A.

CONTENANT GENERALEMENT tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts.A.A. Premiere lettre de l'Alphabet François, & de toutes les autres Langues. Chez les Occidentaux cette lettre prend son nom de l'expression du son qu'elle fait. Chez les Grecs on la nommeAlpha: chez les HebreuxAleph: chez les PheniciensAlioz; & chez les IndiensAlepha. C'est aussi le premier son articulé que la Nature pousse, & celuy qui forme le premier cri & le bégayement des enfans. D'où vient que Jeremie répondant à Dieu qui le destinoit pour son Prophete, luy dit: A,a,a, Seigneur je ne sçay pas parler, parce que je suis un enfant.Hierem. cap. 1.C'est aussi ce qui exprime presque tous les mouvemens de nôtre ame, & pour rendre l'expression plus forte, on y ajoûte unehdevant ou aprés, comme dans l'admiration: Ha le beau tableau!Dans la joye: Ha quel plaisir! Dans la colere: Ha méchant! Dans la douleur: Ha la tête! Dans la pâmoison: Ha je me meurs! Dans le mouvement: Ha lévrier! Et generalement ce mot exprime toutes les palpitations de cœur, comme il paroît en ceux qui ont la courte haleine. Ciceron appelle l'Alettre salutaire, parce que c'étoit la marque d'absolution.Cette lettre forme souvent un mot entier, & est quelquefois article du Datif pour décliner les noms & les pronoms: Ce livre est à Pierre, à Agnés. Quand il sert à décliner des noms ordinaires, s'ils commencent par des consones, on ditau, comme, Au soleil: si c'est par une voyelle, on y ajoûte unelau masculin, oulaau feminin: A l'homme, A la femme; Et au plurier on dit en tous cas,aux, comme: Aux Alexandres, Aux Muses, Aux Animaux.Aest quelquefois preposition. Il est à la ville, aux champs: Cela est à la mode.Aest le plus souvent adverbe, non seulement de temps & de lieu, comme, Cela vient à tard, Cela est à terre: mais encore il se joint à presque tous les mots de la Langue pour faire des phrases adverbiales, qui tiennent de leurs significations & de leurs maniéres: Venir à chef, Etre à couvert, à discretion, &c.Ase joint aussi aux infinitifs des verbes pour faire des phrases adverbiales: Donner à boire & à manger: Un maître à écrire: On fait à sçavoir: Au pis aller.Ase dit aussi dans les temps du verbe auxiliaire Avoir: Il a gagné cent écus: Il a fait: Il a dit: Il a le temps & l'argent.Aest souvent une particule indéclinable qui sert à la composition de plusieurs mots, & qui augmente, diminuë, ou change leur signification.Quand elle s'y joint, elle fait doubler ordinairement la consone qu'ils ont à la tête, comme Accorder, Addonner, Affaire, Assujettir, Attrouper, &c.Cette lettreAétoit aussi chez les Anciens une lettre numerale qui signifioit 500. comme on voit dans Valerius Probus. Il y a des vers anciens rapportez par Baronius, qui marquent les lettres significatives des nombres, dont le premier est tel:PossidetAnumeros quingentos ordine recto.Quand on mettoit un titre, ou une ligne droite au dessus de l'A, il signifioit cinq mille.ABBÉ.s. m.ABBESSE.s. f.Superieur ou Superieure d'une Abbaye d'hommes ou de filles. Il y a trois sortes d'Abbez: Régulier, Séculier, Commendataire. Ce mot vient de ce que les premiers Moines appellerent leur SuperieurAb-bot, qui en Langue Syriaque signifie Pere. Ainsi ces mots deAbba Pater, qu'on trouve dans les Epitres aux Romains & aux Galates, & ailleurs, qui semblent dire la même chose, ne font pas pourtant un pleonasme, comme dit S. Augustin, veu que l'un est un nom de nature, & l'autre de dignité. D'autres disent qu'il vient du mot HebreuAba, qui signifie aimer, vouloir du bien.Covarruvias.Chez les Ecrivains Grecs & Latins on appelloitAbbez, ceux que nous appellons maintenantPeres, qui étoient vénérables par leur âge & par leur sainteté. On a aussi compris sous ce nom généralement tous les Moines. Ainsi il est dit dans la Régle de S. Colomban, qu'il y avoit milleAbbezsous un Chef; & S. Epiphane fait mention d'un monastere, où il y avoit milleAbbez& mille cellules. On a appellé aussiAbbésecond, le Prieur d'un monastere, qui est le Lieutenant de l'Abbé. On a appellé aussi en Sicile des EvêquesAbbez& trés-souvent les Curez primitifs de France. On a appellé aussiAbbédu Palais le Maître de la Chapelle du Roy. Voyez du Cange. Les Abbez mitrez sont ceux qui ont droit de porter les ornemens Episcopaux, comme la mitre, les sandales, les gands, l'anneau & la crosse; ce qui leur a été accordé par privilege des Papes: & pour les distinguer des Evêques. Clement IV. ordonna que lesAbbezExempts porteroient des mitres brodées, mais sans pierreries & sans lames d'or & d'argent; & les non-Exempts, des mitres blanches & toutes unies.Abbés'est dit aussi de quelques Magistrats ou personnes laïques & séculiéres. Chez les Gennois il y avoit un principal Magistrat qu'on appelloitAbbédu Peuple. En France il y a eu plusieurs Seigneurs, sur tout du temps de Charlemagne, à qui on donnoit le soin & la garde des Abbayes, qu'on appelloitAbbacomites.Dans les anciens titres on trouve que les Ducs & les Comtes ont été appellezAbbez, & les Duchez & ComtezAbbayes; & plusieurs Seigneurs & Gentils-hommes qui n'étoient aucunement Religieux, ont aussi pris ce nom, comme remarque Ménage, aprés Fauchet & autres.On appelle aussiAbbéceluy qu'on élit en certaines Confrairies & Communautez, particuliérement entre les Ecoliers & les Garçons Chirurgiens, pour commander aux autres pendant un certain temps: & c'est de là apparemment qu'est venu le jeu de l'Abbé, dont la régle est, que quand le premier a fait quelque chose, il faut que tous ceux qui le suivent, fassent le semblable.Abbése dit proverbialement en ces phrases: On vous attendra comme les Moines font l'Abbé; c'est à dire, en travaillant toûjours, en commençant toûjours à dîner. On dit encore: Pour unMoine on ne laisse pas de faire unAbbé; pour dire que l'opposition d'un particulier n'empêche pas la déliberation d'une Compagnie, ou la conclusion d'une affaire. On dit en proverbe Espagnol:Como canta elabadresponde al monazillo; pour dire que les inferieurs tiennent le même langage, ou sont de même avis que les Superieurs. On appelle aussiAbbezde sainte Esperance, ceux qui prennent la qualité d'Abbez, sans avoir d'Abbaye, & quelquefois même de Benefice.ABINTESTAT.Terme de Jurisprudence, qui se dit de celuy qui herite d'un homme qui n'a point fait de testament: Ce fils est heritier de son pereabintestat. Il y a eu un temps où on privoit de sepulture ceux qui étoient décédezabintestat: ce qui donna lieu à un Arrest du 19. Mars 1409. portant défenses à l'Evêque d'Amiens d'empêcher, comme il faisoit, la sepulture des décédezabintestat.ABYSME.s. m.gouffre profond où on se perd, dont on ne peut sortir: Il y a de profonds abysmes dans ces montagnes, dans ces rochers, dans ces mers, dans ces rivieres: Cette ville est fonduë enabysme. Ce mot vient du Grecbatos, qui signifie la mer profonde, d'où est venu aussi le mot debas&abaisser. Borel.Abysmese dit figurément en Morale des choses où la connoissance humaine se perd, quand elle raisonne: La Physique est unabysme, on ne peut pénétrer dans les secrets de la Nature: Les Jugemens de Dieu, les mystéres sont desabysmesdont on ne peut sonder la profondeur.Abysmese dit absolument des Enfers: La rebellion des Anges les fit précipiter dans l'abysme. Qui pourra mesurer la profondeur de l'abysme? On dit aussi: C'est unabysmede maux, de souffrances, de malheurs.Abysmese dit aussi de ces dépenses excessives, dont on ne peut juger avec certitude: On ne peut certainement régler la dépense de la Marine, c'est unabysme: La dépense de cette maison est excessive, c'est unabysme. On dit en proverbe qu'unabysmeattire l'autre, quand d'un mal on tombe en un plus grand.Abysme,terme de Blason, est le cœur ou le milieu de l'Ecu. Il faut que la piéce qu'on y met, ne touche & ne charge aucune autre piéce, telle qu'elle soit. Ainsi on dit d'un petit Ecu qui est au milieu d'un grand, qu'il est mis enabysme: Il porte trois besans d'or avec une fleur de lys en abysme. Et tout autant de fois qu'on commence à blasonner par toute autre figure que par celle du milieu, on dit que celle qui est au milieu, est enabysme, comme si on vouloit dire que les autres grandes piéces étant élevées, celle-là paroît petite, comme cachée & abysmée.Abysmeest aussi un vaisseau fait en prisme triangulaire renversé, qui sert aux chandeliers à fondre leur suif & à faire leur chandelle, en y trempant plusieurs fois leur mesche.ABYSMER.v. act.Jetter dans unabysme, y tomber, se perdre, se noyer: Les Ouragansabysmentles vaisseaux: Ce terrain s'estabysmé, il y avoit dessous une carriere.Abysmerse dit figurément en Morale: Les gros interêts ontabysméce marchand: Ce chicaneur aabysmésa partie, il l'a ruinée de fonds en comble: Il aabysmécet homme-là. Il se dit plus ordinairement avec le pronom personnel, & plus au figuré qu'au propre: Il estabysmédans la douleur: Cet homme a si mal fait ses affaires, qu'il s'estabysmé: Cette famille estabysmée, elle ne se relevera jamais: C'est un contemplatif quis'abysmedans ses pensées, qui extravague.AGATE.s. f.Pierre précieuse, en partie transparente, & en partie opaque. Il y en a de plusieurs couleurs; ce qui lui a fait donner divers noms chez Pline & les autres Auteurs. Il y en a qui imitent la couleur de la cornaline; d'autres qui ont des veines fort rouges & fort blanches. On en a vû qui ont representé sept arbres tout entiers. LesAgates Sardoinessont de trois couleurs: les vrayes sont entiérement rouges qu'on fait passer pour la Carneole, comme ayant une petite teinture de couleur de chair mêlée de brun: il y en a d'autres moindres, qui sont en partie mêlées de rougeur, comme celle desang; & les derniéres le sont d'un rouge tirant sur le jaune. L'AgateSardonix est composée de la sardoine & de l'onix, & a une couleur sanguine & distinguée de cercles ou zones, qui semblent y avoir été peints par artifice, & quelquefois mêlée d'une blancheur surprenante. Pline, Strabon & Ciceron disent que la bague de Polycrate étoit deSardonix; ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'on dit de Mithridate, qui avoit quatre mille vases de cette même pierre: car ou cette bague n'auroit pas été de grand prix, ou ces vases d'un prix excessif.LesAgates Onixsont toutes opaques, de couleur blancheâtre & noire, tellement distinctes, qu'on croiroit qu'elles y ont été appliquées par art. LesAgates Onix Sardonixsont celles où il se rencontre trois couleurs differentes, & néanmoins unies ensemble. On en a ruiné les mines; & celles qui se trouvent à present grandes & parfaites, n'ont point de prix. La couche du milieu est propre pour exprimer la carnation du visage; celle de dessus qui estSardoineou couleur de pourpre, donne la couleur aux vêtemens; & le dessous est d'une autre couleur propre pour faire le fonds, qui détache les deux premieres, & fait un ouvragemerveilleux suivant la science du Graveur. Pyrrhus avoit uneAgateoù étoient representées les neuf Muses & Apollon.L'Agate Calcedoineest à demy opaque, & à demy transparente, & le plus souvent de couleur de rose remplie de certain nuage. Il y en a d'entiérement blanches, qui sont les plus rares.LesAgates d'Egyptesont dures, rouges, & entremêlées de bleu & de blanc. Quand elles sont dans leur perfection, elles ont des couleurs semblables à l'Iris, & sont les plus estimées d'entre lesAgates.L'Agate Romainene tient rien de celle d'Orient, & il y en a de plusieurs couleurs differentes qui les ont fait nommer differemment. On en faisoit autrefois ces vases Myrrhins si fameux dans l'Antiquité, qui avoient diverses couleurs, & qui representoient diverses figures.Il se trouve aussi desAgatesen Allemagne, en Pologne & en Dannemark, dont quelques-unes ont disputé le prix aux Orientales.Les Anciens parlent aussi d'uneAgaterouge comme du corail, mouchetée de points d'or, qu'on trouve en Candie, qu'on a nomméeSacrée, parce qu'elle préserve du venin des scorpions & des araignées. On a fait de tout temps des cachets d'Agate, parce que cette pierre ne retient point du tout la cire. Les Tireurs d'or brunissent l'or avec uneAgate. Pline dit que les premieresAgatesfurent trouvées en Sicile le long du fleuveAchates, qu'on nomme aujourd'huy leCanthera; ce qui leur a donné le nom d'Agates.AILE.s. f.La partie de l'oiseau qui l'éleve ou qui le soûtient en l'air, quand elle est étenduë: L'aigle est un oiseau qui vole à tire d'aile: Les faucons se tiennent long-temps suraile: Ils ont l'ailevîte, trenchante, l'aileforte, l'aileentiére.On dit aussi: Faire voir enailel'oiseau: Le mettre enaile: Voler de bellesailes: La chauve-souri n'a point de plumes à sesailes: Les poussins sont encore sous l'ailede la mere. En ce sens il vient du LatinAla.Ailese dit aussi de cette partie charnuë qui s'étend de l'estomach à la cuisse dans les volailles qu'on mange: Uneailede chapon, de perdrix: Il y en a qui préférent la cuisse à l'aile.Aileen termes d'Anatomie se dit de plusieurs parties du corps, & premiérement les lobes du foye s'appellent souventailesouailerons. On appelleailes&aileronsdes chairs molles & spongieuses, qui sortent de la partie naturelle des femmes, que quelques-uns appellentNymphesouDames des eaux, parce qu'elles servent aux conduits de l'urine. On appelle aussiailesouaileronsles deux cartilages qui sont aux côtez du nez, & qui forment les narines; pareillement on appelleaileouaileronle haut de l'oreille.L'Aileen terme de Blason, quand elle est seule, s'appelle undemy vol; & lorsqu'il y en a deux, s'appelle unvol: ce qui se dit de quelque oiseau que ce soit.On appelle au Manégeailes, ces piéces de bois qu'on met aux côtez de la lance pour la charger vers la poignée.Aileen termes de Botanique se dit des branches ou des feuïlles, qui poussent à côté l'une de l'autre sur les tiges des arbres ou des plantes: d'où est venu le nom d'Alaternus.Ailese dit aussi d'un moulin à vent: ce sont ces grands chassis couverts de toile où le vent s'engouffre pour les faire tourner, qu'on appelle autrementvolants.Les Ouvriers nomment aussi lesailesd'une fiche ou couplet, ces deux petits morceaux de fermobiles par le moyen de leurs charnieres, qui servent à soûtenir & à faire mouvoir des portes ou des fenêtres, ou des volets brisez. Ils appellentailesde lucarne les deux côtez qui posent sur les chévrons, & qu'on appelle autrementJoüéesde la lucarne. Les vitriers appellent encoreailesouaileronsces petites extrêmitez du plomb, qui sert à engager