Chapter 8

Peu d'actualisation à nos renseignements antérieurs. Des projets certes qu'il est trop tôt de préciser. Cependant un net regain de personnes qui viennent à notre librairie après nous avoir découvert sur le web. C'est donc plutôt une clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a découvert sur le web. Mais l'expérience est très intéressante et nous conduit à poursuivre.

PIERRE LE LOARER (Grenoble)

#Directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques de Grenoble et chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation)

*Entretien du 5 février 2001

= Pouvez-vous vous présenter?

Professionnellement, actuellement, je suis chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) et directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble, qui est un organisme d'enseignement supérieur. Je suis également webmestre du site web de cette institution.

Mon parcours professionnel m'a permis de travailler à la fois dans le secteur public et dans le secteur privé. Et je considère cela comme un grand avantage. Le passage de l'un à l'autre (et dans les deux sens) devrait être davantage favorisé.

= Pouvez-vous décrire le site web de votre organisme?

Conçu dès février 1998, il a ouvert en mai 1998. J'étais le chef de projet, d'autant que j'ai une formation multimédia, outre ma formation initiale en philosophie, documentation-bibliothèques et informatique.

Il y avait un comité de pilotage (au sein de notre Institut) et également plusieurs partenaires:

- un graphiste (qui venait de créer le logo de l'Institut) à qui j'ai demandé de décliner des éléments cohérents pour le site, en liaison avec la société de multimédia,

- une société de création multimédia à qui j'ai demandé de créer une "maquette" de page d'accueil et deux modèles de pages (page de rubrique principale, page de sous-rubrique) pour disposer d'une ligne graphique,

- une ergonome qui avait pour objet de tester et surtout de faire tester la version 1 (maquette) du site, pour ensuite réaliser une version 2 opérationnelle, ce qui a été fait,

- une rédactrice qui, avec moi-même, a repris, sélectionné les informations et même partiellement réécrit certains textes et surtout organisé avec moi les rubriques et sous-rubriques, créé les libellés d'intitulés, etc., ce travail étant soumis au comité de pilotage,

- le CRI (centre de recherche en informatique) de l'université pour réaliser les pages HTML en suivant les modèles, une fois validés, des pages de différents niveaux et également pour héberger le site.

Dans un second temps, un professeur d'anglais m' a aidé à créer quelques pages en anglais. Aujourd'hui, le site est maintenu à jour par moi-même et une personne qui m'aide grandement pour cette tâche. Pour le mettre à jour, nous travaillons avec un outil d'édition en ligne.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Elle est très variée. Je ne reviens pas sur mes fonctions de directeur d'un centre de documentation, sinon pour insister sur:

- l'importance de la formation des étudiants à la recherche documentaire, à la connaissance des sources d'information, imprimées et électroniques, et à la production de documents sous forme numérique,

- la conception, que je reprends à mon compte, de la "bibliothèque hybride" qui gère, donne accès à la fois aux documents imprimés et aux documents électroniques. Il me semble que l'on peut même parler de "lecture hybride" où l'on passe de l'écran à divers supports imprimés et l'inverse.

Mes fonctions de chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) visent à mettre ces TICE au service de la stratégie de l'Institut, pour son développement, pour renforcer encore la qualité de son enseignement, faciliter des accompagnements pédagogiques, aider au développement des relations internationales grâce aux facilités de l'échange électronique. Les TICE ne sont pas un but en soi, mais bien un outil au service d'objectifs stratégiques. Ceci passe, entre autres, par la création d'intranets pédagogiques, un renforcement de la formation en bureautique communicante pour les étudiants, les enseignants et le personnel administratif.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Elle a divers aspects, qui sont assez différents: gestionnaire de site, formateur pour un usage à la fois réfléchi et professionnel du web, animateur, participant à des séminaires, réunions diverses sur l'internet (et l'éducation, les collectivités territoriales, etc.). Membre de l'ISOC (Internet Society), je participe aux rencontres d'Autrans.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Oui. Et également beaucoup l'écran.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Le papier a encore de beaux jours devant lui, même si le support électronique va continuer à beaucoup se développer et se diversifier.

= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?

Je préfère vous renvoyer à deux écrits récents. Pour information, le texte que j'avais écrit sur "Lecteurs et livres électroniques" pour le Bulletin des Bibliothèques de France (de juillet 2000, paru en décembre 2000, ndlr) est aujourd'hui disponible au format pdf. Un autre article, mettant à jour un grand nombre d'informations, va paraître dans Documentaliste-Sciences de l'information d'ici quelques jours (paru depuis: "Les livres électroniques ou le passage", vol. 37, n° 5-6, 2000, ndlr).

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Meilleur, je ne sais.

Quand j'ai pu aider tel(le) internaute à l'autre bout du monde (Australie, par exemple) sur une question précise, via le hasard du questionnement. Mais ce n'est pas si fréquent (manque de temps, participation aujourd'hui plus que limitée aux listes et forums).

Quand j'ai pu échanger des propos avec tel ou tel chercheur de l'autre bout du monde et avoir ensuite le plaisir de le rencontrer in situ.

Etc., etc.

= Quel est votre pire souvenir lié à l'internet?

Pire, je ne sais.

Mais l'avalanche de messages "spam" a le don de m'agacer, voire de m'irriter. De même, je n'apprécie guère (euphémisme) certain(s) fournisseur(s) d'accès qui rédui(sen)t la vision de l'internet à l'espace de leurs propres sites et ressources, et exigent l'utilisation de leur seul logiciel de messagerie (propriétaire) pour communiquer par mél. Une tromperie quant à la vision et aux potentialités de l'internet.

FABRICE LHOMME (Bretagne)

#Créateur d'Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction

Fabrice Lhomme a créé Une Autre Terre - site personnel - par passion pour la science-fiction. Il est technicien en informatique, et son activité principale est la création de serveurs internet au sein d'une petite société informatique.

*Entretien du 9 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le serveur a vu le jour fin novembre 1996. J'ai commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l'époque et quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums à l'aide d'un logiciel "maison" qui sert également sur d'autres actuellement. Depuis la page réalisée pour le premier anniversaire du serveur, le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j'avais tout fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je reçois régulièrement des critiques réalisées par d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais, une fois qu'il y en a eu un certain nombre, j'ai commencé à en recevoir régulièrement (effet d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'être satisfait car mon site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui me ravit.

= Quels sont vos projets?

