C.

C.CACAO.s. m.Fruit dont on fait le chocolate avec quelques autres ingrédiens; il croît en abondance dans la nouvelle Espagne à un arbre qui se nomme lacucuhua-guahuilt; il est de la même grandeur que l'oranger; il a les mêmes feüilles, mais un peu plus grandes. Ce fruit est de la figure d'un concombre, ou melon, quiest rayé, cannelé & roux, plein de plusieurs noix qui sont proprement appelléescacao, plus petites qu'une amende: il est d'une moyenne saveur, entre le doux & l'amer; d'un temperament froid & humide. Il y a dix ou douzecacaoenfermez dans une même coque; cet arbre est si delicat qu'il le faut planter auprés d'un grand arbre nomméatlinanafin qu'il le couvre de sa grande ombre, autrement le Soleil le brûle. On en tire aussi du beurre, dont les femmes se font un fard pour le visage. Lecacaosert aussi de menuë monnoye dans la Province;Laët,Acosta,Clusiusen ont écrit.CALANDRE.s. f.Terme de Manufactures. C'est une machine propre pour presser les draps, les toiles, & autres étoffes, & pour les rendre polies, unies & lissées: elle sert aussi pour y faire ces ondes qui sont sur le tabis & les moheres: Elle est composée de deux gros rouleaux de bois, autour desquels on roule les piéces d'étoffe; on les met entre deux gros madriers de bois dur, large, épais & poli; celui de dessous sert de base, celui de dessus est mobile, par le moyen d'une rouë telle que celle des gruës. Un cable est attaché à un tour qui compose son axe; cette partie du dessus est d'un poids prodigieux, par fois de cinquante ou soixante milliers; c'est cette pesanteur qui fait les ondes sur les étoffes qui sont autour de ces rouleaux par le moyen d'une legere gravûre qu'ils contiennent: on met & on ôte ces rouleaux en inclinant un peu la machine. Ce mot vient du Latincylindrus, parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Borel dit que ce nom lui vient d'un petit oiseau de même nom, parce que les marques qu'elle imprime sont semblables à ses plumes.Calandre,petit oiseau du genre des alloüettes,qui n'a point de crête: En Latincorydalos minima.Calandre,petit ver qui se fourre dans le bled & le mange, qu'on appelle aussicharançon, oupatepeluë: en Latincurculio.Calandrer.v. act.Mettre une étoffe sous lacalandrepour la presser ou tabiser.Calandrééé. part.CALCINATION.s. f.Action par laquelle on réduit en chaux, ou en poudre trés-subtile les métaux & les minéraux, avec un feu violent. Lacalcinationactuelle se fait seulement par le feu, la potencielle se fait par le moyen d'un esprit corrosif, qui les pénétre & les dissout, comme l'argent & l'or par les eaux fortes & l'eau régale, & cettecalcinationest appelléeimmersive.Calciner.v. act.Terme de Chimie. Réduire les métaux ou les minéraux en chaux, ou poudre trés-subtile par le moyen du feu. L'or se calcine au feu de Reverbere avec le mercure & le sel armoniac. L'argent avec le sel commun & le sel alkali: le cuivre avec le sel & le soulfre: le fer avec le sel armoniac & le vinaigre: l'étain avec l'antimoine, le plomb & le soulfre: le mercure avec l'eau forte, il se calcine aussi tout seul par le feu. Tous les autres minéraux se calcinent au feu, sans addition d'aucune drogue.CAMPHRE.s. m.C'est la gomme d'un arbre qui croît aux Indes dans les montagnes maritimes, lequel est de telle hauteur & largeur, qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre. On dit qu'elle sort en plus grande abondance durant la tempête & les tremblemens de terre. Il y en a de plusieurs sortes, car on en trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce rompuë, commeune résine, & demeure attachée à l'arbre: elle est rouge d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a aussi uncamphreen rose, qui n'a point passé par le feu, & un autre qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Lecamphreest si subtil que souvent de lui-même il se resout en fumée. Il est si odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens; pour être bon il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur, & il faut qu'il devienne moüillé quand on le met sur un pain chaud. Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un Bitume des Indes. On l'appelle en Latincamphora, qui vient du mot Hebreucopher.On fait ducamphreartificiel avec de la sandaraque, qu'on appelle autrement gomme de genévre, vernis blanc, ou mastic bien pulvérisé, du vinaigre blanc bien distilé, qu'on met vingt jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, & on trouve lecamphrefait comme une croûte de pain blanc. La chymie ne travaille point sur lecamphre, puisqu'il surmonte en pureté, en subtilité, en volatilité & en pénétration tout ce qu'on en pourroit tirer par la distillation: Elle ne peut enchérir sur sa perfection: sa diaphanéïté est grande, sa blancheur égale à celle de la neige; son goût acre, son odeur forte témoignent sa volatilité; son inflammabilité dans l'eau, & sa totale consomption sans laisser aucune trace au vaisseau dans lequel on l'allume, montrent sa pureté & la subtilité de ses parties. On a fait ce proverbe sur lecamphre.Camphora per nares castrat odore mares.La principale qualité ducamphreest de retenir & de conserver un feu inextinguible qui brûle dans l'eau, sur la glace, & dans la neige, à cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques-là que si on en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse boüillir jusqu'à leur entiére évaporation dans quelque lieu étroit & bien fermé, & que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé conçoit en un moment le feu qui paroît comme un éclair sans incommoder le bâtiment, ni les spectateurs.CHARTEPARTIE.s. f.Terme de marine, c'est l'acte d'affretement sur l'Ocean, ou de nolissement sur la Mediterranée; c'est un écrit contenant la convention pour le loüage d'un Vaisseau, ou la Lettre de facture & le Contract de cargaison du Vaisseau: elle doit être rédigée par écrit, & passée entre les Marchands & le Maître, ou le propriétaire du Bâtiment: Elle doit contenir le nom & le port du Vaisseau, celui du Maître & de l'Affreteur, le prix du fret, & les autres conditions dont les parties seront convenuës, comme il est porté au Livre troisiéme de l'Ordonnance de la marine: dans cet acte les Capitaines & Officiers confessent avoir reçû un tel Navire bien & dûment calfeutré, étanché, victuaillé, munitionné, & agréé pour un tel voyage. Lachartepartieest distinguée d'avec le connoissement, parce que celle-la se fait pour l'entier affrettement du Navire, & pour l'aller & pour le retour; au lieu que le connoissement n'est fait que pour une partie de la charge, & se fait par une promesse particuliére, pour l'aller ou pour le retour seulement. Le Président Boyer dit que ce mot vient de ce queper medium carta incidebatur & sic fiebat carta partita; parce qu'autemps que les Notaires étoient moins communs, on n'expédioit qu'un acte de la convention qui servoit aux deux parties, on le coupoit en deux pour en donner à chacune sa portion; elles les rassembloient au retour pour connoître si elles avoient satisfait à leurs obligations; ce qu'il atteste avoir vû encore pratiquer de son temps, de même qu'en usoient les Romains dans leurs stipulation, au rapport d'Isidore, qui rompoient un bâton dont chacun gardoit un morceau pour en conserver la marque.CHIEN.s. m.Chienne.s. f.Animal domestique, qui aboye, qui sert à garder la maison, & à la chasse. Lechienest le simbole de la fidélité. Leschienssont en telle abomination aux Maldives, que si unchienavoit touché quelqu'un du païs, il s'iroit incontinent baigner pour se purifier. Peirard. Au contraire chez les Gaures ils sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent deschienspour purifier leurs penitens. Tavernier.Il y a plusieurs sortes dechiensdifferens, tant pour la taille que pour le naturel, ou le service qu'ils rendent aux hommes.Les premiers sont leschiensde chasse dont les plus nobles sont leschienscourans, ouallans, qui chassent par la force de l'odorat. Entre leschiensFrançois, quelques-uns sont appellez derace Royale, qui courent à force les cerfs, chevreüils, loups, & sangliers. Leschienscourans appellent les Veneurs, & pour cela dit qu'ils chassent de gueule.Il y en a d'autres de race commune, qui chassent seulement le chevreüil, le loup & le sanglier; d'autres de race mêlée, ou petite racine, qui chassent les liévres tant dans les bois que dans la plaine.Il y a aussi deschiensAnglois de trois sortes, ceux de la race Royale servent à chasser cerfs, daims, & chevreüils. Les chiensBaubissont pour les liévres, renards & sangliers, on leur couppe presque à tous la queuë; ils sont plus bas de terre & plus longs que les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voye, & qui ont le nez dur, & sont barbets à demi poil. LesBiglessont pour les liévres & lapins; il y en a de grands & de petits, & sont excellens pour courir le liévre dans les plaines.Les levriers sontchiensà hautes jambes, qui chassent de vîtesse. Voyez Levrier.Limiers sont deschiensmuets, qui servent à quêter & à détourner le cerf,chienquêtant & requerant.ChiensBaux, qu'on surnommeGreffiers, sont deschiensblancs, dont la race vient de Barbarie, ils sont bons chasseurs requerans & forcenans; ils chassent de haut nez, gardent bien le change; ils sont de bonne creance, & tiennent mieux dans les chaleurs; ce sont les meilleurs pour courir le cerf.Leschiens grissçavent faire tous métiers, & courent toutes sortes de bêtes. Leschiens noirs, qu'on appellede saint Huber, sont bons pour les bêtes puantes; on en conserve sa race en mémoire de ce Saint, en