère
Et tes sarcasmes mordants!
LE NEZ.
Est-ce pour me faire taire
Que tu me montres les dents?
LA BOUCHE.
Va, je ris de tes sottises;
Entends-tu, vilain camus?
LE NEZ.
Quelque chose que tu dises,
J'aurai toujours le dessus.
LA BOUCHE.
Air:Réveillez-vous, belle endormie.
Nécessaire autant qu'agréable,
Je sers l'enfant et le barbon;
Et de toi, qui fais le capable,
On ne peut rien tirer de bon.
LE NEZ.
Air:La bonne aventure au gué!
De quelque titre plâtré
Que tu t'autorises.
Jamais je ne souffrirai
Que tu me maîtrises.
Si tu le veux, fâche-toi,
Je n'ai jamais craint, ma foi,
D'en venir aux prises,
Moi...
D'en venir aux prises.
LA BOUCHE.
Air:Si Dorilas.
Je suis utile à mille choses.
LE NEZ.
De ses dons le ciel m'a comblé.
C'est pour moi qu'on plante les roses.
LA BOUCHE.
C'est pour moi qu'on sème le blé. (bis.)
LE NEZ.
Par moi l'on respire sur terre.
LA BOUCHE.
C'est moi qui préside aux repas.
LE NEZ.
L'homme, sans moi, ne vivrait guère.
LA BOUCHE.
L'homme, sans moi, ne vivrait pas (bis.)
LE NEZ.
Air del'Avare et son ami.
Dans une maison, lorsqu'on entre,
À l'instant même du dîner,
Ne dit-on pas, frappant son ventre:
Ma foi! je vois que j'ai bon nez?
LA BOUCHE.
De tous les mets auxquels on touche,
Celui qu'on croit de meilleur goût
N'est-il pas celui que partout
On garde pour la bonne bouche? (bis.)
LE NEZ.
Air:Jeunes filles, jeunes garçons.
Tu conviens pourtant que jamais
Tu ne cessas d'être gourmande? (bis.)
LA BOUCHE.
C'est bien toi que tout affriande,
Jusqu'à la seule odeur des mets.
LE NEZ.
Oui, leur parfum me touche;
J'en dois faire l'aveu;
En tout temps, en tout lieu,
Je fus toujours un peu
Sur la bouche (bis.)
LA BOUCHE.
Air:Dans la vigne à Claudine.
As-tu juré de mettre
Ma patience à bout?
C'est trop me compromettre
Avec ce marabout.
LE NEZ.
En vain tu voudrais feindre;
J'ai su te battre...
LA BOUCHE.
Moi!
Que puis-je avoir à craindre
D'un morveux comme toi? (trois fois.)
LE NEZ, rouge de fureur.
Air:Tenez, moi, je suis un bon homme.
Qui? moi, morveux! dans ma colère,
Je vais te prouver sans pitié,
Que le nez est un adversaire
Qui ne se mouche pas du pied.
(Après un moment de réflexion.)
Je me salis, si je te touche...
Il vaut bien mieux nous séparer...
Et, d'ailleurs, le nez et la bouche
Sont-ils faits pour se mesurer?
LA BOUCHE.
Air:Bon voyage, cher Dumollet.
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Nous en ferons tous deux meilleur ménage.
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.
LE NEZ, se détachant et lui tournant les talons.
Tu vas savoir si du nez l'on se passe.
LA BOUCHE.
Dans quel quartier vas-tu donc demeurer?
LE NEZ.
Je ne tiens pas une si grande place
Que je ne trouve enfin où me fourrer.
LA BOUCHE.
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Nous en ferons tous deux meilleur ménage.
Bon voyage,
Mon cher voisin!
Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin.
(Le nez sort par une vitre cassée.)
LA BOUCHE, se regardant au miroir.
Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!
J'ai tort, j'en conviens.
Cher nez, reviens
Vite à mon aide.
Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!
Je sens qu'en effet
La nature avait tout bien fait.
LE NEZ, dehors, cherchant où se poser.
Mais où donc faut-il que je me place?
Mon oeil étonné
Rencontre un nez
Sur chaque face.
Mais où donc faut-il que je me place?
Où donc me jucher?
Où me nicher? où me percher?
LA BOUCHE, au désespoir.
Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!
J'ai tort; j'en conviens.
Cher nez, reviens
Vite à mon aide.
Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide!
Je sens qu'en effet
La nature avait tout bien fait.
LE NEZ, un peu honteux, reprenant sa place.
Air:Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!
Je voulais faire un coup de tête...
Mais toute réflexion faite,
Je reste où le destin m'a mis.
Peut-être ailleurs serais-je pis.
FINAL.
Air:Aussitôt que la lumière.
À ces mots ils s'embrassèrent;
Et, se tenant par la main,
Tous les deux ils se jurèrent
Alliance, accord sans fin.
C'est ainsi que, sur la terre,
Me dis-je alors en secret,
La discorde sait se taire,
A la voix de l'intérêt.
