1: Voir l'appendiceA, à la fin du volume.2: Voir l'appendiceBetC.3: Voir l'appendiceD.4: Voir l'appendiceF.5: M. Bodenstedt dans un article de laGazette universelle d'Augsbourgdu 11 mai 1848, intitulé «les Slaves et l'Allemagne.»6: L'anecdote suivante peut servir à caractériser, par un trait de plus, l'assertion ci-dessus: On sait bien qu'en 1846, un certain nombre de paysans de la Gallicie, entraînés par l'appât du pillage des propriétés appartenant à leurs seigneurs, en ont massacré plusieurs, et que les autorités autrichiennes non-seulement autorisaient, mais, en beaucoup de cas, récompensaient ces actes infâmes. Il était tout naturel qu'une politique aussi abominable donnât naissance à une foule de dénonciateurs qui, sous prétexte d'attachement au gouvernement existant, accusaient leurs seigneurs de trahison et de malveillance à l'égard du souverain. Il est arrivé qu'un paysan accusa son seigneur, devant un magistrat autrichien, d'avoir injurié l'Empereur de la manière la plus violente. À la question du magistrat: quels étaient les termes injurieux dont il s'était servi, le paysan, voulant aggraver autant que possible la faute de son seigneur, répondit: «Oh! Monsieur, il a dit les mots les plus horribles contre l'Empereur, il l'a même appelé Allemand!Naturam expelles furcâ tamen usquè recurrit.7: Les auteurs qui ont parlé des Slaves dans leVIesiècle, sont: Procope, Jornandès, Agathias, l'empereur Maurice, Jean de Biclar et Ménandre. Ils les appellent Sclavènes ou Sclaves. Ces formes sont des corruptions du mot Slaves, ou Slavènes, employé par le peuple même et par les écrivains allemands qui ont été en rapport avec les Slaves de la Baltique, tels qu'Adam de Brême, Helmold, etc. L'étymologie du nom deSlave, a été entendue de diverses façons. Les uns dérivent ce nom du motslavaqui signifiegloiredans tous les dialectes slaves; et cette opinion semble confirmée par le grand nombre de mots slaves qui en viennent d'une manière incontestable; par exemple:Stanislav(Stanislas), fondateur de gloire;Promislav, sentiment de la gloire;Vladislav, dominant la gloire, etc. D'autres étymologistes tirent le même nom deslovo, qui signifie, dans tous les dialectes slaves,paroleoumot. Ils s'appuient sur ce fait que, dans tous les dialectes, on emploie un a ou un o indifféremment,slavaniéouslovanié[7-A]. Pour justifier leur étymologie, ils allèguent une circonstance curieuse, c'est que toutes les nations slaves donnent aux Allemands le nom deNiemietz, c'est-à-diremuets. Ils expliquent ainsi ce nom. Les Slaves, ne pouvant comprendre les étrangers, croyaient qu'ils n'avaient qu'un langage inarticulé, et les appelaient, pour ce motif,niemoumuets. Au contraire, persuadés que seuls ils possédaient le don de la parole (du moins, intelligible pour eux), ils s'appelaientSlovanié, c'est-à-dire, hommes qui ont le don de la parole. Quelle que soit la véritable étymologie du nomSlaves, on ne peut douter que cette dénomination de Slaves, Sclaves, Esclaves, Schiavi, ne vienne du grand nombre des Slaves de la Baltique vendus dans les marchés par les conquérants germains, ou réduits à un esclavage rigoureux sur leur sol natal. (Cette circonstance sert à expliquer l'antipathie nationale qui divise la race allemande et la race slave, et qui, il est triste de l'avouer, s'est réveillée récemment, en plusieurs occasions, avec une animosité digne des temps les plus barbares.) On doit remarquer aussi que tous les écrivains occidentaux appellent les Slaves,Slavini,Sclaves, et mêmeVinidæ,VenedesetWendes; ce dernier nom a été donné par les Allemands aux Slaves de la Baltique, et s'applique maintenant à ceux de la Lusace et de la Saxe qui s'intitulent eux-mêmes Serbes. Il est impossible d'établir l'origine de cette dénomination donnée aux Slaves par les Allemands, ainsi que par les Finnois et les Lettoniens, mais dont eux-mêmes ne peuvent se rendre compte; en un mot, de toutes les conjectures faites sur ce sujet, aucune n'a abouti à un résultat satisfaisant. Je ferai seulement remarquer que ce n'est pas un cas exceptionnel, qu'on trouve beaucoup de nations qui ont reçu des étrangers des noms bien différents de ceux qu'elles se donnent à elles-mêmes. Ainsi, les Allemands s'appellentDeutsche, et sont appelés Allemands par les Français; Germains par les Anglais comme par les Romains; Niemtzy par les Slaves et les peuples de l'Est. Les peuples appelés Finnois par les Européens de l'Occident, s'appellent Suomi ou Suomalaiset et reçoivent des Slaves le nom de Tchoudy.7-A: Ce qui est la plus probable, c'est que les motsslovo, parole, verbe, discours (λογος des Grecs), etslava, gloire, n'étaient, dans l'origine, qu'un seul et même mot employé dans deux sens différents. L'idée de la gloire, en effet, ne naît que de la notoriété qu'acquiert un nom ou un évènement divulgué par la parole. Les verbesslavitetslovit, et leurs dérivésvistavitetvistovit, etc., signifiaient probablement, dans l'origine, à peu près la même chose:divulguer, développer par la parole. Le mot latinfamaet le mot françaisrenommén'ont pas une autre étymologie.N. d. T.8: Ceci est une erreur. Vineta ou Julin était située à l'embouchure de l'Oder et non dans l'île de Rugen.9: Le motattaqueest faible;brigandagesetrapinesseraient plus conformes à la vérité.10: L'âme généreuse de Herder exprimait, il y a quatre-vingt ans, ces regrets sur la décadence du caractère national des Slaves qui subsistent encore en Allemagne, c'est-à-dire des Wendes de la Lusace. Ils avaient pour fondement des données inexactes fournies par des gens envieux et mal disposés, ou bien ce malheureux état de choses a disparu avec les progrès de la civilisation. Elle a mis fin à l'oppression qui pesait sur ces restes de la race slave en Allemagne: on le voit d'une manière évidente, d'après le portrait suivant de cette population fait par un écrivain moderne d'Allemagne:«C'est un peuple (les Wendes) vif, robuste, laborieux, appliqué aux travaux de l'agriculture et de la pêche. Son assiduité à l'église, les souhaits et les expressions pieuses qu'il emploie souvent, sa droiture et la pureté de ses mœurs, témoignent de la force de ses sentiments religieux. On s'accorde à reconnaître sa frugalité, sa propreté, sa fidélité conjugale, et une foule d'autres excellentes qualités. Les Wendes sont pacifiques, et, comme beaucoup d'autres peuples slaves, ils n'ont pas d'esprit militaire; cependant ils sont pleins d'audace pour défendre leurs foyers, et leurs recrues bien disciplinées ont mérité, en maintes occasions, le renom de vaillants soldats. Malgré la plus dure oppression, malgré l'esclavage de la glèbe, les Wendes ont conservé la bonne humeur, la gaîté qu'ils possèdent comme tous les autres peuples slaves, et cet esprit modéré et joyeux qui se retrouve dans leurs chants nationaux, si gais. Des chansons allègres font retentir les maisons ou les champs, lorsqu'ils travaillent ou se réunissent en un cercle joyeux. Ils sont, à la lettre, fous de danse. On voit souvent aujourd'hui les femmes qui traient les vaches, faire assaut de chants par gageure, et les bergers jouer sur des trompes ou des cornemuses leurs airs nationaux. Ces airs sont généralement des airs d'amour, quelquefois ce sont des plaintes sur la perte ou l'infidélité de l'objet aimé. Quelques-uns ont un caractère élégiaque, et sont remplis de pensées enthousiastes et étincelantes d'imagination sur la beauté de la nature, l'instabilité des choses d'ici-bas, la destinée humaine, avec une forte tendance au merveilleux.» (Blicke in die Vaterlandische Vorzeit von Karl Preusker.Leipsig, 1843, vol. II, p. 179.)La faible population qui a sauvé jusqu'ici sa nationalité slave et n'est pas encore germanisée, bien qu'elle vive au milieu de la race teutonique, se réduit à environ 144,000 âmes, dont 60,000 subsistent sous la domination saxonne; le reste appartient à la Prusse; 10,000 environ appartiennent à l'Église catholique romaine; les autres suivent le luthérianisme. Malgré ce nombre si restreint, ils ont une littérature nationale, outre la Bible et autres ouvrages de piété. Elle consiste en collections de chants nationaux, de traditions, de récits, et aussi en quelques productions modernes. Ils ont une société littéraire pour le maintien de leur langue et de leur littérature nationale. Cette société est surtout composée de membres du clergé catholique et protestant.11: Herder, cité plus haut.12: Ainsi, par exemple, Meinhard, évêque d'Halberstadt, décrétait, en 1248, que les habitants slaves de quelques places dépendantes du couvent de Bistorf, seraient chassés et remplacés par des Allemands bons catholiques, au cas qu'ils refusassent d'abandonner ce qu'il appelle leurs coutumes païennes. L'évêque de Breslau ordonnait, en 1495, que tous les paysans polonais d'une place appelée Woitz, apprissent en deux ans l'allemand, sous peine d'expulsion.13:Gebhardi Geschichte der Wenden, p. 260. Cet auteur n'est nullement favorable aux Slaves, et son ouvrage est fait sur les témoignages d'un autre écrivain allemand, contemporain de ces événements.—Helmold,Chronicon Slavorum.14: Les Slaves, forcés de se conformer extérieurement aux rites du christianisme, depuis environ soixante ans, se soulevèrent avec succès contre leurs oppresseurs en 1066 année de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Ils détruisirent toutes les églises, tous les couvents, sacrifièrent à leurs dieux, dans la ville de Lubeck, l'évêque de Mecklembourg, et chassèrent de leur pays les Allemands et les Danois. Krouko, prince de l'île de Rugen, qu'ils appelèrent au trône, conquit le Holstein, et le conserva à la paix qu'il fit accepter aux Danois et aux Allemands. Les Slaves rétablirent le culte idolâtre de leurs pères, et jouirent d'une paix complète pendant quarante années. Mais Krouko fut tué au commencement duXIIesiècle. Les agressions des Allemands et des Danois recommencèrent, et les Slaves soutinrent cette lutte inégale jusqu'en 1168. Cette année-là, leur roi Pribislav reçut le baptême et fut créé prince de l'Empire germanique; ses descendants continuent, dans la maison princière de Mecklembourg, la seule dynastie slave encore subsistante. L'île de Rugen, le dernier rempart de l'indépendance et de l'idolâtrie slaves, fut conquise et convertie l'année suivante, 1169, par Waldemar Ier, roi de Danemark. Les descendants du roi national de l'île se sont perpétués jusqu'à nos jours, et sont représentés par le prince de Putbus. La langue slave alla en s'éteignant dans les contrées qui entourent Leipsig jusqu'à la fin duXIVesiècle, et le dernier homme qui la parla en Poméranie, mourut, dit-on, en 1404. Le service divin dans la même langue se continua à Wustrow dans le duché de Lunebourg, royaume du Hanovre, jusqu'au milieu duXVIIIesiècle. Les habitants du district de Luchow, situé dans le même duché et qui s'appelle communément Wendland ou terre des Wendes ou Slaves, parlent encore aujourd'hui un dialecte particulier d'allemand, mélangé de mots slavons. Les seuls Slaves de l'Allemagne qui ont conservé leur nationalité, sont les Wendes de Lusace, dont nous avons déjà parlé.15:De Bello Gothico.16: Nestor, moine de Kioff, le plus ancien historien des Slaves, vivait dans la seconde moitié duXIesiècle.17:Ladsignifie, dans les langues slaves,ordre,tact, et sert de racine à plusieurs mots.18: Il faut remarquer que, dans beaucoup de contrées, le soir de la Saint-Jean, on allume des feux de joie, qui probablement ont rapport au solstice d'été.19: Une collection considérable d'antiquités slaves fut trouvée, vers la fin duXVIesiècle, en creusant le sol, dans le village de Prillwitz, sur le lac Tollenz, dans le Mecklembourg. On croit que ce village occupe la place où Rhetra, temple célèbre des Slaves, fut élevé. Cette découverte resta ignorée du monde savant jusqu'en 1771, où le docteur March, chapelain du duc de Mecklembourg, en publia une description accompagnée de gravures. Ces antiquités furent trouvées dans deux vases de métal qu'on croit avoir servi aux sacrifices, et qui étaient placés de manière que l'un servît de couvercle à l'autre. Quelques inscriptions étaient gravées sur ces vases; malheureusement on les fondit pour faire une cloche, avant de les donner à examiner à des personnes compétentes en inscriptions. Ces vases renfermaient des idoles et quelques objets qui servaient à l'accomplissement des sacrifices. Tous ces objets sont composés du mélange de divers métaux, mais non dans la même proportion; plusieurs contiennent beaucoup d'argent, tandis que d'autres n'en ont pas du tout. Quelques-uns portent des inscriptions slaves, en caractères runiques, mais mutilées pour la plupart.20: Le premier de ces noms signifie en slavonsaintguerrier ou conquérant, le secondsainte vue; la description de l'idole montrera que les deux interprétations se justifient également bien.21: Il était secrétaire d'Absalon, archevêque de Lund, qui commandait l'expédition sous le roi.22: Peut-être d'hydromel, boisson nationale des Slaves.23: Par Slavonie, les chroniqueurs germains entendaient d'ordinaire le pays des Slaves de la Baltique.24: D'après l'Histoire du Danemarck, par Dahlman, ce roi est Suénon-Grate, qui fut tué en 1157, et non le père de Canut le Grand, comme on le croit généralement.25:Strategicum, lib.XI, cap.VIII.26:Strategicum, loco citato, et Leonis imperatoristactica, cap.XVIII, sec. 102, 103.27: «Moribus et hospitalite nulla gens honestior ac benignior potest inveniri.» (Historia ecclesiastica, lib.II, cap.XII.)28:Vita S. Othonis, cap.LX.29: «At illi (Pomeranii) inquiunt, nihil nobis ac vobis, patriæ leges non dimittimus; contenti sumus religione quam habemus. Apud Christianos, aiunt, fures sunt, latrones sunt; cruciantur pedibus, privantur oculis, et omnia genera scelorum, christiani exercent in christianos: absit a nobis religio talis.» (Vita S: Othonis, cap.XXV, p. 673.)30:Strategicum, lib.XI, cap.VIII. L'empereur Léon le Philosophe répète la même chose dans saTactique, chap.XVIII, sec. 105. Quelques écrivains regardent cette coutume comme indiquant chez les Slavons une origine indienne.31: Lettre de saint Boniface dans lesAntiquités slavesde Szaffarik.32: Stritter, vol.II, p. 72.33:Chronique des Slaves, chap.XII.34:De Bello Gothico, apud Stritter, vol.II, p. 31.L'empereur Maurice décrit avec détail la manière dont les Slaves font la guerre. Sir Gardner Wilkinson a fait la remarque que la manière dont les Monténégrins de nos jours font la guerre, est tout-à-fait la même. (Voir son livre:Dalmatie et Monténégrins, vol. 1, p. 35.)35: Stritter,Memoriæ populorum, vol.II, p. 89.36: J'ai rapporté plus haut que, dans cette invasion, on trouva des femmes slaves au milieu des cadavres de leurs maris. Les Grecs appelèrent les Avares contre les Slaves, mais bientôt après, les mêmes Slaves reparurent sous la domination des Avares, et beaucoup plus terribles qu'auparavant. Neuf siècles