l'Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Leschiensfauves ou rouges sontchiensde grand cœur, fort hardis &chiensd'entreprise. On appellechienstout d'une piéce ceux qui sont tout d'une couleur, tout blancs, ou tout noirs, &c.Leschienscouchans sontchiensde l'arquebuse, qui chassent de haut nez, & arrêtent tout: les meilleurs viennent d'Espagne, ils servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ceschienssont aupoil & à la plume; & on dit que deschienspiquent la sonnette, pour dire qu'ils courent trop vigoureusement aprés l'oiseau.Braques sont deschiensde même allure, aussi bien que les turquets & metis.Epagneuls, ou espagnols sont deschiensqui chassent de gueule, & forcent les lapins dans les brossailles, ils rident ou suivent la piste de la bête sans crier, ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent le nez bas.Griffon, se dit aussi d'une espece dechiensqui chassent le nez haut, & qui arrêtent tout; ils viennent d'Italie & de Piedmont.Bassets, qu'on appelle autrementchiens de terre, sont deschiensqui entrent dans les taniéres des renards & taissons; ils viennent de Flandres & d'Artois; ils attaquent tout ce qui se terre, comme blereaux, renards, chats harets, foüines, putois; ils quêtent bien & servent aussi à l'arquebuse; ils sont noirs à demi poil, avec la queuë en trompe: il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, & qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tortuës. On parle aux bassets en leur criant,coule, coule Bassets.Barbets, sontchiensfrisez qui chassent le nez bas quand le gibier fuit, & le nez haut quand il demeure; Ils l'arrêtent sur terre & dans l'eau: leur principale nature est de rapporter, & ce sont les plus fideleschiensdu monde, qui ne veulent connoître qu'un maître, & ne le perdre jamais de vûë: on les appelle aussichiens à gros poil.Dogues, sontchiensde combat, qui servent à assaillir les grosses bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Les Espagnols doivent une partie des conquêtes de l'Amerique à desDoguesd'Angleterre, comme on voit dans Herrera.Mâtins, sontchiensde garde qu'on laisse dansles bassecours pour aboyer. Il y a aussi desMâtinsdans le vautrait, pour chasser au sanglier.Chiensallansougentilssont de groschiens, qui en allant détournent le gibier: On le dit aussi deschiensde Bouchers qui servent à conduire leurs troupeaux.On appellechienstrouveurs, deschiensqui vont requerir un Renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu'il seroit passé.Chienbarreurest le meilleurchienpour le chevreüil.On appelle unchiensecret, un limier qui pousse la voye sans appeller; on l'appelle aussi muet, & on dit qu'il ride.Unchienbabillard, ou qui caquette, est celui qui crie hors la voye, & le plus souvent d'ardeur, ou qui crie des matinées entiéres.Unchienmenteur est unchienqui cele la voye pour gagner le devant.Unchienvicieux, celui qui chasse tout ce qu'il rencontre, & qui s'écarte toûjours de la meute.Unchiende bonne créance, de bonne affaire, celui qui est docile & obéïssant: unchienqui chasse de forlonge, qui sent de loin le gibier; unchienqui ne se rompt point au bruit.Unchiensage, qui chasse bien, qui tourne juste,chiende tête & unchiend'entreprise, qui est hardi & vigoureux.On dit qu'unchiena le nez dur, lors qu'il rentre mal-aisément dans la voye, & qu'il reprend lentement; qu'il est de haut nez lors qu'il va requerir sur le haut du jour; & qu'il a le nez fin lors qu'il chasse bien dans les chaleurs, & dans la poussiére.On appellechien d'aiguail, celui qui chasse bien le matin lors que la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour; & au contraireunchiendu haut du jour, qui ne vaut rien dans l'aiguail.On appellechien étruffécelui qui a une cuisse qui ne prend point de nourriture, & qui est boiteux;chien buttécelui à qui la jointure des jambes de devant grossit;chien épointé, celui qui a des os des cuisses rompus;chien allongé, celui qui a les doigts du pied étendus par quelque blessure qui a touché les nerfs; &chiens courtautsceux à qui on a coupé la queuë.On dit qu'unchiena belle gorge lors qu'il crie bien, & qu'il a la voix grosse & forte, qu'unchienaboye quand il sent le gibier; ou quelque chose d'étrange; qu'unchienjappe lors qu'il crie sans sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour; & qui hurle lors qu'il sent des loups, ou unechiennechaude qu'il ne peut joindre. On dit que lechiensonne, pour dire qu'il appelle au bon chemin ayant trouvé la trace.On appellechien armé, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.C'est une bonne qualité dechiend'avoir le jarret droit & bien herbé.A la chasse on dit parler auxchiens, pour dire les réjouïr comme on fait à la chasse du cerf; ou les exciter ou les menacer, comme on fait à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe. On appelle titre dechiensle lieu où on pose leschiens, afin que quand la bête passera ils la courent bien à propos. Ceschienssont mis en bon titre, pour dire sont postez en un bon relais.Trait dechiensse dit des laisses de crin, & des colliers qui servent à coupler leschiens; ainsi on dit qu'un cerf, ou une autre bête, a senti le vent du trait, pour dire deschiens.Rompre leschiensse dit de la faute d'un Piqueur & Chasseur, lors qu'ils passent à traversdeschiens, pendant qu'ils courent, & ainsi rompent leur course. Il faut quelquefois rompre leschiens, les menacer, les recoupler, & frapper à route, afin de suivre & relancer le cerf, qui leur a donné le change & les a fait tomber en defaut.On dit figurément en ce sens rompre leschiens, quand on interrompt quelqu'un dans son discours, pour empêcher qu'il ne dise quelque chose desavantageuse, ou qu'il n'entreprenne quelque affaire.Le droit deschiensest ce qu'on leur donne à la curée, comme la langue, le muffle, les oreilles d'un cerf.Il y a enfin deschiensde chambre pour le divertissement des Dames, qu'on nourrit pour leur petitesse, & leur beauté, & qu'on appellechiensde manchon, comme leschiensde Boulogne, d'Artois, épagneuls, bichons, barbets, levrons,chiensras ou de Barbarie, &c.Chien,se dit aussi par injure, & pour reprocher à quelqu'un ses defauts. Les Turcs nous appellentchiens, nous traitent comme deschiens. On appelle unchiende valet, unchiende Procureur, unchiende frippon. On appelle une femme paillarde unechienne, une carogne, unechiennechaude,chiennede voirie: ce qui se dit aussi des choses: voilà des beauxchiensde vers; voilà un beau logement dechien, un beau present dechien.On appelle Cerbere lechienà trois têtes, que les Poëtes ont feint être commis à la garde des Enfers.Lechiencéleste est une constellation; il y en a deux; le grandchien, qu'on nomme autrementSirius, est une constellation composée de 18 étoiles selon Ptolomée, de la nature de Jupiter & de Venus, dont la principale est tenuë plus grande quetous les autres Astres, même que le Soleil. La petitechienne, qu'on appelle autrement lacanicule, onProcyon, n'a que deux étoiles, dont l'une est de la premiére grandeur, & de la nature de Mars, c'est celle qui cause les plus grandes chaleurs de l'Eté.Chiende mer ou marin, est un poisson long & à museau pointu, qui a des dents, en Latingaleus. Le grandchiende mer qu'on appellecanis carcharias, a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire, dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes, tranchantes & pointuës, qui ne leur servent pourtant point à manger leur proye, parce qu'on a trouvé des hommes tout entiers dans leur ventre.Chiende pistolet, est une piéce de fer mobile appliquée sur la platine d'un pistolet, d'un fusil, d'une arquebuse; elle tient la pierre & fait le feu, quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine à la main, avec lechienabattu, &c.Chiense dit proverbialement en ces phrases; on dit de deux amis qui ne vont point l'un sans l'autre, que c'est saint Roch & sonchien. On dit, qui aime Bertrand aime sonchien, pour dire qu'il faut prendre les passions, les intérêts, & les sentimens de son ami. On dit d'un traître, d'un hypocrite, d'un flatteur, qu'il fait bien lechiencouchant. On dit de deux ennemis, que leurschiensne chassent pas ensemble. On dit d'un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu'il y est bien venu comme unchiendans un jeu de quilles. On dit des gens qui se haïssent, qu'ils s'accordent commechiens& chats. On dit encore de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque péril, qu'il mourroit plûtôt un bonchiende Berger. On dit qu'il vaut autantêtre mordu d'unchienque d'unechienne, pour dire que de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible. On dit qu'il ne se faut pas moquer deschiensqu'on ne soit hors du village, pour dire qu'il ne faut pas choquer un homme tant qu'on est en un lieu, où il est le plus fort, où il nous peut nuire.On dit à un glorieux qui se fâche, qu'on le regarde trop fixement, unchienregarde bien un Evêque. On dit encore, il ne faut pas tant dechiensaprés un os, pour dire qu'il est fâcheux de partager un profit avec beaucoup de personnes, ou d'être plusieurs à avoir les mêmes prétentions. On dit aussi, jamais à un bonchienil ne vient un bon os, pour dire que ceux qui ont bonne envie de travailler, n'en trouvent pas les occasions. On dit jetter un os à la gueule d'unchienpour le faire taire, ce qui a lieu au figuré, pour dire faire un present à quelqu'un pour l'empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire importante. On dit qu'il n'est telle chasse que de vieuxchiens, & qu'un bonchienchasse de race, pour dire que la naissance & l'experience