Chapter 14

106-A: Nom donné anciennement aux Polonais par les Russes et adopté par les Turcs.107: Érasme exprime dans ses lettres la plus vive admiration pour les talents et le caractère de Laski. Il dit que, malgré son grand âge, il tira grand profit de ses relations avec ce jeune savant. Laski n'avait alors que vingt-six ans, et il était déjà connu des personnages les plus éminents de son époque: ainsi, dans une lettre écrite à Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, à l'occasion de la bataille de Pavie, Érasme mentionne les lettres écrites par cette reine à Jean Laski, son hôte. Il est probable que Laski fut connu de la reine de Navarre par l'entremise de son frère Stanislas, qui était attaché à la cour de François Ier.108: Latimer prépara la réception de Laski, dont il fit un grand éloge, dans l'un de ses sermons prononcé devant le roi Édouard: «Jean Laski, disait-il, est venu en Angleterre; c'est un homme d'une haute instruction, c'est un noble dans son pays. Il est parti: s'il nous a quittés faute d'emploi, c'est un malheur. Je désirerais que de tels hommes demeurassent dans le royaume. «Celui qui vous reçoit me reçoit,» a dit le Christ. Le roi s'honorerait donc en leur faisant accueil et en les gardant en Angleterre.» (Strype's Memorials of Cranmer, page 236.)109: On nomme ainsi le règlement ecclésiastique qui fut publié par Charles-Quint après sa victoire sur les Protestants, et qui devait demeurer en vigueur jusqu'à la réunion d'un concile général. Ce règlement permettait aux Protestants de communier sous les deux espèces, mais il leur imposait les rites et les dogmes de l'Église romaine. Il fut aboli par le traité de Passau en 1552.110: Laski vivait encore à l'avènement d'Élizabeth, et bien qu'il ne fût pas retourné en Angleterre depuis la mort d'Édouard VI, il entretint une correspondance suivie avec les principaux chefs de l'Église anglicane et avec la reine elle-même. Zanchy, professeur à Strasbourg, lui écrivait, en 1558 ou 1559, les lignes suivantes: «Je ne doute pas que vous n'ayez déjà donné votre avis à la reine sur les moyens de servir les intérêts de la religion. Je ne saurais cependant trop insister pour que vous lui écriviez le plus souvent possible; car je sais quelle est votre influence en Angleterre. Le moment est venu, où les hommes tels que vous doivent soutenir la reine et l'entourer de conseils pour venir en aide à l'Église chrétienne; si le royaume du Christ s'établit en Angleterre, ce résultat sera très profitable pour les Églises éparses en Allemagne, en Pologne et dans les autres pays.» (VoyezStrype's Memorials of Cranmer, pages 238, 239.)111: Laski se maria deux fois; son second mariage eut lieu en Angleterre. Il laissa neuf enfants, dont le plus distingué fut Samuel, qui suivit avec honneur la carrière militaire et fut employé dans plusieurs missions diplomatiques très importantes. Laski dissipa, dans la conception de ses projets, une immense fortune, et sa famille, tombée dans l'oubli, embrassa la foi catholique. Il y a cependant, à ce que je crois, une branche de cette famille qui est demeurée fidèle au Protestantisme.112: VoyezM'Crie's Reformation in Italy.113: Voici cette lettre: «Si je suis bien informé, je dois éprouver la plus vive douleur, douter même de votre salut et de celui de votre royaume. Vous favorisez les hérétiques, vous assistez à leurs sermons, vous conversez avec eux, vous les admettez à votre table; vous recevez leurs lettres et vous leur écrivez; vous souffrez que leurs écrits circulent avec votre approbation; vous ne prohibez point les assemblées, les conciliabules, les prêches des hérétiques. N'êtes-vous point, par cette conduite, le soutien des rebelles et des ennemis du Catholicisme, puisque vous les appuyez au lieu de les combattre? Comment pouvez-vous, contrairement à votre serment et aux lois de votre royaume, accorder aux infidèles les premières dignités de l'État? Oui, vous entretenez, vous nourrissez, vous répandez l'hérésie par les faveurs que vous prodiguez aux hérétiques. Vous avez nommé, sans attendre la sanction du Saint-Siége, l'évêque de Chelm, qui professe les doctrines les plus odieuses, à l'évêché de Cujavie. Le palatin de Vilna (le prince Radziwill), un hérétique, le soutien et le chef de l'hérésie, est investi, par vous, des plus hautes dignités. Il est chancelier de Lithuanie, palatin de Vilna, l'ami le plus intime du roi; il est, pour ainsi dire, le régent du royaume, et presque le second roi. Vous avez détruit la juridiction de l'Église et promulgué un acte de la diète qui autorise chacun à choisir, selon son gré, ses prédicateurs et son culte. C'est par vos ordres que Jean Laski et Vergerius sont venus en Pologne; c'est sous votre autorisation que les habitants d'Elbing et de Dantzick ont aboli la religion catholique romaine! Si vous ne tenez pas compte de cet avertissement qu'ont provoqué de tels scandales, je me verrai obligé de recourir à des moyens plus efficaces. Vous devez changer de conduite. Ne prêtez point l'oreille à ceux qui veulent que vous vous révoltiez contre l'Église et contre la vraie religion; exécutez les ordonnances de vos pieux ancêtres; supprimez toutes les innovations qui ont été introduites dans votre royaume; rendez aux Églises leur juridiction, reprenez aux hérétiques les Églises dont ils se sont emparés; chassez les prédicateurs qui corrompent impunément les sentiments du peuple. Pourquoi attendre un concile général, puisque vous avez en mains les moyens d'extirper l'hérésie? Je vous le répète, si notre avertissement demeure sans effet, je serai obligé d'employer les moyens auxquels le Saint-Siége ne recourt jamais en vain contre les rebelles endurcis. Dieu nous est témoin que nous n'avons négligé aucun effort; mais comme nos lettres, nos ambassades, nos avertissements et nos prières auront été stériles, nous pousserons la rigueur aux dernières limites.» (VoyezRaynaldus ad ann., 1566.)114: Petite ville située entre Lowicz et Varsovie, à 38 milles anglais de cette capitale.115:Raynaldus ad annum. 1556, vol. XII, p. 605.116: Cette Bible, in-folio, est très connue des collectionneurs sous le nom de Bible de Radziwill. Le dernier duc de Sussex en possédait un exemplaire magnifique qu'il avait payé 50 liv. sterl. Le fils de Nicolas Radziwill étant devenu catholique, dépensa 5,000 ducats à racheter tous les exemplaires qu'il put trouver et qu'il fit brûler sur la place publique de Vilna. Radziwill avait dédié cette Bible au roi, en l'engageant très vivement à abjurer le Papisme. La traduction fut confiée à plusieurs savants polonais et étrangers; Laski, notamment, y prit part. Elle se distingue par la pureté et l'élégance du style.117: Le pape prit connaissance de ces demandes avec un vif sentiment de dépit, et il s'exprima à leur sujet avec la plus grande véhémence. (Histoire du Concile de Trente, par Pietro Soave Polano (Sarpi), traduite en anglais par sir Nathaniel Brent. Londres, 1626, page 374).118: La biographie de Commendoni contient le récit de cette importante affaire qui, sans l'habileté du diplomate italien, aurait entraîné la chute définitive de l'autorité romaine en Pologne: «Les chefs des hérétiques, c'est-à-dire les nobles les plus riches et les plus influents tant à la cour que dans le pays, songèrent à fortifier leur parti, dès qu'ils virent que Commendoni agissait activement en faveur de la cause catholique. Ils s'attachèrent à provoquer la réunion d'un concile national, où ils auraient pu décider les questions religieuses conformément aux coutumes et aux intérêts de l'État et sans la participation du pape. Ils disposaient d'un archevêque (Uchanski), auquel sa dignité donnait une égale influence dans le sénat et parmi le clergé, et qu'ils avaient séduit par leurs promesses. Commendoni découvrit le projet ainsi que les intrigues d'Uchanski et des hérétiques. Il résolut d'abord de dissimuler ce qu'il savait, ne voulant pas irriter un homme aussi considérable, qui se serait déclaré ouvertement pour les Protestants s'il avait pensé que ses desseins étaient découverts. Uchanski était d'autant plus à craindre, que le roi paraissait très disposé à assembler le clergé. Commendoni employa toute son intelligence et toute son habileté à combattre ces fâcheuses dispositions; il ne cessa de représenter au roi les périls que courait son autorité ainsi que la tranquillité publique; il lui dit que les concessions faites aux hérétiques et aux masses populaires entraîneraient la perte successive de tous les droits attachés à la couronne;—que si les lois, les ordonnances et les précédents suffisaient à peine à maintenir l'autorité royale, cette autorité serait bien plus compromise dès que l'on semblerait légitimer les mauvaises intentions des Réformistes. Commendoni rappela en outre que, deux ans auparavant, le roi de France, encore enfant, avait été entraîné par la faiblesse de sa mère et par les funestes conseils de ses ministres, à montrer la même condescendance en assistant au colloque de Poissy, comme s'il avait pu être l'arbitre des différends et des controverses de l'Église;—que cette assemblée avait été la source de grandes divisions et était devenue comme une trompette excitant le peuple à la révolte;—que les disputes soulevées par elle, n'avaient contribué qu'à envenimer la guerre civile.»Ce fut ainsi que Commendoni parvint à dissuader le roi d'assembler un synode national. Ce prince aimait la tranquillité et ne craignait rien tant que les troubles et les révoltes dans ses États. C'est pourquoi, lorsque la question s'engagea au sein du sénat, il arrêta le débat et déclara qu'il n'avait point à intervenir dans les affaires de l'Église. Un grand nombre d'évêques et de sénateurs défendirent avec zèle, dans cette circonstance, la cause de la religion. (Vie de Commendoni, par Gratiani).119: Jusqu'alors la Lithuanie et la Pologne n'étaient unies que dans leur souverain, lequel était héréditaire dans le premier de ces pays, et électif dans le second. En vertu de l'acte de 1569, le roi résigna ses droits héréditaires en Lithuanie et devint électif pour les deux pays, qui eurent également un corps législatif commun, bien que leur administration, leurs lois et leur armée demeurassent distinctes. Cette situation dura, sauf de légères modifications, jusqu'à la dissolution de la Pologne.120: Cette union, bien connue dans l'histoire de l'Église sous le nom deConsensus Sandomiriensis, a été fréquemment racontée. Les relations les plus exactes se trouvent dans l'Histoire du Consensus de Sandomir, par J. E. Jablonski, et dans l'Histoire de l'Église de Bohême en Pologne, par F. Lukaszewicz (ces livres sont écrits en polonais). J'ai également donné quelques détails sur l'union de Sandomir dans monHistoire de la Réforme en Pologne, vol. I, chapitreIX.121: Voici les noms des principales familles qui embrassèrent le Protestantisme auXVIesiècle: Radziwill, Zamoyski, Potoçki, Leszczynski, Sapiéha, Ostrorog, Olesniçki, Sieninski, Szafranieç, Tenczynski, Ossolinski, Jordan, Zborowski, Gorka, Mieleçki, Laski, Chodkiewicz, Melsztinski, Dembinski, Bonar, Boratynski, Firley, Tarlo, Lubomirski, Dzialynski, Sienlawski, Zaremba, Malachowski, Bninski, Wielopolski, etc.122: John Johnstone naquit, en 1603, à Szamotuly ou Sambter, dans la Grande-Pologne. Son père, Siméon Johnstone, était un ministre protestant descendant des Johnstone de Craigbourne en Écosse. John étudia dans diverses écoles de son pays; il alla, en 1622, en Angleterre, puis en Écosse, où il demeura jusqu'en 1625; de là, il revint en Pologne. En 1625, il entreprit l'éducation de deux fils du comte Kurzbach, et habita avec eux à Lissa. En 1628, il se rendit en Allemagne, puis (1629) à Franeker, en Hollande, où il suivit les cours de médecine. Il se livra aux mêmes études à Leyde, à Londres et à Cambridge. De retour en Pologne, il devint le précepteur de deux jeunes nobles, Boguslav Leszczynski et Vladislav Dorohostayski, avec lesquels il visita Leyde et Cambridge, où il reçut le diplôme de docteur en médecine; il parcourut d'autres contrées de l'Europe et rentra en Pologne vers la fin de 1636. L'année suivante, il se maria, perdit sa femme, se remaria en 1638, et eut, de cette seconde union, plusieurs enfants. En 1642, les Universités de Francfort-sur-l'Oder et de Leyde lui offrirent leurs chaires de médecine; il refusa, préférant vivre dans son pays, et résida à Lissa, en qualité de médecin de son élève Boguslav Leszczynski. Les guerres de 1655 à 1660 le forcèrent à quitter la Pologne; il se retira en Silésie, près de Liegnitz, où il habita jusqu'à sa mort, arrivée en 1675. Son corps fut enseveli à Lissa. Voici les titres de ses principaux ouvrages:—Thaumatographia naturalis in X classes divisa, Amsterdam, 1632, 1633, 1661 et 1666;—Historia universalis, civilis et ecclesiastica, ab orbe condito ad 1633, Leyde, 1633 et 1638, Amsterdam, 1644, Francfort, 1672;—De naturæ constantiâ, etc., Amsterdam, 1632, traduit en anglais sous ce titre:the History of the constancy of nature, etc., Londres, 1657;—Systema Dendrologicum, Lissa, 1646;—Historia naturalis de Piscibus et Cetis, Francfort, 1646;—De quadrupedibus, avibus, piscibus, insectis et serpentibus, Francfort, 1650, 2 vol. Cette édition est très estimée, à cause des planches exécutées par le célèbre Merian.—Idea medicinæ universa praticæ, Amsterdam, 1652, 1664, Leyde, 1655;—Historia naturalis de Insectis, Francfort, 1653;—Historia natur. animal. cum figuris, 1657, etc., etc. Le grand nombre de ces ouvrages, qui eurent, de leur temps, une très haute réputation, prouve le mérite extraordinaire de John Johnstone.123: Voici les titres des principaux écrits d'Hosius:Confessio catholicæ fidei christianæ, vel potius explicatio confessionis à patribus facta in synodo provinciali quæ habita est Petricoviæ, ann. 1551, Mayence, 1551. (Rescius dit que cet ouvrage a eu trente-deux éditions en diverses langues du vivant d'Hosius).—De expresso verbo Dei, 1567.—Propugnatio christianæ catholicæque doctrinæ, Anvers, 1559.—Confutatio prolegomenon Brentii, Anvers, 1565.—De communione sub utrâque specie.De sacerdotum conjugio.De Missâ vulgari lingua celebranda, etc. La meilleure édition de ces divers ouvrages est celle de Cologne, 1584. La vie d'Hosius, écrite par Rescius (Reszka), a été publiée à Rome en 1587.124: Voyez dans les écrits d'Hosius,Epistola Carolo cardinali Lotharingo, etc.,Sublacio, 4 septembris 1572.125: VoyezBayle, art.Hosius.126: Le grand-maréchal avait la direction suprême du pouvoir exécutif.127: Les débats de ce complot ont été décrits par le secrétaire de Commendoni. (VoirVie de Commendoni, par Gratiani, livreIV, c.III).128: On appelait diète deconvocationcelle qui se réunissait après la mort du roi pour fixer l'époque et le lieu de l'élection, convoquer l'assemblée élective et adopter les mesures nécessaires pour maintenir la tranquillité dans le pays. Elle était toujoursconfédérée, c'est-à-dire que le sénat votait avec la chambre des députés et que les affaires étaient décidées à la majorité et non à l'unanimité des suffrages.129: Ce prélat avait fort à cœur la Réforme de l'Église nationale, et il en entretint très activement le roi Sigismond-Auguste, dès 1555. C'était un homme aussi distingué par ses talents politiques que par ses idées éclairées en matière de religion. J'ai dit plus haut qu'il avait étudié à Wittemberg, sous Melanchton. Il compléta son instruction ecclésiastique à Rome, et, après son retour en Pologne, il fut nommé chanoine de Lowicz et archidiacre de Kalish. Il alla deux fois à Rome pour régler les affaires de l'Église polonaise, et il fut envoyé ensuite par Sigismond-Auguste, en qualité d'ambassadeur, auprès de l'empereur Maximilien II. À la cour de Vienne, il se lia intimement avec Étienne Batory, envoyé de Jean Zapolya, prince de Transylvanie; et lorsque Batory fut plus tard mis en prison par l'empereur, Krasinski fit les plus grands efforts pour obtenir sa liberté, et il y parvint.—Il contribua puissamment à opérer la fusion législative de la Lithuanie avec la Pologne, et il en fut récompensé par la dignité de vice-chancelier de Pologne, puis par sa nomination à l'évêché de Cracovie.Cet évêché possédait un revenu très considérable, notamment la souveraineté du duché de Sévérie, auquel étaient attachées toutes les prérogatives royales (droit de battre monnaie, de conférer des titres de noblesse, etc.). Aussi les évêques de Cracovie laissaient-ils ordinairement de grandes richesses à leurs héritiers; mais Krasinski dépensa toute sa fortune dans l'intérêt de l'Église ou de l'État. Lorsque la Pologne, après le départ de Henri de Valois, fut envahie par les Turcs, il envoya à ses frais un corps de cavalerie pour grossir l'armée polonaise, et il reçut, à cette occasion, les remerciements de la diète.