les losanges de verre dans les panneaux des vitres, & à les y tenir fermes.Ailese dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie protection, tutelle: C'est une fille d'honneur qui a toûjours été élevée sous l'ailede la mere; & sur tout en Poësie:Cache-la sous ton aile au jour épouventable, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l'ame pécheresse. Malherbe a dit aussi:Et son ame étendant ses ailes fut toute prête à s'envoler. On dit aussi: La peur luy a mis desailesaux talons; pour dire, l'a fait fuir en diligence: On peint Mercure avec desailesaux talons: L'amour luy prêtera sesailes: On en donne aussi au Cheval Pegase, aux vents & autres choses semblables, &c. On dit encore poëtiquement: Son nom volera sur lesailesde la Renommée: Sur l'ailedes beaux vers; pour dire que sa réputation ira bien loin. On dit aussi: Sur l'ailedes zephirs.On donne aussi figurément desailesaux Cherubins & aux Anges: Les Cherubins devant Dieu se couvrent la face de leursailes: Ils couvroient l'Arche de leursailes.On appelle lesailesd'un bâtiment, ce qu'on bâtit à droit & à gauche, pour accompagner le principal corps de logis, & faire les deux côtez de la cour: Ce bâtiment est imparfait, il n'y a qu'uneailede bâtie. On appelle aussi cesailes,bras ou potences.On appelle aussiailesdans les Eglises ce qui està droit & à gauche de la croisée, & quelquefois tout le tour des bas côtez, ou des petites voutes qui sont à côté de la grande: Le portail de l'ailedroite plus beau que celuy de la gauche: On n'a bâti que le Chœur, on va bien-tôt travailler auxailes.Ailese dit en termes de guerre des deux extrêmitez d'une armée rangée en bataille: L'Ailedroite fut la premiere rompuë: La Cavalerie se met sur lesailes. En ce sens ce mot vient dealaudaselon Bochart, qui signifioit une Legion Gauloise, ainsi nommée à cause de la figure des casques que portoient les soldats qui étoient crêtez comme des allouëttes. On dit que Pan, l'un des Capitaines de Bacchus, a été le premier inventeur de cette maniére de ranger une armée en bataille: d'où vient que les Anciens l'ont peint avec des cornes à la tête, parce qu'ils appelloient cornes ce que nous appellons lesailes.Ailese dit aussi des deux côtez de chaque bataillon ou escadron; des derniéres filles: Les picquiers sont rangez au milieu, & les mousquetaires sur lesailes: On a commencé à défiler par l'ailedroite. Les manches d'un bataillon sont aussi sesailes.Ailese dit aussi dans le discours ordinaire, de ceux qui marchent à côté; & un peu à l'écart, pour donner secours au besoin: Il sembloit que ce Prevost marchât seul, mais il y avoit plusieurs Archers sur lesailespour l'assister.Ailese dit aussi en termes de fortification du flanc d'un bastion, & plus ordinairement des longs côtez d'un ouvrage à corne ou à couronne, qui sont flanquez par quelque endroit de la place, par quelque dehors ou travail particulier.Ailese dit proverbialement en ces phrases: Cet homme ne bat plus que d'uneaile; pour direque son crédit, sa fortune, son esprit, sont diminuez, & qu'il n'en peut plus: On luy a tiré une plume de sonaile; pour dire qu'on luy a arraché quelque chose de son bien: qu'On en tirera pied ouaile; pour dire qu'on tirera quelque chose d'une affaire, & qu'on ne perdra pas tout: On luy a rogné lesailes; pour dire qu'on a retranché de son autorité, de ses richesses. On dit d'un téméraire, qu'Il a voulu voler avant que d'avoir desailes, qu'Il n'a pas encore l'aileassez forte; pour dire qu'il a commencé trop tost quelque entreprise au dessus de ses forces. On dit d'un homme malheureux, qu'Il en a dans l'aile, pour dire qu'il luy est arrivé quelque accident fâcheux, ou bien qu'il a passé les 50. ans qu'on marque avec une L.Ailé,ée.adj.qui a desailes: Pegase est un chevalailé. Les Poëtes appellent les oiseaux, les peuplesailez: Les papillons, les cigales sont des insectesailez: Il y a des poissonsailezqui sont fréquens sur l'Ocean Athlantique.En termes de Blason on appelle un oiseauailé, quand ses ailes sont d'une autre émail que son corps. On appelle aussiailétout ce qui est peint avec desailes, quoy que contre sa nature, comme un cerfailé, un cœurailé, des dragons, des serpensailez, une mainailée, une tête de leopardailée, une bandeailée, &c.ALGEBRE.s. f.science qui sert à éclaircir, à étendre & à perfectionner l'Arithmetique, la Geometrie & toutes les sciences mathematiques. Quelques-uns l'ont définie, l'Arithmetique des nombres figurez, comme a fait Salignac de Bordeaux, qui en a fait un sçavant Traité. Elle considere les grandeurs, & s'applique aux nombres, aux lignes, aux figures, aux poids & aux vîtesses des mouvemens, tant en general qu'en particulier,en faisant abstraction de toutes matiéres: de sorte qu'on la pourroit appeller uneGeometrie metaphysique. L'idée en a été prise sur la Régle qu'on appelle de fausse position en Arithmetique: car en operant sur une supposition incertaine, ou même fausse, elle fait connoître des veritez infaillibles & démontrées. Il y a deux especes d'Algebre: la premiere est la supputation des chiffres & des nombres avec des especes ou des lettres; la seconde est l'Analyse ou l'art de résoudre les questions, & de découvrir les veritez generales des Mathematiques. Ménage dérive ce mot de l'ArabeAlgebra, qui signifie le rétablissement d'un os rompu, de la racineGiabarra, supposant que la principale partie de l'Algebre, est la consideration des nombres rompus: il y a apparence qu'il se trompe, & qu'il a pris l'origine d'un autre mot EspagnolAlgebrista, qui signifie un Renoüeur de membres disloquez, que nous appellons en France unBalleüil: car la fraction n'a rien de commun avec l'Algebre, qui ne considere pas plus les nombres rompus que les entiers, & qui même exprime ses puissances par des lettres, qui ne sont pas susceptibles de fractions. Il est vray que le motAlgebreest un mot Arabe, mais il est primitif de la langue, & il luy a été donné par son auteur qui étoit Arabe. Cardan dit qu'il se nommoit Mahomet fils de Moïse, & il le met au 9. rang des 12. plus excellens hommes, qu'il a choisis dans l'Antiquité pour la subtilité de leur esprit. Mais Scriverius en attribuë l'invention à Diophante Auteur Grec, dont Regiomontanus a recueilli 13. livres, qui ont été commentez par Gaspard Bachet, sieur de Meziriac, de l'Academie Françoise.Les notes de l'Algebre sont telles:+ signifie plus: ainsi 9 + 3 veut dire 9 plus 3.− signifie moins: ainsi 14 − 2 veut dire 14. moins 2.= est la note de l'égalité: ainsi 9 + 3 = 14 − 2 veut dire, neuf plus trois est égal à 14. moins deux.:: Les quatre points entre deux termes devant & deux termes aprés, marquent que les quatre termes sont en proportion géometrique: ainsi 6. 2 :: 12. 4. veut dire, comme 6 est à deux, ainsi 12 est à quatre.÷÷ est la note d'une proportion continuë. ÷÷ 3. 9. 27. veut dire que trois est autant de fois dans neuf, comme neuf dans 27.: Ces deux points au milieu marquent la proportion arithmetique entre ces nombres. 7. 3: 13. 9. veut dire, 7. surpasse 3. comme 13. surpasse 9.÷ Cette note marque la proportion arithmetique continuë: ainsi ÷ 3. 7. 11. veut dire, 3 est surpassé de 7. autant que 7. par 11.Deux lettres ensemble marquent une multiplication de deux nombres ou grandeurs: ainsib dest le produit de deux nombres, comme 2. & 4. dont le premier s'appelleb, & l'autred.Vsignifie racine, ainsiV4, c'est à dire, la racine de 4, qui est 2, lequel multiplié par lui-même fait 4.On dit proverbialement quand quelqu'un n'entend rien à quelque chose qu'il lit, ou qu'il écoute, que C'est de l'Algebrepour luy.ALKALI.s. m.terme de Chymie & de Physique. C'est un sel vuide & poreux disposé à se joindre facilement à tous les acides. C'est par son moyen que les Chymistes rendent facilement la raison de la composition de tous les corps naturels, & la font voir par des experiences sensibles. Ils comparent ce sel à une terre vuide qui auroit été aux trois premiers jours du monde, avantqu'elle fut allumée par les rayons du soleil, qui s'étant incorporez dans cetAlkali, ont fait ensemble tous les corps sublunaires. L'acide donne les deux qualitez mâles, le chaud & le sec; & l'Alkaliles feminines, le froid & l'humide: ce qui a donné lieu à plusieurs beaux Traitez des Philosophes modernes, entre autres d'Otho Takenius, qui dans sonHippocrates Chymicusen a écrit des premiers fort sçavamment; deBernard SwalueMedecin, dans le Combat de l'Art & de la Nature; & aux Entretiens de François André Medecin de Caën, sur l'Acide & l'Alkali. Ce mot est Arabe, & vient deal, qui signifie sel, & dekaliqui est une herbe que nous appellonssoude. Et parce que son sel a la propriété d'absorber & de mortifier les acides, & de s'en impreigner plus facilement que les autres, on a appellé tous les sels de cette nature, selsAlkali, quelques-uns l'appellent autrement,alun Catin. Le tartre est le plus fort de tous les selsAlkali, & quand il est mêlé avec l'esprit de vitriol qui est un fort Acide, ils font une soudaine ébullition & coagulation, qui de liquides qu'ils étoient, font un corps solide. Les Philosophes proposent cette union comme un exemple general de la composition de tous les corps, qui se fait par les acides & lesAlkali, à cause de la grande alteration qui arrive à la saveur & aux autres qualitez de ces sels unis. Il faut remarquer que leur effervescence & leur action cesse, lorsqu'ils se sont réciproquement pénétrez & rassasiez les uns des autres, car elle n'arrive plus par quelque addition qu'on puisse faire de l'un ou de l'autre, lors qu'ils sont proportionnellement unis. Ordinairement on appelle selsAlkali, tous les sels lexiviaux & artificiels qui se tirent des plantes.ANTIMOINE.s. m.C'est un corps mineralqui approche de la nature des métaux, & que quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu'il se trouve prés des mines des uns & des autres, & sur tout dans celles d'argent & de plomb, & souvent il a sa mine propre. On l'appelle aussi Marchasite de plomb, & les Chymistes le nomment leLoupou leSaturne des Philosophes, parce qu'il devore les autres métaux, quand on les fond ensemble, & qu'il les consume tous à la réserve de l'or. On l'appelle aussiProthée, à cause de la diversité des couleurs qu'il prend par le moyen du feu. On le tient composé d'un double soulfre mineral, l'un métallique approchant de la pureté & de la couleur de celui de l'or, & l'autre terrestre & combustible semblable presque au soulfre commun; d'un mercure fuligineux & mal digeré, participant de la nature du plomb & d'un peu de sel terrestre. Il ressemble à de l'écume d'argent, & il a une couleur claire & luisante, il se dissout difficilement au feu, & plus facilement dans l'eau. Il est fragile comme le verre, & tient le milieu entre les métaux & les pierres, parce qu'il se fond comme le métail; mais il n'est pas ductile non plus que les pierres. Il y en a un mâle qui est plus sablonneux, & un autre femelle qui est plus pesant, plus brillant & plus friable. On le mêle avec d'autres métaux pour faire des miroirs, parce qu'il les rend capables d'un plus beau poli. On le mêle aussi pour faire des cloches, parce qu'il rend leurs sons plus clairs; on le mêle à l'étaim pour le rendre plus dur, plus blanc & plus sonnant: & enfin au plomb dans les fontes des caracteres d'Imprimerie, pour les rendre plus durs & plus unis. Il aide generalement à la fusion des autres métaux, & sur tout à celle des boulets de canon. On a crû qu'il pouvoit servir à une medecine universelle: car c'esten effet celui qui fournit le plus de remédes, & pour un plus grand nombre de maladies. Sa principale qualité est de provoquer le vomissement, & de purger par haut & par bas: ce qui en fait faire diverses préparations, que les Medecins appellentEmetiques. Ils donnent aussi ce nom au vin blanc, dans lequel il est infusé, parce qu'il fait vomir. Les Latins l'appellentstibium, & les Grecsstimmi.L'Antimoine crudest celui qu'on broye sur le porphyre, tel qu'il vient de la mine.L'Antimoine préparéest celui qui a passé par les mains des Artistes, pour le purger de ses mauvaises qualitez, & faire diverses operations.LeVerre d'Antimoineest de l'antimoine broyé, cuit & calciné par un feu violent dans un pot de terre, jusqu'à ce qu'il ne jette plus de fumée: ce qui est une marque que tout son soulfre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, & alors il est fort diaphane, rouge & brillant & de couleur d'hyacinthe.LeRegule d'Antimoineest le culot, ou ce qu'on trouve au fond & au dessous dans le creuset, où il y a de l'Antimoine, aprés qu'il a été fondu avec des matiéres capables de séparer ses parties pures d'avec les impures. On en fait des balles purgatives qui servent toûjours, & des gobelets, ou laissant reposer quelque temps des liqueurs, elles deviennent aussi purgatives.LesFleurs d'Antimoinesont de l'Antimoineen poudre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s'attachent à ses pots, en projettant peu à peu la poudre.LeBeurre d'Antimoineest une liqueur blanche & gommeuse, qu'on nomme autrementLiqueur glaciale d'Antimoine, qui se fait avec duRegule d'Antimoine& du sublimé corrosif. Cette liqueurse coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, de sorte qu'on ne l'employe qu'à l'exterieur, pour arrêter la cangrene, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c.LeSafran d'Antimoinese fait d'Antimoine& de nitre mis en poudre & au feu, lequel aprés la détonation & la fusion, fait descendre au fond du vaisseau les parties les plus pures de l'Antimoine. Elles ont la figure d'un foye, qui font qu'on lui donne aussi le nom deFoye d'Antimoine, ou deSafran des métaux. On le nomme aussiMagnesie Opaline, à cause qu'il a la figure de Marchasite, & la couleur de l'Opale: on en fait les poudres & le vin Emetiques.L'Antimoine Diaphoretiqueest celui qui est mêlé & préparé avec du nitre, qui change ses qualitez vomitives & purgatives en diaphoretiques.L'Huile d'Antimoineest de l'Antimoinepilé & mêlé, mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours, & aprés cette operation plusieurs fois réïterée, le vinaigre qu'on distile, donne une liqueur sanguine, qu'on appelleHuile d'Antimoine, & qui colore l'argent en or.LaChaux d'Antimoines'appelle quelquefoisCeruseà cause de son extrême blancheur.La fortune de l'Antimoinea souvent changé dans l'Ecole de Medecine. Elle fit donner un Arrest du Parlement en l'année 