Pourquoi les saints n'aiment-ils pas trop les maçons?--Parce qu'ils leur font des niches.
Un bourgeois facétieux, passant devant un couvent de femmes, disait:--Voilà une maison pleine de noires soeurs.
Un journal de Lyon mentionnait, il y a quelque temps, quelques associations de noms propres qui donnent lieu à de plaisants jeux de mots. Ainsi, il y a eu dans cette ville une maison de commerce célèbre sous la raison de:Lajoie,Rigodon,Vidon et Cie. Viennent ensuite MM.Hyver, marchand de charbons;Gilet, marchand de bas;Mouton, boucher; MlleQuinquet, veilleuse. Tout cela, du reste, n'est rien à côté de l'adresse d'une, lettre dont leSalut publicgarantit l'authenticité:A Monsieur Vermine, au dépôt de Mendicité, place de la Misère, à La Charité. M. Vermine a été longtemps concierge du dépôt de mendicité de la Charité-sur-Loire, et peut-être l'est-il encore. (VoyezJeux de mots et facéties.)
On a imprimé au dernier siècle un assez mauvais roman; les héros portaient des noms à prétentions allégoriques. C'étaient le père Vertisseur, le père Manant, le père Nicieux, le père Foré, le père Hoquet, le père Sonnel, le père Fide, le père Lé, etc. Dans les femmes, c'était la mère Veille, la mère Tume, la mère Idienne, la mère Curiale, la mère Ida, la mère Ingue, Puis des Anglais et des Anglaises: lord Gueil, lord Nière, lord Ange, lord Dinaire, lord Igine, lord Tie, lord Gane, lord Seille, lady Arrhée, lady Scorde, lady Gestion, lady Spense, lady Forme, lady Aphane. Des plaisanteries de ce genre n'auraient peut-être pas grande vogue aujourd'hui.
Trois Anglais, dont les noms étaient:Singulier,DavantageetJuste(Strange, More, Right), s'étant trouvés ensemble à souper dans une taverne, le dernier dit aux autres:--Il y a un voleur parmi nous; c'est Singulier.--Cela est vrai, reprit Singulier; mais pourquoi pas Davantage?--Oui, reprit Davantage, il faut être Juste.
Le docteur Drawell ayant rencontré un de ses amis la veille d'une exécution qui devait se faire à Tyburn, lui demanda s'il savait le nom du criminel.--Pas trop, reprit l'autre; c'est un certain Pronom.--Comment! un Pronom?--Rien n'est plus vrai; mais on assure que ce n'est ni vous ni moi.
Le Gascon par excellence, Cyrano Bergerac, dit, dans sonPédant joué:--Et la seconde objection que je fais est que vous êtes Normand: Normandiequasivenue duNordpourmendier. De votre nation les serviteurs sont traîtres, les égaux insolents, les maîtres insupportables. Jadis le blason de cette province était trois faux, pour montrer les trois espèces de faux qu'engendre ce climat:Scilicet, faux sauniers, faux témoins, faux monnayeurs. Je ne veux point de faussaires en ma maison.
Un plaisant disait que la métempsycose ne le surprenait pas, puisque lui-même pouvait faire avecun os taireun chien.
Un grand seigneur de la cour, qui aimait beaucoup les chevaux, fut extrêmement surpris de ce que son écuyer lui vint dire un matin que le cheval qu'il avait monté la veille était mort.--Quoi, dit-il, le cheval que j'avais hier à la chasse?--Oui, Monsieur.--Ce cheval bai que j'ai eu de M. de Barradas?--Oui, Monsieur.--Qui n'avait que six ans?--Oui, Monsieur.--Qui mangeait si bien?--Oui, Monsieur, celui-là même, répondit l'écuyer.--Eh! bon Dieu! écria le maître, qu'est-ce que c'est que de nous!
On parlait à une dame bel esprit de ce gracieux roman-poëme de Florian.
--L'avez-vous lu? lui disait-on.
--Certainement, répondit-elle avec assurance; et j'en avais prévu le dénoûment dès le début.
--Quel dénoûment?
--Mon Dieu, comme toujours, un mariage: Pompilius qui finit par épouser Numa.
Quel est le plus agréable des O?--l'O riant.--l'O est aussi la lettre la plus humide.
L'O était chez les anciens l'emblème de l'éternité. Il est le sujet de l'énigme suivante:
Je sais de l'Éternel la figure et l'emblème:Mortel, que ferais-tu sans mon pouvoir suprême?Rien. Le monde sans moi n'aurait plus de soutien;Je suis utile à tout, sans être propre à rien.
Je sais de l'Éternel la figure et l'emblème:Mortel, que ferais-tu sans mon pouvoir suprême?Rien. Le monde sans moi n'aurait plus de soutien;Je suis utile à tout, sans être propre à rien.
Je sais de l'Éternel la figure et l'emblème:
Mortel, que ferais-tu sans mon pouvoir suprême?
Rien. Le monde sans moi n'aurait plus de soutien;
Je suis utile à tout, sans être propre à rien.