J'envisage pour très bientôt d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion à vendre avec l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement j'ouvrirai aussi une rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes des visiteurs en ce sens. Si l'activité de vente de livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activité professionnelle sous la forme d'une micro-entreprise.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Il faut d'abord préciser qu'Une Autre Terre est un serveur personnel hébergé gratuitement par la société dans laquelle je travaille. Je l'ai créé uniquement par passion pour la SF et non dans un but professionnel même si son audience peut laisser envisager des débouchés dans ce sens. Par contre internet a bel et bien changé ma vie professionnelle. Après une expérience de responsable de service informatique, j'ai connu le chômage et j'ai eu plusieurs expériences dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activité que j'ai pu trouver était vendeur en micro-informatique en grande surface (je dois préciser quand même que je suis attaché à ma région et que je refusais de "m'expatrier"). Jusqu'au jour donc où j'ai trouvé le poste que j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais peut-être encore en grande surface. Actuellement, le principal de mon activité tourne autour d'internet (réalisation de serveurs web, intranet/extranet,…) mais ne se limite pas à cela. Je suis technicien informatique au sens large du terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matériel, de réseaux, d'audits, de formations, de programmation, etc.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'ai trouvé dans internet un domaine de travail très attrayant et j'espère fortement continuer dans ce segment de marché. La société dans laquelle je travaille est une petite société en cours de développement. Pour l'instant je suis seul à la technique (ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions à moyen terme embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilité.

*Entretien du 26 juillet 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Le projet que j'avais de vendre des livres d'occasion par ce média a abouti (ouverture de la CyberBouquinerie SF en août 1998). De ce côté-là, le résultat n'est pas à la hauteur de mes espérances. Faute de moyens, je n'ai pas pu constituer un stock de livres suffisamment important pour satisfaire la clientèle potentielle. Malgré tout, j'ai régulièrement des commandes. Ça me paie mes propres livres mais il faudra attendre encore pour en faire une activité professionnelle…

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

De par mon travail, je fais plus attention aux aspects techniques du web qu'aux débats qui s'y rapportent. Il me semble quand même qu'il y a incompatibilité entre internet et la notion de droits d'auteur. Internet est un espace ouvert et il me semble impossible d'empêcher quelqu'un d'y diffuser des documents protégés.

Le fait d'en parler est tout de même important car ça pourra peut-être sensibiliser certaines personnes qui n'avaient pas pensé au problème. Mais cela n'arrêtera jamais quelqu'un qui le fait en connaissance de cause. La seule solution qui me semble plausible serait que les hébergeurs surveillent un peu plus le contenu des pages qu'ils hébergent.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Dans un article "spécial science-fiction" de Club-Internet, Jacques Sadoul (auteur, directeur de collection, anthologiste…) a parlé de mon site comme faisant partie des meilleurs sites francophones traitant de SF. Quand ça vient d'une personne telle que lui, on ne peut qu'être ravi…

PHILIPPE LOUBIERE (Paris)

#Traducteur littéraire et dramatique, spécialiste de la Roumanie

*Entretien du 24 mars 2001

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis traducteur littéraire en français (ma langue maternelle) à partir principalement du roumain (et aussi de l'espagnol). Ayant traduit et adapté de nombreuses pièces de théâtre, j'ai également eu l'occasion de m'impliquer dans la mise en scène, et pas seulement des pièces que j'ai pu traduire ou adapter. Je fais des piges également pour plusieurs revues sur la Roumanie, sur le monde arabe et sur la langue française (notamment sur le site de l'Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française - ASSELAF). Il m'arrive également de donner des cours d'arabe, langue que j'ai enseignée plusieurs années pour l'Éducation nationale française, pour ne pas perdre la main dans cette langue.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Les contacts amicaux et professionnels, par courrier électronique donc, ainsi que la transmission de documents écrits ou d'images, mais assez peu de navigation.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Sans grand changement, je crois, en ce qui me concerne (mais sait-on jamais?).

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

J'utilise beaucoup le support papier car, quoique j'écrive la plupart du temps sur ordinateur, j'ai besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je suis très attaché au livre comme objet et comme support de connaissance. Et en tout cas je fais partie de la chaîne qui les édite. Je viens même d'en publier un: Cîntece de alchimist / Chants d'achimiste de Teodor Mazilu, édition bilingue de poésie, traduite par mes soins (publiée aux éditions Crater à Bucarest).

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Je pense que le papier a encore de très beaux jours devant soi. Mais il va resserrer une partie de sa gamme, naturellement, c'est-à-dire la recentrer. Je suis ravi que l'on économise ainsi la vie de milliers d'arbres, pour que certaines données d'intérêt variable ou à rotation rapide soient déviées sur les divers supports numériques. Par ailleurs, les journaux (non nécessairement les quotidiens) restent un moyen dit d'"information" plus digne de foi que la presse audio-visuelle: leur lecture est le moyen d'essayer de s'informer le moins passif, celui qui permet la meilleure distanciation par rapport à l'information (on se fait moins piéger par le matraquage télé). Il y a ensuite plus de diversité dans les titres, dans les opinions, et surtout il y a des journaux spécialisés (c'est même le seul moyen d'information susceptible d'être spécialisé). Le livre, enfin, me paraît aujourd'hui le lieu idéal de refuge des valeurs de l'esprit, celles qui ne sont pas frappées d'obsolescence par le progrès technique ou par les modes. Bref, le papier, c'est la lecture, et c'est la lecture libre.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Mon opinion, que je garde la plus éloignée possible de tout sentiment, est assez réservée. La lecture sur écran est moins confortable que dans un livre traditionnel. Le seul intérêt (à long terme) serait, me semble-t-il, de trouver à l'état numérique des livres épuisés, lorsqu'on ne peut se rendre dans une bibliothèque.

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

Le débat sur le droit d'auteur sur le web me semble assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines où le droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer. Le producteur est en position de force par rapport à l'auteur dans pratiquement tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacés que par ricochet. Il est possible que l'on puisse légiférer sur la question, au moins en France où les corporations se revendiquant de l'exception culturelle sont actives et résistent encore un peu aux Américains, mais le mal est plus profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs étaient toujours les derniers et les plus mal payés avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils continuent d'être les derniers et les plus mal payés depuis. Il me semble nécessaire que l'on règle d'abord la question du respect des droits d'auteur en amont d'internet. Déjà dans le cadre général de l'édition ou du spectacle vivant, les sociétés d'auteurs - SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), Société des gens de lettres, SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), etc. - faillissent dès lors que l'on sort de la routine ou du vedettariat, ou dès que les producteurs abusent de leur position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est très fréquent. Il est hypocrite dans ce cas-là de crier haro sur le seul internet.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web véritablement multilingue?

