Le mot de rendre est bon, je le sais bien;Mais coup sur coup le répéter sans cesse,Autre chose est. Alors il ne vaut rien.Il faut, dis-tu, rendre à chacun le sien;Ce fonds rend tant. Quand un lavement presse,Il faut le rendre; Alain se rend chartreux;Jean voit Lisette, il s'en rend amoureux;Le roi se rend à Mons, qui va se rendre;Il se rendra tôt maître de la Flandre.Tu rends en cour mille respects aux grands,En ta maison mille soins à ta femme;Fèves pour pois tu fais bien rendre aux gens,Rendeur bavard, qui tant de choses rends,L'un de ces jours puisses-tu rendre l'âme!
Le mot de rendre est bon, je le sais bien;Mais coup sur coup le répéter sans cesse,Autre chose est. Alors il ne vaut rien.Il faut, dis-tu, rendre à chacun le sien;Ce fonds rend tant. Quand un lavement presse,Il faut le rendre; Alain se rend chartreux;Jean voit Lisette, il s'en rend amoureux;Le roi se rend à Mons, qui va se rendre;Il se rendra tôt maître de la Flandre.Tu rends en cour mille respects aux grands,En ta maison mille soins à ta femme;Fèves pour pois tu fais bien rendre aux gens,Rendeur bavard, qui tant de choses rends,L'un de ces jours puisses-tu rendre l'âme!
Le mot de rendre est bon, je le sais bien;
Mais coup sur coup le répéter sans cesse,
Autre chose est. Alors il ne vaut rien.
Il faut, dis-tu, rendre à chacun le sien;
Ce fonds rend tant. Quand un lavement presse,
Il faut le rendre; Alain se rend chartreux;
Jean voit Lisette, il s'en rend amoureux;
Le roi se rend à Mons, qui va se rendre;
Il se rendra tôt maître de la Flandre.
Tu rends en cour mille respects aux grands,
En ta maison mille soins à ta femme;
Fèves pour pois tu fais bien rendre aux gens,
Rendeur bavard, qui tant de choses rends,
L'un de ces jours puisses-tu rendre l'âme!
Au bas de la statue pédestre élevée à la gloire de Louis XIV, au milieu de la place des Victoires, à Paris, on lisait d'assez mauvais vers faits par un nommé Renier, de l'Académie française. Quand on demandait à Santeul ce qu'il pensait de ces vers, il disait:--Ce sont des vers à Renier.
Quels sont les hommes les plus sobres?--Les couteliers, parce qu'ils font des repassages.
Un capitaine de vaisseau, ayant besoin de la protection d'un premier commis de la marine, qui avait une merveilleuse adresse à tirer parti de sa place, lui envoya une balle de café.
--Qu'est-ce que cela? demanda le bureaucrate au domestique qui accompagnait le message.
--Monsieur, c'est une balle de café moka que mon maître vous prie d'accepter.
--C'est bon; laissez cela là, et allez dire à votre maître que je ne prends pas mon café sans sucre.
Louis XIV parlait un jour du pouvoir que les rois ont sur leurs sujets; le comte de Guiche osa prétendre que ce pouvoir avait des bornes; mais le roi n'en voulant admettre aucune, lui dit avec emportement:--Si je vous ordonnais de vous jeter à la mer, vous devriez, sans hésiter, y sauter la tête la première. Le comte, au lieu de répliquer, se retourna brusquement et prit le chemin de la porte. Le roi lui demanda avec étonnement où il allait.--Apprendre à nager, sire, lui répondit-il. Louis XIV se mit à rire, et la conversation en resta là.
Mais ce récit n'est qu'un conte.
On répétait, devant Martainville, cette maxime si connue: Qui paie ses dettes s'enrichit.--Bah! bah! répondit-il; c'est un bruit que les créanciers font courir.
--O Julie, disait sentimentalement un jeune amoureux, la première fois que vous me parlerez ainsi, je me tuerai à vos pieds!--Et la seconde fois? répondit la demoiselle.
Piron, dînant chez madame ***, se livra à quelques sarcasmes violents qui déplurent.--Vous êtes un cheval, lui dit cette dame. Le poëte se lève de table, tenant sa serviette à la main.
--Où allez-vous donc?--A l'écurie.--Vous n'avez pas besoin de serviette.
Un petit prince d'Italie envoya dire à un étranger de sortir dans vingt-quatre heures de ses États.--Il me fait trop de grâce, répondit celui-ci; je n'ai besoin que de trois quarts d'heure pour en être dehors.
Un matin, sur un banc du Luxembourg, un jeune homme timide, qui voulait engager conversation avec une jeune personne placée à côté de lui, saisit adroitement le moment où un insecte montait sur son châle pour dire:--Mademoiselle, je vous préviens que vous avez une bête derrière vous.--Ah! mon Dieu! monsieur, dit la dame en se retournant étonnée et comme effrayée, je ne vous savais pas là.
On reprochait à l'abbé Terrai qu'une de ses opérations ressemblait fort à prendre l'argent dans les poches. Il répondit:--Eh! où voulez-vous donc que je le prenne?