S'écrit avec les quatre lettres OBIC.
Le grammairien Urbain Domergue était retenu au lit par un abcès à la gorge, qui menaçait de le suffoquer. Son médecin s'approche et lui dit:--Si vous ne prenez ce que je vous ordonne, je vous observe que...
--Et moi, je vous fais observer, s'écrie le moribond, transporté d'une scientifique colère, que c'est bien assez de m'empoisonner par vos remèdes, sans qu'à mon dernier moment vous veniez m'étouffer par vos solécismes!
À ces mots prononcés avec impétuosité, l'abcès crève, la gorge se débarrasse, et grâce au solécisme, l'irascible grammairien est guéri.
Un médecin fashionable disait, il y a dix ans, à un malade triste:--prenez de l'odry.--Le malade prit de l'eau de riz, et n'en fut que plus resserré.
Nous avons cité plusieurs calembourgs d'Odry. Voici deux chansons de sa façon.
I.--Papa, ces p'tits bateauxQui vont sur l'eauÇ'a-t-il des jambes?--Mais s'ils n'en avaient pas,Petit bêtat,Ils n'iraient pas.II.Petit-Jean, hausse-moi,Pour voir les fusées volantes;Petit-Jean, hausse-moi,Pour voir les fusées voler.Petit-Jean m'a haussé,J'ai vu les fusées volantes.Petit-Jean m'a haussé,J'ai vu les fusées voler.
I.--Papa, ces p'tits bateauxQui vont sur l'eauÇ'a-t-il des jambes?--Mais s'ils n'en avaient pas,Petit bêtat,Ils n'iraient pas.II.Petit-Jean, hausse-moi,Pour voir les fusées volantes;Petit-Jean, hausse-moi,Pour voir les fusées voler.Petit-Jean m'a haussé,J'ai vu les fusées volantes.Petit-Jean m'a haussé,J'ai vu les fusées voler.
I.
--Papa, ces p'tits bateaux
Qui vont sur l'eau
Ç'a-t-il des jambes?
--Mais s'ils n'en avaient pas,
Petit bêtat,
Ils n'iraient pas.
II.
Petit-Jean, hausse-moi,
Pour voir les fusées volantes;
Petit-Jean, hausse-moi,
Pour voir les fusées voler.
Petit-Jean m'a haussé,
J'ai vu les fusées volantes.
Petit-Jean m'a haussé,
J'ai vu les fusées voler.
Bobèche disait que le mariage, les premiers jours, estun noeud frais, au bout d'un anun noeud dur, et quelquefoisun noeud brouillé.
Quel est le pays où l'on mange le plus d'omelettes?--La ville d'Eu.
Un républicain, à dîner chez un de ses amis, vit servir un foie de veau piqué et une oie à la broche.--À la bonne heure! dit-il, on ne pourra plus vous accuser de n'avoir ni foi, ni loi.
Un homme surpris par un bataillon de ses ennemis, quelque brave qu'il soit, peut avoir peur de son nombre.
Quel était la voiture la plus légère au baptême du prince impérial?
--La voiture du Nonce.
Comme le chevalier Taylor racontait les honneurs qu'il avait reçus des différentes cours de l'Europe, et les ordres dont il avait été décoré par un grand nombre de souverains, un membre du parlement, qui se trouvait près de lui, observa qu'il n'avait pas nommé le roi de Prusse, et il ajouta:--Je présume qu'il ne vous a jamais donné aucun ordre.--Pardonnez-moi monsieur, reprit le chevalier, il m'a donné l'ordre de quitter ses États.
Quel est le plus poli d'Oremuset deQuæsumus.
--C'estOremus, car on dit souvent:Oremus visita Quæsumus; et on ne voit pas queQuæsumusait visitéOremus.
On repoussa, au théâtre français, en 1814. une tragédie deRomulus, dont le premier vers commençait par ces mots:ô Remus. Des plaisants citent ainsi le vers entier:
O Remus, dominezsur les remparts de Rome.
Un doyen anglais, qui n'était pas d'un très-grand génie, acheta un jour, d'un homme de lettres, un sermon qu'il prêcha avec beaucoup de succès dans une grande chapelle de Londres. Le dimanche suivant, il alla dans une autre église pour assister à l'office, et eut le désagrément d'entendre un autre ecclésiastique prêcher le même sermon que le sien, devant une nombreuse assemblée qui couvrait d'applaudissements le prédicateur. Courroucé de ce que l'auteur avait abusé sa bonne foi, il lui fit reproche, dans les termes les plus vifs, de lui avoir vendu une copie pour un original. «Vous vous trompez grandement, lui repartit l'auteur, car c'est l'autre prédicateur qui a la copie, et vous avez l'original.»
Quelqu'un disait, en voyant jouer une actrice fort maigre: il n'est pas besoin d'aller à Versailles ou à Saint-Cloud pour voir jouer les os.