donnent de grands avantages sur les autres. On dit d'un homme peu consideré, qu'il a du crédit comme unchienà la boucherie. On dit cela n'est pas tantchien, pour dire cela n'est pas mauvais. On dit qu'un homme n'est pas bon à jetter auxchiens, quand il a fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit, de celui qui a des prétentions à quelque chose, quoi que fort éloignées, qu'il n'en jette pas sa part auxchiens. On dit aussi, petitchienbelle queuë. On dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n'avez pas d'autre filet vôtrechienest perdu. On dit d'un homme peu complaisant, qui ne fait rien de ce qu'on desire, que c'est unchiende Jean de Nivelle qui s'enfuit quand onl'appelle. Voyez l'origine de ce proverbe au mot deJean. On dit d'un envieux qu'il est comme lechiendu Jardinier, il ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent. On dit de ceux qui entreprennent quelque chose au delà de leurs forces, qu'ils font comme les grandschiens, qu'ils veulent pisser contre les murailles. On dit des pécheurs qu'ils font comme leschiens, qu'ils retournent à leur vomissement. On dit de ceux qui font quantité de cris & d'imprécations inutiles, que ce sont deschiensqui aboyent à la Lune. On dit aussi de ceux qui font des menaces vaines,chienqui aboye ne mord pas. On dit aux gens quéreleux, que leschienshargneux ont toûjours les oreilles déchirées. On dit des gens timides, entrez il n'y a point de danger, noschienssont liez: On dit aussi pour reprocher ou plaindre la misere de quelqu'un, on l'abandonne comme un pauvrechien, il mene une vie dechien; il n'a ni foy ni loy, il vit comme unchien; il est comme unchienà l'attache, il est las comme unchien, on l'a battu, on l'a étrillé comme unchiencourtaut. Les coups de bâton sont pour leschiens. On dit d'un miserable qu'on abandonne, qu'on ne lui demande pas, és-tuchien, és-tu loup. On dit aussi quand on veut noyer sonchien, on l'accuse de la rage. On dit d'un jeune étourdi, qu'il est foû comme un jeunechien, qu'il court comme unchienfoû. On dit d'une chose tortuë, d'une jambe mal faite, qu'elle est droite comme la jambe d'unchien. On appelle figurément unchienau grand collier celui qui meine les autres, qui est principal dans une maison, dans une assemblée. On dit d'un homme accoûtumé à la fatigue, il y est accoûtumé comme unchienà aller nud tête, d'aller à pied. On dit encore tandis que lechienpisse le loup s'enfuit, pour dire que tousles momens sont précieux en certaines occasions. Un bonchienn'abboye point à faux, ce qui se dit au figuré d'un habile homme qui fait toûjours bien réüssir ses entreprises, parce qu'il sçait bien prendre son temps, & ménager les occasions. On dit battre lechiendevant le lion, pour dire châtier un petit devant un plus puissant, qui a commis la même faute. On dit encore entrechien& loup, pour signifier le crepuscule, ou le temps sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner lechiend'avec le loup.COCAGNE.s. f.C'est le nom qu'on donne en Languedoc à un petit pain de pastel avant qu'il soit réduit en poudre, & vendu aux Teinturiers: on en fait grand trafic en ce païs-là; & parce qu'il ne vient que dans des terres fort fertiles, & qu'il apporte un trés-grand revenu à ses maîtres, vû qu'on en fait jusqu'à cinq ou six récoltes par an; quelques-uns ont nommé le haut Languedoc un païs decocagne. Et c'est là-dessus qu'est fondée la fable du Royaume deCocagne, des païs imaginaires, où les habitans vivent fort heureux sans rien faire.COCATRIX.s. m.Espece de basilic qui s'engendre dans les cavernes & les puits, en LatinBasiliscus,regulus. Il y a en la Cité de Paris un fief qui s'appelleCocatrix, dans une ruë du même nom.COHUE.s. f.Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi appellezà coëunte multitudine. Ménage témoigne quecoüaa été dit autrefois pour halle; or c'est dansles halles que se tiennent la plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle &cohuëde Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.Cohüe,se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que cela est dégéneré encohuë.COULEUR.s. f.lumiére refléchie & modifiée selon la disposition des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant lescouleursen vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit lacouleurà toutes choses. Il y a descouleurssimples, comme sont les cinqcouleurs matricesdes Teinturiers, dont toutes les autres dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune, le fauve, oucouleurde racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cettecouleur, mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune, & elles deviennent verdes. Du mêlange des premiérescouleursil s'en fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c. expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement descouleurs, comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.On appelle aussicouleurssimples, celles qui servent aux Enlumineurs & aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon, la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont minerales, quise tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du minium quand elle est poussée davantage au feu.Les Peintres distinguent aussi lescouleursen legéres & en pesantes; sous le blanc on comprend toutes lescouleurslégéres. L'outremer est mis au rang descouleurslégéres. Sous le noir on comprend toutes lescouleurspesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre: le verd-brun & le bistre sont lescouleursles plus pesantes & les plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussicouleursrompuës, lescouleurstrop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque & d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de cescouleurs. Lescouleursrompuës servent à l'union & à l'accord descouleurs, soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appellecouleursnoyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton decouleur, un degré decouleur, par rapport au clair obscur. Lescouleurschangeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont descouleursfixes. Le Pere Kircher dit que lescouleurschangeantes qu'onvoid sur les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal, ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des iris. Lescouleursfixes & permanentes ne se font point par des réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens dans lescouleurs, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc, le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet & le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre qu'il a fait descouleurs. Il y a descouleursou teintures fixes, comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë dulapis lazuli, que le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les dissolvans ordinaires.Couleur,se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître cescouleurs. Un Peintre prépare sescouleurssur sa palette. On appelle de mauvais Peintres des broyeurs decouleurs; & quand on dit que l'air mange lescouleurs, on entend que son intemperie détache de petits corps des sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.Couleur,est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir n'est pas unecouleur, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre, & les Courtisans portent des habits decouleur, & que les gens de robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.En approchant de ce sens on appellecouleurhaute,couleurrude,couleurforte, gaye,couleuréclatante,couleurclaire, celle qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme lacouleurde cerise, lacouleurde feu, l'incarnat; & au contraire on appellecouleurdouce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit le moins, comme le gris de lin, feüille-morte,couleurd'olive,couleurde pensée, &c.Couleurd'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.On dit qu'on met une chose encouleur, quand on rafraîchit les peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres drogues qui en font revivre, ou paroître lescouleursà demi effacées.Nuance decouleurs, est une certaine disposition de la mêmecouleur, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.Couleurse dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des chairs. Les gens qui se portent bien ont lacouleurvermeille, sont hauts encouleur. Les Espagnols ont lacouleurolivastre. Les filles qui ont leurs ordinaires ont lacouleurplombée; celles qui sont trop amoureuses ont les pâlescouleurs. Quand la cangrene paroît, elle rend la chair decouleurlivide.On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait changer decouleur, il rougit de honte, & pâlit de colere. Lacouleurlui a monté au visage, pour dire il a rougi.Couleur,se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie.Ce pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez decouleur. Les Chymistes admirent les changemens decouleursqui se font dans les métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont lescouleursde la Benoiste.Couleur,en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que d'unecouleur, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a mis les panachées dans ces carreaux, & lescouleurssont dans les costieres.Couleur,en termes de blason, est une des principales désignations des piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre, c'est une maxime qu'il ne faut point mettrecouleursurcouleur, ni métail sur métail.COUPELLE.s. f.Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux; il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté du métail.On dit figurément qu'un homme a passé par lacoupelle, quand il a subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé, aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par lacoupelle.D.DEGRÉs. m.Terme d'Architecture, escalier, montée qui sert à monter & descendre du haut en bas d'un Bâtiment. Il y a un beaudegréen rampe à la Chambre des Comptes. Un petitdegréest fort commode pour dégager les appartemens.Degré.Est aussi chaque marche d'un escalier: Il lui a fait sauter lesdegrezquatre à quatre.Degré.Se dit figurément des choses qui servent de moyens pour parvenir à une plus haute, ainsi Corneille a dit d'Auguste dans le Cinna:Que de ses propres mains mon pere massacréDu Trône où je le voi fait le premierdegré.En Morale on dit qu'il faut aller dedegréendegré, venir au dernierdegréde perfection, au plus hautdegréd'honneur, de gloire, de vertu: Venir d'Avocat Conseiller, Maître des Requêtes, Président; de Soldat, Enseigne, Lieutenant, Capitaine, c'est monter pardegrez: On le dit aussi en mauvaise part. Il est méchant, avare, orgueilleux au dernier, au souveraindegré.Degré.Se dit aussi des marques, ou divisions de plusieurs choses, qui reçoivent du plus ou du moins, qui vont en descendant, ou successivement les unes aprés les autres: ainsi on dit en Théologie il y a plusieursdegrezde gloire dans le Paradis, plusieursdegrezde peine dans l'Enfer: les vertus Chrêtiennes sont autant dedegrezpour monter au Ciel.On appelle aussidegrezde Jurisdiction, les Tribunaux qui reçoivent l'appel des Justices inferieures. On a vû jusqu'à cinqdegrezde Jurisdictionde Justices ordinaires: L'Ordonnance les a réduits à quatre.Degré.Se dit aussi dans les Universitez, des Lettres qu'on donne à quelqu'un pour lui permettre d'enseigner, après qu'il en a été jugé capable par un long examen.Ledegréde Maître és Arts, de Bachelier, de Licencié, de Docteur; ces trois derniers se donnent en Théologie, en Droit Civil, & Canon, & en Medecine: Il a obtenu un Benefice en vertu de sesdegrez.Degré.En terme de Jurisprudence se dit des générations, suivant lesquelles on compte la proximité où l'éloignemcnt des parentez & alliances. L'Ordonnance a permis les récusations & les évocations jusqu'au quatriémedegréde parenté & d'alliance, c'est à dire, jusqu'au cousin issu de germain, & en matière criminelle jusqu'au cinquiémedegré: Un pere & son fils sont parens au premierdegré. Le Droit Civil compte lesdegrezde parenté autrement que le Droit Canon, il n'en faut qu'un de celui-là pour en faire deux de ceux-ci. On dit absolument au Palais, il a des parens audegré, pour dire, il ne peut être juge.Degré.En termes de Fauconnerie se dit de l'endroit où l'oiseau durant sa montée ou élevation en l'air tourne la tête, & prend une nouvelle carriere qu'on appelle second ou troisiémedegré, jusqu'à ce qu'il se perde de vûë au quatriéme.Degré.En termes de Medecine, est une certaine extention des qualitez Elementaires, on ne les divise qu'en quatre, le poivre est chaud en un teldegré.En termes de Phisique ancienne les mêmes qualitez sont divisées en huit: Le dernier ou souveraindegréd'intention s'appelle dans l'Ecoleutocto: Le feu est chaud au huitiémedegré& sec au quatriéme.En termes de Chymie on appelle donner le feu pardegrez, lors qu'on ouvre ou qu'on ferme les regîtres ou trous, qu'on fait exprés dans les fourneaux, pour augmenter ou diminuer la violence du feu.Degré.Se dit aussi des divisions des lignes qui se font sur plusieurs instrumens de Mathematique, comme sur l'Arbalête ou Bâton de Jacob. Il sert aussi sur les Thermometres, ou Barometres, à marquer par les divisions qui sont sur la table qui les supporte, lesdegrezde chaleur & de pesanteur des corps liquides, par le moyen desquels la Physique moderne a beaucoup encheri sur l'ancienne, pour la subdivision de ces qualitez.Degré.En termes de Géometrie & d'Astronomie, c'est la division qu'on fait sur les cercles pour servir de mesure: tout cercle se divise en 360.degrez: Cet Astre est élevé de tant dedegrezsur l'Horison, il décline de l'Equateur de tant dedegrezde longitude & de latitude: Un angle droit est de 90.degrez. Ptolomée a observé qu'undegrésur la terre valoit 68. milles & deux tiers, mais les Arabes n'ont trouvé que 56. milles, quand ils l'ont observé exactement dans les plaines de Seniar par l'ordre d'Almamoum. Ptolomée contoit sur le pied de 500. stades pourdegré. Le mille Arabique étoit égal à sept stades & demie. Mais voici des observations plus modernes & plus certaines, Fernel a observé qu'undegréd'un grand cercle de la terre contenoit 68096. pas Géometriques, qui valent 56746. toises, quatre pieds de Paris. Snellius a observé que cedegréétoit de 28500. perches du Rhin, qui font 55021. toises de Paris. Riccioli a fait ledegréde 64363. pas de Boulogne qui font 62900. de nos toises; mais M. Picard de l'Academie des Sciences, l'ayant mesuré par ordre du Roi avec toute l'exactitude possible, a trouvé qu'il étoit de 57060. toises suivant l'étalon de Paris, lesquelles étant réduites à la mesure universelle ou invariable, qu'il établit sur la pendule qui a sa proportion avec la toise de Paris, comme de 881. à 864. ledegrése trouve de 55959. toises de la mesure universelle. En voici la réduction juste à diverses mesures.Chaque degré du grand cercle contientToises du Chatelet de Paris57060.Pas de Boulogne58481.Verges de Rhin de 12. pieds29556.Lieuës Parisiennes de 2000. toises28.1/4Lieuës communes de France de 2280 toises25.Lieuës de Marine de 2853. toises20.Milles d'Angleterre de 5000. pieds73.7/200Milles de Florence de 3000. brasses63.7/10La minute d'un degré de la terre est de 951. toises & la seconde de 16. toises.DEVISE.s. f.Terme de Blason, ce mot se dit en général des chiffres, des caractéres, des rebus, des sentences de peu de mots & des proverbes, qui par figure ou par allusion avec les noms des personnes ou des familles, en font connoître la Noblesse ou les qualitez.La Deviseen ce sens est d'un usage plus ancien que le Blason, & c'est d'elle que les armoiries ont pris leur origine; ainsi l'Aigle a été appellée la devise de l'Empire, & S. P. Q. R. étoit la devise du Peuple Romain, qui est encore aujourd'hui ce qui compose l'Ecu de la Ville de Rome. Lesdevisesont été de simples Lettres semées sur les bords des cottes d'armes,sur les haussures & dans les Banniéres; ainsi le K. a été ladevisede nos Rois nommez Charles, depuis Charles V. jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rebus, équivoques, ou allusions tant aux noms qu'aux armes, Messieurs de Guise ont pris des A. dans des O. pour signifierchacun A son tour, la Maison de Seneçay,in virtute & honore Senesce. Morlaix,s'il te mord, mord-le. Ceux qui ont eu des tours dans leurs armoiries,turris mea Deus,&c.Il y en a d'autres énigmatiques ou à demi mot, comme celle de la Toison d'or,Autre n'aurai, pour dire que Philippes le Bon qui institua cet Ordre, renonçoit à toute autre femme qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousoit alors. LesDevisescontiennent quelquefois des proverbes entiers & sentences, comme celle de Cesar Borgia,aut Cæsar, aut nihil. On met lesDevisesdes armes dans des rouleaux ou listons tout au tour des armoiries, ou bien en cimier, & quelquefois aux côtez & au dessous, & celles des Ordres sur leurs colliers.Devise.En termes de Blason se dit de la division de quelques piéces honorables de l'Ecu. Quand une fasce n'a que la troisiéme partie de sa largeur ordinaire; elle s'appelle fasce enDevise, ouDeviseseulement, & il n'y en doit avoir qu'une en écu. On le dit aussi du chef lors qu'on le pose en sa partie basse, & qu'il n'a que le tiers de sa largeur ordinaire, & alors on l'appelle chef du second surmonté ou chargé de tant d'étoiles, de molettes, ou autres meubles semblables. Ce mot deDevises'est dit, parce qu'elle servoit àdiviser, à separer, & à remarquer les gens & les partis, ce qui se faisoit par les habits, les livrées, les écharpes, & enfin par les paroles ou sentences particuliéres que les Chevaliers prenoient pour se faire remarquer. On les a en suite posées surles Ecus, d'où sont venuës insensiblement les armoiries. On disoit en vieux François faire saDevise, pour dire faire son testament ou la division de ses biens, comme on voir dans Villehardoüin.On a appellé aussi autrefoisDevise, les robes de deux couleurs, comme sont celles des Maires & Echevins, & des Huissiers & Bedaux des Villes, des Paroisses, & des Communautez de Marchands: Et cela par la même raison qu'elles étoient divisées en deux couleurs.Devisese prend maintenant en un sens plus étroit, & signifie une embleme qui consiste en la representation de quelque corps naturel, & en quelque mot qui l'applique en un sens figuré à l'avantage de quelqu'un; le tableau s'appelle le corps, & le mot l'ame de ladevise. On met desDevisessur les monnoyes, sur les jetons, sur les écus des Cavaliers, dans les ornemens des Arcs de triomphe, de feux d'artifice, & autres solemnitez. LesDevisessont des espéces d'images qui representent les entreprises de guerre, d'amour, de pieté, d'étude, d'intrigue, de fortune, &c. Les François sont les premiers qui ont fait desDevises, & les Italiens les premiers qui en ont donné des régles. Les Peres Menétrier & le Moine Jesuïtes ont écrit de l'art desDevises.DRAGON.s. m.Serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Les anciens Naturalistes se sont égayez à décrire ce monstre en diverses maniéres, ils lui ont donné des aîles, des crêtes, des pieds & des têtes de differentes