A Naples, un commandeur de Malte, homme riche et avare, laissait user sa livrée au point qu'un savetier du voisinage, voyant les habits de ses gens tout troués, s'en moquait. Ils s'en plaignirent à leur maître, qui fit venir le savetier et le tança sur son insolence.--Moi! Monseigneur, c'est une calomnie. Je sais trop le respect que je dois à Votre Excellence, pour me moquer de sa livrée.--On dit pourtant que tu ris sans cesse en voyant les habits de mes gens.--Il est vrai, Monseigneur; mais c'est des trous que je ris, et à ces trous il n'y a pas de livrée.
--Mon ami, n'êtes-vous pas janséniste? disait un confesseur à son pénitent.--Non, mon père, je suis ébéniste.
Le comte d'Alets, passant par Lyon, fut conduit chez le lieutenant du roi, qui, ne le connaissant pas, le reçut avec hauteur et lui dit:
--Mon ami, que disait-on à Paris quand vous en êtes sorti?
--Des messes, répondit le comte d'Alets.
--Mais je vous demande ce qu'il y a de nouveau?
--Des pois-verts.
--Mon ami, vous êtes plaisant. Comment vous appelez-vous.
--À Lyon, les sots m'appellent mon ami; à Paris, on m'appelle le comte d'Alets.
Une actrice nouvelle, qui jouait à Londres le rôle de lady Anne dans la tragédie de Richard III, ayant répété ce passage:
Ah! quand aurai-je un peu de repos!
Un de ses créanciers qui était au parterre lui cria:--Jamais, si vous ne me payez pas les trente schellings que vous me devez.
On disait à un représentant, avant le 18 brumaire, qu'il y avait parmi eux de grands scélérats. Il répondit que dans un grand État il fallait que tout le monde fût représenté.
Ce mot a plusieurs sens, comme on le voit dans cette boutade faite au milieu du XVIIe siècle contre le parlement. L'esprit alors n'était pas si délicat qu'aujourd'hui:
Emmitouflés de robes rouges,Qui jugez souverainement,Auguste et grave parlement,Qui faites vos lois dans vos bouges,Croyez-vous être bien bravésQuand vous dites que vous avezQuantité de ressorts en France?Un avantage si communN'est pas de grande conséquence:Mon tourne-broche en a bien un.
Emmitouflés de robes rouges,Qui jugez souverainement,Auguste et grave parlement,Qui faites vos lois dans vos bouges,Croyez-vous être bien bravésQuand vous dites que vous avezQuantité de ressorts en France?Un avantage si communN'est pas de grande conséquence:Mon tourne-broche en a bien un.
Emmitouflés de robes rouges,
Qui jugez souverainement,
Auguste et grave parlement,
Qui faites vos lois dans vos bouges,
Croyez-vous être bien bravés
Quand vous dites que vous avez
Quantité de ressorts en France?
Un avantage si commun
N'est pas de grande conséquence:
Mon tourne-broche en a bien un.
Le dîner splendide que le duc de Penthièvre donna aux membres de l'Académie, le lendemain de la réception du chevalier de Florian, valut à ce prince le titre derestaurateurde l'Académie française.
Je vois douze pigeons sur un arbre, je tire sur eux, j'en tue cinq. Combien en reste-t-il?
--Il en est resté sept.
--Non, il n'en reste point, parce que les autres se sont envolés.
--Ma montre retarde de deux heures, disait un étudiant à un autre étudiant.--La mienne, répond celui-ci, retarde de 200 francs.
Il l'avait mise au Mont-de-Piété.
On lisait dernièrement dans un journal du Bas-Rhin cette phrase textuelle: «De magnifiques fêtes se préparent à Strasbourg, en l'honneur de l'anniversaire dela réunion de la France à l'Alsace.»
Cette manière d'entendre cette réunion nous rappelle la joie naïve de ce Génevois qui, à l'époque où sa ville natale devenait la capitale du département du Lac-Léman, s'écriait avec une satisfaction enthousiaste:
--Dieu me damne! la nouvelle est bonne. On vient de réunir la France à Genève.
Lorsqu'en 1793 on eut supprimé les saints à Paris, on ôta cette désignation aux écriteaux des rues. On appela donc la rue Saint-Antoine rue Antoine, la rue Sainte-Barbe, rue Barbe et ainsi des autres. Un provincial demandait un jour au commissionnaire du coin la rue Barbe.
--Larhubarbe, répondit l'autre; entrez là chez l'apothicaire.
La comtesse de La Suze, que ses poésies ont rendue célèbre, plaidait au Parlement de Paris contre la duchesse de Châtillon. Ces deux dames se rencontrèrent dans la grande salle du Palais. Le duc de la Feuillade donnait la main à la duchesse; il dit à Madame de La Suze, qui était accompagnée de Benserade et de quelques autres poëtes:
--Madame, si vous avez la rime de votre côté, nous avons la raison du nôtre.
La comtesse repartit aussitôt:
--Ce n'est donc pas sans rime ni raison que nous plaidons.
Dans les épigrammes que subit ce grand ministre, nous avons toujours remarqué celle-ci, à cause du jeu de mots:
Jésus-Christ vint de pauvre lieuApportant la paix sur la terre.S'il fût venu de Richelieu,Il nous eût amené la guerre.
Jésus-Christ vint de pauvre lieuApportant la paix sur la terre.S'il fût venu de Richelieu,Il nous eût amené la guerre.
Jésus-Christ vint de pauvre lieu
Apportant la paix sur la terre.
