= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Le problème est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention du net, les contrats d'édition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et pour cause. Cette nouvelle interface fait craindre aux éditeurs la perte de sources de profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque? Est-il réel? Ce n'est pas un risque de "manque à gagner", c'est une opportunité de promotion. La plupart des gens qui accèdent à une oeuvre de manière illégale sont des lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais acheté l'oeuvre en question, parfois même n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait qu'ils aient l'opportunité de la lire (ou de l'écouter en MP3) - et de la faire lire ou écouter à leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche à oreille qui participe de la découverte et de la promotion des artistes. Les grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes entiers, gratuitement pour une période limitée. Ceux qui peuvent les acheter les achètent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand même et leur font de la publicité quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne l'auraient pas acheté de toute manière!) Alors, où est le problème? Le seul problème réside dans les prix prohibitifs pratiqués par les sociétés d'édition, dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien à voir avec la création artistique ou les droits d'auteurs, mais relèvent de marketing, de parts de marché, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur le net.
En matière d'édition numérique, il suffit de créer des droits spécifiques, distincts des droits relatifs aux éditions ordinaires sur support papier. Le tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un excellent moyen de limiter la diffusion d'impressions excessives. En même temps, permettre cette impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Même si c'est un exemplaire gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra très connu, les mêmes éditeurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils auraient à peine lu son manuscrit auparavant!
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Je ne sais pas pour les autres langues mais, pour le français, il est certain que quand nous aurons atteint la proportion américaine de foyers connectés (50%), nous pourrons espérer une plus grande représentativité sur le web. Pour l'instant, heureusement qu'il y a les Québécois et les Belges pour maintenir la présence de la langue française. C'est tout de même un comble.
Si je devais donner un conseil (mais conseiller qui, quel organisme?), je suggérerais de porter davantage d'attention à la qualité des contenus. La France a de tous temps été un pays de culture et d'invention, d'imagination. Même dans les secteurs où nous n'avons pas été pionniers comme en informatique, nous avons de belles réussites. Soyons aussi performants dans l'expression de la culture, dans la mise en valeur de notre patrimoine, historique, scientifique, littéraire, etc.
Si nous pouvons mettre en ligne les multiples facettes de la richesse culturelle qui a fait notre civilisation, nul doute que le tourisme internautique vers les contenus français serait amplifié et la présence française plus opérante. C'est une des voies dans laquelle j'essaie, avec Royalement Vôtre, de créer une attraction.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Il faut distinguer malvoyants et aveugles. Pour les malvoyants jusqu'à un certain degré, il est assez simple de prévoir des moyens de grossissement des caractères et des illustrations. Pour les aveugles, c'est une toute autre affaire. Il faut envisager des fichiers vocaux qui permettront à ces derniers d'accéder aux contenus des pages enregistrés oralement. Un simple avertissement sonore à l'entrée du site demanderait au handicapé visuel de frapper une touche et de lancer ainsi le "son" de la page. C'est une chose très facile à réaliser avec la technologie RealAudio ou autre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
C'est un espace de liberté pour l'imaginaire, une dimension inexplorée de la planète, une jungle et un paradis tout à la fois, où tout est possible même si tout n'est pas permis par l'éthique, où le contenu du portefeuille des intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites. C'est avant tout une vaste agora, une place publique où l'on s'informe et où l'on informe.
Ça peut être également une place de foires et marchés, mais l'argent n'y a cours que très accessoirement, même si la possibilité de vendre en ligne est réelle et ne doit pas être négligée ni méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de référence, contrairement au monde réel et, même dans les cas très médiatiques de start-up multimillionnaires, le rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la matérialisation d'espérances financières, très vite sanctionnée en cas d'ambitions excessives comme on le voit régulièrement sur le site Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui? (Qui va couler aujourd'hui?), après les envolées lyriques et délirantes des premiers temps.
A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup plus convivial que la société réelle.
= Et la société de l'information?
La société de l'information amène un recadrage des hiérarchies dans les rapports qui s'établissent entre les gens, de manière beaucoup plus naturelle, à partir des discussions en forums notamment. Dans la vie réelle, on est souvent influencé, voire impressionné, par les titres ou la largeur du bureau d'un interlocuteur "installé" dans le système. Sur le net, seuls comptent le sens contenu dans le propos et la manière de l'exprimer. On distingue très vite les véritables intelligences raffinées des clowns ou autres mythomanes. Une forme de pédagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale, s'en dégage généralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte aussi sa propre expérience. Tout ça laisse augurer d'une créativité multiforme, dans un bouillonnement commun à des milliers de cerveaux reliés fonctionnant à la manière d'une fourmilière. C'est non seulement un véritable moyen d'échange du savoir, mais de surcroît un moyen de l'augmenter en quantité, de l'approfondir, de l'intégrer entre différentes disciplines. Le net va rendre les gens plus intelligents en favorisant leur plus grande convivialité, en cassant les départements et domaines réservés de certains mandarins. Mais il est clair qu'il faudra aussi faire attention aux dérives que cette liberté implique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
L'écriture d'une pièce de théâtre "carabinée" (genre chansons de carabins ;c)) en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontré sur le net sans jamais l'avoir rencontré de visu. En symbiose complète avec un parfait inconnu, et une grande jubilation éprouvée à cette écriture à quatre mains.
= Et votre pire souvenir?
Les consommations téléphoniques des débuts, avant que je ne sois câblé, ou quelques engueulades sur certains forums avec des paranos.
JEAN-PHILIPPE MOUTON (Paris)
#Fondateur et gérant de la société d'ingénierie Isayas
Fondateur et gérant de la société d'ingénierie Isayas, Jean-Philippe Mouton, 27 ans, a reçu son diplôme d'ingénieur en hautes études industrielles (HEI) en 1997.
