EITELNARRABIANUS PESSENECK, GUILLELMITE CHARGÉ DE COURS, DONNE A MAITRE ORTUINUS GRATIUS DES SALUTATIONS TRÈS NOMBREUSES.
Nous sommes, par nature, enclins au mal, comme se peut lire dans lesAuthentiques. C'est pourquoi, chez les humains, on entend plus de médisances que de propos bénévoles.
Naguère, à Worms, j'ai disputé avec deux Juifs, prouvant que leur Loi fut abrogée parChristuset que leur expectation du Messias est une bourde sans alliage, un phantasme ; j'alléguai, à ce propos, le docteur Johannes Pffefferkorn de Cologne. Et les youpins de se tordre : « Votre Johannes Pffefferkorn, dirent-ils, est un exécrable mystificateur ; il ne sait pas un mot d'hébreu ; s'il s'est fait chrétien, c'est pour mettre un manteau à sa scélératesse.
« Quand il était encore Juif, en Moravie, il administra un casse-museau entre les deux yeux d'une femme, de telle sorte qu'elle ne put regarder le comptoir où se fait le change des florins. Il en barbota deux cents au moins et prit la fuite.
« Dans un autre lieu, pour un autre vol, on lui fit l'honneur d'ériger une potence. Comment fut-il délivré? nous ne le savons point ; mais nous avons vu l'engin patibulaire et force chrétiens l'ont vu comme nous, dont quelques-uns de la noblesse que je vous peux nommer. C'est pourquoi vous auriez bonne grâce à ne m'alléguer point les opinions de ce voleur. »
J'entrai dans une ire véhémente : « Vous en avez menti par le gosier, sales Juifs que vous êtes! Si vous n'étiez défendu par un privilège, ce me serait un délice de vous crêper le chignon et de vous saucer dans le caca. Vous déblatérez ainsi par animadversion contre Dom Johannes Pffefferkorn. C'est un bon et zélé chrétien, s'il en existe dans Cologne. Je le sais d'original, car souventefois, il se confesse aux Prêcheurs avec Mme son épouse. Il entend la messe pour son plaisir. Quand le prêtre élève l'Eucharistie, alors il contemple dévotement et ne fiche point ses yeux à terre, comme le lui objectent ses détracteurs, sinon quand il expue! A vrai dire, il le fait souvent : mais c'est le résultat de sa complexion grandement phlegmatique et d'une médecine pectorale qu'il ingurgite le matin. Pensez-vous donc que nos magistrats, les magistrats de Cologne, et le bourgmestre soient des niguedouilles, eux qui l'ont fait nosocome au Grand Hôpital et de plus emmineur du sel? Jamais ils n'eussent investi Dom Pffefferkorn de telles dignités s'ils ne l'avaient reconnu pour bon chrétien catholique. En vérité, je vous le dis : je dénoncerai tous vos propos à lui-même, de telle sorte qu'il puisse venger sa prudhomie et vous mécaniser à fond dans un libelle sur votre Foi.
« Vous prétendez, il est vrai, que s'il agrée à nos bourgmestres et gros bonnets, c'est à cause de sa jolie femme. Imposture que cela! Car les bourgmestres sont pourvus eux-mêmes de compagnes délicieuses. Quant aux gros bonnets, peu leur chaut des femelles ; jamais on n'a ouï-dire qu'un gros bonnet pratiquât l'adultère. Elle-même est aussi honnête matrone que pas une dans Cologne : elle aimerait mieux perdre un œil que sa bonne renommée.
« Et j'ai souvent appris d'elle ce qu'elle-même tenait de sa mère, à savoir que les mâles sans prépuce donnent aux femmes une volupté autrement délectable que les non déprépucés, à cause de quoi elle prétend que, si son mari venait à défunter, elle ne recevrait un autre homme qu'à la condition de n'avoir le membre coiffé d'aucune peau. Est-il croyable, après cela, qu'elle se fasse donoyer par les bourgmestres qui, n'ayant pas été Juifs comme Dom Pffefferkorn, ne sont point circoncis? Donc, laissez en paix cet honnête homme, faute de quoi il écrira contre vous un traité qu'il nommeraDie Sturmglock. Ainsi fit-il contre Reuchlin. »
Veuillez montrer ceci à Dom Johannes Pffefferkorn pour qu'il se défende intégralement contre ces nez-crochus et contre Hermanus Buschius, à cause qu'il est mon ami très singulier, m'ayant fait lemutumde dix florins, quand je fus promu Bachelier formé en Théologie.
Donné à Vérone d'Agrippa, où Buschius et son camarade ont boulotté une fine poularde.