S'il fût venu de Richelieu,
Il nous eût amené la guerre.
Il disait de M. Le Tonnelier de Breteuil, ambassadeur de France à Vienne:--Il aurait dû raccommoder les cercles de l'empire.
Il disait en parlant d'Arnaud Baculard:--Ses idées ressemblent à des carreaux de vitre entassés dans le panier d'un vitrier, claires une à une, et obscures toutes ensemble.
Après, la mort de l'acteur Lekain, tragédien renommé, Larive fut choisi pour le remplacer dans les grands rôles. Les critiques dirent bientôt:--Lekain, en passant le Styx, n'a pas laissé son talent à larive.
Jobin plaidait contre son relieur. Son débat ayant produit de curieux contre-sens par suite de mots rognés, nous en citons ici quelques passages que les journaux ont rapportés:
Le Juge.--Reconnaissez-vous que le demandeur a travaillé pour vous?
Jobin.--Joli travail... Je lui en ferai mon compliment un de ces jours, quand il repassera... C'est du propre... En vérité, je ne comprends pas l'audace de ce Monsieur... c'est comme si, après m'avoir jeté un pot à fleurs sur la tête, il me demandait une indemnité pour la casse... il peut en rire... Permettez-moi d'en rire.
Le Juge.--Mais enfin, que lui reprochez-vous?
Jobin.--Voici le fait; il est odieux... Je suis abonné auCorsairedepuis cinq ans... cette feuille me plaît... elle est fort gaie, je suis fort gai, nous sommes faits l'un pour l'autre. (Rires.) Un jour, il me prit l'envie de faire relier ma collection... j'ai eu l'imprudence de la confier à cet être (il montre son adversaire). Ça s'intitule relieur, ça... si ça ne fait pas suer... Faites des bottes de foin, mon cher, reliez des asperges... mais des livres, plus souvent! (On rit).
Le Juge.--Modérez-vous, et n'insultez personne.
Jobin.--C'est vrai, je m'exalte, j'ai tort... Je reviens au fait. Ce délicieux, ce charmant, cet adorable relieur... c'est écrit sur sa boutique, parole d'honneur:M. D...,relieur... Enfin, ce délicieux, ce charmant, cet adorable relieur me garda ma collection trois mois: premier grief... Je continue. Au bout de ce laps de temps, il me la rapporterognée, à ce qu'il disait; j'examine la fourniture... Au dehors, ça pouvait encore passer... mais voilà que je m'avise d'ouvrir un volume... (Élevant la voix.) Oh! grands dieux! que vois-je? pas de marge, pas la moindre petite marge... Bien mieux, l'impression même était rognée... l'instrument tranchant avait mordu sur presque toutes les colonnes.
Le Relieur.--C'est faux!
Jobin.--Ah! c'est faux... Je suis enchanté que vous ayez dit ça... J'ai ici la preuve; j'ai apporté un volume de ma malheureuse collection. (Au juge.) Vous allez voir dans quel état il l'a mise... et si ça ne crie pas vengeance... Tenez, je vais vous citer des exemples sur différentes divisions du journal. Commençons par la politique; je lis, page 30:Le gouvernement marchera toujours mal avec un cor... (On rit.) Il y avait avec un cortège de flatteurs.» Mais ce n'est rien encore. Passons à la politique extérieure; je lis page 203: «En ce moment la Grèce doit...» (Hilarité.) Je vous demande pardon du calembour... Monsieur a rogné la suite: «La Grèce doit... veiller à ses intérêts» J'arrive à l'article théâtre où je trouve:La voix de Madame Stolz est tous les jours en progrès, c'est la voix d'une sy... (Rires.) Le reste est coupé... «La voix d'une syrène.» Je termine par deux autres citations. Dans un article de modes, on peut lire:Le salon des Modes Françaises, 20, rue d'Antin, est toujours cité par ses cha... (Grande hilarité.) Sous-entendu «peaux.» Et enfin, dans un article de critique littéraire, je vois:Madame Anaïs Ségalas vient encore de mettre au four un petit vo... (Explosion de rires.) La fin manque... L'auteur a voulu direvolume. (On rit.) Je crois n'avoir pas besoin de vous en dire davantage, et vous comprendrez maintenant pourquoi je refuse de payer à Monsieur le montant de sa facture. Quant aux dommages-intérêts auxquels j'aurais droit... eh bien, voyons, je suis généreux, j'y renonce, j'y renonce, (avec éclat) j'y renonce! (On rit.)
La demande du relieur est repoussée.
Charles Lameth, en 1790, eut un duel où il fut blessé à la main. On publia ce quatrain sous le titre de «Dernier Bulletin de M. Lameth»:
--Faudra-t-il à Lameth couper quelques phalanges?Demandait à Dufouarre un patriote ardent.--Non, dit le médecin, transporté jusqu'aux anges,Il lui faudra rogner les ongles seulement.
--Faudra-t-il à Lameth couper quelques phalanges?Demandait à Dufouarre un patriote ardent.--Non, dit le médecin, transporté jusqu'aux anges,Il lui faudra rogner les ongles seulement.
--Faudra-t-il à Lameth couper quelques phalanges?
Demandait à Dufouarre un patriote ardent.
--Non, dit le médecin, transporté jusqu'aux anges,
Il lui faudra rogner les ongles seulement.
