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Vous habitez un pays âpre et rude,Disait un bon Flamand au Suisse Frenkestel,Et votre caractère aussi doit être tel;De son pays toujours on saisit l'habitude--Ce propos n'est pas délicat,Reprend le Suisse. En ce moment j'y pense,Vous habitez un pays plat;Dois-je en tirer la même conséquence?

Vous habitez un pays âpre et rude,Disait un bon Flamand au Suisse Frenkestel,Et votre caractère aussi doit être tel;De son pays toujours on saisit l'habitude--Ce propos n'est pas délicat,Reprend le Suisse. En ce moment j'y pense,Vous habitez un pays plat;Dois-je en tirer la même conséquence?

Vous habitez un pays âpre et rude,

Disait un bon Flamand au Suisse Frenkestel,

Et votre caractère aussi doit être tel;

De son pays toujours on saisit l'habitude

--Ce propos n'est pas délicat,

Reprend le Suisse. En ce moment j'y pense,

Vous habitez un pays plat;

Dois-je en tirer la même conséquence?

Dans le temps qu'on imposait aux enfants des noms recherchés, un bon homme qui aimait son jardin, se vantait d'avoir donné aux siens des noms plus convenables. Mes trois filles, disait-il, s'appellent Rose, Jacinthe et Marguerite, et mon fils Narcisse.--Ainsi, lui répondit-on, vous faites de vos enfants une plate-bande.

Dans la dernière guerre d'Italie, un officier aussi fou qu'il était brave, ayant reçu une balle dans la tête, dit: «Je savais bien que j'y avais besoin de plomb; mais la dose est un peu trop forte.» Et il mourut sur-le-champ.

On dit que les poëtes sautent parfaitement les ruisseaux, parce qu'ils sont habitués auxenjambements.

Quel est le poëte qui fait la barbe à tous les autres?--M. Barbier.

Une dame, le jour des rois, eut la fève; elle la passa à son mari.--Que voulez-vous que je fasse de cela? dit-il.--Ne savez-vous pas qu'en France, répondit la dame, la couronne ne peut tomber en quenouille, et que c'est l'homme qui doit se charger du poids de la royauté.

Pourquoi les poissardes ne mettent-elles pas les points sur les I?

--Parce qu'elles les ont ordinairement sur les hanches.

Autrefois les dames portaient un genre de bracelet qu'elles nommaient sentiment. M. ***, voyant un de ces bijoux au bras gauche de mademoiselle Bourgoing, lui dit: «Je ne croyais pas que vous portiez le sentiment à ce poing-là.»

Un bourgeois, qui avait passé une notable partie de sa vie à dire des facéties plus ou moins fines, était moribond. Sa soeur, qui l'assistait dans ces tristes moments, lui ayant demandé s'il ne se sentait pas un poids sur l'estomac:--Non, ma soeur, dit-il, je ne sens ni pois ni fève.

Sous Louis XV, un factionnaire de la garde avait été placé à l'une des grilles de la cour des Tuileries, avec la consigne de ne laisser pénétrer personne par cette voie. Un homme se présente pour entrer, le factionnaire lui oppose sa consigne. L'individu insiste en disant:

--Tu ne me reconnais donc pas? Je suis le prince de Poix.

--Quand vous seriez le roi des haricots, répliqua le soldat, vous ne passeriez pas!

On accuse de férocité le roi de Sardaigne: et en effet, il mange quelquefois des pois sardes.

Un ami d'Odry le trouvant encore au lit à onze heures, le blâmait de se lever si lard.--Je ne m'attendais pas à des reproches, répondit-il, pour avoir ététrop au lit.

L'autre jour, M. T... était furieux. Il venait d'inviter à dîner un de ses amis, qui avait accepté.

--Fiez-vous donc aux amis, s'écriait-il! Je l'invite à manger la soupe avec moi, je l'invite de la façon la plus polie, la plus gracieuse, la plus délicate,--et il accepte.

--Eh bien? lui dit le confident de ses peines.

--Eh bien! il devait refuser. Que diable! une politesse en vaut une autre.

Le directeur du grand théâtre de Saint-Pétersbourg ayant laissé reposer le danseur Duport pendant tout le carême, quelqu'un dit que sans doute il voulait avoirDuport fraisà Pâques.

Une dame demandait à son mari, qui sollicitait un consulat, le succès de ses démarches. Il répondit:--On vient de me mettre à la Porte.--Et vous souffrez cela? reprit-elle indignée. Elle ne se calma que lorsqu'elle comprit que la Porte, la sublime Porte était Constantinople.

Brunet disait:--Je connais un enfant de cinq ans qui a déjà de laposte hérité. C'était le fils d'un maître de poste défunt.

Papa, qu'est-ce que c'est donc qu'un ouvrage posthume?--Mon fils, c'est un ouvrage que l'auteur publie après sa mort.

Quel est, demandait Odry, le pays où l'on mange le plus de bouillon?--C'est l'Italie!--Parce que?--Parce que la Providence y a mis le Pô.

Le dialogue suivant a eu lieu, lorsque la Savoie demanda, en 1848, notre intervention armée en Italie.

--Es-tu pour l'intervention, toi?

--Non.

--Pourquoi? parce que je voisla manigance.

--Quelle manigance?

--Écoute, les élections arrivent; les rouges veulent nous envoyer là-bas pour être maîtres par ici; et alors, ce ne sont pas ceux qui seraient le plus près du Pô qui mangeraient la soupe.

Un saltimbanque, appelé chez le commissaire et sommé de décliner son nom, déploya ses papiers où le magistrat reconnut qu'il portait le nom de Pot.--Singulier nom! dit le commissaire.

