= Quel est l'impact de l'internet sur votre vie professionnelle?
Mon travail de recherche est différent, mon travail d'enseignant est différent, mon image en tant qu'enseignant-chercheur de langue et de littérature est totalement liée à l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses mauvais côtés (surtout vers le haut de la hiérarchie universitaire, plutôt constituée de gens âgés et technologiquement récalcitrants). J'ai cessé de m'intéresser à certains collègues proches géographiquement mais qui n'ont rien de commun avec mes idées, pour entrer en contact avec des personnes inconnues et réparties dans différents pays (et que je rencontre parfois, à Paris ou à Tokyo, selon les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La différence est d'abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de méthode de documentation, puis de méthode d'enseignement privilégiant l'acquisition des méthodes de recherche par mes étudiants, au détriment des contenus (mais cela dépend des cours). Progressivement, le paradigme réticulaire l'emporte sur le paradigme hiérarchique - et je sais que certains enseignants m'en veulent à mort d'enseigner ça, et de le dire d'une façon aussi crue. Cependant ils sont obligés de s'y mettre…
= Comment voyez-vous votre avenir professionnel?
Mon avenir professionnel, qui sera de toute façon en liaison directe avec l'internet, n'est pas plus clair que mon avenir lui-même. J'attends les opportunités professionnelles car l'enseignement universitaire n'est pas assez dynamique dans ce domaine, et je ne suis pas sûr d'y rester - pourtant j'aime enseigner et j'aime les étudiants.
= Et l'avenir du réseau?
Trouble. Entre ceux qui cherchent à gagner de l'argent à tout prix, et ceux qui en font une banque d'images pornographiques, ceux qui cherchent des amis pour pallier un manque et ceux qui cherchent du travail. Ceux qui… et ceux qui… le réseau devient progressivement une projection du monde lui-même, plus précise et exacte chaque jour.
*Entretien du 27 janvier 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Mon activité s'articule désormais autour de trois pôles:
- veille technologique et culturelle,
- enseignement assisté par ordinateur,
- création de pages littéraires pédagogiques (mise en ligne en février ou mars 2000 d'une oeuvre de Balzac, L'Illustre Gaudissart, avec notes de lecture préparées par des étudiants japonais en doctorat pendant l'année universitaire 1999).
Pour réaliser ce document balzacien, nous avons travaillé dans une salle entièrement informatisée de l'Université Gakushuin (Tokyo) et nous avons utilisé majoritairement des données en ligne (Dictionnaire de l'Académie française, index de Balzac, cédérom Littré, etc.)
Autre nouvelle réalisation, à l'actif de l'équipe de recherche Hubert de Phalèse (Université Paris 3) à laquelle j'appartiens : la création d'une liste de diffusion francophone nommée LITOR (Littérature et ordinateur), en octobre 1999, dont je suis le modérateur et qui compte actuellement près de 180 membres, majoritairement des universitaires d'une douzaine de pays.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je pense que le droit d'auteur doit être défendu, tout en étant redéfini et uniformisé au niveau international, ce qui n'est pas évident.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Il s'agit d'abord d'un problème logiciel. Comme on le voit avec Netscape ou Internet Explorer, la possibilité d'affichage multilingue existe. La compatibilité entre ces logiciels et les autres (de la suite Office de Microsoft, par exemple) n'est cependant pas acquise. L'adoption de la table Unicode devrait résoudre une grande partie des problèmes, mais il faut pour cela réécrire la plupart des logiciels, ce à quoi les producteurs de logiciels rechignent du fait de la dépense, pour une rentabilité qui n'est pas évidente car ces logiciels entièrement multilingues intéressent moins de clients que les logiciels de navigation.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
L'écoute de radios françaises. Dès qu'elle a été possible, en 1997, puis améliorée jusqu'à aujourd'hui, elle m'a permis de rester en contact étroit avec l'actualité culturelle et politique françaises. De même, la possibilité d'acheter des livres et des disques, et d'être livré dans des délais raisonnables à des prix normaux.
*Entretien du 14 décembre 2000
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Autant qu'avant, mais je n'imprime pas beaucoup à partir de mon ordinateur, sauf pour des préparations de cours à distribuer aux étudiants.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je ne vois pas de problème pour les "jours du papier" dans l'avenir, alors que justement, il faudrait en diminuer la consommation. Je crains d'ailleurs que bien des gens n'impriment tout et n'importe quoi avec leur ordinateur, consommant ainsi bien plus de papier qu'ils ne le faisaient avant.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
N'ayant pas encore eu l'objet en main, je réserve mon avis. Je trouve enthousiasmant le principe de stockage et d'affichage mais j'ai des craintes quant à la commercialisation des textes sous des formats payants. Les chercheurs pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler? L'outil sera-t-il vraiment souple et léger, ou faut-il attendre le développement de l'encre électronique? Je crois également que l'on prépare un cartable électronique pour les élèves des écoles, ce qui pourrait être bon pour leur dos…
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Améliorer les logiciels de lecture orale de l'écrit. Créer des écrans tactiles qui affichent le texte en braille et développer des logiciels de traduction automatique et d'affichage sur écran braille (sous l'égide d'une fondation internationale subventionnée par les gouvernements, l'Unesco, etc., et qui lèverait des fonds auprès des entreprises intéressées).
= Comment définissez-vous le cyberespace?
La réplique virtuelle et très imparfaite du monde des relations humaines, sociales, commerciales et politiques. En privant partiellement les utilisateurs de la matérialité du monde (spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace permet de nombreuses interactions instantanées et multi-locales. A noter que les êtres humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou dévoués dans le cyberespace que dans l'espace réel…
= Et la société de l'information?
Une grande mise en scène (mondialisée) qui fait prendre les vessies pour des lanternes. En l'occurrence, les gouvernants de toutes sortes, notamment sous le nom de "marché", diffusent de plus en plus de prescriptions contraignantes (notamment commerciales, politiques et morales) qu'ils réussissent, un peu grâce aux merveilles technologiques, à faire passer pour des libertés. Notons que "cybernétique" et "gouvernement" ont la même racine grecque…
JEAN-BAPTISTE REY (Aquitaine)
#Webmestre et rédacteur de Biblio On Line, un site web destiné aux bibliothèques
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de Biblio On Line?