1566. qui fit défenses d'employer l'Antimoineen médicamens, parce qu'elle prétendit qu'il avoit une qualité veneneuse, qui ne se peut corriger par quelque préparation que ce soit. Mais depuis, la même Faculté le fit mettre au rang des médicamens purgatifs dans l'Antidotaire, qui fut imprimé par son ordre en 1637. Et enfin elle a fait donner un Arrestdu 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s'en servir, avec défenses aux autres personnes de l'employer que par leur avis.Ce mot d'Antimoinevient selon quelques-uns de ce qu'un Moine Allemand qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux pourceaux de l'Antimoine, dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, aprés avoir été purgez trés-violemment, en étoient devenus bien plus gras: ce qui lui fit penser qu'en purgeant de la même sorte ses confreres, ils s'en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réüssit si mal, qu'ils en moururent tous: ce qui fut cause qu'on appella ce mineralAntimoine, comme qui diroitcontraire aux Moines. Cette étymologie vient d'un vieux manuscrit d'Allemagne, qui est dans la Bibliotheque de M. Moreau Medecin du Roi, cité par M. Perrault dans son livre du Rabat-joye de l'Antimoine.B.BAN.s. m.publication à haute voix au son du tambour, ou de la trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part du Roi & de la Justice: On a fait unbanportant défenses de sortir du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait unbandans les carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces phrases dans les Coûtumes, Crier auban, Cas deban, A peine deban, Proceder àban, &c. On appelle aussibanla publication & le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les hommages, ou lui payer les redevances, &le venir reconnoître. On dit aussi,bande vendanges, ouverture deban, &c. pour dire, la publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de l'Allemandban, qui signifie proprementpublication, & en suiteproscription, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont venus les mots deBannir,Ban,Bannissement, deBandi, deBan&arriére-Ban,Banlieuë,Banniére,Bannal,abandonner, &c. Nicod le dérive d'un autre mot AllemandBan, qui signifie champ & territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs, champs & heritages, qu'on est obligé auban&arriére-ban, & que le four àbanest le four du territoire de la Seigneurie. Borel le dérive du Grecpan, qui signifie tout, parce que la convocation est generale.Banse dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses, des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le Concile de Trente a ordonné la publication de troisBans, pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l'essence du mariage, on obtient aisément dispense desBans, on achete les deux derniersBans, quand le premier a été publié.Banse dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié leBan& l'Arriere-ban.Banest aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. LeBan& l'Arrierebanest long-temps à se mettre en campagne.Banse dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagnesont souvent assignez, sont mis auBande l'Empire, & on confisque leurs Fiefs faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.Bansignifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui est enjoint de garder sonBanà peine de la hart: Il a obtenu un Rappel deBan.Bansignifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange à son pressoir. Ainsi on dit, un four àBan, un moulin àBan, un pressoir àBan; & on appelle sujetsbanniers& droit debannée, ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle fourbandier, moulinbanquier, ce qu'on appelle ailleursBannal.BANQUE.s. f.Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire laBanquesans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne fait plus que laBanque. Ce mot vient de l'Italienbanca, qui a été fait debanco. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les places de commerce, d'où on a fait aussibanqueroute. Ménage.Banquese dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est laBourse; à Lyon, leChange; à Paris, la place duChange. On met son argent à laBanque, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest, même en quelques lieux à fonds perdu.Banquese dit aussi des Sociétez, Villes ouCommunautez qui se chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros interest: laBanquede Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi uneBanquepour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un tiers.Banquese dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette; du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui gagneront.BANQUEROUTE.s. f.Faillite, fuite, abandonnement de biens que font des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude & malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. LaBanquerouteest differente de la faillite, parce que laBanquerouteest volontaire & frauduleuse, quand leBanqueroutiers'enfuit & emporte le plus liquide de ses biens; lafailliteest contrainte & necessaire, & est causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a faitfaillitedés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou qu'il y a quelque desordre dans son négoce.Banqueroutese dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas leurs dettes.Banqueroutese dit figurément en choses spirituelles: Il a faitBanquerouteà l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italienbanca Rotta, banque rompuë.BANQUEROUTIER.iere.s. m. & f.Marchand ou Banquier qui fait Banqueroute: Onn'est pas assez sévére pour condamner lesBanqueroutiersfrauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an 1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son execution. On appelle proprementbanqueroutiersfrauduleux ceux qui divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.BANQUET.s. m.Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus fit un fameuxBanquetà toute sa Cour, dont il est parlé au Livre d'Esther. Plutarque a écrit duBanquetdes sept Sages. Ce mot vieillit & vient de l'Allemandpancket, dont les Italiens ont faitbanquetto, & les Espagnolsbanquette.Banquetse dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent participer au sacréBanquetceleste.Banqueten termes de manége, est la petite partie de la branche de la bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou fonceau.BANQUETER.v. act.faire un festin, faire grande chere avec ses amis. Ce mot vieillit.BANQUETTE.s. f.Terme de fortification. C'est un degré ou deux qui régnent tout le long des parapets, afin qu'on puisse tirer par dessus: LaBanquettedoit avoir un pied & demi de haut & trois pieds de large.Banquettese dit aussi d'une petite élevationau dessus du niveau de la ruë, pour servir de chemin commode aux gens de pied; comme il y en a à Paris au Pont-Neuf & au Pont-Marie.BANQUIER.s. m.Negociant en argent, qui donne des lettres de change pour faire tenir de l'argent de place en place.BanquierExpeditionaire en Cour de Rome, est un Officier de nouvelle création, qui se charge de faire venir toutes les bulles, dispenses & autres expeditions qui se font en la Cour Romaine, & en la Legation d'Avignon, soit de la Chancellerie, soit de la Penitencerie. L'origine de ces Banquiers vient de ce que les Guelphes du temps des guerres civiles d'Italie se réfugierent en Avignon & dans les Païs d'obédience; & comme ils étoient favorisez des Papes, dont ils avoient soûtenu le parti, ils se mêlerent de faire obtenir les graces & expeditions de Cour de Rome, & s'appellerentmercatores&scambiatores Domini Papæ, comme témoigne Matthieu Paris: mais comme ils se rendirent odieux alors par de grosses usures, on les appellaCarsins, ouCaorsins, du nom deCaorsVille de Querci, dont le Pape Jean XXII. qui siégeoit alors étoit natif, à cause que de son temps ces usuriers étoient en leur plus haute élevation, comme témoigne Adam Theveneau en ses Commentaires sur les Ordonnances, au titre des Usures. Les Italiens en firent aussi pour eux le motscarsi, qui signifieavares; & ils eurent tant de haine pour cette Ville, que le Poëte Dante dans son Enfer, met au même rang Sodome & Cahors, & y place tous les scelerats & les usuriers. Les marques de cette haine ont duré long-temps en France, & on a appellé en Chancellerie lesLettres Lombardesles Lettres qui s'expedioient en faveur des Lombards & Italiens, qui vouloient trafiquer ou tenirBanqueen France,qui se taxoient au double des autres, en haine de ce qu'on appelloit alors tous les Changeurs,Banquiers, Revendeurs, & Usuriers d'Allemagne, & de Flandres même, Lombards, de quelque nation qu'ils fussent, & on les appelle encore ainsi en plusieurs lieux. La place du Change & la Fripperie d'Amsterdam s'appellentPlaces Lombardes.Banquierse dit aussi en certains Jeux, comme l'Occa, la Bassette, de celui qui tient le Jeu & l'argent, & qui a le fonds devant lui, pour payer ceux qui gagnent.BEFFROY.s. m.lieu élevé où il y a une cloche dans une place frontiére, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme, quand les ennemis paroissent. Nicod dérive ce mot debée& deeffroy, parce qu'il est fait pour beer & regarder, & en suite donner l'effroy.Beffroyest aussi la charpenterie qui soûtient les cloches dans un clocher.On appelle aussiBeffroy, ces tours ou machines de charpente qu'on faisoit autrefois en assiégeant les places, auparavant l'invention de l'Artillerie.Beffroyse dit aussi de certaines cloches qui sont dans des lieux publics, qu'on ne sonne qu'en certaines occasions, comme de réjouïssances, d'allarmes ou d'incendie: Il y a trois Beffrois à Paris, celui de l'Hôtel de Ville, du Palais, & de la Samaritaine: quand il naît un Fils de France, on donne ordre de tinter leBeffroypendant 24. heures.Beffroyen termes de Blason, est un nom que les Rois d'armes & Herauts ont donné à un Ecu vairé, ou composé de trois titres de vair, parce qu'il est fait en forme de cloches qui servent à sonner à l'effroy: & quand on dit simplementBeffroy, on doit entendre qu'il est composé d'argent & d'azur.BILAN.s. m.terme de Banque. C'est un petit livre que les Marchands, ou Banquiers portent sur eux, où d'un côté ils écrivent leurs dettes actives, & de l'autre leurs dettes passives. Ce mot vient du LatinBilanx, parce que ce Livre leur sert àbalancerleurs gains & leurs pertes. Il leur sert aussi au virement des parties. Les Marchands de Lyon appelloient ci-devantBilan des acceptations; un petit livre qu'ils portoient sur la place, où ils écrivoient toutes les Lettres de change tirées sur eux; & leur acceptation n'étoit autre chose que de mettre à côté de la Lettre qu'ils avoient enregistrée dans leurBilan, une croix qui signifioitacceptée: s'ils vouloient déliberer sur l'acceptation, ils mettoient un V, qui signifioitvûë; & s'ils ne la vouloient point accepter, ils mettoient S. P. qui signifioitsous protest. Mais depuis l'Ordonnance de 1677. il ne se fait plus d'acceptation que par écrit.On appelle l'entrée & l'ouverture duBilan, le sixiéme jour du mois des payemens, jusqu'à la fin duquel on fait le virement des parties, où les Marchands écrivent chacun de leur côté les parties virées.On appelle aussiBilan, ouBalancel'arrêté ou la clôture de l'inventaire d'un Marchand, où on a écrit vis à vis tout ce qu'il doit, & tout ce qui lui est dû: Un Marchand aprés sa faillite, pour s'accommoder avec ses créanciers leur doit presenter unBilan, qui contienne l'état au vrai de ses affaires: Si un Négociant qui a accoûtumé de porterBilansur la place, ou autre pour lui, ne s'y rencontre pendant le temps du payement, il est réputé avoir fait faillite.BILBOQUET.s. m.Jeu d'enfans fait d'unbâton creusé en rond par les deux bouts, au milieu duquel est une corde, où une balle de plomb est attachée, ils la jettent en l'air, & la reçoivent alternativement dans ces deux concavitez. On appelle ironiquement un nombril, unBilboquet.BOIS.s. m.substance qui forme le corps des arbres, & qui prend son accroissement du suc de la terre. Il y a desBoisdurs, comme le cormier, le poirier; desboislegers, comme le liége, &c. On a peint ce lambris en couleur debois. Monsieur Grew dans son Anatomie des plantes a découvert que la partie qu'on appelle proprement leBoisdans un vegetable, n'est autre chose qu'une infinité de canaux fort petits, ou de fibres creuses, dont les unes s'élevent en haut, & se rangent en forme d'un cercle parfait, & les autres qu'il appelle insertions, vont de la circonference au centre, elles se croisent mutuellement comme les lignes de longitude & de latitude sur un globe, ou les fils des tisserans étendus en long & en large, & entrelassez ensemble. Nicod dérive ce mot du Grecboscon, qui signifielignum; Ménage deboscium, qu'on a fait deboscumouboscus, qui signifie forest. Il vient plûtôt de l'Allemandbusch, d'où les Italiens ont faitBosco, & les EspagnolsBosqué. En vieux François on disoitbos; du diminutifBoskettuson a faitbosquet&bouquet, & debosciumon a fait pareillementbuisson, debosca,busche, & deboscagium,bocage.On appelle chez les Chrêtiens par excellence, le sacréBoisde la Croix, leboisde la vraye Croix, celui où fut attaché nôtre Sauveur.Boisse distingue en plusieurs sortes, tant par sa nature, ses vertus & ses qualitez, que par ses defauts, ses façons, ses voitures, ses mesures, & ses emplois.Boisconsideré selon ses diverses qualitez,utiles, curieuses, & medicinales, est premiérement leboisde charpente ou à bâtir, tels que sont les chênes, le châtagnier, le sapin, qu'on scie & qu'on équarrit, &c. qui sert à bâtir les maisons, à faire les planchers & les toits, les moulins, les machines, &c.LesBoisestimez par curiosité sont lesBoisde citron, de cédre, d'ébene, de Calemba ou Calembouc, de bouïs, à cause de leur odeur & de leur dureté, & parce qu'ils reçoivent un beau poli dont on fait des tables, des buffets, des chapelets, des peignes. Lesboisdes teintures sontboisd'Inde,boisde Bresil,boisde campêche,boisjaune, &c.LesBoismedicinaux sont le Gayac, que les Espagnols appellentLigno santo, l'Aloës ouagallochum, le Kinquinna, leboisd'aigle ou Pao d'aquila, & autres qui seront expliquez à leur ordre.Boisen termes d'eaux & forêts, consideré suivant son état, s'appellebois en étantlorsqu'il est debout & sur pied, vivant & prenant son accroissement sur la terre. Cette expression vient de ce que ce mot,étant, étoit autrefois