figures, jusques-là qu'Aldroandus fait mention d'unDragonné de l'accouplement d'une aigle avec une louve, qui avoit de grandes aîles, une queuë de serpent & des pieds de loup: mais il est le premier à dire avec les modernes, que c'estun Animal chimerique, si on le prétend faire differer d'un vieux serpent. Quelques-uns mêmes ont dit qu'il y a en Afrique desDragonsvolans, qui peuvent emporter un homme & un cheval, & qu'ils emportent souvent des vaches. Albert le Grand fait mention d'unDragonde mer, semblable à un serpent qui a les aîles courtes & le mouvement trés-prompt, & si venimeux qu'il fait mourir par sa morsure. On appelle aussi laVive,Dragonde mer, ouaraignéede mer. Les Poëtes qui ont feint que le jardin des Hesperides étoit gardé par unDragon, ont entendu la mer Oceane, qui fermoit l'entrée aux Iles fortunées ou à l'Amerique, d'où venoient de beaux fruits & où se trouvoient les mines d'or. On peint unDragonauprés de sainte Marguerite, on appelleDragonla gargoüille de Roüen. Voyez fierte.Dragon.En termes de l'Ecriture se dit figurément du serpent infernal, de Satan. Ainsi quand il est dit dans l'Apocalypse, ch. 12. que leDragon& ses Anges combattoient contre Saint Michel, il est expliqué aussi-tôt que c'étoit le Diable, & Satan. Et de même au ch. 13. quand il est dit, que leDragona été adoré, & pareillement quand il est dit dans les propheties d'Isaïe & de Daniel, que leDragona été blessé, a été mis à mort, cela s'entend du mystére de la Rédemption, qui a détruit l'Empire de Satan.Dragon.Se dit hyperboliquement de ceux qui font les méchans & les difficiles à contenir dans le devoir: on le dit même des femmes & des enfans. Cette femme crie toûjours son mari, c'est un vraiDragon. Cet enfant est un vraiDragon, il est incorrigible & mutin.Dragon.En termes de guerre est une sorte de Cavalier sans bottes, qui marche à cheval & quicombat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps deDragons. LesDragonssont postez à la tête du Camp, & vont les premiers à la charge comme les enfans perdus: ils sont réputez du corps de l'Infanterie, & en cette qualité ils ont des Colonels & des Sergens, mais ils ont des Cornettes comme la Cavalerie. Ménage dérive ce mot du LatinDraconarÿ, qu'on trouve dans Vegece dans la signification de Soldats, mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Allemagnetragen, oudraghen, qui signifie Infanterie portée.Dragonvolant, est aussi un nom qu'on a donné à une ancienne coulevrine extraordinaire qui a 39. calibres de long, & qui tire 32. livres de balle, selon Hanzelet.Dragonest aussi une maladie qui vient aux yeux des chevaux. Ce cheval a diminué de prix depuis qu'il lui est venu dans l'œil undragon.Dragonsen termes de marine, ce sont de gros tourbillons d'eau qu'on trouve souvent sous la ligne, qui briseroient ou couleroient à fonds les Navires s'ils passoient pardessus, & les Mariniers ont la superstition de croire qu'ils les détournent à côté en battant leurs épées nuës en croix du côté d'où vient l'orage, comme dit François Peyrard.Dragonest aussi une constellation celeste vers le Pole Arctique, ayant 31. Etoiles selon Ptolomée, 32. selon Kepler, & 33. selon Bayer, qui sont de la nature de Saturne & de Jupiter.En terme d'Astronomie on appelle la tête & la queuë duDragon, les points des intersections de l'Eclyptique par l'orbite des autres Planettes, & particuliérement par celle de la Lune. Le ventre duDragonest l'endroit de ces cercles où se trouve leur plus grande latitude & éloignement; commeces cercles marquent une plus grande enflûre au milieu qu'aux extrêmitez, cela a fait croire qu'ils avoient la figure d'unDragon, ce qui les a fait nommer ainsi, & c'est dans ces seuls points d'intersection que se font toutes les éclipses; on les marque dans les horoscopes avec ces signesΩtête deDragon,℧queuë deDragon: mais il n'y a rien de plus vain que les prédictions que font là-dessus les Astrologues, car en effet ces points n'ont aucune vertu, ni influence.Dragonest aussi un méteore qui se forme de quelques nuées enflammées, qui jettent quelques étincelles qui ont divers plis, & qui imitent la figure d'unDragon.Dragonen termes de Blason, quand on le dit simplement, s'entend duterrestre, qui doit avoir deux pieds, & la queuë en pointe. Il y en a d'autres qu'on appellemonstrueux, qui ont des aîles; & qu'on appelleDragonnez, les autres animaux qui sont peints avec des queuës deDragons, ou de Serpens.Sang deDragon, Terme de Pharmacie. Les Anciens ont crû que leDragoncombattoit contre l'Elephant, qu'il lui suçoit tout son sang par les yeux & les oreilles, que l'Elephant tombant mort écrasoit leDragon, & que de ce sang mêlé tombant sur la terre on en recueilloit ce qu'ils appelloient sang deDragon, dont ils faisoient grand état; c'est ainsi qu'en parlentSolin,Pline,Isidore, & plusieurs autres aprés eux: mais ce combat est une fable inventée par les Marchands. On appelle aussi leCinnabresang deDragon, selonAvicenne&Serapion. Mais le vrai naturel sang deDragonest un suc, ou gomme d'un arbre nomméanchusequi vient d'Afrique, & il s'en fait d'artificiel avec du santal, ou de la gomme de cerisier ou amandier dissoute & cuite dans la teinture du bois deBresil. Cardan dit qu'il vient d'un autre arbre de l'IleZocotora.Il y a un vray sang deDragondont François Cauche fait mention en son voyage de Madagascar. Il dit qu'on lui fit present de six morceaux de sang deDragon, chacun long de trois pouces, ressemblans à des morceaux de boudin, marbrez comme le savon d'Alican, de rouge, de noir & de blanc, ce que les Habitans appellent onguent pour étancher le sang. Ils sont faits de feüilles pilées d'un arbre fort branchu & gros comme un poirier, qui a les feüilles longues & plus étroites que celles du laurier, ayant une odeur de violette, les fleurs sont blanches & odoriferantes, venant en bouquet, rondes & n'ayant que cinq feüilles bien ordonnées, elles se ferment la nuit & ne sont pas plus larges qu'un double; il sort du milieu un filet rougeâtre, qui se recoquille en telle sorte qu'il fait la figure d'unDragon. Amatus Lusitanus, Mathiole & Bisciola, rapportent quelque chose de semblable, & disent qu'il y a de grands arbres à Madere, à Porto santo, aux Canaries & en Afrique, appellezDragons&Draconaries, qui jettent en larmes des gouttes ou gommes rouges & luisantes, desquelles si on touche quelque chose, il y paroît une rougeur noirâtre, & qu'on nomme cette goutte le sang deDragon. Ils produisent un fruit semblable à une cerise, qui a au dessous de la peau qui la couvre la figure d'unDragon, aussi bien representé, que s'il avoit été taillé par un Sculpteur, avec la gueule ouverte, un long col & une longue queuë, ce qui a donné à l'arbre le nom deDragon, & la couleur rouge de la gomme lui a donné le nom de sang.Dragonné,adj.terme de Blason, qui se dit du lyon, ou autre animal qui est representé avec une queuë de Dragon.Dragonneau,s. m.C'est selon quelques Medecins, un animal semblable à un ver long & large, qui se meut entre cuir & chair & qui vient aux jambes, & quelquefois aux muscles du bras. Il est ainsi nommé, parce qu'il a la figure & la tortuosité d'un petit serpent. Il paroît sur tout sous la peau des Côtes, & les Habitans des Païs chauds y sont fort sujets.Drague,s. f.Outil qui sert à tirer du sable des riviéres, à curer les puits, & à tirer les immondices de quelque endroit. C'est une espéce de pelle de fer ayant une perche, ou un long manche de bois, qui a des rebords de trois côtez, & est platte par le devant pour enlever ce sable & ces ordures.Dragueest aussi un outil de Vitriers, ou pinceau qui leur sert à signer, ou à marquer leur verre.Drague,s. m.terme de Marine, est un gros cordage dont on se sert sur les Vaisseaux, pour arrêter le recul des Canons quand ils tirent.DROIT.oite.adj.&subst.Terme de Géometrie. Ce qui ne décline ni d'un côté, ni d'autre. Une lignedroiteest la plus courte entre deux points. Le plusdroitchemin, dedroitfil. Ce mot vient dedirectus. Nicod.Droit.Signifie aussi perpendiculaire, qui est à plomb. Un angledroitest un angle de 90. degrez, qui se fait quand une ligne tombe à plomb sur une autre. Ce mur n'est pasdroit, il menace ruïne. Cette femme danse mal, elle ne se tient pasdroite.En termes d'Architecture on appellepied droit, le rang de pierres, qui fait chacun des côtez d'une porte cochere. On le dit aussi des côtez, ou tableaux des fenêtres.En termes d'Astronomie on appelle la Spheredroite, celle où l'Equateur coupe l'horison à anglesdroits, ou perpendiculairement, en laquelle les jours sont toûjours égaux aux nuits. L'ascensiondroite& oblique,voyezà leur ordre.En termes de chasse on appelle ledroit, lors qu'on est au vray chemin que la bête tient, & qu'on a redressé le change. Quand on a connoissance dudroit, on sonne deux mots pour appeller les piqueurs. Les bons chiens connoissent ledroit, courent bien ledroit.Droit.En termes de Medecine, c'est le dernier des boyaux ou intestins, parce qu'il s'étend toutdroitdepuis l'os sacré jusqu'au siége ou à l'anus, sans faire aucuns tours ni replis; sa partie inferieure, est serrée & fermée par des muscles qu'on nommeSphincteres, c'est à dire,fermeursou tirans. Les Medecins appellent aussiRectum.On dit en généalogie, il descend en lignedroiteou en ligne collaterale d'un tel Prince.Droit.Signifie aussi le côté où la main est ordinairement la plus forte, & de laquelle on se sert naturellement pour faire quelque ouvrage qu'on fait d'une seule main, en ce sens il est opposé àgauche. Le côté droit est le plus honorable. On donne ladroiteà ceux qu'on