Le site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version (l'actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de ce site est d'aider les bibliothèques à intégrer internet dans leur fonctionnement et dans les services qu'elles offrent à leur public. Le service est décomposé en deux parties:
1) une partie "professionnelle" où les bibliothécaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions et les projets et réalisations ayant trait à leur activité,
2) une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'internet, villes et provinces, etc… permet au public des bibliothèques d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entrée vers internet.
= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?
Personnellement internet a complètement modifié ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre d'un site internet et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique parisienne (QuickSoft Ingénierie). Il semble que l'essort d'internet en France commence (enfin) et que les demandes tant en matière d'informations, de formations que de réalisations soient en grande augmentation.
PHILIPPE RIVIERE (Paris)
#Rédacteur au Monde diplomatique et responsable du site web
Le site du Monde diplomatique permet l'accès à l'ensemble des articles de la revue depuis 1998, par date, sujet et pays. L'intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un forum permanent de discussions en ligne lui permet d'échanger avec ses lecteurs.
*Entretien du 17 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'INA (Institut national de l'audiovisuel), début 1995, le site était le premier site d'un journal français. Depuis il a bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Grâce à internet, le travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement.
*Entretien du 26 juillet 1999
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Notre site a bien grandi depuis, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire. Des services complémentaires viennent s'y ajouter: bases documentaires comprenant des textes de référence (cas du cahier Irak), dossiers d'actualité permettant au journal d'intervenir en dehors de son cadre mensuel, etc.
BLAISE ROSNAY (Paris)
#Webmestre du site du Club des poètes
Fondé il y a quarante ans par Jean-Pierre Rosnay, le père de Blaise Rosnay, le Club des Poètes propose une découverte de la poésie de tous les temps et de tous les pays depuis les origines jusqu'à aujourd'hui.
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le site du Club des Poètes a été créé en 1996, il s'est enrichi de nombreuses rubriques au cours des années et il est mis à jour deux fois par semaine.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre activité?
L'internet nous permet de communiquer rapidement avec les poètes du monde entier, de nous transmettre des articles et poèmes pour notre revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhérents de notre association. Par ailleurs, nous avons organisé des travaux en commun, en particulier dans le domaine de la traduction.
= Quels sont vos projets?
Nos projets pour notre site sont d'y mettre encore et toujours plus de poésie. Ajouter encore des enregistrements sonores de poésie dite ainsi que des vidéos de spectacles.
*Entretien du 16 janvier 2000
= En quoi consiste exactement votre activité sur l'internet?
Je mets en page des poèmes, je modère modérément le forum des poètes, j'anime une rubrique d'actualité poétique ("Etat d'urgence poésie"), je rédige des notes de lecture sur les sites poétiques de l'internet francophone, et je dialogue avec les internautes curieux de poésie. Le site du Club des Poètes est mis à jour deux fois par semaine au moins.
= Quelles sont vos nouvelles réalisations et vos nouveaux projets?
Nous sommes en train de réaliser une version animée (utilisant la technologieFlash) de la rubrique "La poésie et l'enfant".
Dès que nous aurons un peu plus de moyens, nous nous connecterons par le câble au Club des Poètes et nous retransmettrons nos spectacles à l'aide d'une webcam.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
La diffusion de la culture doit être facilitée sur l'internet. Les éditeurs et les pouvoirs publics doivent encourager tous les projets réalisés par des passionnés de tel ou tel auteur qui partagent leur passion avec les autres sur internet sans en faire profit.
Exemple: il serait absurde qu'un jeune homme qui aime Le Petit Prince de Saint-Exupéry ne soit pas encouragé à partager son amour et à l'illustrer par quelques extraits de cette oeuvre qui, soit dit en passant, est un beau plaidoyer pour le coeur contre les raisons de l'argent. En résumé, il me semble que l'internet peut encore devenir un moyen de partage de la culture et de la beauté à condition que la culture et la beauté ne soient pas considérées comme des biens de consommation. C'est la moindre des choses, car, justement, la poésie et la beauté véhiculent d'autres valeurs morales et spirituelles.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Dans la mesure où la culture française, y compris contemporaine, pourra être diffusée sans obstacles, la langue française aura la possibilité de rester vivante sur le réseau. Ses oeuvres, liées au génie de notre langue, susciteront nécessairement de l'intérêt puisqu'elles sont en prise avec l'évolution actuelle de l'esprit humain. Dans la mesure où il y aura une volonté d'utiliser l'internet comme moyen de partage de la connaissance, de la beauté, de la culture, toutes les langues, chacune avec leur génie propre, y auront leur place. Mais si l'internet, comme cela semble être le cas, abandonne ces promesses pour devenir un lieu unique de transactions commerciales, la seule langue qui y sera finalement parlée sera une sorte de jargon dénaturant la belle langue anglaise, je veux dire un anglais amoindri à l'usage des relations uniquement commerciales.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
D'innombrables rencontres avec des poètes du monde entier que nous avons découverts sur internet et qui sont venus nous rendre visite au Club des Poètes. D'innombrables messages de soutien et d'encouragement.
= Et votre pire souvenir?
Le constat que, faute d'une volonté politique de partage culturel, les initiatives les plus belles sont le plus souvent découragées par la logique marchande et que l'internet risque de se transformer peu à peu en vitrine de supermarché.
*Entretien du 9 novembre 2000
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Le moins possible: en fait nous apprenons les poèmes par coeur et ce que nous aimons le mieux, c'est de transmettre la poésie dans sa tradition orale. Mais en vérité l'internet aussi nous paraît un peu vieillot. C'est d'un coeur à l'autre, en passant par les lèvres et l'oreille, que la poésie se propage à la vitesse de la pensée.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Cela n'a qu'une importance relative. On imprime beaucoup de bêtises sur du papier et le paysage de l'internet commence aussi à se dégrader sérieusement. Les marchands de papier (lisez "éditeurs") laisseront-ils place au marchands d'électrons par internet interposé (lisez "producteurs de contenus sur internet" (sic))? Peu nous importe. La poésie poursuit son voyage pour l'éternité.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je n'ai aucun sentiment pour les machines. Elles ne sont même pas douces àcaresser.Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web auxaveugles et malvoyants?
L'usage de la voix bien sûr. Notre site propose bien sûr de nombreux poèmes dits et chantés à écouter.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Une toile irisée où se reflètent nos désirs insensés.
= Et la société de l'information?
Une société de plus en plus mal fréquentée. Quand donc les humains associés apprendront-ils à converger vers la beauté?