un nom substantif, & on disoit qu'un homme étoit en sonétant, pour dire qu'il étoit debout sur ses pieds, comme on dit encore qu'il est en sonséant, pour dire qu'il est à demi couché.Boisvif, est celui qui prend nourriture, ou qui porte du fruit, qui pousse des branches & des feüilles.Bois d'entréeest celui que est entre verd, & sec, dont les arbres ont les houppiers, ou quelques branches séches, & d'autres vertes, la couppe en est défenduë aux Usagers.Bois gisant, celui qui est couppé ou abattu & couché sur terre.Bois mort, celui qui est seché sur pied, qui n'a plus de seve.Mort-bois, est celui qui est expliqué & désigné dans la charte Normande accordée par Louïs X. en 1313. il y en a neuf especes, saux, marsaux, épines, puisnes, aulnes, le seur ou sureau, genest, geniévre, & ronces. Dans l'Ordonnance de François I. sur le fait des Chasses art. 55. le Roi déclare que pour ôter toute difficulté sur ce qu'on doit appellerbois mort, &mort bois, il veut qu'on suive l'interpretation & la restriction qui est contenuë en la charte aux Normands, du Roi Louïs X. Les Ordonnances postérieures y sont conformes. Ce mot s'est dit selon quelques-uns par corruption, pourmauboisou mauvaisbois, qui ont voulu y comprendre tout le bois en étant qui n'avoit ni fruit, ni graine. Cependant il y a bien d'autres arbres qui ont vie, & qui ne portent point de fruit, qui ne sont pas renfermez dans le petit nombre d'espéces que l'Ordonnance met sous ce nom demort bois, qui n'est en usage que suivant les restrictions qui y sont comprises. Lemort-boisn'est point sujet au tiers & danger.Bois blanc, est le peuplier, le bouleau, le tremble, & autreboisleger & peu solide. Il n'y doit avoir que le tiers au plus debois blancdans la voye de bois de corde ou à brûler, suivant l'Ordonnance.Bois en grume, est tout le bois qu'on améne sans être équarri, qui est avec son écorce, & tel qu'il est sur pied, comme sont les pilotis & plusieursboisde charronage, & d'ouvrages. Il y a des Régles pour réduire lebois en grumeau quarré, c'est à dire, pour sçavoir combien un arbre sur pied de tant de pourtour donnera de pieds deboiséquarri.Bois chablissontboisabattus, ou rompus par lesvents, soit par le pied, soit ailleurs, au corps, ou aux branches, ou déracinez; on l'appelle aussicaableouboisversé: tous les arbres de condamnation pour forfaiture, ou délit y sont aussi compris.Bois encroüé, est un arbre qui en l'abattant est tombé sur un autre, & dont les branches sont engagées les unes dans les autres. L'Ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sontencroüez.LeBoisconsideré selon ses defauts, est premiérement lebois roulé, c'est duboisoù les cruës de chaque année n'ont point fait corps ensemble, mais sont demeurées de leur épaisseur sans aucune liaison. Ceboisne peut être debité ni en fente, ni en autre marchandise.Bois trenché, est celui qui a le fil de travers, qui au lieu de suivre le long de l'arbre, le traverse d'un côté à l'autre de l'écorce: il ne peut être employé à la fente, & il se casse aisément.Bois charmez, sont desboisauxquels on a fait quelque chose pour les faire mourir, ou tomber.Bois arsins, sont des bois où a été le feu, soit qu'on l'y ait mis par malice, soit qu'il y ait pris par accident.On appellelouppes de boisdes bosses ou gros nœuds qui s'élevent sur l'écorce.Bois RabougrisouAbougris,BroutezouAvortezsont lesboistortus & malfaits, qui ne croissent qu'à la maniére des pommiers, qui ne sont pas de belle venuë, & qui doivent être récépez.Bois Rustique&Noailleux, est celui qui a crû sur le gravier, & est exposé au soleil de midi, qui ne se peut fendre, si ce n'est un peu vers le tronc. On le dit aussi des racines d'olivier, de noyer, & d'autresboisveinez, qui servent aux Ebenistespour des ouvrages de placage, on l'appelle aussibois madré.Bois moulinéoubois carié, est duboiscorrompu, pourri, & où il y a des vers & des malandres.Bois bombé, est celui qui est naturellement un peu courbe, & qu'on pose sur son fort, quand on met par dessus sa partie la plus élevée, & qui fait sa bosse.LeBoisse considere aussi, selon sa taille & ses façons.Bois d'équarrissage, ouBois quarré, est tout leboiséquarri destiné à bâtir, qui est au dessus de six pouces, & selon qu'il est debité, chaque grosseur porte son nom particulier.Bois flacheux, est celui qui n'est pas bien équarri, & a vive arrête.Un cent deboischez les Charpentiers c'est cent fois 72. pouces deboisen longueur, ou une piéce qui a 12. pieds de long sur six pouces d'épaisseur & de largeur: de sorte qu'une seule poutre est souvent comptée pour 15. ou 20. piéces debois. Tout leboisde charpente se réduit à cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture, soit pour le toisé des ouvrages. Il est taillé en longueur depuis six jusqu'à 30. pieds, en augmentant les piéces toûjours de trois pieds en trois pieds. Celles de menuiserie ne vont guéres qu'à 15. pieds avec la même gradation. Ainsi on dit en ce sens, qu'un Navire de 1100. tonneaux, comme le Victorieux, qui a 120. pieds de quille portant sur gréve, est composé de 17465. piéces deboisréduites selon l'usage de Paris; & sa mâture de 4000. qui font bien 1800. charretées debois, tant que deux chevaux en peuvent tirer, sans les affûts de canon & les piéces de rechange. Le Caron Arpenteur a fait deux petits volumes de laqualité & du toisé desboisfort utiles pour les Marchands, ou Bourgeois qui veulent acheter duboisà bâtir.Bois de charronnage, est celui qui sert à faire des Rouës, des charriots & charrettes, comme l'orme & le chêne.Bois de sciage, est leboiscouppé en planches, & en solives qui sert pour les menuisiers: comme aussi tout leboisquarré dont l'épaisseur est moindre de six pouces, s'appellebois de sciage.Bois d'ouvrage, est celui qu'on travaille dans les forêts, dont on fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des éclisses, &c.On appelle aussi en général dubois ouvré, ou nonouvré, celui qui est façonné par les mains des Ouvriers, ou celui qui est en état de l'être.Bois merrein, c'est du bois fendu en petits ais, dont on fait les douves des tonneaux, des cuves. On l'appelle aussibois à Barils,bois d'enfonçures,bois à douvin,bois à pipes. Les Menuisiers en font aussi des panneaux, mais il ne sert point à bâtir, quoi qu'abusivement quelques-uns l'étendent à tout leboisde charpente, & plusieurs aux perches, échalats, &c.Les Menuisiers appellent aussi dubois refait, duboiséquarri & dressé sur toutes ses faces. Ils appellent courroyer lebois, quand ils lui donnent cette façon; ils disent aussi que desboissont bien poussez & bien rabbotez, quand ils sont bien unis.Les Charpentiers appellent aussibois affoiblis, lesboisqu'on a taillez en cintre, qu'on a rendus courbes. Lesboisaffoiblis exprés sont toisez de la grandeur de leur bossage, & les courbes de la grandeur de leur plein cintre; c'est à dire, qu'il faut comprendre le plus grand vuide de la courbe avec sa largeur.Bois à brûler, est celui qu'on destine à faire du feu, qui se divise en plusieurs espéces.Bois flotté, est celui qu'on améne en trains, & lié avec des perches & des rouëttes, sur des riviéres.Bois perdu, est celui qu'on jette dans les petites Riviéres qui n'ont pas assez d'eau pour porter des trains, ni des bâteaux, & qu'on va recueillir & mettre en trains aux lieux où elles commencent à porter. Il est permis aux Marchands de jetter leursbois à bois perdu, en avertissant les Seigneurs dix jours auparavant: comme aussi de faire des canaux, & de prendre les eaux des étangs pour les faire flotter, en dédommageant.Bois volants, sont les bois qui viennent par le flot droit au port, où on les recueille.Bois échappez, ceux qui par les innondations, s'échappent dans les prez & dans les terres.Bois canars, ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent sur les bords des ruisseaux, où on a jetté un flot debois à bois perdu. Les Marchands ont 40. jours aprés que le flot est passé, pour faire pêcher leursbois canarssans rien payer.Bois neuf, est le bois qui vient dans des bateaux sans tremper dans l'eau.Bois pelardest du bois menu & rond, dont on a ôté l'écorce pour faire du tan.Bois de moulleou de quartier, est duboisqui est mesuré, il doit avoir au moins 18. pouces de grosseur. Les Marchands Ventiers doivent fournir aux Bûcherons des chaînes & mesures de ces longueurs.Bois de corde, est duboisfait ordinairement de branchages ou de taillis, on l'appelle ainsi quand il est au dessous de 17. pouces de grosseur. Il doit être au moins de six, & se vend à la membrure,qui a quatre pieds de haut sur quatre pieds de large. Il est ainsi appellé à cause qu'on le mesuroit n'aguéres à Paris avec des cordes, comme on le fait encore sur les lieux. Toutboisà brûler en général doit avoir trois pieds & demi de long, y compris la taille. La corde de bois vaut deux voyes de Paris. La mesure de la corde deboisselon l'Ordonnance est de 8. pieds de long & de 4. de haut. Duboisen chantier, c'est duboisen pile & en magasin.Bois de compte, est celui dont les 62. bûches au plus se trouveront remplir les trois anneaux qui composent la voye deboispar les Ordonnances de la Ville, & ceux qui sont au dessous de 18. pouces de grosseur doivent être rejettez & renvoyez parmi leboisde corde.Mouleur deboisest un Officier de Ville établi sur les Ports, pour faire mesurer leboisdans les moulles ou membrures.On appelle à Parisbois de gravier, unboisdemi flotté, qui vient de la forest de Montargis, & qui est plus cher que le bois ordinaire.On appelle dubois d'Andelle, unboisde deux pieds & demi au plus, qui vient par bateaux par la Riviére d'Andelle; il est ordinairement de hestre.Brin debois, est un morceau deboisde belle venuë, droit & long qui n'est point scié, si ce n'est pour l'équarrissage, & qui est de toute la grosseur de l'arbre: il est excellent pour faire des planchers.On appelle aussi un Brin debois, unboisde pique, unboisde lance, ou lesboisde ces armes avant qu'ils soient ferrez.Les anciens Chevaliers appelloientboisleurs lances: leursboisvolerent en éclats; & on disoit qu'ils portoient bien leursbois, lors qu'ilscouroient en lice de bonne grace. C'est de là que figurément on dit qu'une femme porte bien sonbois, pour dire qu'elle a bonne mine à marcher.On dit en termes de guerre, quand on fait faire alte à l'Infanterie, haut lebois, à cause qu'on leve alors les piques; & dans sa marche, faire longbois, quand on veut augmenter l'intervale qui est entre les rangs.On appelle en Menuiserie des meubles debois, des tables, des siéges, desboisde lit, quand ils n'ont point de garniture d'étoffe ni de tapisserie.En termes de venerie, on dit unboisde cerf, ce qu'on appelle autrementcorne de cerf; & l'on dit qu'un cerf a touché aubois, quand il a dépoüillé la peau de sa tête, en frottant contre des arbres.On dit figurément en ce sens qu'une femme fait porter duboisà son mari, pour dire qu'elle lui fait porter les cornes, qu'elle lui est infidéle.En Agricultureboisse dit des menuës branches, sions, ou rejettons que les arbres poussent chaque année: ainsi on dit qu'un arbre nain pousse trop debois, qu'une vigne est trop chargée debois, pour dire qu'il la faut tailler, & qu'il faut émonder ou élaguer les arbres. On appelle aussi la vigne, leboistortu.Bois gentilest une plante medicinale qui jette plusieurs surgeons, qui a ses branches hautes d'un palme; ses feüilles sont semblables à celles de l'olivier, quoi que plus menuës & plus améres. Elles ont un goût si piquant, qu'elles écorchent la langue & le gosier, on l'appelle en Latinchamelœa, & est de grand usage en Medecine.Boisest aussi un nom collectif, qui signifie les arbres qui sont plantez fort épais & en grand nombre, soit dans un jardin, soit à la campagne: unboisépais: unboisdégradé.Bois de haute fûtaye, c'est leboisqui est parvenu à sa plus grande hauteur, qui est réputé immeuble, & qui ne peut être abattu par un usufruitier.On appellebois de haut revenu, celui qui est de demie fûtaye de 40. ou de 60. ans.Bois sur le retour, est unboistrop vieux, qui commence à diminuer de prix, & à se corrompre, qui a plus de 200. ans à l'égard des chênes: il est different duboistaillis qui renaît sur les vieilles souches de la haute fûtaye, coupées, & qu'on peut couper tous les neuf, douze, ou quinze ans, qui tourne au profit de l'usufruitier.Bois taillis, est leboisqu'on met en coupes ordinaires tous les dix ans, & qui est au dessous de 40. ans, car au delà c'est unefûtaye sur taillis, c'est dont on fait le charbon & leboisà brûler.Bois à faucillon, est un petit taillis, qu'on peut couper avec un petit ferrement.Bois en pueil, c'est unboisnouvellement coupé, & qui n'a pas encore trois ans. Ce mot se trouve en plusieurs Coûtumes, & entr'autres en celle d'Auvergne.On appelle unBois en défens, quand on a défendu de couper unbois, qu'on a reconnu de belle venuë dans quelque triage, pour le conserver & le laisser croître jusqu'à ce qu'on en ait besoin; & on dit qu'unboisest jugédéfensable, quand le Juge a donné permission d'y faire entrer les bestiaux en panage.Bois marmenteauxoubois de touche, sont desboisau tour d'une maison ou d'un parterre, pour leur servir d'ornement, ausquels on ne touche point. Les usufruitiers ne peuvent faire couper lesbois marmenteaux&bois de touche, ni en haute fûtaye, ni en taillis, quand ils servent à la décoration d'une maison ou d'un Château.Une coupe deboisréglée est une division qui se fait d'un grandboisen certaines portions, afin qu'on en coupe chaque année une certaine quantité sans dégrader lebois, ni en diminuer le revenu. On appelle l'âge dubois, ou l'essence dubois, le temps écoulé depuis sa derniére coupe.L'usance duboisse dit de son exploitation.Garde Bois, est l'Officier préposé pour empêcher les dégradations desbois, & conserver le gibier.En Poësie on appelle les Divinitez desboisles Driades, Hamadriades, les Faunes, les Satyres, &c.En termes de Marine on dit faire dubois, pour dire descendre en terre pour aller couper desboisnécessaires à l'équipage. On dit aussi qu'un vaisseau a reçû des coups enbois, pour dire dans les bas, dans les œuvres vives.HAUT BOIS.s. m.Est une flûte qui est de differente grandeur selon les quatre parties, qui servent à en faire un concert. Il est devenu depuis peu un instrument militaire, le Roi en ayant mis dans les Compagnies des Mousquetaires.On dit figurément qu'un homme jouë duhaut bois, quand il fait abattre, &c.