--C'est vrai, monsieur; mais c'est un nom qui ne manque pas de célébrité; mon père était soldat, et même on le fit sergent, attendu, disent les rapports, qu'on voyait toujours dans les combats Pot au feu le premier. Pour une faute de discipline, on lui ôta son grade et on lui donna son congé. Pot, cassé, se mit à faire le commerce; il y réussit, mal et se noya. Une fois Pot à l'eau, il perdit ses chagrins et devint fou, car on le retira, et on ne l'appela plus que Pot fêlé. Pot, âgé alors de cinquante ans, mourut six mois après.

Un maître parfumeur demandait à son garçon de boutique s'il avait fait toutes les commissions dont il l'avait chargé.--Oui, monsieur,--As-tu porté un échantillon de mes poudres à cet étranger en question?--Oui, monsieur.--Et quelle poudre a-t-il prise?--Monsieur, il a pris la poudre d'escampette.

Lorsque l'abbé Poule, aux sermons duquel tout Paris avait couru, fut pourvu d'une riche abbaye, il cessa de prêcher: ce qui fit dire à Louis XVI, qui l'avait si bien doté:--Quand la poule est grasse, elle ne pond plus.

On donne ce nom à un petit instrument qu'on se met dans la bouche pour faire parler Polichinelle. Un jour, Charles Nodier, qui aimait beaucoup le théâtre des marionnettes, demanda au maître du spectacle à voir la pratique; et pour essayer s'il ferait aussi bien que le bateleur la voix singulière du matamore napolitain, il se la mit dans la bouche. Content de cette expérience, il rendit la pièce au bon homme en disant, c'est ingénieux, mais c'est si petit qu'il doit y avoir quelquefois danger de l'avaler.--Oui, monsieur, répondit le bateleur: mais cela ne fait aucun mal. Celle que vous venez d'essayer a déjà été avalée huit ou dix fois.

Le libraire Prault pria un jour M. de Bièvre qui entrait chez lui, de lui faire un calembour sur lui-même ou sur sa femme. Le marquis de Bièvre répliqua sur-le-champ:--Vous êtes unprault-blèmeet votre femme uneprault-fanée.

Le célèbre apothicaire Baumé était occupé, dans son laboratoire, à des opérations de chimie. On l'appelle pour une personne qui voulait lui parler. Cette personne lui fait un long détail du commencement, des progrès et de l'état actuel d'une maladie dont elle se dit attaquée.

--Eh bien, monsieur, que me demandez-vous? dit Baume impatient de retourner à ses alambics.

--Monsieur, je viens vous consulter pour savoir ce qu'il faut que je prenne pour me guérir.

--Ce qu'il faut que vous preniez? mais prenez un médecin ou un chirurgien.

--Monsieur, est-ce en infusion ou en décoction qu'il me faudra les prendre?...

En 1776, les médecins de Paris recommandèrent, comme une précaution utile contre la grippe, dont beaucoup de personnes se trouvaient attaquées cette année-là, de ne pas sortir à jeun. Un pasteur des environs, instruit de la recette, crut devoir en recommander l'usage à ses paroissiens. Il leur dit donc, le dimanche suivant, au prône, qu'ils feraient bien de ne pas sortir le matin, qu'ils n'eussent pris quelque chose auparavant. Le lendemain il trouva chez lui 25 louis de moins. Son domestique, qui était sorti le matin, ne reparut plus. Aux premières recherches il ne fut pas difficile de s'apercevoir qu'il était le voleur des 25 louis. Arrêté, interrogé sur le fait, il s'avoua l'auteur du vol; mais il s'excusa en disant avoir obéi à son maître et curé, qui, d'après l'ordonnance de la Faculté, avait défendu au prône de sortir le matin sans avoir pris quelque chose, et qu'il ne l'avait fait que pour se préserver de la grippe.

--Mon père, disait dans un café un petit garçon à un filou, prendrez-vous une demi-tasse aujourd'hui?--Non, mon fils, reprit le père, je prendrai une cuiller.

LE PARTISAN DES ASSIGNATS.

L'autre jour, sous le toit du grand aréopageOù maint gredin, à face de proscrit,Pour quinze sous applaudit, fait tapageEn faveur de tout ce que ditOu Barnave le doux, ou Mirabeau le sage.Un citoyen actif, qui n'avait pas d'habit,Vantait les assignats et prônait leur débit:--On n'en sent pas assez, criait-il, l'avantage;Sans eux l'état périt. Pour moi, je jure bien,Messieurs, que j'en prendrai.--Tout beau, maître Desroches,Dit un quidam, qui connaît mon vaurien,On sait quel est votre moyen:Vous en prendrez, mais dans les poches.

L'autre jour, sous le toit du grand aréopageOù maint gredin, à face de proscrit,Pour quinze sous applaudit, fait tapageEn faveur de tout ce que ditOu Barnave le doux, ou Mirabeau le sage.Un citoyen actif, qui n'avait pas d'habit,Vantait les assignats et prônait leur débit:--On n'en sent pas assez, criait-il, l'avantage;Sans eux l'état périt. Pour moi, je jure bien,Messieurs, que j'en prendrai.--Tout beau, maître Desroches,Dit un quidam, qui connaît mon vaurien,On sait quel est votre moyen:Vous en prendrez, mais dans les poches.

L'autre jour, sous le toit du grand aréopage

Où maint gredin, à face de proscrit,

Pour quinze sous applaudit, fait tapage

En faveur de tout ce que dit

Ou Barnave le doux, ou Mirabeau le sage.

Un citoyen actif, qui n'avait pas d'habit,

Vantait les assignats et prônait leur débit:

--On n'en sent pas assez, criait-il, l'avantage;

Sans eux l'état périt. Pour moi, je jure bien,

Messieurs, que j'en prendrai.--Tout beau, maître Desroches,

Dit un quidam, qui connaît mon vaurien,

On sait quel est votre moyen:

Vous en prendrez, mais dans les poches.