plus tard, un évènement semblable se représentait avec les descendants de ces Slaves, avec les Serviens. Ils imploraient en vain contre les Turcs, l'assistance des Chrétiens de l'Occident, et surtout de l'empereur Sigismond. Livrés à leurs seules forces, ils furent défaits dans les plaines de Kossovo-polé, par le sultan Bajazet, en 1386, et obligés de se soumettre. Cinq ans après (1391), ils contribuèrent beaucoup à la victoire des Turcs sur l'empereur Sigismond, à Nicopolis. Je désire vivement attirer l'attention des esprits réfléchis sur cette circonstance; il se peut que les populations slaves, dont l'opposition à la Russie a mis obstacle jusqu'ici à ses projets d'agrandissement, désespèrent un jour de l'assistance de l'Occident, et contribuent le plus puissamment à l'exécution de ces mêmes projets.37: Voir l'appendice6.38: Une vive peinture de l'oppression exercée par les Allemands sur la nation slave, se trouve dans le discours adressé à Lubeck, par un chef slave, à l'évêque d'Oldenbourg. Helmold, qui était présent, le rapporte ainsi: «L'évêque invitait les Slaves à se rendre à Oldenbourg, à abandonner leurs idoles pour recevoir le baptême, et renoncer surtout au pillage et à l'assassinat. Pribislav lui répondit:—«Vénérable prélat, vos paroles sont les paroles de Dieu, elles sont utiles à notre salut; mais pouvons-nous suivre la voie que vous nous tracez, au milieu des maux qui nous environnent? Si vous voulez les connaître, écoutez patiemment mes plaintes. Le peuple que vous voyez est votre peuple, et nous vous découvrirons nos besoins, car c'est à notre évêque de nous prendre en pitié. Nos maîtres nous oppriment avec tant de rigueur, nous imposent tant de tributs et un esclavage si dur, que la mort nous est plus désirable que la vie.»Cette année même, nous autres, habitants de ce petit coin de terre, nous avons payé au duc, mille marcs, cent au comte, et cela ne suffit pas encore, et chaque jour nous sommes pressurés jusqu'à l'épuisement de nos ressources. Comment pourrions-nous pratiquer une nouvelle religion? Comment fonder des églises et recevoir le baptême, lorsque nous pouvons être forcés chaque jour à prendre la fuite; s'il y avait là au moins un lieu de refuge pour nous! Traversons-nous la Travène, (Trawe, dans le Holstein), mêmes calamités nous attendent; nous retirons-nous à la rivière Panis (Peine en Poméranie), partout les mêmes maux. Quelle ressource nous reste, sinon de quitter la terre, de nous embarquer sur mer, et de vivre à la discrétion des vagues? Est-ce notre faute si, chassés de notre pays, nous troublons la paix des mers; si nous prélevons nos moyens d'existence sur les Danois et sur les marchands qui passent? Nos maîtres ne sont-ils pas responsables des injustices où ils nous réduisent?»L'évêque lui représenta que cette persécution cesserait du jour où ils seraient chrétiens; Pribislav répondit: «Si vous désirez que nous embrassions votre religion, assurez-nous les mêmes droits dont jouissent les Saxons dans leurs fermes, et de nous-mêmes nous nous ferons chrétiens, nous bâtirons des églises et paierons les dîmes.» (Helmold,Chronicon Slavorum.)Outre Helmold, un autre missionnaire allemand, Adam de Brême, a décrit la tyrannie exercée sur les Slaves par les Allemands, sous prétexte de religion (Voir sonHistoire ecclésiastique, livreIII, chap.XXV). J'ai eu l'occasion plus haut d'établir que cette persécution continua long-temps après la conversion des Slaves. On rencontre avec plaisir une exception à cette conduite cruelle, dans les missions du prélat allemand saint Othon, évêque de Bamberg. Il arriva en Poméranie en 1125, sans forces militaires et connaissant parfaitement la langue du pays. Ses prédications, jointes à son désintéressement et à son affabilité, convertirent ces peuples, jusque-là rebelles, à toute tentative d'une conversion forcée.39: Stritter, vol.II, p. 6; le siége patriarcal de Constantinople fut occupé en 766 par un Slave (Stritter, vol.II, p. 80).40: Les Slaves qui s'étaient établis graduellement dans la Mœsie, province grecque, furent conquis en 679, par les Bulgares. Cette nation, grossière et peu nombreuse, imposa son nom aux vaincus, mais adopta leur langue, leurs mœurs, et, au bout de deux siècles, se trouva complètement fondue avec les Slaves. La Bulgarie soutint des luttes sanglantes contre l'Empire grec et d'autres peuples voisins; mais, après une guerre malheureuse contre l'empereur Basile II, elle fut conquise par lui et devint province grecque en 1018. En 1186, elle recouvra son indépendance; mais, après beaucoup de vicissitudes, elle fut soumise par les Turcs en 1389, et continua, jusqu'à nos jours, de former une province de l'Empire ottoman.41: Voici un fait curieux. Les Évangiles sur lesquels les rois de France, à leur couronnement, prêtaient serment dans la cathédrale de Reims, sont slaves, écrits en partie avec les caractères de Cyrille, en partie avec les caractères glagolites. Pierre le Grand, en visitant Reims, en 1719, découvrit le premier cette circonstance. Le savant slave si connu, Hanka, a publié, en 1846, à Prague, une histoire de ce manuscrit, illustrée defac-simile, etc. Voici ce qu'il en dit: «Ce manuscrit fut offert par l'empereur Charles III, roi de Bohême, au couvent d'Emmaüs, comme un précieux monument écrit par saint Procope, abbé au couvent de Sazava. Il fut enlevé du couvent par les Hussites, qui le sauvèrent de la destruction, dans leur vénération respectueuse pour le rituel slave. On le trouve ensuite à Constantinople, sans qu'on sache comment il y fut porté. On croit qu'il y fut envoyé en présent par le roi hussite de Bohême, George Podiebrad, à l'époque où il négocia un rapprochement avec l'Église grecque. Ce livre était magnifiquement relié, et enrichi d'or, de pierres précieuses et de saintes reliques. Un siècle environ plus tard, en 1546, un peintre de Constantinople, nommé Paleokappas, qui trafiquait d'objets précieux, le porta au concile de Trente. Le cardinal de Lorraine l'y acheta et en fit présent à la cathédrale de Reims, dont il était archevêque. Il disparut durant la première révolution. Quelques années plus tard, un Russe très instruit, Alexandre Tourguéneff, le découvrit dans la bibliothèque publique de Reims, où il avait été déposé sous le consulat de Napoléon; mais il n'avait plus cette magnifique reliure qui l'avait fait placer parmi les ornements du sacre des rois.»42: Shakspeare n'aurait pas commis une erreur géographique si grossière, en plaçant ses héros naufragés sur les côtes de la Bohême (Récits d'Hiver, acteIII, scèneIII), s'il avait choisi cette période pour la date de sa pièce.43: Voir Palacky, Geschichte Von Bohmen, vol.I, p. 339.44: Lenfant rapporte, d'après l'autorité de Spondanus, que le pape Innocent IV accorda aux Bohémiens, vers la fin duXIIIesiècle, d'accomplir le service divin dans leur langue (Histoire des Hussites, vol.I, p. 3). Le jésuite bohémien Balbin, considère comme un privilége glorieux pour les Slaves, d'avoir eu la permission d'accomplir le culte divin dans leur langue.45:Respublica Bohema, capVI; p. 272.46: Il y a plusieurs anecdotes caractéristiques sur l'esprit chevaleresque qui animait les Bohémiens sous Jean de Luxembourg. Ce monarque se préparait à marcher contre la Pologne: les nobles lui représentèrent que la constitution du pays les obligeait à rejoindre ses étendards à l'intérieur de la Bohême, mais non à le suivre au-delà des frontières. Il se contenta de répondre: «J'irai seul au combat, et je verrai qui de vous sera assez hardi, assez vil ou assez lâche pour ne pas suivre son roi.» Ces paroles firent cesser toute résistance.Il arriva sur le champ de bataille de Crécy, lorsque les Français étaient déjà en déroute. Il était aveugle; ses suivants lui dirent où en était le combat, et l'invitèrent à se soustraire à un danger inutile. Le roi leur répondit en bohémien: «Toho Buh da ne bude, aby Kral czeski z bitwy utikal!» ce qui signifie: «J'en prends Dieu à témoin, on ne verra pas un roi de Bohême prendre la fuite!» Ces paroles inspirèrent la confiance à la petite troupe de Bohémiens qui l'accompagnait. Tous, se serrant autour de leur monarque aveugle, et résolus de mourir avec lui, se précipitèrent au milieu des Anglais, quoique sans espoir de succès ou de salut. Sept grands de Bohême et plus de deux cents cavaliers périrent en cette occasion.47:Panslavisme et Germanisme, page 246, et Appendice H.48: Tous les auteurs diffèrent sur le nombre des étudiants étrangers qui quittèrent l'Université de Prague en cette circonstance. Hagec le porte à 40,000, Lupacius à 44,000; Lauda, auteur contemporain, cité par Balbin, le réduit à 36,000, Dubravius à 24,000, Trithême et Cochléus descendent jusqu'à 2,000. Æneas Sylvius dit qu'ils étaient au nombre de 5,000; cette évaluation, donnée par le meilleur écrivain de son temps et qui fut contemporain de cet évènement, me paraît la plus voisine de la vérité.49: Le pape Jean XXIII (Balthazar Cossa) était né à Naples, d'une famille noble quoique pauvre. Dans sa jeunesse, il fit le métier de pirate, puis entra dans les ordres, et sut si bien gagner la faveur du pape Boniface IX, qu'il fut créé par lui cardinal, et envoyé comme son légat à Bologne. Sa conduite était scandaleuse sous tous les rapports. Il réussit cependant à obtenir les bonnes grâces du pape Alexandre V, et à l'emporter, après sa mort, en 1410, sur Grégoire XII et Benoit XIII, qui se disputaient le siége pontifical. Jean avait convoqué le concile de Constance sur l'invitation de l'empereur Sigismond, et le concile se décida, aussitôt après sa réunion, à le déposer à cause de ses vices. Jean parvint à s'échapper de Constance et à se mettre sous la protection du duc d'Autriche. On le jugea par défaut, et on le déposa. Le concile requit le duc de lui livrer Jean, et le tint quelque temps prisonnier au château de Heidelberg. Plus tard il put se rendre en Italie, où Martin V, son successeur, le nomma doyen du sacré-collége. Il mourut en 1419.50: L'original de cette protestation se trouve dans la bibliothèque de la faculté d'Édimbourg.51: Voir monHistoire de la réformation en Pologne, vol. 1, 62-64.52: J'ai dit plus haut qu'il fut témoin oculaire de tout ce qui se passa, et que ce récit lui est surtout emprunté.53: Ziska veut dire «le borgne.» Le Z se prononce comme le J français.54: Le tronc de ce chêne resta debout jusqu'au commencement duXVIIIesiècle. Il fut bientôt après détruit à cause des forgerons des environs. Ils croyaient qu'une tranche enlevée à ce tronc, et attachée à leur marteau, avait la vertu de rendre leurs coups plus pesants. L'autorité ecclésiastique, pour mettre fin à cette pratique superstitieuse, fit couper ce qui restait du tronc et élever en son lieu une chapelle portant une inscription qui déclarait qu'à cet endroit était né l'hérétique Ziska, de triste mémoire.55: M. Bonnechose, en reproduisant cette lettre célèbre (lesRéformateurs avant la réformation, vol.II, p. 287 de la traduction en anglais), en a omis les traits les plus caractéristiques, tels que les allusions aux deux nations bohémienne et allemande. Cette lettre que Lenfant (Histoire des Hussites, vol.I, p. 103) a traduite de l'ouvrage de Théobald, a été publiée dans la langue originale avec une traduction allemande dans le premier volume deNeue Abhandlungen der Prager Gesellschaft.56: Les historiens protestants et catholiques élèvent à cinq cent cinquante le nombre de ces couvents et de ces églises.57: Pierre Payne était né dans le comté de Lincoln, à Haugh ou Hough, à trois milles de Grantham. Il étudia à Oxford dans Edmund's Hall, dont plus tard il devint le principal (1410-1415). On ne peut indiquer avec précision l'époque où il vint en Bohême; il jouit d'une grande réputation parmi les Hussites. Lenfant nous le montre comme un homme d'un profond savoir, qui s'occupa d'éclaircir les passages obscurs des écrits de Wiclef. Voici ce qu'en dit Cochlée, écrivain catholique romain: «Petrus Payne, ingeniosus magister Oxoniensis, qui articulos Wiclephi et libros ejus punctatim et seriatim deduxit, et suis opusculis pestiferis imposuit, arte inferiores sed veneno pervicaciores; quæ Wicleph obscure posuit, iste explanavit; ipse suo pravo ingenio non solum erat Wiclephi errorum doctor sed approbator et auctor, augmentator et promulgator, hujus purissimi regni Bohemiæ primarius et perniciosissimus infector et destructor. Taboritis maxime favebat, sectator Wiclephi obstinacissimus, Pragam cum libris ejus profugit.» Cochlée se trompe en accusant Payne d'avoir le premier infecté la Bohême. Bien avant qu'il y vînt, les ouvrages de Wiclef y étaient répandus. On croit qu'il mourut à Prague en 1455.58: La ressemblance entre les langues polonaise et bohémienne, si grande encore, l'était bien plus jadis. L'auteur de cet ouvrage a lu plusieurs ouvrages de Jean Huss, et tous, sauf quelques mots, sont aussi facilement entendus d'un Polonais que s'ils étaient écrits dans sa propre langue.59: La Lithuanie, réunie à la Pologne par le mariage de Jagellon, avait pour bornes, auXVesiècle, à l'Est, la rivière Ougra près de Kalouga, et comprenait la ville de Viazma, distante de Moscou de 150 milles anglais. Au Sud, elle touchait aux rivages de la mer Noire, entre les embouchures du Dnieper et du Dniester.60: Une tradition vulgaire rapporte qu'à son lit de mort, il ordonna de faire un tambour avec sa peau, pour qu'à ce son les ennemis tremblassent de frayeur, et de jeter son corps en pâture aux animaux sauvages et aux oiseaux, aimant mieux être dévoré par eux que par les vers. On ajoute que ses demandes furent accomplies. Il y avait même à Prague un vieux tambour que on prétendait être fait avec la peau de Ziska. Mais quand les Prussiens l'eurent enlevé à la prise de Prague par Frédéric II, en 1744, les Bohémiens prétendirent que cette tradition n'avait aucun fondement. Elle est, en effet, de l'invention la plus absurde, et rien chez les écrivains contemporains ne la justifie.61: L'usage de faire avec des charrettes des remparts mouvants, ou, comme on dit maintenant, des barricades, est commun à toutes les nations nomades du centre et du nord de l'Asie. C'est sans contredit un des moyens de défense les plus naturels et les plus primitifs. Les Polonais en faisaient souvent usage et l'appelaient tabor. Ils l'ont probablement emprunté des Tartares, avec lesquels ils étaient souvent en guerre. Je pense que Ziska, qui avait long-temps servi en Pologne, y avait appris ce mode de défense, et le porta plus tard à sa perfection.62: Il perdit son premier œil dans sa jeunesse, par un accident, en jouant avec d'autres enfants.63: D'après Balbin, l'empereur Ferdinand V, traversant Czaslaw, visita la cathédrale, et fut frappé à la vue de cette énorme masse de fer suspendue au-dessus d'un tombeau. Il demanda à ses courtisans qui c'était. Personne n'osa répondre. Un des assistants dit