CONTENANT GENERALEMENT tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts.

A. Premiere lettre de l'Alphabet François, & de toutes les autres Langues. Chez les Occidentaux cette lettre prend son nom de l'expression du son qu'elle fait. Chez les Grecs on la nommeAlpha: chez les HebreuxAleph: chez les PheniciensAlioz; & chez les IndiensAlepha. C'est aussi le premier son articulé que la Nature pousse, & celuy qui forme le premier cri & le bégayement des enfans. D'où vient que Jeremie répondant à Dieu qui le destinoit pour son Prophete, luy dit: A,a,a, Seigneur je ne sçay pas parler, parce que je suis un enfant.Hierem. cap. 1.

C'est aussi ce qui exprime presque tous les mouvemens de nôtre ame, & pour rendre l'expression plus forte, on y ajoûte unehdevant ou aprés, comme dans l'admiration: Ha le beau tableau!Dans la joye: Ha quel plaisir! Dans la colere: Ha méchant! Dans la douleur: Ha la tête! Dans la pâmoison: Ha je me meurs! Dans le mouvement: Ha lévrier! Et generalement ce mot exprime toutes les palpitations de cœur, comme il paroît en ceux qui ont la courte haleine. Ciceron appelle l'Alettre salutaire, parce que c'étoit la marque d'absolution.

Cette lettre forme souvent un mot entier, & est quelquefois article du Datif pour décliner les noms & les pronoms: Ce livre est à Pierre, à Agnés. Quand il sert à décliner des noms ordinaires, s'ils commencent par des consones, on ditau, comme, Au soleil: si c'est par une voyelle, on y ajoûte unelau masculin, oulaau feminin: A l'homme, A la femme; Et au plurier on dit en tous cas,aux, comme: Aux Alexandres, Aux Muses, Aux Animaux.

Aest quelquefois preposition. Il est à la ville, aux champs: Cela est à la mode.

Aest le plus souvent adverbe, non seulement de temps & de lieu, comme, Cela vient à tard, Cela est à terre: mais encore il se joint à presque tous les mots de la Langue pour faire des phrases adverbiales, qui tiennent de leurs significations & de leurs maniéres: Venir à chef, Etre à couvert, à discretion, &c.

Ase joint aussi aux infinitifs des verbes pour faire des phrases adverbiales: Donner à boire & à manger: Un maître à écrire: On fait à sçavoir: Au pis aller.

Ase dit aussi dans les temps du verbe auxiliaire Avoir: Il a gagné cent écus: Il a fait: Il a dit: Il a le temps & l'argent.

Aest souvent une particule indéclinable qui sert à la composition de plusieurs mots, & qui augmente, diminuë, ou change leur signification.Quand elle s'y joint, elle fait doubler ordinairement la consone qu'ils ont à la tête, comme Accorder, Addonner, Affaire, Assujettir, Attrouper, &c.

Cette lettreAétoit aussi chez les Anciens une lettre numerale qui signifioit 500. comme on voit dans Valerius Probus. Il y a des vers anciens rapportez par Baronius, qui marquent les lettres significatives des nombres, dont le premier est tel:

PossidetAnumeros quingentos ordine recto.

PossidetAnumeros quingentos ordine recto.

Quand on mettoit un titre, ou une ligne droite au dessus de l'A, il signifioit cinq mille.

ABBÉ.s. m.ABBESSE.s. f.Superieur ou Superieure d'une Abbaye d'hommes ou de filles. Il y a trois sortes d'Abbez: Régulier, Séculier, Commendataire. Ce mot vient de ce que les premiers Moines appellerent leur SuperieurAb-bot, qui en Langue Syriaque signifie Pere. Ainsi ces mots deAbba Pater, qu'on trouve dans les Epitres aux Romains & aux Galates, & ailleurs, qui semblent dire la même chose, ne font pas pourtant un pleonasme, comme dit S. Augustin, veu que l'un est un nom de nature, & l'autre de dignité. D'autres disent qu'il vient du mot HebreuAba, qui signifie aimer, vouloir du bien.Covarruvias.

Chez les Ecrivains Grecs & Latins on appelloitAbbez, ceux que nous appellons maintenantPeres, qui étoient vénérables par leur âge & par leur sainteté. On a aussi compris sous ce nom généralement tous les Moines. Ainsi il est dit dans la Régle de S. Colomban, qu'il y avoit milleAbbezsous un Chef; & S. Epiphane fait mention d'un monastere, où il y avoit milleAbbez& mille cellules. On a appellé aussiAbbésecond, le Prieur d'un monastere, qui est le Lieutenant de l'Abbé. On a appellé aussi en Sicile des EvêquesAbbez& trés-souvent les Curez primitifs de France. On a appellé aussiAbbédu Palais le Maître de la Chapelle du Roy. Voyez du Cange. Les Abbez mitrez sont ceux qui ont droit de porter les ornemens Episcopaux, comme la mitre, les sandales, les gands, l'anneau & la crosse; ce qui leur a été accordé par privilege des Papes: & pour les distinguer des Evêques. Clement IV. ordonna que lesAbbezExempts porteroient des mitres brodées, mais sans pierreries & sans lames d'or & d'argent; & les non-Exempts, des mitres blanches & toutes unies.

Abbés'est dit aussi de quelques Magistrats ou personnes laïques & séculiéres. Chez les Gennois il y avoit un principal Magistrat qu'on appelloitAbbédu Peuple. En France il y a eu plusieurs Seigneurs, sur tout du temps de Charlemagne, à qui on donnoit le soin & la garde des Abbayes, qu'on appelloitAbbacomites.

Dans les anciens titres on trouve que les Ducs & les Comtes ont été appellezAbbez, & les Duchez & ComtezAbbayes; & plusieurs Seigneurs & Gentils-hommes qui n'étoient aucunement Religieux, ont aussi pris ce nom, comme remarque Ménage, aprés Fauchet & autres.

On appelle aussiAbbéceluy qu'on élit en certaines Confrairies & Communautez, particuliérement entre les Ecoliers & les Garçons Chirurgiens, pour commander aux autres pendant un certain temps: & c'est de là apparemment qu'est venu le jeu de l'Abbé, dont la régle est, que quand le premier a fait quelque chose, il faut que tous ceux qui le suivent, fassent le semblable.

Abbése dit proverbialement en ces phrases: On vous attendra comme les Moines font l'Abbé; c'est à dire, en travaillant toûjours, en commençant toûjours à dîner. On dit encore: Pour unMoine on ne laisse pas de faire unAbbé; pour dire que l'opposition d'un particulier n'empêche pas la déliberation d'une Compagnie, ou la conclusion d'une affaire. On dit en proverbe Espagnol:Como canta elabadresponde al monazillo; pour dire que les inferieurs tiennent le même langage, ou sont de même avis que les Superieurs. On appelle aussiAbbezde sainte Esperance, ceux qui prennent la qualité d'Abbez, sans avoir d'Abbaye, & quelquefois même de Benefice.

ABINTESTAT.Terme de Jurisprudence, qui se dit de celuy qui herite d'un homme qui n'a point fait de testament: Ce fils est heritier de son pereabintestat. Il y a eu un temps où on privoit de sepulture ceux qui étoient décédezabintestat: ce qui donna lieu à un Arrest du 19. Mars 1409. portant défenses à l'Evêque d'Amiens d'empêcher, comme il faisoit, la sepulture des décédezabintestat.

ABYSME.s. m.gouffre profond où on se perd, dont on ne peut sortir: Il y a de profonds abysmes dans ces montagnes, dans ces rochers, dans ces mers, dans ces rivieres: Cette ville est fonduë enabysme. Ce mot vient du Grecbatos, qui signifie la mer profonde, d'où est venu aussi le mot debas&abaisser. Borel.

Abysmese dit figurément en Morale des choses où la connoissance humaine se perd, quand elle raisonne: La Physique est unabysme, on ne peut pénétrer dans les secrets de la Nature: Les Jugemens de Dieu, les mystéres sont desabysmesdont on ne peut sonder la profondeur.

Abysmese dit absolument des Enfers: La rebellion des Anges les fit précipiter dans l'abysme. Qui pourra mesurer la profondeur de l'abysme? On dit aussi: C'est unabysmede maux, de souffrances, de malheurs.

Abysmese dit aussi de ces dépenses excessives, dont on ne peut juger avec certitude: On ne peut certainement régler la dépense de la Marine, c'est unabysme: La dépense de cette maison est excessive, c'est unabysme. On dit en proverbe qu'unabysmeattire l'autre, quand d'un mal on tombe en un plus grand.

Abysme,terme de Blason, est le cœur ou le milieu de l'Ecu. Il faut que la piéce qu'on y met, ne touche & ne charge aucune autre piéce, telle qu'elle soit. Ainsi on dit d'un petit Ecu qui est au milieu d'un grand, qu'il est mis enabysme: Il porte trois besans d'or avec une fleur de lys en abysme. Et tout autant de fois qu'on commence à blasonner par toute autre figure que par celle du milieu, on dit que celle qui est au milieu, est enabysme, comme si on vouloit dire que les autres grandes piéces étant élevées, celle-là paroît petite, comme cachée & abysmée.

Abysmeest aussi un vaisseau fait en prisme triangulaire renversé, qui sert aux chandeliers à fondre leur suif & à faire leur chandelle, en y trempant plusieurs fois leur mesche.

ABYSMER.v. act.Jetter dans unabysme, y tomber, se perdre, se noyer: Les Ouragansabysmentles vaisseaux: Ce terrain s'estabysmé, il y avoit dessous une carriere.

Abysmerse dit figurément en Morale: Les gros interêts ontabysméce marchand: Ce chicaneur aabysmésa partie, il l'a ruinée de fonds en comble: Il aabysmécet homme-là. Il se dit plus ordinairement avec le pronom personnel, & plus au figuré qu'au propre: Il estabysmédans la douleur: Cet homme a si mal fait ses affaires, qu'il s'estabysmé: Cette famille estabysmée, elle ne se relevera jamais: C'est un contemplatif quis'abysmedans ses pensées, qui extravague.

AGATE.s. f.Pierre précieuse, en partie transparente, & en partie opaque. Il y en a de plusieurs couleurs; ce qui lui a fait donner divers noms chez Pline & les autres Auteurs. Il y en a qui imitent la couleur de la cornaline; d'autres qui ont des veines fort rouges & fort blanches. On en a vû qui ont representé sept arbres tout entiers. LesAgates Sardoinessont de trois couleurs: les vrayes sont entiérement rouges qu'on fait passer pour la Carneole, comme ayant une petite teinture de couleur de chair mêlée de brun: il y en a d'autres moindres, qui sont en partie mêlées de rougeur, comme celle desang; & les derniéres le sont d'un rouge tirant sur le jaune. L'AgateSardonix est composée de la sardoine & de l'onix, & a une couleur sanguine & distinguée de cercles ou zones, qui semblent y avoir été peints par artifice, & quelquefois mêlée d'une blancheur surprenante. Pline, Strabon & Ciceron disent que la bague de Polycrate étoit deSardonix; ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'on dit de Mithridate, qui avoit quatre mille vases de cette même pierre: car ou cette bague n'auroit pas été de grand prix, ou ces vases d'un prix excessif.

LesAgates Onixsont toutes opaques, de couleur blancheâtre & noire, tellement distinctes, qu'on croiroit qu'elles y ont été appliquées par art. LesAgates Onix Sardonixsont celles où il se rencontre trois couleurs differentes, & néanmoins unies ensemble. On en a ruiné les mines; & celles qui se trouvent à present grandes & parfaites, n'ont point de prix. La couche du milieu est propre pour exprimer la carnation du visage; celle de dessus qui estSardoineou couleur de pourpre, donne la couleur aux vêtemens; & le dessous est d'une autre couleur propre pour faire le fonds, qui détache les deux premieres, & fait un ouvragemerveilleux suivant la science du Graveur. Pyrrhus avoit uneAgateoù étoient representées les neuf Muses & Apollon.

L'Agate Calcedoineest à demy opaque, & à demy transparente, & le plus souvent de couleur de rose remplie de certain nuage. Il y en a d'entiérement blanches, qui sont les plus rares.

LesAgates d'Egyptesont dures, rouges, & entremêlées de bleu & de blanc. Quand elles sont dans leur perfection, elles ont des couleurs semblables à l'Iris, & sont les plus estimées d'entre lesAgates.

L'Agate Romainene tient rien de celle d'Orient, & il y en a de plusieurs couleurs differentes qui les ont fait nommer differemment. On en faisoit autrefois ces vases Myrrhins si fameux dans l'Antiquité, qui avoient diverses couleurs, & qui representoient diverses figures.

Il se trouve aussi desAgatesen Allemagne, en Pologne & en Dannemark, dont quelques-unes ont disputé le prix aux Orientales.

Les Anciens parlent aussi d'uneAgaterouge comme du corail, mouchetée de points d'or, qu'on trouve en Candie, qu'on a nomméeSacrée, parce qu'elle préserve du venin des scorpions & des araignées. On a fait de tout temps des cachets d'Agate, parce que cette pierre ne retient point du tout la cire. Les Tireurs d'or brunissent l'or avec uneAgate. Pline dit que les premieresAgatesfurent trouvées en Sicile le long du fleuveAchates, qu'on nomme aujourd'huy leCanthera; ce qui leur a donné le nom d'Agates.

AILE.s. f.La partie de l'oiseau qui l'éleve ou qui le soûtient en l'air, quand elle est étenduë: L'aigle est un oiseau qui vole à tire d'aile: Les faucons se tiennent long-temps suraile: Ils ont l'ailevîte, trenchante, l'aileforte, l'aileentiére.On dit aussi: Faire voir enailel'oiseau: Le mettre enaile: Voler de bellesailes: La chauve-souri n'a point de plumes à sesailes: Les poussins sont encore sous l'ailede la mere. En ce sens il vient du LatinAla.

Ailese dit aussi de cette partie charnuë qui s'étend de l'estomach à la cuisse dans les volailles qu'on mange: Uneailede chapon, de perdrix: Il y en a qui préférent la cuisse à l'aile.

Aileen termes d'Anatomie se dit de plusieurs parties du corps, & premiérement les lobes du foye s'appellent souventailesouailerons. On appelleailes&aileronsdes chairs molles & spongieuses, qui sortent de la partie naturelle des femmes, que quelques-uns appellentNymphesouDames des eaux, parce qu'elles servent aux conduits de l'urine. On appelle aussiailesouaileronsles deux cartilages qui sont aux côtez du nez, & qui forment les narines; pareillement on appelleaileouaileronle haut de l'oreille.

L'Aileen terme de Blason, quand elle est seule, s'appelle undemy vol; & lorsqu'il y en a deux, s'appelle unvol: ce qui se dit de quelque oiseau que ce soit.

On appelle au Manégeailes, ces piéces de bois qu'on met aux côtez de la lance pour la charger vers la poignée.

Aileen termes de Botanique se dit des branches ou des feuïlles, qui poussent à côté l'une de l'autre sur les tiges des arbres ou des plantes: d'où est venu le nom d'Alaternus.