respecte. La main gauche, la maindroite. On dit l'aîledroite, l'aîle gauche d'une Armée, d'un bâtiment.Droit.En termes de manége se dit d'un cheval qui ne boite point, & qu'on garantitdroit, chaud & froid, c'est à dire, qu'il ne boite point ni lors qu'il est échauffé, ni lors qu'il est refroidi. On dit aussi qu'un cheval estdroitsur ses jambes, quand le devant du boulet tombe à plomb sur la couronne, en sorte que le canon & le paturon sont en lignedroite. On dit aussi promener un cheval par ledroit, le guiderdroit, le faire partir & reculerdroit, quand il va sur une lignedroitesans se traverser, ni se jetter de côté.Droit.Se dit figurément en choses spirituelles. Cet homme a l'amedroite, a l'intentiondroite, pour dire il est bon & équitable, il a l'espritdroit, pour dire qu'il a l'esprit juste, qu'il ne s'égare d'un côté ni d'autre.On dit aussi figurément d'un homme à l'égard d'un autre, que c'est son brasdroit, pour dire que c'est son principal appui, celui qui luy sert dans ses principales actions.Droit.s. m.Terme de Jurisprudence. Ce qui est juste, raisonnable, qui est établi par les Loix, qui rend à chacun ce qui lui appartient. Il y a trois sortes dedroits, ledroitde nature qui nous est connu par la seule lumiére de la raison, & qui est general à tous les hommes; ledroitdes gens qui s'observe dans presque toutes le Nations, comme de ne point violer les Ambassadeurs; & ledroitde chaque Nation particuliére, qui a ses maximes & son gouvernement differens.Droit divin, est celui qui a été ordonné & établi de Dieu, lequel nous a revelé sa volonté par ses Prophetes.Droit humainoupositif, celui qui a été établi par la police des hommes.Droit Civilest proprement leDroit Romaincontenu dans le Digeste, le Code & les Instituts, où sont les Loix Romaines compilées par l'ordre de Justinien. On l'appelle autrementdroit écrit, & il y a plusieurs Provinces en France qui se gouvernent par ledroit écrit, le Lyonnois, le Languedoc, &c.LeDroit écritqui est établi dans la Gascogne, vient de ce que les Visigots ayant vécu sous les Coûtumes anciennes du païs d'Aquitaine jusqu'à la vingt-deuxiéme année du Régne d'Alaric II. il ordonna que le Code Théodosien, réformé par Aman l'un de ses principaux Conseillers, fût observé par tout le païs de son obéïssance.Pasquier.Droit Canon, est ledroitEcclesiastique qui est reçû en France, à l'exception de quelques cas contraires aux libertez de l'Eglise Gallicane. LeDroit Canonconsiste premiérement au decret, qui a été compilé par Gratien Boulonnois du temps de Louïs VII. qu'il divisa en deux parties, l'une de distinctions & l'autre de questions. Il est composé de plusieurs Canons des Conciles, des décisions & autoritez des Peres, dont la premiére compilation a été faite du temps de Clovis par Isidore Evêque de Seville, selon l'ordre des dattes; la seconde du temps du Roi Robert par Burchard, sous le nom de decret, qu'il divisa en vingt Livres; la troisiéme sous Philippes premier, par Yves Evêque de Chartres, qu'il fit en dix-sept Livres, où il mêla plusieurs Loix du Code Theodosien & des Capitulaires; & enfin celle de Gratien ci-dessus. La seconde partie contient les Decretales de Gregoire en cinq Livres, & la troisiéme partie le Sexte de Boniface VIII. les Clementines du Pape Clement V. qui furent mises en lumiére par Jean XXII. son successeur; & en fin les Extravagantes du même Jean XXII.Droit.Signifie aussi la Jurisprudence, les Ecoles dedroit, les régles dudroit, une question dedroit, une présomption dedroit, cela est dedroit. On appelledroit étroit, la rigueur dedroit, ce qui ne reçoit point d'extension. Cela est fondé endroit& raison, est jugé selondroit& raison. On appelle un sifleur dedroit, celui qui le montre en chambre; un Professeur dedroit, celui qui l'enseigne publiquement.Droit Coûtumier, est celui de plusieurs Provinces qui ont conservé leurs Coûtumes particuliéres, lesquelles ont été rédigées par écrit, & réformées de temps en temps. Paris, la Normandie, la Bretagne, sont des païs dedroit coûtumier.Droit commun, est ledroitordinaire & fondé sur les maximes générales, qui est opposé aux privileges qui en font exception.Droitsignifie encore autorité, puissance. Les Anciens avoientdroitde vie & de mort sur leurs Esclaves. Il n'y a en France que le Roi qui ait cedroit-là sur ses Sujets.Droitsignifie aussi une puissance qu'on a de donner ou de faire quelque chose. Le Pape a conferé ce Benefice de pleindroit, ou pardroitqui lui a été dévolu. Un Prélat n'a pasdroitde faire les Ordres hors de son Diocese, sans permission.Droit.Signifie aussi action qu'un homme peut poursuivre en Justice, pour demander un bien qui lui appartient. Chacun est reçû à poursuivre sesdroitsen Justice. Un cessionaire dedroitslitigieux. Une fille majeure usante & joüissante de sesdroits. Je suis endroit, en possession de passer sur cette terre. C'est undroitacquis, undroithereditaire. Il a épousé cette fille avec sesdroits. Il est subrogé en tous sesdroits, noms, raisons, & actions. Il exerce lesdroitsde son debiteur, il les poursuit au lieu de lui. Il a été pourvû de cette Charge avec tous sesdroits, profits & émolumens.Undroitde bannalité, de pressoir, de four, de moulin. Undroitd'aubeine, de désherence.Droit.Signifie aussi titre qu'on a pour posseder quelque chose, ou y prétendre. Il y a plusieurs prétendansdroità ce Benefice, l'un comme résignataire, l'autre comme indultaire. Il a accumulédroitssurdroits. Il a dit cela par surabondance dedroit. Cela lui appartient dedroit. Il a ledroitd'ancienneté. Les Princes ont ledroitde bien-seance, de represailles, &c.Droit.Signifie aussi redevance, chose qu'on possede avec un titre. René Chopin a écrit desdroitsdu Roi, desdroitsDomaniaux. Lesdroitsde cens, surcens, dixmes, champarts, de lods & ventes, de rachapt &c. sontdroitsSeigneuriaux. Le Seigneur saisit le fief, faute dedroits& devoirs non faits & non payez.Droitshonorifiques & de patronage, sont ceux qui sont dûs aux Fondateurs des Eglises, aux Seigneurs hauts Justiciers. Ledroitde Régale est undroitdu Roi de pourvoir aux Benefices, le Siége Episcopal vacant.Droit.Se dit aussi de toutes sortes d'impositions établies pour soûtenir les charges de l'Etat. On a établi undroitsur le vin, sur le bois, sur telle marchandise. L'ancien & le nouveaudroitdu pied fourché. Il ne faut pas frauder lesdroitsdu Roi.Droit.Signifie aussi salaire qu'on taxe, ou qui est ordonné à quelqu'un, pour ses peines & vacations. Ledroitdu Greffe, du Controlle, de la signature d'un Arrêt.Droitde consultation, de revision dû aux Procureurs. On appelledroitd'avis la paraguante qu'on est obligé de donner à celui qui a été cause qu'une affaire a réüssi, qui en a donné le premier avis.Droit.Signifie aussi un privilege accordé par le Roi ou par la Loi, qui donne prérogative à quelqu'un, pour excepter dudroitcommun de la Régle générale.Droitde Committimus.Droitde franc salé.Droitd'entrer aux Etats.Droitde Bourgeoisie.Droitd'aînesse.En terme de pratique on dit être àdroit, pour dire comparoître en jugement pour y être interrogé. Appointement endroit, c'est un réglement qu'on donne aux parties pour écrire & produire sur quelque question dedroit, ou en premiére instance. Appointement à ouïrdroit, est le réglement qu'on donne en matiére criminelle, aprés la confrontation pour ouïr le jugement. On dit aussi qu'on a faitdroitsur le tout, pour dire qu'on a prononcésur toutes les demandes. On dit aussi, sans garder ordre dedroit, ni forme de justice. On dit aussi, prendredroitpar les charges, pour dire s'en rapporter aux témoins, sans préjudice dudroitdes parties au principal. Le Roi finit ainsi ses Lettres Patentes, sauf en autre chose nôtredroit, & l'autrui en toutes. On dit aussi deffendre sesdroits, user de sondroit, renoncer à sondroit. C'est un passe-droit, une grace, une faveur.Droit.En termes de chasse signifie la part de la bête défaite qui appartient aux veneurs, ou aux chiens. Le pieddroitdu Cerf est celui qu'on offre au Roi, ou au maître de la chasse. Ledroitdes chiens est ce dont on leur fait curée. On dit aussi en Fauconnerie ledroitde l'oiseau, lors qu'on le paît de ce qu'il a volé, comme la tête, la cuisse, le cœur, le foye de la perdrix, l'aîle de la corneille, &c.Droitadverbial, d'une maniéredroite. Cet homme vadroitau but. Il lui a tirédroitdans la tête. Il faut marcherdroit, allerdroitavec lui. Il vadroiten besogne. Il a mis toutdroitla main dessus, il veut avoir cela à tort, ou àdroit. On dit aussi à bondroit, pour dire avec raison, avec juste cause. On dit aussi àdroit, à gauche, pour dire qu'il faut tourner de ce côté-là.On dit proverbialement que, où il n'y a pas de quoi, le Roi perd sondroit, pour dire qu'il est inutile de plaider contre des insolvables; que bondroita besoin d'aide, pour dire qu'il ne faut pas négliger la sollicitation des meilleurs procés. On dit aussi, c'est ledroitdu jeu, pour dire on a accoûtumé d'en user ainsi. On dit encore qu'un homme estdroitcomme un jonc, comme un échalas, comme un cierge, comme un sapin, pour dire qu'il se tient biendroit. On dit ironiquement, cela estdroitcomme la jambe d'un chien.DUEL.s. m.Combat de particuliers assigné à certain lieu & heure, en suite d'un appel ou d'un défi. LesDuelsétoient autrefois permis pour défendre, ou accuser en Justice dans les cas dont on ne pouvoit avoir de preuve: LeDuelétoit un moïen si ordinaire pour vuider les differens des Nobles, qu'on n'en dispensoit pas même les Ecclesiastiques, & afin qu'ils ne se soüillassent pas de sang, on les obligeoit seulement de donner des gens, &c.