*Entretien du 3 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Dans le cadre des nouveautés, nous avons créé cette année Poésie vive qui nous permet d'offrir un espace aux internautes-poètes qui nous intéressent.
Cela complète gracieusement Poésie.net dont la vocation est davantage de présenter un très large panorama des grandes voix de la poésie de tous les pays et de tous les temps.
Nous allons créer (il sera en ligne la semaine prochaine, à savoir le 8 mai 2001, je pense) "Nouvailes, le site des nouvelles qui vous donnent des ailes", qui offrira tous les jours une bonne nouvelle (une nouvaile!) à ses visiteurs, ce qui les changera des informations télévisées, radiodiffusées, et maintenant internétisées, qui sont bien faites pour briser le moral des plus résistants des coeurs sensibles.
Nous allons en profiter pour redonner aussi un coup de jeune à "Ulysse, chercheur de connaissances", un beau site de partage de la culture, répertoire des plus belles ressources culturelles sur l'internet.
Voilà. En d'autres termes, nous travaillons toujours ardemment à donner un peu d'âme au monde virtuel aussi bien que réel.
JEAN-PAUL ROUSSET SAINT AUGUSTE (Paris)
#Journaliste spécialisé dans l'histoire des techniques
*Entretien du 28 mai 2001
= Pouvez-vous vous présenter?
J'ai une formation d'historien. Je suis de très près et depuis longtemps le développement de la micro-informatique. J'exerce plusieurs activités, dont certaines sont liées aux produits high-tech (PDA, e-books).
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Commercialisation de produits techniques (mon principal employeur distribue des produits culturels et techniques). Et aussi journalisme.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Usage privé, et usage comme outil professionnel (utilisation intensive de l'e-mail, et des ressources documentaires du web ou des newsgroups).
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'espère un internet toujours plus ouvert et dense en informations, où le principe d'échange et de gratuité prévaut. Ce modèle a de grandes chances de perdurer, sans pour autant être le modèle dominant. Un sub-internet pourrait bien s'instaurer, né des communautés virtuelles très attachées aux principes sus-cités.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Oui. Il a encore de longs jours devant lui.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Intéressant, mais la route sera longue: la technologie utilisée ne peut pas autoriser une diffusion de masse aujourd'hui. Parier à long terme sur l'avenir de ces produits ne fait pas courir beaucoup de risque. Mais les produits qui enterreront le livre-papier ne sont pas nés (et pas même conçus, juste rêvés).
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?
Toutes les publications du web ne valent pas forcément des droits d'auteur! Plus sérieusement, dès lors qu'une publication est diffusée aussi bien sur le web que d'autres médias, ou bien qu'elle relève de principes comparables à une publication papier, je ne vois pas de raison de distinguer les deux (un article commandé pour publication sur le web doit être soumis aux mêmes règles de rémunération qu'une publication papier).
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Un lieu d'échange particulièrement vaste.
= Et la société de l'information?
Un mythe.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Dans un newsgroup, la rencontre d'un Japonais qui devait venir en France, et qui préparait son voyage. Après quelques échanges de messages, j'ai appris qu'il allait être hébergé chez une de ses connaissances… à 200 mètres de chez moi.
= Et votre pire souvenir?
Ma boîte à e-mails inondée de messages de pubs (argent, voyance, sexe…) après un simple passage sur un forum de discussions… sur le Mac.
BRUNO DE SA MOREIRA (Paris)
#Co-fondateur des éditions 00h00.com, spécialisées dans l'édition numérique
Créées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimédia, les éditions 00h00.com (prononcer: zéro heure) débutent leur activité le 18 mai 1998. "La création de 00h00.com marque la véritable naissance de l'édition en ligne. C'est en effet la première fois au monde que la publication sur internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit." (extrait du site web)
*Entretien du 31 juillet 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le site a ouvert le 18 mai dernier, la gestation du projet: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier, développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des textes et préparation du catalogue à l'ouverture a duré un an. Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?
Radicalement, puisqu'aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée sur internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel, puis multimédia, puis internet).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Difficile de répondre, il s'agit du présent, nous faisons un pari, mais cela me semble un média capable d'une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d'accès que le seul micro-ordinateur.
[NDLR: Les 600 titres du catalogue - inédits ou rééditions électroniques d'ouvrages publiés par des éditeurs français - sont disponibles sous la forme d'un exemplaire numérique et d'un exemplaire papier. Les exemplaires numériques représentent 85% des ventes. Les collections sont très diverses: 2003 (nouvelles écritures), actualité et société, communication et NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication), poésie, policiers, science-fiction, etc. Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les cybernautes/lecteurs peuvent créer leur espace personnel afin d'y rédiger leurs commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, participer à des forums, etc. "Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport à une tradition, lit-on sur le site. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (…) Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a commencé."]
*Entretien du 18 janvier 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Nous allons développer notre outil d'édition en ligne pour permettre d'étendre nos activités: produire et distribuer nos oeuvres dans plusieurs formats (avec le PDF, systématiser l'offre au format Rocket eBook, au format Palm Pilot, au futur format Microsoft Reader, etc.), ainsi que développer une offre éditoriale en ligne en plusieurs langues (à commencer par l'anglais). [fin]
[NDLR: Le 15 septembre 2000, 00h00.com est racheté par Gemstar, société américaine leader dans le domaine des technologies et systèmes interactifs pour les produits numériques. Gemstar s'était engagé sur le nouveau marché de l'édition numérique dès janvier 2000 en acquérant NuvoMedia et Softbook Press, les deux sociétés américaines à l'origine des premiers modèles de livres électroniques (e-books), respectivement le Rocket eBook et le Softbook Reader. Selon Henry Yuen, président de Gemstar, cité par l'AFP, "les compétences éditoriales dont dispose 00h00.com et les capacités d'innovation et de créativité dont elle a fait preuve sont les atouts nécessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l'édition numérique qui s'ouvre en Europe". 00h00 est maintenant un partenaire déterminant dans le développement sur le marché de l'édition française et européenne des nouveaux modèles de livres électroniques, produits et commercialisés par Thomson Multimédia, sous licence de Gemstar.]
PIERRE SCHWEITZER (Strasbourg)
#Architecte designer, concepteur d'@folio (support de lecture nomade) et deMot@mot (passerelle vers les bibliothèques numériques)
*Entretien du 21 janvier 2001
= Pouvez-vous décrire @folio?