Ailese dit aussi d'un moulin à vent: ce sont ces grands chassis couverts de toile où le vent s'engouffre pour les faire tourner, qu'on appelle autrementvolants.

Les Ouvriers nomment aussi lesailesd'une fiche ou couplet, ces deux petits morceaux de fermobiles par le moyen de leurs charnieres, qui servent à soûtenir & à faire mouvoir des portes ou des fenêtres, ou des volets brisez. Ils appellentailesde lucarne les deux côtez qui posent sur les chévrons, & qu'on appelle autrementJoüéesde la lucarne. Les vitriers appellent encoreailesouaileronsces petites extrêmitez du plomb, qui sert à engager les losanges de verre dans les panneaux des vitres, & à les y tenir fermes.

Ailese dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie protection, tutelle: C'est une fille d'honneur qui a toûjours été élevée sous l'ailede la mere; & sur tout en Poësie:Cache-la sous ton aile au jour épouventable, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l'ame pécheresse. Malherbe a dit aussi:Et son ame étendant ses ailes fut toute prête à s'envoler. On dit aussi: La peur luy a mis desailesaux talons; pour dire, l'a fait fuir en diligence: On peint Mercure avec desailesaux talons: L'amour luy prêtera sesailes: On en donne aussi au Cheval Pegase, aux vents & autres choses semblables, &c. On dit encore poëtiquement: Son nom volera sur lesailesde la Renommée: Sur l'ailedes beaux vers; pour dire que sa réputation ira bien loin. On dit aussi: Sur l'ailedes zephirs.

On donne aussi figurément desailesaux Cherubins & aux Anges: Les Cherubins devant Dieu se couvrent la face de leursailes: Ils couvroient l'Arche de leursailes.

On appelle lesailesd'un bâtiment, ce qu'on bâtit à droit & à gauche, pour accompagner le principal corps de logis, & faire les deux côtez de la cour: Ce bâtiment est imparfait, il n'y a qu'uneailede bâtie. On appelle aussi cesailes,bras ou potences.

On appelle aussiailesdans les Eglises ce qui està droit & à gauche de la croisée, & quelquefois tout le tour des bas côtez, ou des petites voutes qui sont à côté de la grande: Le portail de l'ailedroite plus beau que celuy de la gauche: On n'a bâti que le Chœur, on va bien-tôt travailler auxailes.

Ailese dit en termes de guerre des deux extrêmitez d'une armée rangée en bataille: L'Ailedroite fut la premiere rompuë: La Cavalerie se met sur lesailes. En ce sens ce mot vient dealaudaselon Bochart, qui signifioit une Legion Gauloise, ainsi nommée à cause de la figure des casques que portoient les soldats qui étoient crêtez comme des allouëttes. On dit que Pan, l'un des Capitaines de Bacchus, a été le premier inventeur de cette maniére de ranger une armée en bataille: d'où vient que les Anciens l'ont peint avec des cornes à la tête, parce qu'ils appelloient cornes ce que nous appellons lesailes.

Ailese dit aussi des deux côtez de chaque bataillon ou escadron; des derniéres filles: Les picquiers sont rangez au milieu, & les mousquetaires sur lesailes: On a commencé à défiler par l'ailedroite. Les manches d'un bataillon sont aussi sesailes.

Ailese dit aussi dans le discours ordinaire, de ceux qui marchent à côté; & un peu à l'écart, pour donner secours au besoin: Il sembloit que ce Prevost marchât seul, mais il y avoit plusieurs Archers sur lesailespour l'assister.

Ailese dit aussi en termes de fortification du flanc d'un bastion, & plus ordinairement des longs côtez d'un ouvrage à corne ou à couronne, qui sont flanquez par quelque endroit de la place, par quelque dehors ou travail particulier.

Ailese dit proverbialement en ces phrases: Cet homme ne bat plus que d'uneaile; pour direque son crédit, sa fortune, son esprit, sont diminuez, & qu'il n'en peut plus: On luy a tiré une plume de sonaile; pour dire qu'on luy a arraché quelque chose de son bien: qu'On en tirera pied ouaile; pour dire qu'on tirera quelque chose d'une affaire, & qu'on ne perdra pas tout: On luy a rogné lesailes; pour dire qu'on a retranché de son autorité, de ses richesses. On dit d'un téméraire, qu'Il a voulu voler avant que d'avoir desailes, qu'Il n'a pas encore l'aileassez forte; pour dire qu'il a commencé trop tost quelque entreprise au dessus de ses forces. On dit d'un homme malheureux, qu'Il en a dans l'aile, pour dire qu'il luy est arrivé quelque accident fâcheux, ou bien qu'il a passé les 50. ans qu'on marque avec une L.

Ailé,ée.adj.qui a desailes: Pegase est un chevalailé. Les Poëtes appellent les oiseaux, les peuplesailez: Les papillons, les cigales sont des insectesailez: Il y a des poissonsailezqui sont fréquens sur l'Ocean Athlantique.

En termes de Blason on appelle un oiseauailé, quand ses ailes sont d'une autre émail que son corps. On appelle aussiailétout ce qui est peint avec desailes, quoy que contre sa nature, comme un cerfailé, un cœurailé, des dragons, des serpensailez, une mainailée, une tête de leopardailée, une bandeailée, &c.

ALGEBRE.s. f.science qui sert à éclaircir, à étendre & à perfectionner l'Arithmetique, la Geometrie & toutes les sciences mathematiques. Quelques-uns l'ont définie, l'Arithmetique des nombres figurez, comme a fait Salignac de Bordeaux, qui en a fait un sçavant Traité. Elle considere les grandeurs, & s'applique aux nombres, aux lignes, aux figures, aux poids & aux vîtesses des mouvemens, tant en general qu'en particulier,en faisant abstraction de toutes matiéres: de sorte qu'on la pourroit appeller uneGeometrie metaphysique. L'idée en a été prise sur la Régle qu'on appelle de fausse position en Arithmetique: car en operant sur une supposition incertaine, ou même fausse, elle fait connoître des veritez infaillibles & démontrées. Il y a deux especes d'Algebre: la premiere est la supputation des chiffres & des nombres avec des especes ou des lettres; la seconde est l'Analyse ou l'art de résoudre les questions, & de découvrir les veritez generales des Mathematiques. Ménage dérive ce mot de l'ArabeAlgebra, qui signifie le rétablissement d'un os rompu, de la racineGiabarra, supposant que la principale partie de l'Algebre, est la consideration des nombres rompus: il y a apparence qu'il se trompe, & qu'il a pris l'origine d'un autre mot EspagnolAlgebrista, qui signifie un Renoüeur de membres disloquez, que nous appellons en France unBalleüil: car la fraction n'a rien de commun avec l'Algebre, qui ne considere pas plus les nombres rompus que les entiers, & qui même exprime ses puissances par des lettres, qui ne sont pas susceptibles de fractions. Il est vray que le motAlgebreest un mot Arabe, mais il est primitif de la langue, & il luy a été donné par son auteur qui étoit Arabe. Cardan dit qu'il se nommoit Mahomet fils de Moïse, & il le met au 9. rang des 12. plus excellens hommes, qu'il a choisis dans l'Antiquité pour la subtilité de leur esprit. Mais Scriverius en attribuë l'invention à Diophante Auteur Grec, dont Regiomontanus a recueilli 13. livres, qui ont été commentez par Gaspard Bachet, sieur de Meziriac, de l'Academie Françoise.

Les notes de l'Algebre sont telles:

+ signifie plus: ainsi 9 + 3 veut dire 9 plus 3.

− signifie moins: ainsi 14 − 2 veut dire 14. moins 2.

= est la note de l'égalité: ainsi 9 + 3 = 14 − 2 veut dire, neuf plus trois est égal à 14. moins deux.

:: Les quatre points entre deux termes devant & deux termes aprés, marquent que les quatre termes sont en proportion géometrique: ainsi 6. 2 :: 12. 4. veut dire, comme 6 est à deux, ainsi 12 est à quatre.

÷÷ est la note d'une proportion continuë. ÷÷ 3. 9. 27. veut dire que trois est autant de fois dans neuf, comme neuf dans 27.

: Ces deux points au milieu marquent la proportion arithmetique entre ces nombres. 7. 3: 13. 9. veut dire, 7. surpasse 3. comme 13. surpasse 9.

÷ Cette note marque la proportion arithmetique continuë: ainsi ÷ 3. 7. 11. veut dire, 3 est surpassé de 7. autant que 7. par 11.

Deux lettres ensemble marquent une multiplication de deux nombres ou grandeurs: ainsib dest le produit de deux nombres, comme 2. & 4. dont le premier s'appelleb, & l'autred.

Vsignifie racine, ainsiV4, c'est à dire, la racine de 4, qui est 2, lequel multiplié par lui-même fait 4.

On dit proverbialement quand quelqu'un n'entend rien à quelque chose qu'il lit, ou qu'il écoute, que C'est de l'Algebrepour luy.

ALKALI.s. m.terme de Chymie & de Physique. C'est un sel vuide & poreux disposé à se joindre facilement à tous les acides. C'est par son moyen que les Chymistes rendent facilement la raison de la composition de tous les corps naturels, & la font voir par des experiences sensibles. Ils comparent ce sel à une terre vuide qui auroit été aux trois premiers jours du monde, avantqu'elle fut allumée par les rayons du soleil, qui s'étant incorporez dans cetAlkali, ont fait ensemble tous les corps sublunaires. L'acide donne les deux qualitez mâles, le chaud & le sec; & l'Alkaliles feminines, le froid & l'humide: ce qui a donné lieu à plusieurs beaux Traitez des Philosophes modernes, entre autres d'Otho Takenius, qui dans sonHippocrates Chymicusen a écrit des premiers fort sçavamment; deBernard SwalueMedecin, dans le Combat de l'Art & de la Nature; & aux Entretiens de François André Medecin de Caën, sur l'Acide & l'Alkali. Ce mot est Arabe, & vient deal, qui signifie sel, & dekaliqui est une herbe que nous appellonssoude. Et parce que son sel a la propriété d'absorber & de mortifier les acides, & de s'en impreigner plus facilement que les autres, on a appellé tous les sels de cette nature, selsAlkali, quelques-uns l'appellent autrement,alun Catin. Le tartre est le plus fort de tous les selsAlkali, & quand il est mêlé avec l'esprit de vitriol qui est un fort Acide, ils font une soudaine ébullition & coagulation, qui de liquides qu'ils étoient, font un corps solide. Les Philosophes proposent cette union comme un exemple general de la composition de tous les corps, qui se fait par les acides & lesAlkali, à cause de la grande alteration qui arrive à la saveur & aux autres qualitez de ces sels unis. Il faut remarquer que leur effervescence & leur action cesse, lorsqu'ils se sont réciproquement pénétrez & rassasiez les uns des autres, car elle n'arrive plus par quelque addition qu'on puisse faire de l'un ou de l'autre, lors qu'ils sont proportionnellement unis. Ordinairement on appelle selsAlkali, tous les sels lexiviaux & artificiels qui se tirent des plantes.

ANTIMOINE.s. m.C'est un corps mineralqui approche de la nature des métaux, & que quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu'il se trouve prés des mines des uns & des autres, & sur tout dans celles d'argent & de plomb, & souvent il a sa mine propre. On l'appelle aussi Marchasite de plomb, & les Chymistes le nomment leLoupou leSaturne des Philosophes, parce qu'il devore les autres métaux, quand on les fond ensemble, & qu'il les consume tous à la réserve de l'or. On l'appelle aussiProthée, à cause de la diversité des couleurs qu'il prend par le moyen du feu. On le tient composé d'un double soulfre mineral, l'un métallique approchant de la pureté & de la couleur de celui de l'or, & l'autre terrestre & combustible semblable presque au soulfre commun; d'un mercure fuligineux & mal digeré, participant de la nature du plomb & d'un peu de sel terrestre. Il ressemble à de l'écume d'argent, & il a une couleur claire & luisante, il se dissout difficilement au feu, & plus facilement dans l'eau. Il est fragile comme le verre, & tient le milieu entre les métaux & les pierres, parce qu'il se fond comme le métail; mais il n'est pas ductile non plus que les pierres. Il y en a un mâle qui est plus sablonneux, & un autre femelle qui est plus pesant, plus brillant & plus friable. On le mêle avec d'autres métaux pour faire des miroirs, parce qu'il les rend capables d'un plus beau poli. On le mêle aussi pour faire des cloches, parce qu'il rend leurs sons plus clairs; on le mêle à l'étaim pour le rendre plus dur, plus blanc & plus sonnant: & enfin au plomb dans les fontes des caracteres d'Imprimerie, pour les rendre plus durs & plus unis. Il aide generalement à la fusion des autres métaux, & sur tout à celle des boulets de canon. On a crû qu'il pouvoit servir à une medecine universelle: car c'esten effet celui qui fournit le plus de remédes, & pour un plus grand nombre de maladies. Sa principale qualité est de provoquer le vomissement, & de purger par haut & par bas: ce qui en fait faire diverses préparations, que les Medecins appellentEmetiques. Ils donnent aussi ce nom au vin blanc, dans lequel il est infusé, parce qu'il fait vomir. Les Latins l'appellentstibium, & les Grecsstimmi.

L'Antimoine crudest celui qu'on broye sur le porphyre, tel qu'il vient de la mine.

L'Antimoine préparéest celui qui a passé par les mains des Artistes, pour le purger de ses mauvaises qualitez, & faire diverses operations.

LeVerre d'Antimoineest de l'antimoine broyé, cuit & calciné par un feu violent dans un pot de terre, jusqu'à ce qu'il ne jette plus de fumée: ce qui est une marque que tout son soulfre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, & alors il est fort diaphane, rouge & brillant & de couleur d'hyacinthe.

LeRegule d'Antimoineest le culot, ou ce qu'on trouve au fond & au dessous dans le creuset, où il y a de l'Antimoine, aprés qu'il a été fondu avec des matiéres capables de séparer ses parties pures d'avec les impures. On en fait des balles purgatives qui servent toûjours, & des gobelets, ou laissant reposer quelque temps des liqueurs, elles deviennent aussi purgatives.

LesFleurs d'Antimoinesont de l'Antimoineen poudre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s'attachent à ses pots, en projettant peu à peu la poudre.

LeBeurre d'Antimoineest une liqueur blanche & gommeuse, qu'on nomme autrementLiqueur glaciale d'Antimoine, qui se fait avec duRegule d'Antimoine& du sublimé corrosif. Cette liqueurse coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, de sorte qu'on ne l'employe qu'à l'exterieur, pour arrêter la cangrene, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c.