Un acteur comique de bas étage s'avisa de jouer un rôle de roi: il fut atrocement sifflé. L'acteur, contraint de retourner à son véritable emploi, joua le lendemain un rôle de savetier et fut couvert d'applaudissements--Cela prouve, lui dit un de ses camarades, que tu as joué le roi comme un savetier, et le savetier comme un roi.
Pour la fête de l'Épiphanie, la grande solennité des Gentils, qui la célèbrent si imparfaitement chez nous, et qui a pourtant laissé de grandes affections dans les familles, un de nos démocrates les plus foncés invita, en 1849, plusieurs de ses amis et ennemis politiques à venirtirer les rois.
Seulement, au moment de l'apparition du gâteau, il a prévenu ses convives qu'au haricot consacré il avait fait substituer une épingle. Interrogé sur le motif de cette substitution:
--C'est pour étrangler les prétendants, a-t-il répondu d'une voix caverneuse.
Brunet disait, en parlant des personnes qui ont les cheveux rouges:--Les rouges sont mes bêtes noires.
Un chasseur, qui avait couru quelques périls dans une partie de chasse où il avait tué des perdrix rouges, disait:--Voilà des perdrix rouges qui m'en ont fait voir des grises!
Pascal a dit:--Un fleuve est une grande route qui marche. Un homme moins profond demandait:--Qui va de Paris à Strasbourg sans faire un pas? Un Alsacien répondit:--La grande route.
M. de Rothschild disait l'autre jour à M. Maurice Alhoy:--Je vous prêterai un million pour relever le théâtre Saint-Antoine, si vous me devinez quand le chef d'une mosquée ressemble à une grammaire.
--Je ne sais pas.
--Eh bien... c'est quand il a des manières rudes, parce qu'alors c'est unrude iman.
Ménage, attaqué d'une pleurésie, demanda qu'on lui fît venir le Père Airaut, jésuite, son parent. À peine le religieux est entré dans la chambre du malade, qu'il l'embrasse, lui témoigne sa douleur, le console et l'exhorte à la mort. Ménage, édifié de tout ce que le Père Airaut lui dit des miséricordes de Dieu, dit en soupirant:--Je vois s'accomplir la pensée que j'ai toujours eue: qu'on a besoin d'une sage-femme pour entrer dans le monde, et d'un homme sage pour en sortir.
Un homme se plaignait à un de ses amis de n'avoir pas été salué par lui, à la sortie de l'église. Celui-ci lui répondit:--Mon cher, hors de l'église, point de salut!
Santeul disputant un jour avec le grand Condé sur quelque ouvrage d'esprit, le prince dit au poëte:--Savez-vous, Santeul, que je suis prince du sang?--Oui, Monseigneur, je le sais; mais moi je suis prince du bon sens; ce qui est préférable.
Un négociant qui faisait mal ses affaires disait:--On se trompe sur mon tempérament; on me croit flegmatique et je suissans gain.
Quand le dernier roi s'enfuit, on dit qu'il s'en allait accompagné desa peur.
Ce mot a produit plusieurs fois un même calembour, dont voici la plus récente application:
Que dit-on donc?... que Ledru, dans sa fuite,Est parti seul, sans suite?... O grave erreur!...Il s'est sauvé, j'en conviens, au plus vite,Mais il était escorté de... sa peur!...
Que dit-on donc?... que Ledru, dans sa fuite,Est parti seul, sans suite?... O grave erreur!...Il s'est sauvé, j'en conviens, au plus vite,Mais il était escorté de... sa peur!...
Que dit-on donc?... que Ledru, dans sa fuite,
Est parti seul, sans suite?... O grave erreur!...
Il s'est sauvé, j'en conviens, au plus vite,
Mais il était escorté de... sa peur!...
Une troupe de comédiens ambulants venait de jouerle Misanthropedans une petite ville de Normandie. L'acteur qui avait rempli le rôle d'Alceste, et qui l'avait joué de moitié avec le souffleur, s'avance après la représentation et dit:--Messieurs, nous aurons l'honneur de vous donner demainle Philosophe sans le savoir.--Non pas! non pas! s'écrie le maire tout furieux; vous venez de jouerle Misanthropesans le savoir, et vous saurez demain, s'il vous plaît,le Philosophepour le jouer.
Le maréchal de Villeroi, gouverneur de Louis XIV, écrivait d'une manière absolument illisible. Il écrivit un jour une lettre au cardinal de Fleuri, précepteur du jeune monarque; l'instituteur ne put déchiffrer un mot de ce que le gouverneur voulait lui dire. Il le pria de vouloir bien lui communiquer sa pensée d'une manière plus lisible. Le maréchal écrivit une seconde lettre, à laquelle Fleuri répondit:--Votre seconde lettre n'est pas beaucoup plus lisible que la première. Au surplus, pour notre honneur commun, cessez de m'écrire, afin qu'on ne dise pas dans le monde que le roi a un gouverneur qui ne sait pas écrire, et un précepteur qui ne sait pas lire.
Quel est le poëte dont les sécrétions ont été les plus légères?--Schiller.