Étienne Batory, élu roi de Pologne, aurait sans doute placé Krasinski à la tête de l'Église nationale; mais ce noble prélat mourut en 1579, à l'âge de cinquante-quatre ans. Le dernier acte de sa vie fut d'envoyer au roi, qui assiégeait alors Dantzick, un renfort de 50 cuirassiers et de 200 fantassins levés à ses frais. Il était déjà malade, et la nouvelle de sa mort arriva au camp en même temps que le corps de troupes dont il faisait don à son royal ami.L'auteur de ce livre descend d'un frère de l'évêque Krasinski.La famille des Krasinski s'enorgueillit de compter parmi ses membres un autre prélat illustre, Adam Krasinski, évêque de Kamiénietz, dont les efforts pour secouer le joug de l'invasion étrangère ont été retracés avec détail par l'écrivain français Rulhière (Histoire de l'Anarchie de la Pologne). Ce fut sur la proposition du même Adam Krasinski, que l'élection royale fut abolie et que l'hérédité du trône de Pologne fut proclamée par la célèbre constitution du 3 mai 1791.130: Choisain, qui accompagnait Montluc et qui a écrit le récit de l'ambassade, dit que toutes les dames de Pologne, en parlant du massacre de la Saint-Barthélemy, versaient d'abondantes larmes, comme si elles avaient assisté à cette scène horrible.131: «Il y avait déjà à Varsovie un grand nombre d'hommes d'armes et de nobles venus de toutes les parties du royaume avec leurs amis et leurs vassaux. La plaine où ils avaient établi leurs tentes et où devait se tenir la diète, présentait l'aspect d'un camp. On les voyait se promener avec de grands sabres au côté, et parfois marcher en troupes armées de piques, mousquets, arcs et flèches. Quelques-uns même avaient amené des canons et se retranchaient dans leur camp. On aurait pu croire qu'ils allaient à une bataille, et non à une diète; que tous ces préparatifs étaient destinés à la guerre et non à un conseil d'État; qu'il s'agissait plutôt de conquérir un royaume étranger que de disposer de la couronne nationale. Du moins, en présence de ce spectacle, il était permis de supposer que l'affaire serait plutôt décidée par la force des armes que par une discussion et par des votes.»Mais ce qui me parut le plus extraordinaire, ce fut de voir que, au milieu de cette foule d'hommes armés, et à un moment où il n'y avait ni lois ni magistrats régulièrement établis, il ne se commit pas un meurtre, pas une épée ne sortit du fourreau. Ces grands débats, où il s'agissait de donner ou de refuser un royaume, se passèrent en paroles, tant la nation polonaise a horreur de verser son sang dans les guerres civiles!» (VoyezVie de Commendoni, par Gratiani, liv.IV, chap.X).132: Popelinière,Histoire de France, 1581, vol. II, fol. 176, p.II.133: Il n'y en avait pas un seul parmi eux qui ne parlât le latin; beaucoup savaient l'italien et l'espagnol, et quelques-uns parlaient le français très purement, et on aurait pu les prendre pour des hommes élevés sur les bords de la Seine et de la Loire plutôt que pour des riverains de la Vistule ou du Dnieper. Ils firent rougir nos courtisans, qui ne se contentent pas d'être très ignorants par eux-mêmes, mais qui affectent en outre d'être les ennemis déclarés de tout savoir... (De Thou, livre 56).134: Popelinière reproduit le texte des remontrances adressées à Charles IX par les ambassadeurs polonais. Cette pièce n'a pas moins de quatre pages in-folio. (Voyez sonHistoire, vol. II, fol. 196 et suiv.). Les ambassadeurs pressèrent, en outre, le roi, de réclamer la liberté de la veuve de Coligny, détenue à Turin, et de réviser le procès de l'amiral, qui avait été condamné par un tribunal partial et inique.135: Hosius envoya au roi Rescius, son confident (plus tard son biographe), et il lui rappela en outre, dans une lettre du 13 octobre 1573, «qu'il ne devait pas suivre l'exemple d'Hérode, mais bien plutôt celui de David, qui n'avait point cru devoir garder un serment irréfléchi. Il ne s'agissait pas d'un seul Nabal, mais de plusieurs milliers d'âmes qui pouvaient être livrées au diable. Le roi avait péché avec Pierre; il devait, comme Pierre, reconnaître son erreur et se convaincre que son serment ne pouvait le lier à l'iniquité. Il n'était pas nécessaire de le relever de son serment, attendu que, suivant toute loi, les actes irréfléchis sont nuls et non avenus...»136: Les rois de Pologne disposaient d'un grand nombre de domaines connus sous le nom deStarosties, qu'ils étaient tenus de distribuer à des nobles qui les conservaient pendant leur vie. Ces dons, originairement concédés en récompense de services rendus, étaient appeléspanis bene merentium; mais comme le roi était entièrement libre de les distribuer à sa guise, il s'en servait dans l'intérêt de son autorité. Ils furent largement exploités par Sigismond III, qui les donnait à ceux de ses sujets qui abandonnaient le Protestantisme ou l'Église grecque pour se convertir à la cause de Rome.137: Lukaszewicz,Histoire des Églises helvétiques de la Lithuanie, en polonais, 2 vol. in-8o. Posen, 1842, 1843.138: André Volanus, né en Silésie, mais élevé en Pologne où il arriva dès sa jeunesse, était l'un des hommes les plus instruits de son temps. Protégé par Radziwill le Noir, il remplit avec talent d'importantes fonctions et reçut en récompense de vastes terrains. Il composa plusieurs ouvrages politiques; ce furent ses écrits contre les Jésuites et les Sociniens qui le firent surtout connaître. Il mourut en 1610.139: Stanislas Sudrowski était un homme instruit et renommé pour ses vertus. Il fut ministre de l'Église de Genève et surintendant du district de Vilna. Il publia plusieurs ouvrages, dont l'un, intituléIdolatriæ Loyolitarum oppugnatio, excita à tel point le ressentiment des Jésuites, que ceux-ci demandèrent au roi que l'auteur et le livre fussent brûlés sur le même bûcher.140:Lukaszewicz, vol. I, pages 47-85.141: Le système d'éducation pratiqué par les Jésuites est admirablement décrit par Broscius, prêtre catholique, professeur de l'Université de Cracovie et l'un des hommes les plus éclairés de son temps, dans un livre publié en polonais vers 1620 sous ce titre:Dialogue entre un propriétaire et un curé.Cet ouvrage excita la colère des Jésuites qui, ne pouvant se venger sur l'auteur, s'en prirent à l'éditeur qui fut, à leur instigation, fouetté en place publique, puis banni. Voici un extrait de Broscius: «Les Jésuites enseignent aux enfants la grammaire d'Alvar, qui est très difficile et très longue à apprendre. Ils ont, pour cela, plusieurs raisons: 1oEn gardant long-temps leurs élèves dans les écoles, ils peuvent recevoir un plus grand nombre de présents. (Dans une autre partie de son ouvrage, Broscius a démenti que les Jésuites recevaient en dons volontaires des parents et des élèves une valeur supérieure à celle qu'eût produite le paiement régulier d'une pension); 2oIls peuvent connaître à fond le caractère de leurs élèves; 3oDans le cas où les amis de l'enfant voudraient le retirer de l'école, les Jésuites ont un prétexte pour le retenir, en disant qu'il faut au moins lui laisser le temps d'apprendre la grammaire, fondement de toute science; 4oIls gardent leurs élèves jusqu'à l'âge adulte, afin d'engager dans leur ordre ceux qui ont le plus de talent ou qui attendent les plus forts héritages. Lorsqu'un enfant n'a ni talent ni espérance de fortune, ils ne le retiennent pas. Et alors, le malheureux, incapable de rien faire, en est réduit à invoquer la charité des Jésuites, qui lui procurent quelque place subalterne dans la maison d'un de leurs patrons, et s'en servent ensuite dans l'intérêt de leur cause.»142: Grotius s'exprime ainsi sur Sarbiewski: «Non solum equavit sed etiam superavit Horatium.» Non-seulement il égala, mais encore il surpassa Horace. Il y a assurément beaucoup d'exagération dans ce jugement.143: Cette union fut accomplie par le mariage de Jagellon, grand-duc de Lithuanie, avec Hedwige, reine de Pologne.144: Le professeur Bohlen de Kœnigsberg, a dit à l'auteur de ce livre que les paysans lithuaniens pouvaient comprendre des phrases entières de sanskrit.145: Le Paganisme subsista cependant en Lithuanie long-temps après la conversion du roi, notamment dans la Samogitie, province voisine de la Baltique et située au sud de la Courlande; l'idolâtrie ne fut entièrement détruite dans cette province qu'en 1420. En 1390, Henry IV d'Angleterre, allié aux chevaliers allemands de la Prusse, prit part à une croisade contre la Lithuanie, que l'on considérait encore comme païenne, bien qu'elle eût reçu le baptême depuis quatre ans. Henry combattit sous les murs de Vilna contre les Lithuaniens et les Polonais, et il tua dans un combat singulier le prince Czartoryski, frère de Jagellon. Ce fait est rapporté dans les chroniques lithuaniennes et par Walsingham, qui dit que: «Henry tua le frère du roi de Pologne.»146: «Nous désirons que vous considériez nos conseils et nos exhortations comme une preuve de l'intérêt que nous vous portons ainsi qu'à l'Église catholique. Sans méconnaître que notre principal devoir est de soutenir la cause de l'Église universelle, nous devons ajouter que notre patriotisme (erga publicum bonum zelus) nous inspire d'autant plus d'affection pour votre personne que vous vous montrez mieux disposé à l'égard de la sainte Église. Les Catholiques se réjouiront en voyant l'Union s'accomplir sous la direction sage et habile d'un chef tel que vous, et en même temps ce sera pour vous un grand honneur de siéger, comme primat de l'Église orientale, à côté du primat du royaume (l'archevêque de Gniezno). Cependant, il ne pourra en être ainsi tant que vous dépendrez d'un patriarche sujet des infidèles, tant que vous entretiendrez le moindre rapport avec lui: car le respect ainsi que la raison d'État (ratio status) ne permettra ni aux rois ni aux États du royaume de vous accorder ce privilége. Comment les provinces polonaises, qui suivent les rites de l'Église d'Orient, seraient-elles moins favorisées que la Russie qui a son patriarche particulier? Vous avez déjà rompu avec succès la première glace, en acceptant votre dignité; vous n'avez point réclamé la bénédiction du patriarche de Constantinople; vous pouvez agir, à l'avenir, selon les mêmes principes. Que les obstacles ne vous effraient pas (non terreant); la plupart sont déjà surmontés; quant aux autres, la persévérance et l'habileté en auront bientôt raison. Déjà l'élection des évêques et des métropolitains a été enlevée aux nobles qui épiaient nos tentatives et qui les eussent surveillées encore de plus près: peut-être même chercheront-ils à vous créer des embarras pour l'accomplissement de nos desseins. Certes, c'est par la grâce de la Divine Providence que vous avez été élu sans leur concours et que vous vous êtes maintenu malgré leur hostilité. Vous avez en Pologne et en Lithuanie des alliés particuliers (privatim clientelas) et un parti puissant qui vous soutient: l'Église entière vous viendrait en aide aux jours de danger. Qui pourrait vous détrôner (thronum reposcet), si, à l'exemple des prélats d'Occident, vous choisissez un coadjuteur destiné à vous succéder, prêt à marcher sur vos traces et investi à l'avance de la protection royale? Du reste, ne vous inquiétez ni du clergé ni de la populace. Quant au clergé, voici comment vous le maintiendrez dans le devoir:—Nommez aux emplois vacants, non point des hommes considérables qui seraient indisciplinés, mais des hommes simples, pauvres et complètement soumis. Renversez et privez de leurs bénéfices, sous un prétexte ou sous un autre, tous ceux qui vous seraient hostiles, et donnez leur place et leurs revenus à des hommes de confiance. Exigez de chacun d'eux le paiement exact de la somme qu'ils doivent à votre dignité; ayez soin que la richesse ne les rende trop indépendants: changez-les de résidence, s'il en est besoin; confiez-leur des missions honorifiques qu'ils auront à remplir à leurs frais. Ayez toujours auprès de vous plusieursprotopapas(degré supérieur à celui des prêtres de paroisse) et enseignez-leur vos principes. Taxez les prêtres de paroisse dans l'intérêt de l'Église et ayez soin qu'ils ne se réunissent jamais en synodes sans votre autorisation. Pour les laïques, continuez à agir, comme par le passé, très prudemment (prudentissime), afin qu'ils ne puissent pas découvrir votre plan. En cas de dissentiment, ne les attaquez pas d'une manière trop ouverte; si la bonne harmonie se maintient, usez de tous vos moyens pour séduire leurs chefs en leur rendant quelques services, ou par des cadeaux. Les cérémonies de Rome ne doivent être introduites que par degrés dans votre Église. Il ne faut pas négliger les occasions de disputes et de controverses avec l'Église d'Occident, afin de dissimuler vos desseins et de détourner l'attention des nobles aussi bien que du bas peuple. On peut ouvrir des écoles séparées pour leurs enfants pourvu que ceux-ci puissent fréquenter les Églises catholiques et compléter leur éducation dans nos établissements. Le mot Union ne doit jamais être prononcé, il faut employer un autre terme; ceux qui conduisent les éléphants évitent de porter des vêtements rouges. En ce qui touche particulièrement les nobles, faites-leur un cas de conscience de n'avoir aucun rapport avec les hérétiques, et de seconder toujours et partout les Catholiques romains pour extirper l'hérésie. Dans notre pensée, ce conseil est de la plus haute importance; car, tant que les hérétiques ne seront pas exterminés, il n'y aura jamais concorde et union entre les Églises Grecque et Catholique. Comment les sectateurs de l'Église d'Orient pourraient-ils se soumettre à l'autorité du Saint-Père, tant qu'il y aura en Pologne des hommes qui, après avoir appartenu à l'Église d'Occident, ont renié la suprématie de Rome? Enfin, fiez-vous à Dieu, puis au roi qui dispose des bénéfices spirituels (beneficiorum spiritualium), aux propriétaires qui, jouissant du droit de patronage (jus patrionatus), n'en useront qu'au profit des Unionistes. Comptez sur le succès. Quant à nous, nous vous aiderons non-seulement de nos prières, mais encore de nos travaux pour défricher la vigne du Seigneur.» (Extrait d'une lettre adressée par le collége des Jésuites de Vilna à l'archevêque Rahoza.)Lukaszewicz, vol. I, p. 70.147: Voici comment s'exprime Sapiéha dans sa lettre datée de Varsovie, 12 avril 1622:—«Par l'abus de votre autorité, par vos actes contraires aux lois du pays et aux préceptes de la charité, vous avez répandu partout de dangereuses étincelles qui peuvent allumer l'incendie. L'obéissance aux lois est plus nécessaire que l'union avec Rome. Vos manœuvres imprudentes portent atteinte à la dignité du roi. Sans doute, il est désirable qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et un seul pasteur; mais il faut tendre à ce but avec réflexion et ne point user de violence. C'est par la charité, non pas par la force, que l'Union peut être accomplie; aussi n'est-il pas surprenant que votre autorité rencontre une si vive opposition. Vous m'informez que votre vie est en danger: je crois que c'est par votre faute. Vous me dites que vous êtes prêt à imiter les anciens évêques dans leurs souffrances: cette imitation est louable, et vous devriez prendre pour modèle la piété, la sagesse et la douceur des nobles pasteurs. Lisez leurs vies et vous n'y trouverez pas le récit de poursuites devant les tribunaux d'Antioche ou de Constantinople; tandis que toutes les cours de justice ne sont occupées que de procès intentés par vous.—Vous dites que vous devez vous défendre contre la sédition. Le Christ a été persécuté, et, loin de chercher à se défendre, il priait pour ses persécuteurs; ainsi deviez-vous agir, au lieu de répandre des écrits injurieux ou de proférer des menaces inconnues des apôtres. Vous vous attribuez le droit de dépouiller les schismatiques et de leur couper la tête; les Écritures enseignent le contraire. Cette Union a produit de grands maux. Vous violentez les consciences, vous fermez les églises, en sorte que les Chrétiens meurent comme les infidèles, sans prières et sans sacrements. Vous abusez, sans autorisation, des prérogatives du souverain. Quand vos actes provoquent des troubles, vous nous écrivez qu'il faut proscrire les adversaires de l'Union. Dieu veuille que notre pays ne soit point déshonoré par cette politique impitoyable! Qui donc avez-vous converti par vos rigueurs? Vous avez mécontenté les Cosaques, fidèles jusqu'à ce jour; vous avez changé les brebis en boucs; vous avez mis le pays en péril; peut-être même avez-vous détruit le Catholicisme. L'Union n'a produit que discordes et querelles. Il eût mieux valu qu'il n'en fût pas question. Maintenant, je vous informe que, par l'ordre du roi, les églises doivent être ouvertes et rendues aux Grecs pour que ceux-ci puissent y accomplir le service divin. Nous n'empêchons pas les Juifs et les Musulmans d'avoir leurs temples, et cependant vous fermez les églises chrétiennes? Je reçois de toutes parts des menaces de rupture. L'Union nous a déjà enlevé Starodoub, Sévérie et d'autres villes. Il ne faut pas qu'elle entraîne notre ruine complète.»