*Entretien du 25 janvier 2001
= Pouvez-vous décrire l'activité d'Isayas?
Isayas étend son activité selon trois pôles:
1/ Gestion de deux sites portails:
Monbebe.net, "un site pour apprendre à être parents", qui est un site francophone à vocation communautaire, né en 1998. Il propose aux jeunes parents un partage d'expérience, par l'intermédiare de listes de discussion, de listes de diffusion… Les articles et photos présents sur le site sont envoyés par les internautes, qui sont principalement français et canadiens.
Theozik.com, "le site mondial des méthodes musicales", qui propose aux internautes musiciens d'apprendre la musique online. Le site, en cours d'élaboration, met en ligne des partitions associées à des extraits sonores pour la basse, la guitare et la batterie. Les exercices sont organisés par niveaux et par styles. Différents services complètent le site : annuaires, petites annonces, liste de diffusion, forum de discussion…
2/ Conseil & Conception & Réalisation de systèmes d'information:
Etudes techniques et intégration de systèmes d'information client/serveur, web, mobiles.
3/ Accompagnement des entreprises dans leurs démarches internet:
- Formalisation des besoins de nos clients,
- Formation de nos clients à nos interfaces de gestion éditoriales de sites internet,
- Procédures de réferencement internet, déclarations administratives (CNIL -Commission nationale de l'informatique et des libertés, etc.),
- Mise en place de partenariats avec des régies publicitaires (Adistar,Adonsale…).
= Pouvez-vous décrire le site web de votre société?
Le site de la société est un site web vitrine, relativement simple. Ce site a pour vocation de présenter la société d'ingénierie, de mentionner quelques-unes de ses réalisations, de proposer des stages…. Une version plus évoluée (Flash 5) devrait voir le jour d'ici quelques mois.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis gérant de la société et consultant technique. Mon activité se décompose donc:
- en une partie commerciale et relationnelle, pour que notre jeune société soit reconnue et pour que nous puissions par là developper notre production,
- en une partie opérationelle, lors de mon intervention sur des projets techniques.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Mon activité internet est une activité technique de mise en place de systèmes, très souvent interfacés avec des bases de données.
Il m'est par ailleurs nécessaire d'effectuer une veille internet: la connaissance des produits et des pratiques liés à l'internet sont indispensables dans le cadre de mon activité. Je travaille pour cela avec des régies publicitaires, des sociétés qui possèdent une offre complémentaire à la nôtre (hébergement, progiciels internet, graphisme et animation, paiement sécurisé…).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je pense que le développement et la maintenance de systèmes informatiques internet est une activité qui vient dans la continuité des systèmes MVS (multiple virtual storage) et client/serveur. De nouvelles sociétés sont créées pour répondre aux besoins informatiques récents des entreprises, alors que l'activité dans le domaine des vieux systèmes ralentit.
La récession du net touche aujourd'hui en priorité les entreprises nouvelles de business online. Internet n'a pas pour vocation véritable de créer de nouveaux commerces, c'est un moyen de communication, un nouvel outil marketing, la possibilité pour les entreprises d'avoir des franchises à moindre coût, une information accessible par l'ensemble de ses interlocuteurs… Je suis de ceux qui croient que les sociétés d'ingénierie risquent d'être moins touchées par le phénomène "start down" que d'autres dans ce domaine.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
C'est une très bonne chose, mais cet outil présente aujourd'hui deux inconvénients:
- tout d'abord, rien ne remplacera le marque-page, ni l'odeur des bouquins qui sont lus sur la plage dans le sable par toute la famille durant l'été… En bref, l'e-book ne peut remplacer le rapport charnel du lecteur et de son livre;
- de plus, cet instrument est réservé à une classe de personnes qui peuvent financièrement s'en permettre l'acquisition.
L'UMTS (universal mobile telecommunications system) promis devrait permettre un accès mobile en temps réel à l'information, et c'est pour cette raison que ce type de système va probablement fusionner avec les autres systèmes mobiles (téléphonie, Palm…) pour se vulgariser. Il est donc clair qu'il faut se pencher sur le sujet.
*Entretien du 4 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
L'activité d'Isayas est croissante et les deux pôles (éditeurs + technique) fonctionnent simultanément de manière correcte:
- Theozik.com est alimenté en méthodes musicales de facon progressive. Nous espérons arriver au cap des 800 méthodes pour septembre 2001… Gros challenge.
- Monbebe.net a intégré Karine comme responsable éditoriale.
Les projets de l'agence web sont principalement de nature technique pour une harmonisation des données des entreprises. Nous effectuons des prestations de conseil et de réalisation techniques mettant en oeuvre des bases de données, des systèmes de listes de diffusion/discussion, de l'interfaçage internet/systèmes informatiques des entreprises, du e-learning, du multilinguisme, etc.
Tous les sites internet conçus par nos soins possèdent des interfaces de mise à jour des données destinées aux clients qui n'ont comme connaissances informatiques que celle de la navigation web.
Nous sommes en permanence à la recherche de nouveaux projets:
- dans ce qu'on appelle la "maîtrise d'ouvrage" de systèmes d'information, pour accompagner les entreprises dans leurs démarches informatiques (projets de conseil),
- dans ce qu'on appelle la "maîtrise d'oeuvre", pour réaliser des modules techniques qui s'intègrent dans un processus d'informatisation et de communication.
Actuellement, Isayas n'a pas véritablement réalisé de projet mettant en oeuvre le e-book, et reste encore dans des domaines moins "exotiques" qui sont plus proches des systèmes d'information classiques.