Un apothicaire de Newcastle, s'étant chargé du traitement d'un malade qui était à l'article de la mort, lui envoya une fiole de médecine, avec ces mots:bien secouer avant de faire prendre. Le lendemain, il alla voir l'effet de son remède. En entrant chez le malade, il demanda à un domestique comment se portait son maître. Celui-ci ne répondit que par des larmes.--Quoi! est-ce qu'il est plus mal?--Oui, monsieur; mais comme vous nous avez dit de le secouer avant de lui faire prendre votre médicament, nous avons suivi vos ordres et il est passé dans nos bras.
On demande à Arlequin pourquoi il se permet de prendre place parmi des gentilshommes?--Je suis fils d'unsaigneur, dit-il. Son père en effet était chirurgien.
Un homme lisant au bas des personnages d'une pièce cette indication:--La scène est à Constantinople;--Voilà, dit-il, une rivière qui fait bien du chemin.
On disait d'un homme âgé, pour rassurer une jeune fille qui l'épousait, que ce monsieur n'avait queses ans.
Montmaur était riche, mais avare; il aimait mieux diner chez les autres que de donner à manger chez lui; et comme il savait assaisonner la conversation de beaucoup de traits piquants, il disait à ses amis:--Fournissez la viande et le vin, je fournirai le sel.
Le pléonasme qui suit a un double sens assez juste:--Qui verse le sang, s'en repent.
Quelles sont en France les femmes les plus raisonnables?--Les femmes de Sens.
Lorsqu'on eut sifflé la pièce sans A, Brunet pria l'auteur de lui faire un drame sans C.
Quelle est le pays où le sang circule le mieux? À cette question de M. Dupin, M. Guizot répondit:--Les Cévennes.
Quand peut-on mettre le temps en cage?
--Quand il est serein.
Une jeune fille, épousant contre son gré, prononça le oui si froidement que quelqu'un dit:--Le pauvre mari n'a là qu'un serment de bouche.--Et, riposta un autre, la pauvre femme a un serrement de coeur.
Une cause singulière s'est présentée il y a quelque temps au tribunal de simple police de Fontaine-Libeau (Seine-Inférieure). M. le curé, prêchant sur le péché originel, avait plusieurs fois répété:
«C'est le serpent maudit qui a causé vos malheurs, mes frères, c'est lui qui est la cause de la perte de tant d'âmes.»
Un serpent, non pas un boa, mais un de ces virtuoses en surplis qui musicient de toutes leurs forces, et écorchent quelquefois les oreilles des fidèles, le serpent donc de la paroisse se lève tout à coup, et, interrompant le vénérable pasteur, d'un ton moitié furieux, moitié stupéfait:
--Moi! j'ai causé tout ce mal-là! s'écria-t-il; apprenez que depuis 50 ans que je suis serpent de père en fils, je n'ai jamais fait de tort à personne; je ne suis qu'un serpent, mais je suis honnête.
Ayant adressé quelques injures à M. le curé, qui tentait vainement de lui donner les explications les plus satisfaisantes, le susceptible serpent a été traduit en simple police et condamné à deux jours de prison.
On raconte qu'une actrice, causant littérature avec une de ses camarades, se mit à dire queDon Quichotten'était qu'un roman de cuisinière.--Comment, répliqua son interlocutrice fort étonnée,Don Quichotte, mais c'est un des ouvrages les plus ingénieux qui aient jamais été écrits.--Je n'en parle que d'après notre directeur, répliqua la première, c'est lui qui m'a certifié hier queDon Quichotteétait un roman de Cervantes.
Au nombre des hommes éminents promus à une des plus hautes dignités de la dernière république, il se trouvait un ancien marchand de porcelaines.--Qu'a-t-il donc fait pour mériter cette récompense? demanda quelqu'un qui entendait prononcer le nom du nouveau dignitaire pour la première fois. Est-ce qu'il a rendu des services?--Non, il en a vendu, répondit M. le baron T...
Cadet Roussel, professeur de déclamation, dit dans une leçon: il fautparler Esther.--Comment!parler et se taire, dit un élève, qui ne voit pas qu'on s'adresse à la nièce de Mardochée.
Lorsqu'on joua la comédie duPersiffleurde Sauvigny, les plaisants, les faiseurs de calembours, les siffleurs enfin, dirent que le père siffleur avait tous ses enfants au parterre.
Une pimbêche d'importance, qui avait un procès, était venue solliciter en sa faveur le premier président de Harlay. Comme ce magistrat ne lui avait pas fait l'accueil qu'elle croyait lui être dû, elle dit, en passant dans l'antichambre, mais assez haut pour être entendue du président:
--Peste soit du vieux singe!
Le lendemain néanmoins l'affaire fut appelée, et cette dame gagna son procès. Elle courut aussitôt remercier le président, qui, pour toute vengeance, se contenta de lui dire:
--Sachez madame, une autre fois, qu'un vieux singe est toujours disposé à faire plaisir aux guenons.
Quelles sont les notes de musique que les frotteurs d'appartements aiment le mieux?
--Les notessol fa si la si ré.
ÉPIGRAMME SUR FAUCHETÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL DE PARIS (1791)
Ce janséniste cannibale,Fauchet, un jour, longuement péroraSur les bouffons et l'Opéra,Dans la tourbe municipale.Or le prêtre-bourreau prétendQue tout théâtre dit chantantEnvoie un jour par mois ses acteurs à la hallePour y chanter, hurler, ballerEt de chansons le peuple régaler.Pour cet avis très-fortement j'opine,Reprit Warville, aimable polisson;Du moins, s'il manque de farine,Le peuple aura toujours du son.