Le célèbre Daniel Burgess dînait un jour en ville, chez une personne de sa connaissance. Lorsqu'on en fut au dessert, on servit un grand fromage du Cheshire.
--Où l'entamerai-je, demanda Daniel?
--Où vous voudrez, reprit le maître de la maison?
Là-dessus, Daniel, appelant un des domestiques qui servaient à table:--Portez, dit-il, ce fromage chez moi; je l'entamerai à la maison.
L'empereur Nicolas disait un jour au prince Dolgorouki: Devine quel est le moment où M. Guizot a le plus tempêté.
--Je ne sais pas.
--Eh bien... c'est quand il a suivi Louis XVIII dans les Cent Jours, qu'il a fait un petit tour à Gand.
M. Prud'homme a constaté que les ours sains sont ceux qui généralement se portent le mieux.
Montmaur était avocat et professeur en langue grecque; c'est pour cela qu'on l'appelait le Grec. Quoiqu'il fût fort riche, il voulait ajouter au plaisir de faire bonne chère, celui de ne rien dépenser; il tenait un registre de toutes les bonnes tables de Paris, et cherchait les moyens de s'y introduire--Il était d'un naturel satirique; dès qu'il se trouvait avec de grands seigneurs, il se déchaînait contre tous les auteurs et les savants. Ses habitudes de parasite et sa médisance firent dire de lui «qu'il n'ouvrait jamais la bouche qu'aux dépens d'autrui.»
On proposait au directeur de la troupe des comédiens de Versailles de laisser entrer tous les pages du roi, de la reine et des princes. Il objecta, avec raison, que beaucoup de pages font un gros volume.
Bouilly est connu par quelques ouvrages médiocres, parmi lesquels on citera, si vous voulez,les Contes à ma fille, deux volumes que donnait en prix, tous les ans, madame Campan, à la maison d'Écouen. Joseph. Pain ne manquait pas de faire, pour cette solennité, des vers que l'on distribuait également aux jeunes pensionnaires. Un plaisant dit, à ce sujet, que les filles (d'Écouen), quand elles se conduisaient bien, recevaient tous les ans deux livres de bouilli et un morceau de pain.
Le jour de l'apparition des trois ordonnances (juillet 1830), un balourd empressé se rencontre avec M. de Sesmaisons au tourniquet de Saint-Jean, et, comme il le gênait en passant, il lui dit: Excusez, gros père.--Allons, s'écria l'ex-honorable député, on ne peut plus garder son incognito dans cette ville; cet homme sait déjà que je suis pair de France.
Un Gascon, voyant un duc perdre au jeu, s'écria:--Il estduc et perd.
Par un arrêt plein de sens, de raison,Les douze cents majestés de la France,En corrigeant l'impertinenceDes magistrats du bon peuple breton,Les ont, pour le bien de leurs âmes,Déclarés tous séditieux, pervers,Félons, coquins, traîtres, infâmes...C'est un jugement de leurs pairs.
Par un arrêt plein de sens, de raison,Les douze cents majestés de la France,En corrigeant l'impertinenceDes magistrats du bon peuple breton,Les ont, pour le bien de leurs âmes,Déclarés tous séditieux, pervers,Félons, coquins, traîtres, infâmes...C'est un jugement de leurs pairs.
Par un arrêt plein de sens, de raison,
Les douze cents majestés de la France,
En corrigeant l'impertinence
Des magistrats du bon peuple breton,
Les ont, pour le bien de leurs âmes,
Déclarés tous séditieux, pervers,
Félons, coquins, traîtres, infâmes...
C'est un jugement de leurs pairs.
On appelle palais la partie intérieure de la bouche, qui en est la voûte.
Le Palais de Justice ayant été incendié dans le siècle dernier, les Parisiens, qui rient de tout, même de leur propre malheur, se passèrent de main en main le quatrain suivant:
Certes, ce fut un triste jeu,Quand à Paris, dame justice,Pour avoir mangé trop d'épice,Se mit le palais tout en feu.
Certes, ce fut un triste jeu,Quand à Paris, dame justice,Pour avoir mangé trop d'épice,Se mit le palais tout en feu.
Certes, ce fut un triste jeu,
Quand à Paris, dame justice,
Pour avoir mangé trop d'épice,
Se mit le palais tout en feu.
--Quelle différence y a-t-il entre les princes et les huîtres?
--C'est que les huîtres ne font que traverser le palais, et que les princes y résident.
Cette solution rappelle un des calembours de M. de Bièvre. Il revenait de Versailles où il avait assisté au déjeuner de Louis XV, et on lui demandait ce qu'il y avait remarqué.
--J'ai vu, dit-il, une huître traverser le palais royal.
--Quels sont les paons les plus lourds?--Ce sont les plus gras.--Non, ce sont les pans de murailles, comme les plus légers sont les pans d'habits, et les plus crottés les pantalons.
On annonçait un jour, en objet à vendre, une volière ayant huit pans. Un amateur de paons l'alla voir. C'était une volière octogone.