On montrait à un paysan tout ce qu'un maréchal de France avait pris; les villes, les pays, tout cela était dans un tableau.--Morgué! tout ce qu'il a pris n'est pas là, dit le paysan, car je n'y vois pas mon pré.

--Je viens de prendre une heure de promenade, où j'ai pris un plaisir extrême; mais comme le jour prend son déclin, je me retire chez moi pour aller prendre l'air du feu; car si je tardais davantage, j'aurais peur de prendre un rhume. Et vous, monsieur, quel parti prenez-vous?--Mais vous le voyez, monsieur, je prends le parti de prendre patience.

L'hiver dernier était si violent, que tout se gelait, tout se prenait, même les bourses et les manteaux.

Un Gascon, qui avait perdu son argent au jeu, coucha avec celui qui le lui avait gagné. La nuit, il glissa la main sous le chevet de son compagnon pour reprendre son argent. L'autre le surprit, et lui demanda ce qu'il faisait.--Mon ami, répondit le Gascon, je prends ma revanche.

Le cardinal de Fleury voulait passer pour faire mauvaise chère. Il demandait un jour à un courtisan très-délié, qui dînait chez son Éminence:--Prenez-vous du café?--Monseigneur, je n'en prends que quand je dîne.

On demandait à un médecin octogénaire qui jouissait encore de la meilleure santé, comment il faisait pour se porter si bien.--Je vis de mes remèdes, répondit-il, et je n'en prends pas.

On connaît cette épigramme de Scarron:

Ci-gît qui se plut tant à prendre,Et qui l'avait si bien appris,Qu'il trépassa de peur de rendreUn lavement qu'il avait pris.

Ci-gît qui se plut tant à prendre,Et qui l'avait si bien appris,Qu'il trépassa de peur de rendreUn lavement qu'il avait pris.

Ci-gît qui se plut tant à prendre,

Et qui l'avait si bien appris,

Qu'il trépassa de peur de rendre

Un lavement qu'il avait pris.

Un Anglais se plaignait à tout venant, dans un café, d'une chute qu'il avait faite, et qui lui causait de vives douleurs.

--Monsieur, lui dit un chirurgien qui était à côté de lui, est-ce près des vertèbres que vous vous êtes fait mal?

--Non, monsieur, reprit le malade, c'est près de l'obélisque.

Dans des fiançailles célébrées avec beaucoup d'éclat, on remarquait deux choses: la laideur de l'époux et l'opulence de la corbeille. Le présent faisait oublier le futur.

Louis XVI périt juridiquement assassiné, contre le voeu formel de la nation, le 21 janvier 1793. Le réclame qui voudra, ce crime n'appartient point à la France. Cependant, ce qui est affreux, et ce qui existe, c'est que sur les registres des actes civils de la ville de Paris on ait laissé subsister: «Capet (Louis), etc., etc., profession de dernier tyran des Français.»

Un étranger demandait à des savants comment on doit prononcer le mot pétition?

--D'après la règle qui veut qu'untentre deuxise prononceci, répondit un grammairien.

--Faites-moi donc l'amiciéde prendrepiciéde mon ignorance, et de me répéter lamoiciéde ce que vous venez de dire, répliqua sur-le-champ Charles Nodier.

M. Salot voulait changer de nom, parce que le sien, disait-il, était un nomcommun, et qu'il désirait un nompropre.

M. R***, préfet d'un riche département français, avait si bien mérité de ses administrateurs, que, dans leur reconnaissance, ils avaient donné son nom à un pont construit sous son administration. Un jour qu'il se louait de ce témoignage de gratitude, un de ses amis lui dit:--R***, c'est dommage que tu ne te nommes pas Chauvin.--Pourquoi cela?--Parce que ton pont, au lieu de s'appeler pont R***, s'appellerait pont Chauvin (punch au vin), et que ce serait plus drôle.

Un homme qui arrivait de Belgique disait:--J'ai vu avec plaisir la ville de Gand. Comme on lui demandait: Quand? il crut qu'on avait mal entendu, et répondit:--Caen est en Normandie.

Il m'est tombé entre les mains, dit quelque part M. Louis de Verrières, un vieux et grand livre contenant la vie de plusieurs saints. Ma mémoire ne me fournit point la date de son impression; la veuve du libraire Carteron, après la préface, met la devise de sa maison; je pourrais presque dire ses armoiries. Voici en quoi elles consistent: un dessin représente une balance, tenue, ce me semble, par une main (je diraisdextrochèreousenextrochèresi je voulais faire le savant; mais je rappellerais ceux qui dénigrent le calembour). Dans cette balance on aperçoit desquartsdelivre, qu'on nommait alors quarterons; et la devise qui accompagne donne l'explication aux lecteurs qui n'ont pas l'esprit des sots, ou l'esprit de ceux qui n'en ont point: Les quarterons font les livres.

De nos jours le système décimal contrarierait singulièrement ces libraires, venus au beau temps de lalivreet desonces. Que feraient-ils avec deskilogrammeset desdécagrammes? Cela leur paraîtrait un peulourd; et j'ajoute à cette opinion le poids de mon assentiment.

Quelqu'un voyant passer un laideron disait:--Voilà la plus belle fille du cartier. Tous les auditeurs, entendant, étaient scandalisés. Mais ils apprirent qu'il y avait dans l'endroit un faiseur de cartes qui avait deux filles.

On fit usage de cet adverbe, en 1830, dans le couplet suivant:

Le peuple est quasi souverain;Philippe est quasi légitime;L'ouvrier est quasi sans pain;La France est quasi dans l'abîme;Les pairs quasi déracinésOnt l'air quasi démocratique;Nous sommes quasi ruinésPar une quasi république.

Le peuple est quasi souverain;Philippe est quasi légitime;L'ouvrier est quasi sans pain;La France est quasi dans l'abîme;Les pairs quasi déracinésOnt l'air quasi démocratique;Nous sommes quasi ruinésPar une quasi république.