La langue unique est à l'évidence un système totalitaire. Tout ce qui peut contribuer à la diversité linguistique, sur internet comme ailleurs, est indispensable à la survie de la liberté de penser. Je n'exagère absolument pas: l'homme moderne joue là sa survie. Cela dit, je suis très pessimiste devant cette évolution. Les Anglo-saxons vous écrivent en anglais sans vergogne. L'immense majorité des Français constate avec une indifférence totale le remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hégémonie linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de servir ces riches et puissants maîtres. La seule solution consisterait à recourir à des législations internationales assez contraignantes pour obliger les gouvernements nationaux à respecter et à faire respecter la langue nationale dans leur propre pays (le français en France, le roumain en Roumanie, etc.), cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rêvons pas…

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

L'accompagnement acoustique, mais je n'ai pas de suggestions techniques.

= Comment définissez-vous la société de l'information?

Il n'y a pas, je crois, de société de l'information. Internet, la télévision, la radio ne sont pas des moyens d'information, ce sont des moyens de communication. L'information participe d'une certaine forme de savoir sur le monde, et les moyens de communication de masse ne la transmettent pratiquement pas. Ils l'évoquent dans le meilleur des cas (ceux des journalistes de terrain par exemple), et la déforment voire la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le veuille!) le pouvoir politique n'est hélas plus aujourd'hui assez "le" pouvoir pour pouvoir faire respecter l'information et la liberté. L'information, comme toute forme de savoir, est le résultat d'une implication personnelle et d'un effort de celui qui cherche à s'informer. C'était vrai au Moyen-Âge, c'est encore vrai aujourd'hui. La seule différence, c'est qu'aujourd'hui il y a davantage de leurres en travers du chemin de celui qui cherche.

TIM McKENNA (Genève)

#Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité" dans un monde en mutation constante

*Entretien du 17 octobre 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

J'enseigne les mathématiques. En ce moment, je suis en disponibilité pour préparer une maîtrise en gestion des télécommunications.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

J'utilise l'internet principalement comme outil de recherche.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'aimerais que l'internet devienne davantage un outil d'accès à l'information et aux médias non contrôlé par les multinationales.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Le droit d'auteur est une question difficile. Le détenteur de la propriété intellectuelle pense que ce qu'il a créé lui appartient. Quant au client, il achète un morceau de plastique (dans le cas d'un CD) ou un ensemble de pages brochées (dans le cas d'un livre). Les commerçants n'ont pas encore réussi à faire comprendre au client la notion de propriété intellectuelle. Le consommateur ne pense pas de manière très abstraite. Quand il télécharge des chansons par exemple, c'est simplement pour les écouter, non pour les posséder. L'industrie musicale et le monde de l'édition doivent trouver des solutions pour que le consommateur prenne en considération la question du copyright lors de ces téléchargements.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?

Quand la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent discuter sur le web en temps réel dans différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Le papier joue encore un rôle vital dans ma vie. Pour moi, la lecture est une question de fierté culturelle. J'ai des origines irlandaises (Tim est américain, ndlr). Pour paraphraser Thomas Cahil, en Irlande la spiritualité a toujours été étroitement liée à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Ne pas pouvoir lire sur le papier me manquerait, et la lecture à l'écran est trop fatigante pour les yeux.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Je ne pense pas que le livre numérique séduise vraiment les amoureux des livres. Si l'internet est un excellent moyen d'information, les livres ne se bornent pas à cela. Ceux qui aiment les livres ont une relation personnelle avec eux. Ils les relisent, notent leurs commentaires sur les pages, s'entretiennent avec eux. Tout comme le cybersexe ne remplacera jamais le fait d'aimer une femme, le livre numérique ne remplacera jamais la lecture d'un beau texte en version imprimée.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

Les concepteurs de logiciels doivent développer des logiciels activés par la voix, en ayant à l'esprit les aveugles en ce qui concerne la qualité, et l'ensemble des utilisateurs en ce qui concerne la rentabilité. Ceci est bien préférable que de limiter l'utilisation d'une technologie à la communauté des aveugles. Il existe d'innombrables exemples de technologies développées à l'origine pour des personnes ayant une déficience donnée et qui ont été profitables à tous.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Pour moi, le cyberespace est l'ensemble des liens existant entre les individus utilisant la technologie pour communiquer entre eux, soit pour partager des informations, soit pour discuter. Dire qu'une personne existe dans le cyberespace revient à dire qu'elle a éliminé la distance en tant que barrière empêchant de relier personnes et idées.

= Et la société de l'information?

Je considère la société de l'information comme la forme tangible de la conscience collective de Jung. L'information réside essentiellement dans notre subconscient mais, grâce à l'existence de navigateurs, l'information est désormais plus facile à récupérer. Cette information favorise une meilleure connaissance de nous-mêmes en tant qu'individus et en tant qu'êtres humains.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

L'utilisation du courrier électronique pour rester en contact avec mes amis.

= Et votre pire souvenir?

Apprendre à utiliser l'internet, avant que la technologie n'apporte les améliorations me permettant de ne plus me préoccuper de mon inaptitude dans ce domaine.

PIERRE MAGNENAT (Lausanne)

#Responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre informatique de l'Université de Lausanne

*Entretien du 27 octobre 2000

= Pouvez-vous vous présenter?

Mathématicien de formation, je me suis ensuite orienté vers la recherche en astrophysique à l'Observatoire de Genève, domaine dans lequel j'ai obtenu mon doctorat en 1982. Le sujet en était l'étude de la stabilité des orbites dans des modèles numériques de galaxies, ce qui m'a conduit à développer un usage intense de l'informatique, et m'a peu à peu dirigé totalement vers cette branche encore neuve à l'époque. En 1985, j'ai accordé mes actes à mes préférences et suis parti travailler chez un constructeur informatique. J'ai rejoint l'Université de Lausanne en 1990 pour occuper le poste où je suis encore.

= Pouvez-vous décrire l'activité de votre organisme?

L'Université de Lausanne est une université généraliste fondée en 1537 (théologie, droit, lettres, sciences sociales, HEC (hautes études commerciales), sciences (maths, physique, chimie, biologie, sciences de la terre, pharmacie) et médecine. Elle comprend environ 10.000 étudiants et 2.200 chercheurs.

= Pouvez-vous décrire son site web?