@folio est un support de lecture nomade. J'hésite à parler de livre électronique, car le mot "livre" désigne aussi bien le contenu éditorial (quand on dit qu'untel a écrit un livre) que l'objet en papier, génial, qui permet sa diffusion.
La lecture est une activité intime et itinérante par nature. @folio est un baladeur de textes, simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon ses désirs à partir du web, pour aller lire n'importe où. Il peut aussi y imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus rapide qu'une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont maintenus au niveau d'une reliure tactile.
Le projet est né à l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg où j'étais étudiant. Il est développé à l'Ecole nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Mon projet de design est à l'origine du concept, en 1996. Aujourd'hui, je participe avec d'autres à sa formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept en un objet grand public pertinent.
Nous développons aussi Mot@mot, une passerelle entre @folio et les fonds numérisés en mode image, chez les éditeurs numériques ou dans les bibliothèques numériques, comme Gallica à la Bibliothèque nationale de France (35.000 ouvrages en ligne).
= Pouvez-vous présenter Mot@mot?
La plus grande partie du patrimoine écrit existant est fixé dans des livres, sur du papier. Pour rendre ces oeuvres accessibles sur la toile, la numérisation en mode image est un moyen très efficace. Le projet Gallica en est la preuve. Mais il reste le problème de l'adaptation des fac-similés d'origine à nos écrans de lecture aujourd'hui: réduits brutalement à la taille d'un écran, les fac-similés deviennent illisibles. Sauf à manipuler les barres d'ascenseur, ce qui nécessite un ordinateur et ne permet pas une lecture confortable.
La solution proposée par Mot@mot consiste à découper le livre, mot à mot, du début à la fin (enfin, les pages scannées du livre…). Ces mots restent donc des images, il n'y a pas de reconnaissance de caractères, donc pas d'erreur possible. On obtient une chaîne d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en page aussi facilement qu'une chaîne de caractères. Il devient alors possible de l'adapter à un écran de taille modeste, sans rien perdre de la lisibilité du texte. La typographie d'origine est conservée, les illustrations aussi.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Internet pose une foule de questions et il faudra des années pour organiser des réponses, imaginer des solutions. L'état d'excitation et les soubresauts autour de la dite "nouvelle" économie sont sans importance, c'est l'époque qui est passionnante.
= Il existe deux modes de numérisation des textes: le mode image et le mode caractère. Lequel préconisez-vous?
Le mode image permet d'avancer vite et à très faible coût. C'est important car la tâche de numérisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi des différentes éditions: la numérisation du patrimoine a pour but de faciliter l'accès aux oeuvres, il serait paradoxal qu'elle aboutisse à focaliser sur une édition et à abandonner l'accès aux autres.
Chacun des deux modes de numérisation s'applique de préférence à un type de document, ancien et fragile ou plus récent, libre de droit ou non (pour l'auteur ou pour l'édition), abondamment illustré ou pas. Les deux modes ont aussi des statuts assez différents: en mode texte, ça peut être une nouvelle édition d'une oeuvre; en mode image, c'est une sorte d' "édition d'édition", grâce à un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour du papier: une trace optique sur un support, numérique, c'est assez joli à réaliser).
En pratique, le choix dépend bien sûr de la nature du fonds à numériser, des moyens et des buts à atteindre. Difficile de se passer d'une des deux façons de faire. Mot@mot essaie de rendre le dilemme moins crucial.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, encore trop. J'ai renoncé au papier de mon agenda depuis le début de l'année… Ça ne se passe pas trop mal. L'organiseur de poche est un substitut du papier pour ce qu'il y a de plus primitif dans l'écriture: tenir des listes. Efficace. Jack Goody m'a fait voir ça cet été dans La raison graphique (éditions de Minuit, 1978, ndlr), un bouquin écrit à la fin des années 70!
Et puis j'aime bien emprunter mes livres en bibliothèque. Ça consomme aussi moins de papier! J'y lis volontiers mes livres: les salles de lecture, leur silence, leur lumière sont des havres de sérénité dans la fureur des villes.
Avec le web et internet, le pronostic sur la consommation de papier est incertain. D'un côté, la logique du réseau et la dématérialisation des supports, e-mail, documents à jour exclusivement en ligne, leur accessibilité à distance, le déclin de la paperasse, etc. Mais d'un autre côté, il y a le besoin trivial d'imprimer pour lire. Parce que la lecture s'accomode assez mal du nez collé sur un tube cathodique.
Avec ou sans papier, l'évolution de la lecture est une chose remarquable avec internet. Même les radios et les télés qui s'installent sur le web donnent des contenus à lire et des espaces pour écrire. L'air de rien, c'est une sacrée innovation.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Fabriquer une encyclopédie nécessitait, il y a peu, des dizaines de kilos de papier, des kilos d'encre. Aujourd'hui, ça tient sur une galette optique de 15 grammes et coûte environ 10 fois moins cher que l'"ancien modèle" en papier.
Un stick de mémoire flash (pour la photo numérique, du MP3 ou @folio) pèse 2 grammes et contient aujourd'hui jusqu'à 120 millions de caractères, l'équivalent de 5 volumes Petit Robert, soit 10 kilos de papier environ… et contrairement au papier, le stick est réinscriptible à l'infini, c'est mieux qu'un palimpseste ;-)
Mais il y a plus de papier dans le secteur de l'emballage que dans celui de l'édition (journaux, livres) et le développement du e-commerce ne réduira pas les besoins d'emballage. L'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg a produit l'an dernier un superbe projet de mobilier urbain, un totem à l'échelle du quartier, hors gel, qui fonctionne comme une poste automatique, ouverte 7 jours/7 et 24 heures/24, où l'on vient retirer ses paquets, muni d'un code d'accès envoyé par e-mail.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
C'est un terme un peu obscur pour moi. Mais je déteste encore plus "réalité virtuelle". Bizarre, cette idée de conceptualiser un ailleurs sans pouvoir y mettre les pieds. Evidemment un peu idéalisé, "sans friction", où les choses ont des avantages sans les inconvénients, où les autres ne sont plus des "comme vous", où on prend sans jamais rien donner, "meilleur" - paraît-il. Facile quand on est sûr de ne jamais aller vérifier. C'est la porte ouverte à tous les excès, avec un discours technologique à outrance, déconnecté du réel, mais ça ne prend pas.