—Cette condamnation de la conduite de l'évêque est d'autant plus remarquable, que Sapiéha, né et élevé dans la foi protestante, s'était plus tard converti au Catholicisme. Léon Sapiéha a servi très utilement son pays comme chancelier et commandant en chef des troupes en Lithuanie. Le code des lois, composé sous sa direction, était très populaire, et lorsqu'il fut aboli par l'empereur actuel dans les provinces polonaises de la Russie, les gouvernements de Tchernigoff et de Poultava (démembrés de la Pologne auXVIIesiècle), obtinrent, à titre de grâce spéciale, la faculté de le conserver.148: Heydensteyn dit que cette émeute fut causée par des Écossais, qui avaient alors une Congrégation considérable à Cracovie. Ayant commencé, selon lui, à soutenir une thèse publique sur la religion, ils se prirent de querelle avec leurs adversaires, et, emportés au plus haut degré par leperfervidum scotorum ingenium, ils tuèrent quelques-uns de ces derniers. Le contemporain Thuanus fait voir distinctement la main des Jésuites dans cet évènement. Le jésuite Skarga, qui a publié un pamphlet à cette occasion, accuse les Protestants d'avoir pris l'offensive, et soutient en même temps que ce qui existait illégalement pouvait être détruit sans injustice; et telle était la position, à ses yeux, de l'Église protestante de Cracovie, puisque les évêques, à qui revient, de droit divin, toute appréciation locale en matière de foi religieuse, n'avaient pas autorisé l'érection de ce monument. En conséquence de cette doctrine, tout établissement religieux, fondé sans l'approbation du clergé catholique, n'a pas d'existence légale.149: Afin de prévenir de si graves abus, Krolik, bourgeois de Cracovie, fit construire, à quelques pas de l'église de Wielkanoç, village peu éloigné de cette ville, une maison où les Protestants malades pussent se réfugier pour mourir en paix et à l'abri de la tyrannie catholique.150: Une traduction polonaise de l'apostille deScultetus, ouvrage très populaire chez les Protestants d'Allemagne, est dû à Jean Potoçki, qui en fit à ses filles une dédicace, empreinte d'un sentiment de piété fervente et sincère.151: Jean Zamoyski naquit en 1541. Il fut envoyé à Paris à l'âge de douze ans, et attaché à la cour du dauphin (François II, époux de Marie d'Écosse), qu'il laissa bientôt pour l'Université. Il poursuivit ensuite ses études à Strasbourg et à Padoue, où, conformément à un ancien usage de nommer, chaque année, un des étudiants recteur ouprinceps juventutis literatæ, ses camarades lui décernèrent cette distinction. Il avait vingt-deux ans quand il publia un traitéde Senatu Romano, Venise, 1563, ouvrage très estimé des classiques, et tiré à plusieurs éditions. Il fit paraître, peu de temps après, deux nouveaux opuscules:De constitutionibus et immunitatibus almæ universitatis Patavinæ, etDe perfecto senatore syntagma. Le roi Sigismond-Auguste prit un vif intérêt à la personne de Zamoyski, et lui confia, à son retour en Pologne, la tâche importante, mais pénible, de classer les archives nationales; ce travail, accompli en trois laborieuses années, lui valut, à titre de rémunération, une richestarostie(sorte de dotation viagère en biens fonds). Cet important service, joint à la jeunesse, aux talents et au caractère de celui qui l'avait rendu, le recommanda avantageusement à l'attention de ses concitoyens; mais son influence devint immense, quand, à la mort de Sigismond-Auguste, il proposa, avec un succès d'enthousiasme, de soumettre l'élection du monarque, non à la décision d'une diète, mais aux votes directs des nobles ou électeurs. Cette mesure le rendit très populaire parmi la petite noblesse, mais elle constituait évidemment une erreur funeste de la part de Zamoyski, en ce qu'elle livrait le plus haut intérêt de l'État à une multitude, souvent animée des intentions les plus pures, mais facile à égarer sur les pas d'un meneur artificieux, quand une affaire de cette importance aurait exigé la mûre délibération des citoyens les plus recommandables par leurs lumières et par leur caractère. Zamoyski s'aperçut plus tard de la faute qu'il avait commise, et il essaya, en 1589, de revenir sur le mode d'élection du souverain, mais ses efforts furent paralysés par un parti contraire.Zamoyski fut l'un des délégués qui vinrent à Paris pour annoncer à Henri de Valois son élection au trône de Pologne, et après la fuite de ce monarque, il devint l'un des plus ardents promoteurs de l'avènement d'Étienne Batory. Le nouveau roi récompensa ce service de Zamoyski, en le nommant chancelier de la couronne, et il se fit accompagner par lui, en cette qualité, pendant sa mémorable campagne de Moscovie, en 1579-1582. Quand Batory fut forcé de revenir dans sa capitale, il laissa le commandement de l'armée à Zamoyski, qu'il créahetman, ou grand-général des forces polonaises. Étranger à la vie des camps, ce grand homme poussa cependant la campagne avec la vigueur et l'habileté d'un guerrier consommé, jusqu'à la paix qui vint la couronner. Il se vit encore élever à la dignité de castellan de Cracovie, ou premier sénateur séculier, et réunit ainsi dans sa personne les plus hautes distinctions civiles et militaires. Son immense popularité, jointe à tant d'élévation, le porta à un degré de pouvoir et d'influence, auquel n'a peut-être jamais atteint un sujet dans aucun autre pays, si ce n'est en Angleterre le grand comte de Warwick, surnommé le faiseur de rois.Ce fut, comme nous l'avons dit dans le texte, entièrement par l'influence de Zamoyski, que Sigismond III fut élu en opposition de l'archiduc Maximilien, fils de l'empereur Rodolphe, qui était soutenu par un parti puissant. Maximilien s'avança en Pologne pour soutenir ses prétentions à main armée; mais il fut vaincu et fait prisonnier par Zamoyski, qui le retint captif jusqu'à ce qu'il eût renoncé solennellement à ses prétentions au trône de Pologne. Zamoyski s'aperçut bientôt que l'élection de Sigismond III, issue de son appui, n'était rien moins qu'avantageuse à son pays, et il opposa tous les contrepoids de sa puissance aux tendances de ce funeste règne. Il alla plusieurs fois en personne défendre les frontières menacées, et résolut de consacrer toute l'énergie de son patriotisme à lutter contre la politique de plus en plus fatale de Sigismond III, et, en particulier, contre l'influence de l'Autriche, soutenue par les Jésuites aux dépens des intérêts de la nation. Enfin, quand il eut épuisé toutes les représentations, sans que le roi cessât de se livrer à une foule d'actes en violation directe de la Constitution et attentatoires à la dignité nationale, Zamoyski qui, en sa qualité de chancelier, était le premier gardien des libertés publiques, se détermina à gourmander publiquement le roi, au milieu d'une diète assemblée. Il s'approcha du trône et commença par lui reprocher, dans un langage animé, ses fautes d'omission et de commission; il conclut en déclarant que s'il voulait continuer à violer la Constitution, il courait risque de perdre sa couronne... Sigismond, enflammé de colère, se leva de son trône et saisit son épée; mais Zamoyski s'écria:Rex! non move gladium, ne te Caïum Cæsarem nos Brutos sera posteritas loquatur. Sumus electores regum destructores tyrannorum. Regna, sed non impera![151-A]Cet évènement date de 1608, et Zamoyski, qui était alors âgé de soixante-quatre ans, mourut peu de temps après. Mécène dans sa sphère, il fonda, sur ses domaines patrimoniaux, à Zamostz, une académie dont il confia les chaires à de savants professeurs, à l'exclusion des Jésuites. Il établit aussi au même endroit, une imprimerie d'où sont sortis beaucoup de livres précieux, entre autres un ouvrage accueilli avec la plus grande faveur, et qui, bien que publié sous le nom de son ami Burski, est considéré généralement comme l'œuvre de Zamoyski lui-même, ou tout au moins comme une composition faite d'après ses notes. Cet ouvrage a pour titreDialectica Ciceronis quæ dispersè in scriptis reliquit maximè ex stoïcorum sententia, etc., etc. 1604.Le contemporain Thuanus paye un juste tribut d'éloge à Zamoyski. Ses descendants occupent encore une haute position dans leur pays natal, et sont honorablement connus à l'étranger.151-A: Roi! ne tire pas l'épée, de peur qu'une postérité reculée ne te nomme Caius César, et nous des Brutus. Nous faisons les rois, nous immolons les tyrans. Règne, mais ne commande pas.152: Le prince Christophe Radziwill était fils de Christophe Radziwill, palatin de Vilna ethetmanou grand-général de Lithuanie, qui s'était distingué par de nombreux faits d'armes, et petit-fils de Radziwill Rufus. La notice suivante sur sa vie est extraite d'un ouvrage sur la noblesse polonaise, du jésuite Niesieçki, que nous avons déjà cité, et à qui il faut rendre cette justice, qu'il reconnaît avec impartialité, comme son coreligionnaire bohémien Balbinus, le mérite de beaucoup de ses concitoyens, dont il condamne les croyances:—«S'étant joint, à la tête d'une troupe considérable des siens, au grand-hetman Chodkiewicz (célèbre guerrier), il se comporta si brillamment contre les Suédois, que ce chef, frappé de ses talents militaires et de sa rare intrépidité, obtint pour lui la dignité de hetman-de-camp ou général-de-camp (second en commandement). Plus tard, dans le temps que Chodkiewicz était occupé à repousser les Turcs, les Suédois envahirent inopinément la Livonie et s'emparèrent de Riga. Radziwill, ayant réuni tout ce qu'il put de troupes polonaises, harcela l'ennemi et remporta sur lui plusieurs avantages; mais, privé de tous renforts, il dut renoncer à lutter, avec une poignée de soldats, contre les forces débordantes des Suédois, qui envahirent la Lithuanie et prirent son propre château de Birzé. Il parvint cependant, malgré l'infériorité des siennes, à arrêter leurs progrès dans cette province. Ces maux étaient l'ouvrage de quelques flatteurs de la royauté, qui ne pouvaient voir sans envie les exploits de cet homme distingué et le calomniaient auprès du souverain, de telle sorte que la dignité de grand-hetman de Lithuanie, devenue vacante par la mort de Chodkiewicz, ne fut pas conférée, comme elle eût dû l'être, au guerrier qui avait si bien mérité de sa patrie. Malgré cette marque de défaveur royale, Radziwill reçut les remercîments de la diète, pour sa courageuse défense de la Lithuanie. Il ne prit néanmoins aucune part aux affaires militaires, pendant le règne de Sigismond III; mais, après l'avènement de Vladislav IV, il fut fait grand-hetman et palatin de Vilna. Il conclut un traité de paix avec la Moscovie en 1634, et fit ensuite, contre les Suédois, une expédition qui se termina bientôt de la même manière. Radziwill était fort dans l'action et puissant au conseil. Il mourut, en 1640, l'un des fervents défenseurs des doctrines de Genève.»—Niesieçki, vol. VIII, p. 54, édit. de 1841.Radziwill se montra, en effet, tout dévoué aux intérêts de la religion réformée, comme son père et son aïeul, dont les richesses immenses et les hautes dignités lui étaient dévolues avec le mérite et les vertus patriotiques qui les distinguaient. Il publia à ses frais une nouvelle édition de la Bible, précédée d'une dédicace à son souverain, dans laquelle il déclarait, au nom de ses coreligionnaires, qu'ils étaient prêts à comparaître devant l'oint du Seigneur, et à rendre compte de leur croyance en s'appuyant, non sur les traditions humaines, mais uniquement sur les Écritures illuminées de l'Esprit-Saint. Bien qu'il n'employât aucune expression aussi énergique que celles dont son prédécesseur Radziwill le Noir s'était servi dans sa dédicace de la même Bible à Sigismond-Auguste, il en parlait comme d'un précédent à la sienne. L'abolition de l'Église et de l'école protestantes de Vilna, fondées par les ancêtres de Radziwill, et dont tous ses efforts n'avaient pu prévenir la perte, vint briser le cœur du vieux guerrier, qui avait consacré sa longue carrière au service de son pays, soit en le défendant contre les attaques du dehors, soit en luttant contre l'hostilité plus dangereuse encore des dévots conseillers du monarque. Son fils Janus, palatin de Vilna et grand-hetman de Lithuanie, vaillant soldat et général habile, rendit de grands services à son pays pendant la guerre des Cosaques (1648-54). Il défit plusieurs fois ces rebelles, qui avaient ravagé beaucoup d'autres provinces, et mit la Lithuanie à l'abri de leurs incursions. Au temps où Charles-Gustave de Suède, secondé par un grand nombre de mécontents, envahit la Pologne en 1655, et força le roi Jean-Casimir à quitter le territoire de la République (Voir le chapitre suivant.), la Lithuanie fut tout-à-coup inondée par une immense armée moscovite, que le czar envoyait en aide aux Cosaques révoltés. Les Lithuaniens, placés dans cette extrémité, reconnurent le roi de Suède pour leur souverain héréditaire et se déclarèrent indépendants de la Pologne. Cela eut lieu en vertu d'un traité conclu à Kiéydany le 18 août 1651, et signé en faveur de la Lithuanie par le prince Janus Radziwill, l'évêque de Samogitie et un autre sénateur catholique. Ce fut donc une affaire purement politique et étrangère à la religion, négociée, non dans l'intérêt particulier des Protestants, mais en considération de la position des Lithuaniens en général, qui ne pouvaient se soustraire au joug d'un ennemi barbare et cruel, qu'en reconnaissant la souveraineté d'un monarque dont l'autorité s'étendait déjà à une grande partie de la Pologne. Cependant, chose étrange à dire! beaucoup d'écrivains mettent toute cette affaire sur le compte du protestantisme de Radziwill, et accusent les Réformés d'avoir frayé le chemin aux Suédois, bien qu'un simple exposé des faits démontre le contraire. Ce n'est là, toutefois, qu'un exemple isolé de la partialité avec laquelle un grand nombre d'auteurs ont traité les protestants polonais, pour n'avoir pas été meilleurs en définitive que leurs concitoyens catholiques, tandis que les services importants, rendus à la nation par les célébrités du Protestantisme, guerriers et hommes d'État, sont le plus souvent enregistrés sans aucune allusion à leur foi religieuse, de manière à laisser croire à la majorité des lecteurs, que la catholicité revendique la gloire de ces grands hommes. Il est très remarquable que beaucoup d'écrivains polonais, fort indifférents d'ailleurs en matière de Papisme, n'aient pu se défendre d'une sorte de prévention involontaire contre les Protestants; et cela prouve peut-être, plus que toute autre chose, la vérité de la maxime: «Calumniare fortiter semper aliquid hæret», principe dont les Jésuites ont fait une large application à leurs adversaires vivants ou morts.Le prince Janus Radziwill mourut en 1655, peu de temps après l'affaire dont nous venons de parler. Il laissa un seul enfant, une fille, qui se maria à son cousin, le prince Boguslav Radziwill, le dernier Protestant de sa famille, mort en 1660. Celui-ci eut une fille, la princesse Louise, qui épousa un prince de Brandebourg, fils du grand-électeur, et après la mort de son premier mari, le prince palatin de Neubourg. La maison royale de Bavière descend de cette princesse, et de là vient que tous les Radziwill naissent chevaliers de l'ordre bavarois de Saint-Hubert.153: «Subter finem ejusdem anni (1616) decesserat quoque cubili regii præfectus Andreas Bobola, octogenarius. Homo rudis, morosus, promotus ad illud officium patrocinio sacerdotum Societatis Jesu, quod illis in omnibus consentiret. Undè utrique, conjuncta opera, in privatis colloquis, quæ ipsis semper patebant, sollicitantes regem adeo constrixerant, ut omnia consiliis eorum ageret; et aulicorum spes et curæ, non nisi ab eorum favore penderent, quem et in publicis negotiis, isti suggerebant, quid rex decerneret, tanto majori reipublicæ periculo, quod ad hujusmodi familiaritatem regis assumebantur personæ (præsertim confessor et concionator) a scholiis vel a magisterio novitiorum religiosorum, rerum et status politiæ prorsùs expertes. Hæc que causa unica fuit errorum, non in domesticis solum, sed in publicis, ut Moschicis, Suecis, Livonicisque, regis rationibus, et tamen sacrilegii crimen reputabatur, si quis tamen eorum dicta factave reprehendisset, et nemini quid non ipsis applauderet, facilis ad dignitates aditus patebat.» (Chronica Gestarum in Europa.Cracovie, 1648, ad ann. 1616).154: La dénomination d'Ukraine, qui signifie littéralement confins, fut donnée aux provinces de la Pologne limitrophes de la Moscovie et de la Turquie, soumises aujourd'hui à la Russie. Nous avons parlé des Cosaques qui habitaient la province polonaise de ce nom.155: Pierre Mohila était fils d'un prince régnant de Moldavie, et allié de près aux premières familles de Pologne. Il fit ses études à l'Université de Paris, et servit ensuite avec distinction dans les rangs de l'armée polonaise pendant la guerre de Turquie de 1621. Entré au giron de l'Église en 1628, il fut élu archevêque de Kioff en 1633. Il publia plusieurs ouvrages, dont le plus remarquable est sonExposé de la foi de l'Église d'Orient, qui avait été approuvé par tous les patriarches grecs. Ce livre fut publié en polonais à Kioff, en 1637. Il a été imprimé plusieurs fois en grec, et traduit en latin par le savant Suédois Laurentius Normann, évêque de Gottenbourg. Il y en a aussi une traduction allemande.156: Les troupes suédoises, qui avaient observé tout d'abord une discipline rigoureuse, se rendirent coupables des excès les plus odieux quand le pays se souleva contre elles, et se livrèrent alors à des actes de férocité contre plusieurs membres du clergé catholique. Les Protestants payèrent pour l'ennemi. Un certain nombre de ministres et d'autres individus attachés à la Confession de Bohême, furent mis à mort, et leurs églises réduites en cendres, sans compter celle de Lissa, avec une école célèbre. Il existe un manuscrit intéressant à la bibliothèque archiépiscopale de Lambeth:Ultimus in protestantes Confessionis Bohemiæ ecclesias Anti-Christi furor, par Hartmann et Cyrille, ecclésiastiques protestants et professeurs de l'école de Lissa, qui s'intitulent «les exilés du Christ,» et qui furent envoyés en Hollande et dans la Grande-Bretagne pour solliciter, en faveur de leurs frères en détresse, des secours qui leur furent généreusement accordés par les Protestants de ces contrées. Le manuscrit renferme une description de la barbarie révoltante déployée contre les Protestants, sans égard à l'âge ou au sexe, et se termine par les motsdolor vetat plura addere. On avait aussi composé, d'après cet original, un document imprimé, soumis par les délégués à Cromwell, qui les autorisa, en vertu d'une ordonnance datée du 2 mai 1659, à organiser des souscriptions par tout le pays.157: L'ouvrage de M. Lukaszewicz contient toute la procédure criminelle relative à cette affaire.158: Ce prélat ne doit être confondu avec aucun de ceux précédemment nommés en note.159: Salvandy,Histoire de Pologne sous Jean Sobieski, vol. III, p. 388.160: Leduchowski était un gentilhomme, possesseur d'une fortune considérable, mais entièrement exempt d'ambition. Il ne prit aucune part à la lutte entre Auguste II et Stanislas Leszczynski, et s'étant soustrait aux fureurs de ces deux monarques, il continua à vivre dans ses domaines. Investi au plus haut degré de la confiance de ses