GALLUS LINITEXTOR DE GUNDELFINGER, CHANTRE PARMI LES BRAVES COMPAGNONS, A MAITRE ORTUINUS GRATIUS, SON PRÉCEPTEUR CHÉRI DE PLUSIEURS MANIÈRES, SALUT.
Révérend Dom Maître, comme vous m'avez écrit à Eberburg une lettre solacieuse dans laquelle vous me consolez, — ayant appris que je fus malade, — parconséquent je vous ai une gratitude sempiternelle. Mais, dans cette épître, vous manifestez quelque surprise de me savoir malade quand je n'ai pas de travaux pénibles, comme tous ceux que l'on répute sans travail, en d'autres termes, domestiques des seigneurs. Ha! ha! ha! il me faut rire, ou que je sois bâtard! de la question que vous me faites avec tant de simplicité. Ne savez-vous pas que cela dépend de la volonté de Dieu qui peut, à son gré, faire un malade, et derechef le guérir, quand bon lui semble? Si la maladie provenait de la besogne, cela pour moi n'irait pas bien, encore que vous affirmiez que je ne travaille guère. Car je me suis trouvé naguère à Heidelberg, en compagnie de gais lurons. Il m'a fallu peiner grandement du col, c'est-à-dire humer le pot si bien qu'on peut tenir pour miraculeux que j'aie encore mon gosier sec. Et vous croyez que ce n'est pas de la belle ouvrage! Que cette riposte suffise à votre premier point.
Vous me dites, en second lieu, que je ferai bien de vous mander n'importe quel petit livre où se trouve quelque chose de neuf qui se puisse montrer aux béjaunes. Comme en toute circonstance vous me fûtes gracieux, eu égard aux disciplines de tout genre que vous savez par cœur, je ne peux me tenir de vous adresser une lettre détachée d'un bien bel ouvrage qui se nomme :Épistolaire des Maîtres de Leipzig, à quoi les Maîtres les plus dispos de l'inclyte Université de Leipzig ont, tour à tour, collaboré. J'ai fait cela pour, si cette première lettre vous agrée, vous envoyer tout le livre dont je ne me dessaisis qu'à contre-cœur.
Cette lettre débute ainsi :