XXXVII

LUPOLDUS FEDERFUSIUS, PROCHAINEMENT LICENCIÉ, DONNE A MAITRE ORTUINUS GRATIUS AUTANT DE SALUTATIONS QUE LES AUQUES MANGENT DE GRAMENS.

Dom Maître Ortuinus, on a soulevé à Erfurth, pour les séances quodlibétaires[11], une question infiniment délicate dans les deux Facultés de Physique et de Théologie.

[11]Quodlibetum.Scholasticis, pluribus abhinc seculis, de quo in utramque disseritur partem, ex eo dictum, quiaquod libetdefenditur. HincQuodlibetariæ questioneseadem notione. Vide : Vossium, lib. 3,de Vitiis Serm.cap. 40, ubi plerosque Scriptores Scholasticos laudat, quiQuodlibetascripserunt.Ex hoc Scholasticorum vocabulo deducunt nostrum gallicumquolibet, dictum mordax, acutum nonnunquam, plerumque triviale nulliusque leporis sale conditum, ideoque e politioribus colloquiis amandatum, sicut etQuodlibetariæ quæstionese saniori theologia, quod curiositati fere servirent, non utilitati.Du Cange,Glossaire.

[11]Quodlibetum.Scholasticis, pluribus abhinc seculis, de quo in utramque disseritur partem, ex eo dictum, quiaquod libetdefenditur. HincQuodlibetariæ questioneseadem notione. Vide : Vossium, lib. 3,de Vitiis Serm.cap. 40, ubi plerosque Scriptores Scholasticos laudat, quiQuodlibetascripserunt.

Ex hoc Scholasticorum vocabulo deducunt nostrum gallicumquolibet, dictum mordax, acutum nonnunquam, plerumque triviale nulliusque leporis sale conditum, ideoque e politioribus colloquiis amandatum, sicut etQuodlibetariæ quæstionese saniori theologia, quod curiositati fere servirent, non utilitati.

Du Cange,Glossaire.

Les uns soutiennent que, dès qu'un Juif se fait chrétien, il lui renaît un prépuce qui n'est autre chose que la gaine enlevée, au jour natal, de son membre viril, pour se conformer à la loi mosaïque.

Ceux-là marchent dans la voie orthodoxe des Théologiens. Ils ont en leur faveur des raisons magistrales. Celle-ci entre autres : Les Juifs convertis seraient, au Jugement dernier, tenus pour Juifs comme devant, si leur pénil se faisait voir décalotté, ce qui serait une grave injustice.

Or, Dieu n'entend faire d'injustice à quiconque ;ergo, etc. Une autre raison, qui n'est pas moins prégnante, se fonde sur l'autorité du Psalmiste qui dit :Il m'a escondu au jour des calamités ; il m'a protégé dans le mystère.Le jour des calamités, c'est le Jugement extrême, c'est le val de Iosephat, lorsque seront appertes les coulpes et les malversations.

Je néglige d'autres arguments par amour de la brièveté, attendu qu'à Erfurth nous sommes de notre temps et que les modernes se gaudissent toujours de la brièveté. De même, pour ceci que j'ai une mémoire labile et que je ne peux retenir par cœur d'allégations un grand nombre, ainsi qu'en usent les Doms juristes.

Mais les autres n'admettent pas que puisse telle opinion subsister. Ils ont pour eux Plantier, qui dit, en sa poéterie, que ne sauraient les faits être défaits. De ce dicton, ils infèrent que si un Juif a, dans sa juiverie, aliéné quelque parcelle de son corps, il ne la récupère aucunement dans la religion chrétienne.

De plus, ils arguent que les arguments de leurs adversaires ne concluent pas en forme. Autrement, il s'ensuivrait de leur premier sophisme que les chrétiens qui pour cause de paillardise ont égaré tout ou partie de leur estramaçon, chose fréquente chez les personnes mondaines aussi bien que spirituelles, devraient au Dernier Examen se voir taxés de judaïsme. Mais une telle assertion est hérétique au premier chef. Nos Maîtres inquisiteurs de la dépravation hérétique ne la concéderont jamais, parce que, souventefois, eux-mêmes sont défectueux quant à leur braguette, non point qu'ils se copulent avec des mérétrices, mais parce qu'aux bains ils ne regardent point ce qui se fait devant eux.

C'est pourquoi, très humblement et dévotieusement, j'obsècre Votre Seigneurie qu'elle daigne, par sa décision, établir pour moi la vérité de la chose. Interrogez la femme de Dom Johannes Pffefferkorn, avec qui vous êtes dans les meilleurs termes et qui ne se vergondera point de vous édifier sur les choses que vous voulez savoir, à cause de la conversation amicale que vous tenez avec son homme. En outre, j'ai ouï-dire que vous êtes son confesseur : donc vous la pouvez compeller sous peine de la sainte obédience. Dites lui : « Chère Madame, n'ayez point de honte ; je vous sais femme de bien autant que pas une dans Cologne ; je ne vous demande rien qui soit déshonnête, mais d'élucider pour moi la question que voici : Pffefferkorn a-t-il un prépuce ou non? Répondez sans vergogne, pour l'amour de Dieu! Pourquoi vous taire? »

Mais je ne prétends pas vous enseigner. Vous savez mieux que moi comment on se comporte avec les femmes.

Donné en coup de vent, à Erfurth, de l'hôtellerie du Dragon.


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