enfin que c'était le tombeau de Ziska. «Fi, fi! dit l'empereur, cette bête malfaisante, quoique morte depuis plus d'un siècle, fait encore peur aux vivants.» Il quitta là-dessus la cathédrale, et partit aussitôt de Czaslaw où il avait annoncé qu'il passerait la nuit.64: Selon Æneas Sylvius, vers l'année 1418, un certain Picard (né en France dans la Picardie) vint en Bohême. Ses jongleries séduisirent beaucoup d'hommes et de femmes; il leur ordonnait d'aller nus et les appelait Adamites. Il prétendait être fils de Dieu, et se faisait appeler Adam. Il s'établit avec ses disciples dans une île formée par la rivière Lusinitz, et y introduisit la communauté des femmes. Il annonçait que tout l'univers serait réduit en esclavage, sauf lui et ses partisans. Un jour, quarante de ses disciples sortirent de leur île pour attaquer quelques villages voisins et tuèrent deux cents paysans. À cette nouvelle, Ziska fit cerner l'île où les Adamites s'étaient retirés, et les fit tous tuer, sauf deux qu'il épargna pour apprendre d'eux leurs pratiques superstitieuses. Ziska n'a donc pas exterminé les Adamites à cause de leurs dogmes religieux qu'il ne connaissait pas, mais à cause des assassinats qu'ils avaient commis. Cependant il y a une autre circonstance plus difficile à expliquer: il fit brûler, ou le permit au moins, un prêtre nommé Loquis, qui niait le dogme de la transsubstantiation, que les Taborites admettaient.65: Il faut se rappeler qu'à l'époque où la bataille eut lieu, l'usage des armes à feu était peu répandu. La force et le courage individuel étaient d'une bien plus grande importance alors qu'aujourd'hui depuis l'introduction de ces armes et surtout de l'artillerie.66: Coributt paraît être resté alors en Pologne; mais il revint en Bohême en 1430, et se joignit aux Orphelins avec lesquels il fit plusieurs expéditions aventureuses en Silésie et en Lusace. Il revint en dernier lieu en Pologne, et fut la tige de la famille princière de Wiszniowiecki, aujourd'hui éteinte. Un membre de cette famille, du nom de Michel, fut roi de Pologne en 1669.67: Henry Beaufort était fils de Jean de Gaunt par Catherine Swynford.68: L'auteur contemporain, Æneas Sylvius, dit que les Croisés s'enfuirent même avant d'apercevoir les Bohémiens.69: Il est étrange que cet événement, rapporté par tous les écrivains ecclésiastiques, ait échappé à l'exact et consciencieux Lingard. Il se contente de dire que Beaufort leva une petite armée dans le but chimérique de combattre les Hussites (Histoire d'Angleterre, vol.VIII, page 38 de laIVmeédition), et il semble avoir ignoré que ce projet chimérique fut mis à exécution.70: L'évêque de Bamberg leur paya 9,000 ducats, la ville de Nuremberg 10,000; sommes énormes avant la découverte de l'Amérique. De pareilles rançons furent payées par l'électeur de Brandebourg, le duc de Bavière, le margrave d'Anspach, l'évêque de Salzbourg, etc.71: Voici comment Æneas Sylvius décrit l'aspect des Taborites: «C'étaient des hommes complètement noirs, parce qu'ils étaient toujours exposés au soleil, au vent et à la fumée de leur camp. Leur aspect était horrible et effrayant; leurs yeux étaient ceux de l'aigle, leur chevelure était hérissée, leur barbe longue, leur stature prodigieuse, leurs corps velus, et leur peau si dure qu'elle semblait aussi capable qu'une cuirasse de résister au fer.»72: Elles forment aujourd'hui les provinces de la Prusse occidentale et la nouvelle Marche de Brandebourg.73: Les Taborites, les Orphelins et les Orebites donnaient aux Calixtins le nom deHussites boiteux.74: «Et puis veci le prince, le duc de Lancastre, le comte de Cantebruge (Cambridge), le comte de Pembroke, messire Guichard d'Angle, et tous les autres et leurs gens qui entrèrent dedans, et pillards à pied, qui étoient tous appareillés de mal faire et de courir la ville et de occire hommes, femmes et enfants, et ainsi leur étoit-il commandé. Là eut grand' pitié; car hommes, femmes et enfants se jetoient à genoux devant le prince et crioient: mercy, gentil sire; mais il était si enflammé d'ardeur que point n'y entendoit, ni nul, ni nulle n'étoit ouïe, mais tous mis à l'épée quanque (tout ce que) on trouvoit et encontroit, ceux et celles qui point coupables n'en étoient. Ni je ne sçais comment ils n'avoient pitié des pauvres gens qui n'étoient mie taillés de faire nulle trahison; mais ceux le comparoient (payaient) et comparèrent plus que les grands maîtres qui l'avoient fait. Il n'est si dur cœur, que, s'il fût adonc en la cité de Limoges, et il lui souvint de Dieu, qui n'en pleurât tendrement du grand meschef qui y étoit; car plus de trois mille personnes, hommes, femmes et enfants y furent délivrés et décolés cette journée. Dieu en ait les âmes, car ils furent bien martyrs.» (Froissard, livreIer, chap.DCXXXVI).75: Quelques écrivains supposent que c'était un évêque de Vienne en Autriche, et qu'il y avait à cette époque un nombre considérable de Vaudois dans ce pays. Cependant ce fait n'est nullement prouvé. J'ai suivi l'opinion du rév. docteur Gilly, dont l'autorité est grande en pareil cas, et qui pense que cette Vienne est la Vienne du Dauphiné, dans le sud de la France.76: Noble allemand, beau-frère de feu l'empereur Sigismond, et, d'abord, partisan des Hussites.77: Ce changement d'opinion donna lieu au bon mot fait à cette époque:Pius damnavit quod Æneas amavit.78: Henry a laissé de belles poésies écrites dans la langue nationale.79: La construction de ces églises n'était point légale; suivant les prescriptions de la Charte royale, chacun pouvait construire des églises dans ses domaines, et les deux églises dont il est question avaient été élevées sur des territoires appartenant à l'archevêque de Prague et à l'abbé de Braunau.80: Cette confédération, connue sous le nom d'Union évangélique, fut formée d'après les conseils de Henry IV de France, en 1594, à Heilbronn, confirmée en 1603 à Heidelberg, et renouvelée en 1608 à Aschhausen. Ses membres s'engageaient à fournir un contingent de troupes et à ne point tenir compte des différences de dogme qui existaient entre les Luthériens et les Calvinistes.81: Il est fait ici allusion au fameux projet conçu par Henry IV et Sully en vue de restreindre l'autorité de la maison d'Autriche et de régler d'une manière stable les rapports des nations européennes, projet qui aurait pu, à l'avantage de tous les peuples, établir une paix perpétuelle. La paix eût été maintenue par un congrès permanent, composé de délégués de toutes les nations de l'Europe et armé de moyens suffisants pour se faire obéir. Il semble cependant (et ce fait est peu connu) que le même plan avait été conçu par Élizabeth; il est même probable que ce fut cette reine qui en suggéra la pensée à Henry IV. Voici comment s'exprime Sully: «Si la première idée de ce plan ne fut point inspirée à Henry par Élizabeth, il est au moins certain que cette grande reine y avait depuis long-temps songé, en vue de venger l'Europe sur l'Autriche, l'ennemi commun.» (Mémoires de Sully,livreXXX).Pendant son voyage en Angleterre (1601), Sully eut sur ce point une conversation avec Élizabeth, et, en rendant compte de cet incident, il s'étonne de la conformité parfaite de vues qui existait entre les deux souverains. (Mémoires,livreXII). Sully était rempli d'admiration en écoutant l'exposé du plan d'Élizabeth, et, après avoir rappelé que trop souvent les rois se laissent aller à la conception de chimères irréalisables, il ajoute: «Mais ne former que de sages projets, les organiser avec prudence, en prévoir les inconvénients de telle sorte que le remède soit toujours à la portée du mal, c'est là une chose dont peu de princes sont capables. La plupart des articles, des conditions et des différents rouages de ce plan sont dus à la pensée de la reine, et ils prouvent que la pénétration, la sagesse et les autres qualités de l'esprit, étaient chez cette princesse égales à celles des plus grands rois.» (Ibid.).Élizabeth désirait mettre son projet à exécution, et elle se plaignait vivement de ce que l'état de la France, épuisée par de terribles commotions, ne permît pas à Henry IV de seconder ses vues. De son côté, Henry IV considérait comme un grand malheur de ne pouvoir commencer la réalisation de ce projet du vivant d'Élizabeth. «La mort d'Élizabeth, dit Sully, fut une perte irréparable pour l'Europe, et, en particulier, pour Henry: celui-ci dut presque abandonner son projet, car il avait perduun second lui-même.»Je ne m'explique pas qu'un fait aussi important ne soit rapporté ni par Hume ni par Lingard. Celui-ci dit «qu'il était difficile de concilier la politique des disciples d'Élizabeth avec l'honnêteté et la bonne foi, mais que, comme résultat, elle fut très avantageuse à l'Angleterre.» (Vol.VIII,chap.VII). Le plan que je viens de rappeler, conçu par Élizabeth elle-même et non par ses ministres, était très assurément conforme à l'honnêteté et à la bonne foi. Cette omission me paraît d'autant plus extraordinaire, que Hume et Lingard n'ont pu ignorer un fait relaté dans un livre aussi connu que lesMémoires de Sully.Je n'hésite pas à dire que Élizabeth, Henry IV et Sully marchaient fort en avant, non-seulement de leur époque, mais encore de l'époque actuelle. Si ces deux souverains avaient vécu plus long-temps, l'Angleterre et la France auraient accompli ce grand œuvre de lapaix permanente, qui fait aujourd'hui dépenser tant de phrases vides. Le projet d'Henry et d'Élizabeth n'était pas une utopie: ses auteurs n'étaient assurément pas des visionnaires; l'histoire de leur règne suffit pour démontrer qu'ils possédaient au plus haut degré la science du gouvernement; les évènements, d'ailleurs, se sont chargés de prouver que leur plan était praticable. Parmi les nombreux articles de ce vaste plan, se trouvait la restauration d'une Hongrie indépendante, fortifiée par l'adjonction de quelques provinces voisines et destinée à servir de boulevard contre les infidèles. On avait les mêmes vues pour la Pologne. La Bohême devait être indépendante et augmentée de plusieurs provinces peuplées de Slaves, tandis que les princes de la maison d'Autriche, privés de leurs couronnes de Hongrie et de Bohême et de leurs États allemands, devaient entrer en possession de territoires démembrés des colonies espagnoles de l'Amérique. Eh bien! est-il besoin de dire que la destruction de l'indépendance de la Pologne est généralement considérée aujourd'hui non-seulement comme un crime politique, mais aussi comme un grand malheur politique;—que les évènements, récemment survenus en Hongrie, ont ébranlé jusque dans ses fondements l'édifice de la puissance autrichienne, devenue impuissante à arrêter la marche des Russes vers Constantinople;—enfin, que l'affranchissement des colonies espagnoles, qui n'étaient point préparées à se gouverner elles-mêmes, a jeté ces pays lointains dans de continuelles agitations? Tous ces résultats n'eussent-ils pas été prévenus, si l'indépendance de la Hongrie et de la Pologne s'était trouvée garantie, et si les colonies espagnoles, rendues libres avec une forme monarchique appropriée à leurs mœurs et à leurs habitudes, avaient été gouvernées par des princes de la maison austro-espagnole? Ces colonies se seraient développées sous un tel régime, à leur profit et au profit du monde entier; car le plan de Henry IV comprenait la liberté universelle des échanges aussi bien que l'égalité complète de liberté religieuse pour les Catholiques et pour les Protestants. De plus, le czar de Russie, dont la reine Élizabeth avait su mesurer la puissance, aurait été invité à entrer dans la confédération européenne, et s'il avait refusé, il eût été relégué aux confins de l'Asie. Il est inutile d'ajouter à cette prévision le moindre commentaire.82: Cette branche est aujourd'hui représentée par les maisons souveraines de Saxe-Altenbourg, Saxe-Cobourg, Saxe-Meiningen et Saxe-Weimar.83: De nombreuses ordonnances déclarèrent que la langue bohémienne jouissait des mêmes droits que la langue allemande; mais, en fait, elle disparut complètement, et ne fut plus employée que dans les rapports des autorités locales avec les classes ignorantes qui ne comprenaient que l'idiome national.84:Panslavism and Germanism, p. 193.85: Mieczislav reconnut la souveraineté de l'empereur pour les territoires situés au-delà du Varta, et siégea régulièrement dans les diètes. Ce lien féodal fut brisé sous le règne suivant.86: Je rapporte ce fait d'après le témoignage d'un écrivain allemand, Ropel,Geschichte Polens, vol. I, page 572.87: Le souvenir de ces faits se retrouve dans un proverbe populaire. Pour désigner une chose inintelligible, on dit:C'est un sermon allemand.88: André Bninski, évêque de Posen, réunit 900 hommes armés, assiégea la ville de Zbonszyn et força les habitants à lui livrer cinq prédicateurs hussites qu'il fit brûler publiquement. Ce fait se passa en 1439, alors que le pays était déchiré par des dissensions intérieures pendant la minorité du roi.89: La plus ancienne poésie polonaise que l'on ait conservée, après l'hymne à la Vierge[89-A], est une poésie en l'honneur du réformateur anglais. Ce poème a été composé vers le milieu duXVesiècle, par André Galka Dobrzynski, maître ès-arts de l'Université de Cracovie. En voici la traduction aussi littérale que possible:«Vous, Polonais, Allemands, et toutes les nations! Wiclef vous parle le langage de la vérité! La terre et la chrétienté n'ont jamais eu et n'auront jamais d'homme plus grand que lui. Que celui qui désire se connaître, approche Wiclef; celui qui suivra sa voie, ne s'égarera jamais.»Il a révélé la sagesse divine, la science humaine et des vérités qui étaient inconnues aux sages.»Il a écrit d'inspiration sur la dignité ecclésiastique, sur la sainteté de l'Église, sur l'Antechrist italien, sur la perversité des papes.»Vous, prêtres du Christ, qui êtes appelés par le Christ, suivez Wiclef.»Les papes impériaux sont des antechrists; leur pouvoir procède de l'Antechrist,—des dons des empereurs allemands.»Sylvestre, le premier pape, a emprunté son pouvoir au dragon Constantin, et il a versé son venin sur toutes les églises; conduit par Satan, Sylvestre a trompé l'empereur et s'est emparé de Rome par fraude.»Nous désirons la paix;—prions Dieu! aiguisons nos glaives, et nous vaincrons l'Antechrist. Frappons l'Antechrist avec le glaive, mais non avec un glaive de fer. Saint Paul dit: «Tuez l'Antechrist avec le glaive du Christ.»»La vérité est l'héritage du Christ. Les prêtres ont caché la vérité; ils la craignent, et ils trompent le peuple avec des fables. Ô Christ! pour le salut de tes blessures, envoie-nous des prêtres qui puissent nous guider dans les voies de la vérité et ensevelir l'Antechrist!»Le même auteur a écrit, sur les œuvres métaphysiques de Wiclef, un commentaire latin dont le manuscrit est conservé dans la bibliothèque de l'Université de Cracovie. Il fut obligé de