LeSafran d'Antimoinese fait d'Antimoine& de nitre mis en poudre & au feu, lequel aprés la détonation & la fusion, fait descendre au fond du vaisseau les parties les plus pures de l'Antimoine. Elles ont la figure d'un foye, qui font qu'on lui donne aussi le nom deFoye d'Antimoine, ou deSafran des métaux. On le nomme aussiMagnesie Opaline, à cause qu'il a la figure de Marchasite, & la couleur de l'Opale: on en fait les poudres & le vin Emetiques.

L'Antimoine Diaphoretiqueest celui qui est mêlé & préparé avec du nitre, qui change ses qualitez vomitives & purgatives en diaphoretiques.

L'Huile d'Antimoineest de l'Antimoinepilé & mêlé, mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours, & aprés cette operation plusieurs fois réïterée, le vinaigre qu'on distile, donne une liqueur sanguine, qu'on appelleHuile d'Antimoine, & qui colore l'argent en or.

LaChaux d'Antimoines'appelle quelquefoisCeruseà cause de son extrême blancheur.

La fortune de l'Antimoinea souvent changé dans l'Ecole de Medecine. Elle fit donner un Arrest du Parlement en l'année 1566. qui fit défenses d'employer l'Antimoineen médicamens, parce qu'elle prétendit qu'il avoit une qualité veneneuse, qui ne se peut corriger par quelque préparation que ce soit. Mais depuis, la même Faculté le fit mettre au rang des médicamens purgatifs dans l'Antidotaire, qui fut imprimé par son ordre en 1637. Et enfin elle a fait donner un Arrestdu 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s'en servir, avec défenses aux autres personnes de l'employer que par leur avis.

Ce mot d'Antimoinevient selon quelques-uns de ce qu'un Moine Allemand qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux pourceaux de l'Antimoine, dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, aprés avoir été purgez trés-violemment, en étoient devenus bien plus gras: ce qui lui fit penser qu'en purgeant de la même sorte ses confreres, ils s'en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réüssit si mal, qu'ils en moururent tous: ce qui fut cause qu'on appella ce mineralAntimoine, comme qui diroitcontraire aux Moines. Cette étymologie vient d'un vieux manuscrit d'Allemagne, qui est dans la Bibliotheque de M. Moreau Medecin du Roi, cité par M. Perrault dans son livre du Rabat-joye de l'Antimoine.

BAN.s. m.publication à haute voix au son du tambour, ou de la trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part du Roi & de la Justice: On a fait unbanportant défenses de sortir du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait unbandans les carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces phrases dans les Coûtumes, Crier auban, Cas deban, A peine deban, Proceder àban, &c. On appelle aussibanla publication & le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les hommages, ou lui payer les redevances, &le venir reconnoître. On dit aussi,bande vendanges, ouverture deban, &c. pour dire, la publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de l'Allemandban, qui signifie proprementpublication, & en suiteproscription, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont venus les mots deBannir,Ban,Bannissement, deBandi, deBan&arriére-Ban,Banlieuë,Banniére,Bannal,abandonner, &c. Nicod le dérive d'un autre mot AllemandBan, qui signifie champ & territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs, champs & heritages, qu'on est obligé auban&arriére-ban, & que le four àbanest le four du territoire de la Seigneurie. Borel le dérive du Grecpan, qui signifie tout, parce que la convocation est generale.

Banse dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses, des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le Concile de Trente a ordonné la publication de troisBans, pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l'essence du mariage, on obtient aisément dispense desBans, on achete les deux derniersBans, quand le premier a été publié.

Banse dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié leBan& l'Arriere-ban.

Banest aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. LeBan& l'Arrierebanest long-temps à se mettre en campagne.

Banse dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagnesont souvent assignez, sont mis auBande l'Empire, & on confisque leurs Fiefs faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.

Bansignifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui est enjoint de garder sonBanà peine de la hart: Il a obtenu un Rappel deBan.

Bansignifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange à son pressoir. Ainsi on dit, un four àBan, un moulin àBan, un pressoir àBan; & on appelle sujetsbanniers& droit debannée, ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle fourbandier, moulinbanquier, ce qu'on appelle ailleursBannal.

BANQUE.s. f.Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire laBanquesans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne fait plus que laBanque. Ce mot vient de l'Italienbanca, qui a été fait debanco. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les places de commerce, d'où on a fait aussibanqueroute. Ménage.

Banquese dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est laBourse; à Lyon, leChange; à Paris, la place duChange. On met son argent à laBanque, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest, même en quelques lieux à fonds perdu.

Banquese dit aussi des Sociétez, Villes ouCommunautez qui se chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros interest: laBanquede Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi uneBanquepour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un tiers.

Banquese dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette; du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui gagneront.

BANQUEROUTE.s. f.Faillite, fuite, abandonnement de biens que font des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude & malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. LaBanquerouteest differente de la faillite, parce que laBanquerouteest volontaire & frauduleuse, quand leBanqueroutiers'enfuit & emporte le plus liquide de ses biens; lafailliteest contrainte & necessaire, & est causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a faitfaillitedés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou qu'il y a quelque desordre dans son négoce.

Banqueroutese dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas leurs dettes.

Banqueroutese dit figurément en choses spirituelles: Il a faitBanquerouteà l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italienbanca Rotta, banque rompuë.

BANQUEROUTIER.iere.s. m. & f.Marchand ou Banquier qui fait Banqueroute: Onn'est pas assez sévére pour condamner lesBanqueroutiersfrauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an 1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son execution. On appelle proprementbanqueroutiersfrauduleux ceux qui divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.

BANQUET.s. m.Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus fit un fameuxBanquetà toute sa Cour, dont il est parlé au Livre d'Esther. Plutarque a écrit duBanquetdes sept Sages. Ce mot vieillit & vient de l'Allemandpancket, dont les Italiens ont faitbanquetto, & les Espagnolsbanquette.

Banquetse dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent participer au sacréBanquetceleste.

Banqueten termes de manége, est la petite partie de la branche de la bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou fonceau.

BANQUETER.v. act.faire un festin, faire grande chere avec ses amis. Ce mot vieillit.

BANQUETTE.s. f.Terme de fortification. C'est un degré ou deux qui régnent tout le long des parapets, afin qu'on puisse tirer par dessus: LaBanquettedoit avoir un pied & demi de haut & trois pieds de large.

Banquettese dit aussi d'une petite élevationau dessus du niveau de la ruë, pour servir de chemin commode aux gens de pied; comme il y en a à Paris au Pont-Neuf & au Pont-Marie.

BANQUIER.s. m.Negociant en argent, qui donne des lettres de change pour faire tenir de l'argent de place en place.

BanquierExpeditionaire en Cour de Rome, est un Officier de nouvelle création, qui se charge de faire venir toutes les bulles, dispenses & autres expeditions qui se font en la Cour Romaine, & en la Legation d'Avignon, soit de la Chancellerie, soit de la Penitencerie. L'origine de ces Banquiers vient de ce que les Guelphes du temps des guerres civiles d'Italie se réfugierent en Avignon & dans les Païs d'obédience; & comme ils étoient favorisez des Papes, dont ils avoient soûtenu le parti, ils se mêlerent de faire obtenir les graces & expeditions de Cour de Rome, & s'appellerentmercatores&scambiatores Domini Papæ, comme témoigne Matthieu Paris: mais comme ils se rendirent odieux alors par de grosses usures, on les appellaCarsins, ouCaorsins, du nom deCaorsVille de Querci, dont le Pape Jean XXII. qui siégeoit alors étoit natif, à cause que de son temps ces usuriers étoient en leur plus haute élevation, comme témoigne Adam Theveneau en ses Commentaires sur les Ordonnances, au titre des Usures. Les Italiens en firent aussi pour eux le motscarsi, qui signifieavares; & ils eurent tant de haine pour cette Ville, que le Poëte Dante dans son Enfer, met au même rang Sodome & Cahors, & y place tous les scelerats & les usuriers. Les marques de cette haine ont duré long-temps en France, & on a appellé en Chancellerie lesLettres Lombardesles Lettres qui s'expedioient en faveur des Lombards & Italiens, qui vouloient trafiquer ou tenirBanqueen France,qui se taxoient au double des autres, en haine de ce qu'on appelloit alors tous les Changeurs,Banquiers, Revendeurs, & Usuriers d'Allemagne, & de Flandres même, Lombards, de quelque nation qu'ils fussent, & on les appelle encore ainsi en plusieurs lieux. La place du Change & la Fripperie d'Amsterdam s'appellentPlaces Lombardes.

Banquierse dit aussi en certains Jeux, comme l'Occa, la Bassette, de celui qui tient le Jeu & l'argent, & qui a le fonds devant lui, pour payer ceux qui gagnent.

BEFFROY.s. m.lieu élevé où il y a une cloche dans une place frontiére, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme, quand les ennemis paroissent. Nicod dérive ce mot debée& deeffroy, parce qu'il est fait pour beer & regarder, & en suite donner l'effroy.

Beffroyest aussi la charpenterie qui soûtient les cloches dans un clocher.

On appelle aussiBeffroy, ces tours ou machines de charpente qu'on faisoit autrefois en assiégeant les places, auparavant l'invention de l'Artillerie.

Beffroyse dit aussi de certaines cloches qui sont dans des lieux publics, qu'on ne sonne qu'en certaines occasions, comme de réjouïssances, d'allarmes ou d'incendie: Il y a trois Beffrois à Paris, celui de l'Hôtel de Ville, du Palais, & de la Samaritaine: quand il naît un Fils de France, on donne ordre de tinter leBeffroypendant 24. heures.

Beffroyen termes de Blason, est un nom que les Rois d'armes & Herauts ont donné à un Ecu vairé, ou composé de trois titres de vair, parce qu'il est fait en forme de cloches qui servent à sonner à l'effroy: & quand on dit simplementBeffroy, on doit entendre qu'il est composé d'argent & d'azur.

BILAN.s. m.terme de Banque. C'est un petit livre que les Marchands, ou Banquiers portent sur eux, où d'un côté ils écrivent leurs dettes actives, & de l'autre leurs dettes passives. Ce mot vient du LatinBilanx, parce que ce Livre leur sert àbalancerleurs gains & leurs pertes. Il leur sert aussi au virement des parties. Les Marchands de Lyon appelloient ci-devantBilan des acceptations; un petit livre qu'ils portoient sur la place, où ils écrivoient toutes les Lettres de change tirées sur eux; & leur acceptation n'étoit autre chose que de mettre à côté de la Lettre qu'ils avoient enregistrée dans leurBilan, une croix qui signifioitacceptée: s'ils vouloient déliberer sur l'acceptation, ils mettoient un V, qui signifioitvûë; & s'ils ne la vouloient point accepter, ils mettoient S. P. qui signifioitsous protest. Mais depuis l'Ordonnance de 1677. il ne se fait plus d'acceptation que par écrit.

On appelle l'entrée & l'ouverture duBilan, le sixiéme jour du mois des payemens, jusqu'à la fin duquel on fait le virement des parties, où les Marchands écrivent chacun de leur côté les parties virées.

On appelle aussiBilan, ouBalancel'arrêté ou la clôture de l'inventaire d'un Marchand, où on a écrit vis à vis tout ce qu'il doit, & tout ce qui lui est dû: Un Marchand aprés sa faillite, pour s'accommoder avec ses créanciers leur doit presenter unBilan, qui contienne l'état au vrai de ses affaires: Si un Négociant qui a accoûtumé de porterBilansur la place, ou autre pour lui, ne s'y rencontre pendant le temps du payement, il est réputé avoir fait faillite.

BILBOQUET.s. m.Jeu d'enfans fait d'unbâton creusé en rond par les deux bouts, au milieu duquel est une corde, où une balle de plomb est attachée, ils la jettent en l'air, & la reçoivent alternativement dans ces deux concavitez. On appelle ironiquement un nombril, unBilboquet.

BOIS.s. m.substance qui forme le corps des arbres, & qui prend son accroissement du suc de la terre. Il y a desBoisdurs, comme le cormier, le poirier; desboislegers, comme le liége, &c. On a peint ce lambris en couleur debois. Monsieur Grew dans son Anatomie des plantes a découvert que la partie qu'on appelle proprement leBoisdans un vegetable, n'est autre chose qu'une infinité de canaux fort petits, ou de fibres creuses, dont les unes s'élevent en haut, & se rangent en forme d'un cercle parfait, & les autres qu'il appelle insertions, vont de la circonference au centre, elles se croisent mutuellement comme les lignes de longitude & de latitude sur un globe, ou les fils des tisserans étendus en long & en large, & entrelassez ensemble. Nicod dérive ce mot du Grecboscon, qui signifielignum; Ménage deboscium, qu'on a fait deboscumouboscus, qui signifie forest. Il vient plûtôt de l'Allemandbusch, d'où les Italiens ont faitBosco, & les EspagnolsBosqué. En vieux François on disoitbos; du diminutifBoskettuson a faitbosquet&bouquet, & debosciumon a fait pareillementbuisson, debosca,busche, & deboscagium,bocage.

On appelle chez les Chrêtiens par excellence, le sacréBoisde la Croix, leboisde la vraye Croix, celui où fut attaché nôtre Sauveur.

Boisse distingue en plusieurs sortes, tant par sa nature, ses vertus & ses qualitez, que par ses defauts, ses façons, ses voitures, ses mesures, & ses emplois.

Boisconsideré selon ses diverses qualitez,utiles, curieuses, & medicinales, est premiérement leboisde charpente ou à bâtir, tels que sont les chênes, le châtagnier, le sapin, qu'on scie & qu'on équarrit, &c. qui sert à bâtir les maisons, à faire les planchers & les toits, les moulins, les machines, &c.

LesBoisestimez par curiosité sont lesBoisde citron, de cédre, d'ébene, de Calemba ou Calembouc, de bouïs, à cause de leur odeur & de leur dureté, & parce qu'ils reçoivent un beau poli dont on fait des tables, des buffets, des chapelets, des peignes. Lesboisdes teintures sontboisd'Inde,boisde Bresil,boisde campêche,boisjaune, &c.

LesBoismedicinaux sont le Gayac, que les Espagnols appellentLigno santo, l'Aloës ouagallochum, le Kinquinna, leboisd'aigle ou Pao d'aquila, & autres qui seront expliquez à leur ordre.

Boisen termes d'eaux & forêts, consideré suivant son état, s'appellebois en étantlorsqu'il est debout & sur pied, vivant & prenant son accroissement sur la terre. Cette expression vient de ce que ce mot,étant, étoit autrefois un nom substantif, & on disoit qu'un homme étoit en sonétant, pour dire qu'il étoit debout sur ses pieds, comme on dit encore qu'il est en sonséant, pour dire qu'il est à demi couché.

Boisvif, est celui qui prend nourriture, ou qui porte du fruit, qui pousse des branches & des feüilles.

Bois d'entréeest celui que est entre verd, & sec, dont les arbres ont les houppiers, ou quelques branches séches, & d'autres vertes, la couppe en est défenduë aux Usagers.