JOHN MARK OCKERBLOOM (Pennsylvanie)
#Fondateur de The On-Line Books Page, répertoire de livres en ligne disponibles gratuitement
The On-Line Books Page répertorie plus de 12.000 textes électroniques d'oeuvres anglophones. John Mark Ockerbloom a débuté ce répertoire en 1993 - en même temps qu'il créait le site web du département d'informatique de l'Université Carnegie Mellon (CMU, Pittsburgh, Pennsylvanie). Il a obtenu son doctorat en informatique dans la même université en 1998. Durant l'été 1999, il rejoint l'Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique, au sein du département des bibliothèques et de l'informatique. A la même date, The On-Line Books Page est transférée dans cette bibliothèque numérique.
*Entretien du 2 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'historique de votre site web?
J'étais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai débuté notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l'origine "The On-Line Books Page" était une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Project Gutenberg).
Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Project Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a débuté. J'ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gardé "The On-Line Books Page", parce que, entre temps, je m'étais passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal à rester à jour (en fait j'ai beaucoup de retard). Mais je pense pourtant continuer cette activité d'une manière ou d'une autre.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué d'une manière ou d'une autre dans la mise à disposition gratuite pour tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre.
*Entretien du 5 août 1999 (entretien original en anglais)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Tout dépend de ce que recouvre ce terme "débats". A mon avis, il est important que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social conçu pour le bien public - incluant à la fois les auteurs et les lecteurs.
Ceci signifie que les auteurs devraient avoir le droit d'utiliser de manière exclusive et pour un temps limité les oeuvres qu'ils ont créées, comme ceci est spécifié dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie également que leurs lecteurs ont le droit de copier et de réutiliser ce travail autant qu'ils le veulent à l'expiration de ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant diverses tentatives visant à retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les règles relatives à l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la durée du copyright (y compris avec certaines propositions visant à le rendre permanent) et en étendant la propriété intellectuelle à des travaux distincts des oeuvres de création (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les bases de données). Il existe même des propositions visant à entièrement remplacer la loi sur le copyright par une loi instituant un contrat beaucoup plus lourd. Je trouve beaucoup plus difficile de soutenir la requête de Jack Valenti, directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui demande d'arrêter de copier les films sous copyright, quand je sais que, si ceci était accepté, aucun film n'entrerait jamais dans le domaine public (Mary Bono a fait mention des vues de Jack Valenti au Congrès l'année dernière).
Si on voit les sociétés de médias tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne trouve pas surprenant que certains usagers réagissent en mettant en ligne tout ce qu'ils peuvent. Malheureusement, cette attitude est à son tour contraire aux droits légitimes des auteurs.
Comment résoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce débat doivent faire face à la réalité, et reconnaître que les producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intérêts légitimes dans l'utilisation de celles-ci. Si la propriété intellectuelle était négociée au moyen d'un équilibre des principes plutôt que par le jeu du pouvoir et de l'argent que nous voyons souvent, il serait peut-être possible d'arriver à un compromis raisonnable.
CAOIMHIN O DONNAILE (Ile de Skye, Ecosse)
#Webmestre du principal site d'information en gaélique écossais, avec une section sur les langues européennes minoritaires
Caoimhín P. Ó Donnaíle est responsable du site de l'Université Sabhal Mór Ostaig (située sur l'île de Skye, en Ecosse), qui se trouve également être le principal site d'information en gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour en anglais et en gaélique European Minority Languages, une liste de langues minoritaires - ou rendues minoritaires - classée par ordre alphabétique et par famille linguistique.
*Entretien du 18 août 1998 (entretien original en anglais)
= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?
Je vois quatre points importants:
- L'internet a contribué et contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue mondiale.
- L'internet peut grandement aider les langues minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens choisissent de défendre une langue.
- Le web est très utile pour dispenser des cours de langues, et la demande est importante.
- La norme Unicode (ISO 10646) pour les jeux de caractères est très importante et elle va grandement favoriser le multilinguisme sur le web.
*Entretien du 15 janvier 2000 (entretien original en anglais)
= Quelle est votre activité professionnelle?
J'enseigne l'informatique - en langue gaélique - dans une université située sur l'île de Skye en Ecosse. Je gère le site web de l'établissement qui, à l'échelle internationale, est le principal site d'information sur le gaélique écossais.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je n'ai pas suivi ces débats, mais je pense que la durée du copyright est beaucoup trop longue. A part cela, je pense que le copyright devrait être respecté en général.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Le développement de l'internet amène le danger de la suprématie de l'anglais. Toutefois, si les gens ont la ferme volonté d'accorder une place à d'autres langues, l'internet permettra de les aider dans cette démarche.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Avoir trouvé des informations utiles dans le cadre de ma vie privée.
= Et votre pire souvenir?
Je n'ai pas de souvenir qui soit vraiment mauvais. Juste le courant: le courrier non sollicité (spam) ou les piratages informatiques.
*Entretien du 31 mai 2001 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Il y a eu une forte augmentation de l'utilisation des technologies de l'information dans notre université: beaucoup plus d'ordinateurs, davantage de personnel spécialisé en informatique, des écrans plats. Les étudiants font tout sur ordinateur, ils utilisent un correcteur d'orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. Notre site web est beaucoup plus visité. On utilise davantage l'audio. Il est maintenant possible d'écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du logiciel de navigation Opera. C'est la première fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en gaélique.
= Avez-vous quelque chose à ajouter à vos réponses des années passées?
J'aimerais insister sur le fait que, en ce qui concerne l'avenir des langues menacées, l'internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l'internet constituera une aide irremplaçable.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, mais beaucoup moins que l'information transmise par voie électronique. J'envoie environ 2.000 courriers électroniques par an, contre 100 lettres imprimées, 500 appels téléphoniques et 15 fax. Le papier sera encore utilisé pendant longtemps, mais son pourcentage par rapport à l'information électronique continuera de baisser.
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Je ne sais pas très bien en quoi il consiste. C'est le web qui me paraît la chose vraiment importante.
JACQUES PATAILLOT (Paris)
#Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young
*Entretien du 26 janvier 2000
= En quoi consiste le site web de votre société?