Le peuple est quasi souverain;

Philippe est quasi légitime;

L'ouvrier est quasi sans pain;

La France est quasi dans l'abîme;

Les pairs quasi déracinés

Ont l'air quasi démocratique;

Nous sommes quasi ruinés

Par une quasi république.

Piron passait dans le Louvre avec un de ses amis:--Tenez, dit-il en montrant l'Académie française; ils sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre.

Cette boutade a sans doute inspiré les quatre vers spirituels que Boufflers adressa à Mme de Staël, qui lui demandait pourquoi il n'était pas de l'Académie:

Je vois l'Académie où vous êtes présente;Si vous m'y recevez mon sort est assez beau.Nous aurons de l'esprit à nous deux pour quarante,Vous comme quatre et moi comme zéro.

Je vois l'Académie où vous êtes présente;Si vous m'y recevez mon sort est assez beau.Nous aurons de l'esprit à nous deux pour quarante,Vous comme quatre et moi comme zéro.

Je vois l'Académie où vous êtes présente;

Si vous m'y recevez mon sort est assez beau.

Nous aurons de l'esprit à nous deux pour quarante,

Vous comme quatre et moi comme zéro.

Un sot se vantait devant Rivarol de savoir quatre langues.--Je vous en félicite, lui dit-il; vous avez quatre mots contre une idée.

M. Quatremer demanda à Louis XV l'autorisation d'ajouter ledeà son nom.--Volontiers, répondit le roi, pourvu que vous le mettiez à la fin.

Et nous avons eu Quatremer de Quincy.

Une femme, qui courait follement après les airs, accoste un jour La Popelinière qu'on venait d'annoncer, et lui dit:--Il me semble, monsieur, vous avoir vu quelque part.--Il est vrai, madame, lui répliqua-t-il, qu'il m'est arrivé d'y aller quelquefois.

Pourquoi les pompiers n'aiment-ils pas César?--Parce qu'ils sont engagés pour pomper.

Quel est le jeu que préfèrent les domestiques?

--Le gage touché.

Pourquoi le soleil se lève-t-il tard en hiver?

--Parce qu'il fait si froid qu'il ne peut se résoudre à se lever matin.

Quelle est la partie plus grande que le tout?

--La peau d'un boeuf.

Qu'est-ce qui fait tourner le dos au plus brave guerrier?

--Une seringue.

Que faut-il faire pour ne plus avoir le mal de dents?

--Le mal dedans, il faut le mettre dehors.

Que font trois poules sur un mur?

--Un nombre impair.

Pourquoi les journalistes craignent-ils l'automne?

A cette question de M. Guizot, M. Bertin de Vaux répondit:--Parce que l'automne amène la chute des feuilles.

Pourquoi la lettre A est-elle plus intelligente que la lettre B?

--Parce qu'elle est bien plus avancée (avant C).

Quels sont les poissons sans arêtes?

--Les poissons d'avril.

Où avez-vous la main quand vous dormez?

--Au bout du bras.

Qu'est-ce qui passe sous le soleil sans faire de l'ombre?

--Le son de la cloche.

Quel est le premier homme du monde?

--Le rhum de la Jamaïque.

Quelle différence y a-t-il entre le ciel et la terre?

--C'est que le ciel a saint Paul, et que la terre n'en a que deux: le pôle arctique et le pôle antarctique.

Quel fut l'empereur romain le moins gênant?

--L'empereur Commode.

Quand est-ce qu'une demoiselle peut nous éclairer?

--Lorsqu'elle chante, parce qu'on a deschants d'elle.

Quelles sont les plus vénérables lettres de l'alphabet?

--Les lettres AG.

Quel est l'ami le plus désagréable?

--La migraine.

Quels sont en Angleterre les lords et les ladys les moins commodes?

--L'orgueil et l'ortie, la dyssenterie et la disette; avec la dissimulation et la discorde.

Quel est le moyen d'empêcher les cheminées de fumer?

--C'est de n'y point faire de feu.

Pourquoi met-on les fours dans les villes?

--Parce qu'on ne peut pas mettre les villes dans les fours.

Pourquoi les forts de la halle mettent-ils des chapeaux blancs?

--Pour se couvrir la tête.

Les villageois malins vous diront:--Quand notre curé dit la messe et que notre maître d'école la chante avec les enfants, qu'est-ce qu'ils font?--Mais ils ne prononcent pas l, vous répondrez:--Ils font l'office;--gros rire alors, à travers lequel on vous répliquera:--Ce qui fond, c'est la cire.

Un bonhomme entendant parler deque retranché, dans les modes de la langue latine:--Je comprends, dit-il, la queue retranchée, c'est la Titus, une coiffure qui nous est revenue sous l'empire.

Dernièrement une Anglaise se promenait au Jardin-des-Plantes. Elle dit à sa femme de chambre qui la suivait:--Achetez un pain et donnez-le à l'éléphant. La camériste revient, le pain à la main: Milady, dit-elle, par quel bout faut-il lui donner cela? il a deux queues!

Un paysan, ayant tué d'un coup de hallebarde un chien qui voulait le mordre, fut cité devant le juge, qui lui demanda pourquoi il n'avait pas opposé le manche de la hallebarde.--Je l'aurais fait, répondit le paysan, s'il m'eût mordu de la queue; mais il me mordait avec ses dents.

Un pauvre ministre de la secte anglicane avait chargé Dick, son domestique, d'aller prendre, chez David Black, le boucher, une fraise de veau à crédit pour son diner. Comme Dick entrait dans le temple après sa commission faite, le pasteur en chaire s'écriait:--Quelles sont à ce propos les paroles de David, mes frères? que dit David?--Monsieur, s'écria Dick, David a dit: «Pas d'argent, pas de fraises!»