Dès le début du web, un premier site a été créé par le personnel du centre informatique (en 1995). Chaque faculté, section ou institut s'y est mis par la suite, sans réelle unité et cohérence. Par la suite, certaines règles d'édition ont été établies, et le site remanié à plusieurs reprises avec l'aide de graphistes et d'une personne en charge de fédérer les informations. Nous avons été la première université suisse (voire européenne?) à permettre l'immatriculation des nouveaux étudiants par le web. Depuis, les applications administratives (ressources humaines, finances, grades, etc.) sont les unes après les autres adaptées à un usage par le web. Pour le futur proche, nous étudions la mise en place d'un portail dont l'accès sera personnalisé et adapté aux tâches et désirs de chacun, étudiants, personnel ou visiteur. Il permettra également un accès authentifié aux applications administratives.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je dirige la centrale d'achats informatiques de l'université. A ce titre, je définis des normes techniques, je procède aux appels d'offres et gère l'entretien du parc, ainsi que les contrats de licences de logiciels. Je suis également responsable de l'établissement et de la gestion des budgets informatiques centraux. Une bonne part de mon activité est ainsi liée à des aspects de prospective et de veille technologique.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Bien avant l'arrivée du web, internet était déjà un outil essentiel à mon activité: courrier électronique, information par Usenet News puis gopher. Chaque développement nouveau de l'internet nous a permis de mettre en place des outils facilitant la vie de nos utilisateurs (listes de prix et configurations, formulaires de commandes, inventaires en ligne, etc.) tout comme la nôtre (contacts fournisseurs, informations techniques, etc.). Par ailleurs, cet usage a déteint dès le début sur mes activités personnelles (IRC, news, etc.), pour aboutir à un usage fréquent du commerce électronique et de la bourse en ligne.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'usage de l'internet va encore s'intensifier, tout comme ses aspects intranet au sein de notre institution. En particulier, l'apparition des "campus virtuels" proposant des enseignements à distance et/ou collaboratifs va bouleverser l'usage que l'on en fait jusqu'à maintenant, exigeant des bandes passantes considérablement plus grandes. La téléconférence, déjà mise en place par ATM (asynchronous transfer mode) entre les universités de Lausanne et Genève, va également s'étendre, exigeant elle aussi des moyens considérables et très sécurisés (par exemple pour les diagnostics médicaux à distance, voire la téléchirurgie).

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, hélas. Nous continuons à devoir imprimer beaucoup de choses, ne serait-ce que pour des raisons administratives. Par contre, pour tout ce qui est information, je ne la prends plus que sur internet.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Comme pour toute nouvelle technologie, je m'y mettrai avec joie dès que son usage sera plus pratique et/ou agréable que la méthode traditionnelle. Il faut donc un support léger et petit, avec un écran parfaitement stable et précis. Il faudra de plus qu'il nous procure des avantages: possibilité de copier/coller des passages sur son poste de travail, accès à des bases de données bibliographiques, etc. Tant que c'est moins agréable qu'un livre, et sans avantage notable, je reste au livre. C'est comme pour l'agenda/PDA (personal digital assistant): je ne me suis pas encore résolu à passer au Palm, car mon vieux time-system est encore beaucoup plus pratique et rapide. Lors d'une séance de groupe où nous devons convenir d'une prochaine réunion, je suis toujours le premier à pouvoir dire si telle date me convient, alors que mes collègues "palmés" en sont encore à tapoter au stylet pour trouver la bonne page…

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?

Je n'ai pas de suggestion, mais plutôt une interrogation: que cherche-t-on par là? Les évènements récents dans le monde musical ont montré que de grosses entreprises prennent prétexte du droit d'auteur pour en fait protéger leur profit. Je ne me fais aucune illusion sur la probabilité qu'a et aura un auteur peu médiatisé, dans un pays autre que les Etats-Unis, de recevoir des royalties sur un texte ou une musique diffusés sur le web, même si des dispositifs de mesure sophistiqués sont mis en place. Par ailleurs, ces dispositifs existent, permettant donc théoriquement un contrôle, alors que ça n'est pas le cas sur les photocopieurs ou les enregistreurs de cassettes. A cet égard, le web n'amène donc pas vraiment de problème supplémentaire.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?

La seule solution que je vois serait qu'un effort majeur et global soit entrepris pour développer des traducteurs automatiques. Je ne pense pas qu'une quelconque incitation ou autre quota pourrait empêcher la domination totale de l'anglais. Cet effort pourrait - et devrait - être initié au niveau des états, et disposer des moyens suffisants pour aboutir. Concernant le français, il existe un groupement de pays francophones dont des délégués se réunissent régulièrement. Le résultat de ces réunions ne m'est jamais apparu clairement; l'économie réalisée en supprimant un ou deux de ces raouts permettrait peut-être de financer le projet…

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

Pas vraiment d'idée particulière autre que ce qui existe déjà, comme les synthétiseurs vocaux.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

L'ensemble des ressources et acteurs connectés et accessibles à un moment donné.

= Et la société de l'information?

Un mot à la mode, qui ne veut rien dire. Une société est par essence communicative, et donc caractérisée par des échanges d'informations. Les seules choses qui ont changé, c'est la quantité et la vitesse de ces échanges.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Lorsqu'en 1995, je me suis retrouvé à mon premier GT (Get Together) en Californie, une party à laquelle participaient plus de cinquante personnes que je n'avais jamais vues, mais que je connaissais déjà bien pour avoir "chatté" avec elles pendant deux ans sur IRC (Internet relay chat).

= Et votre pire souvenir?

Lorsque je me suis fait avoir par une fausse information concernant une société dont je possédais des actions. C'est un mauvais souvenir mais une bonne leçon.

XAVIER MALBREIL (Ariège, Midi-Pyrénées)

#Auteur multimédia, créateur du site www.0m1.com, modérateur de la liste e-critures

Auteur multimédia, Xavier Malbreil est le créateur du site www.0m1.com et le modérateur de la liste e-critures. Son roman Je ne me souviens pas très bien est une expérience d'écriture mise en ligne en temps réel. Par ailleurs, certains des ouvrages de Xavier Malbreil sont publiés par les éditions www.manuscrit.com: Des corps amoureux dans quelques récits, recueil de quinze nouvelles autour des nouvelles limites du corps amoureux, et Les prisonniers de l'internet, épisode I et II, début d'une saga "jeunesse" sur l'imaginaire lié à l'internet.

*Entretien du 28 mars 2001

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je fais plusieurs métiers de plume comme: traducteur, rédacteur publicitaire, concepteur de sites internet.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Je suis modérateur de la liste e-critures. Webmaster du site www.0m1.com.Intervenant sur le site www.e-critures.org. Créateur de plusieurs sites.

= Les possibilités offertes par l'hyperlien ont-elles changé votre mode d'écriture?

Oui: j'ai développé une écriture hypertextuelle spécifique sur mon site www.0m1.com dans les rubriques "10 poèmes en 4 dimensions" et "Formes libres flottant sur les ondes".