Ce mot a plusieurs sens, qu'il est inutile d'exposer. On comprendra aisément ce qu'il veut dire ici. Ces vers ont paru en 1790.
L'or, l'argent et l'airain, aussi bien que le ferChez nos premiers aïeux ont eu chacun leur âge.Celui-ci doit son nom au charlatan Necker;Et du peuple français l'auguste aréopage,Secondant les projets du ministre banquier,Veut que l'âge présent soit l'âge du papier.
L'or, l'argent et l'airain, aussi bien que le ferChez nos premiers aïeux ont eu chacun leur âge.Celui-ci doit son nom au charlatan Necker;Et du peuple français l'auguste aréopage,Secondant les projets du ministre banquier,Veut que l'âge présent soit l'âge du papier.
L'or, l'argent et l'airain, aussi bien que le fer
Chez nos premiers aïeux ont eu chacun leur âge.
Celui-ci doit son nom au charlatan Necker;
Et du peuple français l'auguste aréopage,
Secondant les projets du ministre banquier,
Veut que l'âge présent soit l'âge du papier.
Un homme passant avec sa femme sur le pont Royal, à Paris, pont très-fréquenté, laissa échapper un de ces soupirs intérieurs dont on rougit toujours un peu.--Prends-donc garde à ce que tu fais, lui dit sa femme.--Ne crains rien, répondit-il; tu vois bien qu'il y a ici des parapets.
À Messine, où commandait le maréchal de Vivonne, un officier vint le réveiller pour lui dire quelque chose. Il commença ainsi: «Monseigneur, je vous demande pardon, si je viens vous réveiller.--Et moi, lui repartit le maréchal, je vous demande pardon si je me rendors.»
Un bourgeois qui avait un attelage de deux chevaux bruns perdit l'une de ses bêtes, et chargea le domestique de rappareiller le survivant. Le domestique chercha, découvrit et vint dire à son maître:--Monsieur, j'ai trouvé votre pareil.
Montmaur dit, dans sa requête au Parlement:
De la cour du grand parlementTout homme qui mal parle ment.
De la cour du grand parlementTout homme qui mal parle ment.
De la cour du grand parlement
Tout homme qui mal parle ment.
Ménage se trouvait dans le cloître des Chartreux lorsqu'on y faisait voir le tableau de saint Bruno. Quelqu'un dit: «Il ne lui manque que la parole.--En ce cas, dit Ménage, il est parfait; car il ne pourrait parler sans manquer à la règle.»
Potier dit un jour à un de ses amis qu'il avait eu jadis des fusils excellents: «En quoi étaient-ils donc si merveilleux? reprit l'autre.--C'est qu'ils partaient aussitôt qu'il entrait des voleurs chez moi, quoiqu'ils ne fussent pas chargés.--Et comment cela?--Parce que les voleurs les emportaient pour eux.»
Quand la brillante société de Paris s'échappe au beau temps pour les eaux et la compagne, les pointus disent qu'il y a dans la capitale beaucoup d'esprit de parti.
Au commencement de 1793, les gazettes allemandes ayant répandu le bruit que le prince de Brunswick avançait à pas de géant sur Paris, un soldat de l'armée parisienne lit l'impromptu suivant:
Monsieur l'imprimeur allemand,Rendez-nous un petit service;Effacez: À pas de géant,Et mettez: À pas d'écrevisse.
Monsieur l'imprimeur allemand,Rendez-nous un petit service;Effacez: À pas de géant,Et mettez: À pas d'écrevisse.
Monsieur l'imprimeur allemand,
Rendez-nous un petit service;
Effacez: À pas de géant,
Et mettez: À pas d'écrevisse.
Un poëte de village a placé sur la porte du cimetière de sa commune l'inscription suivante:
Tous tes pas sont faux pas; tu ne fais pas de pasQue tes pas, pas à pas, n'amènent ton trépas.
Tous tes pas sont faux pas; tu ne fais pas de pasQue tes pas, pas à pas, n'amènent ton trépas.
Tous tes pas sont faux pas; tu ne fais pas de pas
Que tes pas, pas à pas, n'amènent ton trépas.
Sur la porte du passage de l'église de Saint-Séverin, qui menait autrefois du cimetière à la rue de la Parcheminerie, on lisait ces vers:
Passant, penses-tu pas passer par ce passage,Où passant j'ai passé?Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage;Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.
Passant, penses-tu pas passer par ce passage,Où passant j'ai passé?Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage;Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.
Passant, penses-tu pas passer par ce passage,
Où passant j'ai passé?
Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage;
Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.
Un ignorant, bel esprit et quelque peu farceur, se présente à l'université de Reims pour y passer maître ès arts. Il y est reçu. Surpris de la facilité avec laquelle il avait acquis ce grade, il va de nouveau trouver le président de la Faculté, et lui dit: «Monsieur, pendant que je suis en cette ville, je voudrais profiter de l'occasion, et faire aussi passer mon cheval maître ès arts.--Monsieur, lui répondit le président, je suis fâché de ne pouvoir vous obliger davantage, mais nous ne recevons ici que les ânes.»