On lisait dernièrement dans un petit journal de Bruxelles:--Un incident joyeux a ajouté un supplément de gaieté, vendredi, au théâtre des Variétés amusantes, à Bruxelles. Je ne sais quel merle du parterre s'avisa de siffler pendant la représentation duMonsieur seul. L'officier de police se lève et demande de sa plus belle voix:--Qui se permet de siffler?

--C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant, riposte une voix qui part de la galerie.

Le policeman, intrigué et indigné, cherche des yeux ce nouvel interrupteur.--Qui a dit ça? hurle-t-il.

--C'est Boileau, répond un plaisant des stalles.

--Que Boileau sorte de la salle à l'instant!

Celui-ci a paru dans l'ancienCorsaire.

Ma chère, disait Mme F..... à son inséparable Mme X., avez-vous vu les bêtes féroces de Mme Leprince, derrière le Château-d'Eau.

--Non, ma toute belle.

--Vous avez tort; c'est un spectacle très-curieux et qui m'a rappelé malgré moi l'histoire duLion de Damoclès.

--Et vous, ma bonne, avez-vous souscrit à l'épée d'honneur du colonel Forestier?

--Non, ma chérie.

--Il faut y souscrire. Ce sera un glaive magnifique et qui rappellera chaque jour à la réaction l'épée d'Androclès.

Un grave espagnol arrivait, de nuit, dans un village de France qui n'avait qu'une seule hôtellerie. Il était plus de minuit; il frappa longtemps à la porte de cette hôtellerie, avant de pouvoir réveiller l'hôte; à la fin il le fit lever.--Qui est là? cria l'hôte par la fenêtre--C'est, dit l'espagnol, don Juan Pédro Hernandez Rodriguez de Villa-Nova, conde de Malafra, caballero de Santiago y d'Alcantara.

L'hôte répondit aussitôt en fermant la fenêtre:--Monsieur, j'en suis bien fâché, mais nous n'avons pas assez de chambres pour loger tous ces messieurs-là.

En 1758, au moment où l'on attendait d'heure en heure la mort du roi d'Espagne, qui était à toute extrémité, le duc de Newcastle, alors chancelier de l'échiquier, donna ordre à ses gens, s'il venait un exprès pour lui parler, fût-il deux heures du matin, de le laisser entrer. Sur les trois heures après minuit, un homme frappe à la porte de la cour; on l'introduisit sur-le-champ dans la chambre à coucher du duc:--Hé bien, mon ami, lui dit le lord en se hâtant de mettre ses bas et en fixant ses regards sur cet homme qui était crotté jusqu'aux épaules, vous devez être venu grand train?--Oh! oui, milord, je n'ai pas fermé l'oeil depuis mon départ!--Vous êtes sûr donc qu'il est mort?--Oh! très-sûr, le pauvre diable est délivré des peines de ce monde!--Dites-moi, quand avez-vous quitté Madrid?--Madrid! reprit l'homme avec la plus grande surprise; moi, milord, je n'y suis allé de ma vie.--Eh! d'où diable venez-vous donc?--De Richemond, comté d'York, et j'accours pour vous informer de la mort de Samuel Dickinson, le receveur de la barrière, dont votre seigneurie, lors de la dernière élection, m'a promis la place aussitôt qu'il fermerait l'oeil.

Extrait littéral d'une séance du 22 juin 1792:

Un membre demande la parole pour faire un rapport:--Il y a quelques jours, dit-il, que la municipalité de Langres arrêta des chevaux qui lui parurent suspects dans leur marche.

On rit.--Comment, des chevaux suspects?

--Ils comparurent devant la municipalité.

Comment, dit-on, ces chevaux comparurent?

L'orateur continue sans s'apercevoir de sa méprise:--On reconnut par leur interrogatoire...

L'interrogatoire des chevaux!

--Non, dit l'orateur, ce sont les conducteurs qui furent interrogés...

L'assemblée rit très-fort et passa à l'ordre du jour.

Dans un discours, (seconde République) P. Leroux a cité le proverbe latin:Tot capita, tot sensus.Greppo l'a immédiatement traduit par ces mots: «Autant de capitalistes, autant de sangsues.»

Et dans la Republique de 1793, en parlant du coup d'État qui venait de renverser Robespierre, un orateur de la convention disait à la tribune:--Citoyens, la belle journée que la nuit du 9 thermidor!

Un étranger très-riche, Suderland, naturalisé russe, était le banquier de la cour, et jouissait d'une assez grande faveur. Un matin, on lui annonce que sa maison est entourée de gardes, et que le maître de la police demande à lui parler.

Cet officier, nommé Reliew, entre avec l'air consterné.--Monsieur Suderland, dit-il, je me vois, avec un vrai chagrin, chargé par ma gracieuse souveraine d'exécuter un ordre dont la sévérité m'effraie; et j'ignore par quelle faute ou par quel délit vous avez excité à ce point le ressentiment de Sa Majesté.

--Moi! monsieur, répond le banquier, je l'ignore autant et plus que vous; ma surprise surpasse la vôtre. Mais enfin, quel est cet ordre?

--Monsieur, reprend l'officier, en vérité le courage me manque pour vous le faire connaître.

--Eh quoi! aurais-je perdu la confiance de l'impératrice?

--Si ce n'était que cela, vous ne me verriez pas si désolé. La confiance peut revenir; une place peut être rendue.

--Mais, s'agit-il donc de me renvoyer dans mon pays?

--Ce serait une contrariété; mais avec vos richesses, on est bien partout.

--Ah! mon Dieu! s'écrie Suderland tremblant, est-il question de m'exiler en Sibérie?

--Hélas! on en revient.

--De me jeter en prison?

--Si ce n'était encore que cela, on en sort.

--Bonté divine! voudrait-on me knouter?

--Ce supplice est affreux, mais il ne tue pas.