concitoyens, il fut élu à plusieurs emplois publics. Privé d'enfants, il fit un testament par lequel il léguait ses biens à des collatéraux, à l'Église et aux pauvres. Mais quand il vit le pays en danger, son patriotisme l'emporta sur ses affections de famille et sur ses intentions religieuses et charitables; il annula ses dispositions testamentaires, et consacra toute sa fortune à l'entretien des troupes de la Confédération. Son patriotisme était pur de toute haine politique ou personnelle, et il résista constamment à ceux qui voulaient détrôner le roi, ne comprenant, pour son compte, d'autre but à poursuivre que la paix et la liberté de sa patrie. (V. Ruihière,de l'Anarchie de Pologne, t. II.) Tel fut ce patriote éminent, le dernier qui se leva en faveur des droits de ceux de ses concitoyens dont la croyance n'était pas la sienne. Le sentiment religieux qui présidait à la libre disposition de ses biens quand les besoins du pays n'en réclamaient pas le sacrifice, prouve suffisamment que la noblesse de ses procédés, en cette circonstance, ne découlait pas d'une indifférence religieuse, improprement appelée philosophique.161: Strimesius, auteur protestant, dit que le nonce du pape à la cour de Pologne désapprouva l'affaire de Thorn, et défendit aux Jésuites de faire le serment requis pour l'exécution de la sentence. On dit aussi que le même nonce apostolique avait obtenu un délai en faveur des condamnés, mais que lorsque l'ordre de surseoir parvint à Thorn, il était trop tard, et qu'il transmit à Rome une accusation contre les Jésuites.162:Lukaszewicz, vol. I, p. 351, donne la teneur tout entière de cette lettre pastorale.163: Lelevel,Histoire du règne de Stanislas Poniatowski.164: Ce fait est constaté par Rulhière, que l'on ne saurait taxer de partialité pour les Protestants. (V. sonHistoire de l'Anarchie de Pologne, vol. II, p. 352, édition de 1819). Et il est avéré qu'ils regrettèrent amèrement de s'être faits les instruments de l'influence étrangère.165:Histoire de la Réformation en Pologne, vol. II, pages 422-534.166: L'auteur contemporain Walch, zélé Protestant, est de la même opinion. (Voir sonNeuere Kirchen Geschichte, vol. VII).167: Ils se distinguent des paysans voisins par une meilleure éducation, chacun d'eux sachant lire et écrire, ainsi que par la supériorité de leurs mœurs et par leur aptitude au travail.168: Les sentiments de ce souverain étaient sans doute aussi bienveillants que ses vues étaient libérales et éclairées; mais une influence occulte semble avoir jeté un voile sur cet esprit d'élite, dans les dernières années de son règne.169: Nous avons dit que Kiéydany se faisait remarquer par une Congrégation écossaise très importante.170: Coménius naquit, en 1592, à Komna, en Moravie, d'où il tire son nom. Après avoir étudié dans plusieurs Universités, il devint, en 1618, pasteur et maître d'école à Fulnek, ville de sa province. Il avait conçu de bonne heure une nouvelle méthode d'enseignement des langues; il publia quelques essais et prépara sur ce sujet quelques papiers qui furent détruits en 1621, avec sa bibliothèque, par les Espagnols, qui s'étaient rendus maîtres de la ville où il résidait. La proscription de tous les ministres protestants de Bohême et de Moravie, par l'édit de 1624, força Coménius, avec beaucoup d'autres, à chercher un asile en Pologne, où il fut nommé recteur de l'école de Leszno et chef de la petite Église des Frères Moraves. Il publia, en 1631, saJanua linguarum reserata, c'est-à-dire la Porte des Langues, qui valut rapidement à son auteur une réputation prodigieuse; Bayle dit avec raison que ce livre seul eût suffi pour immortaliser Coménius, car il fut traduit et publié pendant sa vie non-seulement en douze langues européennes, en latin, en grec, en bohémien, en polonais, en allemand, en suédois, en hollandais, en anglais, en français, en espagnol, en italien et en hongrois, mais encore en plusieurs langues orientales, telles que l'arabe, le turc et le persan. On peut ajouter que cet ouvrage établit aussi la réputation de Leszno, où il parut pour la première fois, après avoir été composé pour son école. La réputation de Coménius engagea le gouvernement suédois à lui offrir la mission de réglementer les écoles de ce royaume; mais, préférant sa résidence à Leszno, il promit seulement d'aider de ses avis ceux que ce gouvernement emploierait à cette tâche. Il traduisit ensuite en latin une nouvelle méthode d'instruction pour la jeunesse, qu'il avait écrite en bohémien. Cette traduction parut à Londres en 1639, sous le titre dePansophiæ prodromus. Une traduction anglaise en fut faite par J. Collier, qui lui donna pour titreles Avant-coureurs du savoir universel(Londres, 1651). Cet ouvrage augmenta sa réputation à un tel point, que le Parlement anglais l'invita, en 1641, à venir coopérer à la réforme de l'école de ce pays. Il arriva à Londres en 1641 mais la guerre civile qui éclata dans la Grande-Bretagne empêcha d'utiliser ses talents; il tourna ses pas vers la Suède, où sa présence était sollicitée par de hauts personnages. Après plusieurs conférences avec le chancelier Oxenstiern, il fut décidé qu'il s'établirait à Elbing, ville de la Prusse polonaise, et qu'il composerait dans cette résidence un ouvrage sur sa nouvelle méthode d'enseignement, à l'aide d'une rémunération considérable qui lui permît de consacrer son temps tout entier à la recherche des méthodes générales propres à faciliter l'éducation et l'instruction de la jeunesse. Après quatre ans consacrés à cette occupation, il revint en Suède et soumit son manuscrit à une commission chargée de l'examiner; il fut déclaré digne d'être imprimé quand il serait achevé, mais nous ignorons s'il a jamais été publié. Il passa encore deux ans à Elbing, et retourna ensuite à Leszno, en 1650. Il se rendit en Transylvanie, où le prince régnant, Étienne Ragodzi, l'avait invité à venir réformer les écoles publiques. Il fit un règlement pour le collége protestant de Saros-Patak, conformément aux principes de sonPansophiæ prodromus. Après une résidence de quatre ans en Transylvanie, il revint à Leszno et présida aux destinées de son école jusqu'à la destruction de cette ville. Il s'enfuit en Silésie, et, après avoir erré dans différentes parties de l'Allemagne, il s'établit définitivement à Amsterdam, où il mourut, en 1691, dans la prospérité.Outre les ouvrages déjà mentionnés, Coménius a écritSynopsis Physicæ ad Lumen divinum reformatæ, Amsterdam, 1641, publié en anglais en 1652;Porta sapientiæ reserata, seu nova et compendiosa methodus omnes artes ac scientias addiscendis, Oxoniæ, 1637, et plusieurs autres ouvrages. Son vaste savoir ne l'empêcha pas de sacrifier à la superstition de son époque. Il devint l'un des fermes croyants de toutes ces prophéties qui circulaient parmi les Protestants d'Allemagne, de Bohême et de Moravie, sur la venue immédiate du Millenium, la révolution, la chute de l'Antechrist, c'est-à-dire le Pape, et qui étaient le produit d'imaginations exaltées par la persécution. Il réunit et publia à Amsterdam, en 1657, dans un ouvrage intituléLux in tenebris, les visions du Morave Drabitius, le Silésien Kotterus, et Christine Poniatowski, dame polonaise qui prédit la ruine prochaine du Catholicisme et la destruction de l'Autriche par la Suède, Cromwell et Ragodzi. Ce livre lui fit un tort considérable aux yeux de beaucoup de ses contemporains.171: Quelques mots sur la vie de cet homme remarquable, à qui le principal établissement protestant d'éducation en Pologne doit tant de sa prospérité, ne déplairont sans doute pas aux lecteurs de cet ouvrage. L'auteur saisit avec empressement l'occasion de payer un tribut de regrets à la mémoire de son ami, dont les sympathies ont adouci l'amertume des plus rudes épreuves de son exil, et que sa mort laissera toujours inconsolable.Le prince Antoine Sulkowski, fils du prince Sulkowski, palatin de Kalisch, naquit à Leszno, en 1785. Après avoir achevé ses études à l'Université de Gottingue, il finissait de se former en voyageant, quand les succès de l'empereur des Français en Prusse éveillèrent dans le cœur des Polonais l'espoir de recouvrer leur indépendance. Sulkowski précipita son départ de Paris, où il se trouvait en ce moment, et rentra dans ses foyers vers la fin de 1806. Il fut nommé par Napoléon colonel du premier régiment polonais à lever. L'enthousiasme patriotique fut si grand, que Sulkowski, ayant accompli sa tâche avec une merveilleuse rapidité, emporta d'assaut la ville fortifiée de Dirschau, à la tête de son nouveau régiment, le 23 février de l'année d'ensuite (1807). Il prit une part active au reste de la campagne, qui se termina par la paix de Tilsitt, en vertu de laquelle une partie de la Pologne fut rétablie sous le nom de duché de Varsovie. En 1808, quand plusieurs détachements de la nouvelle armée polonaise furent dirigés sur l'Espagne, le régiment du prince Sulkowski fut compris dans l'ordre de départ, et, bien qu'il eût épousé depuis fort peu de temps Ève Kiçki, jeune femme d'une beauté accomplie, à laquelle il avait voué ses premières affections, et qu'il pût aisément se faire dispenser de ce service pénible, il crut de son devoir de se joindre à ses compagnons d'armes. Arrivé dans la Péninsule, il se distingua aux batailles d'Almonacid et d'Ocana, ainsi qu'à la défense de Tolède. Malaga fut pris par les Français, le prince Sulkowski fut nommé gouverneur de cette ville, et, malgré le sentiment de haine et de vengeance qui animait les Espagnols contre les armées envahissantes, il parvint, par sa conduite, à se concilier l'affection de ses habitants. Il fut promu au rang de major-général, et revint dans son pays en 1810, où il resta jusqu'à la mémorable campagne de 1812, pendant laquelle il commanda une brigade de cavalerie, prit part aux principales batailles et fut gravement blessé dans la retraite. Guéri de ses blessures et nommé au grade de lieutenant-général, il se joignit à l'armée polonaise sous le prince Poniatowski, et combattit, à la bataille de Leipsick, à la tête d'une division de cavalerie. C'est à la suite de cette bataille qu'il se vit assailli par les circonstances les plus difficiles, qui lui donnèrent occasion de déployer toutes les qualités honorables de l'âme la plus intègre. Peu de jours après la mort du prince Poniatowski, il fut nommé, par l'empereur Napoléon, commandant en chef des débris du corps polonais, qui, malgré ses grandes pertes, avait conservé tous ses étendards et son artillerie. Ce commandement fut donné à Sulkowski à la demande générale de ses compatriotes, malgré sa jeunesse (il avait alors vingt-neuf ans) et la présence de plusieurs généraux plus âgés. Les troupes polonaises, exaspérées par de longues souffrances et fatiguées de se battre pour une cause qui menaçait de les réduire à l'état de mercenaires, sans avancer celle de leur patrie, pressèrent leur chef de les reconduire dans leurs foyers, leur souverain légitime, le roi de Saxe, étant resté à Leipsick sur le désir de Napoléon lui-même. Sulkowski reporta leurs plaintes bruyantes à l'Empereur, qui promit de donner une réponse sous huit jours. Cela satisfit les troupes, et la marche vers le Rhin continua; mais quand le délai fixé fut écoulé sans que la décision attendue intervint, l'irritation des Polonais devint si violente et ils accusèrent si bruyamment le prince Sulkowski d'être prêt à les sacrifier aux vues de son ambition personnelle, que, pour les décider à accompagner l'Empereur jusqu'à la frontière de ses États, il dut leur promettre sur l'honneur de ne passer en aucun cas au-delà du Rhin. Cette promesse solennelle calma l'irritation des troupes, qui continuèrent leur marche. Quand elles furent parvenues à un endroit appelé Schluchtern, l'Empereur, passant devant leur front, appela Sulkowski et lui demanda s'il était vrai que les Polonais voulussent le quitter. «Oui, Sire, répondit le prince; ils supplient Votre Majesté de les autoriser à retourner dans leurs foyers, leur nombre étant désormais trop insignifiant pour être de quelque valeur à Votre Majesté.» L'Empereur résista, et, ayant assemblé les Polonais, il leur adressa l'une ces allocutions par lesquelles il savait si bien ranimer l'enthousiasme du soldat. Les troupes polonaises, exaltées par les paroles impériales, oublièrent toutes leur première résolution et promirent de suivre Napoléon jusqu'à la mort. On peut aisément se faire une idée de la position cruelle dans laquelle le prince Sulkowski se trouva placé par cette circonstance imprévue; il se voyait dans l'alternative pénible ou de manquer à la parole par laquelle il s'était engagé, envers ses compagnons d'armes, à prendre le Rhin pour limite extrême de leurs travaux guerriers, ou de sacrifier, si jeune, toutes ses espérances de gloire et d'ambition (car l'empereur Napoléon, malgré le revers de Leipsick, avait encore de grandes chances de ramener à lui la fortune), et, ce qui était plus important encore, en s'exposant aux divers commentaires qui ne manqueraient pas d'accueillir sa conduite dans cette malheureuse conjoncture. Il choisit cependant le dernier parti, pensant qu'il n'y avait pas de compromis possible avec une parole engagée d'une manière aussi explicite et aussi solennelle que la sienne l'avait été, bien que ses compatriotes, qui n'étaient pas liés de la même manière, eussent changé de résolution; il demanda, en conséquence, à l'Empereur, et obtint de sa bienveillance la permission de retourner vers son souverain légitime le roi de Saxe, dont la destinée était alors inconnue. Il quitta l'armée française, accompagné des officiers de son état-major qui partagèrent sa résolution. Ayant appris que son souverain était prisonnier à Berlin, il lui adressa de Leipsick une lettre pour lui demander une libération de service, tant pour lui-même que pour les officiers qui l'avaient accompagné, et bientôt après il obtint des souverains alliés la permission de rejoindre sa famille. Il convient d'ajouter que ses concitoyens rendirent hommage à la loyauté de sa conduite.—De nouvelles espérances furent conçues, en faveur de la Pologne, au congrès de Vienne, sous l'inspiration de l'empereur Alexandre. Le prince Sulkowski fut appelé à coopérer à la formation d'une armée polonaise, et il accepta avec joie une mission dans laquelle il pouvait encore servir utilement sa patrie. Bien que le congrès de Vienne n'ait pas réalisé l'espoir qui avait été nourri, de voir la Pologne rendue à l'indépendance, il érigea une petite portion de son territoire en royaume constitutionnel, soumis à l'empereur de Russie comme roi de Pologne. C'en était assez cependant pour stimuler les efforts des patriotes polonais et pour les engager à maintenir cette création imparfaite, d'autant mieux qu'on avait stipulé que des institutions nationales seraient accordées à ces parties de l'ancienne Polognequi restaient annexées comme provinces à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche, et que ces stipulations laissaient briller la perspective d'un complet rétablissement de ce pays. Le prince Sulkowski entra donc au service du nouveau royaume, et fut nommé aide-de-camp général de l'empereur Alexandre. Mais les caprices tyranniques du grand-duc Constantin conduisirent bientôt Sulkowski à demander sa mise en disponibilité, en déclarant franchement à l'empereur les raisons qui l'engageaient à agir ainsi. L'empereur insista auprès de Sulkowski pour qu'il revînt sur sa détermination, et lui dit que les circonstances dont il se plaignait n'étaient que temporaires. Sulkowski, que ses devoirs conduisirent plusieurs fois à Saint-Pétersbourg, et qui reçut de l'empereur Alexandre des témoignages de la plus grande bienveillance, insista de son côté pour quitter le service, et, après plusieurs refus, obtint de rentrer dans la vie privée en 1818. Il s'établit au château de Reisen, dans le voisinage de Leszno, et se dévoua tout entier à l'éducation de sa famille. Depuis la mort de sa vertueuse et charmante compagne, il ne se reposait plus que sur lui de ce soin. Le bien-être de ses tenanciers et de tous ceux qui respiraient dans sa dépendance devint aussi l'objet de sa constante sollicitude. Une nouvelle carrière s'ouvrit, en outre, pour son patriotisme, quand le grand-duché de Posen, où Leszno est situé, reçut une représentation provinciale, dont il fut créé membre héréditaire. Il présida aux États assemblés de sa province, et fut fait membre du conseil d'État de Prusse. Cela le mit dans une position difficile et délicate entre le monarque et les États provinciaux, dont les députés se plaignaient justement des envahissements continuels du gouvernement sur la nationalité de la province, qui avait son existence garantie par le traité de Vienne. En possession de la confiance des deux partis, il réussit, par la fermeté qu'il déploya dans la défense des priviléges nationaux, à gagner la confiance de ses concitoyens, tandis que le monarque rendit justice à sa modération dans l'accomplissement consciencieux de ses pénibles devoirs. Il se tint cependant à l'écart des affaires publiques autant qu'il le put, consacrant son temps aux occupations utiles que nous avons décrites dans cette note. Une mort prématurée vint couper court à cette carrière, si noblement remplie. Le 14 avril 1835 plongea dans une douleur profonde sa famille et tous ceux qui l'avaient connu, soit personnellement, soit de réputation. Mais nul ne sentit sa perte plus vivement que l'école de Leszno, qui lui devait tout. Professeurs et élèves accompagnèrent sa dépouille mortelle, et après un discours pathétique du recteur, déposèrent une couronne sur le cercueil de leur bienfaiteur, dont la mémoire vivra long-temps dans leurs cœurs reconnaissants.