Lorsqu'en 1857 on distribua la médaille de Sainte-Hélène, les journaux citèrent la lettre suivante, adressée à l'Empereur, au camp de Châlons:
«Sire,
«J'ai contracté sous votre cher oncle deux blessures mortelles, qui, depuis 30 ans, font l'ornement de ma vie, l'une à la cuisse droite, l'autre à Wagram. Si ces deux anecdotes vous paraissent susceptibles de la croix d'honneur, j'ai bien celui de vous en remercier d'avance.
«Signé: ANTOINE BONNIOT,«Caporal honoraire à l'ex-jeune garde.
«P. S.Mme Bonniot sera bien sensible à votre amabilité.
«Affranchir la réponse, s'il vous plaît.
«Ci-joint les pièces amplificatives.»
Une actrice qui avait la main décharnée, se présenta sur le théâtre où elle joignait, à une déclamation forte, de grands gestes, en déployant de grands bras.
--Quel pathétique! s'écria un des spectateurs.
Le collége des Grassins, à Paris, a été fondé pour les pauvres écoliers du diocèse de Sens. Il y avait autrefois, au-dessus de la porte:Collège des Grassins, fondé pour les Pauvres de Sens. Cette inscription fit croire que c'était un hôpital de fous. On fut obligé de la supprimer.
Un ami de Bayle s'entretenait avec ce philosophe sur la pauvreté des gens de lettres: «Ah! mon ami, lui dit Bayle, le nombre des auteurs pauvres est presque aussi considérable que le nombre des pauvres auteurs.»
Un pauvre diable qui passait par un village alla, pressé par la faim, heurter à la porte d'un seigneur:
--Qui êtes-vous? lui demanda-t-on.
--Je suis un pauvre musicien qui demande la passade.
--Entrez.
Entré qu'il fut, le seigneur le fit dîner avec lui. Ce seigneur était mélomane; et il avait fait apprendre la musique à ses enfants, garçons et filles. Après le dîner, il fait apporter des livres de chant; il les distribue, un à l'étranger, et les autres à ses enfants. Ceux-ci se mirent à chanter; le seigneur qui n'entendait rien dire au passant, croyait qu'il voulait écouter un moment. À la fin, comme le silence continuait:
--Vous ne chantez point? lui dit-il.
--Non, monsieur.
--Pourquoi?
--Monsieur, ne vous ai-je pas dit que j'étais un pauvre musicien? Eh bien! je suis si pauvre musicien, qu'en fait de musique je n'y entends rien du tout.
Un bourgeois de Londres fut pareillement arrêté dans la rue par un homme qui lui demanda l'aumône, en se qualifiant de pauvre savant. Le bourgeois lui donna un schelling, en lui parlant latin.--Ah! Monsieur, lui répondit le mendiant, je me suis qualifié de pauvre savant, et je suis tellement pauvre savant que je n'ai pas même appris mon alphabet.
Dès les premiers jours de la Révolution, le gouvernement provisoire a envoyé M. Auguste Luchet à Fontainebleau, en qualité de gouverneur de l'ex-château royal.
Il n'y avait rien du tout à gouverner dans le splendide palais bâti par le génie de Primatice.--Il n'y avait qu'à se promener dans le parc et à prendre du ventre.
M. Auguste Luchet, qui est romancier, se promena, rêva, digéra, et, au bout du compte, se chercha un autre passe-temps.--Il découvrit alors ce fameux vivier où sont des carpes dont plusieurs ont de la barbe et sont, dit-on, contemporaines de François Ier.--Il imagina d'y goûter; il pêcha, trouva l'exercice bon, et, depuis lors, il pêche toujours.
Les habitants de Fontainebleau s'alarmèrent d'un labeur si terrible.--Ils écrivirent au général Cavaignac une lettre dans laquelle on trouvait ce passage:
«Citoyen général, nos prédicateurs disent que le juste pèche au moins sept fois par jour. Or, M. Auguste Luchet pèche du matin au soir, sans discontinuer. Jugez s'il est juste.»
--Pendant que mon mari peignait notre corridor, disait une Parisienne, je peignais nos enfants; nos enfants étaient bien peignés, mais notre corridor était mal peint.
On sait que Wateau était, au dernier siècle, un peintre célèbre. Un autre Wateau était coiffeur renommé. Un bourgeois de Paris, invité à la cour, envoyant chercher Wateau le coiffeur, qu'il ne connaissait pas, dit à son domestique:
--Va-t'en me chercher Wateau; il faut qu'il me peigne tout de suite. Le domestique, qui entendait tous les jours vanter le peintre, courut chez lui, et Watteau arriva.
--Bonjour, monsieur Wateau, dit le bourgeois, je vais à la cour et j'ai besoin de vos talents. A quel prix me peignez-vous?
--Mais, monsieur, dit l'artiste, pour que vous soyez convenable, vous me donnerez cinquante louis.