Non: mon écriture traditionnelle (roman, nouvelles) n'a pas été modifiée par l'hyperlien.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'ai plusieurs projets en cours de développement destinés à l'internet. Concernant l'avenir de l'internet, je le crois illimité. Il ne faut pas confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou dont l'objectif était mal défini, et la réalité du net. Mettre des gens éloignés en contact, leur permettre d'intéragir, et que chacun, s'il le désire, devienne son propre fournisseur de contenu, c'est une révolution dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Dans mon travail d'écriture traditionnelle, je me sers du papier comme d'une étape intermédiaire. En imprimant ce que j'ai tapé sur l'ordinateur, je visualise mieux (mets à distance) le premier jet, afin de mieux le retravailler. Puis retour sur écran, et re-impression sur papier, autant de fois qu'il le faut.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Il y a beaucoup de choses qui pourront se passer du papier, comme les annuaires, les guides, etc…

Le livre-papier reste encore un objet désirable (oui, il faut mettre en avant ce concept d'avoir du désir pour un livre et toujours se poser la question "depuis combien de temps n'ai-je pas eu du désir pour un livre?"). Par contre, ce qui a été créé pour et par ordinateur ne gagnera rien à être transféré sur papier. Il ne sert à rien d'opposer les deux médias. On élève toujours des chevaux, même si la voiture rend des services plus performants. Feuilleter un livre, c'est une impression physique, dans laquelle la performance n'a rien à voir.

Explorer ludiquement un écran, c'est une joie également.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Pour l'instant, je trouve ça moche, et peu pratique. Nous n'en sommes qu'au début. L'argument selon lequel on pourrait disposer de plusieurs livres simultanément me semble un peu fallacieux. Quand on est un lecteur, on veut lire UN livre et pas trente-six à la fois. Ce livre, on l'a choisi, on le désire. Quand on en veut un autre, on en prend un autre. Il y a le cas des expéditions lointaines. Oui… mais est-ce vraiment un argument? Il ne faut pas se laisser prendre aux arguments des vendeurs de gadgets électroniques.

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

Il y a deux choses.

Le web ne doit pas être un espace de non-droit, et c'est un principe qui doit s'appliquer à tout, et notamment au droit d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit ouvrir droit à rétribution.

Mais également, le web est un lieu de partage. Echanger entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut recopier des passages d'un livre particulièrement apprécié, pour le faire aimer, cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux auteurs. La littérature souffre surtout de ne pas être diffusée. Tout ce qui peut concourir à la faire sortir de son ghetto sera positif.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Une interconnexion de tous, partout. Avec le libre accès à des banques de données, pour insuffler également du contenu dans les échanges interpersonnels.

= Et la société de l'information?

La circulation de l'information en temps réel. La connaissance immédiate. L'oubli immédiat. L'espace saturé d'ondes nous entourant, et nous, corps humains, devenant peu à peu un simple creux laissé par les ondes, une simple interconnexion. Corps humains devenant instants de l'information.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Une rencontre amoureuse. La rencontre de plusieurs communautés d'écrivains.

= Et votre pire souvenir?

Au tout début, ne pas avoir maîtrisé les codes de communication liés à l'internet. M'être laissé entraîner dans des polémiques vaines.

ALAIN MARCHISET (Paris)

#Président du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM)

En France, le SLAM (Syndicat de la librairie ancienne et moderne) est le seul syndicat professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrés, autographes et gravures. Créé en 1914, il regroupe aujourd'hui quelque 220 membres.

*Entretien du 7 juillet 2000

= En quoi consiste le site web du SLAM?

L'Association des libraires de livres anciens - le Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM) - avait déjà créé un premier site internet il y a trois ans, mais ce site ne nous appartenait pas et la conception en était un peu statique. Ce nouveau site plus moderne de conception a été ouvert il y a un an.

Il intègre une architecture de type "base de données", et donc un véritable moteur de recherche, qui permet de faire des recherches spécifiques (auteur, titre, éditeur, et bientôt sujet) dans les catalogues en ligne des différents libraires. Le site contient l'annuaire des libraires avec leurs spécialités, des catalogues en ligne de livres anciens avec illustrations, un petit guide du livre ancien avec des conseils et les termes techniques employés par les professionnels, et aussi un service de recherche de livres rares.

De plus l'Association organise chaque année en novembre une foire virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une véritable foire internationale du livre ancien qui a lieu à Paris et dont le catalogue officiel est visible aussi sur le site. Le SLAM est membre de la Ligue internationale de la librairie ancienne (LILA), qui est une fédération d'associations professionnelles de libraires de 28 pays dans le monde.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l'on peut commander directement par courrier électronique et régler par carte de crédit. Les livres sont expédiés dans le monde entier.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Les libraires de livres anciens vendaient déjà par correspondance depuis très longtemps au moyen de catalogues imprimés adressés régulièrement à leurs clients. Ce nouveau moyen de vente n'a donc pas été pour nous vraiment révolutionnaire, étant donné que le principe de la vente par correspondance était déjà maîtrisé par ces libraires. C'est simplement une adaptation dans la forme de présentation des catalogues de vente qui a été ainsi réalisée. Dans l'ensemble la profession envisage assez sereinement ce nouveau moyen de vente.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Ce problème ne nous concerne guère étant donné que nous vendons surtout des livres anciens et donc des textes qui sont dans le domaine public.

= Et en ce qui concerne un internet multilingue?

Notre site internet est déjà bilingue anglais-français. Bien entendu l'anglais semble incontournable, mais nous essayons aussi de maintenir le français autant que possible.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Notre étonnement initial face aux premières ventes réalisées. Nous avions en effet du mal à imaginer des personnes pianotant sur un clavier pour faire leurs achats.

= Et votre pire souvenir?

Tous les messages publicitaires dont nous sommes inondés.

*Entretien du 11 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Après une expérience de près de cinq années sur le net, je pense que la révolution électronique annoncée est moins évidente que prévue, et sans doute plus "virtuelle" que réelle pour le moment. Les nouvelles technologies n'ont pas actuellement révolutionné le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout à une série de faillites, de rachats et de concentrations de sociétés de services (principalement américaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun essayant d'avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux à la fois pour les libraires et pour les clients qui risquent à la longue de ne plus avoir de choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des 29 pays fédérées autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne (LILA) ont décidé de réagir et de se regrouper autour d'un gigantesque moteur de recherche mondial sous l'égide de la LILA, à partir du site www.ilab-lila.com. Cette fédération représente un potentiel de 2.000 libraires indépendants dans le monde, mais offrant des garanties de sécurité et de respect de règles commerciales strictes. Ce nouveau moteur de recherche de la LILA (en anglais ILAB) en pleine expansion est déjà référencé par AddAll.com et Bookfinder.com. Voilà donc pour les nouveautés et les dernières orientations stratégiques qui semblent se dessiner sur la toile…

MARIA-VICTORIA MARINETTI (Annecy)

#Professeur d'espagnol en entreprise et traductrice

Maria Victoria Marinetti, de nationalités mexicaine et française, est docteur en ingénierie. Elle est professeur d'espagnol dans plusieurs entreprises du bassin annécien, et traductrice.