106-A: Nom donné anciennement aux Polonais par les Russes et adopté par les Turcs.

107: Érasme exprime dans ses lettres la plus vive admiration pour les talents et le caractère de Laski. Il dit que, malgré son grand âge, il tira grand profit de ses relations avec ce jeune savant. Laski n'avait alors que vingt-six ans, et il était déjà connu des personnages les plus éminents de son époque: ainsi, dans une lettre écrite à Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, à l'occasion de la bataille de Pavie, Érasme mentionne les lettres écrites par cette reine à Jean Laski, son hôte. Il est probable que Laski fut connu de la reine de Navarre par l'entremise de son frère Stanislas, qui était attaché à la cour de François Ier.

108: Latimer prépara la réception de Laski, dont il fit un grand éloge, dans l'un de ses sermons prononcé devant le roi Édouard: «Jean Laski, disait-il, est venu en Angleterre; c'est un homme d'une haute instruction, c'est un noble dans son pays. Il est parti: s'il nous a quittés faute d'emploi, c'est un malheur. Je désirerais que de tels hommes demeurassent dans le royaume. «Celui qui vous reçoit me reçoit,» a dit le Christ. Le roi s'honorerait donc en leur faisant accueil et en les gardant en Angleterre.» (Strype's Memorials of Cranmer, page 236.)

109: On nomme ainsi le règlement ecclésiastique qui fut publié par Charles-Quint après sa victoire sur les Protestants, et qui devait demeurer en vigueur jusqu'à la réunion d'un concile général. Ce règlement permettait aux Protestants de communier sous les deux espèces, mais il leur imposait les rites et les dogmes de l'Église romaine. Il fut aboli par le traité de Passau en 1552.

110: Laski vivait encore à l'avènement d'Élizabeth, et bien qu'il ne fût pas retourné en Angleterre depuis la mort d'Édouard VI, il entretint une correspondance suivie avec les principaux chefs de l'Église anglicane et avec la reine elle-même. Zanchy, professeur à Strasbourg, lui écrivait, en 1558 ou 1559, les lignes suivantes: «Je ne doute pas que vous n'ayez déjà donné votre avis à la reine sur les moyens de servir les intérêts de la religion. Je ne saurais cependant trop insister pour que vous lui écriviez le plus souvent possible; car je sais quelle est votre influence en Angleterre. Le moment est venu, où les hommes tels que vous doivent soutenir la reine et l'entourer de conseils pour venir en aide à l'Église chrétienne; si le royaume du Christ s'établit en Angleterre, ce résultat sera très profitable pour les Églises éparses en Allemagne, en Pologne et dans les autres pays.» (VoyezStrype's Memorials of Cranmer, pages 238, 239.)

111: Laski se maria deux fois; son second mariage eut lieu en Angleterre. Il laissa neuf enfants, dont le plus distingué fut Samuel, qui suivit avec honneur la carrière militaire et fut employé dans plusieurs missions diplomatiques très importantes. Laski dissipa, dans la conception de ses projets, une immense fortune, et sa famille, tombée dans l'oubli, embrassa la foi catholique. Il y a cependant, à ce que je crois, une branche de cette famille qui est demeurée fidèle au Protestantisme.

112: VoyezM'Crie's Reformation in Italy.

113: Voici cette lettre: «Si je suis bien informé, je dois éprouver la plus vive douleur, douter même de votre salut et de celui de votre royaume. Vous favorisez les hérétiques, vous assistez à leurs sermons, vous conversez avec eux, vous les admettez à votre table; vous recevez leurs lettres et vous leur écrivez; vous souffrez que leurs écrits circulent avec votre approbation; vous ne prohibez point les assemblées, les conciliabules, les prêches des hérétiques. N'êtes-vous point, par cette conduite, le soutien des rebelles et des ennemis du Catholicisme, puisque vous les appuyez au lieu de les combattre? Comment pouvez-vous, contrairement à votre serment et aux lois de votre royaume, accorder aux infidèles les premières dignités de l'État? Oui, vous entretenez, vous nourrissez, vous répandez l'hérésie par les faveurs que vous prodiguez aux hérétiques. Vous avez nommé, sans attendre la sanction du Saint-Siége, l'évêque de Chelm, qui professe les doctrines les plus odieuses, à l'évêché de Cujavie. Le palatin de Vilna (le prince Radziwill), un hérétique, le soutien et le chef de l'hérésie, est investi, par vous, des plus hautes dignités. Il est chancelier de Lithuanie, palatin de Vilna, l'ami le plus intime du roi; il est, pour ainsi dire, le régent du royaume, et presque le second roi. Vous avez détruit la juridiction de l'Église et promulgué un acte de la diète qui autorise chacun à choisir, selon son gré, ses prédicateurs et son culte. C'est par vos ordres que Jean Laski et Vergerius sont venus en Pologne; c'est sous votre autorisation que les habitants d'Elbing et de Dantzick ont aboli la religion catholique romaine! Si vous ne tenez pas compte de cet avertissement qu'ont provoqué de tels scandales, je me verrai obligé de recourir à des moyens plus efficaces. Vous devez changer de conduite. Ne prêtez point l'oreille à ceux qui veulent que vous vous révoltiez contre l'Église et contre la vraie religion; exécutez les ordonnances de vos pieux ancêtres; supprimez toutes les innovations qui ont été introduites dans votre royaume; rendez aux Églises leur juridiction, reprenez aux hérétiques les Églises dont ils se sont emparés; chassez les prédicateurs qui corrompent impunément les sentiments du peuple. Pourquoi attendre un concile général, puisque vous avez en mains les moyens d'extirper l'hérésie? Je vous le répète, si notre avertissement demeure sans effet, je serai obligé d'employer les moyens auxquels le Saint-Siége ne recourt jamais en vain contre les rebelles endurcis. Dieu nous est témoin que nous n'avons négligé aucun effort; mais comme nos lettres, nos ambassades, nos avertissements et nos prières auront été stériles, nous pousserons la rigueur aux dernières limites.» (VoyezRaynaldus ad ann., 1566.)

114: Petite ville située entre Lowicz et Varsovie, à 38 milles anglais de cette capitale.

115:Raynaldus ad annum. 1556, vol. XII, p. 605.

116: Cette Bible, in-folio, est très connue des collectionneurs sous le nom de Bible de Radziwill. Le dernier duc de Sussex en possédait un exemplaire magnifique qu'il avait payé 50 liv. sterl. Le fils de Nicolas Radziwill étant devenu catholique, dépensa 5,000 ducats à racheter tous les exemplaires qu'il put trouver et qu'il fit brûler sur la place publique de Vilna. Radziwill avait dédié cette Bible au roi, en l'engageant très vivement à abjurer le Papisme. La traduction fut confiée à plusieurs savants polonais et étrangers; Laski, notamment, y prit part. Elle se distingue par la pureté et l'élégance du style.

117: Le pape prit connaissance de ces demandes avec un vif sentiment de dépit, et il s'exprima à leur sujet avec la plus grande véhémence. (Histoire du Concile de Trente, par Pietro Soave Polano (Sarpi), traduite en anglais par sir Nathaniel Brent. Londres, 1626, page 374).

118: La biographie de Commendoni contient le récit de cette importante affaire qui, sans l'habileté du diplomate italien, aurait entraîné la chute définitive de l'autorité romaine en Pologne: «Les chefs des hérétiques, c'est-à-dire les nobles les plus riches et les plus influents tant à la cour que dans le pays, songèrent à fortifier leur parti, dès qu'ils virent que Commendoni agissait activement en faveur de la cause catholique. Ils s'attachèrent à provoquer la réunion d'un concile national, où ils auraient pu décider les questions religieuses conformément aux coutumes et aux intérêts de l'État et sans la participation du pape. Ils disposaient d'un archevêque (Uchanski), auquel sa dignité donnait une égale influence dans le sénat et parmi le clergé, et qu'ils avaient séduit par leurs promesses. Commendoni découvrit le projet ainsi que les intrigues d'Uchanski et des hérétiques. Il résolut d'abord de dissimuler ce qu'il savait, ne voulant pas irriter un homme aussi considérable, qui se serait déclaré ouvertement pour les Protestants s'il avait pensé que ses desseins étaient découverts. Uchanski était d'autant plus à craindre, que le roi paraissait très disposé à assembler le clergé. Commendoni employa toute son intelligence et toute son habileté à combattre ces fâcheuses dispositions; il ne cessa de représenter au roi les périls que courait son autorité ainsi que la tranquillité publique; il lui dit que les concessions faites aux hérétiques et aux masses populaires entraîneraient la perte successive de tous les droits attachés à la couronne;—que si les lois, les ordonnances et les précédents suffisaient à peine à maintenir l'autorité royale, cette autorité serait bien plus compromise dès que l'on semblerait légitimer les mauvaises intentions des Réformistes. Commendoni rappela en outre que, deux ans auparavant, le roi de France, encore enfant, avait été entraîné par la faiblesse de sa mère et par les funestes conseils de ses ministres, à montrer la même condescendance en assistant au colloque de Poissy, comme s'il avait pu être l'arbitre des différends et des controverses de l'Église;—que cette assemblée avait été la source de grandes divisions et était devenue comme une trompette excitant le peuple à la révolte;—que les disputes soulevées par elle, n'avaient contribué qu'à envenimer la guerre civile.»

Ce fut ainsi que Commendoni parvint à dissuader le roi d'assembler un synode national. Ce prince aimait la tranquillité et ne craignait rien tant que les troubles et les révoltes dans ses États. C'est pourquoi, lorsque la question s'engagea au sein du sénat, il arrêta le débat et déclara qu'il n'avait point à intervenir dans les affaires de l'Église. Un grand nombre d'évêques et de sénateurs défendirent avec zèle, dans cette circonstance, la cause de la religion. (Vie de Commendoni, par Gratiani).

119: Jusqu'alors la Lithuanie et la Pologne n'étaient unies que dans leur souverain, lequel était héréditaire dans le premier de ces pays, et électif dans le second. En vertu de l'acte de 1569, le roi résigna ses droits héréditaires en Lithuanie et devint électif pour les deux pays, qui eurent également un corps législatif commun, bien que leur administration, leurs lois et leur armée demeurassent distinctes. Cette situation dura, sauf de légères modifications, jusqu'à la dissolution de la Pologne.

120: Cette union, bien connue dans l'histoire de l'Église sous le nom deConsensus Sandomiriensis, a été fréquemment racontée. Les relations les plus exactes se trouvent dans l'Histoire du Consensus de Sandomir, par J. E. Jablonski, et dans l'Histoire de l'Église de Bohême en Pologne, par F. Lukaszewicz (ces livres sont écrits en polonais). J'ai également donné quelques détails sur l'union de Sandomir dans monHistoire de la Réforme en Pologne, vol. I, chapitreIX.

121: Voici les noms des principales familles qui embrassèrent le Protestantisme auXVIesiècle: Radziwill, Zamoyski, Potoçki, Leszczynski, Sapiéha, Ostrorog, Olesniçki, Sieninski, Szafranieç, Tenczynski, Ossolinski, Jordan, Zborowski, Gorka, Mieleçki, Laski, Chodkiewicz, Melsztinski, Dembinski, Bonar, Boratynski, Firley, Tarlo, Lubomirski, Dzialynski, Sienlawski, Zaremba, Malachowski, Bninski, Wielopolski, etc.

122: John Johnstone naquit, en 1603, à Szamotuly ou Sambter, dans la Grande-Pologne. Son père, Siméon Johnstone, était un ministre protestant descendant des Johnstone de Craigbourne en Écosse. John étudia dans diverses écoles de son pays; il alla, en 1622, en Angleterre, puis en Écosse, où il demeura jusqu'en 1625; de là, il revint en Pologne. En 1625, il entreprit l'éducation de deux fils du comte Kurzbach, et habita avec eux à Lissa. En 1628, il se rendit en Allemagne, puis (1629) à Franeker, en Hollande, où il suivit les cours de médecine. Il se livra aux mêmes études à Leyde, à Londres et à Cambridge. De retour en Pologne, il devint le précepteur de deux jeunes nobles, Boguslav Leszczynski et Vladislav Dorohostayski, avec lesquels il visita Leyde et Cambridge, où il reçut le diplôme de docteur en médecine; il parcourut d'autres contrées de l'Europe et rentra en Pologne vers la fin de 1636. L'année suivante, il se maria, perdit sa femme, se remaria en 1638, et eut, de cette seconde union, plusieurs enfants. En 1642, les Universités de Francfort-sur-l'Oder et de Leyde lui offrirent leurs chaires de médecine; il refusa, préférant vivre dans son pays, et résida à Lissa, en qualité de médecin de son élève Boguslav Leszczynski. Les guerres de 1655 à 1660 le forcèrent à quitter la Pologne; il se retira en Silésie, près de Liegnitz, où il habita jusqu'à sa mort, arrivée en 1675. Son corps fut enseveli à Lissa. Voici les titres de ses principaux ouvrages:—Thaumatographia naturalis in X classes divisa, Amsterdam, 1632, 1633, 1661 et 1666;—Historia universalis, civilis et ecclesiastica, ab orbe condito ad 1633, Leyde, 1633 et 1638, Amsterdam, 1644, Francfort, 1672;—De naturæ constantiâ, etc., Amsterdam, 1632, traduit en anglais sous ce titre:the History of the constancy of nature, etc., Londres, 1657;—Systema Dendrologicum, Lissa, 1646;—Historia naturalis de Piscibus et Cetis, Francfort, 1646;—De quadrupedibus, avibus, piscibus, insectis et serpentibus, Francfort, 1650, 2 vol. Cette édition est très estimée, à cause des planches exécutées par le célèbre Merian.—Idea medicinæ universa praticæ, Amsterdam, 1652, 1664, Leyde, 1655;—Historia naturalis de Insectis, Francfort, 1653;—Historia natur. animal. cum figuris, 1657, etc., etc. Le grand nombre de ces ouvrages, qui eurent, de leur temps, une très haute réputation, prouve le mérite extraordinaire de John Johnstone.

123: Voici les titres des principaux écrits d'Hosius:Confessio catholicæ fidei christianæ, vel potius explicatio confessionis à patribus facta in synodo provinciali quæ habita est Petricoviæ, ann. 1551, Mayence, 1551. (Rescius dit que cet ouvrage a eu trente-deux éditions en diverses langues du vivant d'Hosius).—De expresso verbo Dei, 1567.—Propugnatio christianæ catholicæque doctrinæ, Anvers, 1559.—Confutatio prolegomenon Brentii, Anvers, 1565.—De communione sub utrâque specie.De sacerdotum conjugio.De Missâ vulgari lingua celebranda, etc. La meilleure édition de ces divers ouvrages est celle de Cologne, 1584. La vie d'Hosius, écrite par Rescius (Reszka), a été publiée à Rome en 1587.

124: Voyez dans les écrits d'Hosius,Epistola Carolo cardinali Lotharingo, etc.,Sublacio, 4 septembris 1572.

125: VoyezBayle, art.Hosius.

126: Le grand-maréchal avait la direction suprême du pouvoir exécutif.

127: Les débats de ce complot ont été décrits par le secrétaire de Commendoni. (VoirVie de Commendoni, par Gratiani, livreIV, c.III).

128: On appelait diète deconvocationcelle qui se réunissait après la mort du roi pour fixer l'époque et le lieu de l'élection, convoquer l'assemblée élective et adopter les mesures nécessaires pour maintenir la tranquillité dans le pays. Elle était toujoursconfédérée, c'est-à-dire que le sénat votait avec la chambre des députés et que les affaires étaient décidées à la majorité et non à l'unanimité des suffrages.

129: Ce prélat avait fort à cœur la Réforme de l'Église nationale, et il en entretint très activement le roi Sigismond-Auguste, dès 1555. C'était un homme aussi distingué par ses talents politiques que par ses idées éclairées en matière de religion. J'ai dit plus haut qu'il avait étudié à Wittemberg, sous Melanchton. Il compléta son instruction ecclésiastique à Rome, et, après son retour en Pologne, il fut nommé chanoine de Lowicz et archidiacre de Kalish. Il alla deux fois à Rome pour régler les affaires de l'Église polonaise, et il fut envoyé ensuite par Sigismond-Auguste, en qualité d'ambassadeur, auprès de l'empereur Maximilien II. À la cour de Vienne, il se lia intimement avec Étienne Batory, envoyé de Jean Zapolya, prince de Transylvanie; et lorsque Batory fut plus tard mis en prison par l'empereur, Krasinski fit les plus grands efforts pour obtenir sa liberté, et il y parvint.—Il contribua puissamment à opérer la fusion législative de la Lithuanie avec la Pologne, et il en fut récompensé par la dignité de vice-chancelier de Pologne, puis par sa nomination à l'évêché de Cracovie.

Cet évêché possédait un revenu très considérable, notamment la souveraineté du duché de Sévérie, auquel étaient attachées toutes les prérogatives royales (droit de battre monnaie, de conférer des titres de noblesse, etc.). Aussi les évêques de Cracovie laissaient-ils ordinairement de grandes richesses à leurs héritiers; mais Krasinski dépensa toute sa fortune dans l'intérêt de l'Église ou de l'État. Lorsque la Pologne, après le départ de Henri de Valois, fut envahie par les Turcs, il envoya à ses frais un corps de cavalerie pour grossir l'armée polonaise, et il reçut, à cette occasion, les remerciements de la diète.

Étienne Batory, élu roi de Pologne, aurait sans doute placé Krasinski à la tête de l'Église nationale; mais ce noble prélat mourut en 1579, à l'âge de cinquante-quatre ans. Le dernier acte de sa vie fut d'envoyer au roi, qui assiégeait alors Dantzick, un renfort de 50 cuirassiers et de 200 fantassins levés à ses frais. Il était déjà malade, et la nouvelle de sa mort arriva au camp en même temps que le corps de troupes dont il faisait don à son royal ami.

L'auteur de ce livre descend d'un frère de l'évêque Krasinski.