Le site Ernst & Young France a été créé en 1998. Dans un premier temps, il s'agissait simplement d'un site de communication sur notre société et nos activités. Depuis, ce site s'est naturellement enrichi et développé. (Depuis cet entretien, la société a fusionné avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini Ernst & Young), ndlr.)
= Quels sont les changements apportés par l'internet dans votre vie professionnelle?
Internet a changé (et change) notre vie professionnelle sous deux aspects:
- accès aux données pour nos consultants, sur les clients, les clients potentiels, etc. Ce sont les aspects communication / information.
- Internet a généré de nouveaux besoins dans les entreprises et, en conséquence, les sociétés de conseil en management ont développé (et développent) des solutions de commerce électronique pour répondre à ces préoccupations. C'est donc un tout nouveau panel d'activités qui est offert aux sociétés de conseil. Cela changera profondément le monde du consulting, et des investissements importants sont en cours pour le développement de ces solutions e-quelque chose.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Ma vie de consultant sera, à court terme, également influencée par le développement de services en lignes à travers internet. Pour certaines activités de conseil, des réponses directes peuvent être apportées aux clients réels et potentiels par des spécialistes d'un sujet donné, à travers le web. On évolue vers le conseil en ligne.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
A partir du moment où internet, par conception, est un "monde ouvert", le problème des droits d'auteurs est complexe. A mon sens, il y a peu de solutions à ce problème.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Peu de chances, à mon avis, de voir un internet multilingue. Malheureusement le poids de l'anglais est trop fort, et la duplication des textes/informations n'est pas réaliste.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
C'est quand je trouve rapidement l'info que je cherche.
= Et votre pire souvenir?
C'est à l'inverse lorsque je n'en sors pas!
*Entretien du 13 novembre 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Nous avons fusionné avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini Ernst & Young). De 800 consultants en France, nous sommes passés à 12.000, et 67.000 dans le monde. La mise en place de la nouvelle organisation m'a beaucoup occupé, en plus de mon activité habituelle.
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Non. Pratiquement rien en interne pour la gestion, tout est fait à travers l'internet et/ou Lotus notes. Liaison internet également avec les clients pour les offres commerciales, les documents de projets, les mémos… Seuls les contrats restent sur papier. Je reçois peu de courrier extérieur sur papier (qui est d'ailleurs le signe d'un contenu probablement peu intéressant!). Je lis la presse à travers les bases de données. Bien sûr, les journaux au petit déjeuner restent nécessaires! Quant aux livres, c'est vrai, je les utilise toujours.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Dans ce contexte, dans mon métier de consulting, les jours du papier sont comptés. Par contre, dans ma vie personnelle, si j'utilise le courrier électronique pour la correspondance, les livres ne sont pas détrônés, ou en tout cas ils sont moins affectés.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je n'ai pas d'expérience e-book. Le plaisir de la lecture commence, pour moi, par une visite et une discussion avec le libraire spécialisé. Il se poursuit par la possession et la conservation du livre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Comme l'"économie connectée" (de l'anglais "connected economy") où tous les agents sont reliés électroniquement pour les échanges d'information.
= Et la société de l'information?
C'est un vieux concept, dont on parlait déjà en 1975! Seules les technologies ont changé.
NICOLAS PEWNY (Annecy)
#Créateur des éditions du Choucas
"Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature? les polars? Vous êtes au bon endroit. Bienvenue!" (extrait du site web) Les éditions du Choucas ont malheureusement cessé leur activité en mars 2001. Une disparition de plus à déplorer chez les petits éditeurs indépendants. Fort de son expérience dans le domaine de la librairie, de l'édition, de l'internet et du numérique, Nicolas Pewny met maintenant ses compétences au service d'autres organismes.
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le site des éditions du Choucas (fondées en 1992, ndlr) a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités que l'internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et il a commencé à être un peu connu même hors de France et d'Europe.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Le changement que l'internet a apporté dans notre vie professionnelle est considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province. L'internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais pas. Même les médias "classiques" nous ont ouvert un peu leurs portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent (corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen. Dès le début de l'existence du site, nous avons reçu des demandes de pays ou nous ne sommes pas (encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site commercial mais un site d'information et à connotation culturelle (nous n'avons pas de système de paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne).
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'aurais tendance à répondre par deux questions: pouvez-vous me dire comment va évoluer l'internet Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu commercial que possible et augmenter l'interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis en veille. Mais si l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une voie moyenne? Honnêtement, je n'en sais rien.
*Entretien du 29 juillet 1999
= Pouvez-vous décrire votre site web?
Il y a bientôt trois ans (déjà…) que nous avons créé notre site web (fin novembre 1996, ndlr). "Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature? les polars? Vous êtes au bon endroit. Bienvenue!" C'est avec ces mots que nous accueillons les visiteurs de notre site où nous tentons de faire partager nos coups de coeur et nos passions. Tous nos titres récents y sont présentés, on peut contacter nos auteurs, participer à un jeu-concours, consulter le début - parfois le texte intégral - des nouveautés. Le texte intégral? Oui, nous croyons à la survie du livre dans son format classique parallèlement au format électronique. Le livre, ce n'est pas seulement un texte. C'est aussi un objet que l'on aime toucher, montrer, emmener en voyage, prêter… Nous pensons que le fait de pouvoir consulter le texte incite à se procurer le livre (si on a aimé bien sûr).
= Quelle est votre activité sur le réseau?
La maintenance et les mises à jour du site, le courrier électronique, etc. sont devenus pour moi une tâche quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des textes, correction, création des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les médias, suivi de la distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites maisons d'édition nous faisons tout nous-mêmes (sauf l'impression). A la suite de la mise en ligne de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus récemment du site pour la recherche de sponsors pour Mon copain de Pékin, un livre de photographies dédié à Pékin, il semblerait que nous soyons amenés à créer des sites ayant un rapport avec l'art et/ou le livre.
