JOANNES LUCIBULARIUS A MAITRE ORTUINUS GRATIUS
Salutations que nul ne peut compter! Vénérable Dom Maître, vous m'avez promis autrefois de me prêter assistance autant que besoin serait et de me promouvoir avant tous les autres. Vous avez ajouté qu'il me fallait hardiment avoir recours à vous et qu'alors vous me suppéditeriez comme un frère, car vous n'entendiez pas m'abandonner dans mes angoisses. Je vous implore donc, et pour l'amour de Dieu, parce que la chose est grandement nécessaire. Daignez subvenir à mes besoins, puisque cela est en vos pouvoirs. Le Recteur ici a congédié un collaborateur ; il en veut prendre un autre. Qu'il vous plaise donc écrire pour moi une lettre de recommandation afin qu'il acquiesce et vienne à m'accepter. Je n'ai plus le sou, car j'ai tout dépendu pour acheter des livres et des bottes. Vous connaissez bien ma suffisance, par la gloire de Dieu! puisque j'étais en seconde quand vous professiez à Deventer. Ensuite je suis resté un an à Cologne pour me préparer au degré de Bachelier, où j'eusse été promu vers la Saint-Michaël, si j'avais eu de l'argent. Je sais résumer pour les élèves l'Exercice des enfantsou l'Œuvre mineureen la seconde partie. Je sais encore : l'art de scander, tel que vous me l'enseignâtes, Petrus Hispanus dans tous ses traités, enfin, quelque peu de philosophie naturelle. De plus, je suis chantre. Je sais la musique chorale et figurée. Avec cela j'ai une voix de basse ; je peux chanter une note au-dessous de la gamme. Je ne vous écris pas ces choses par jactance. Excusez-moi donc. Je vous recommande à l'Omnipotent. Portez-vous bien.
De Zwoll.