quitter cette ville, mais il trouva asile à la cour de Boleslav, prince d'Oppeln (Silésie), qui professait les doctrines de Jean Huss.J'ai puisé ces détails dans l'histoire de la littérature polonaise, publiée par M. Michel Wiszniewski, élève de l'Université d'Édimbourg et long-temps professeur à celle de Cracovie. Cet ouvrage, réellement national, qui ne le cède à aucune des plus célèbres histoires de ce genre, telles que celles de Tiraboschi, Ginguené, Sismondi, etc., n'a malheureusement pas été terminé, l'auteur ayant dû s'exiler de son pays et s'établir en Italie. Puissent des circonstances plus favorables permettre à M. Michel Wiszniewski de compléter son travail, bien qu'il n'ait plus rien à ajouter à la réputation qu'il s'est acquise dans le monde littéraire.89-A: Cet hymne célèbre, qui était chanté par les soldats polonais avant la bataille, et qui a été composé par saint Adalbert au commencement duXIesiècle, a été traduit en anglais par le docteur Bowring, dans ses extraits de poésie polonaise, et en français, par....90: Un manuscrit de cette traduction a été conservé à Varsovie dans la bibliothèque Zaluski, ainsi appelée du nom de deux frères qui, élevés à l'épiscopat, la fondèrent à grands frais. Elle était considérée comme l'une des plus riches de l'Europe, et les deux prélats en firent don à l'État; mais, lors du démembrement de la Pologne en 1795, elle fut transportée à Saint-Pétersbourg. Cet acte de spoliation fut accompli sans aucun soin, et les livres les plus précieux furent perdus dans le transport.91: Dans ce plan de réforme, Ostrorog soutenait que le Christ ayant déclaré que son royaume n'est pas de ce monde, le pape n'avait aucune autorité à exercer sur le roi de Pologne, et qu'il ne devait pas exiger de ce dernier une attitude et un langage contraires à sa dignité;—que Rome tirait chaque année du pays de fortes sommes d'argent sous prétextes religieux, mais, en réalité, par des moyens de superstition, et que l'évêque de Rome inventait les motifs les plus injustes pour lever des taxes destinées non aux vrais besoins de l'Église, mais à l'intérêt personnel du pape;—que tous les procès ecclésiastiques devaient être jugés dans le pays, et non à Rome, «qui ne prenait aucune brebis sans tondre la laine;»—qu'il y avait, parmi les Polonais, des gens qui respectaient les affiches de Rome, ornées de cachets rouges et de ficelles de chanvre et placées à la porte d'une église, mais que l'on ne devait pas ajouter foi à ces impostures de l'Italie.»—Il ajoute: «N'est-ce pas chose ridicule de voir le pape nous imposer, en dépit du roi et du sénat, je ne sais quelles bulles appelées indulgences? Le pape soutire de l'argent en promettant au peuple de l'absoudre de ses péchés; et cependant Dieu a dit par la voix de son prophète: «Mon fils, donnez-moi votre cœur et non votre argent.» Le pape prétend qu'il emploie ses trésors à l'érection des églises, mais, par le fait, il ne s'en sert que pour enrichir sa famille. Je passe sous silence des actes encore plus blâmables. Il y a des moines qui croient encore à de pareilles fables; il y a un grand nombre de prédicateurs qui ne pensent qu'à récolter une riche moisson et à se nourrir des dépouilles du pauvre peuple.» Ostrorog se plaint, en outre, de l'incapacité de certains moines. «Avec une tonsure et un capuchon, dit-il, le premier venu se croit apte à corriger le genre humain. Il crie, et beugle presque, dans la chaire, où il ne rencontre aucun antagoniste. Les hommes instruits, et même le vulgaire, ne peuvent écouter sans horreur les non-sens et même les blasphèmes de ces prédicateurs.»92:Épître de Bernard de Lublin à Simon de Cracovie.Deux écrits antérieurs,De vero cultu DeietDe matrimonio sacerdotum, publiés à Cracovie en 1504, contenaient également des doctrines que Rome considère comme des hérésies.93: La loineminem captivabimus nisi jure victum, fut établie par la diète de 1431. D'après cette loi, le roi, qui représentait alors le pouvoir judiciaire ainsi que l'autorité exécutive, ne pouvait faire emprisonner aucun noble, si ce n'est dans le cas deflagrant délit; mais il devait accepter une caution en rapport avec le délit qui donnait lieu à l'accusation.94: Modrzewski.95: La Pologne était divisée politiquement en Polognegrandeetpetite. La première de ces deux provinces, comprenant la région de l'Ouest, reçut le nom degrande, parce qu'elle fut le berceau de la monarchie qui s'étendit successivement vers l'Est et vers le Sud. Elle était cependant moins vaste que laPetite-Pologne, qui comprenait la région du Sud-Est.96: Les Frères Bohêmes ne jouirent de cette protection que durant la vie du duc Albert. Après sa mort, la persécution reprit son cours. En 1568, on défendit aux Frères l'exercice public de leur culte; on leur ordonna de signer les vingt articles de la Confession reconnue en Prusse, et on leur défendit d'entretenir aucunes relations avec leurs coreligionnaires, soit de Pologne, soit de Bohême. Cette situation les décida à émigrer en 1574 pour la Pologne, où leurs églises étaient devenues nombreuses et où la loi garantissait la liberté des cultes.97: L'Université de Kœnigsberg contribua puissamment à répandre en Pologne la connaissance des Écritures, en publiant les premières Bibles et les premiers écrits anti-papistes qui aient paru dans la langue du pays. Elle avait été fondée en 1544 par Albert, duc de Prusse, en vue de populariser les principes protestants. Une anecdote assez curieuse se rapporte à sa création. À cette époque, la sanction du pape ou de l'empereur semblait indispensable pour la fondation d'une Université, et Sabinus, le premier recteur de l'Université de Kœnigsberg, était tellement pénétré de cette pensée, qu'il s'adressa au cardinal Bembo afin d'obtenir du pape l'autorisation d'ériger une école qui avait pour but avoué de combattre l'autorité de Rome. Le cardinal Bembo répondit à cette singulière requête par un refus poli. L'Empereur rejeta de même la demande, qui ne fut accordée que par Sigismond-Auguste, roi de Pologne, se fondant sur son titre de suzerain du duc de Prusse. Chose bizarre! l'autorisation donnée pour l'érection d'une Université protestante, fut contresignée par un évêque catholique romain, Padniewski, chancelier de Pologne.98: Actuellement dans la Pologne autrichienne.99: La constitution polonaise, de même que celle de Hongrie, étaitdélégativeet nonreprésentative; les électeurs décidaient les questions qui devaient être portées à la Diète, et ils dictaient, à l'avance, les votes de leurs députés.100: Leszczynski avait pour devise:Malo periculosam libertatem quàm tutum servitium.Il descendait de Stanislas Leszczynski, défenseur de Jean Huss au concile de Constance, et était aïeul du roi Stanislas, depuis duc de Lorraine, et dont la fille, Maria Leszczynski, épousa Louis XV, roi de France.101: Voyez Bayle, articleOrichovius.102: Afin de donner une idée de la violence de son style, je citerai quelques passages des lettres qu'il adressa au pape Jules III: «Ô Saint-Père, je vous en conjure, pour l'amour de Dieu et de notre seigneur Jésus-Christ et des saints anges, lisez ce que je vous écris et rendez-moi réponse! Ne rusez pas avec moi: je ne vous donnerai pas d'argent, je ne veux avoir avec vous aucune affaire....» Ailleurs, Orzechowski s'adresse ainsi au même pontife: «Sachez, Jules, sachez bien à quel homme vous avez affaire,—non pas à un Italien, pas même à un Russe,—non pas à l'un de vos pauvres sujets, mais au citoyen d'un royaume où le monarque lui-même est tenu d'obéir à la loi. Vous pouvez, si cela vous plaît, me condamner à mort; mais ce ne sera pas tout. Le roi n'exécutera pas votre sentence. La cause sera soumise à la Diète. Vos Romains courbent leurs genoux devant vos domestiques: ils fléchissent le cou sous le joug honteux de vos scribes. Il n'en est pas ainsi parmi nous. Le roi, notre seigneur, ne peut pas faire tout ce qui lui plaît; il doit faire ce que la loi prescrit. Il ne dira pas, le jour où vous lui adresserez un signe de votre doigt, ou lorsque vous ferez briller à ses yeux votre anneau: «Stanislas Orzechowski, le pape Jules désire que vous alliez en exil: partez donc!» Non, je vous assure que le roi ne vous obéira pas. Nos lois ne lui permettent pas d'exiler ou d'emprisonner quiconque n'a pas été condamné par le tribunal compétent.» Tout ce que dit Orzechowski touchant l'autorité royale et la liberté des citoyens en Pologne était parfaitement exact, et je ne sache pas qu'aucun autre pays pût jouir à cette époque d'un égal degré de liberté.103: «Le serment, dit Orzechowski en s'adressant au roi, détruit la liberté des évêques, qui ne sont plus que des espions pour la nation et pour le souverain. Le haut clergé, qui s'est volontairement soumis à cet esclavage, a conspiré, par le fait, et s'est constitué en état de révolte contre le pays. Ces conspirateurs ont siégé dans vos conseils, ils ont épié vos projets et les ont fait connaître à leur maître étranger. Si vous vouliez, dans l'intérêt public, arrêter les usurpations du pape, ils vous excommunieraient et exciteraient des émeutes sanglantes. Le pape a lâché les moines, qui se sont abattus sur votre royaume comme une nuée de sauterelles. Voyez-les, conjurés contre vous! comme ils sont nombreux et cruels! Contemplez abbayes, couvents, chapitres, synodes! autant de têtes tonsurées, autant de têtes qui conspirent contre vous!»104: «Ces abominables sauterelles d'Ariens, de Macédoniens, d'Eutychéens et de Nestoriens se sont abattues dans vos champs. Elles croissent en nombre et se répandent dans toute la Pologne et en Lithuanie, grâce à la négligence des magistrats. Une bande insolente allume l'incendie, détruit les églises, méconnaît les lois, corrompt les mœurs, méprise l'autorité et ravale le gouvernement. Elle renversera le trône. Il importe bien plus de vaincre les fureurs de l'hérésie que l'ennemi moscovite!»105: Orzechowski dit: «Le roi n'est établi que pour protéger le clergé. Le souverain-pontife a seul le droit de faire les rois, et, dès lors, il a pleine autorité sur eux. La main d'un prêtre est la main de Jésus-Christ.... L'autorité de saint Pierre ne peut être subordonnée à aucune autre; elle est supérieure à tout: elle ne paye ni tributs ni taxes. La mission du prêtre est supérieure à celle du roi. Le roi est le sujet du clergé; le roi n'est rien sans le prêtre. Le pape a le droit d'enlever au roi sa couronne. Le prêtre sert l'autel, mais le roi sert le prêtre et n'est que son ministre armé, etc., etc.» Orzechowski représentait l'État sous la forme d'un triangle, avec le clergé au sommet; le roi, ainsi que les nobles, remplissaient le corps de ce triangle; le reste de la nation n'était rien. Il recommandait aux nobles de gouverner le peuple paternellement.106: Après la mort de Louis le Jagellon, roi de Hongrie, qui périt à la bataille de Mohacz contre les Turcs, en 1525, et ne laissait point de postérité, un parti puissant éleva au trône Jean Zapolya, woïvode de Transylvanie. Celui-ci ne put se maintenir en présence de Ferdinand d'Autriche, qui avait été élu par le parti opposé, et qui, ayant épousé une sœur du dernier roi, lui succéda en Bohême, avec l'aide de son frère Charles-Quint. Zapolya se retira en Pologne, où Jaroslav Laski lui proposa de le replacer sur le trône de Hongrie en s'appuyant du secours des Turcs. Zapolya donna à Laski ses pleins pouvoirs, et lui promit, en récompense de ses services, la principauté de Transylvanie. Laski se rendit donc à Constantinople: il n'avait rien à offrir, et il avait tout à demander. Cependant, ses négociations furent si heureuses, que, le 20 février 1528, deux mois seulement après son arrivée, il signa un traité d'alliance contre l'Autriche avec le sultan Soliman, qui s'engageait à rendre à Zapolya la couronne de Hongrie, sans autre condition que celle d'être reconnu comme le protecteur oule frère aînédu nouveau roi. Le succès de l'ambassade de Laski fut dû en grande parti à l'influence slave. Le vizir et les principaux dignitaires de la Turquie étaient des Slaves de Bosnie, qui avaient embrassé l'islamisme et étaient devenus les plus fidèles sujets de la Porte, tout en conservant leur langue et un vif attachement pour la nationalité slave. On parlait à la cour du sultan le slave autant que le turc, et Laski put s'entretenir librement avec le vizir et les ministres, qui le traitaient comme un compatriote. Laski a laissé un journal de son voyage, et il cite les paroles remarquables qui lui furent adressées par Mustapha-Pacha: «Nous sommes du même peuple; vous êtes Lekh[106-A], et je suis Bosnien. Il est naturel que chacun préfère son pays à tout autre.» Ces paroles, dites par un Slave musulman, investi d'une haute fonction de l'Empire turc, à un Polonais chrétien, prouvent la force des affinités slaves et indiquent le parti que l'on pourrait tirer de ces dispositions nationales.—Conformément au traité, une armée turque rétablit Zapolya sur le trône de Hongrie, et vint mettre le siége devant Vienne, qui fut sur le point d'être prise. Cependant Zapolya oublia ce qu'il devait à Laski, ou plutôt il ne put supporter l'idée d'être à ce point son obligé. Au lieu de recevoir la principauté de Transylvanie, Laski fut accusé de conspiration et emprisonné. L'influence de ses amis le fit remettre en liberté: son innocence fut proclamée par lettres-patentes, et il reçut en dédommagement des sommes qu'il avait dépensées au service de Zapolya, les villes de Kesmark et de Debreczyn. L'âme fière de Laski ne pouvait être apaisée par cet acte de justice péniblement arraché à l'ingratitude d'un roi qui lui devait sa couronne. Il quitta le service de Zapolya et résolut de défaire son propre ouvrage en détrônant ce prince. Il se rendit, en conséquence, auprès de Ferdinand d'Autriche, qui accueillit à bras ouvert un allié aussi précieux. En 1540, lorsque Ferdinand réunissait une armée pour reconquérir la Hongrie, Laski fut envoyé à Constantinople pour empêcher Soliman de secourir Zapolya. Son arrivée à la cour ottomane, dans un rôle diamétralement opposé à celui qu'il avait rempli douze années auparavant, excita la colère et les soupçons du sultan, qui le fit emprisonner. Sa vie fut même quelque temps en péril; mais il réussit à calmer Soliman, et rentra tout-à-fait en grâce. Il tomba malade à Constantinople et se retira en Pologne; il mourut en 1542 des suites de cette maladie, à laquelle on a supposé que le poison n'était pas étranger. Son fils Albert, palatin de Sieradz, visita l'Angleterre en 1583, et fut reçu par la reine Élizabeth avec les marques de la plus haute distinction. On lui rendit à Oxford les honneurs réservés d'ordinaire aux souverains. (VoyezWood's History and antiquities of Oxford, traduction anglaise, vol. 2, pag. 215-218.)
1: Voir l'appendiceA, à la fin du volume.
2: Voir l'appendiceBetC.
3: Voir l'appendiceD.
4: Voir l'appendiceF.