La famille des Krasinski s'enorgueillit de compter parmi ses membres un autre prélat illustre, Adam Krasinski, évêque de Kamiénietz, dont les efforts pour secouer le joug de l'invasion étrangère ont été retracés avec détail par l'écrivain français Rulhière (Histoire de l'Anarchie de la Pologne). Ce fut sur la proposition du même Adam Krasinski, que l'élection royale fut abolie et que l'hérédité du trône de Pologne fut proclamée par la célèbre constitution du 3 mai 1791.

130: Choisain, qui accompagnait Montluc et qui a écrit le récit de l'ambassade, dit que toutes les dames de Pologne, en parlant du massacre de la Saint-Barthélemy, versaient d'abondantes larmes, comme si elles avaient assisté à cette scène horrible.

131: «Il y avait déjà à Varsovie un grand nombre d'hommes d'armes et de nobles venus de toutes les parties du royaume avec leurs amis et leurs vassaux. La plaine où ils avaient établi leurs tentes et où devait se tenir la diète, présentait l'aspect d'un camp. On les voyait se promener avec de grands sabres au côté, et parfois marcher en troupes armées de piques, mousquets, arcs et flèches. Quelques-uns même avaient amené des canons et se retranchaient dans leur camp. On aurait pu croire qu'ils allaient à une bataille, et non à une diète; que tous ces préparatifs étaient destinés à la guerre et non à un conseil d'État; qu'il s'agissait plutôt de conquérir un royaume étranger que de disposer de la couronne nationale. Du moins, en présence de ce spectacle, il était permis de supposer que l'affaire serait plutôt décidée par la force des armes que par une discussion et par des votes.

»Mais ce qui me parut le plus extraordinaire, ce fut de voir que, au milieu de cette foule d'hommes armés, et à un moment où il n'y avait ni lois ni magistrats régulièrement établis, il ne se commit pas un meurtre, pas une épée ne sortit du fourreau. Ces grands débats, où il s'agissait de donner ou de refuser un royaume, se passèrent en paroles, tant la nation polonaise a horreur de verser son sang dans les guerres civiles!» (VoyezVie de Commendoni, par Gratiani, liv.IV, chap.X).

132: Popelinière,Histoire de France, 1581, vol. II, fol. 176, p.II.

133: Il n'y en avait pas un seul parmi eux qui ne parlât le latin; beaucoup savaient l'italien et l'espagnol, et quelques-uns parlaient le français très purement, et on aurait pu les prendre pour des hommes élevés sur les bords de la Seine et de la Loire plutôt que pour des riverains de la Vistule ou du Dnieper. Ils firent rougir nos courtisans, qui ne se contentent pas d'être très ignorants par eux-mêmes, mais qui affectent en outre d'être les ennemis déclarés de tout savoir... (De Thou, livre 56).

134: Popelinière reproduit le texte des remontrances adressées à Charles IX par les ambassadeurs polonais. Cette pièce n'a pas moins de quatre pages in-folio. (Voyez sonHistoire, vol. II, fol. 196 et suiv.). Les ambassadeurs pressèrent, en outre, le roi, de réclamer la liberté de la veuve de Coligny, détenue à Turin, et de réviser le procès de l'amiral, qui avait été condamné par un tribunal partial et inique.

135: Hosius envoya au roi Rescius, son confident (plus tard son biographe), et il lui rappela en outre, dans une lettre du 13 octobre 1573, «qu'il ne devait pas suivre l'exemple d'Hérode, mais bien plutôt celui de David, qui n'avait point cru devoir garder un serment irréfléchi. Il ne s'agissait pas d'un seul Nabal, mais de plusieurs milliers d'âmes qui pouvaient être livrées au diable. Le roi avait péché avec Pierre; il devait, comme Pierre, reconnaître son erreur et se convaincre que son serment ne pouvait le lier à l'iniquité. Il n'était pas nécessaire de le relever de son serment, attendu que, suivant toute loi, les actes irréfléchis sont nuls et non avenus...»

136: Les rois de Pologne disposaient d'un grand nombre de domaines connus sous le nom deStarosties, qu'ils étaient tenus de distribuer à des nobles qui les conservaient pendant leur vie. Ces dons, originairement concédés en récompense de services rendus, étaient appeléspanis bene merentium; mais comme le roi était entièrement libre de les distribuer à sa guise, il s'en servait dans l'intérêt de son autorité. Ils furent largement exploités par Sigismond III, qui les donnait à ceux de ses sujets qui abandonnaient le Protestantisme ou l'Église grecque pour se convertir à la cause de Rome.

137: Lukaszewicz,Histoire des Églises helvétiques de la Lithuanie, en polonais, 2 vol. in-8o. Posen, 1842, 1843.

138: André Volanus, né en Silésie, mais élevé en Pologne où il arriva dès sa jeunesse, était l'un des hommes les plus instruits de son temps. Protégé par Radziwill le Noir, il remplit avec talent d'importantes fonctions et reçut en récompense de vastes terrains. Il composa plusieurs ouvrages politiques; ce furent ses écrits contre les Jésuites et les Sociniens qui le firent surtout connaître. Il mourut en 1610.

139: Stanislas Sudrowski était un homme instruit et renommé pour ses vertus. Il fut ministre de l'Église de Genève et surintendant du district de Vilna. Il publia plusieurs ouvrages, dont l'un, intituléIdolatriæ Loyolitarum oppugnatio, excita à tel point le ressentiment des Jésuites, que ceux-ci demandèrent au roi que l'auteur et le livre fussent brûlés sur le même bûcher.

140:Lukaszewicz, vol. I, pages 47-85.

141: Le système d'éducation pratiqué par les Jésuites est admirablement décrit par Broscius, prêtre catholique, professeur de l'Université de Cracovie et l'un des hommes les plus éclairés de son temps, dans un livre publié en polonais vers 1620 sous ce titre:Dialogue entre un propriétaire et un curé.Cet ouvrage excita la colère des Jésuites qui, ne pouvant se venger sur l'auteur, s'en prirent à l'éditeur qui fut, à leur instigation, fouetté en place publique, puis banni. Voici un extrait de Broscius: «Les Jésuites enseignent aux enfants la grammaire d'Alvar, qui est très difficile et très longue à apprendre. Ils ont, pour cela, plusieurs raisons: 1oEn gardant long-temps leurs élèves dans les écoles, ils peuvent recevoir un plus grand nombre de présents. (Dans une autre partie de son ouvrage, Broscius a démenti que les Jésuites recevaient en dons volontaires des parents et des élèves une valeur supérieure à celle qu'eût produite le paiement régulier d'une pension); 2oIls peuvent connaître à fond le caractère de leurs élèves; 3oDans le cas où les amis de l'enfant voudraient le retirer de l'école, les Jésuites ont un prétexte pour le retenir, en disant qu'il faut au moins lui laisser le temps d'apprendre la grammaire, fondement de toute science; 4oIls gardent leurs élèves jusqu'à l'âge adulte, afin d'engager dans leur ordre ceux qui ont le plus de talent ou qui attendent les plus forts héritages. Lorsqu'un enfant n'a ni talent ni espérance de fortune, ils ne le retiennent pas. Et alors, le malheureux, incapable de rien faire, en est réduit à invoquer la charité des Jésuites, qui lui procurent quelque place subalterne dans la maison d'un de leurs patrons, et s'en servent ensuite dans l'intérêt de leur cause.»

142: Grotius s'exprime ainsi sur Sarbiewski: «Non solum equavit sed etiam superavit Horatium.» Non-seulement il égala, mais encore il surpassa Horace. Il y a assurément beaucoup d'exagération dans ce jugement.

143: Cette union fut accomplie par le mariage de Jagellon, grand-duc de Lithuanie, avec Hedwige, reine de Pologne.

144: Le professeur Bohlen de Kœnigsberg, a dit à l'auteur de ce livre que les paysans lithuaniens pouvaient comprendre des phrases entières de sanskrit.

145: Le Paganisme subsista cependant en Lithuanie long-temps après la conversion du roi, notamment dans la Samogitie, province voisine de la Baltique et située au sud de la Courlande; l'idolâtrie ne fut entièrement détruite dans cette province qu'en 1420. En 1390, Henry IV d'Angleterre, allié aux chevaliers allemands de la Prusse, prit part à une croisade contre la Lithuanie, que l'on considérait encore comme païenne, bien qu'elle eût reçu le baptême depuis quatre ans. Henry combattit sous les murs de Vilna contre les Lithuaniens et les Polonais, et il tua dans un combat singulier le prince Czartoryski, frère de Jagellon. Ce fait est rapporté dans les chroniques lithuaniennes et par Walsingham, qui dit que: «Henry tua le frère du roi de Pologne.»

146: «Nous désirons que vous considériez nos conseils et nos exhortations comme une preuve de l'intérêt que nous vous portons ainsi qu'à l'Église catholique. Sans méconnaître que notre principal devoir est de soutenir la cause de l'Église universelle, nous devons ajouter que notre patriotisme (erga publicum bonum zelus) nous inspire d'autant plus d'affection pour votre personne que vous vous montrez mieux disposé à l'égard de la sainte Église. Les Catholiques se réjouiront en voyant l'Union s'accomplir sous la direction sage et habile d'un chef tel que vous, et en même temps ce sera pour vous un grand honneur de siéger, comme primat de l'Église orientale, à côté du primat du royaume (l'archevêque de Gniezno). Cependant, il ne pourra en être ainsi tant que vous dépendrez d'un patriarche sujet des infidèles, tant que vous entretiendrez le moindre rapport avec lui: car le respect ainsi que la raison d'État (ratio status) ne permettra ni aux rois ni aux États du royaume de vous accorder ce privilége. Comment les provinces polonaises, qui suivent les rites de l'Église d'Orient, seraient-elles moins favorisées que la Russie qui a son patriarche particulier? Vous avez déjà rompu avec succès la première glace, en acceptant votre dignité; vous n'avez point réclamé la bénédiction du patriarche de Constantinople; vous pouvez agir, à l'avenir, selon les mêmes principes. Que les obstacles ne vous effraient pas (non terreant); la plupart sont déjà surmontés; quant aux autres, la persévérance et l'habileté en auront bientôt raison. Déjà l'élection des évêques et des métropolitains a été enlevée aux nobles qui épiaient nos tentatives et qui les eussent surveillées encore de plus près: peut-être même chercheront-ils à vous créer des embarras pour l'accomplissement de nos desseins. Certes, c'est par la grâce de la Divine Providence que vous avez été élu sans leur concours et que vous vous êtes maintenu malgré leur hostilité. Vous avez en Pologne et en Lithuanie des alliés particuliers (privatim clientelas) et un parti puissant qui vous soutient: l'Église entière vous viendrait en aide aux jours de danger. Qui pourrait vous détrôner (thronum reposcet), si, à l'exemple des prélats d'Occident, vous choisissez un coadjuteur destiné à vous succéder, prêt à marcher sur vos traces et investi à l'avance de la protection royale? Du reste, ne vous inquiétez ni du clergé ni de la populace. Quant au clergé, voici comment vous le maintiendrez dans le devoir:—Nommez aux emplois vacants, non point des hommes considérables qui seraient indisciplinés, mais des hommes simples, pauvres et complètement soumis. Renversez et privez de leurs bénéfices, sous un prétexte ou sous un autre, tous ceux qui vous seraient hostiles, et donnez leur place et leurs revenus à des hommes de confiance. Exigez de chacun d'eux le paiement exact de la somme qu'ils doivent à votre dignité; ayez soin que la richesse ne les rende trop indépendants: changez-les de résidence, s'il en est besoin; confiez-leur des missions honorifiques qu'ils auront à remplir à leurs frais. Ayez toujours auprès de vous plusieursprotopapas(degré supérieur à celui des prêtres de paroisse) et enseignez-leur vos principes. Taxez les prêtres de paroisse dans l'intérêt de l'Église et ayez soin qu'ils ne se réunissent jamais en synodes sans votre autorisation. Pour les laïques, continuez à agir, comme par le passé, très prudemment (prudentissime), afin qu'ils ne puissent pas découvrir votre plan. En cas de dissentiment, ne les attaquez pas d'une manière trop ouverte; si la bonne harmonie se maintient, usez de tous vos moyens pour séduire leurs chefs en leur rendant quelques services, ou par des cadeaux. Les cérémonies de Rome ne doivent être introduites que par degrés dans votre Église. Il ne faut pas négliger les occasions de disputes et de controverses avec l'Église d'Occident, afin de dissimuler vos desseins et de détourner l'attention des nobles aussi bien que du bas peuple. On peut ouvrir des écoles séparées pour leurs enfants pourvu que ceux-ci puissent fréquenter les Églises catholiques et compléter leur éducation dans nos établissements. Le mot Union ne doit jamais être prononcé, il faut employer un autre terme; ceux qui conduisent les éléphants évitent de porter des vêtements rouges. En ce qui touche particulièrement les nobles, faites-leur un cas de conscience de n'avoir aucun rapport avec les hérétiques, et de seconder toujours et partout les Catholiques romains pour extirper l'hérésie. Dans notre pensée, ce conseil est de la plus haute importance; car, tant que les hérétiques ne seront pas exterminés, il n'y aura jamais concorde et union entre les Églises Grecque et Catholique. Comment les sectateurs de l'Église d'Orient pourraient-ils se soumettre à l'autorité du Saint-Père, tant qu'il y aura en Pologne des hommes qui, après avoir appartenu à l'Église d'Occident, ont renié la suprématie de Rome? Enfin, fiez-vous à Dieu, puis au roi qui dispose des bénéfices spirituels (beneficiorum spiritualium), aux propriétaires qui, jouissant du droit de patronage (jus patrionatus), n'en useront qu'au profit des Unionistes. Comptez sur le succès. Quant à nous, nous vous aiderons non-seulement de nos prières, mais encore de nos travaux pour défricher la vigne du Seigneur.» (Extrait d'une lettre adressée par le collége des Jésuites de Vilna à l'archevêque Rahoza.)Lukaszewicz, vol. I, p. 70.

147: Voici comment s'exprime Sapiéha dans sa lettre datée de Varsovie, 12 avril 1622:—«Par l'abus de votre autorité, par vos actes contraires aux lois du pays et aux préceptes de la charité, vous avez répandu partout de dangereuses étincelles qui peuvent allumer l'incendie. L'obéissance aux lois est plus nécessaire que l'union avec Rome. Vos manœuvres imprudentes portent atteinte à la dignité du roi. Sans doute, il est désirable qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et un seul pasteur; mais il faut tendre à ce but avec réflexion et ne point user de violence. C'est par la charité, non pas par la force, que l'Union peut être accomplie; aussi n'est-il pas surprenant que votre autorité rencontre une si vive opposition. Vous m'informez que votre vie est en danger: je crois que c'est par votre faute. Vous me dites que vous êtes prêt à imiter les anciens évêques dans leurs souffrances: cette imitation est louable, et vous devriez prendre pour modèle la piété, la sagesse et la douceur des nobles pasteurs. Lisez leurs vies et vous n'y trouverez pas le récit de poursuites devant les tribunaux d'Antioche ou de Constantinople; tandis que toutes les cours de justice ne sont occupées que de procès intentés par vous.—Vous dites que vous devez vous défendre contre la sédition. Le Christ a été persécuté, et, loin de chercher à se défendre, il priait pour ses persécuteurs; ainsi deviez-vous agir, au lieu de répandre des écrits injurieux ou de proférer des menaces inconnues des apôtres. Vous vous attribuez le droit de dépouiller les schismatiques et de leur couper la tête; les Écritures enseignent le contraire. Cette Union a produit de grands maux. Vous violentez les consciences, vous fermez les églises, en sorte que les Chrétiens meurent comme les infidèles, sans prières et sans sacrements. Vous abusez, sans autorisation, des prérogatives du souverain. Quand vos actes provoquent des troubles, vous nous écrivez qu'il faut proscrire les adversaires de l'Union. Dieu veuille que notre pays ne soit point déshonoré par cette politique impitoyable! Qui donc avez-vous converti par vos rigueurs? Vous avez mécontenté les Cosaques, fidèles jusqu'à ce jour; vous avez changé les brebis en boucs; vous avez mis le pays en péril; peut-être même avez-vous détruit le Catholicisme. L'Union n'a produit que discordes et querelles. Il eût mieux valu qu'il n'en fût pas question. Maintenant, je vous informe que, par l'ordre du roi, les églises doivent être ouvertes et rendues aux Grecs pour que ceux-ci puissent y accomplir le service divin. Nous n'empêchons pas les Juifs et les Musulmans d'avoir leurs temples, et cependant vous fermez les églises chrétiennes? Je reçois de toutes parts des menaces de rupture. L'Union nous a déjà enlevé Starodoub, Sévérie et d'autres villes. Il ne faut pas qu'elle entraîne notre ruine complète.»—Cette condamnation de la conduite de l'évêque est d'autant plus remarquable, que Sapiéha, né et élevé dans la foi protestante, s'était plus tard converti au Catholicisme. Léon Sapiéha a servi très utilement son pays comme chancelier et commandant en chef des troupes en Lithuanie. Le code des lois, composé sous sa direction, était très populaire, et lorsqu'il fut aboli par l'empereur actuel dans les provinces polonaises de la Russie, les gouvernements de Tchernigoff et de Poultava (démembrés de la Pologne auXVIIesiècle), obtinrent, à titre de grâce spéciale, la faculté de le conserver.

148: Heydensteyn dit que cette émeute fut causée par des Écossais, qui avaient alors une Congrégation considérable à Cracovie. Ayant commencé, selon lui, à soutenir une thèse publique sur la religion, ils se prirent de querelle avec leurs adversaires, et, emportés au plus haut degré par leperfervidum scotorum ingenium, ils tuèrent quelques-uns de ces derniers. Le contemporain Thuanus fait voir distinctement la main des Jésuites dans cet évènement. Le jésuite Skarga, qui a publié un pamphlet à cette occasion, accuse les Protestants d'avoir pris l'offensive, et soutient en même temps que ce qui existait illégalement pouvait être détruit sans injustice; et telle était la position, à ses yeux, de l'Église protestante de Cracovie, puisque les évêques, à qui revient, de droit divin, toute appréciation locale en matière de foi religieuse, n'avaient pas autorisé l'érection de ce monument. En conséquence de cette doctrine, tout établissement religieux, fondé sans l'approbation du clergé catholique, n'a pas d'existence légale.

