JOANNES ARNOLDUS DONNE LE BONJOUR A MAITRE ORTUINUS GRATIUS
Puisque toujours vous tient la concupiscence de quelque nouveauté, selon un dit d'Aristoteles :Les hommes, par nature, sont épris de savoir, moi Joannes Arnoldus, votre disciple et très humble serviteur, j'envoie à Votre Seigneurie, ou bien à Votre Honorabilité, un libelle que composa un certain Ribaldus[4], lequel scandalisa Dom Johannes Pffefferkorn de Cologne, très intègre personne, comme nul n'en peut douter. J'en fus grandement courroucé ; mais nul moyen de faire échec à l'impression. Le compagnon qui l'écrivit a de nombreux zélateurs, même gentilshommes, qui courent par la ville, armés comme des bouffons et traînant de longues rapières.
[4]C'est la lecture de l'édition anglaise d'Henri Clément, Londres, 1743. Victor Develay, au contraire, litribaldus: « ribaud », encore que Hutten semble s'être diverti à faire de l'épithète un nom propre. De même Ernest Münch (Leipzig, 1827) litRibaldus, n. p.
[4]C'est la lecture de l'édition anglaise d'Henri Clément, Londres, 1743. Victor Develay, au contraire, litribaldus: « ribaud », encore que Hutten semble s'être diverti à faire de l'épithète un nom propre. De même Ernest Münch (Leipzig, 1827) litRibaldus, n. p.
Néanmoins, j'ai dit que cela n'est point correct, que ces poètes séculiers, avec leurs cadences, fomenteront bien des guerres encore, si nos Maîtres n'y portent advertance et ne les font citer par Maître Jacobus de Hoogstraten devant la Curie romaine. Je crains même qu'il n'en résulte une grande perturbation pour la Foi catholique.
Je vous prie donc de vouloir bien composer un livre contre ce fauteur de scandale et le vexer efficacement. Il ne sera plus dorénavant si audacieux que de mécaniser nos Maîtres, quand il est simple compagnon, n'étant promu ni qualifié, soit en Art soit en Droit, combien qu'il ait fait séjour à Bologne où sont de nombreux poètes séculiers dépourvus de zèle et d'illumination dans la Foi. Le même compagnon prit naguère place à un dîner. Il avança que nos Maîtres de Cologne et de Paris font injure au docteur Reuchlin ; quant à moi, je lui fis de la contradiction. Il se mit alors à me houspiller de paroles désobligeantes et scandaleuses. De quoi je fus si courroucé que je me levai de table, protestant devant tous contre ces injures, au point qu'il ne me fut pas possible d'avaler une bouchée. Vous pourriez peut-être me donner un conseil touchant l'affaire ci-dessus, puisque vous avez quelques parties de juriste. J'ai compilé un certain nombre de mètres que je vous fais tenir par la présente : choriambe, hexamètre, saphique, ïambique, asclépiade, hendécasyllabe, élégiaque, dicolon, distrophon.
Qui est bon catholique doit penser comme le Parisien :Parce que leur Gymnase est la mère de toutes les Universités.Vient ensuite Cologne la Sainte, qui vit dans une foi chrétienne si grandeQue nul ne la doit contredire, sous peine de purger une peine méritée :Ainsi, le docteur Reuchlin, auteur duSpeculum oculare,Que notre Maître Tungarus a convaincu d'hérésie,Tout comme notre Maître Altaplatea qui fit brûler sesdictamen.
Qui est bon catholique doit penser comme le Parisien :
Parce que leur Gymnase est la mère de toutes les Universités.
Vient ensuite Cologne la Sainte, qui vit dans une foi chrétienne si grande
Que nul ne la doit contredire, sous peine de purger une peine méritée :
Ainsi, le docteur Reuchlin, auteur duSpeculum oculare,
Que notre Maître Tungarus a convaincu d'hérésie,
Tout comme notre Maître Altaplatea qui fit brûler sesdictamen.
Si j'avais une idée, un soupçon d'argument, je voudrais composer un livre contre ce trupheur et prouver que, de plein droit, il est excommunié.
Je n'ai pas le temps de vous en écrire plus long. Il faut que je me rende au cours. Un Maître nous lit des répliques sur l'Art ancien, ordonnées avec une grande subtilité ; je les écoute afin de me pousser dans l'érudition. Portez-vous bien, par-dessus les compagnons et les miens amis qui demeurent, loin ou près, dans tous honnêtes lieux.