5: M. Bodenstedt dans un article de laGazette universelle d'Augsbourgdu 11 mai 1848, intitulé «les Slaves et l'Allemagne.»
6: L'anecdote suivante peut servir à caractériser, par un trait de plus, l'assertion ci-dessus: On sait bien qu'en 1846, un certain nombre de paysans de la Gallicie, entraînés par l'appât du pillage des propriétés appartenant à leurs seigneurs, en ont massacré plusieurs, et que les autorités autrichiennes non-seulement autorisaient, mais, en beaucoup de cas, récompensaient ces actes infâmes. Il était tout naturel qu'une politique aussi abominable donnât naissance à une foule de dénonciateurs qui, sous prétexte d'attachement au gouvernement existant, accusaient leurs seigneurs de trahison et de malveillance à l'égard du souverain. Il est arrivé qu'un paysan accusa son seigneur, devant un magistrat autrichien, d'avoir injurié l'Empereur de la manière la plus violente. À la question du magistrat: quels étaient les termes injurieux dont il s'était servi, le paysan, voulant aggraver autant que possible la faute de son seigneur, répondit: «Oh! Monsieur, il a dit les mots les plus horribles contre l'Empereur, il l'a même appelé Allemand!Naturam expelles furcâ tamen usquè recurrit.
7: Les auteurs qui ont parlé des Slaves dans leVIesiècle, sont: Procope, Jornandès, Agathias, l'empereur Maurice, Jean de Biclar et Ménandre. Ils les appellent Sclavènes ou Sclaves. Ces formes sont des corruptions du mot Slaves, ou Slavènes, employé par le peuple même et par les écrivains allemands qui ont été en rapport avec les Slaves de la Baltique, tels qu'Adam de Brême, Helmold, etc. L'étymologie du nom deSlave, a été entendue de diverses façons. Les uns dérivent ce nom du motslavaqui signifiegloiredans tous les dialectes slaves; et cette opinion semble confirmée par le grand nombre de mots slaves qui en viennent d'une manière incontestable; par exemple:Stanislav(Stanislas), fondateur de gloire;Promislav, sentiment de la gloire;Vladislav, dominant la gloire, etc. D'autres étymologistes tirent le même nom deslovo, qui signifie, dans tous les dialectes slaves,paroleoumot. Ils s'appuient sur ce fait que, dans tous les dialectes, on emploie un a ou un o indifféremment,slavaniéouslovanié[7-A]. Pour justifier leur étymologie, ils allèguent une circonstance curieuse, c'est que toutes les nations slaves donnent aux Allemands le nom deNiemietz, c'est-à-diremuets. Ils expliquent ainsi ce nom. Les Slaves, ne pouvant comprendre les étrangers, croyaient qu'ils n'avaient qu'un langage inarticulé, et les appelaient, pour ce motif,niemoumuets. Au contraire, persuadés que seuls ils possédaient le don de la parole (du moins, intelligible pour eux), ils s'appelaientSlovanié, c'est-à-dire, hommes qui ont le don de la parole. Quelle que soit la véritable étymologie du nomSlaves, on ne peut douter que cette dénomination de Slaves, Sclaves, Esclaves, Schiavi, ne vienne du grand nombre des Slaves de la Baltique vendus dans les marchés par les conquérants germains, ou réduits à un esclavage rigoureux sur leur sol natal. (Cette circonstance sert à expliquer l'antipathie nationale qui divise la race allemande et la race slave, et qui, il est triste de l'avouer, s'est réveillée récemment, en plusieurs occasions, avec une animosité digne des temps les plus barbares.) On doit remarquer aussi que tous les écrivains occidentaux appellent les Slaves,Slavini,Sclaves, et mêmeVinidæ,VenedesetWendes; ce dernier nom a été donné par les Allemands aux Slaves de la Baltique, et s'applique maintenant à ceux de la Lusace et de la Saxe qui s'intitulent eux-mêmes Serbes. Il est impossible d'établir l'origine de cette dénomination donnée aux Slaves par les Allemands, ainsi que par les Finnois et les Lettoniens, mais dont eux-mêmes ne peuvent se rendre compte; en un mot, de toutes les conjectures faites sur ce sujet, aucune n'a abouti à un résultat satisfaisant. Je ferai seulement remarquer que ce n'est pas un cas exceptionnel, qu'on trouve beaucoup de nations qui ont reçu des étrangers des noms bien différents de ceux qu'elles se donnent à elles-mêmes. Ainsi, les Allemands s'appellentDeutsche, et sont appelés Allemands par les Français; Germains par les Anglais comme par les Romains; Niemtzy par les Slaves et les peuples de l'Est. Les peuples appelés Finnois par les Européens de l'Occident, s'appellent Suomi ou Suomalaiset et reçoivent des Slaves le nom de Tchoudy.
7-A: Ce qui est la plus probable, c'est que les motsslovo, parole, verbe, discours (λογος des Grecs), etslava, gloire, n'étaient, dans l'origine, qu'un seul et même mot employé dans deux sens différents. L'idée de la gloire, en effet, ne naît que de la notoriété qu'acquiert un nom ou un évènement divulgué par la parole. Les verbesslavitetslovit, et leurs dérivésvistavitetvistovit, etc., signifiaient probablement, dans l'origine, à peu près la même chose:divulguer, développer par la parole. Le mot latinfamaet le mot françaisrenommén'ont pas une autre étymologie.
N. d. T.
8: Ceci est une erreur. Vineta ou Julin était située à l'embouchure de l'Oder et non dans l'île de Rugen.
9: Le motattaqueest faible;brigandagesetrapinesseraient plus conformes à la vérité.
10: L'âme généreuse de Herder exprimait, il y a quatre-vingt ans, ces regrets sur la décadence du caractère national des Slaves qui subsistent encore en Allemagne, c'est-à-dire des Wendes de la Lusace. Ils avaient pour fondement des données inexactes fournies par des gens envieux et mal disposés, ou bien ce malheureux état de choses a disparu avec les progrès de la civilisation. Elle a mis fin à l'oppression qui pesait sur ces restes de la race slave en Allemagne: on le voit d'une manière évidente, d'après le portrait suivant de cette population fait par un écrivain moderne d'Allemagne:
«C'est un peuple (les Wendes) vif, robuste, laborieux, appliqué aux travaux de l'agriculture et de la pêche. Son assiduité à l'église, les souhaits et les expressions pieuses qu'il emploie souvent, sa droiture et la pureté de ses mœurs, témoignent de la force de ses sentiments religieux. On s'accorde à reconnaître sa frugalité, sa propreté, sa fidélité conjugale, et une foule d'autres excellentes qualités. Les Wendes sont pacifiques, et, comme beaucoup d'autres peuples slaves, ils n'ont pas d'esprit militaire; cependant ils sont pleins d'audace pour défendre leurs foyers, et leurs recrues bien disciplinées ont mérité, en maintes occasions, le renom de vaillants soldats. Malgré la plus dure oppression, malgré l'esclavage de la glèbe, les Wendes ont conservé la bonne humeur, la gaîté qu'ils possèdent comme tous les autres peuples slaves, et cet esprit modéré et joyeux qui se retrouve dans leurs chants nationaux, si gais. Des chansons allègres font retentir les maisons ou les champs, lorsqu'ils travaillent ou se réunissent en un cercle joyeux. Ils sont, à la lettre, fous de danse. On voit souvent aujourd'hui les femmes qui traient les vaches, faire assaut de chants par gageure, et les bergers jouer sur des trompes ou des cornemuses leurs airs nationaux. Ces airs sont généralement des airs d'amour, quelquefois ce sont des plaintes sur la perte ou l'infidélité de l'objet aimé. Quelques-uns ont un caractère élégiaque, et sont remplis de pensées enthousiastes et étincelantes d'imagination sur la beauté de la nature, l'instabilité des choses d'ici-bas, la destinée humaine, avec une forte tendance au merveilleux.» (Blicke in die Vaterlandische Vorzeit von Karl Preusker.Leipsig, 1843, vol. II, p. 179.)
La faible population qui a sauvé jusqu'ici sa nationalité slave et n'est pas encore germanisée, bien qu'elle vive au milieu de la race teutonique, se réduit à environ 144,000 âmes, dont 60,000 subsistent sous la domination saxonne; le reste appartient à la Prusse; 10,000 environ appartiennent à l'Église catholique romaine; les autres suivent le luthérianisme. Malgré ce nombre si restreint, ils ont une littérature nationale, outre la Bible et autres ouvrages de piété. Elle consiste en collections de chants nationaux, de traditions, de récits, et aussi en quelques productions modernes. Ils ont une société littéraire pour le maintien de leur langue et de leur littérature nationale. Cette société est surtout composée de membres du clergé catholique et protestant.
11: Herder, cité plus haut.
12: Ainsi, par exemple, Meinhard, évêque d'Halberstadt, décrétait, en 1248, que les habitants slaves de quelques places dépendantes du couvent de Bistorf, seraient chassés et remplacés par des Allemands bons catholiques, au cas qu'ils refusassent d'abandonner ce qu'il appelle leurs coutumes païennes. L'évêque de Breslau ordonnait, en 1495, que tous les paysans polonais d'une place appelée Woitz, apprissent en deux ans l'allemand, sous peine d'expulsion.
13:Gebhardi Geschichte der Wenden, p. 260. Cet auteur n'est nullement favorable aux Slaves, et son ouvrage est fait sur les témoignages d'un autre écrivain allemand, contemporain de ces événements.—Helmold,Chronicon Slavorum.
14: Les Slaves, forcés de se conformer extérieurement aux rites du christianisme, depuis environ soixante ans, se soulevèrent avec succès contre leurs oppresseurs en 1066 année de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Ils détruisirent toutes les églises, tous les couvents, sacrifièrent à leurs dieux, dans la ville de Lubeck, l'évêque de Mecklembourg, et chassèrent de leur pays les Allemands et les Danois. Krouko, prince de l'île de Rugen, qu'ils appelèrent au trône, conquit le Holstein, et le conserva à la paix qu'il fit accepter aux Danois et aux Allemands. Les Slaves rétablirent le culte idolâtre de leurs pères, et jouirent d'une paix complète pendant quarante années. Mais Krouko fut tué au commencement duXIIesiècle. Les agressions des Allemands et des Danois recommencèrent, et les Slaves soutinrent cette lutte inégale jusqu'en 1168. Cette année-là, leur roi Pribislav reçut le baptême et fut créé prince de l'Empire germanique; ses descendants continuent, dans la maison princière de Mecklembourg, la seule dynastie slave encore subsistante. L'île de Rugen, le dernier rempart de l'indépendance et de l'idolâtrie slaves, fut conquise et convertie l'année suivante, 1169, par Waldemar Ier, roi de Danemark. Les descendants du roi national de l'île se sont perpétués jusqu'à nos jours, et sont représentés par le prince de Putbus. La langue slave alla en s'éteignant dans les contrées qui entourent Leipsig jusqu'à la fin duXIVesiècle, et le dernier homme qui la parla en Poméranie, mourut, dit-on, en 1404. Le service divin dans la même langue se continua à Wustrow dans le duché de Lunebourg, royaume du Hanovre, jusqu'au milieu duXVIIIesiècle. Les habitants du district de Luchow, situé dans le même duché et qui s'appelle communément Wendland ou terre des Wendes ou Slaves, parlent encore aujourd'hui un dialecte particulier d'allemand, mélangé de mots slavons. Les seuls Slaves de l'Allemagne qui ont conservé leur nationalité, sont les Wendes de Lusace, dont nous avons déjà parlé.
15:De Bello Gothico.
16: Nestor, moine de Kioff, le plus ancien historien des Slaves, vivait dans la seconde moitié duXIesiècle.
17:Ladsignifie, dans les langues slaves,ordre,tact, et sert de racine à plusieurs mots.
18: Il faut remarquer que, dans beaucoup de contrées, le soir de la Saint-Jean, on allume des feux de joie, qui probablement ont rapport au solstice d'été.
19: Une collection considérable d'antiquités slaves fut trouvée, vers la fin duXVIesiècle, en creusant le sol, dans le village de Prillwitz, sur le lac Tollenz, dans le Mecklembourg. On croit que ce village occupe la place où Rhetra, temple célèbre des Slaves, fut élevé. Cette découverte resta ignorée du monde savant jusqu'en 1771, où le docteur March, chapelain du duc de Mecklembourg, en publia une description accompagnée de gravures. Ces antiquités furent trouvées dans deux vases de métal qu'on croit avoir servi aux sacrifices, et qui étaient placés de manière que l'un servît de couvercle à l'autre. Quelques inscriptions étaient gravées sur ces vases; malheureusement on les fondit pour faire une cloche, avant de les donner à examiner à des personnes compétentes en inscriptions. Ces vases renfermaient des idoles et quelques objets qui servaient à l'accomplissement des sacrifices. Tous ces objets sont composés du mélange de divers métaux, mais non dans la même proportion; plusieurs contiennent beaucoup d'argent, tandis que d'autres n'en ont pas du tout. Quelques-uns portent des inscriptions slaves, en caractères runiques, mais mutilées pour la plupart.
20: Le premier de ces noms signifie en slavonsaintguerrier ou conquérant, le secondsainte vue; la description de l'idole montrera que les deux interprétations se justifient également bien.
21: Il était secrétaire d'Absalon, archevêque de Lund, qui commandait l'expédition sous le roi.
22: Peut-être d'hydromel, boisson nationale des Slaves.
23: Par Slavonie, les chroniqueurs germains entendaient d'ordinaire le pays des Slaves de la Baltique.
24: D'après l'Histoire du Danemarck, par Dahlman, ce roi est Suénon-Grate, qui fut tué en 1157, et non le père de Canut le Grand, comme on le croit généralement.
25:Strategicum, lib.XI, cap.VIII.
26:Strategicum, loco citato, et Leonis imperatoristactica, cap.XVIII, sec. 102, 103.
27: «Moribus et hospitalite nulla gens honestior ac benignior potest inveniri.» (Historia ecclesiastica, lib.II, cap.XII.)
28:Vita S. Othonis, cap.LX.
29: «At illi (Pomeranii) inquiunt, nihil nobis ac vobis, patriæ leges non dimittimus; contenti sumus religione quam habemus. Apud Christianos, aiunt, fures sunt, latrones sunt; cruciantur pedibus, privantur oculis, et omnia genera scelorum, christiani exercent in christianos: absit a nobis religio talis.» (Vita S: Othonis, cap.XXV, p. 673.)
30:Strategicum, lib.XI, cap.VIII. L'empereur Léon le Philosophe répète la même chose dans saTactique, chap.XVIII, sec. 105. Quelques écrivains regardent cette coutume comme indiquant chez les Slavons une origine indienne.
31: Lettre de saint Boniface dans lesAntiquités slavesde Szaffarik.
32: Stritter, vol.II, p. 72.
33:Chronique des Slaves, chap.XII.
34:De Bello Gothico, apud Stritter, vol.II, p. 31.
L'empereur Maurice décrit avec détail la manière dont les Slaves font la guerre. Sir Gardner Wilkinson a fait la remarque que la manière dont les Monténégrins de nos jours font la guerre, est tout-à-fait la même. (Voir son livre:Dalmatie et Monténégrins, vol. 1, p. 35.)
35: Stritter,Memoriæ populorum, vol.II, p. 89.