--Eh quoi! dit le banquier en sanglotant, ma vie est-elle en péril? l'impératrice si bonne, si clémente, qui me parlait encore si doucement il y a deux jours, elle voudrait.... Mais, je ne puis le croire. Ah! de grâce, achevez; la mort serait moins cruelle que cette attente insupportable.

--Eh bien! mon cher, dit enfin l'officier de police avec une voix lamentable, ma gracieuse souveraine m'a donné l'ordre de vous faire empailler.

--Empailler? s'écrie Suderland, en regardant fixement son interlocuteur. Mais vous avez perdu la raison, ou l'impératrice n'a pas conservé la sienne; enfin vous n'avez pas reçu un pareil ordre sans en faire sentir la barbarie et l'extravagance?

--Hélas! mon pauvre ami, j'ai fait ce qu'ordinairement nous n'osons jamais tenter. J'ai marqué ma surprise, ma douleur; j'allais hasarder d'humbles remontrances, mais mon auguste souveraine, d'un ton irrité, en me reprochant mon hésitation, m'a commandé de sortir et d'exécuter sur-le-champ l'ordre qu'elle m'avait donné.

Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le tremblement, le désespoir du pauvre banquier. Après avoir laissé quelque temps un libre cours à sa douleur, le maître de la police lui accorde un quart d'heure pour mettre ordre à ses affaires.

Alors Suderland le prie, le conjure, le presse longtemps en vain de lui laisser écrire un billet à l'impératrice pour implorer sa pitié. Le magistrat, vaincu par ses supplications, cède en tremblant à ses prières, se charge de son billet, sort, et n'osant aller au palais, se rend précipitamment chez le comte de Bruce. Celui-ci croit que le maître de la police est devenu fou; il lui dit de le suivre, de l'attendre dans le palais, et court sans tarder chez l'impératrice. Introduit chez cette princesse, il lui expose le fait.

Catherine, en entendant cet étrange récit, s'écrie:--Juste ciel! quelle horreur! en vérité, Reliew a perdu la tête. Comte, partez, courez et ordonnez à cet insensé d'aller tout de suite délivrer mon pauvre banquier de ses folles terreurs, et de le mettre en liberté.

Le comte sort, exécute l'ordre, revient, et trouve avec surprise Catherine riant aux éclats.

«Je vois à présent, dit-elle, la cause d'une scène aussi burlesque qu'inconcevable. J'avais, depuis quelques années, un joli chien que j'aimais beaucoup, et je lui avais donné le nom de Suderland, parce que c'était celui d'un anglais qui m'en avait fait présent. Ce chien vient de mourir; j'ai ordonné à Reliew de le faire empailler, et, comme il hésitait, je me suis mise en colère contre lui, pensant que, par une vanité sotte, il croyait une telle commission au-dessous de sa dignité. Voilà le mot de cette ridicule énigme.»

Brunet disait:--La familleQuint, qui n'apas manqué de faire du bruit, n'a pourtant produit que trois grands hommes:--Quint-Curce, Charles-Quint et Sixte-Quint.

Caprice plus ou moins piquant. On en trouve de temps en temps dans les journaux, exemple:

Un jeune berger des environs d'Yvetot n'a jamais pu apprendre lePater Noster, quoiqu'il sache parfaitementNotre Père.--Comment, lui dit, il y a environ six semaines, le bon curé de sa commune, tu ne veux pas incruster dans ta mémoire l'oraison dominicale en latin?--Je peux point, moussieu le curai.--Veux-tu que je t'enseigne le moyen de l'apprendre?--Je veux bien, moussieu le curai.--Eh bien, il faut nommer tes moutons par les mots que tu ne peux pas retenir; ainsi, par exemple, ce grand cornu s'appelleraPater: cet autre gros et gras,Noster; ce tout petit,qui es, etc.; de manière que ta mémoire, guidée par ces mois...--J'entends, j'entends, moussieu le curai, et pis d'ailleurs ma soeur Jeanneton sait lire; alle m'enseignera.

Avant-hier, le bon curé l'aperçoit conduisant ses moutons...--Ah! voyons, lui dit-il, puisque ton troupeau est là, si tu sais tonPater.--Si je l'sais, moussieu l'curai! j'crais bien! allais marchais, je les appelons si bien, qu'on dirait que j'lis tout coursement--Voyons...--Pater...--Bon!--Noster...--Bon!--Nomen!...Tuum!...--Un instant, un instant!... etSanctificetur?--Ah! pardon excuse, mon bon moussieu le curai! J'ons oublié de vo dire que nout'-maître a vendu et livréSanctificeturà deux de ses vésins pour leur mardi gras!...

Des plaisants ont attribué au maire d'une commune, dont on ne trouve pas le nom sur la carte, l'affiche suivante:

Art. 1.--Toutes les fois qu'un habitant et des chiens non muselés se rencontreront, on devra les tuer.

Art. 2.--Tout le monde, sans exception, est tenu d'obéir au précédent article, et de massacrer les chiens, excepté M. l'adjoint.

Art. 3.--Les habitants majeurs et vaccinés devront également, dimanche prochain, se rendre sur la place, moins les malades, pour nettoyer l'égout, en présence de l'adjoint, qu'on devra racler proprement, et du garde-champêtre, parce qu'il est obstrué par les immondices.

Ajoutons aussi cette lettre d'un père à son fils.

«Mon fils, l'objet de la présente est de te prévenir que je suis fort mécontent de toi, et que si les coups de bâton s'écrivaient, tu recevrais souvent de mes nouvelles. Ta mère te gâte toujours; et pour preuve, tu trouveras ci-joint cinq francs, qu'elle t'envoie à mon insu.»

Un homme qui n'avait qu'un pantalon et qui l'avait donné à sa blanchisseuse disait:--j'irais bien chercher mon pantalon, mais pour l'aller chercher il faudrait que je l'eusse.