CACAO.s. m.Fruit dont on fait le chocolate avec quelques autres ingrédiens; il croît en abondance dans la nouvelle Espagne à un arbre qui se nomme lacucuhua-guahuilt; il est de la même grandeur que l'oranger; il a les mêmes feüilles, mais un peu plus grandes. Ce fruit est de la figure d'un concombre, ou melon, quiest rayé, cannelé & roux, plein de plusieurs noix qui sont proprement appelléescacao, plus petites qu'une amende: il est d'une moyenne saveur, entre le doux & l'amer; d'un temperament froid & humide. Il y a dix ou douzecacaoenfermez dans une même coque; cet arbre est si delicat qu'il le faut planter auprés d'un grand arbre nomméatlinanafin qu'il le couvre de sa grande ombre, autrement le Soleil le brûle. On en tire aussi du beurre, dont les femmes se font un fard pour le visage. Lecacaosert aussi de menuë monnoye dans la Province;Laët,Acosta,Clusiusen ont écrit.

CALANDRE.s. f.Terme de Manufactures. C'est une machine propre pour presser les draps, les toiles, & autres étoffes, & pour les rendre polies, unies & lissées: elle sert aussi pour y faire ces ondes qui sont sur le tabis & les moheres: Elle est composée de deux gros rouleaux de bois, autour desquels on roule les piéces d'étoffe; on les met entre deux gros madriers de bois dur, large, épais & poli; celui de dessous sert de base, celui de dessus est mobile, par le moyen d'une rouë telle que celle des gruës. Un cable est attaché à un tour qui compose son axe; cette partie du dessus est d'un poids prodigieux, par fois de cinquante ou soixante milliers; c'est cette pesanteur qui fait les ondes sur les étoffes qui sont autour de ces rouleaux par le moyen d'une legere gravûre qu'ils contiennent: on met & on ôte ces rouleaux en inclinant un peu la machine. Ce mot vient du Latincylindrus, parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Borel dit que ce nom lui vient d'un petit oiseau de même nom, parce que les marques qu'elle imprime sont semblables à ses plumes.