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
A part les réalisations citées plus haut, nous avons acquis un nom de domaine choucas.com - l'ancienne URL teaser.fr/choucas reste cependant toujours valable. Nous avons mis le début de chaque livre en format PDF et pour quelques livres le texte intégral en ligne. Un jeu-concours qui remporte un certain succès a aussi été mis en place. On peut gagner le livre de son choix. Beaucoup de nos visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter en ligne sur notre site. Après pas mal d'hésitations nous avons choisi Alapage pour la qualité de son service et pour la fiabilité de leur base de données. Néanmoins la page des librairies en ligne est toujours sur notre site si l'on préfère acheter ailleurs. Nous avons déjà quelques interviews d'auteurs disponibles en RealAudio sur une de nos pages. Nous allons essayer d'en faire d'autres avec de la vidéo. Enfin une alternative du site en DHTML, Javascript, Flash, existe. Nous la mettrons parallèlement en ligne à l'automne (1999).
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au ministère de la Culture… Le soutien à la publication, à la distribution, à l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut éviter que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes. Évidemment cette action-là est moins médiatique.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Chaque langue possède son génie propre. La difficulté, c'est de ne pas le perdre en route.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Un message enthousiaste d'un prêtre bouddhiste du Tibet qui a adoré l'expositionLorca.
= Et votre pire souvenir?
Un orage tandis que j'envoyais l'image de la couverture à un auteur. Plus rien… le néant. Plus d'ordinateur. Heureusement que je sauvegarde tout au fur et à mesure. Chez l'auteur tout a "sauté" aussi, et il n'y avait pas d'orage. Dans la présentation du livre Sanguine sur Toile (d'Alain Bron), on lit: "Les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer…" Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu'à ce que la logique reprenne le dessus.
*Entretien du 30 juillet 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Notre activité d'éditeur s'est comme prévu enrichie d'activités liées à l'internet.
Nous venons de mettre en ligne la version française d'un site de montagne et de vacances. D'autres sites sont en cours de réalisation et nous intervenons souvent en tant que consultants (référencements, veille concurrentielle, design, etc.).
Nous avons trois titres en format électronique disponibles en partenariat avec 00h00.com: Perles noires (ouvrage collectif), Les Banquiers du temps, de Daniel Ichbiah, et Sanguine sur toile, d'Alain Bron (Prix du Lions Club International 2000). D'autres devraient suivre.
Bientôt trois autres titres en partenariat avec MobiPocket seront disponibles en format MobiPocket Reader compatible Palm OS, Psion, Windows CE: Un, et autres mécomptes, de Daniel Bouillot, On achève bien les cadavres, de Fred Belin, et Loto Meurtrier, de François Quentin (Prix Edmond Locard 1999).
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Nous en utilisons bien sûr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les techniques modernes sera meilleur marché, devrait devenir l'allié du livre électronique.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Cela dépend de quel domaine il s'agit. Je pense que le temps des dictionnaires et encyclopédies et autres ouvages de références techniques et scientifiques "papier" est compté. Pour les romans ou les beaux livres, cela dépend de l'évolution des deux supports.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je pense qu'on est loin des formats et des techniques définitifs. Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement le jour sous peu.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et mal-voyants?
Je n'ai pas de suggestion particulière à formuler. Sauf peut-être que l'on donne plus de moyens pour une meilleure accessibilité. Cela vaut pour l'accès à l'internet en général, d'ailleurs.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur Toile (publié en 1999 par les éditions du Choucas): "un formidable réservoir de réponses quand on cherche une information et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi que l'imaginaire peut se développer (Ma correspondante en Nouvelle-Zélande est-elle jolie? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"
= Et la société de l'information?
Une société qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empêche qu'elle ne rime trop avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est déjà trop tard peut-être…
*Entretien du 14 juin 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Je disais en réponse à une de vos questions: "Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au ministère de la Culture… Le soutien à la publication, à la distribution, à l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut éviter que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes. Evidemment c'est moins médiatique."
Et ainsi, comme si je le prévoyais, notre distributeur a déposé son bilan. Et malheureusement les éditions du Choucas (ainsi que d'autres éditeurs) ont cessé leur activité éditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour témoignage de mon savoir-faire d'éditeur on- et off-line. L'incompétence des différents ministres de la Culture et la nullité de ce ministère me sidèrent. Une sorte de "franc-maçonnerie" au sens large du terme: il est catastrophique de ne pas en faire partie et - à mon avis - désastreux pour son éthique personnelle d'en faire partie. Ces gens n'oeuvrent que pour eux-mêmes avec les deniers des contribuables…
Enfin je ne regrette pas ces dix années de lutte de satisfactions et de malheurs passés aux éditions du Choucas. J'ai connu des auteurs intéressants dont certains sont devenus des amis… Maintenant je fais des publications et des sites internet pour d'autres. En ce moment pour une ONG (organisation non gouvernementale) internationale caritative; je suis ravi de participer (modestement) à leur activité à but non lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou de manque à gagner, c'est reposant.
HERVE PONSOT (Toulouse)
#Webmestre du site web des éditions du Cerf, spécialisées en théologie
*Entretien du 8 juin 1998
= En quoi consiste le site web du Cerf?
Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même: le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son image…
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les sites de recherche sur internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et très prudents.
OLIVIER PUJOL (Paris)
#PDG de la société Cytale et promoteur du Cybook, livre électronique
Conçu par la société Cytale, le Cybook est le premier livre électronique européen à être mis sur le marché (date exacte de commercialisation: 23 janvier 2001). Il a les caractéristiques suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un écran couleur 10 pouces, tactile, rétro-éclairé, à cristaux liquides (LCD), avec une résolution de 600*800, quatre boutons de commande, une mémoire de 32 Mo permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intégré avec un connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA et port USB permettant de brancher des périphériques, et enfin un prix: 867 euros. Il suffit d'une prise téléphonique pour connecter le Cybook à l'internet et télécharger des livres à partir de la librairie électronique située sur le site de Cytale, qui a conclu des partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse et qui espère constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.