Cette tournure de phrase rappelle un autre mot d'Odry:--Je n'aime pas les épinards; et c'est heureux, car si je les aimais, j'en mangerais; et je ne peux pas les souffrir.

Un paillasse disait:--J'aime mieux être railleur que tailleur, parce que l'un prend l'R, et que l'autre ne prend que le T.

Dans un cabaret, un commis voyageur combattant les propositions d'un paysan bel esprit, lui disait:--Écoutez là-dessus l'opinion de Racine...

--Quelle racine? interrompit le paysan; est-ce la racine grecque? j'en ai entendu parler; mais je ne sais pas ce que c'est. Est-ce la racine radix qui guérit les maux de dents? Est-ce la racine cube ou la racine carrée, qui sont dans la bouche du maître d'école? Est-ce la racine des cheveux? la racine de tremble? la racine d'avoine? la racine du buis? la racine des choux?...

Le bavard allait poursuivre longtemps encore, lorsque le commis voyageur s'écria:

--Racine est un poëte.

--Singulier nom pour un poëte. Qu'est-ce qu'il faisait ou qu'est-ce qu'il fait, s'il est vivant?

--Il n'est plus vivant. Il faisait des vers.

--Des verres à vin ou des verres à bière? des verres à vitres? des...

--Taisez-vous donc et laissez-moi placer un mot. Si vous refusez d'acheter mon vin aujourd'hui, parce que vous comptez sur une température qui fera baisser les prix, ne vous y fiez pas; car Racine disait.

Ma foi sur l'avenir bien fou qui se fiera:Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Ma foi sur l'avenir bien fou qui se fiera:Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Ma foi sur l'avenir bien fou qui se fiera:

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Lorsqu'on eut joué avec applaudissements au Théâtre-Français la tragédie d'Hernanide M. Victor Hugo, les partisans du romantique, quand même, s'écrièrent que la tragédie étaitdéracinée.

Mais peu après, la vogue de Mlle Rachel fit voir que Racine ne sedéracinepas.

Un marchand de Paris avait pour enseigne un rat qui collait une affiche, avec cette légende:Au rat colleur.

En affections troublées, les raccommodements ne sont que des raccommodages.

Lord Palmerston demandait un jour en société:--Pourquoi les radis sont-ils d'un grand poids dans la balance de la justice?

--Parce qu'ils sont toujours crus, répondit M. le comte d'Aberdeen, qui aime passionnément ce genre de légumes.

Le duc de Vendôme disait assez plaisamment:--Dans la marche des armées, j'ai souvent examiné les querelles des mulets et des muletiers; et j'ai remarqué qu'à la honte de l'humanité, la raison était presque toujours du côté des mulets.

Deux paysans terminaient un procès par un arrangement:--Celui qui avait tort s'obligeait à livrer à l'autre, dans trois mois, pour l'indemniser, un cochon?--Mais, quel cochon? demanda l'arbitre. Un petit cochon n'en vaut pas un gros. Quel poids aura-t-il?--Écrivez, répondit le premier: «Un cochon raisonnable.»

Quand le premier consul Bonaparte voulut récompenser les services qui avaient illustré depuis dix ans la carrière militaire du général Rampon, il fit savoir au conseil des Cinq Cents, qui, dans la constitution d'alors, avait le privilège de présenter une liste de trois noms, parmi lesquels le premier consul choisissait celui qu'il jugeait digne du titre de sénateur, qu'il désirait qu'on portât le général Rampon. L'assemblée accueillit cette communication avec sympathie. Mais il y avait alors dans les Cinq Cents un prêtre marié nommé Lecerf, dont les opinions républicaines conservaient la teinte de 93. Il crut faire acte de courage et de malice, en écrivant sur son bulletin:Puisqu'il faut ramper,Rampon. Le premier consul ne fit que rire du calembour.

Peu de jours après son arrivée à la Bastille, Linguet voit entrer dans sa chambre un grand homme sec qui lui cause quelque frayeur.

--Qui êtes-vous, monsieur? lui dit-il.

--Je suis le barbier de la Bastille.

--Parbleu! vous auriez bien dû la raser.

Un épicier, sur le boulevard du Temple, à Paris, avait pour enseigne un tableau représentant deux rats sciant un pain de sucre, avec cette devise:Au pain de sucre rats scient.

--Quels sont les inventeurs des deux premières lettres de l'alphabet?--Rata et Barna.Rata fitA etBarnaB.

Farce énigmatique, aujourd'hui plus en vogue que jamais, composée de figures et de lettres dont l'arrangement, le nombre, la couleur, expriment un mot, un nom ou une pensée. Pour signifiervieux parchemin, on peint un vieillard qui chemine, appuyé sur un bâton. Pour exprimer ces paroles:J'ai soupé entre six et sept, on a mis un G sous un P, entre les deux chiffres 6 et 7.

Le Français, né malin, emploie quelquefois le rébus avec finesse. Parmi les hiéroglyphes ou caricatures qui tapissaient, en l'an VII, les boutiques des marchands d'estampes, on en distinguait une à qui l'événement donna, en quelque sorte, le mérite de la prophétie. Le dessinateur avait représenté les membres du Directoire, et, au-dessous, une lancette, une laitue et un rat; ce qui, aux yeux des connaisseurs, signifiait:L'anVIIles tuera.

En effet, en l'an VII (nouveau style), Bonaparte revint tout à coup d'Égypte; et si ce retour inopiné ne tua point les directeurs, il tua le directoire.