149: Afin de prévenir de si graves abus, Krolik, bourgeois de Cracovie, fit construire, à quelques pas de l'église de Wielkanoç, village peu éloigné de cette ville, une maison où les Protestants malades pussent se réfugier pour mourir en paix et à l'abri de la tyrannie catholique.

150: Une traduction polonaise de l'apostille deScultetus, ouvrage très populaire chez les Protestants d'Allemagne, est dû à Jean Potoçki, qui en fit à ses filles une dédicace, empreinte d'un sentiment de piété fervente et sincère.

151: Jean Zamoyski naquit en 1541. Il fut envoyé à Paris à l'âge de douze ans, et attaché à la cour du dauphin (François II, époux de Marie d'Écosse), qu'il laissa bientôt pour l'Université. Il poursuivit ensuite ses études à Strasbourg et à Padoue, où, conformément à un ancien usage de nommer, chaque année, un des étudiants recteur ouprinceps juventutis literatæ, ses camarades lui décernèrent cette distinction. Il avait vingt-deux ans quand il publia un traitéde Senatu Romano, Venise, 1563, ouvrage très estimé des classiques, et tiré à plusieurs éditions. Il fit paraître, peu de temps après, deux nouveaux opuscules:De constitutionibus et immunitatibus almæ universitatis Patavinæ, etDe perfecto senatore syntagma. Le roi Sigismond-Auguste prit un vif intérêt à la personne de Zamoyski, et lui confia, à son retour en Pologne, la tâche importante, mais pénible, de classer les archives nationales; ce travail, accompli en trois laborieuses années, lui valut, à titre de rémunération, une richestarostie(sorte de dotation viagère en biens fonds). Cet important service, joint à la jeunesse, aux talents et au caractère de celui qui l'avait rendu, le recommanda avantageusement à l'attention de ses concitoyens; mais son influence devint immense, quand, à la mort de Sigismond-Auguste, il proposa, avec un succès d'enthousiasme, de soumettre l'élection du monarque, non à la décision d'une diète, mais aux votes directs des nobles ou électeurs. Cette mesure le rendit très populaire parmi la petite noblesse, mais elle constituait évidemment une erreur funeste de la part de Zamoyski, en ce qu'elle livrait le plus haut intérêt de l'État à une multitude, souvent animée des intentions les plus pures, mais facile à égarer sur les pas d'un meneur artificieux, quand une affaire de cette importance aurait exigé la mûre délibération des citoyens les plus recommandables par leurs lumières et par leur caractère. Zamoyski s'aperçut plus tard de la faute qu'il avait commise, et il essaya, en 1589, de revenir sur le mode d'élection du souverain, mais ses efforts furent paralysés par un parti contraire.

Zamoyski fut l'un des délégués qui vinrent à Paris pour annoncer à Henri de Valois son élection au trône de Pologne, et après la fuite de ce monarque, il devint l'un des plus ardents promoteurs de l'avènement d'Étienne Batory. Le nouveau roi récompensa ce service de Zamoyski, en le nommant chancelier de la couronne, et il se fit accompagner par lui, en cette qualité, pendant sa mémorable campagne de Moscovie, en 1579-1582. Quand Batory fut forcé de revenir dans sa capitale, il laissa le commandement de l'armée à Zamoyski, qu'il créahetman, ou grand-général des forces polonaises. Étranger à la vie des camps, ce grand homme poussa cependant la campagne avec la vigueur et l'habileté d'un guerrier consommé, jusqu'à la paix qui vint la couronner. Il se vit encore élever à la dignité de castellan de Cracovie, ou premier sénateur séculier, et réunit ainsi dans sa personne les plus hautes distinctions civiles et militaires. Son immense popularité, jointe à tant d'élévation, le porta à un degré de pouvoir et d'influence, auquel n'a peut-être jamais atteint un sujet dans aucun autre pays, si ce n'est en Angleterre le grand comte de Warwick, surnommé le faiseur de rois.

Ce fut, comme nous l'avons dit dans le texte, entièrement par l'influence de Zamoyski, que Sigismond III fut élu en opposition de l'archiduc Maximilien, fils de l'empereur Rodolphe, qui était soutenu par un parti puissant. Maximilien s'avança en Pologne pour soutenir ses prétentions à main armée; mais il fut vaincu et fait prisonnier par Zamoyski, qui le retint captif jusqu'à ce qu'il eût renoncé solennellement à ses prétentions au trône de Pologne. Zamoyski s'aperçut bientôt que l'élection de Sigismond III, issue de son appui, n'était rien moins qu'avantageuse à son pays, et il opposa tous les contrepoids de sa puissance aux tendances de ce funeste règne. Il alla plusieurs fois en personne défendre les frontières menacées, et résolut de consacrer toute l'énergie de son patriotisme à lutter contre la politique de plus en plus fatale de Sigismond III, et, en particulier, contre l'influence de l'Autriche, soutenue par les Jésuites aux dépens des intérêts de la nation. Enfin, quand il eut épuisé toutes les représentations, sans que le roi cessât de se livrer à une foule d'actes en violation directe de la Constitution et attentatoires à la dignité nationale, Zamoyski qui, en sa qualité de chancelier, était le premier gardien des libertés publiques, se détermina à gourmander publiquement le roi, au milieu d'une diète assemblée. Il s'approcha du trône et commença par lui reprocher, dans un langage animé, ses fautes d'omission et de commission; il conclut en déclarant que s'il voulait continuer à violer la Constitution, il courait risque de perdre sa couronne... Sigismond, enflammé de colère, se leva de son trône et saisit son épée; mais Zamoyski s'écria:Rex! non move gladium, ne te Caïum Cæsarem nos Brutos sera posteritas loquatur. Sumus electores regum destructores tyrannorum. Regna, sed non impera![151-A]Cet évènement date de 1608, et Zamoyski, qui était alors âgé de soixante-quatre ans, mourut peu de temps après. Mécène dans sa sphère, il fonda, sur ses domaines patrimoniaux, à Zamostz, une académie dont il confia les chaires à de savants professeurs, à l'exclusion des Jésuites. Il établit aussi au même endroit, une imprimerie d'où sont sortis beaucoup de livres précieux, entre autres un ouvrage accueilli avec la plus grande faveur, et qui, bien que publié sous le nom de son ami Burski, est considéré généralement comme l'œuvre de Zamoyski lui-même, ou tout au moins comme une composition faite d'après ses notes. Cet ouvrage a pour titreDialectica Ciceronis quæ dispersè in scriptis reliquit maximè ex stoïcorum sententia, etc., etc. 1604.

Le contemporain Thuanus paye un juste tribut d'éloge à Zamoyski. Ses descendants occupent encore une haute position dans leur pays natal, et sont honorablement connus à l'étranger.

151-A: Roi! ne tire pas l'épée, de peur qu'une postérité reculée ne te nomme Caius César, et nous des Brutus. Nous faisons les rois, nous immolons les tyrans. Règne, mais ne commande pas.

152: Le prince Christophe Radziwill était fils de Christophe Radziwill, palatin de Vilna ethetmanou grand-général de Lithuanie, qui s'était distingué par de nombreux faits d'armes, et petit-fils de Radziwill Rufus. La notice suivante sur sa vie est extraite d'un ouvrage sur la noblesse polonaise, du jésuite Niesieçki, que nous avons déjà cité, et à qui il faut rendre cette justice, qu'il reconnaît avec impartialité, comme son coreligionnaire bohémien Balbinus, le mérite de beaucoup de ses concitoyens, dont il condamne les croyances:—«S'étant joint, à la tête d'une troupe considérable des siens, au grand-hetman Chodkiewicz (célèbre guerrier), il se comporta si brillamment contre les Suédois, que ce chef, frappé de ses talents militaires et de sa rare intrépidité, obtint pour lui la dignité de hetman-de-camp ou général-de-camp (second en commandement). Plus tard, dans le temps que Chodkiewicz était occupé à repousser les Turcs, les Suédois envahirent inopinément la Livonie et s'emparèrent de Riga. Radziwill, ayant réuni tout ce qu'il put de troupes polonaises, harcela l'ennemi et remporta sur lui plusieurs avantages; mais, privé de tous renforts, il dut renoncer à lutter, avec une poignée de soldats, contre les forces débordantes des Suédois, qui envahirent la Lithuanie et prirent son propre château de Birzé. Il parvint cependant, malgré l'infériorité des siennes, à arrêter leurs progrès dans cette province. Ces maux étaient l'ouvrage de quelques flatteurs de la royauté, qui ne pouvaient voir sans envie les exploits de cet homme distingué et le calomniaient auprès du souverain, de telle sorte que la dignité de grand-hetman de Lithuanie, devenue vacante par la mort de Chodkiewicz, ne fut pas conférée, comme elle eût dû l'être, au guerrier qui avait si bien mérité de sa patrie. Malgré cette marque de défaveur royale, Radziwill reçut les remercîments de la diète, pour sa courageuse défense de la Lithuanie. Il ne prit néanmoins aucune part aux affaires militaires, pendant le règne de Sigismond III; mais, après l'avènement de Vladislav IV, il fut fait grand-hetman et palatin de Vilna. Il conclut un traité de paix avec la Moscovie en 1634, et fit ensuite, contre les Suédois, une expédition qui se termina bientôt de la même manière. Radziwill était fort dans l'action et puissant au conseil. Il mourut, en 1640, l'un des fervents défenseurs des doctrines de Genève.»—Niesieçki, vol. VIII, p. 54, édit. de 1841.

Radziwill se montra, en effet, tout dévoué aux intérêts de la religion réformée, comme son père et son aïeul, dont les richesses immenses et les hautes dignités lui étaient dévolues avec le mérite et les vertus patriotiques qui les distinguaient. Il publia à ses frais une nouvelle édition de la Bible, précédée d'une dédicace à son souverain, dans laquelle il déclarait, au nom de ses coreligionnaires, qu'ils étaient prêts à comparaître devant l'oint du Seigneur, et à rendre compte de leur croyance en s'appuyant, non sur les traditions humaines, mais uniquement sur les Écritures illuminées de l'Esprit-Saint. Bien qu'il n'employât aucune expression aussi énergique que celles dont son prédécesseur Radziwill le Noir s'était servi dans sa dédicace de la même Bible à Sigismond-Auguste, il en parlait comme d'un précédent à la sienne. L'abolition de l'Église et de l'école protestantes de Vilna, fondées par les ancêtres de Radziwill, et dont tous ses efforts n'avaient pu prévenir la perte, vint briser le cœur du vieux guerrier, qui avait consacré sa longue carrière au service de son pays, soit en le défendant contre les attaques du dehors, soit en luttant contre l'hostilité plus dangereuse encore des dévots conseillers du monarque. Son fils Janus, palatin de Vilna et grand-hetman de Lithuanie, vaillant soldat et général habile, rendit de grands services à son pays pendant la guerre des Cosaques (1648-54). Il défit plusieurs fois ces rebelles, qui avaient ravagé beaucoup d'autres provinces, et mit la Lithuanie à l'abri de leurs incursions. Au temps où Charles-Gustave de Suède, secondé par un grand nombre de mécontents, envahit la Pologne en 1655, et força le roi Jean-Casimir à quitter le territoire de la République (Voir le chapitre suivant.), la Lithuanie fut tout-à-coup inondée par une immense armée moscovite, que le czar envoyait en aide aux Cosaques révoltés. Les Lithuaniens, placés dans cette extrémité, reconnurent le roi de Suède pour leur souverain héréditaire et se déclarèrent indépendants de la Pologne. Cela eut lieu en vertu d'un traité conclu à Kiéydany le 18 août 1651, et signé en faveur de la Lithuanie par le prince Janus Radziwill, l'évêque de Samogitie et un autre sénateur catholique. Ce fut donc une affaire purement politique et étrangère à la religion, négociée, non dans l'intérêt particulier des Protestants, mais en considération de la position des Lithuaniens en général, qui ne pouvaient se soustraire au joug d'un ennemi barbare et cruel, qu'en reconnaissant la souveraineté d'un monarque dont l'autorité s'étendait déjà à une grande partie de la Pologne. Cependant, chose étrange à dire! beaucoup d'écrivains mettent toute cette affaire sur le compte du protestantisme de Radziwill, et accusent les Réformés d'avoir frayé le chemin aux Suédois, bien qu'un simple exposé des faits démontre le contraire. Ce n'est là, toutefois, qu'un exemple isolé de la partialité avec laquelle un grand nombre d'auteurs ont traité les protestants polonais, pour n'avoir pas été meilleurs en définitive que leurs concitoyens catholiques, tandis que les services importants, rendus à la nation par les célébrités du Protestantisme, guerriers et hommes d'État, sont le plus souvent enregistrés sans aucune allusion à leur foi religieuse, de manière à laisser croire à la majorité des lecteurs, que la catholicité revendique la gloire de ces grands hommes. Il est très remarquable que beaucoup d'écrivains polonais, fort indifférents d'ailleurs en matière de Papisme, n'aient pu se défendre d'une sorte de prévention involontaire contre les Protestants; et cela prouve peut-être, plus que toute autre chose, la vérité de la maxime: «Calumniare fortiter semper aliquid hæret», principe dont les Jésuites ont fait une large application à leurs adversaires vivants ou morts.

Le prince Janus Radziwill mourut en 1655, peu de temps après l'affaire dont nous venons de parler. Il laissa un seul enfant, une fille, qui se maria à son cousin, le prince Boguslav Radziwill, le dernier Protestant de sa famille, mort en 1660. Celui-ci eut une fille, la princesse Louise, qui épousa un prince de Brandebourg, fils du grand-électeur, et après la mort de son premier mari, le prince palatin de Neubourg. La maison royale de Bavière descend de cette princesse, et de là vient que tous les Radziwill naissent chevaliers de l'ordre bavarois de Saint-Hubert.

153: «Subter finem ejusdem anni (1616) decesserat quoque cubili regii præfectus Andreas Bobola, octogenarius. Homo rudis, morosus, promotus ad illud officium patrocinio sacerdotum Societatis Jesu, quod illis in omnibus consentiret. Undè utrique, conjuncta opera, in privatis colloquis, quæ ipsis semper patebant, sollicitantes regem adeo constrixerant, ut omnia consiliis eorum ageret; et aulicorum spes et curæ, non nisi ab eorum favore penderent, quem et in publicis negotiis, isti suggerebant, quid rex decerneret, tanto majori reipublicæ periculo, quod ad hujusmodi familiaritatem regis assumebantur personæ (præsertim confessor et concionator) a scholiis vel a magisterio novitiorum religiosorum, rerum et status politiæ prorsùs expertes. Hæc que causa unica fuit errorum, non in domesticis solum, sed in publicis, ut Moschicis, Suecis, Livonicisque, regis rationibus, et tamen sacrilegii crimen reputabatur, si quis tamen eorum dicta factave reprehendisset, et nemini quid non ipsis applauderet, facilis ad dignitates aditus patebat.» (Chronica Gestarum in Europa.Cracovie, 1648, ad ann. 1616).

154: La dénomination d'Ukraine, qui signifie littéralement confins, fut donnée aux provinces de la Pologne limitrophes de la Moscovie et de la Turquie, soumises aujourd'hui à la Russie. Nous avons parlé des Cosaques qui habitaient la province polonaise de ce nom.

155: Pierre Mohila était fils d'un prince régnant de Moldavie, et allié de près aux premières familles de Pologne. Il fit ses études à l'Université de Paris, et servit ensuite avec distinction dans les rangs de l'armée polonaise pendant la guerre de Turquie de 1621. Entré au giron de l'Église en 1628, il fut élu archevêque de Kioff en 1633. Il publia plusieurs ouvrages, dont le plus remarquable est sonExposé de la foi de l'Église d'Orient, qui avait été approuvé par tous les patriarches grecs. Ce livre fut publié en polonais à Kioff, en 1637. Il a été imprimé plusieurs fois en grec, et traduit en latin par le savant Suédois Laurentius Normann, évêque de Gottenbourg. Il y en a aussi une traduction allemande.

156: Les troupes suédoises, qui avaient observé tout d'abord une discipline rigoureuse, se rendirent coupables des excès les plus odieux quand le pays se souleva contre elles, et se livrèrent alors à des actes de férocité contre plusieurs membres du clergé catholique. Les Protestants payèrent pour l'ennemi. Un certain nombre de ministres et d'autres individus attachés à la Confession de Bohême, furent mis à mort, et leurs églises réduites en cendres, sans compter celle de Lissa, avec une école célèbre. Il existe un manuscrit intéressant à la bibliothèque archiépiscopale de Lambeth:Ultimus in protestantes Confessionis Bohemiæ ecclesias Anti-Christi furor, par Hartmann et Cyrille, ecclésiastiques protestants et professeurs de l'école de Lissa, qui s'intitulent «les exilés du Christ,» et qui furent envoyés en Hollande et dans la Grande-Bretagne pour solliciter, en faveur de leurs frères en détresse, des secours qui leur furent généreusement accordés par les Protestants de ces contrées. Le manuscrit renferme une description de la barbarie révoltante déployée contre les Protestants, sans égard à l'âge ou au sexe, et se termine par les motsdolor vetat plura addere. On avait aussi composé, d'après cet original, un document imprimé, soumis par les délégués à Cromwell, qui les autorisa, en vertu d'une ordonnance datée du 2 mai 1659, à organiser des souscriptions par tout le pays.

157: L'ouvrage de M. Lukaszewicz contient toute la procédure criminelle relative à cette affaire.

158: Ce prélat ne doit être confondu avec aucun de ceux précédemment nommés en note.

159: Salvandy,Histoire de Pologne sous Jean Sobieski, vol. III, p. 388.