Le bourgeois sauta en l'air:
--Comment, cinquante louis! Renaud me peigne pour quinze sous en perfection.
L'artiste rit longtemps du quiproquo.
Qu'est-ce qui ressemble le plus à une serrure?--C'est une femme malheureuse, parce qu'elle n'est jamais sans peine.
On sait que l'ordre de la jarretière a pour devise:Honni soit qui mal y pense.Les marquis de Mesgrigny à leur château de Villebertain ont fait écrire en lettres d'or, au-dessus de la grande porte de leurs écuries:Honni soit qui mal y panse.
Le comte de Lauraguais revenait de l'Angleterre. Louis XV, le revoyant à Versailles, lui demanda d'où il arrivait.
--De Londres, Sire.
--Et qu'êtes-vous allé faire là?
--Apprendre à penser.
--A panser les chevaux, répliqua le roi.
En 1815, une noble marquise des environs de Valenciennes se casse la jambe en descendant de voiture, dans la cour des Tuileries. Son époux désolé commande à l'un de ses gens d'aller au plus vite chercher un chirurgien.
--Lequel, monsieur, dit le domestique?
--N'importe, pourvu qu'il pense bien. Le laquais court, et ramène un Esculape dont les bons principes étaient connus; deux jours après, madame était morte: Hélas! ce brave docteur pensait bien, mais il pansait mal.
Quelle différence y a-t-il entre l'histoire de France et une poire d'Angleterre.
--L'histoire de France n'a qu'un Pépin et la poire en a plusieurs.
C'est un calembour de M. de Bièvre.
Mot injurieux par lequel les militaires désignaient autrefois un bourgeois. Lorsque Martainville fut accusé d'avoir livré le pont du Pecq près Saint-Germain aux alliés, on fit courir ces vers, où l'application de péquin est plus juste:
À Scipion, sa république,Pour avoir dompté l'Afrique,Donna le nom d'Africain.Nommons donc cette âme vile,Qui du Pecq livra la ville,Martainville lePecquin.
À Scipion, sa république,Pour avoir dompté l'Afrique,Donna le nom d'Africain.Nommons donc cette âme vile,Qui du Pecq livra la ville,Martainville lePecquin.
À Scipion, sa république,
Pour avoir dompté l'Afrique,
Donna le nom d'Africain.
Nommons donc cette âme vile,
Qui du Pecq livra la ville,
Martainville lePecquin.
Un faiseur de calembours a soutenu que les Perses avaient introduit dans le mondeles cris persans.
Le même prétend que le roi Persée, prisonnier des Romains, avait charmé les ennuis de sa captivité, en fabriquant ces sortes de chaises qui portent son nom.
Un ecclésiastique de Troyes, prêchant, perdit la mémoire; un plaisant se leva et dit:--Qu'on ferme la porte; il n'y a ici que d'honnêtes gens; il faut que la mémoire de monsieur se retrouve.
Un plaisant, voyant deux ris de veau sur la table, chez Véry, embarrassait le garçon de service en lui disant:--Faites-moi le plaisir de me passer cettepaire de ris.
On parlait dans une société du mariage du doge de Venise avec la mer Adriatique.--Il y a, dit quelqu'un, un fait plus singulier, c'est l'union indissoluble de père Ou et de la mère Ique.
Pendant les guerres de l'empire, un Troyen, entendant annoncer que le général Baville avait pris perruque, demanda où cette ville était située. Un vieil abbé lui répondit: Sur la nuque.
L'argot de cette profession a fourni à un membre de la corporation une série de calembours à propos de la guerre d'Italie.--Les autrichiens, dit-il, sont desperruques. Ils espéraient que le Piémont manquerait detoupetau moment dese prendre aux cheveuxet de sedonner un coup de peigne. Mais nous sommes là,le ferà la main; nous ne laisserons pasfaire la barbeà nos alliés, et l'Autriche, après avoir reçu unsavonetun coup de brosse, pourra bienfrisersa ruine.
On a trouvé un calembour, dans ce vers d'un poëte, qui donne de sages conseils:
Au fort de la tempête, il faut un peu plier.
On parlait devant Charles-Quint d'un capitaine espagnol qui se vantait de n'avoir jamais eu peur.--Il faut, dit l'empereur, que cet homme n'ait jamais mouché la chandelle avec ses doigts; car il aurait eu peur de se brûler.
On disait à un joueur qui gagnait toujours:--Vous n'iriez pas la nuit dans un cimetière; vous êtes trop heureux.
Un perruquier de campagne réfléchissait assis sur le coin de sa porte. Un monsieur passe et lui demande s'il a un fer à toupet.--Oui, monsieur répond avec empressement l'artiste campagnard.--Eh bien! frisez-moi celui-là, dit le meunier en laissant échapper un bruit monstrueux. (Voyezparapet.)
Quelle est la première pièce du théâtre Français?--Le vestibule.
Quelles sont les pièces qui vont toujours?--Les pièces de cinq francs.