Dans la réalité, internet n'est qu'une évolution de nos moyens de communication. Bon nombre d'applications s'apparentent ni plus ni moins à un télégraphe évolué (Morse, 1830): modem, e-mail… Les mots du télégraphe traversaient les océans entre Londres, New-York, Paris et Toyo, bien avant l'invention du téléphone. Bien sûr, la commutation téléphonique a fait quelques progrès: jusqu'à l'hypertexte cliquable sous les doigts, les URL (uniform resource locator) en langage presqu'humain, bientôt accessibles y compris par les systèmes d'écriture non alphabétiques…
Mais notre vrai temps réel, c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se perdent, pas le temps zéro des télécommunications. La segmentation et la redondance des messages, une trouvaille d'internet? Au 19e siècle, quand Reuters envoyait ses nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait déjà plusieurs. Nos pages perso? Ce sont des aquariums avec un répondeur, une radio et trois photos plongés dedans. Tout ce joyeux "bazar" est dans nos vies réelles, pas dans le "cyberespace".
= Et la société de l'information?
J'aime bien l'idée que l'information, ce n'est que la forme des messages. La circulation des messages est facilitée, techniquement, et elle s'intensifie. Et désormais, le monde évolue avec ça.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Au tout début, quand vous réalisez le système: le matin, à l'heure où vous vous levez, les derniers messages arrivent de la côte ouest de l'Amérique. Le jour se passe et le soir, quand vous allez vous coucher, ce sont les tous premiers messages qui arrivent des Dragons. C'est comme la lumière autour de la nouvelle lune.
= Et votre pire souvenir?
Je ne l'ai pas gardé comme souvenir.
HENRI SLETTENHAAR (Genève)
#Professeur en technologies de la communication à la Webster University
Henri Slettenhaar est spécialiste des technologies de la communication. En 1958, il rejoint le CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) pour travailler sur le premier ordinateur numérique, et il participe au développement des premiers réseaux numériques du CERN. Son expérience américaine débute en 1966 quand il rejoint pendant 18 mois une équipe du Stanford Linear Accelerator Center (SLAC) pour créer un numérisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il conçoit un système numérique de contrôle qui sera utilisé pendant dix ans. Depuis près de vingt ans, il est professeur en technologies de l'information à la Webster University de Genève. Il est le directeur du nouveau programme de gestion des télécoms (Telecom Management Program) créé à l'automne 2000. Il est également consultant auprès de nombreux organismes.
En 1992, Henri Slettenhaar crée la Silicon Valley Association (SVA), une association suisse qui organise des voyages d'étude dans des pôles de haute technologie (Silicon Valley, San Francisco, Los Angeles, Finlande, etc.). Outre des visites de sociétés, start-up, universités et centres de recherche, ces voyages comprennent des conférences, présentations et discussions portant sur les nouvelles technologies de l'information (internet, multimédia, télécommunications, etc.), les derniers développements de la recherche et de ses applications, et les méthodes les plus récentes en matière de stratégie commerciale et de création d'entreprise.
*Entretien du 21 décembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet. Cela fait vingt ans que j'utilise le courrier électronique. Les premières années, c'était le plus souvent pour communiquer avec mes collègues dans un secteur géographique très limité. Depuis l'explosion de l'internet et l'avènement du web, je communique principalement par courrier électronique, mes conférences sont en grande partie sur le web et mes cours ont tous un prolongement sur le web. En ce qui concerne les visites que j'organise dans la Silicon Valley, toutes les informations sont disponibles sur le web, et je ne pourrais pas organiser ces visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet est pour moi une fantastique base de données disponible en quelques clics de souris.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je vais encore renforcer l'utilisation de l'internet dans mes activités professionnelles. En ce qui concerne les langues, je suis enchanté qu'il existe maintenant tant de documents disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire l'original avec difficulté plutôt qu'une traduction médiocre.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communautés locales présentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour diffuser des informations. Si elles veulent également présenter ces informations à la communauté mondiale, celles-ci doient être aussi disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un réel besoin de sites bilingues.
*Entretien du 23 août 1999 (entretien original en anglais)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
C'est un débat important et, comme par le passé, des solutions doivent être trouvées dans les nouvelles technologies.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
A mon avis, il existe deux catégories sur le web. La première est la recherche globale dans le domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue est d'abord l'anglais, avec des versions locales si nécessaire. La seconde, ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les plus reculés. Si l'information est à destination d'une ethnie ou d'un groupe linguistique, elle doit d'abord être dans la langue de l'ethnie ou du groupe, avec peut-être un résumé en anglais. Nous avons vu récemment l'importance que pouvaient prendre ces sites locaux, par exemple au Kosovo ou en Turquie, pour n'évoquer que les événements les plus récents. Les gens ont pu obtenir des informations sur leurs proches grâce à ces sites.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La vision d'images venant directement de l'espace, et particulièrement deJupiter.
= Et votre pire souvenir?
La surcharge d'information. Je suis submergé par toutes ces informations et je ne dispose pas encore des outils qui me permettraient de ne trouver que ce que je cherche.
*Entretien du 30 août 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
L'explosion de la technologie du mobile. Le téléphone mobile est devenu pour beaucoup de gens, moi y compris, le moyen de communication personnel vous permettant d'être joignable à tout moment où que vous soyiez. Toutefois l'internet mobile est encore du domaine du rêve. Comme expliqué dans un article sur la téléphonie mobile en Finlande, les nouveaux services offerts par les téléphones GSM sont extrêmement primitifs et très chers, si bien que le Wap a reçu le sobriquet de "Wait And Pay".
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Le multilinguisme s'est beaucoup développé. De nombreux sites de commerce électronique sont maintenant multilingues, et il existe maintenant des sociétés qui vendent des produits permettant la localisation des sites (adaptation des sites aux marchés nationaux, ndlr).
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
J'ai difficulté à croire que les gens sont prêts à lire sur un écran. En ce qui me concerne, je préfère de beaucoup toucher et lire un vrai livre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est notre espace virtuel, à savoir l'espace de l'information numérique (constitué de bits, et non d'atomes). Si on considère son spectre, il s'agit d'un espace limité. Il doit être géré de telle façon que tous les habitants de la planète puissent l'utiliser et en bénéficier. Il faut donc éliminer la fracture numérique.
= Et la société de l'information?