Ce janséniste cannibale,Fauchet, un jour, longuement péroraSur les bouffons et l'Opéra,Dans la tourbe municipale.Or le prêtre-bourreau prétendQue tout théâtre dit chantantEnvoie un jour par mois ses acteurs à la hallePour y chanter, hurler, ballerEt de chansons le peuple régaler.Pour cet avis très-fortement j'opine,Reprit Warville, aimable polisson;Du moins, s'il manque de farine,Le peuple aura toujours du son.
Ce janséniste cannibale,
Fauchet, un jour, longuement pérora
Sur les bouffons et l'Opéra,
Dans la tourbe municipale.
Or le prêtre-bourreau prétend
Que tout théâtre dit chantant
Envoie un jour par mois ses acteurs à la halle
Pour y chanter, hurler, baller
Et de chansons le peuple régaler.
Pour cet avis très-fortement j'opine,
Reprit Warville, aimable polisson;
Du moins, s'il manque de farine,
Le peuple aura toujours du son.
On demandait dernièrement: Pourquoi la musique, qui charme les chevaux désole-t-elle les chiens? L'auteur des sphinx du petit journal pour rire répondit:--C'est que les chevaux aiment le son et que les chiens l'ont en dégoût.
Pourquoi un sot devient-il poëte en prenant un bain?
--Parce qu'il fait unsot net.
Des femmes de Paris qui avaient été voir des fous demandèrent à l'un d'eux de leur donner trois numéros pour la loterie. C'était une croyance, à Paris, dans les classes peu instruites, que les fous sont doués d'une sorte de divination.
Le fou écrivit trois numéros sur un papier, l'avala, et leur dit:--Mesdames, repassez demain, vos numéros seront sortis.
Un certain marquis connu par ses singularités, vantait à la feue reine de France un remède dont il avait le secret, et qu'il disait avoir fait prendre à un de ses amis fort malade. L'a-t-il guérie? demanda la reine.
--Madame, dès le lendemain j'allai pour le voir; il était sorti.
--Comment! déjà sorti!
--Oui, madame, il était allé se faire enterrer à Saint-Sulpice.
Du temps où florissait le régime parlementaire, un député s'excusait de s'être fait attendre en disant qu'il était avec le garde des sceaux. On lui répondit:--Il vous a gardé bien longtemps.
Le marquis de Cahusac, jouant au piquet, reconnut, par ses cartes de rentrée, qu'il avait mal écarté, et s'écria:--je suis un franc Goussaut!
Le président Goussaut, renommé par sa stupidité, se trouvait par hasard derrière le joueur, et lui dit:
--Vous êtes un sot!
--Vous avez raison, repartit Cahusac, c'est ce que je voulais dire.
Le Pont-des-Arts, disait Odry, lorsqu'on payait un sou le passage, le Pont-des-Arts a cela de particulier qu'il n'y a pas plus de personnes dessus que desous.
--Et il ajoutait, en parlant des receveurs au péage de ce pont.--Ils doivent avoir beaucoup de mémoire, à force de voir dessous venir.
Deux personnes qui s'étaient mutuellement souffletées allaient se battre. On pria M. de Bièvre de les réconcilier.--Me prenez-vous, dit-il, pour un raccommodeur de soufflets?
Quelles sont les gens les plus à plaindre?
Les faiseurs d'allumettes, parce qu'ils souffrent pour tout le monde.
Un écolier à qui on avait donné un sou pour la promenade rentra avec des coliques, causées par une intempérance de coco. Son maître lui reprochait cet excès, en lui disant qu'il n'avait pas besoin d'avaler deux énormes verres à deux liards.--Ce n'est pas ma faute, reprit l'enfant, la cocotière n'avait pas de monnaie à me rendre, alors j'ai bu tout monsou.
Quel est l'auteur le plus crotté?--Soulié.
Quelles sont les gens qui entendent le moins la plaisanterie?--Ce sont les sourds.
On conte que le marquis de Bièvre, étant allé prendre les eaux de Spa, ne voulut pas quitter cette gracieuse ville champêtre sans lui laisser un calembour; il partit en disant:--Je m'en vais dece pas.
«Gallophile de tout temps, mon coeur est sans fard et mon âme est sans-culotte.»
C'était avec des phrases aussi barbares, aussi ridicules et aussi ineptes que le Prussien Anacharsis Clootz, collègues et consorts se prétendaient des patriotes exclusifs.
«Petit pape, petit papelin, vous êtes un âne, un ânon; allez doucement, il fait glacé, vous vous rompriez les jambes, et on dirait: que diable est-ce ceci? Le petit ânon de papelin est estropié, un âne sait qu'il est un âne, une pierre sait qu'elle est une pierre; mais ces petits ânons de papes ne savent pas qu'ils sont ânons.»
Tel était le style dans lequel Luther écrivait au pape Léon X, le restaurateur des arts et des lettres.
J'admire, disait un membre d'assemblée populaire, à propos de la force, j'admire celle de Samson qui, avec une mâchoire d'âne, passa mille Philistins au fil de l'épée.