*Entretien du 25 août 1999

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activité?

J'ai accès à un nombre important d'informations au niveau mondial, ce qui est très intéressant pour moi. J'ai également la possibilité de transmettre ou de recevoir des fichiers, des lettres, des photos, etc., dans un va-et-vient d'information constant.

L'internet me permet de recevoir ou d'envoyer des traductions générales ou techniques du français vers l'espagnol et vice versa, ainsi que des textes espagnols corrigés. Dans le domaine technique ou chimique, je propose une aide technique, ainsi que des informations sur l'exportation d'équipes de haute technologie vers le Mexique ou d'autres pays d'Amérique latine.

L'internet me donne également la possibilité de faire des opérations commerciales en ligne, même si j'hésite parfois à cause du peu de sécurité offert par ce type de paiement. Les abus sont nombreux, on vend des choses qui n'existent pas - je considère cela comme du vol - c'est la raison pour laquelle les gens ne sont pas très confiants dans ce type de commerce.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Je pense que le droit est maintenant dépassé par la technologie, et qu'il n'y a pas de protection possible au niveau juridique. Il serait souhaitable de créer une véritable législation de l'internet.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Il est très important de pouvoir communiquer en différentes langues. Je dirais même que c'est obligatoire, car l'information donnée sur le net est à destination du monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le fait que je puisse communiquer avec ma famille et mes amis partout dans le monde.

= Et votre pire souvenir?

Quelquefois ça ne marche pas, c'est lent, imprécis, l'information est énorme et peu structurée, et en plus c'est très cher (en France, nldr).

*Entretien du 11 août 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Depuis notre premier entretien, j'utilise beaucoup l'internet pour des échanges avec ma famille du Mexique et mes amis d'un peu partout dans le monde, c'est un outil de communication rapide, agréable et fantastique pour moi.

Par contre, dans l'utilisation d'internet comme outil de télétravail, très peu d'entreprises ont le matériel et l'expérience nécessaires pour utiliser les échanges de données dans le travail de tous les jours, notamment pour la voix et l'image (par exemple pour la formation via le net ou pour des conférences à plusieurs via le net).

Pour ma part, je rencontre ce problème car je souhaite faire de la téléformation en langue espagnole, en utilisant la voix et l'image, et mes entreprises clientes ne sont pas habituées à utiliser facilement ces moyens de communication malgré leur caractère pratique (pas de déplacements à faire) et malgré la fiabilité accrue de ces nouveaux moyens de communication par l'internet.

En conclusion, les sociétés de conseil informatique ont encore beaucoup à faire pour familiariser les entreprises à l'utilisation des nouvelles technologies liées aux transferts de données par l'internet.

En ce qui concerne la recherche d'une information précise (technique, juridique ou liée à un domaine particulier), les moteurs de recherche donnent très rarement des réponses pertinentes. D'une manière générale, le problème reste donc qu'il est très difficile d'obtenir une réponse précise à une question précise.

MICHAEL MARTIN (Berkeley, Californie)

#Créateur et président de Travlang, un site consacré aux voyages et aux langues

En 1994, alors qu'il est étudiant en physique, Michael Martin crée une rubrique intitulée Foreign Languages for Travelers sur le site de son université à New York. Cette rubrique s'étoffe rapidement et rencontre un grand succès. L'année suivante, il décide de créer Travlang, devenu depuis un site majeur dans le domaine des voyages et des langues, et nommé meilleur site de voyages en 1997. Michael C. Martin est maintenant chercheur en physique au Lawrence Berkeley National Laboratory (Californie), et il continue d'actualiser son site. Travlang est acquis en février 1999 par GourmetMarket.com, puis racheté en janvier 2000 par iiGroup. En juillet 2000, le site atteint les 2 millions de visiteurs par mois.

Les deux principales rubriques de Travlang sont: a) Foreign Languages for Travelers, qui donne la possibilité d'apprendre 70 langues différentes sur le web, et b) Translating Dictionaries, qui donne accès à des dictionnaires gratuits dans diverses langues (afrikaans, allemand, danois, espagnol, espéranto, finnois, français, frison, hollandais, hongrois, italien, latin, norvégien, portugais, suédois et tchèque). On peut aussi réserver son hôtel, sa voiture ou son billet d'avion, connaître les taux de change, consulter une rubrique de 7.000 liens vers d'autres sites de langues et de voyages, etc.

*Entretien du 25 août 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activité?

Et bien, nous avons fait de Travlang une petite société! L'internet est vraiment un outil important pour communiquer avec des gens avec lesquels vous n'auriez pas l'occasion de dialoguer autrement. J'apprécie vraiment la collaboration générale qui a rendu possibles les pages de Foreign Languages for Travelers.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Je pense que le web est un endroit idéal pour rapprocher les cultures et les personnes, et ceci inclut le multilinguisme. Notre site Travlang est très populaire pour cette raison, car les gens aiment être en contact avec d'autres parties du monde.

A mon avis, la traduction informatique intégrale va devenir monnaie courante, et elle permettra de communiquer à la base avec davantage de gens. Ceci aidera aussi à amener davantage l'internet au monde non anglophone.

EMMANUEL MENARD (Paris)

#Directeur des publications de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne

Cet entretien expose en détail la procédure éditoriale de CyLibris, en complément de la présentation de CyLibris par Olivier Gainon, son fondateur et gérant.

*Entretien du 19 février 2001

= Pouvez-vous décrire en détail la procédure éditoriale de CyLibris?

Si la démarche de commercialisation et de fabrication de CyLibris tranche nettement avec le modèle couramment appliqué dans l'édition française, notre procédure éditoriale est en revanche beaucoup plus classique. Tout au moins dans ses principes, sinon dans sa mise en oeuvre.

Rappelons tout d'abord que la ligne éditoriale de CyLibris repose sur deux axes forts:

(a) Tout d'abord, la découverte, la publication et la promotion de "jeunes auteurs". La notion de "jeune auteur" ne fait bien sûr pas appel à l'état civil, mais désigne plutôt des écrivains qui font leurs premières armes, soit qu'il s'agisse de premières oeuvres, soit qu'ils n'aient jusqu'alors pas été publiés. Naturellement, ce choix littéraire n'a rien d'exclusif; en effet, un auteur déjà publié chez nous et qui souhaite nous proposer un second texte est le bienvenu (Jean Pailler en littérature générale, Jérôme Touzalin en théâtre, Philippe Ward en fantastique pour ne citer que quelques exemples) de même qu'un auteur "reconnu" et déjà édité par ailleurs qui désire travailler avec nous (à titre d'exemple, à nouveau, on peut citer Philippe Raulet, Eyet-Chékib Djaziri ou Jean Millemann entre autres).