La société de l'information est l'ensemble des personnes utilisant quotidiennement le cyberespace de manière intensive et qui n'envisageraient pas de vivre sans cela, à savoir les nantis, ceux qui sont du bon côté de la fracture numérique.
*Entretien du 8 juillet 2001 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Ce qui me vient à l'esprit est le changement considérable apporté par le fait que j'ai maintenant une connexion à débit rapide chez moi. Le fait d'être constamment connecté est totalement différent du fait de se connecter de temps à autre par la ligne téléphonique.
Je reçois maintenant mes messages dès leur arrivée dans ma messagerie. Je peux écouter mes stations radio préférées où qu'elles soient. Je peux écouter les actualités quand je veux. Et aussi écouter la musique que j'aime à longueur de journée.
Aujourd'hui par exemple j'ai suivi les commentaires et le score du championnat de tennis de Wimbledon en temps réel. La seule chose qui manque est une vidéo de bonne qualité en temps réel. La largeur de bande est encore insuffisante pour cela.
Mon domicile est maintenant équipé d'un réseau local avec et sans fil. Je peux utiliser mon ordinateur portable partout à l'intérieur et à l'extérieur de la maison, et même chez les voisins, tout en restant connecté. La même technologie me permet maintenant d'utiliser la carte de réseau local sans fil de mon ordinateur quand je voyage. Par exemple, lors de mon dernier voyage à Stockholm, je pouvais être connecté à l'hôtel, au centre de conférences, à l'aéroport et même au pub irlandais!
MURRAY SUID (Palo Alto, Californie)
#Ecrivain, travaille pour EDVantage Software, une société internet de logiciels éducatifs
Murray Suid vit à Palo Alto (Californie), une ville située au coeur de laSilicon Valley. Il est l'auteur de livres pédagogiques (par exemple Ten-MinuteGrammar Grabbers), de livres pour enfants (par exemple The Kids' How to DoAlmost Everything Guide), de réalisations multimédia (par exemple The WritingTrek) et de scénarios (par exemple Summer of the Flying Saucer - produit par lasociété irlandaise Magma Films en 2001).
*Entretien du 7 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
L'internet est devenu mon principal instrument de recherche, et il a largement - mais pas complètement - remplacé la bibliothèque traditionnelle et la communication de personne à personne pour une recherche précise. A l'heure actuelle, au lieu de téléphoner ou d'aller interviewer les gens sur rendez-vous, je le fais par courrier électronique. Du fait de la rapidité inhérente à la messagerie électronique, j'ai pu collaborer à distance avec des gens, particulièrement pour des scénarios. J'ai par exemple travaillé avec deux producteurs allemands.
Cette correspondance est également facile à conserver et à organiser, et je peux donc aisément accéder à l'information échangée de cette façon. De plus, le fait d'utiliser le courrier électronique permet aussi de garder une trace des idées et des références documentaires. Ce type de courrier fonctionnant bien mieux que le courrier classique, l'internet m'a permis de beaucoup augmenter ma correspondance. De même le rayon géographique de mes correspondants s'est beaucoup étendu, surtout vers l'Europe. Auparavant, j'écrivais rarement à des correspondants situés hors des Etats-Unis. C'est également beaucoup plus facile, je prends nettement plus de temps qu'avant pour aider d'autres écrivains dans une sorte de groupe de travail virtuel. Ce n'est pas seulement une attitude altruiste, j'apprends beaucoup de ces échanges qui, avant l'internet, me demandaient beaucoup plus d'efforts.
= Comment voyez-vous la relation entre l'imprimé et l'internet?
Tout d'abord, l'internet est au service de l'imprimé. Je n'aurais jamais pu préparer mon dernier livre publié, The Kids' How to Do (Almost) Everything Guide, sans utiliser le courrier électronique parce que cela m'aurait coûté trop de temps et d'argent pour localiser les experts. L'internet est un outil de recherche majeur pour les auteurs de livres, d'articles, etc.
De même, à notre époque qui bouge si vite, de nombreuses données ne restent pas valables longtemps, si bien que le contenu des livres devient vite obsolète. Mais un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en partie dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisément l'actualiser et le corriger, alors qu'auparavant il devait attendre longtemps jusqu'à l'édition suivante, quand il y en avait une.
En termes de marketing, le web devient également indispensable, particulièrement pour les petits éditeurs qui ne peuvent se permettre de publicité dans les principaux magazines ou émissions de radio. Bien que les grandes maisons d'édition aient toujours l'avantage, grâce au cyberespace les petits éditeurs peuvent mettre en place une stragégie de marketing efficace.
Les livres sur support papier seront encore disponibles pendant quelque temps, parce que nous avons l'habitude de ce support. De nombreux lecteurs aiment le toucher du papier, et le poids du livre dans les mains ou dans un sac. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'utiliser un livre numérique, mais j'aimerais faire cette expérience, à cause de la facilité de recherche, des possibilités de couleur et de son envisagées à l'avenir, etc. De toute évidence les livres multimédia peuvent être facilement téléchargés à partir du web et, même si ce n'est pas encore le cas, de tels livres domineront à l'avenir le marché de l'édition.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je ne sais pas très bien, parce que ne suis pas très au fait des aspects techniques de l'internet. J'aimerais avoir directement accès à des oeuvres numériques de la Library of Congress, par exemple, de la même façon que les archives de journaux, que je lis maintenant en ligne. Pour le moment, je trouve bien des livres en ligne (en mode image, ndlr), mais j'ai besoin d'avoir une version imprimée pour les utiliser. Je préférerais avoir accès en ligne à une version en mode texte et copier les parties dont j'ai besoin pour mon travail, au lieu d'avoir à photocopier ou scanner les pages qui m'intéressent.
J'espère que l'internet proposera bientôt la téléphonie avec vidéo, ce serait un progrès vraiment appréciable.
Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprimée. J'utiliserai peut-être ce nouveau support si les livres deviennent multimédias. Pour le moment je participe au développement de matériel pédagogique multimédia. C'est un nouveau type de matériel qui me plaît beaucoup et qui permet l'interactivité entre des textes, des films, des documents audio et des graphiques tous reliés les uns aux autres.
*Entretien du 3 août 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1998?
En plus des livres complétés par un site web, je suis en train d'adopter la même formule pour mes oeuvres multimédia - qui sont sur CD-Rom - afin de les réactualiser et d'enrichir leur contenu.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?Quelles solutions pratiques suggérez-vous?