M. Flamand, médecin, ne montait jamais sa garde, c'est un fait reconnu; mais, en revanche, lorsqu'il était cité devant le conseil de discipline, il y envoyait des missives originales. En voici une:

Le président.--Messieurs, le docteur Flamand, assigné pour avoir manqué sa garde, me fait parvenir le billet suivant, que je livre à vos méditations, n'y comprenant rien du tout:

Aves           Par suite de plusieurs            AvesPrendre        Je n'ai pu, messieurs,            PrendreNous           De monter la garde;               NousPot            Je n'ai pu quitter l'             PotE              Où mon vin était                  EVoir           Pourtant on me fait               VoirAinés          Que vous allez être               AinésQuatre murs    A me mettre                       Quatre mursOuverte        Voyant ma prison                  OuverteVue            J'ai différé notre                VueMise           D'un ami j'ai pris l'             MiseFaites         Espérant sur ces                  FaitesAilles         Ne pas vous trouver sans          Ailles.

Après avoir longtemps examiné le billet, le conseil interpelle un monsieur qui l'a apporté, et demande ce que c'est.

Le monsieur.--C'est un rébus (Rires.)

Le président.--Encore faut-il en avoir la clef?

Le monsieur.--C'est facile. Voici comment l'excuse de mon ami se lit:

«Par suite de plusieurs entraves, je n'ai pu, Messieurs, entreprendre de monter la garde; entre nous, je n'ai pu quitter l'entrepôt où mon vin était entré. Pourtant on me fait entrevoir que vous allez être entraînés à me mettre entre quatre murs: voyant ma prison entr'ouverte, j'ai différé notre entrevue. D'un ami j'ai pris l'entremise, espérant, sur ces entrefaites, ne pas vous trouver sans entrailles.»

Au milieu du rire général, l'officieux ami du docteur Flamand entend condamner ce savant à vingt-quatre heures de prison.

Un marchand présentait une requête à un très-grand seigneur pour être payé de ses fournitures.--Est-ce que vous n'avez rien reçu, mon ami, sur votre mémoire?--Je vous demande pardon, Monseigneur, j'ai reçu un soufflet de votre intendant.

Une jeune fille répétait une ariette.--Voilà unrétrop froid, lui dit son maître de musique.--Si vous voulez unré chaud, répondit la jeune fille, on le trouve à la cuisine.

On donne ce nom aux reçus du Mont-de-Piété, lorsqu'on y a déposé des gages.

--L'ingratitude est à son comble dans Paris, dit un mauvais plaisant; sans le Mont-de-Piété, on n'y trouverait plus de reconnaissance.

Terme de l'argot militaire. En voici l'application, qui fut faite par la feue garde nationale de Louis-Philippe:

Un capitaine de ronde s'était arrêté devant un poste de la garde nationale et attendait que le chef de poste vînt le reconnaître:

Il attendit dix minutes... Personne ne venait.

Impatienté, il pousse la porte et s'écrie:

--Ah ça! viendrez-vous me reconnaître?

--Impossible! fit un caporal qui gardait le poste, le lieutenant est parti.

--Eh bien?

--Eh bien! comment voulez-vous que je vous reconnaisse, moi? Je ne vous ai jamais vu!

Avance, Hercule!dit Cadet Roussel, professeur de déclamation, dans une leçon qu'il donne à son élève.

--Comment!avance et recule, répond l'autre, qui ne comprend pas qu'on s'adresse au plus redoutable des demi-dieux.

Un Gascon disait qu'il n'avait jamais achevé les leçons de danse que son maître avait commencé à lui donner, parce que, quand il avait fallu former le pas en arrière, il n'avait pu s'y déterminer, de peur qu'il ne fût dit qu'une fois en sa vie il avait reculé.

Commerson a dit:--Aujourd'hui tout le monde pose. L'homme propose; la femme dispose; l'industrie expose; le commerce dépose; les consciences composent; les grands hommes se reposent.

Il pourrait ajouter ce qu'un amateur oppose: Que le chimiste décompose; que le conspirateur suppose; que l'État impose; que le mauvais vin indispose; que les compilateurs transposent.

Un bossu, qui se lançait dans le monde, disait à son ami:

--Si tu me vois faire quelque chose de gauche, redresse-moi.

--Je t'avertirai, dit l'autre; mais je ne pourrais pas te redresser.

--Pourquoi un miroir est-il muet?--Parce qu'il réfléchit.

Ce mot a plusieurs sens. On sait que Lacondamine était très-indiscret. Un jour qu'il jetait un regard curieux sur une lettre qu'un de ses amis écrivait, celui-ci lui dit:--Mon ami, tu regardes ce qui ne te regarde pas.

Un homme que l'on avait placé en faction, et qui était gris, tomba par terre et y resta; le caporal, passant par là, lui dit:--Malheureux! que fais-tu là? Si l'officier te voyait, tu irais en prison.--Pourquoi? répondit le soldat; quel mal ai-je fait en me mettant par terre, puisqu'on m'a dit que toutes les deux heures on relevait les sentinelles.

Un homme riche, qui ne lisait guère, disait:--Je relis Montaigne pour la sixième fois.--Monsieur est relieur? lui dit un auditeur qui le connaissait.

--Vous allez vous marier, Monsieur?--Oui, Jocrisse; et j'y vais sans remise, entends-tu bien.--Là-dessus, Jocrisse descend et dit à la portière:--Allez chercher une voiture; et, comme Monsieur ne veut pas deremise, amenez un fiacre.

Un ménage avait descendu ses meubles à Paris, du troisième étage au rez-de-chaussée. Au bout de quelques jours, on dit à une fille de boutique un peu obtuse:--Prudence, il faut remonter la pendule.--Elle la remonta au troisième étage.

Une femme, ayant reçu un soufflet de son mari, alla consulter un avocat pour savoir si elle pourrait à cause de ce fait obtenir sa séparation. Le mari, sachant qu'elle avait fait cette démarche, lui demanda d'un air goguenard quel parti elle allait tirer de son soufflet!

--Comme on m'a dit que je n'en pourrais rien faire, répliqua-t-elle, je vous le rends.

Ce qu'elle fit et fit bien.

DIATRIBE SUR LE MOT RENDRE.


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