(b) Ensuite, étant affranchi d'un certain nombre de contraintes strictement économico-commerciales du fait de son modèle original, CyLibris s'est donné comme vocation de s'intéresser à des textes atypiques, inclassables, hors normes. C'est ainsi que notre catalogue compte aujourd'hui des exemples:

- de mélange des genres (La Table d'Hadès, policier fantastique, ou La Toile (prix 1999 de la Société des gens de lettres), roman policier et de science-fiction, mais aussi réflexion socio-technologique sur l'internet),

- de textes originaux dans leur forme (Racontez!, suite d'hilarantes fausses rédactions, Bruits de Chute, succession de monologues acides ou drôles ou encore Le Style Mode d'Emploi, sur le modèle des Exercices de Style de Queneau),

- de genres délaissés ou peu répandus (Artahé, exemple de "fantastique à la française" résolument démarqué du modèle américain ou La Zone du Dehors, science-fiction politique et philosophique),

- de textes violents et résolument "anti-commerciaux" (comme Journal de l'Apocalypse, récemment racheté et republié par les éditions Baleine, ou Nux Vomica).

On verra par la suite l'impact de cette politique éditoriale sur le fonctionnement pratique de CyLibris.

Le trajet d'un manuscrit envoyé chez CyLibris est le suivant:

(a) La première lecture est assurée par notre comité de lecture, regroupant une quinzaine de lecteurs aux goûts aussi variés que possible. Cette première lecture, éventuellement suivie d'une seconde en cas d'hésitation du lecteur, donne lieu soit à un refus (signifié par lettre et systématiquement argumenté), soit à un premier accord à valider par le directeur des publications. Il nous faut signaler ici les critères d'évaluation du comité de lecture, car elles tranchent ouvertement avec ceux qui sont appliqués dans certaines autres structures. Dès la création de CyLibris, nous avons affiché notre volonté d'être en phase avec l'attente du lectorat, et cela a eu deux conséquences notables: tout d'abord, notre comité de lecture est constitué de lecteurs non professionnels et n'appartenant pas au monde de l' édition, tant nous semblait patent le hiatus entre l'offre des éditeurs et l'attente du public; ensuite, la "règle du jeu" instituée a été de valider ou non le manuscrit en fonction du plaisir pris à sa lecture, sans s'embarrasser des paramètres plus ou moins ésotériques du monde de l'édition, d'ailleurs entourés d'un épais mystère qui ne peuvent que susciter interrogations voire suspicion. Il est à signaler que compte tenu de notre intérêt pour les premières oeuvres, un manuscrit imparfait mais qui nous semble receler un potentiel est généralement accepté, dans l'optique d'un retravail dont il sera question plus loin. Le taux d'acceptation de CyLibris à ce stade oscille entre 2 et 5% selon les périodes, pour une moyenne de moins de 1% dans l'édition.

(b) Le manuscrit ayant passé cette première étape est ensuite validé par le directeur des publications en fonction de sa cohérence avec la ligne éditoriale de CyLibris, et de la somme de retravail nécessaire.

(c) Une fois cette validation obtenue, l'auteur est contacté pour la contractualisation de sa publication. Le contrat d'édition proposé est conforme aux usages de la profession, avec des droits d'auteurs de 10% du prix de vente HT de l'ouvrage. Toutefois, compte tenu du procédé de fabrication de nos livres, le contrat est exempt des conditions habituelles de retirage, qui sont remplacées par une durée fixée de propriété des droits intellectuels.

(d) C'est ensuite que commence la partie la plus intéressante sans doute du processus, à savoir la collaboration avec l'auteur pour retravailler le manuscrit et l'amener à un niveau de qualité conforme aux attentes des deux parties. Cette étape est bien sûr d'une durée variable, entre des oeuvres qui ont été publiées quasiment en l'état, et d'autres dont la maturation a duré jusqu'à un an et demi (notre liberté vis-à-vis du système des offices de mise en place fait qu'il ne s'agit pas d'un problème notable), ce qui aboutit à des délais de publication différents d'un ouvrage à l'autre. Ce retravail, susceptible de porter sur le fond ou la forme, est mené par l' auteur avec un directeur de collection (pour le policier / suspense, le théâtre, le fantastique et la science-fiction) ou un directeur de publication (dans le cas de la "littérature générale").

(e) Lorsque le texte définitif a été obtenu, il reste à réunir et constituer les outils de présentation et de promotion de l'oeuvre:

- résumé (pour le site internet et pour la quatrième de couverture),

- première de couverture,

- argumentaire à destination des points de commercialisation,

- argumentaire figurant sur le site à destination des internautes,

- extraits (trois au total) représentatifs de l'oeuvre, en libre disposition sur le site.

Cette étape est menée conjointement par l'auteur et l'équipe éditoriale.

(f) La promotion se fait de façon classique (par la presse spécialisée et les supports adaptés à l'oeuvre (exemple des romans historiques ou de la littérature de genre) mais aussi à travers l'internet (listes de discussion, sites partenaires). Ce point fait d'ailleurs l'objet, avec la constitution et l'extension d'un réseau de distribution plus vaste, des projets de développements majeurs de CyLibris en 2001.

YOSHI MIKAMI (Fujisawa, Japon)

#Créateur de The Languages of the World by Computers and the Internet et co-auteur de Pour un web multilingue

Créé en décembre 1995 par Yoshi Mikami, le site "The Languages of the World by Computers and the Internet", communément appelé "Logos Home Page" ou "Kotoba Home Page", donne, pour chaque langue, un bref historique, les caractéristiques, le système d'écriture, le jeu de caractères et la configuration du clavier pour l'utilisation de l'ordinateur et de l'internet dans la langue donnée.

Yoshi est également co-auteur (avec Kenji Sekine et Nobutoshi Kohara) de Pour un web multilingue, paru en japonais, anglais, allemand et français (Paris, Editions O'Reilly, septembre 1998, ISBN 2-84177-055-9).

*Entretien du 17 décembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quelle est votre expérience dans le domaine des langues?