Je pense que la solution est de créer des unités d'information ne pouvant être volées. En d'autres termes, l'oeuvre qui est vendue doit avoir plus de valeur que sa copie. Par exemple, il est pour le moment plus facile et meilleur marché d'acheter un de mes livres que de le photocopier dans son intégralité. J'essaie donc de concevoir mes livres de telle façon que toutes les pages aient leur utilité, et non seulement quelques-unes.
J'aimerais vendre mes livres en ligne - au format PDF - mais je n'ai pas encore étudié la manière d'empêcher les acheteurs de redistribuer les fichiers. Ceci est peut-être possible par le cryptage. Mais je ne connais pas cette technique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La rencontre avec des experts et des auteurs qui ont participé à mes projets de publications.
= Et votre pire souvenir?
Avoir été insulté par une personne que je ne connaissais pas, et qui avait très mauvaise opinion de moi alors qu'elle ne savait absolument rien à mon sujet.
*Entretien du 11 octobre 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1999?
EDVantage Software, notre société, est maintenant une société internet et non plus une société multimédia (CD-Rom). Nous procurons du matériel pédagogique en ligne aux étudiants et aux professeurs.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Non, nous utilisons très peu de papier. Nous faisons cependant quelques impressions, surtout pour les réunions au cours desquelles nous discutons des manuscrits.
= Pensez-vous que le papier sera encore utilisé à l'avenir?
J'espère que non.
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Je n'ai pas encore eu l'occasion d'en utiliser un.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Il est n'importe où, c'est-à-dire partout. L'exemple le plus simple est ma boîte aux lettres électronique, qui me suit où que j'aille.
= Et la société de l'information?
Une société dans laquelle les idées et le savoir sont plus importants que les objets.
JUNE THOMPSON (Hull, Royaume-Uni)
#Directeur du C&IT (Communications & Information Technology) Centre, basé à l'Université de Hull
Depuis ses débuts en 1989, le C&IT Centre fait partie de l'Institut des langues de l'Université d'Hull (Royaume-Uni), et vise à promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et l'enseignement des langues. Le Centre donne des informations sur la manière dont l'apprentissage des langues assisté par ordinateur peut être effectivement intégré à des cours existants en offrant un soutien aux professeurs qui utilisent l'informatique dans l'enseignement qu'ils dispensent (par exemple dans la rubrique: Internet Resources for Language Teachers and Learners).
Hébergé par le C&IT Centre, EUROCALL (European Association for Computer Assisted Language Learning) regroupe des professeurs de langues exerçant en Europe et dans le monde entier. L'association a pour but de promouvoir l'utilisation des langues étrangères en Europe, l'utilisation de la technologie pour l'apprentissage des langues à l'échelon européen, et l'élaboration et la diffusion d'un matériel de qualité. Un congrès annuel fait le point sur les recherches et les applications dans ce domaine.
EUROCALL a contribué à la création de WELL (Web Enhanced Language Learning). Destiné à l'enseignement supérieur au Royaume-Uni, ce programme vise à développer l'utilisation du web pour l'apprentissage des langues et à sensibiliser les professeurs sur les possibilités offertes par le web et les nouvelles technologies. Le site permet l'accès à des ressources web de qualité dans douze langues différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces ressources sont complétées par des informations et des exemples sur la manière de les utiliser pour l'enseignement ou l'apprentissage d'une langue.
*Entretien du 14 décembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel a été l'apport de l'internet dans votre activité?
L'utilisation de l'internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche, qui consiste à aider les professeurs de langue à utiliser les nouvelles technologies dans ce domaine.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?
Avec l'internet, on a la possibilité de davantage utiliser les langues étrangères, aussi notre organisation ne soutient absolument pas la suprématie de l'anglais en tant que langue de l'internet. A ce sujet, une intéressante conférence a été donnée par Madanmohan Rao à la Conférence WorldCALL de Melbourne en juillet 1998.
A mon avis, dans un avenir proche, l'utilisation de l'internet pour les langues va continuer à se développer en même temps que d'autres supports (par exemple l'utilisation de CD-Rom - certains établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en réseau), dans le cadre d'activités à caractère pédagogique. Dans cette optique, notre organisme travaille étroitement avec le projet WELL (Web Enhanced Language Learning).
JACQUES TRAHAND (Grenoble)
#Vice-président de l'Université Pierre Mendès France, chargé de l'enseignement à distance et des TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation)
*Entretien du 17 décembre 1999
= Pouvez-vous présenter le site web de votre université?
Ce site a été restructuré depuis 1996 pour éviter une trop grande hétérogénéité des présentations des différentes unités et équipes de notre université. Il vise entre autres à donner une meilleure information aux étudiants français et étrangers qui envisagent de venir étudier dans notre université.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis vice-président chargé de l'enseignement à distance et des technologies de l'information et de la communication pour l'éducation. A ce titre je supervise le déploiement des technologies permettant d'améliorer les services aux étudiants (et donc aux enseignants, aux personnels administratifs et à tous les acteurs et partenaires).
= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?
Internet est un nouveau type de ressource utilisable pour chercher, produire et stocker des connaissances, à ce titre les activités de formation et de recherche ne peuvent l'ignorer. Ce nouveau média modifie les contraintes liées à l'espace (présentiel versus distant) et au temps (synchrone versus asynchrone).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Il va falloir inventer et organiser les nouveaux métiers de la formation (éditeur, médiateur, tuteur, évaluateur…) et les faire prendre en compte dans les institutions de formation.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Ces problèmes me semblent voisins de ceux du photocopiage. Il faut développer un code de bons usages et tenter de le faire respecter.
PAUL TREANOR (Pays-Bas)
#Gère sur son site personnel une section consacrée à l'avenir des langues enEurope
Créé en 1996 par Paul Treanor, ce site web est divisé en six parties: idéologie de l'internet et du cyberespace, géopolitique et nationalisme, avenir de l'Europe, théorie et planification urbaines, libéralisme et éthique, et questions académiques. Certaines pages - dont le contenu prêtant à controverse pourrait donner lieu à des poursuites judiciaires - ne se trouvent que sur le site dupliqué. Ainsi, au cas où celui-ci serait fermé, le premier site se trouverait toujours disponible. Paul Treanor écrit également des articles pour le magazine en ligne allemand Telepolis.