Dryden se trouvant un jour, après boire, avec le duc de Buckingham, le comte de Rochester et le lord Dorset, la conversation vint à tomber sur la langue anglaise, sur l'harmonie du nombre, sur l'élégance du style, sorte de mérite auquel chacun des trois seigneurs prétendait exclusivement et sans partage. On discute, on s'échauffe, on convient enfin d'en venir à la preuve, et de prendre un juge. Ce juge fut Dryden. La preuve consista à écrire, isolément et sans désemparer, sur le premier sujet venu, et de mettre les trois thèmes sous le chandelier. On se met à l'ouvrage... Le duc et le comte font des efforts de génie. Le lord Dorset trace négligemment quelques lignes. Quand chacun eut fini et placé son chef-d'oeuvre sous le chandelier, Dryden procède à l'examen. Dès qu'il eut achevé la lecture des trois pièces: «Messieurs, dit-il au duc de Buckingham et au comte de Rochester, votre style m'a plu, mais celui du lord m'a ravi. Écoutez; c'est vous qu'à présent je fais juges.» Dryden lit: «Au premier de mai prochain (fixe) je paierai à John Dryden, ou à son ordre, la somme de cinq cents livres sterling, valeur reçue; 15 avril 1686. Signé Dorset.» Après avoir entendu ces expressions, Rochester et Buckingham ne purent disconvenir que ce style ne l'emportât sur tout autre.
Nous empruntons à laGazette des Tribunauxun modèle du style soldat:
Bourjot, bijoutier jeune France, est assis sur les bancs de la police correctionnelle (7e chambre), et Combes, soldat du centre, s'avance au pied du tribunal pour déposer contre lui; il se met au port d'armes, adresse un petit sourire d'amitié au prévenu, et attend que M. le président l'interroge.
M. le président.--Voyons... que savez-vous sur les faits de la plainte?
Combes.--Je sais que Bourjot est un bon enfant... là... mais un bon enfant... Il avait seulement un peu siroté ce jour-là... ça peut arriver à tout le monde...
M. le président.--Bourjot est accusé d'avoir frappé un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions...
Le témoin.--C'est moi qu'étais dans l'exercice de ma faction.
M. le président.--Expliquez-vous.
Le témoin.--Voilà, mon colonel... Je m'embêtais le 1er janvier au poste du canal Saint-Martin, poste peu récréatif au point de vue du vent qui vous coupe la figure et des particuliers qui descendent de la barrière en faisant des zigzags et en nécessitant par leurs cris et autres déportements l'intervention du caporal et de la patrouille... J'étais donc là à murmurer crânement, je puis le dire, et à trouver que le coquin de sort m'envoyait de fichues étrennes, lorsqu'un cafetier tout effarouché vient nous dire qu'un Bédouin mettait son établissement sens dessus dessous.
Nous courons au pas de charge à l'endroit susdit, moi, le petit Normand et Briquet, mon voisin de lit... Qué que nous voyons?... Bourjot, le criminel ci-inclus... il voulait empêcher, à lui tout seul, plusieurs autres citoyens de pincer leur partie de carambolage et faisait la garde autour du billard avec une queue à procédé sur les épaules... Il avait bu plus d'une bouteille et paraissait légèrement ému... Nous le sommons de débarrasser le tapis vert... il nous envoie promener... nous le sommons de nous suivre au poste... il nous envoie derechef là où vous savez... Alors nous l'empoignons... il se révolutionne et fait pour 5 francs 75 centimes de casse qu'il paie incontinent avec un pourboire pour la fille... En voilà un bon garçon!...
M. le président.--Mais les coups que vous auriez reçus?...
Le témoin.--Ça va venir... je ne suis pas pressé. (On rit.) Pour lors, nous l'insérons au violon. Mais, avant d'y entrer, il se tourne comme ça vers moi... je le tenais par le bras gauche... et il me dit: «Vous, si jamais je vous rencontre derrière un mur, je vous décorerai avec une pomme de terre.» (Hilarité.) Il faut lui pardonner... c'est le vin à douze qui parlait pour lui. C'est un fameux bon garçon, allez!
M. le président.--Mais arrivez donc au fait principal.
Le témoin.--J'y arrive du pied gauche. Pour lors le caporal me plante de faction. J'étais tranquillement à flâner en long et en large, quand voilà Bourjot qui sort du corps de garde. L'autorité compétente l'envoyait dehors pour cuver son liquide. Il s'approche de moi, me passe la jambe, et me voilà tout de mon long par terre, avec mon fusil entre les jambes et mon schako derrière les épaules en guise d'oreiller. Bourjot aurait pu me repasser quelques taloches pendant que j'étais dans cette position humiliante et peu militaire. Mais bah! il filait son noeud à toute jambes; c'est un si bon garçon!
M. le président.--Vous êtes bien sûr qu'il ne vous a pas porté de coups?
Le témoin.--Pas le moindre. Un simple billet de parterre. Faites-lui bonne mesure, mon colonel... vrai, c'est un bon garçon.
Le tribunal, prenant en considération les bons antécédents de Bourjot et l'état d'ivresse dans lequel il se trouvait, ne le condamne qu'à 15 francs d'amende.
On propose en société l'énigme que voici:
Je ne suis pas ce que je suis;Car si j'étais ce que je suis,Je ne serais pas ce que je suis.
Je ne suis pas ce que je suis;Car si j'étais ce que je suis,Je ne serais pas ce que je suis.