Ma langue maternelle est le japonais. Comme j'ai suivi mes études de troisième cycle aux Etats-Unis et que j'ai travaillé dans l'informatique, je suis devenu bilingue japonais/anglais américain. J'ai toujours été intéressé par différentes langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le français et le chinois dans la foulée. A la fin de 1995, j'ai créé sur le web le site "The Languages of the World by Computers and the Internet" et j'ai tenté de donner - en anglais et en japonais - un bref historique de toutes ces langues, ainsi que les caractéristiques propres à chaque langue et à sa phonétique. Suite à l'expérience acquise, j'ai invité mes deux associés à écrire un livre sur la conception, la création et la présentation de pages web multilingues, livre qui fut publié en août 1997 sous le titre : The Multilingual Web Guide (édition japonaise, et traduit ensuite en allemand, anglais et français, ndlr), le premier livre au monde sur un tel sujet.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Il y a des milliers d'années de cela, en Egypte, en Chine et ailleurs, les gens étaient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs réflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans notre monde moderne, chaque état a adopté plus ou moins une seule langue de communication. A mon avis, l'internet verra l'utilisation plus grande de langues différentes et de pages multilingues (et pas seulement une gravitation autour de l'anglais américain) et un usage plus créatif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites web créés au Japon sont en japonais!

JACKY MINIER (Orléans)

#Créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires

"Conçu dès 1997, le site Diamedit (Delta Industries Arts Media) vit le jour l'année suivante, quand son grand frère - le portail historique Royalement Vôtre - fut vraiment lancé, explique Jacky Minier, son créateur. "Le présent a maintenant rattrapé l'histoire, et le nombre sans cesse croissant de nouveaux écrivains sur le web m'a amené à promouvoir beaucoup plus cette année l'édition littéraire. Consacré uniquement aux inédits artistiques et littéraires, Diamedit prend aujourd'hui toute sa dimension. La qualité des auteurs sévèrement sélectionnés pour leur indiscutable talent et leur originalité, la sobriété des écrans, les corrections effectuées, la présentation professionnelle, tout est tourné vers la mise en valeur des textes proposés. Cela apporte à ce site une empreinte de sérieux rarement trouvée ailleurs."

Outre Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires, Jacky Minier gère Royalement Vôtre, site de promotion des patrimoines historiques régionaux, et Beau Céans, une initiative d'internautes pour une vie nouvelle.

*Entretien du 10 octobre 2000

= Pouvez-vous décrire Diamedit?

J'ai imaginé ce site d'édition virtuelle il y a maintenant plusieurs années, à l'aube de l'ère internautique francophone. A l'époque, il n'y avait aucun site de ce genre sur la toile à l'exception du site québécois Editel de Pierre François Gagnon. J'avais alors écrit un roman et quelques nouvelles que j'aurais aimé publier mais, le système français d'édition classique papier étant ce qu'il est, frileux et à la remorque de l'Audimat, il est devenu de plus en plus difficile de faire connaître son travail lorsqu'on n'est pas déjà connu médiatiquement. J'ai donc imaginé d'utiliser le web pour faire la promotion d'auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d'être lus. Diamedit est fait pour les inédits. Rien que des inédits. Pour encourager avant tout la création.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre, graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et commercial, tout à la fois.

Mon activité est donc un mélange de ces diverses facettes. Toutefois, de plus en plus, je suis amené à me consacrer davantage à la promotion de mes sites que j'avais jusque-là tendance à négliger un peu, et j'envisage de déléguer largement la sélection des tapuscrits aux auteurs eux-mêmes, qui coopteraient ainsi entre eux les nouveaux venus. De cette manière, le cercle grandissant de passionnés de l'écriture devrait maintenir de lui-même un niveau de qualité suffisant pour conserver ou amplifier l'attrait que Diamedit exerce sur ses lecteurs.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Souriant. Je le vois très souriant. Je crois que le plus dur est fait et que le savoir-faire cumulé depuis les années de débroussaillage verra bientôt la valorisation de ces efforts. Le nombre des branchés francophones augmente très vite maintenant et, même si en France on a encore beaucoup de retard sur les Amériques, on a aussi quelques atouts spécifiques. En matière de créativité notamment. C'est pile poil le créneau de Diamedit. De plus, je me sens moins seul maintenant qu'il y a seulement deux ans. Des confrères sérieux ont fait leur apparition dans le domaine de la publication d'inédits. Tant mieux! Plus on sera et plus l'expression artistique et créatrice prendra son envol. En la matière, la concurrence n'est à craindre que si on ne maintient pas le niveau d'excellence. Il ne faut pas publier n'importe quoi si on veut que les visiteurs comme les auteurs s'y retrouvent.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Oui, j'en utilise quand même, bien sûr. La lecture directe à l'écran est encore assez vite fatigante pour de nombreuses paires d'yeux, même avec l'amélioration des capacités d'affichage des moniteurs et les lissages de polices d'écran. Et puis, pour un roman par exemple, rien n'en vaut la lecture dans un bon fauteuil au coin de sa cheminée…

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Le livre papier a encore de beaux jours devant lui. Mais l'accès par le net à toutes ces offres inédites est une nouvelle richesse, inimaginable il y a quelques années, tant pour les lecteurs que pour les auteurs. Ça permet de sélectionner beaucoup plus tranquillement que dans une librairie (à condition que l'oeuvre y soit éditée) et surtout d'accéder à des ouvrages qui n'auraient jamais été publiés autrement. Selon moi, le papier n'est pas l'ennemi du net en matière de littérature. Il en est le prolongement et l'aboutissement. En fait, le net peut être considéré comme un formidable moyen de promotion et de relance de la lecture, par les découvertes qu'il permet de faire. Mais c'est maintenant l'internaute lui-même qui décide de ce qu'il veut lire. Il choisit, il imprime, et il lit tranquillement dans son fauteuil au coin de sa cheminée…

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

L'e-book est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rôle à jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne remplacera jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. A mon sens, il menace beaucoup plus la presse que la librairie. Ce sera certainement un outil de substitution formidable pour les scolaires, étudiants, etc., qui auront beaucoup moins lourd à transporter dans leurs sacs que les tonnes de manuels actuels. Mais quant au plaisir de lire dessus des ouvrages de nature littéraire, poésies, romans, récits, SF, BD, etc., je n'y crois pas dans l'immédiat. Il faudra encore attendre quelques améliorations techniques au plan de l'ergonomie et surtout des changements de comportements humains. Et ça, c'est l'affaire d'au moins une à deux générations. Voyez la monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec sa carte de crédit et on a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en plus de sa carte Visa. L'achat d'un livre n'est pas un acte purement intellectuel, c'est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais un e-book. Naturellement, l'édition classique devra en tenir compte sur le plan marketing pour se différencier davantage, mais je crois que l'utilisation des deux types de supports sera bien distincte. Le téléphone n'a pas tué le courrier, la radio n'a pas tué la presse, la télévision n'a pas tué la radio ni le cinéma… Il y a de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à une adaptation et à un regain de créativité. Et c'est tant mieux!


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