Fabert, maréchal de France, ayant été blessé au siége de Turin d'un coup de mousquet à la cuisse, Turenne et le cardinal de La Valette, le conjurèrent de se la laisser couper, selon l'avis de tous les chirurgiens. Le maréchal leur répondit:--Je ne veux pas mourir par pièces; la mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien, et il guérit de sa blessure.
Un grenadier, qui s'appelait la Paix de Dieu, fut blessé: on allait lui couper une jambe. Pendant les préparatifs de cette cruelle opération, il disait:--Eh! la Paix de Dieu, mon ami, que va-t-on dire de toi, quand on saura que tu as lâché pied.
Lorsqu'il fut question de proclamer Louis XVI, le restaurateur de la liberté française, un avocat voulait que l'hommage de la nation fût porté humblement aux pieds de Sa Majesté.--La majesté n'a point de pieds, s'écria Mirabeau, et chacun éclata de rire, ce qui fit tomber la motion.
Le journal de Lille racontait, il n'y a pas longtemps, l'anecdote suivante:
Madame N..., bonne vieille dame, n'a jamais pu se mettre au fait des nouvelles mesures: les dénominations de mètre, gramme, stère, etc., lui ont toujours semblé des monstres, et elle ne comprend pas qu'on préfère ces noms barbares aux anciens. Cependant, poussée par un caprice (car les femmes en ont à tout âge), elle voulut dernièrement essayer de se mettre au niveau des idées modernes, et elle écrivit bravement à son boucher de lui envoyer un mètre de veau.
--Je verrai bien ce que ça fera, se disait-elle, et cela me guidera pour une autre fois. Sa lettre tomba dans les mains d'un nouveau garçon, encore peu expérimenté, à qui le patron avait recommandé, quand il serait absent, de consulter un tableau de comparaison entre les mesures anciennes et les nouvelles, afin de ne pas commettre d'erreurs. Le jeune homme ne manqua pas de suivre ce bon conseil, et ayant lu sur son tableau qu'un mètre valait trois pieds, il envoya avec satisfaction trois énormes pieds de veau à madame N..., qui ne peut souffrir cette partie de l'animal.
Quand l'emploi des mesures nouvelles fut discuté à l'Académie française, un des membres de la commission du Dictionnaire proposa de substituer à cette expression proverbiale: Avoirun pied de nez, celle-ci: Avoir trente-trois centimètres de nez. Comme M. Villemain s'y opposait:--Je sais bien, dit M. de Jouy, que l'expression n'est pas exacte, et qu'il faudrait ajouter une fraction.
Nos soldats font des calembours. Un chasseur disait après la bataille de Solferino:--Les Autrichiens ont l'air de vouloir prendre Volta.--Non, non, dit l'autre, ils ont trop peur de lapile.
M. de Villèle ayant rencontré M. de La Bourdonnaye, lui fit quelques caresses bien franches.--Comment, mon cher confrère, vous me boudez! Vous ne savez donc pas combien le poste est difficile à tenir. Mettez-vous à ma place...--Eh! c'est tout ce que je demande, répondit M. de La Bourdonnaye.
Un jeune homme qui possède un petit bien dans le comté de Gloucester, se décida à quitter sa campagne et à venir à la ville solliciter un emploi, comptant sur le duc de Newcastle, qui avait promis de le servir, et qui pendant plusieurs mois, exerça, on ne peut mieux, sa patience. Las d'attendre inutilement, l'homme des champs alla trouver son protecteur, et lui dit qu'à la fin, il s'était procuré une place.
--Je vous fais mon compliment de votre bonne fortune, lui dit le duc; et où est cette place, je vous prie?
--Dans le coche de Gloucester, je m'en suis assuré hier soir, et vous m'avez guéri, monseigneur, d'une plus haute ambition.
Quelle est la plaine la plus haute?--La pleine lune.
Garçon! un beefsteak, disait un Anglais au café de Paris.--Oui, monsieur, avec plaisir.--Non pas avec plaisir, avec des pommes de terre.
On invitait Pothier à un dîner.--Dois-je venir avec plaisir? dit-il.--Certainement.--Il amena avec lui Plaisir, coiffeur célèbre de la rue Richelieu.
Je ne possède plus rien, s'écriait un pauvre diable à un de ses confrères; j'avais une petite rente, j'ai été forcé de m'en défaire; j'avais une tirelire assez bien garnie, je ne l'ai plus.--Ainsi, lui répond l'autre, la situation est rente en plan, tirelire en plan.
Les faiseurs de jeux de mots disent que M. Planche est le plus plat de nos écrivains.
Ce qui n'est vrai que dans son nom.
Quelle est la plante la plus utile à l'homme?--La plante des pieds.
Piron, un jour au parterre du Théâtre-Français, suait à grosses gouttes. Ses deux voisins se disaient à l'oreille:
--Voilà Piron qui cuit dans son jus.--«Ce n'est pas étonnant, dit Piron, sans se retourner, je suis entre deux plats.»