*Entretien du 2 décembre 2000
= Pouvez-vous vous présenter?
Olivier Pujol, PDG de Cytale, lecteur frénétique, et internaute. J'ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre électronique. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d'accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c'est également une fenêtre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans internet!
= Pouvez-vous décrire l'activité de Cytale?
Conception et commercialisation d'un livre électronique, conception, développement et gestion d'un site internet de diffusion de livres numériques, préparation et formatage de livres numériques.
= Pouvez-vous décrire son site web?
- Le premier site - "institutionnel" - a été créé en octobre 1999, à destination des professionnels et des investisseurs.
- Le deuxième site (relookage du premier) a été créé en mai 2000, pour tester un look différent.
- Le troisième site - "libraire" - est en cours de réalisation.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Développer la lecture numérique en France, Europe, et plus.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de lecture sécurisés.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Les jours du papier ne sont pas comptés. Le support papier est parfaitement adapté à certains usages: la lecture numérique sur ordinateur n'est pas pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas développée du tout depuis dix ans.
Par ailleurs, le papier n'est pas seulement un support "obligé". C'est également un matériau noble, agréable, avec des qualités propres (toucher, odeur, flexibilité) qui font que son usage n'est en rien menacé (il s'impose même parfois dans des secteurs inattendus comme la confection!).
Le livre électronique, permettant la lecture numérique, ne concurrence pas le papier. C'est un complément de lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la diffusion de l'écrit et des oeuvres mêlant le mot et d'autres médias (image, son, image animée…).
Les projections montrent une stabilité de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de l'industrie de l'édition, tirée par la lecture numérique, et le livre électronique (de la même façon que la musique numérique a permis aux mélomanes d'accéder plus facilement à la musique, la lecture numérique supprime, pour les jeunes générations commme pour les autres, beaucoup de freins à l'accès à l'écrit).
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Utiliser des balladeurs dédiés et sécurisés pour la musique, et des livres électroniques sécurisés pour la lecture.
Les mesures de protection des droits développées pour l'ordinateur sont systématiquement détournées un jour ou l'autre, et ce, universellement. Une solution de piratage trouvée à un bout de la planète peut être instantanément mise à la disposition de tous, et à portée d'un simple clic. Le PC connecté sur internet aura beaucoup de mal à être sécurisé valablement dans un avenir proche.
Une autre solution serait d'imposer une "police planétaire du web", avec accès égal à tous les pays, et à tous les ordinateurs personnels. C'est orwellien, et un peu inquiétant, mais heureusement peu facile à mettre en place.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Le concept même de répartition des langues est absurde. Par sa nature ouverte, le web est déjà aujourd'hui le meilleur outil de propagation et donc de préservation de langues qui, sans le web, pourraient être menacées d'extinction. La seule solution pour qu'une langue accroisse sa présence sur le web est que ses promoteurs aient vraiment envie de se bouger!
Il faut se souvenir que l'imprimerie avait été accusée de sonner le glas de toutes les langues autres que le latin! La réalité a été que l'imprimerie, en permettant à toutes les langues de se transmettre plus facilement, a provoqué la mort du latin.
Une suggestion? Les moteurs de recherche multilingues et les traducteurs automatiques.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Le développement des moteurs de type BrailleSurf associés à de la synthèse vocale, et le respect par les concepteurs de sites de quelques règles (documentation des images, ou association de commentaires textuels à certaines applications telles que les animations flash). Dès que notre site atteindra un niveau opérationnel suffisant, il sera entièrement adapté à cet effet (voir les directives du gouvernement dans ce sens).
= Comment définissez-vous le cyberespace?
J'ai beaucoup de mal à le définir. C'est un fourre-tout qui englobe des machines électroniques interconnectées et des sources d'informations.
= Et la société de l'information?
Une société où l'accès à l'information, l'information elle-même et la capacité à bien utiliser l'information sont des biens plus précieux que les biens matériels. Il faut noter que l'information a toujours été un avantage professionnel considérable. Il fut un temps où un avantage concurrentiel pouvait exister sur un territoire limité, et être protégé pour un temps long, par le secret, ou l'ignorance des autres. Les voyages, la mondialisation des échanges, la performance de la logistique ont énormément affaibli la notion de protection "géographique" d'un avantage concurrentiel. La société de l'information est une société où la protection de l'information est presque impossible, et où son usage devient donc la valeur essentielle.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Pas de "meilleur souvenir". Découvrir instantanément une réponse à une question qui m'aurait demandé des heures de recherche il y a quelques années est un "meilleur souvenir" quotidien, et recevoir un mail d'un ami brésilien ou hongrois en est un autre.
= Et votre pire souvenir?
De tomber systématiquement sur des sites pornos ou de pédophilie en faisant certaines requêtes anodines.
ANISSA RACHEF (Londres)
#Bibliothécaire et professeur de français langue étrangère à l'Institut français de Londres
L'Institut français de Londres est un organisme officiel français destiné à faire connaître la langue et la culture françaises dans la capitale britannique. 5.000 étudiants environ suivent les cours de langue chaque année, ce qui fait de cet institut l'un des plus importants instituts français au monde. Le centre culturel inclut une bibliothèque multimédia, un cinéma, une salle de conférence et un restaurant. Le site web de l'Institut est mis en ligne en 1998, et les pages consacrées à la médiathèque en 2000.
*Entretien du 22 avril 2001
= Pouvez-vous vous présenter?