160: Leduchowski était un gentilhomme, possesseur d'une fortune considérable, mais entièrement exempt d'ambition. Il ne prit aucune part à la lutte entre Auguste II et Stanislas Leszczynski, et s'étant soustrait aux fureurs de ces deux monarques, il continua à vivre dans ses domaines. Investi au plus haut degré de la confiance de ses concitoyens, il fut élu à plusieurs emplois publics. Privé d'enfants, il fit un testament par lequel il léguait ses biens à des collatéraux, à l'Église et aux pauvres. Mais quand il vit le pays en danger, son patriotisme l'emporta sur ses affections de famille et sur ses intentions religieuses et charitables; il annula ses dispositions testamentaires, et consacra toute sa fortune à l'entretien des troupes de la Confédération. Son patriotisme était pur de toute haine politique ou personnelle, et il résista constamment à ceux qui voulaient détrôner le roi, ne comprenant, pour son compte, d'autre but à poursuivre que la paix et la liberté de sa patrie. (V. Ruihière,de l'Anarchie de Pologne, t. II.) Tel fut ce patriote éminent, le dernier qui se leva en faveur des droits de ceux de ses concitoyens dont la croyance n'était pas la sienne. Le sentiment religieux qui présidait à la libre disposition de ses biens quand les besoins du pays n'en réclamaient pas le sacrifice, prouve suffisamment que la noblesse de ses procédés, en cette circonstance, ne découlait pas d'une indifférence religieuse, improprement appelée philosophique.

161: Strimesius, auteur protestant, dit que le nonce du pape à la cour de Pologne désapprouva l'affaire de Thorn, et défendit aux Jésuites de faire le serment requis pour l'exécution de la sentence. On dit aussi que le même nonce apostolique avait obtenu un délai en faveur des condamnés, mais que lorsque l'ordre de surseoir parvint à Thorn, il était trop tard, et qu'il transmit à Rome une accusation contre les Jésuites.

162:Lukaszewicz, vol. I, p. 351, donne la teneur tout entière de cette lettre pastorale.

163: Lelevel,Histoire du règne de Stanislas Poniatowski.

164: Ce fait est constaté par Rulhière, que l'on ne saurait taxer de partialité pour les Protestants. (V. sonHistoire de l'Anarchie de Pologne, vol. II, p. 352, édition de 1819). Et il est avéré qu'ils regrettèrent amèrement de s'être faits les instruments de l'influence étrangère.

165:Histoire de la Réformation en Pologne, vol. II, pages 422-534.

166: L'auteur contemporain Walch, zélé Protestant, est de la même opinion. (Voir sonNeuere Kirchen Geschichte, vol. VII).

167: Ils se distinguent des paysans voisins par une meilleure éducation, chacun d'eux sachant lire et écrire, ainsi que par la supériorité de leurs mœurs et par leur aptitude au travail.

168: Les sentiments de ce souverain étaient sans doute aussi bienveillants que ses vues étaient libérales et éclairées; mais une influence occulte semble avoir jeté un voile sur cet esprit d'élite, dans les dernières années de son règne.

169: Nous avons dit que Kiéydany se faisait remarquer par une Congrégation écossaise très importante.

170: Coménius naquit, en 1592, à Komna, en Moravie, d'où il tire son nom. Après avoir étudié dans plusieurs Universités, il devint, en 1618, pasteur et maître d'école à Fulnek, ville de sa province. Il avait conçu de bonne heure une nouvelle méthode d'enseignement des langues; il publia quelques essais et prépara sur ce sujet quelques papiers qui furent détruits en 1621, avec sa bibliothèque, par les Espagnols, qui s'étaient rendus maîtres de la ville où il résidait. La proscription de tous les ministres protestants de Bohême et de Moravie, par l'édit de 1624, força Coménius, avec beaucoup d'autres, à chercher un asile en Pologne, où il fut nommé recteur de l'école de Leszno et chef de la petite Église des Frères Moraves. Il publia, en 1631, saJanua linguarum reserata, c'est-à-dire la Porte des Langues, qui valut rapidement à son auteur une réputation prodigieuse; Bayle dit avec raison que ce livre seul eût suffi pour immortaliser Coménius, car il fut traduit et publié pendant sa vie non-seulement en douze langues européennes, en latin, en grec, en bohémien, en polonais, en allemand, en suédois, en hollandais, en anglais, en français, en espagnol, en italien et en hongrois, mais encore en plusieurs langues orientales, telles que l'arabe, le turc et le persan. On peut ajouter que cet ouvrage établit aussi la réputation de Leszno, où il parut pour la première fois, après avoir été composé pour son école. La réputation de Coménius engagea le gouvernement suédois à lui offrir la mission de réglementer les écoles de ce royaume; mais, préférant sa résidence à Leszno, il promit seulement d'aider de ses avis ceux que ce gouvernement emploierait à cette tâche. Il traduisit ensuite en latin une nouvelle méthode d'instruction pour la jeunesse, qu'il avait écrite en bohémien. Cette traduction parut à Londres en 1639, sous le titre dePansophiæ prodromus. Une traduction anglaise en fut faite par J. Collier, qui lui donna pour titreles Avant-coureurs du savoir universel(Londres, 1651). Cet ouvrage augmenta sa réputation à un tel point, que le Parlement anglais l'invita, en 1641, à venir coopérer à la réforme de l'école de ce pays. Il arriva à Londres en 1641 mais la guerre civile qui éclata dans la Grande-Bretagne empêcha d'utiliser ses talents; il tourna ses pas vers la Suède, où sa présence était sollicitée par de hauts personnages. Après plusieurs conférences avec le chancelier Oxenstiern, il fut décidé qu'il s'établirait à Elbing, ville de la Prusse polonaise, et qu'il composerait dans cette résidence un ouvrage sur sa nouvelle méthode d'enseignement, à l'aide d'une rémunération considérable qui lui permît de consacrer son temps tout entier à la recherche des méthodes générales propres à faciliter l'éducation et l'instruction de la jeunesse. Après quatre ans consacrés à cette occupation, il revint en Suède et soumit son manuscrit à une commission chargée de l'examiner; il fut déclaré digne d'être imprimé quand il serait achevé, mais nous ignorons s'il a jamais été publié. Il passa encore deux ans à Elbing, et retourna ensuite à Leszno, en 1650. Il se rendit en Transylvanie, où le prince régnant, Étienne Ragodzi, l'avait invité à venir réformer les écoles publiques. Il fit un règlement pour le collége protestant de Saros-Patak, conformément aux principes de sonPansophiæ prodromus. Après une résidence de quatre ans en Transylvanie, il revint à Leszno et présida aux destinées de son école jusqu'à la destruction de cette ville. Il s'enfuit en Silésie, et, après avoir erré dans différentes parties de l'Allemagne, il s'établit définitivement à Amsterdam, où il mourut, en 1691, dans la prospérité.

Outre les ouvrages déjà mentionnés, Coménius a écritSynopsis Physicæ ad Lumen divinum reformatæ, Amsterdam, 1641, publié en anglais en 1652;Porta sapientiæ reserata, seu nova et compendiosa methodus omnes artes ac scientias addiscendis, Oxoniæ, 1637, et plusieurs autres ouvrages. Son vaste savoir ne l'empêcha pas de sacrifier à la superstition de son époque. Il devint l'un des fermes croyants de toutes ces prophéties qui circulaient parmi les Protestants d'Allemagne, de Bohême et de Moravie, sur la venue immédiate du Millenium, la révolution, la chute de l'Antechrist, c'est-à-dire le Pape, et qui étaient le produit d'imaginations exaltées par la persécution. Il réunit et publia à Amsterdam, en 1657, dans un ouvrage intituléLux in tenebris, les visions du Morave Drabitius, le Silésien Kotterus, et Christine Poniatowski, dame polonaise qui prédit la ruine prochaine du Catholicisme et la destruction de l'Autriche par la Suède, Cromwell et Ragodzi. Ce livre lui fit un tort considérable aux yeux de beaucoup de ses contemporains.

171: Quelques mots sur la vie de cet homme remarquable, à qui le principal établissement protestant d'éducation en Pologne doit tant de sa prospérité, ne déplairont sans doute pas aux lecteurs de cet ouvrage. L'auteur saisit avec empressement l'occasion de payer un tribut de regrets à la mémoire de son ami, dont les sympathies ont adouci l'amertume des plus rudes épreuves de son exil, et que sa mort laissera toujours inconsolable.

Le prince Antoine Sulkowski, fils du prince Sulkowski, palatin de Kalisch, naquit à Leszno, en 1785. Après avoir achevé ses études à l'Université de Gottingue, il finissait de se former en voyageant, quand les succès de l'empereur des Français en Prusse éveillèrent dans le cœur des Polonais l'espoir de recouvrer leur indépendance. Sulkowski précipita son départ de Paris, où il se trouvait en ce moment, et rentra dans ses foyers vers la fin de 1806. Il fut nommé par Napoléon colonel du premier régiment polonais à lever. L'enthousiasme patriotique fut si grand, que Sulkowski, ayant accompli sa tâche avec une merveilleuse rapidité, emporta d'assaut la ville fortifiée de Dirschau, à la tête de son nouveau régiment, le 23 février de l'année d'ensuite (1807). Il prit une part active au reste de la campagne, qui se termina par la paix de Tilsitt, en vertu de laquelle une partie de la Pologne fut rétablie sous le nom de duché de Varsovie. En 1808, quand plusieurs détachements de la nouvelle armée polonaise furent dirigés sur l'Espagne, le régiment du prince Sulkowski fut compris dans l'ordre de départ, et, bien qu'il eût épousé depuis fort peu de temps Ève Kiçki, jeune femme d'une beauté accomplie, à laquelle il avait voué ses premières affections, et qu'il pût aisément se faire dispenser de ce service pénible, il crut de son devoir de se joindre à ses compagnons d'armes. Arrivé dans la Péninsule, il se distingua aux batailles d'Almonacid et d'Ocana, ainsi qu'à la défense de Tolède. Malaga fut pris par les Français, le prince Sulkowski fut nommé gouverneur de cette ville, et, malgré le sentiment de haine et de vengeance qui animait les Espagnols contre les armées envahissantes, il parvint, par sa conduite, à se concilier l'affection de ses habitants. Il fut promu au rang de major-général, et revint dans son pays en 1810, où il resta jusqu'à la mémorable campagne de 1812, pendant laquelle il commanda une brigade de cavalerie, prit part aux principales batailles et fut gravement blessé dans la retraite. Guéri de ses blessures et nommé au grade de lieutenant-général, il se joignit à l'armée polonaise sous le prince Poniatowski, et combattit, à la bataille de Leipsick, à la tête d'une division de cavalerie. C'est à la suite de cette bataille qu'il se vit assailli par les circonstances les plus difficiles, qui lui donnèrent occasion de déployer toutes les qualités honorables de l'âme la plus intègre. Peu de jours après la mort du prince Poniatowski, il fut nommé, par l'empereur Napoléon, commandant en chef des débris du corps polonais, qui, malgré ses grandes pertes, avait conservé tous ses étendards et son artillerie. Ce commandement fut donné à Sulkowski à la demande générale de ses compatriotes, malgré sa jeunesse (il avait alors vingt-neuf ans) et la présence de plusieurs généraux plus âgés. Les troupes polonaises, exaspérées par de longues souffrances et fatiguées de se battre pour une cause qui menaçait de les réduire à l'état de mercenaires, sans avancer celle de leur patrie, pressèrent leur chef de les reconduire dans leurs foyers, leur souverain légitime, le roi de Saxe, étant resté à Leipsick sur le désir de Napoléon lui-même. Sulkowski reporta leurs plaintes bruyantes à l'Empereur, qui promit de donner une réponse sous huit jours. Cela satisfit les troupes, et la marche vers le Rhin continua; mais quand le délai fixé fut écoulé sans que la décision attendue intervint, l'irritation des Polonais devint si violente et ils accusèrent si bruyamment le prince Sulkowski d'être prêt à les sacrifier aux vues de son ambition personnelle, que, pour les décider à accompagner l'Empereur jusqu'à la frontière de ses États, il dut leur promettre sur l'honneur de ne passer en aucun cas au-delà du Rhin. Cette promesse solennelle calma l'irritation des troupes, qui continuèrent leur marche. Quand elles furent parvenues à un endroit appelé Schluchtern, l'Empereur, passant devant leur front, appela Sulkowski et lui demanda s'il était vrai que les Polonais voulussent le quitter. «Oui, Sire, répondit le prince; ils supplient Votre Majesté de les autoriser à retourner dans leurs foyers, leur nombre étant désormais trop insignifiant pour être de quelque valeur à Votre Majesté.» L'Empereur résista, et, ayant assemblé les Polonais, il leur adressa l'une ces allocutions par lesquelles il savait si bien ranimer l'enthousiasme du soldat. Les troupes polonaises, exaltées par les paroles impériales, oublièrent toutes leur première résolution et promirent de suivre Napoléon jusqu'à la mort. On peut aisément se faire une idée de la position cruelle dans laquelle le prince Sulkowski se trouva placé par cette circonstance imprévue; il se voyait dans l'alternative pénible ou de manquer à la parole par laquelle il s'était engagé, envers ses compagnons d'armes, à prendre le Rhin pour limite extrême de leurs travaux guerriers, ou de sacrifier, si jeune, toutes ses espérances de gloire et d'ambition (car l'empereur Napoléon, malgré le revers de Leipsick, avait encore de grandes chances de ramener à lui la fortune), et, ce qui était plus important encore, en s'exposant aux divers commentaires qui ne manqueraient pas d'accueillir sa conduite dans cette malheureuse conjoncture. Il choisit cependant le dernier parti, pensant qu'il n'y avait pas de compromis possible avec une parole engagée d'une manière aussi explicite et aussi solennelle que la sienne l'avait été, bien que ses compatriotes, qui n'étaient pas liés de la même manière, eussent changé de résolution; il demanda, en conséquence, à l'Empereur, et obtint de sa bienveillance la permission de retourner vers son souverain légitime le roi de Saxe, dont la destinée était alors inconnue. Il quitta l'armée française, accompagné des officiers de son état-major qui partagèrent sa résolution. Ayant appris que son souverain était prisonnier à Berlin, il lui adressa de Leipsick une lettre pour lui demander une libération de service, tant pour lui-même que pour les officiers qui l'avaient accompagné, et bientôt après il obtint des souverains alliés la permission de rejoindre sa famille. Il convient d'ajouter que ses concitoyens rendirent hommage à la loyauté de sa conduite.—De nouvelles espérances furent conçues, en faveur de la Pologne, au congrès de Vienne, sous l'inspiration de l'empereur Alexandre. Le prince Sulkowski fut appelé à coopérer à la formation d'une armée polonaise, et il accepta avec joie une mission dans laquelle il pouvait encore servir utilement sa patrie. Bien que le congrès de Vienne n'ait pas réalisé l'espoir qui avait été nourri, de voir la Pologne rendue à l'indépendance, il érigea une petite portion de son territoire en royaume constitutionnel, soumis à l'empereur de Russie comme roi de Pologne. C'en était assez cependant pour stimuler les efforts des patriotes polonais et pour les engager à maintenir cette création imparfaite, d'autant mieux qu'on avait stipulé que des institutions nationales seraient accordées à ces parties de l'ancienne Polognequi restaient annexées comme provinces à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche, et que ces stipulations laissaient briller la perspective d'un complet rétablissement de ce pays. Le prince Sulkowski entra donc au service du nouveau royaume, et fut nommé aide-de-camp général de l'empereur Alexandre. Mais les caprices tyranniques du grand-duc Constantin conduisirent bientôt Sulkowski à demander sa mise en disponibilité, en déclarant franchement à l'empereur les raisons qui l'engageaient à agir ainsi. L'empereur insista auprès de Sulkowski pour qu'il revînt sur sa détermination, et lui dit que les circonstances dont il se plaignait n'étaient que temporaires. Sulkowski, que ses devoirs conduisirent plusieurs fois à Saint-Pétersbourg, et qui reçut de l'empereur Alexandre des témoignages de la plus grande bienveillance, insista de son côté pour quitter le service, et, après plusieurs refus, obtint de rentrer dans la vie privée en 1818. Il s'établit au château de Reisen, dans le voisinage de Leszno, et se dévoua tout entier à l'éducation de sa famille. Depuis la mort de sa vertueuse et charmante compagne, il ne se reposait plus que sur lui de ce soin. Le bien-être de ses tenanciers et de tous ceux qui respiraient dans sa dépendance devint aussi l'objet de sa constante sollicitude. Une nouvelle carrière s'ouvrit, en outre, pour son patriotisme, quand le grand-duché de Posen, où Leszno est situé, reçut une représentation provinciale, dont il fut créé membre héréditaire. Il présida aux États assemblés de sa province, et fut fait membre du conseil d'État de Prusse. Cela le mit dans une position difficile et délicate entre le monarque et les États provinciaux, dont les députés se plaignaient justement des envahissements continuels du gouvernement sur la nationalité de la province, qui avait son existence garantie par le traité de Vienne. En possession de la confiance des deux partis, il réussit, par la fermeté qu'il déploya dans la défense des priviléges nationaux, à gagner la confiance de ses concitoyens, tandis que le monarque rendit justice à sa modération dans l'accomplissement consciencieux de ses pénibles devoirs. Il se tint cependant à l'écart des affaires publiques autant qu'il le put, consacrant son temps aux occupations utiles que nous avons décrites dans cette note. Une mort prématurée vint couper court à cette carrière, si noblement remplie. Le 14 avril 1835 plongea dans une douleur profonde sa famille et tous ceux qui l'avaient connu, soit personnellement, soit de réputation. Mais nul ne sentit sa perte plus vivement que l'école de Leszno, qui lui devait tout. Professeurs et élèves accompagnèrent sa dépouille mortelle, et après un discours pathétique du recteur, déposèrent une couronne sur le cercueil de leur bienfaiteur, dont la mémoire vivra long-temps dans leurs cœurs reconnaissants.


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