Je ne suis pas ce que je suis;
Car si j'étais ce que je suis,
Je ne serais pas ce que je suis.
Solution: c'est un valet, qui n'est pas le maître qu'il suit; car s'il était le maître qu'il suit, il ne serait pas le valet.
Marquis, disait un jour Louis XVI au marquis de Bièvre, vous qui faites des calembours sur tout, faites-en un sur moi.--Sire, lui répondit le marquis, vous n'êtes pas un sujet.
Va mettre ma montre sur l'horloge de l'hôtel de ville, dit M. Duval.--Et Jocrisse s'en va porter la montre au haut du clocher.
Un pâtissier, dont un poëte avait exalté la pâtisserie dans un ouvrage en vers, crut devoir reconnaître cette honnêteté en lui faisant cadeau d'un pâté. Le poëte, ayant remarqué que la feuille de papier qui couvrait le fond de ce pâté faisait partie de sa production, en fit de vifs reproches à son protégé.
--Qu'avez-vous à me reprocher? lui dit celui-ci; nous sommes maintenant à deux de jeu; vous avez fait des vers sur mes pâtés, et moi j'ai fait des pâtés sur vos vers.
Danière disait que la rue la plus sûre de Paris est la rue de l'Oseille.
Ce fut à l'occasion de la désignation des suspects qu'un plaisant enfermé au Luxembourg, au moment où Chaumette y fut lui-même conduit à son tour par ordre du comité de salut public, dit en allant à sa rencontre: «Citoyen, je suis suspect, tu es suspect, il est suspect (en montrant un des prisonniers), nous sommes suspects, vous êtes suspects, ils sont suspects.» Puis tournant le dos au nouvel arrivé, il le laissa consterné de son sort, et honteux de se trouver au milieu de ses victimes.
Un plaisant, qui voulait partir avec l'aéronaute Blanchard, s'en fut demander à sa municipalité un passe-port pour la banlieue de la terre: la municipalité assembla le conseil de la commune, et le pétitionnaire fut refusé comme suspect d'émigration.
On conte, dans le pays wallon, cette petite anecdote sur deux magistrats, nommés l'un M. Baude, et l'autre M. Buchet.--Baude est allé chez M. Buchet et y a pris le T.--Eh bien! dit l'interlocuteur, qui entend le thé, que s'ensuit-il?--Qu'ils se sont quittés remis à leur place, Baude devenu Baudet, et Buchet devenu Buche.
La correspondance la plus laconique que l'on ait connue se composait d'un (?), voulant dire: Y a-t-il quelque nouvelle? et d'un (0), répondant: Il n'y en a pas. Un épicier de Hottingham (Flandres) vient de faire du laconisme plus remarquable encore. Il a peint sur sa vitrine deux grands T, l'un peint en noir, l'autre en vert, pour indiquer qu'il vend du thé noir et du thé vert.
On sait que la loi des Douze Tables, publiée à Rome sur douze tables de pierre, par les décemvirs, est devenue depuis le fondement de la jurisprudence romaine. Elle a donné lieu au quatrain suivant:
Un avocat, dont les destinsFont un juge des plus notables,Croit que la loi des Douze TablesN'était que pour les grands festins.
Un avocat, dont les destinsFont un juge des plus notables,Croit que la loi des Douze TablesN'était que pour les grands festins.
Un avocat, dont les destins
Font un juge des plus notables,
Croit que la loi des Douze Tables
N'était que pour les grands festins.
Ce nom, qu'on donnait autrefois aux impôts, a produit un jeu de mots.
Une princesse du sang, sous ce qu'on appelle l'ancien régime, passait par une ville de province; toutes les corporations s'empressèrent de l'aller complimenter. Celle de l'élection n'était représentée que par trois membres.--Madame, lui dit le chef de cette juridiction, nous sommes dans ce moment une preuve sensible de cette vérité sacrée: Beaucoup d'appelés et peu d'élus. Notre devoir est de prononcer sur le fait des tailles, et nous certifierons à tout le monde que la vôtre est des plus élégantes.
On disait à un homme distrait:--Votre esprit fait des culottes?--Pourquoi?--Parce qu'il est ailleurs.
Quels sont les châles qui font le plus de bruit?
--Ceux quisont en bourre.
Belval, mangeant une salade de chicorée, appela sa cuisinière et lui dit:--Es-tu donc la fille de cette salade-là?--Comment, Monsieur?--C'est qu'elleest amère.
--Je voudrais, disait une dame, que mon fils sût un peu de tout, qu'il eût une teinture des langues latine et grecque, une teinture d'histoire et de géographie, une teinture des mathématiques, une teinture du dessin, etc.; mais je ne sais pas pour cela quel maître lui donner.
--Donnez-lui, Madame, un maître teinturier.
UNE PETITE SCÈNE DE TRIBUNAL
D. Vous ne niez pas avoir mendié?--R. Si j'avais reçu de la nature la faveur de l'éloquence...
D. Répondez par oui ou par non.--R. Je réponds par oui; mais n'ayant pas reçu la faveur de l'éloquence, je vous demande la grâce de vous faire lecture de mon excuse écrite. C'est la description en raccourci de ma vie, en douze vers de poésie, pas un de plus, pas un de moins. (Il lit.)