36: J'ai rapporté plus haut que, dans cette invasion, on trouva des femmes slaves au milieu des cadavres de leurs maris. Les Grecs appelèrent les Avares contre les Slaves, mais bientôt après, les mêmes Slaves reparurent sous la domination des Avares, et beaucoup plus terribles qu'auparavant. Neuf siècles plus tard, un évènement semblable se représentait avec les descendants de ces Slaves, avec les Serviens. Ils imploraient en vain contre les Turcs, l'assistance des Chrétiens de l'Occident, et surtout de l'empereur Sigismond. Livrés à leurs seules forces, ils furent défaits dans les plaines de Kossovo-polé, par le sultan Bajazet, en 1386, et obligés de se soumettre. Cinq ans après (1391), ils contribuèrent beaucoup à la victoire des Turcs sur l'empereur Sigismond, à Nicopolis. Je désire vivement attirer l'attention des esprits réfléchis sur cette circonstance; il se peut que les populations slaves, dont l'opposition à la Russie a mis obstacle jusqu'ici à ses projets d'agrandissement, désespèrent un jour de l'assistance de l'Occident, et contribuent le plus puissamment à l'exécution de ces mêmes projets.
37: Voir l'appendice6.
38: Une vive peinture de l'oppression exercée par les Allemands sur la nation slave, se trouve dans le discours adressé à Lubeck, par un chef slave, à l'évêque d'Oldenbourg. Helmold, qui était présent, le rapporte ainsi: «L'évêque invitait les Slaves à se rendre à Oldenbourg, à abandonner leurs idoles pour recevoir le baptême, et renoncer surtout au pillage et à l'assassinat. Pribislav lui répondit:—«Vénérable prélat, vos paroles sont les paroles de Dieu, elles sont utiles à notre salut; mais pouvons-nous suivre la voie que vous nous tracez, au milieu des maux qui nous environnent? Si vous voulez les connaître, écoutez patiemment mes plaintes. Le peuple que vous voyez est votre peuple, et nous vous découvrirons nos besoins, car c'est à notre évêque de nous prendre en pitié. Nos maîtres nous oppriment avec tant de rigueur, nous imposent tant de tributs et un esclavage si dur, que la mort nous est plus désirable que la vie.
»Cette année même, nous autres, habitants de ce petit coin de terre, nous avons payé au duc, mille marcs, cent au comte, et cela ne suffit pas encore, et chaque jour nous sommes pressurés jusqu'à l'épuisement de nos ressources. Comment pourrions-nous pratiquer une nouvelle religion? Comment fonder des églises et recevoir le baptême, lorsque nous pouvons être forcés chaque jour à prendre la fuite; s'il y avait là au moins un lieu de refuge pour nous! Traversons-nous la Travène, (Trawe, dans le Holstein), mêmes calamités nous attendent; nous retirons-nous à la rivière Panis (Peine en Poméranie), partout les mêmes maux. Quelle ressource nous reste, sinon de quitter la terre, de nous embarquer sur mer, et de vivre à la discrétion des vagues? Est-ce notre faute si, chassés de notre pays, nous troublons la paix des mers; si nous prélevons nos moyens d'existence sur les Danois et sur les marchands qui passent? Nos maîtres ne sont-ils pas responsables des injustices où ils nous réduisent?»
L'évêque lui représenta que cette persécution cesserait du jour où ils seraient chrétiens; Pribislav répondit: «Si vous désirez que nous embrassions votre religion, assurez-nous les mêmes droits dont jouissent les Saxons dans leurs fermes, et de nous-mêmes nous nous ferons chrétiens, nous bâtirons des églises et paierons les dîmes.» (Helmold,Chronicon Slavorum.)
Outre Helmold, un autre missionnaire allemand, Adam de Brême, a décrit la tyrannie exercée sur les Slaves par les Allemands, sous prétexte de religion (Voir sonHistoire ecclésiastique, livreIII, chap.XXV). J'ai eu l'occasion plus haut d'établir que cette persécution continua long-temps après la conversion des Slaves. On rencontre avec plaisir une exception à cette conduite cruelle, dans les missions du prélat allemand saint Othon, évêque de Bamberg. Il arriva en Poméranie en 1125, sans forces militaires et connaissant parfaitement la langue du pays. Ses prédications, jointes à son désintéressement et à son affabilité, convertirent ces peuples, jusque-là rebelles, à toute tentative d'une conversion forcée.
39: Stritter, vol.II, p. 6; le siége patriarcal de Constantinople fut occupé en 766 par un Slave (Stritter, vol.II, p. 80).
40: Les Slaves qui s'étaient établis graduellement dans la Mœsie, province grecque, furent conquis en 679, par les Bulgares. Cette nation, grossière et peu nombreuse, imposa son nom aux vaincus, mais adopta leur langue, leurs mœurs, et, au bout de deux siècles, se trouva complètement fondue avec les Slaves. La Bulgarie soutint des luttes sanglantes contre l'Empire grec et d'autres peuples voisins; mais, après une guerre malheureuse contre l'empereur Basile II, elle fut conquise par lui et devint province grecque en 1018. En 1186, elle recouvra son indépendance; mais, après beaucoup de vicissitudes, elle fut soumise par les Turcs en 1389, et continua, jusqu'à nos jours, de former une province de l'Empire ottoman.
41: Voici un fait curieux. Les Évangiles sur lesquels les rois de France, à leur couronnement, prêtaient serment dans la cathédrale de Reims, sont slaves, écrits en partie avec les caractères de Cyrille, en partie avec les caractères glagolites. Pierre le Grand, en visitant Reims, en 1719, découvrit le premier cette circonstance. Le savant slave si connu, Hanka, a publié, en 1846, à Prague, une histoire de ce manuscrit, illustrée defac-simile, etc. Voici ce qu'il en dit: «Ce manuscrit fut offert par l'empereur Charles III, roi de Bohême, au couvent d'Emmaüs, comme un précieux monument écrit par saint Procope, abbé au couvent de Sazava. Il fut enlevé du couvent par les Hussites, qui le sauvèrent de la destruction, dans leur vénération respectueuse pour le rituel slave. On le trouve ensuite à Constantinople, sans qu'on sache comment il y fut porté. On croit qu'il y fut envoyé en présent par le roi hussite de Bohême, George Podiebrad, à l'époque où il négocia un rapprochement avec l'Église grecque. Ce livre était magnifiquement relié, et enrichi d'or, de pierres précieuses et de saintes reliques. Un siècle environ plus tard, en 1546, un peintre de Constantinople, nommé Paleokappas, qui trafiquait d'objets précieux, le porta au concile de Trente. Le cardinal de Lorraine l'y acheta et en fit présent à la cathédrale de Reims, dont il était archevêque. Il disparut durant la première révolution. Quelques années plus tard, un Russe très instruit, Alexandre Tourguéneff, le découvrit dans la bibliothèque publique de Reims, où il avait été déposé sous le consulat de Napoléon; mais il n'avait plus cette magnifique reliure qui l'avait fait placer parmi les ornements du sacre des rois.»
42: Shakspeare n'aurait pas commis une erreur géographique si grossière, en plaçant ses héros naufragés sur les côtes de la Bohême (Récits d'Hiver, acteIII, scèneIII), s'il avait choisi cette période pour la date de sa pièce.
43: Voir Palacky, Geschichte Von Bohmen, vol.I, p. 339.
44: Lenfant rapporte, d'après l'autorité de Spondanus, que le pape Innocent IV accorda aux Bohémiens, vers la fin duXIIIesiècle, d'accomplir le service divin dans leur langue (Histoire des Hussites, vol.I, p. 3). Le jésuite bohémien Balbin, considère comme un privilége glorieux pour les Slaves, d'avoir eu la permission d'accomplir le culte divin dans leur langue.
45:Respublica Bohema, capVI; p. 272.
46: Il y a plusieurs anecdotes caractéristiques sur l'esprit chevaleresque qui animait les Bohémiens sous Jean de Luxembourg. Ce monarque se préparait à marcher contre la Pologne: les nobles lui représentèrent que la constitution du pays les obligeait à rejoindre ses étendards à l'intérieur de la Bohême, mais non à le suivre au-delà des frontières. Il se contenta de répondre: «J'irai seul au combat, et je verrai qui de vous sera assez hardi, assez vil ou assez lâche pour ne pas suivre son roi.» Ces paroles firent cesser toute résistance.
Il arriva sur le champ de bataille de Crécy, lorsque les Français étaient déjà en déroute. Il était aveugle; ses suivants lui dirent où en était le combat, et l'invitèrent à se soustraire à un danger inutile. Le roi leur répondit en bohémien: «Toho Buh da ne bude, aby Kral czeski z bitwy utikal!» ce qui signifie: «J'en prends Dieu à témoin, on ne verra pas un roi de Bohême prendre la fuite!» Ces paroles inspirèrent la confiance à la petite troupe de Bohémiens qui l'accompagnait. Tous, se serrant autour de leur monarque aveugle, et résolus de mourir avec lui, se précipitèrent au milieu des Anglais, quoique sans espoir de succès ou de salut. Sept grands de Bohême et plus de deux cents cavaliers périrent en cette occasion.
47:Panslavisme et Germanisme, page 246, et Appendice H.
48: Tous les auteurs diffèrent sur le nombre des étudiants étrangers qui quittèrent l'Université de Prague en cette circonstance. Hagec le porte à 40,000, Lupacius à 44,000; Lauda, auteur contemporain, cité par Balbin, le réduit à 36,000, Dubravius à 24,000, Trithême et Cochléus descendent jusqu'à 2,000. Æneas Sylvius dit qu'ils étaient au nombre de 5,000; cette évaluation, donnée par le meilleur écrivain de son temps et qui fut contemporain de cet évènement, me paraît la plus voisine de la vérité.
49: Le pape Jean XXIII (Balthazar Cossa) était né à Naples, d'une famille noble quoique pauvre. Dans sa jeunesse, il fit le métier de pirate, puis entra dans les ordres, et sut si bien gagner la faveur du pape Boniface IX, qu'il fut créé par lui cardinal, et envoyé comme son légat à Bologne. Sa conduite était scandaleuse sous tous les rapports. Il réussit cependant à obtenir les bonnes grâces du pape Alexandre V, et à l'emporter, après sa mort, en 1410, sur Grégoire XII et Benoit XIII, qui se disputaient le siége pontifical. Jean avait convoqué le concile de Constance sur l'invitation de l'empereur Sigismond, et le concile se décida, aussitôt après sa réunion, à le déposer à cause de ses vices. Jean parvint à s'échapper de Constance et à se mettre sous la protection du duc d'Autriche. On le jugea par défaut, et on le déposa. Le concile requit le duc de lui livrer Jean, et le tint quelque temps prisonnier au château de Heidelberg. Plus tard il put se rendre en Italie, où Martin V, son successeur, le nomma doyen du sacré-collége. Il mourut en 1419.
50: L'original de cette protestation se trouve dans la bibliothèque de la faculté d'Édimbourg.
51: Voir monHistoire de la réformation en Pologne, vol. 1, 62-64.
52: J'ai dit plus haut qu'il fut témoin oculaire de tout ce qui se passa, et que ce récit lui est surtout emprunté.
53: Ziska veut dire «le borgne.» Le Z se prononce comme le J français.
54: Le tronc de ce chêne resta debout jusqu'au commencement duXVIIIesiècle. Il fut bientôt après détruit à cause des forgerons des environs. Ils croyaient qu'une tranche enlevée à ce tronc, et attachée à leur marteau, avait la vertu de rendre leurs coups plus pesants. L'autorité ecclésiastique, pour mettre fin à cette pratique superstitieuse, fit couper ce qui restait du tronc et élever en son lieu une chapelle portant une inscription qui déclarait qu'à cet endroit était né l'hérétique Ziska, de triste mémoire.
55: M. Bonnechose, en reproduisant cette lettre célèbre (lesRéformateurs avant la réformation, vol.II, p. 287 de la traduction en anglais), en a omis les traits les plus caractéristiques, tels que les allusions aux deux nations bohémienne et allemande. Cette lettre que Lenfant (Histoire des Hussites, vol.I, p. 103) a traduite de l'ouvrage de Théobald, a été publiée dans la langue originale avec une traduction allemande dans le premier volume deNeue Abhandlungen der Prager Gesellschaft.
56: Les historiens protestants et catholiques élèvent à cinq cent cinquante le nombre de ces couvents et de ces églises.
57: Pierre Payne était né dans le comté de Lincoln, à Haugh ou Hough, à trois milles de Grantham. Il étudia à Oxford dans Edmund's Hall, dont plus tard il devint le principal (1410-1415). On ne peut indiquer avec précision l'époque où il vint en Bohême; il jouit d'une grande réputation parmi les Hussites. Lenfant nous le montre comme un homme d'un profond savoir, qui s'occupa d'éclaircir les passages obscurs des écrits de Wiclef. Voici ce qu'en dit Cochlée, écrivain catholique romain: «Petrus Payne, ingeniosus magister Oxoniensis, qui articulos Wiclephi et libros ejus punctatim et seriatim deduxit, et suis opusculis pestiferis imposuit, arte inferiores sed veneno pervicaciores; quæ Wicleph obscure posuit, iste explanavit; ipse suo pravo ingenio non solum erat Wiclephi errorum doctor sed approbator et auctor, augmentator et promulgator, hujus purissimi regni Bohemiæ primarius et perniciosissimus infector et destructor. Taboritis maxime favebat, sectator Wiclephi obstinacissimus, Pragam cum libris ejus profugit.» Cochlée se trompe en accusant Payne d'avoir le premier infecté la Bohême. Bien avant qu'il y vînt, les ouvrages de Wiclef y étaient répandus. On croit qu'il mourut à Prague en 1455.
58: La ressemblance entre les langues polonaise et bohémienne, si grande encore, l'était bien plus jadis. L'auteur de cet ouvrage a lu plusieurs ouvrages de Jean Huss, et tous, sauf quelques mots, sont aussi facilement entendus d'un Polonais que s'ils étaient écrits dans sa propre langue.
59: La Lithuanie, réunie à la Pologne par le mariage de Jagellon, avait pour bornes, auXVesiècle, à l'Est, la rivière Ougra près de Kalouga, et comprenait la ville de Viazma, distante de Moscou de 150 milles anglais. Au Sud, elle touchait aux rivages de la mer Noire, entre les embouchures du Dnieper et du Dniester.
60: Une tradition vulgaire rapporte qu'à son lit de mort, il ordonna de faire un tambour avec sa peau, pour qu'à ce son les ennemis tremblassent de frayeur, et de jeter son corps en pâture aux animaux sauvages et aux oiseaux, aimant mieux être dévoré par eux que par les vers. On ajoute que ses demandes furent accomplies. Il y avait même à Prague un vieux tambour que on prétendait être fait avec la peau de Ziska. Mais quand les Prussiens l'eurent enlevé à la prise de Prague par Frédéric II, en 1744, les Bohémiens prétendirent que cette tradition n'avait aucun fondement. Elle est, en effet, de l'invention la plus absurde, et rien chez les écrivains contemporains ne la justifie.
61: L'usage de faire avec des charrettes des remparts mouvants, ou, comme on dit maintenant, des barricades, est commun à toutes les nations nomades du centre et du nord de l'Asie. C'est sans contredit un des moyens de défense les plus naturels et les plus primitifs. Les Polonais en faisaient souvent usage et l'appelaient tabor. Ils l'ont probablement emprunté des Tartares, avec lesquels ils étaient souvent en guerre. Je pense que Ziska, qui avait long-temps servi en Pologne, y avait appris ce mode de défense, et le porta plus tard à sa perfection.
62: Il perdit son premier œil dans sa jeunesse, par un accident, en jouant avec d'autres enfants.
