XIV.De la Nature du Soleil.
On n’a communément qu’une idée vague de la nature du Soleil, on voit que ses rayons nous échauffent, & qu’ils brillent; & on en conclut que le Soleil doit être un globe de Feu immense, qui nous envoye sans cesse la matiere lumineuse dont il est composé.
Le Soleil ne peut être un globe de Feu.Mais qu’entend-on par un globe de Feu? Si l’on entend un globe entier de particules ignées, de feu élémentaire, j’ose dire que cette idée est insoutenable.
En voici les raisons.
1o. Le Feu qui fond l’Or & les Pierres au foyer d’un Verre ardent, disparoît en un instant, si on couvre ce Miroir d’un voile; & il ne reste aucun vestige de ce Feu, qui un moment auparavant faisoit desIl faut qu’il soit solide, puisqu’il ne se dissipe pas.effets si puissans: Donc si le Soleil étoit un globe de feu, s’il n’étoit pas un corps solide, un seul instant d’émanation suffiroit pour le détruire, & il auroit été dissipé dès le premier moment qu’il a commencé d’exister.
2o. La chaleur & la lumiere ne disparoissent ainsi au foyer du Verre ardent, que par la proprieté que le Feu a de se répandre également de tous côtés, lorsqu’aucun obstacle ne s’oppose à sa propagationquaquaversum. Donc si le Soleil étoit un globe de feu, le Feu ne pourroit avoir cette tendancequaquaversumsans que le Soleil fût détruit en un instant: Donc puisqu’il est certain par les expériences, que cette proprieté est séparable du Feu, le Soleil ne peut être composé seulement de particules ignées.
3o. On ne peut dire que le Soleil ne se dissipe pas par l’émanation, parce que l’Atmosphere qui l’entoure, repousse sans cessevers lui les particules lumineuses qui émanent de sa substance; car si cet Atmosphere les repoussoit vers lui, elles ne viendroient pas à nous: Donc en supposant l’émission de la lumiere cet Atmosphere ne pourroit empêcher que le Soleil & les Etoiles fixes, ne le dissipassent par l’émanation s’ils n’étoient des corps solides.
Quelques Philosophes pour trancher apparemment toutes ces difficultés, avoient imaginé que les rayons que le Soleil nous envoye, retournoient ensuite à cet Astre.
5o. Le Soleil est au centre de notre systême planétaire, tous les Philosophes en conviennent: cependant s’il est un globe de Feu, il paroît qu’il ne peut occuper cette place; car, ou bien le Feu est pesant & déterminé vers un centre, ou bien il ne pese pas, & ne tend vers aucun point, plûtôt que vers un autre: Or dans le premier cas, tous les corpuscules de Feu qui composent le corps du Soleil, tendroient vers le centre de cet Astre, & alors la propagation de la lumiere seroit impossible; car comment le Soleil par sa rotation sur son axe, pourroit-il faire acquerir aux particules de Feuqui leSi le Soleil étoit un globe de Feu, il ne pourroit être au centre du monde.composent, une force centrifuge assez grande pour les obliger à fuirSi le Feu étoit pesant, il ne pourroit émaner du Soleil.avec tant de force, le centre de gravité auquel elles tendent, & pour leur faire parcourir par cette seule force centrifuge, 33 millions de lieuës en 7 ou 8 minutes?
Si au contraire, le Feu n’est pas pesant, s’il n’est déterminé vers aucun point, quel pouvoir le retiendra au centre de l’Univers, & s’opposera à l’effort de la force centrifuge que les particules de Feu qui le composent doivent acquerir par la rotation du Soleil, qui l’empêchera enfin de se dissiper? Il faut donc que le Soleil soit un corps solide, puisqu’il ne se dissipe pas, & qu’il est au centre de notre monde: & il faut que le Feu ne soit pas pesant, puisqu’il émane du Soleil.
Qu’il me soit permis de supposer un moment, l’attraction Newtonienne; le Soleil dans ce systême, est au centre de notre monde planétaire, & cette place lui est assignée par les loix de la gravitation, parce qu’ayant plus de masse que les autres globes, il les force à tourner autour de lui: or si le Feu ne pese point (comme je crois l’avoirprouvé) comment le Soleil peut-il être un corps de Feu, c’est-à-dire, un corps non pesant, & attirer cependant tous les corps célestes versIl faut absolument que le Soleil soit un corps solide dans le systême de M. Newton.lui, en raison de sa plus grande masse? Il est donc nécessaire dans le systême de l’attraction, ou que le Soleil soit un corps solide; ou que le Feu pese, & qu’il tende vers un centre; mais si le Feu du Soleil tend vers son centre, par quelle puissance s’éloignera-t-il toujours de ce centre. Aussi M. Newton croyoit-il le Soleil un corps solide.
Il paroît presque démontré par toutes ces raisons, que le Soleil n’est pas un globe de Feu, & qu’il est un corps solide, mais de quoi ce corps est-il composé? D’où lui vient cette quantité presque infinie de particules ignées qu’il paroît projetter à tout moment, sans s’épuiser?
Ceux qui soutiennent l’émanation de la lumiere pourroient répondre à ces difficultés, qu’il est très-possible que le Soleil soit un corps extrêmement solide, que ce corps solide contienne dans sa substance le Feu qu’il nous envoye sans cesse, & que ce Feu en émane par de grands volcans; ce globeretiendra par sa solidité une partie de ce Feu, & les particules ignées pourront en émaner sans cesse.
Mais cette émanation de la lumiere est sujette à de bien plus grandes difficultés, & paroît impossible à admettre malgré les observations modernes qui semblent la favoriser; des observations certaines suffisent pour détruire une superstition lorsqu’elles lui paroissent contraires, mais elles ne suffisent pas pour l’établir, & l’émanation de la lumiere a contr’elle des difficultés Physiques & Métaphysiques qui paroissent si insurmontables, qu’il n’y a point d’observations qui puissent la faire admettre jusqu’à ce qu’on les ait détruites; mais ce n’est pas ici le lieu de les discuter.
La lumiere du Soleil paroît tirer sur le jaune. Ainsi il faut que le Soleil projecte par sa nature plus de rayons jaunes que d’autres, car M. Newton a prouvé dans son optique page 216, que la lumiere du Soleil abonde en cette sorte de rayons.
Il est très-possible que dans d’autres systêmes, il y ait des Soleils qui projectant plus de rayons rouges, verds, &c. que les couleurs primitives des Soleils que nous nevoyons point soient différentes des nôtres, & qu’il y ait enfin dans la Nature d’autres couleurs que celles que nous connoissons dans notre monde.