HERBORDUS MISTALDERIUS A MAITRE ORTUINUS, INCOMPARABLE EN DOCTRINE, SON PRÉCEPTEUR TRÈS SPIRITUEL, TANT DE SALUTATIONS QUE NUL NE LES PUISSE COMPTER.
Très illuminé Maître! quand à Zwoll, j'ai quitté Votre Seigneurie, il y a deux ans, vous me promîtes, en me donnant la main, de m'écrire souventefois et de m'enseigner, par vosdictamen, la manière de dicter. Or, vous ne m'écrivez même pas si vous êtes vivant ou non. Vous ne m'écrivez même pas pour m'apprendre ce qui est et la façon et le comment de ce qui est. Saint Dieu! comment pouvez-vous me désoler ainsi? Je vous obsècre! au nom de Dieu et de Saint Georgius, délivrez-moi d'une telle inquiétude. Je tremble que vous n'ayez mal de tête sinon quelque infirmité dans le ventre, la cacarelle par exemple, comme ce jour où vous conchiâtes vos souliers en pleine rue et sans vous apercevoir de la chose, jusques au temps qu'une femme vous eut dit : « Seigneur Maître, dans quelle merde vous êtes-vous assis! Voici que votre robe et vos pantoufles sont toutes pleines de bran! » Alors, vous gagnâtes la maison de Dom Johannes Pffefferkorn. Sa femme vous donna des effets de rechange. Il vous serait bon de manger œufs durs, châtaignes rôties au four et fèves cuites saupoudrées avec de la graine de pavot, comme on les accommode en Westphalie, votre pays natal.
J'ai rêvé de vous, que vous teniez un méchant rhume et des phlegmes abondamment. Du sucre, purée de pois relevée de thym et d'ail pilés ensemble ; poser sur votre ombilic un oignon trop cuit. Et, pendant six jours, abstenez-vous de femmes. Couvrez soigneusement vos lombes et votre chef ; la guérison ne tardera guère. Ou bien encore, prenez la recette que donne souvent aux langoureux l'épouse de Dom Johannes Pffefferkorn. C'est un remède plusieurs fois éprouvé.
De Zwoll.