Je suis bibliothécaire à la médiathèque de l'Institut français de Londres. Je suis chargée du catalogage du fonds documentaire qui est constitué de livres, de vidéos, de disques compacts et de disques optiques ainsi que de périodiques. Avant mon installation à Londres, soit de 1980 à 1983, j'ai travaillé à la bibliothèque universitaire d'Alger en qualité d'attachée de recherche. C'est d'Alger et en deux ans que j'ai préparé le DSB (diplôme supérieur des bibliothèques), diplôme de conservateur assimilé à celui de l'ENSB de Lyon (Ecole nationale supérieure des bibliothèques, devenue ensuite l'ENSSIB - Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques). Recrutée selon un statut local depuis septembre 1987 à l'Institut français de Londres, j'y exerce le métier de bibliothécaire au sein d'une équipe de huit membres. Par ailleurs, titulaire d'un diplôme de FLE (français langue étrangère), j'assure des heures d'enseignement de français dans le même institut.
= Pouvez-vous décrire l'activité de la médiathèque?
La médiathèque de l'Institut français de Londres fut inaugurée en mai 1996 (ainsi que la connexion à l'internet pour le personnel et les usagers, ndlr). L'objectif est double: servir un public s'intéressant à la culture et la langue françaises et "recruter" un public allophone en mettant à disposition des produits d'appel tels que vidéos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place récente d'un espace multimédia sert aussi à fidéliser les usagers. L'installation d'un service d'information rapide a pour fonction de répondre dans un temps minimum à toutes sortes de questions posées via courrier électronique, ou par fax. Ce service exploite les nouvelles technologies pour des recherches très spécialisées. Nous élaborons également des dossiers de presse destinés aux étudiants et professeurs préparant des examens de niveau secondaire.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et de cotation. Je suis chargée également du service de prêt inter-bibliothèques. J'anime des ateliers in situ de catalogage UNIMARC (MARC: machine readable catalogue) ainsi que des ateliers d'indexation RAMEAU (répertoire d'autorités matières encyclopédique et alphabétique unifié). J'élabore ponctuellement des aménagements de vedettes matières propres à notre catalogue.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
J'utilise internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques, commande de livres, courrier professionnel, prêt inter-bibliothèques. C'est grâce à internet que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Système universitaire de documentation) et OCLC (Online Computer Library Center), a été possible. C'est ainsi que que j'ai pu mettre en place un service de fourniture de documents extérieurs à la médiathèque. Des ouvrages peuvent désormais être acheminés vers la médiathèque pour des usagers ou bien à destination des bibliothèques anglaises.
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Le papier est encore présent dans la médiathèque. Cependant l'introduction de documents électroniques, tels que le CD-Rom du Monde par exemple, a permis une épuration de la collection papier.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
C'est assez révolutionnaire, avec un gain de place considérable. Je trouve cela très futuriste.
= Comment définissez-vous la société de l'information?
Actuellement l'information est le produit que la société consomme le plus.
PETER RAGGETT (Paris)
#Directeur du centre de documentation et d'information (CDI) de l'OCDE(Organisation de coopération et de développement économiques)
"L'OCDE rassemble 30 pays membres au sein d'une organisation qui, avant tout, offre aux gouvernements un cadre pour examiner, élaborer et perfectionner les politiques économiques et sociales. Ils y comparent leurs expériences respectives, s'y efforcent d'apporter des réponses aux problèmes qui leur sont communs et s'y emploient à coordonner des politiques intérieures et internationales qui, dans le contexte actuel de mondialisation des économies, doivent former un ensemble de plus en plus homogène. (…) L'OCDE est un club de pays qui partagent les mêmes idées. C'est un club de riches en ce sens que ses Membres produisent les deux tiers des biens et services du monde, mais ce n'est pas un club privé. En fait, l'exigence essentielle pour en devenir Membre est qu'un pays soit attaché aux principes de l'économie de marché et de la démocratie pluraliste. Au noyau d'origine, constitué de pays d'Europe et d'Amérique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Mexique, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Corée. De plus, l'OCDE a établi de nombreux contacts avec le reste du monde dans le cadre de programmes avec des pays de l'ancien bloc soviétique, d'Asie et d'Amérique latine, contacts qui pourraient, dans certains cas, déboucher sur une adhésion." (extrait du site web)
Réservé aux agents de l'OCDE, le centre de documentation et d'information (CDI) a pour but de leur procurer les informations nécessaires à leurs recherches. Les collections imprimées comprennent environ 60.000 monographies et 2.500 périodiques. Le CDI fournit aussi nombre de documents électroniques émanant de CD-Rom, de bases de données et du web.
Peter Raggett, son directeur, est bibliothécaire professionnel depuis vingt ans. Il a d'abord été en poste dans les bibliothèques gouvernementales du Royaume-Uni avant de devenir fonctionnaire international à l'OCDE en 1994, comme sous-directeur puis directeur du CDI. Il utilise l'internet depuis 1996. Les pages intranet du CDI, dont il est l'auteur, sont devenues une des principales sources d'information du personnel de l'organisation.
*Entretien du 18 juin 1998 (entretien original en anglais)
= En quoi consiste votre activité liée à l'internet?
Je dois filter l'information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu'ils proposent. J'ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accès à partir de l'intranet de l'OCDE, et cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque à l'ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de référence contient des pages de références aux articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l'OCDE, l'accès en réseau aux CD-Rom, et une liste mensuelle des nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothèque sera lui aussi bientôt disponible sur l'intranet.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'internet offre aux chercheurs un stock d'informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothécaires auraient un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l'organisation de l'information sur l'internet.
Je prévois aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à l'autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public.
Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par courrier électronique, par téléphone ou par fax, j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie électronique.