*Entretien du 18 août 1998 (entretien original en anglais)
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Vous parlez du web au singulier. Comme vous l'avez sans doute lu (sur mon site, ndlr), je pense que "le web" est un concept politique, non technologique. Une civilisation est possible avec des ordinateurs très sophistiqués mais pas d'interconnexion. L'idée qu'il devrait exister "un web" est dérivée de la tradition libérale du marché unique ouvert, de préférence mondial.
L'internet devrait être tout simplement découpé en nets multiples, et l'Europe devrait couper ses liens avec les Etats-Unis et construire un autre Net spécifique et incompatible avec le premier. (…) Rappelez-vous qu'il y a quinze ans tout le monde pensait qu'il n'y aurait qu'un émetteur de télévision à l'échelle mondiale, CNN. Or il existe maintenant des chaînes de télévision nationales françaises, allemandes ou espagnoles.
La réponse à votre question est donc que l'entité "un web" sera de toute manière divisée, probablement en quatre parties:
1. un internet propre aux Etats-Unis et au Canada, avec nombre des caractéristiques actuelles;
2. des internets nationaux séparés, avec des liens limités avec l'extérieur;
3. un nouvel internet général pour relier entre eux les nets de la catégorie 2;
4. et peut-être un internet spécifique à l'Union européenne.
Comme vous le voyez, cette structure est parallèle à celle qui existe en géopolitique. Toute l'infrastructure des télécommunications a suivi des modèles similaires. (…)
La politique actuelle de l'Union européenne prétend être neutre, mais en fait elle soutient le développement de l'anglais comme langue de contact pour communiquer.
*Entretien du 25 juillet 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
La nature de l'internet a profondément changé durant ces deux dernières années. Il n'est désormais plus possible de parler de manière idéaliste de son impact social ou politique: l'internet est devenu entièrement commercial, ce qui était aisément prévisible. Je l'ai toujours décrit comme une structure libérale et comme un marché de l'information. Cette main-mise du commerce est donc logique.
On dit souvent que l'internet s'apparente maintenant à la télévision. Son contenu est certainement déterminé par les forces du marché, et il consiste de plus en plus en un certain nombre de sites très volumineux qui proposent une quantité considérable d'informations. D'une certaine manière ceux-ci ressemblent à des chaînes de télévision, bien que cette métaphore ne soit pas tout à fait exacte.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?
Le multilinguisme futur de l'internet est déterminé par les forces du marché. A présent il n'existe pas de volonté politique d'imposer le multilinguisme. Le fait d'avoir des informations dans plusieurs langues correspond à un intérêt commercial, au moins pour l'Europe. Par contre, pour les différentes langues de l'Afrique, il n'existe pas de potentiel économique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Je ne me fais aucune illusion sur l'internet. Il ne me vient à l'esprit aucune exception à citer.
= Et votre pire souvenir?
La pire chose que j'aie vue récemment sur l'internet est le fait que des milliers de personnes aient ajouté le logo de la radio B92 de Belgrade sur leur site, sans se poser de questions sur la nature de cette radio ni sur la politique qu'elle représentait. En fait cette radio émettait déjà d'un avion de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord). La campagne menée montre combien il est facile de manipuler le public de ce nouveau médium.
ZINA TUCSNAK (Nancy)
#Ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique français)
L'ATILF a développé des programmes de recherche sur la langue française, principalement son vocabulaire. Traitées par des systèmes informatiques spécifiques, les données (lexicales et textuelles) portent sur divers registres du français : langue littéraire (du 14e au 20e siècle), langue courante (écrite et parlée), langue scientifique et technique (terminologies), et régionalismes.
Les bases de données de l'ATILF comprennent notamment: (1) Frantext, un corpus à dominante littéraire constitué de textes français qui s'échelonnent du 16e au 20e siècle. Sur l'intégralité du corpus, il est possible d'effectuer des recherches simples ou complexes (base non catégorisée). Sur un sous-ensemble comportant des oeuvres en prose des 19e et 20e siècles, les recherches peuvent également être effectuées selon des critères syntaxiques (base catégorisée); (2) l'Encylopédie de Diderot et d'Alembert, en collaboration avec l'ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language) de l'Université de Chicago. Il s'agit de la version internet de la première édition, à savoir 17 volumes de texte et 11 volumes de planches; (3) Dictionnaires d'autrefois (16e-19e siècles): Dictionnaires de l'Académie française, 1re (1694), 5e (1798), et 6e (1835) éditions, Dictionarium latinogallicum de Robert Estienne, Thresor de la langue françoyse (versions ancienne et moderne) de Jean Nicot, Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle; (4) le Catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI), un ensemble de sites qui diffusent des ressources textuelles en ligne sur le web, sélectionnés en fonction de leur sérieux sur le plan du traitement éditorial et du traitement numérique des textes; (5) le Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition (1932).
*Entretien du 23 octobre 2000
= Pouvez-vous présenter votre organisme?
Je fais partie du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), plus précisément du département des Sciences de l'homme et de la société (SHS). L'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique français) participe activement à la valorisation des innovations scientifiques et techniques et au rayonnement de la culture française à l'étranger.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis ingénieure informaticienne. Mon travail s'articule autour de deux axes principaux: gérer des bases textuelles informatisées (Encyclopédie Diderot, Dictionnaires d'autrefois) et assurer l'administration des serveurs de notre laboratoire. Je gère plusieurs sites internet: Encyclopédie Diderot, Dictionnaires d'autrefois, Webcourrier et Ressources informatiques à l'INaLF.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je ne conçois pas l'avenir sans internet. C'est une évolution constante.
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Non, pas personnellement. Les dictionnaires électroniques et autres e-books révolutionnent l'accès à la culture. En quelques clics, l'utilisateur peut trouver l'information recherchée.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
L'e-book offre une combinaison d'opportunités: la digitalisation et l'internet. Les éditeurs apportent leur titres à tous les lecteurs du monde. C'est une nouvelle ère de la publication.
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Le droit en informatique et en particulier le droit d'auteur sur la toile est une discipline de plus en plus développée et recherchée. Malgré quelques cas qui ont fait jurisprudence, le législateur n'est pas en mesure de solutionner toute la problématique actuelle. L'absence des frontières est un gros handicap.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
C'est un vaste problème. Le meilleur moyen sera l'application d'une loi par laquelle on va attribuer un "quota" à chaque langue. Mais est-ce que ce n'est pas une utopie de demander l'application d'une telle loi dans une société de consommation comme la nôtre?