Bois gisant, celui qui est couppé ou abattu & couché sur terre.

Bois mort, celui qui est seché sur pied, qui n'a plus de seve.

Mort-bois, est celui qui est expliqué & désigné dans la charte Normande accordée par Louïs X. en 1313. il y en a neuf especes, saux, marsaux, épines, puisnes, aulnes, le seur ou sureau, genest, geniévre, & ronces. Dans l'Ordonnance de François I. sur le fait des Chasses art. 55. le Roi déclare que pour ôter toute difficulté sur ce qu'on doit appellerbois mort, &mort bois, il veut qu'on suive l'interpretation & la restriction qui est contenuë en la charte aux Normands, du Roi Louïs X. Les Ordonnances postérieures y sont conformes. Ce mot s'est dit selon quelques-uns par corruption, pourmauboisou mauvaisbois, qui ont voulu y comprendre tout le bois en étant qui n'avoit ni fruit, ni graine. Cependant il y a bien d'autres arbres qui ont vie, & qui ne portent point de fruit, qui ne sont pas renfermez dans le petit nombre d'espéces que l'Ordonnance met sous ce nom demort bois, qui n'est en usage que suivant les restrictions qui y sont comprises. Lemort-boisn'est point sujet au tiers & danger.

Bois blanc, est le peuplier, le bouleau, le tremble, & autreboisleger & peu solide. Il n'y doit avoir que le tiers au plus debois blancdans la voye de bois de corde ou à brûler, suivant l'Ordonnance.

Bois en grume, est tout le bois qu'on améne sans être équarri, qui est avec son écorce, & tel qu'il est sur pied, comme sont les pilotis & plusieursboisde charronage, & d'ouvrages. Il y a des Régles pour réduire lebois en grumeau quarré, c'est à dire, pour sçavoir combien un arbre sur pied de tant de pourtour donnera de pieds deboiséquarri.

Bois chablissontboisabattus, ou rompus par lesvents, soit par le pied, soit ailleurs, au corps, ou aux branches, ou déracinez; on l'appelle aussicaableouboisversé: tous les arbres de condamnation pour forfaiture, ou délit y sont aussi compris.

Bois encroüé, est un arbre qui en l'abattant est tombé sur un autre, & dont les branches sont engagées les unes dans les autres. L'Ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sontencroüez.

LeBoisconsideré selon ses defauts, est premiérement lebois roulé, c'est duboisoù les cruës de chaque année n'ont point fait corps ensemble, mais sont demeurées de leur épaisseur sans aucune liaison. Ceboisne peut être debité ni en fente, ni en autre marchandise.

Bois trenché, est celui qui a le fil de travers, qui au lieu de suivre le long de l'arbre, le traverse d'un côté à l'autre de l'écorce: il ne peut être employé à la fente, & il se casse aisément.

Bois charmez, sont desboisauxquels on a fait quelque chose pour les faire mourir, ou tomber.

Bois arsins, sont des bois où a été le feu, soit qu'on l'y ait mis par malice, soit qu'il y ait pris par accident.

On appellelouppes de boisdes bosses ou gros nœuds qui s'élevent sur l'écorce.

Bois RabougrisouAbougris,BroutezouAvortezsont lesboistortus & malfaits, qui ne croissent qu'à la maniére des pommiers, qui ne sont pas de belle venuë, & qui doivent être récépez.

Bois Rustique&Noailleux, est celui qui a crû sur le gravier, & est exposé au soleil de midi, qui ne se peut fendre, si ce n'est un peu vers le tronc. On le dit aussi des racines d'olivier, de noyer, & d'autresboisveinez, qui servent aux Ebenistespour des ouvrages de placage, on l'appelle aussibois madré.

Bois moulinéoubois carié, est duboiscorrompu, pourri, & où il y a des vers & des malandres.

Bois bombé, est celui qui est naturellement un peu courbe, & qu'on pose sur son fort, quand on met par dessus sa partie la plus élevée, & qui fait sa bosse.

LeBoisse considere aussi, selon sa taille & ses façons.

Bois d'équarrissage, ouBois quarré, est tout leboiséquarri destiné à bâtir, qui est au dessus de six pouces, & selon qu'il est debité, chaque grosseur porte son nom particulier.

Bois flacheux, est celui qui n'est pas bien équarri, & a vive arrête.

Un cent deboischez les Charpentiers c'est cent fois 72. pouces deboisen longueur, ou une piéce qui a 12. pieds de long sur six pouces d'épaisseur & de largeur: de sorte qu'une seule poutre est souvent comptée pour 15. ou 20. piéces debois. Tout leboisde charpente se réduit à cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture, soit pour le toisé des ouvrages. Il est taillé en longueur depuis six jusqu'à 30. pieds, en augmentant les piéces toûjours de trois pieds en trois pieds. Celles de menuiserie ne vont guéres qu'à 15. pieds avec la même gradation. Ainsi on dit en ce sens, qu'un Navire de 1100. tonneaux, comme le Victorieux, qui a 120. pieds de quille portant sur gréve, est composé de 17465. piéces deboisréduites selon l'usage de Paris; & sa mâture de 4000. qui font bien 1800. charretées debois, tant que deux chevaux en peuvent tirer, sans les affûts de canon & les piéces de rechange. Le Caron Arpenteur a fait deux petits volumes de laqualité & du toisé desboisfort utiles pour les Marchands, ou Bourgeois qui veulent acheter duboisà bâtir.

Bois de charronnage, est celui qui sert à faire des Rouës, des charriots & charrettes, comme l'orme & le chêne.

Bois de sciage, est leboiscouppé en planches, & en solives qui sert pour les menuisiers: comme aussi tout leboisquarré dont l'épaisseur est moindre de six pouces, s'appellebois de sciage.

Bois d'ouvrage, est celui qu'on travaille dans les forêts, dont on fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des éclisses, &c.

On appelle aussi en général dubois ouvré, ou nonouvré, celui qui est façonné par les mains des Ouvriers, ou celui qui est en état de l'être.

Bois merrein, c'est du bois fendu en petits ais, dont on fait les douves des tonneaux, des cuves. On l'appelle aussibois à Barils,bois d'enfonçures,bois à douvin,bois à pipes. Les Menuisiers en font aussi des panneaux, mais il ne sert point à bâtir, quoi qu'abusivement quelques-uns l'étendent à tout leboisde charpente, & plusieurs aux perches, échalats, &c.

Les Menuisiers appellent aussi dubois refait, duboiséquarri & dressé sur toutes ses faces. Ils appellent courroyer lebois, quand ils lui donnent cette façon; ils disent aussi que desboissont bien poussez & bien rabbotez, quand ils sont bien unis.

Les Charpentiers appellent aussibois affoiblis, lesboisqu'on a taillez en cintre, qu'on a rendus courbes. Lesboisaffoiblis exprés sont toisez de la grandeur de leur bossage, & les courbes de la grandeur de leur plein cintre; c'est à dire, qu'il faut comprendre le plus grand vuide de la courbe avec sa largeur.

Bois à brûler, est celui qu'on destine à faire du feu, qui se divise en plusieurs espéces.

Bois flotté, est celui qu'on améne en trains, & lié avec des perches & des rouëttes, sur des riviéres.

Bois perdu, est celui qu'on jette dans les petites Riviéres qui n'ont pas assez d'eau pour porter des trains, ni des bâteaux, & qu'on va recueillir & mettre en trains aux lieux où elles commencent à porter. Il est permis aux Marchands de jetter leursbois à bois perdu, en avertissant les Seigneurs dix jours auparavant: comme aussi de faire des canaux, & de prendre les eaux des étangs pour les faire flotter, en dédommageant.

Bois volants, sont les bois qui viennent par le flot droit au port, où on les recueille.

Bois échappez, ceux qui par les innondations, s'échappent dans les prez & dans les terres.

Bois canars, ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent sur les bords des ruisseaux, où on a jetté un flot debois à bois perdu. Les Marchands ont 40. jours aprés que le flot est passé, pour faire pêcher leursbois canarssans rien payer.

Bois neuf, est le bois qui vient dans des bateaux sans tremper dans l'eau.

Bois pelardest du bois menu & rond, dont on a ôté l'écorce pour faire du tan.

Bois de moulleou de quartier, est duboisqui est mesuré, il doit avoir au moins 18. pouces de grosseur. Les Marchands Ventiers doivent fournir aux Bûcherons des chaînes & mesures de ces longueurs.

Bois de corde, est duboisfait ordinairement de branchages ou de taillis, on l'appelle ainsi quand il est au dessous de 17. pouces de grosseur. Il doit être au moins de six, & se vend à la membrure,qui a quatre pieds de haut sur quatre pieds de large. Il est ainsi appellé à cause qu'on le mesuroit n'aguéres à Paris avec des cordes, comme on le fait encore sur les lieux. Toutboisà brûler en général doit avoir trois pieds & demi de long, y compris la taille. La corde de bois vaut deux voyes de Paris. La mesure de la corde deboisselon l'Ordonnance est de 8. pieds de long & de 4. de haut. Duboisen chantier, c'est duboisen pile & en magasin.

Bois de compte, est celui dont les 62. bûches au plus se trouveront remplir les trois anneaux qui composent la voye deboispar les Ordonnances de la Ville, & ceux qui sont au dessous de 18. pouces de grosseur doivent être rejettez & renvoyez parmi leboisde corde.

Mouleur deboisest un Officier de Ville établi sur les Ports, pour faire mesurer leboisdans les moulles ou membrures.

On appelle à Parisbois de gravier, unboisdemi flotté, qui vient de la forest de Montargis, & qui est plus cher que le bois ordinaire.

On appelle dubois d'Andelle, unboisde deux pieds & demi au plus, qui vient par bateaux par la Riviére d'Andelle; il est ordinairement de hestre.

Brin debois, est un morceau deboisde belle venuë, droit & long qui n'est point scié, si ce n'est pour l'équarrissage, & qui est de toute la grosseur de l'arbre: il est excellent pour faire des planchers.

On appelle aussi un Brin debois, unboisde pique, unboisde lance, ou lesboisde ces armes avant qu'ils soient ferrez.

Les anciens Chevaliers appelloientboisleurs lances: leursboisvolerent en éclats; & on disoit qu'ils portoient bien leursbois, lors qu'ilscouroient en lice de bonne grace. C'est de là que figurément on dit qu'une femme porte bien sonbois, pour dire qu'elle a bonne mine à marcher.

On dit en termes de guerre, quand on fait faire alte à l'Infanterie, haut lebois, à cause qu'on leve alors les piques; & dans sa marche, faire longbois, quand on veut augmenter l'intervale qui est entre les rangs.

On appelle en Menuiserie des meubles debois, des tables, des siéges, desboisde lit, quand ils n'ont point de garniture d'étoffe ni de tapisserie.

En termes de venerie, on dit unboisde cerf, ce qu'on appelle autrementcorne de cerf; & l'on dit qu'un cerf a touché aubois, quand il a dépoüillé la peau de sa tête, en frottant contre des arbres.

On dit figurément en ce sens qu'une femme fait porter duboisà son mari, pour dire qu'elle lui fait porter les cornes, qu'elle lui est infidéle.

En Agricultureboisse dit des menuës branches, sions, ou rejettons que les arbres poussent chaque année: ainsi on dit qu'un arbre nain pousse trop debois, qu'une vigne est trop chargée debois, pour dire qu'il la faut tailler, & qu'il faut émonder ou élaguer les arbres. On appelle aussi la vigne, leboistortu.

Bois gentilest une plante medicinale qui jette plusieurs surgeons, qui a ses branches hautes d'un palme; ses feüilles sont semblables à celles de l'olivier, quoi que plus menuës & plus améres. Elles ont un goût si piquant, qu'elles écorchent la langue & le gosier, on l'appelle en Latinchamelœa, & est de grand usage en Medecine.

Boisest aussi un nom collectif, qui signifie les arbres qui sont plantez fort épais & en grand nombre, soit dans un jardin, soit à la campagne: unboisépais: unboisdégradé.

Bois de haute fûtaye, c'est leboisqui est parvenu à sa plus grande hauteur, qui est réputé immeuble, & qui ne peut être abattu par un usufruitier.

On appellebois de haut revenu, celui qui est de demie fûtaye de 40. ou de 60. ans.

Bois sur le retour, est unboistrop vieux, qui commence à diminuer de prix, & à se corrompre, qui a plus de 200. ans à l'égard des chênes: il est different duboistaillis qui renaît sur les vieilles souches de la haute fûtaye, coupées, & qu'on peut couper tous les neuf, douze, ou quinze ans, qui tourne au profit de l'usufruitier.

Bois taillis, est leboisqu'on met en coupes ordinaires tous les dix ans, & qui est au dessous de 40. ans, car au delà c'est unefûtaye sur taillis, c'est dont on fait le charbon & leboisà brûler.

Bois à faucillon, est un petit taillis, qu'on peut couper avec un petit ferrement.

Bois en pueil, c'est unboisnouvellement coupé, & qui n'a pas encore trois ans. Ce mot se trouve en plusieurs Coûtumes, & entr'autres en celle d'Auvergne.

On appelle unBois en défens, quand on a défendu de couper unbois, qu'on a reconnu de belle venuë dans quelque triage, pour le conserver & le laisser croître jusqu'à ce qu'on en ait besoin; & on dit qu'unboisest jugédéfensable, quand le Juge a donné permission d'y faire entrer les bestiaux en panage.

Bois marmenteauxoubois de touche, sont desboisau tour d'une maison ou d'un parterre, pour leur servir d'ornement, ausquels on ne touche point. Les usufruitiers ne peuvent faire couper lesbois marmenteaux&bois de touche, ni en haute fûtaye, ni en taillis, quand ils servent à la décoration d'une maison ou d'un Château.

Une coupe deboisréglée est une division qui se fait d'un grandboisen certaines portions, afin qu'on en coupe chaque année une certaine quantité sans dégrader lebois, ni en diminuer le revenu. On appelle l'âge dubois, ou l'essence dubois, le temps écoulé depuis sa derniére coupe.

L'usance duboisse dit de son exploitation.

Garde Bois, est l'Officier préposé pour empêcher les dégradations desbois, & conserver le gibier.

En Poësie on appelle les Divinitez desboisles Driades, Hamadriades, les Faunes, les Satyres, &c.

En termes de Marine on dit faire dubois, pour dire descendre en terre pour aller couper desboisnécessaires à l'équipage. On dit aussi qu'un vaisseau a reçû des coups enbois, pour dire dans les bas, dans les œuvres vives.

HAUT BOIS.s. m.Est une flûte qui est de differente grandeur selon les quatre parties, qui servent à en faire un concert. Il est devenu depuis peu un instrument militaire, le Roi en ayant mis dans les Compagnies des Mousquetaires.

On dit figurément qu'un homme jouë duhaut bois, quand il fait abattre, &c.


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