*Entretien du 4 août 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Notre site intranet va être complètement remanié d'ici la fin de l'année, et nous allons y mettre le catalogue de la bibliothèque, ce qui permettra à nos usagers d'y avoir accès directement de leur écran. Ce catalogue sera conforme à la norme Z39.50. (Z39.50 est une norme définissant un protocole pour la recherche documentaire d'un ordinateur à un autre. Elle permet à l'utilisateur d'un système de rechercher des informations chez les utilisateurs d'autres systèmes utilisant la même norme sans devoir connaître la syntaxe de recherche utilisée par ces systèmes, ndlr.)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le problème du droit d'auteur est loin d'être résolu. Les éditeurs souhaitent naturellement toucher leur dû pour chaque article commandé alors que les bibliothécaires et usagers veulent pouvoir immédiatement télécharger (gratuitement si possible) le contenu intégral de ces articles. A présent chaque éditeur semble avoir sa propre politique d'accès aux versions électroniques. Il serait souhaitable qu'une politique homogène soit mise en place, de préférence en autorisant largement le téléchargement des documents électroniques.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense qu'il appartient aux organisations et sociétés européennes d'offrir des sites web si possible en trois ou quatre langues. A l'heure de la mondialisation et du commerce électronique, les sociétés ont un marché potentiel sur plusieurs pays à la fois. Permettre aux francophones, germanophones ou japonais de consulter un site web aussi facilement que les anglophones donnera une plus grande compétitivité à une firme donnée.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Avoir trouvé en dix minutes les informations biographiques et les articles d'un professeur reçu par l'OCDE.
= Et votre pire souvenir?
Les problèmes de lenteur pour la connection à l'internet et le transfert des données.
*Entretien du 31 juillet 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Le catalogue du CDI est disponible sur l'intranet de l'OCDE depuis octobre 1999, si bien que les fonctionnaires peuvent désormais le consulter depuis leur bureau.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Nous fournissons toujours des photocopies d'articles de périodiques, un peu moins cependant que par le passé parce que le texte intégral de nombreux articles est maintenant disponible sur l'internet en format PDF. En revanche le prêt des monographies en version imprimée n'a pas diminué depuis que l'OCDE utilise l'internet.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je pense que le papier aura toujours sa place, et ce malgré l'arrivée du livre numérique. Mais, quand les gens s'y seront accoutumés, l'utilisation du papier décroîtra.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Il est intéressant d'observer combien la présentation du livre électronique copie celle du livre traditionnel, à l'exception du fait que la page papier est remplacée par un écran. A mon avis, le livre électronique va permettre de remplacer certains documents papier, mais pas tous. J'espère aussi qu'ils seront imperméables à l'eau, pour je puisse continuer à lire dans mon bain.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Je préconise une augmentation du nombre d'enregistrements sonores, qui permettraient aux aveugles et malvoyants d'écouter les textes du web au moyen des haut-parleurs de leurs ordinateurs ou bien d'écouteurs.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est cette zone "extérieure" qui se trouve de l'autre côté du PC lorsqu'on se connecte à l'internet. Pour ses utilisateurs ou ses clients, tout fournisseur de services internet ou serveur de pages web se trouve donc dans le cyberespace.
= Et la société de l'information?
La société de l'information est cette société dont le produit le plus précieux est l'information. Jusqu'au 20e siècle, ce sont les produits manufacturiers qui ont été les plus considérés. Ils ont ensuite été remplacés par l'information. En fait, on parle maintenant davantage d'une société du savoir, dans laquelle, du point de vue économique, le produit le plus prisé est le savoir acquis par chacun.
PATRICK REBOLLAR (Nagoya & Tokyo)
#Professeur de littérature française, créateur d'un site web de recherches et activités littéraires et modérateur de la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur)
Professeur de français, de littérature française et d'applications informatiques dans des universités japonaises, à Tokyo et Nagoya, Patrick Rebollar utilise l'ordinateur pour la recherche et l'enseignement depuis plus de dix ans. En 1994, il voit apparaître internet "dans le champ culturel et linguistique francophone" et il débute un site web de recherches et activités littéraires en 1996. Il est le modérateur de LITOR (Littérature et ordinateur), liste de diffusion francophone créée en octobre 1999 par l'équipe de recherche Hubert de Phalèse (Université Paris 3).
*Entretien du 17 juillet 1998
= Quel est l'historique de votre Chronologie littéraire?
Pour la Chronologie littéraire (1848-1914), cela a commencé dans les premières semaines de 1997, en préparant un cours sur le roman fin de siècle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m'aperçus d'une part que les diverses chronologies trouvées apportaient des informations complémentaires les unes des autres, et d'autre part que les quelques documents littéraires alors présents sur le web n'étaient pas présentés de façon chronologique, mais toujours alphabétique. Je fis donc un document unique qui contenait toutes les années de 1848 à 1914, et l'augmentais progressivement. Jusqu'à une taille gênante pour le chargement, et je décidai alors, fin 1997, de le scinder en faisant un document pour chaque année. Dès le début, je l'ai utilisé avec mes étudiants, sur papier ou sur écran. Je sais qu'ils continuent de s'en servir, bien qu'ils ne suivent plus mon cours. J'ai reçu pas mal de courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres activités web que j'ai développées.
= Et pour vos Signets?
Animant des formations d'enseignants à l'Institut franco-japonais de Tokyo, je voyais d'un mauvais oeil d'imprimer régulièrement des adresses pour demander aux gens de les recopier. J'ai donc commencé par des petits documents rassemblant les quelques adresses web à utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers la fin 1996. Quelques mois plus tard, je décidai de créer les sections finales de nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon étaient fondues dans les catégories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois. Mais les quantités de travail entraînées par le Salon du livre de Tokyo (et les interviews d'écrivains), en janvier 1998, et le Festival de Yokohama (juin 1998), font qu'il y a bien longtemps que je n'ai pas fait sérieusement mon travail de veille techno-culturelle…