63: D'après Balbin, l'empereur Ferdinand V, traversant Czaslaw, visita la cathédrale, et fut frappé à la vue de cette énorme masse de fer suspendue au-dessus d'un tombeau. Il demanda à ses courtisans qui c'était. Personne n'osa répondre. Un des assistants dit enfin que c'était le tombeau de Ziska. «Fi, fi! dit l'empereur, cette bête malfaisante, quoique morte depuis plus d'un siècle, fait encore peur aux vivants.» Il quitta là-dessus la cathédrale, et partit aussitôt de Czaslaw où il avait annoncé qu'il passerait la nuit.
64: Selon Æneas Sylvius, vers l'année 1418, un certain Picard (né en France dans la Picardie) vint en Bohême. Ses jongleries séduisirent beaucoup d'hommes et de femmes; il leur ordonnait d'aller nus et les appelait Adamites. Il prétendait être fils de Dieu, et se faisait appeler Adam. Il s'établit avec ses disciples dans une île formée par la rivière Lusinitz, et y introduisit la communauté des femmes. Il annonçait que tout l'univers serait réduit en esclavage, sauf lui et ses partisans. Un jour, quarante de ses disciples sortirent de leur île pour attaquer quelques villages voisins et tuèrent deux cents paysans. À cette nouvelle, Ziska fit cerner l'île où les Adamites s'étaient retirés, et les fit tous tuer, sauf deux qu'il épargna pour apprendre d'eux leurs pratiques superstitieuses. Ziska n'a donc pas exterminé les Adamites à cause de leurs dogmes religieux qu'il ne connaissait pas, mais à cause des assassinats qu'ils avaient commis. Cependant il y a une autre circonstance plus difficile à expliquer: il fit brûler, ou le permit au moins, un prêtre nommé Loquis, qui niait le dogme de la transsubstantiation, que les Taborites admettaient.
65: Il faut se rappeler qu'à l'époque où la bataille eut lieu, l'usage des armes à feu était peu répandu. La force et le courage individuel étaient d'une bien plus grande importance alors qu'aujourd'hui depuis l'introduction de ces armes et surtout de l'artillerie.
66: Coributt paraît être resté alors en Pologne; mais il revint en Bohême en 1430, et se joignit aux Orphelins avec lesquels il fit plusieurs expéditions aventureuses en Silésie et en Lusace. Il revint en dernier lieu en Pologne, et fut la tige de la famille princière de Wiszniowiecki, aujourd'hui éteinte. Un membre de cette famille, du nom de Michel, fut roi de Pologne en 1669.
67: Henry Beaufort était fils de Jean de Gaunt par Catherine Swynford.
68: L'auteur contemporain, Æneas Sylvius, dit que les Croisés s'enfuirent même avant d'apercevoir les Bohémiens.
69: Il est étrange que cet événement, rapporté par tous les écrivains ecclésiastiques, ait échappé à l'exact et consciencieux Lingard. Il se contente de dire que Beaufort leva une petite armée dans le but chimérique de combattre les Hussites (Histoire d'Angleterre, vol.VIII, page 38 de laIVmeédition), et il semble avoir ignoré que ce projet chimérique fut mis à exécution.
70: L'évêque de Bamberg leur paya 9,000 ducats, la ville de Nuremberg 10,000; sommes énormes avant la découverte de l'Amérique. De pareilles rançons furent payées par l'électeur de Brandebourg, le duc de Bavière, le margrave d'Anspach, l'évêque de Salzbourg, etc.
71: Voici comment Æneas Sylvius décrit l'aspect des Taborites: «C'étaient des hommes complètement noirs, parce qu'ils étaient toujours exposés au soleil, au vent et à la fumée de leur camp. Leur aspect était horrible et effrayant; leurs yeux étaient ceux de l'aigle, leur chevelure était hérissée, leur barbe longue, leur stature prodigieuse, leurs corps velus, et leur peau si dure qu'elle semblait aussi capable qu'une cuirasse de résister au fer.»
72: Elles forment aujourd'hui les provinces de la Prusse occidentale et la nouvelle Marche de Brandebourg.
73: Les Taborites, les Orphelins et les Orebites donnaient aux Calixtins le nom deHussites boiteux.
74: «Et puis veci le prince, le duc de Lancastre, le comte de Cantebruge (Cambridge), le comte de Pembroke, messire Guichard d'Angle, et tous les autres et leurs gens qui entrèrent dedans, et pillards à pied, qui étoient tous appareillés de mal faire et de courir la ville et de occire hommes, femmes et enfants, et ainsi leur étoit-il commandé. Là eut grand' pitié; car hommes, femmes et enfants se jetoient à genoux devant le prince et crioient: mercy, gentil sire; mais il était si enflammé d'ardeur que point n'y entendoit, ni nul, ni nulle n'étoit ouïe, mais tous mis à l'épée quanque (tout ce que) on trouvoit et encontroit, ceux et celles qui point coupables n'en étoient. Ni je ne sçais comment ils n'avoient pitié des pauvres gens qui n'étoient mie taillés de faire nulle trahison; mais ceux le comparoient (payaient) et comparèrent plus que les grands maîtres qui l'avoient fait. Il n'est si dur cœur, que, s'il fût adonc en la cité de Limoges, et il lui souvint de Dieu, qui n'en pleurât tendrement du grand meschef qui y étoit; car plus de trois mille personnes, hommes, femmes et enfants y furent délivrés et décolés cette journée. Dieu en ait les âmes, car ils furent bien martyrs.» (Froissard, livreIer, chap.DCXXXVI).
75: Quelques écrivains supposent que c'était un évêque de Vienne en Autriche, et qu'il y avait à cette époque un nombre considérable de Vaudois dans ce pays. Cependant ce fait n'est nullement prouvé. J'ai suivi l'opinion du rév. docteur Gilly, dont l'autorité est grande en pareil cas, et qui pense que cette Vienne est la Vienne du Dauphiné, dans le sud de la France.
76: Noble allemand, beau-frère de feu l'empereur Sigismond, et, d'abord, partisan des Hussites.
77: Ce changement d'opinion donna lieu au bon mot fait à cette époque:Pius damnavit quod Æneas amavit.
78: Henry a laissé de belles poésies écrites dans la langue nationale.
79: La construction de ces églises n'était point légale; suivant les prescriptions de la Charte royale, chacun pouvait construire des églises dans ses domaines, et les deux églises dont il est question avaient été élevées sur des territoires appartenant à l'archevêque de Prague et à l'abbé de Braunau.
80: Cette confédération, connue sous le nom d'Union évangélique, fut formée d'après les conseils de Henry IV de France, en 1594, à Heilbronn, confirmée en 1603 à Heidelberg, et renouvelée en 1608 à Aschhausen. Ses membres s'engageaient à fournir un contingent de troupes et à ne point tenir compte des différences de dogme qui existaient entre les Luthériens et les Calvinistes.
81: Il est fait ici allusion au fameux projet conçu par Henry IV et Sully en vue de restreindre l'autorité de la maison d'Autriche et de régler d'une manière stable les rapports des nations européennes, projet qui aurait pu, à l'avantage de tous les peuples, établir une paix perpétuelle. La paix eût été maintenue par un congrès permanent, composé de délégués de toutes les nations de l'Europe et armé de moyens suffisants pour se faire obéir. Il semble cependant (et ce fait est peu connu) que le même plan avait été conçu par Élizabeth; il est même probable que ce fut cette reine qui en suggéra la pensée à Henry IV. Voici comment s'exprime Sully: «Si la première idée de ce plan ne fut point inspirée à Henry par Élizabeth, il est au moins certain que cette grande reine y avait depuis long-temps songé, en vue de venger l'Europe sur l'Autriche, l'ennemi commun.» (Mémoires de Sully,livreXXX).
Pendant son voyage en Angleterre (1601), Sully eut sur ce point une conversation avec Élizabeth, et, en rendant compte de cet incident, il s'étonne de la conformité parfaite de vues qui existait entre les deux souverains. (Mémoires,livreXII). Sully était rempli d'admiration en écoutant l'exposé du plan d'Élizabeth, et, après avoir rappelé que trop souvent les rois se laissent aller à la conception de chimères irréalisables, il ajoute: «Mais ne former que de sages projets, les organiser avec prudence, en prévoir les inconvénients de telle sorte que le remède soit toujours à la portée du mal, c'est là une chose dont peu de princes sont capables. La plupart des articles, des conditions et des différents rouages de ce plan sont dus à la pensée de la reine, et ils prouvent que la pénétration, la sagesse et les autres qualités de l'esprit, étaient chez cette princesse égales à celles des plus grands rois.» (Ibid.).
Élizabeth désirait mettre son projet à exécution, et elle se plaignait vivement de ce que l'état de la France, épuisée par de terribles commotions, ne permît pas à Henry IV de seconder ses vues. De son côté, Henry IV considérait comme un grand malheur de ne pouvoir commencer la réalisation de ce projet du vivant d'Élizabeth. «La mort d'Élizabeth, dit Sully, fut une perte irréparable pour l'Europe, et, en particulier, pour Henry: celui-ci dut presque abandonner son projet, car il avait perduun second lui-même.»
Je ne m'explique pas qu'un fait aussi important ne soit rapporté ni par Hume ni par Lingard. Celui-ci dit «qu'il était difficile de concilier la politique des disciples d'Élizabeth avec l'honnêteté et la bonne foi, mais que, comme résultat, elle fut très avantageuse à l'Angleterre.» (Vol.VIII,chap.VII). Le plan que je viens de rappeler, conçu par Élizabeth elle-même et non par ses ministres, était très assurément conforme à l'honnêteté et à la bonne foi. Cette omission me paraît d'autant plus extraordinaire, que Hume et Lingard n'ont pu ignorer un fait relaté dans un livre aussi connu que lesMémoires de Sully.
Je n'hésite pas à dire que Élizabeth, Henry IV et Sully marchaient fort en avant, non-seulement de leur époque, mais encore de l'époque actuelle. Si ces deux souverains avaient vécu plus long-temps, l'Angleterre et la France auraient accompli ce grand œuvre de lapaix permanente, qui fait aujourd'hui dépenser tant de phrases vides. Le projet d'Henry et d'Élizabeth n'était pas une utopie: ses auteurs n'étaient assurément pas des visionnaires; l'histoire de leur règne suffit pour démontrer qu'ils possédaient au plus haut degré la science du gouvernement; les évènements, d'ailleurs, se sont chargés de prouver que leur plan était praticable. Parmi les nombreux articles de ce vaste plan, se trouvait la restauration d'une Hongrie indépendante, fortifiée par l'adjonction de quelques provinces voisines et destinée à servir de boulevard contre les infidèles. On avait les mêmes vues pour la Pologne. La Bohême devait être indépendante et augmentée de plusieurs provinces peuplées de Slaves, tandis que les princes de la maison d'Autriche, privés de leurs couronnes de Hongrie et de Bohême et de leurs États allemands, devaient entrer en possession de territoires démembrés des colonies espagnoles de l'Amérique. Eh bien! est-il besoin de dire que la destruction de l'indépendance de la Pologne est généralement considérée aujourd'hui non-seulement comme un crime politique, mais aussi comme un grand malheur politique;—que les évènements, récemment survenus en Hongrie, ont ébranlé jusque dans ses fondements l'édifice de la puissance autrichienne, devenue impuissante à arrêter la marche des Russes vers Constantinople;—enfin, que l'affranchissement des colonies espagnoles, qui n'étaient point préparées à se gouverner elles-mêmes, a jeté ces pays lointains dans de continuelles agitations? Tous ces résultats n'eussent-ils pas été prévenus, si l'indépendance de la Hongrie et de la Pologne s'était trouvée garantie, et si les colonies espagnoles, rendues libres avec une forme monarchique appropriée à leurs mœurs et à leurs habitudes, avaient été gouvernées par des princes de la maison austro-espagnole? Ces colonies se seraient développées sous un tel régime, à leur profit et au profit du monde entier; car le plan de Henry IV comprenait la liberté universelle des échanges aussi bien que l'égalité complète de liberté religieuse pour les Catholiques et pour les Protestants. De plus, le czar de Russie, dont la reine Élizabeth avait su mesurer la puissance, aurait été invité à entrer dans la confédération européenne, et s'il avait refusé, il eût été relégué aux confins de l'Asie. Il est inutile d'ajouter à cette prévision le moindre commentaire.
82: Cette branche est aujourd'hui représentée par les maisons souveraines de Saxe-Altenbourg, Saxe-Cobourg, Saxe-Meiningen et Saxe-Weimar.
83: De nombreuses ordonnances déclarèrent que la langue bohémienne jouissait des mêmes droits que la langue allemande; mais, en fait, elle disparut complètement, et ne fut plus employée que dans les rapports des autorités locales avec les classes ignorantes qui ne comprenaient que l'idiome national.
84:Panslavism and Germanism, p. 193.
85: Mieczislav reconnut la souveraineté de l'empereur pour les territoires situés au-delà du Varta, et siégea régulièrement dans les diètes. Ce lien féodal fut brisé sous le règne suivant.
86: Je rapporte ce fait d'après le témoignage d'un écrivain allemand, Ropel,Geschichte Polens, vol. I, page 572.
87: Le souvenir de ces faits se retrouve dans un proverbe populaire. Pour désigner une chose inintelligible, on dit:C'est un sermon allemand.
88: André Bninski, évêque de Posen, réunit 900 hommes armés, assiégea la ville de Zbonszyn et força les habitants à lui livrer cinq prédicateurs hussites qu'il fit brûler publiquement. Ce fait se passa en 1439, alors que le pays était déchiré par des dissensions intérieures pendant la minorité du roi.
89: La plus ancienne poésie polonaise que l'on ait conservée, après l'hymne à la Vierge[89-A], est une poésie en l'honneur du réformateur anglais. Ce poème a été composé vers le milieu duXVesiècle, par André Galka Dobrzynski, maître ès-arts de l'Université de Cracovie. En voici la traduction aussi littérale que possible:
«Vous, Polonais, Allemands, et toutes les nations! Wiclef vous parle le langage de la vérité! La terre et la chrétienté n'ont jamais eu et n'auront jamais d'homme plus grand que lui. Que celui qui désire se connaître, approche Wiclef; celui qui suivra sa voie, ne s'égarera jamais.
»Il a révélé la sagesse divine, la science humaine et des vérités qui étaient inconnues aux sages.
»Il a écrit d'inspiration sur la dignité ecclésiastique, sur la sainteté de l'Église, sur l'Antechrist italien, sur la perversité des papes.
»Vous, prêtres du Christ, qui êtes appelés par le Christ, suivez Wiclef.
»Les papes impériaux sont des antechrists; leur pouvoir procède de l'Antechrist,—des dons des empereurs allemands.
»Sylvestre, le premier pape, a emprunté son pouvoir au dragon Constantin, et il a versé son venin sur toutes les églises; conduit par Satan, Sylvestre a trompé l'empereur et s'est emparé de Rome par fraude.
»Nous désirons la paix;—prions Dieu! aiguisons nos glaives, et nous vaincrons l'Antechrist. Frappons l'Antechrist avec le glaive, mais non avec un glaive de fer. Saint Paul dit: «Tuez l'Antechrist avec le glaive du Christ.»
»La vérité est l'héritage du Christ. Les prêtres ont caché la vérité; ils la craignent, et ils trompent le peuple avec des fables. Ô Christ! pour le salut de tes blessures, envoie-nous des prêtres qui puissent nous guider dans les voies de la vérité et ensevelir l'Antechrist!»
