Est-ce parce que les traitements sont trop maigres que les candidats se font plus rares aux fameuses « places du gouvernement » si chères à toute la province ? Je ne le crois pas. Ce qui éloigne les jeunes gens c’est d’abord la difficulté de certains examens devant lesquels ils se sentent à la fois incapables et paresseux. Puis les examens, à tort ou à raison, ont une très mauvaise réputation. On tient dans le public qu’ils ne sont guère que le masque de la faveur et que les listes de réception sont établies d’avance. Est-ce vrai ? Si j’en devais croire mon expérience personnelle, je répondrais presque affirmativement. J’en ai des exemples certains. Mais il serait injuste de généraliser. Enfin, la troisième cause de cette pénurie est la non progression de la natalité d’une part et la progression du nombre des emplois d’autre part. Voilà la vérité. La France ne produit plus assez de jeunes gens. Il y a beaucoup moins crise du fonctionnarisme que crise de la population. Comme il y a moins de jeunes gens, il y a moins de candidats capables d’affronter un examen sérieux. On dit que les grandes administrations privées en ont tant qu’elles veulent. Sans doute, mais plus prudentes que l’État, elles ne réclament d’eux qu’une capacité élémentaire et d’ailleurs suffisante à l’expédition de la besogne qui leur écherra. Elles recrutent facilement leurs employés et pourtant elles les paient beaucoup moins encore que l’État et sans leur donner cette stabilité qu’il leur offre. Non, même avec les appointements actuels, c’est l’État qui aurait la préférence si les examens qu’il impose n’étaient pas décourageants pour la médiocrité des candidats. Mais en abaisser le niveau, ce serait faire un aveu bien humiliant pour la nation.