Les bains de Brousse. — Une future station balnéaire. — Yeni et Eski Kaploudja. — Kara Moustapha. — Le village de Tchékirglé.
Il y a deux saisons pour les bains de Brousse : mai et septembre.
Pendant ces deux mois, Brousse voit arriver non plus seulement les étrangers de passage à Constantinople, mais aussi et surtout, l’élite de la société de Péra.
C’est un revenu annuel pour la ville d’environ 15,000 livres turques, soit près de 345,000 francs.
Ces eaux thermales, ferrugineuses et sulfureuses, ont joui de tout temps en Orient d’une réputation justement méritée. Elles s’échappent des contreforts inférieurs du mont Olympe avec des températures qui varient suivant les sources de 35 à 60 et même à 80 degrés centigrades.
YENI KAPLOUDJALe plus grand des bains de Brousse.
Les bains se trouvent à deux et trois kilomètres au plus de la ville.
Leur disposition générale est celle des bains turco-romains, mais sans étuves sèches. La chaleur qui s’y développe est naturelle ; c’est celle de l’eau, et elle est ramenée, suivant les salles, à la température voulue.
Malheureusement ces bains, qui pourraient devenir pour Brousse une véritable richesse, sont dans un état de délabrement qui fait peine à voir et mal entretenus au possible. Si l’on ajoute à cela les difficultés de communications entre Brousse et Constantinople, le mauvais service des vapeurs privilégiés de la compagnie Mahoussé qui vont de la Corne d’Or à Moudania, le manque, et par suite l’élévation des prix, des véhicules entre Moudania et Brousse, on comprendra pourquoi, malgré leur efficacité réelle pour la guérison de certaines maladies, ces bains sont relativement aussi peu fréquentés.
Nul doute cependant qu’un jour viendra où des spéculateurs audacieux et intelligents chercheront à faire de Brousse une véritable station balnéaire et sauront y réunir le confort européen au kief oriental. Ce jour-là Brousse sera à Constantinople ce que Nice est à Paris, mais avec des proportions plus considérables, car, du même coup, ce lieu de plaisir deviendra un grand centre d’affaires, étant donné que Brousse est pour ainsi dire l’avant-garde de la riche Anatolie.
Voici l’énumération et la description succincte des principaux bains existant actuellement et qui, malheureusement, subsisteront dans le même état, sans modifications, peut-être pendant longtemps encore.
Yeni-Kaploudja.— Un des plus grands bains de Brousse, construit antérieurement à l’an 767 de l’hégire par Tchéal-Zadé Rassim Pacha, gendre de Soliman II.
Ce bain se compose de trois grandes salles avec coupoles.
La première salle, la plus vaste, reçoit le jour par deux coupoles. C’est la salle qui renferme les couchettes. La température y reste moyenne. Au centre se trouve un bassin à eau froide, eau bonne à boire. Au fond, une estrade sur laquelle s’ouvrent des chambres particulières avec vue sur la plaine.
La seconde salle, à température tiède, est l’avant-salle des bains proprement dits.
La troisième est le bain même. La température y est réglée au moyen des globes de verre de la coupole suivant le degré de chaleur de l’eau. Cette salle entièrement ronde renferme au centre une vaste piscine de 10 mètres de diamètre, qui reçoit par un large conduit l’eau sortant chaude de la source. De très vieilles faïences persanes, bleu tendre, admirablement conservées, malgré les émanations sulfureuses, ornent jusqu’à hauteur d’homme les parois de cette salle. Quatre petites pièces, éclairées également chacune par une petite coupole, prennent accès dans la salle de bain. Elles sont aussi ornées de vieilles faïences. C’est là que s’opère le massage.
L’eau qui alimente ces bains sort de la source à environ 60 degrés centigrades. La température du bain est réglée à 34° et 35° centigrades.
Kainardja.— Petit bain situé en face de Yeni-Kaploudja. Bâtiment bas, sans architecture. Ce bain est réservé exclusivement aux femmes.
Kara Mustapha.— Situé au pied de Yeni-Kaploudja, sur la route de Moudania à Brousse. Ce bain se compose d’un petit bâtiment en pierre qui renferme la piscine, c’est le bain réel, et d’une bâtisse en bois qui sert de salle de couchettes. Source argentifère, eau très claire, à 33 degrés. Ce petit bain, un des plus coquets de Brousse, a été fondé par un riche indigène nègre et porte le nom de son fondateur, Moustapha le Noir.
Buyuk-Kukurtlu.— Grand bain. Eau sulfureuse à 80° centigrades construit par Hudavendighiar-Ghazi, le Sultan victorieux, qui a donné son nom au vilayet. Il ne présente rien de remarquable comme architecture extérieure ou intérieure.
Kutchuk-Kukurtlu.— Petit bain situé près du précédent. Eaux sulfureuses au même degré. Baignoires à la franque.
Eski Kaploudja.— Grand bain situé à Tchékirglé. C’est, après Yeni-Kaploudja, le plus grand bain de Brousse. Tous les deux sont à peu près semblables comme construction, bien que Eski-Kaploudja remonte à une époque bien antérieure. Les eaux sont ferrugineuses. Elles possèdent à leur sortie de la source 65° centigrades. La température dans le bain est réglée à 34° ½. — Un petit bain attenant à Eski-Kaploudja est réservé aux femmes.
Le petit village de Tchékirglé possède encore d’autres petits bains, d’importance secondaire, tels que Husnu-Guzel, Ketchéli, etc. etc. Tous ces bains sont disposés principalement pour les voyageurs qui désirent y séjourner quelque temps. Les eaux sont ferrugineuses.
En résumé, les bains les plus remarquables, et aussi les plus fréquentés, sont ceux de Yeni et Eski Kaploudja et de Kara Mustapha.