Le même auteur a écrit, sur les œuvres métaphysiques de Wiclef, un commentaire latin dont le manuscrit est conservé dans la bibliothèque de l'Université de Cracovie. Il fut obligé de quitter cette ville, mais il trouva asile à la cour de Boleslav, prince d'Oppeln (Silésie), qui professait les doctrines de Jean Huss.
J'ai puisé ces détails dans l'histoire de la littérature polonaise, publiée par M. Michel Wiszniewski, élève de l'Université d'Édimbourg et long-temps professeur à celle de Cracovie. Cet ouvrage, réellement national, qui ne le cède à aucune des plus célèbres histoires de ce genre, telles que celles de Tiraboschi, Ginguené, Sismondi, etc., n'a malheureusement pas été terminé, l'auteur ayant dû s'exiler de son pays et s'établir en Italie. Puissent des circonstances plus favorables permettre à M. Michel Wiszniewski de compléter son travail, bien qu'il n'ait plus rien à ajouter à la réputation qu'il s'est acquise dans le monde littéraire.
89-A: Cet hymne célèbre, qui était chanté par les soldats polonais avant la bataille, et qui a été composé par saint Adalbert au commencement duXIesiècle, a été traduit en anglais par le docteur Bowring, dans ses extraits de poésie polonaise, et en français, par....
90: Un manuscrit de cette traduction a été conservé à Varsovie dans la bibliothèque Zaluski, ainsi appelée du nom de deux frères qui, élevés à l'épiscopat, la fondèrent à grands frais. Elle était considérée comme l'une des plus riches de l'Europe, et les deux prélats en firent don à l'État; mais, lors du démembrement de la Pologne en 1795, elle fut transportée à Saint-Pétersbourg. Cet acte de spoliation fut accompli sans aucun soin, et les livres les plus précieux furent perdus dans le transport.
91: Dans ce plan de réforme, Ostrorog soutenait que le Christ ayant déclaré que son royaume n'est pas de ce monde, le pape n'avait aucune autorité à exercer sur le roi de Pologne, et qu'il ne devait pas exiger de ce dernier une attitude et un langage contraires à sa dignité;—que Rome tirait chaque année du pays de fortes sommes d'argent sous prétextes religieux, mais, en réalité, par des moyens de superstition, et que l'évêque de Rome inventait les motifs les plus injustes pour lever des taxes destinées non aux vrais besoins de l'Église, mais à l'intérêt personnel du pape;—que tous les procès ecclésiastiques devaient être jugés dans le pays, et non à Rome, «qui ne prenait aucune brebis sans tondre la laine;»—qu'il y avait, parmi les Polonais, des gens qui respectaient les affiches de Rome, ornées de cachets rouges et de ficelles de chanvre et placées à la porte d'une église, mais que l'on ne devait pas ajouter foi à ces impostures de l'Italie.»—Il ajoute: «N'est-ce pas chose ridicule de voir le pape nous imposer, en dépit du roi et du sénat, je ne sais quelles bulles appelées indulgences? Le pape soutire de l'argent en promettant au peuple de l'absoudre de ses péchés; et cependant Dieu a dit par la voix de son prophète: «Mon fils, donnez-moi votre cœur et non votre argent.» Le pape prétend qu'il emploie ses trésors à l'érection des églises, mais, par le fait, il ne s'en sert que pour enrichir sa famille. Je passe sous silence des actes encore plus blâmables. Il y a des moines qui croient encore à de pareilles fables; il y a un grand nombre de prédicateurs qui ne pensent qu'à récolter une riche moisson et à se nourrir des dépouilles du pauvre peuple.» Ostrorog se plaint, en outre, de l'incapacité de certains moines. «Avec une tonsure et un capuchon, dit-il, le premier venu se croit apte à corriger le genre humain. Il crie, et beugle presque, dans la chaire, où il ne rencontre aucun antagoniste. Les hommes instruits, et même le vulgaire, ne peuvent écouter sans horreur les non-sens et même les blasphèmes de ces prédicateurs.»
92:Épître de Bernard de Lublin à Simon de Cracovie.Deux écrits antérieurs,De vero cultu DeietDe matrimonio sacerdotum, publiés à Cracovie en 1504, contenaient également des doctrines que Rome considère comme des hérésies.
93: La loineminem captivabimus nisi jure victum, fut établie par la diète de 1431. D'après cette loi, le roi, qui représentait alors le pouvoir judiciaire ainsi que l'autorité exécutive, ne pouvait faire emprisonner aucun noble, si ce n'est dans le cas deflagrant délit; mais il devait accepter une caution en rapport avec le délit qui donnait lieu à l'accusation.
94: Modrzewski.
95: La Pologne était divisée politiquement en Polognegrandeetpetite. La première de ces deux provinces, comprenant la région de l'Ouest, reçut le nom degrande, parce qu'elle fut le berceau de la monarchie qui s'étendit successivement vers l'Est et vers le Sud. Elle était cependant moins vaste que laPetite-Pologne, qui comprenait la région du Sud-Est.
96: Les Frères Bohêmes ne jouirent de cette protection que durant la vie du duc Albert. Après sa mort, la persécution reprit son cours. En 1568, on défendit aux Frères l'exercice public de leur culte; on leur ordonna de signer les vingt articles de la Confession reconnue en Prusse, et on leur défendit d'entretenir aucunes relations avec leurs coreligionnaires, soit de Pologne, soit de Bohême. Cette situation les décida à émigrer en 1574 pour la Pologne, où leurs églises étaient devenues nombreuses et où la loi garantissait la liberté des cultes.
97: L'Université de Kœnigsberg contribua puissamment à répandre en Pologne la connaissance des Écritures, en publiant les premières Bibles et les premiers écrits anti-papistes qui aient paru dans la langue du pays. Elle avait été fondée en 1544 par Albert, duc de Prusse, en vue de populariser les principes protestants. Une anecdote assez curieuse se rapporte à sa création. À cette époque, la sanction du pape ou de l'empereur semblait indispensable pour la fondation d'une Université, et Sabinus, le premier recteur de l'Université de Kœnigsberg, était tellement pénétré de cette pensée, qu'il s'adressa au cardinal Bembo afin d'obtenir du pape l'autorisation d'ériger une école qui avait pour but avoué de combattre l'autorité de Rome. Le cardinal Bembo répondit à cette singulière requête par un refus poli. L'Empereur rejeta de même la demande, qui ne fut accordée que par Sigismond-Auguste, roi de Pologne, se fondant sur son titre de suzerain du duc de Prusse. Chose bizarre! l'autorisation donnée pour l'érection d'une Université protestante, fut contresignée par un évêque catholique romain, Padniewski, chancelier de Pologne.
98: Actuellement dans la Pologne autrichienne.
99: La constitution polonaise, de même que celle de Hongrie, étaitdélégativeet nonreprésentative; les électeurs décidaient les questions qui devaient être portées à la Diète, et ils dictaient, à l'avance, les votes de leurs députés.
100: Leszczynski avait pour devise:Malo periculosam libertatem quàm tutum servitium.Il descendait de Stanislas Leszczynski, défenseur de Jean Huss au concile de Constance, et était aïeul du roi Stanislas, depuis duc de Lorraine, et dont la fille, Maria Leszczynski, épousa Louis XV, roi de France.
101: Voyez Bayle, articleOrichovius.
102: Afin de donner une idée de la violence de son style, je citerai quelques passages des lettres qu'il adressa au pape Jules III: «Ô Saint-Père, je vous en conjure, pour l'amour de Dieu et de notre seigneur Jésus-Christ et des saints anges, lisez ce que je vous écris et rendez-moi réponse! Ne rusez pas avec moi: je ne vous donnerai pas d'argent, je ne veux avoir avec vous aucune affaire....» Ailleurs, Orzechowski s'adresse ainsi au même pontife: «Sachez, Jules, sachez bien à quel homme vous avez affaire,—non pas à un Italien, pas même à un Russe,—non pas à l'un de vos pauvres sujets, mais au citoyen d'un royaume où le monarque lui-même est tenu d'obéir à la loi. Vous pouvez, si cela vous plaît, me condamner à mort; mais ce ne sera pas tout. Le roi n'exécutera pas votre sentence. La cause sera soumise à la Diète. Vos Romains courbent leurs genoux devant vos domestiques: ils fléchissent le cou sous le joug honteux de vos scribes. Il n'en est pas ainsi parmi nous. Le roi, notre seigneur, ne peut pas faire tout ce qui lui plaît; il doit faire ce que la loi prescrit. Il ne dira pas, le jour où vous lui adresserez un signe de votre doigt, ou lorsque vous ferez briller à ses yeux votre anneau: «Stanislas Orzechowski, le pape Jules désire que vous alliez en exil: partez donc!» Non, je vous assure que le roi ne vous obéira pas. Nos lois ne lui permettent pas d'exiler ou d'emprisonner quiconque n'a pas été condamné par le tribunal compétent.» Tout ce que dit Orzechowski touchant l'autorité royale et la liberté des citoyens en Pologne était parfaitement exact, et je ne sache pas qu'aucun autre pays pût jouir à cette époque d'un égal degré de liberté.
103: «Le serment, dit Orzechowski en s'adressant au roi, détruit la liberté des évêques, qui ne sont plus que des espions pour la nation et pour le souverain. Le haut clergé, qui s'est volontairement soumis à cet esclavage, a conspiré, par le fait, et s'est constitué en état de révolte contre le pays. Ces conspirateurs ont siégé dans vos conseils, ils ont épié vos projets et les ont fait connaître à leur maître étranger. Si vous vouliez, dans l'intérêt public, arrêter les usurpations du pape, ils vous excommunieraient et exciteraient des émeutes sanglantes. Le pape a lâché les moines, qui se sont abattus sur votre royaume comme une nuée de sauterelles. Voyez-les, conjurés contre vous! comme ils sont nombreux et cruels! Contemplez abbayes, couvents, chapitres, synodes! autant de têtes tonsurées, autant de têtes qui conspirent contre vous!»
104: «Ces abominables sauterelles d'Ariens, de Macédoniens, d'Eutychéens et de Nestoriens se sont abattues dans vos champs. Elles croissent en nombre et se répandent dans toute la Pologne et en Lithuanie, grâce à la négligence des magistrats. Une bande insolente allume l'incendie, détruit les églises, méconnaît les lois, corrompt les mœurs, méprise l'autorité et ravale le gouvernement. Elle renversera le trône. Il importe bien plus de vaincre les fureurs de l'hérésie que l'ennemi moscovite!»
105: Orzechowski dit: «Le roi n'est établi que pour protéger le clergé. Le souverain-pontife a seul le droit de faire les rois, et, dès lors, il a pleine autorité sur eux. La main d'un prêtre est la main de Jésus-Christ.... L'autorité de saint Pierre ne peut être subordonnée à aucune autre; elle est supérieure à tout: elle ne paye ni tributs ni taxes. La mission du prêtre est supérieure à celle du roi. Le roi est le sujet du clergé; le roi n'est rien sans le prêtre. Le pape a le droit d'enlever au roi sa couronne. Le prêtre sert l'autel, mais le roi sert le prêtre et n'est que son ministre armé, etc., etc.» Orzechowski représentait l'État sous la forme d'un triangle, avec le clergé au sommet; le roi, ainsi que les nobles, remplissaient le corps de ce triangle; le reste de la nation n'était rien. Il recommandait aux nobles de gouverner le peuple paternellement.
106: Après la mort de Louis le Jagellon, roi de Hongrie, qui périt à la bataille de Mohacz contre les Turcs, en 1525, et ne laissait point de postérité, un parti puissant éleva au trône Jean Zapolya, woïvode de Transylvanie. Celui-ci ne put se maintenir en présence de Ferdinand d'Autriche, qui avait été élu par le parti opposé, et qui, ayant épousé une sœur du dernier roi, lui succéda en Bohême, avec l'aide de son frère Charles-Quint. Zapolya se retira en Pologne, où Jaroslav Laski lui proposa de le replacer sur le trône de Hongrie en s'appuyant du secours des Turcs. Zapolya donna à Laski ses pleins pouvoirs, et lui promit, en récompense de ses services, la principauté de Transylvanie. Laski se rendit donc à Constantinople: il n'avait rien à offrir, et il avait tout à demander. Cependant, ses négociations furent si heureuses, que, le 20 février 1528, deux mois seulement après son arrivée, il signa un traité d'alliance contre l'Autriche avec le sultan Soliman, qui s'engageait à rendre à Zapolya la couronne de Hongrie, sans autre condition que celle d'être reconnu comme le protecteur oule frère aînédu nouveau roi. Le succès de l'ambassade de Laski fut dû en grande parti à l'influence slave. Le vizir et les principaux dignitaires de la Turquie étaient des Slaves de Bosnie, qui avaient embrassé l'islamisme et étaient devenus les plus fidèles sujets de la Porte, tout en conservant leur langue et un vif attachement pour la nationalité slave. On parlait à la cour du sultan le slave autant que le turc, et Laski put s'entretenir librement avec le vizir et les ministres, qui le traitaient comme un compatriote. Laski a laissé un journal de son voyage, et il cite les paroles remarquables qui lui furent adressées par Mustapha-Pacha: «Nous sommes du même peuple; vous êtes Lekh[106-A], et je suis Bosnien. Il est naturel que chacun préfère son pays à tout autre.» Ces paroles, dites par un Slave musulman, investi d'une haute fonction de l'Empire turc, à un Polonais chrétien, prouvent la force des affinités slaves et indiquent le parti que l'on pourrait tirer de ces dispositions nationales.—Conformément au traité, une armée turque rétablit Zapolya sur le trône de Hongrie, et vint mettre le siége devant Vienne, qui fut sur le point d'être prise. Cependant Zapolya oublia ce qu'il devait à Laski, ou plutôt il ne put supporter l'idée d'être à ce point son obligé. Au lieu de recevoir la principauté de Transylvanie, Laski fut accusé de conspiration et emprisonné. L'influence de ses amis le fit remettre en liberté: son innocence fut proclamée par lettres-patentes, et il reçut en dédommagement des sommes qu'il avait dépensées au service de Zapolya, les villes de Kesmark et de Debreczyn. L'âme fière de Laski ne pouvait être apaisée par cet acte de justice péniblement arraché à l'ingratitude d'un roi qui lui devait sa couronne. Il quitta le service de Zapolya et résolut de défaire son propre ouvrage en détrônant ce prince. Il se rendit, en conséquence, auprès de Ferdinand d'Autriche, qui accueillit à bras ouvert un allié aussi précieux. En 1540, lorsque Ferdinand réunissait une armée pour reconquérir la Hongrie, Laski fut envoyé à Constantinople pour empêcher Soliman de secourir Zapolya. Son arrivée à la cour ottomane, dans un rôle diamétralement opposé à celui qu'il avait rempli douze années auparavant, excita la colère et les soupçons du sultan, qui le fit emprisonner. Sa vie fut même quelque temps en péril; mais il réussit à calmer Soliman, et rentra tout-à-fait en grâce. Il tomba malade à Constantinople et se retira en Pologne; il mourut en 1542 des suites de cette maladie, à laquelle on a supposé que le poison n'était pas étranger. Son fils Albert, palatin de Sieradz, visita l'Angleterre en 1583, et fut reçu par la reine Élizabeth avec les marques de la plus haute distinction. On lui rendit à Oxford les honneurs réservés d'ordinaire aux souverains. (VoyezWood's History and antiquities of Oxford, traduction anglaise, vol. 2, pag. 215-218.)