Calandre,petit oiseau du genre des alloüettes,qui n'a point de crête: En Latincorydalos minima.

Calandre,petit ver qui se fourre dans le bled & le mange, qu'on appelle aussicharançon, oupatepeluë: en Latincurculio.

Calandrer.v. act.Mettre une étoffe sous lacalandrepour la presser ou tabiser.

Calandrééé. part.

CALCINATION.s. f.Action par laquelle on réduit en chaux, ou en poudre trés-subtile les métaux & les minéraux, avec un feu violent. Lacalcinationactuelle se fait seulement par le feu, la potencielle se fait par le moyen d'un esprit corrosif, qui les pénétre & les dissout, comme l'argent & l'or par les eaux fortes & l'eau régale, & cettecalcinationest appelléeimmersive.

Calciner.v. act.Terme de Chimie. Réduire les métaux ou les minéraux en chaux, ou poudre trés-subtile par le moyen du feu. L'or se calcine au feu de Reverbere avec le mercure & le sel armoniac. L'argent avec le sel commun & le sel alkali: le cuivre avec le sel & le soulfre: le fer avec le sel armoniac & le vinaigre: l'étain avec l'antimoine, le plomb & le soulfre: le mercure avec l'eau forte, il se calcine aussi tout seul par le feu. Tous les autres minéraux se calcinent au feu, sans addition d'aucune drogue.

CAMPHRE.s. m.C'est la gomme d'un arbre qui croît aux Indes dans les montagnes maritimes, lequel est de telle hauteur & largeur, qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre. On dit qu'elle sort en plus grande abondance durant la tempête & les tremblemens de terre. Il y en a de plusieurs sortes, car on en trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce rompuë, commeune résine, & demeure attachée à l'arbre: elle est rouge d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a aussi uncamphreen rose, qui n'a point passé par le feu, & un autre qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Lecamphreest si subtil que souvent de lui-même il se resout en fumée. Il est si odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens; pour être bon il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur, & il faut qu'il devienne moüillé quand on le met sur un pain chaud. Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un Bitume des Indes. On l'appelle en Latincamphora, qui vient du mot Hebreucopher.

On fait ducamphreartificiel avec de la sandaraque, qu'on appelle autrement gomme de genévre, vernis blanc, ou mastic bien pulvérisé, du vinaigre blanc bien distilé, qu'on met vingt jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, & on trouve lecamphrefait comme une croûte de pain blanc. La chymie ne travaille point sur lecamphre, puisqu'il surmonte en pureté, en subtilité, en volatilité & en pénétration tout ce qu'on en pourroit tirer par la distillation: Elle ne peut enchérir sur sa perfection: sa diaphanéïté est grande, sa blancheur égale à celle de la neige; son goût acre, son odeur forte témoignent sa volatilité; son inflammabilité dans l'eau, & sa totale consomption sans laisser aucune trace au vaisseau dans lequel on l'allume, montrent sa pureté & la subtilité de ses parties. On a fait ce proverbe sur lecamphre.

Camphora per nares castrat odore mares.

Camphora per nares castrat odore mares.

La principale qualité ducamphreest de retenir & de conserver un feu inextinguible qui brûle dans l'eau, sur la glace, & dans la neige, à cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques-là que si on en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse boüillir jusqu'à leur entiére évaporation dans quelque lieu étroit & bien fermé, & que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé conçoit en un moment le feu qui paroît comme un éclair sans incommoder le bâtiment, ni les spectateurs.

CHARTEPARTIE.s. f.Terme de marine, c'est l'acte d'affretement sur l'Ocean, ou de nolissement sur la Mediterranée; c'est un écrit contenant la convention pour le loüage d'un Vaisseau, ou la Lettre de facture & le Contract de cargaison du Vaisseau: elle doit être rédigée par écrit, & passée entre les Marchands & le Maître, ou le propriétaire du Bâtiment: Elle doit contenir le nom & le port du Vaisseau, celui du Maître & de l'Affreteur, le prix du fret, & les autres conditions dont les parties seront convenuës, comme il est porté au Livre troisiéme de l'Ordonnance de la marine: dans cet acte les Capitaines & Officiers confessent avoir reçû un tel Navire bien & dûment calfeutré, étanché, victuaillé, munitionné, & agréé pour un tel voyage. Lachartepartieest distinguée d'avec le connoissement, parce que celle-la se fait pour l'entier affrettement du Navire, & pour l'aller & pour le retour; au lieu que le connoissement n'est fait que pour une partie de la charge, & se fait par une promesse particuliére, pour l'aller ou pour le retour seulement. Le Président Boyer dit que ce mot vient de ce queper medium carta incidebatur & sic fiebat carta partita; parce qu'autemps que les Notaires étoient moins communs, on n'expédioit qu'un acte de la convention qui servoit aux deux parties, on le coupoit en deux pour en donner à chacune sa portion; elles les rassembloient au retour pour connoître si elles avoient satisfait à leurs obligations; ce qu'il atteste avoir vû encore pratiquer de son temps, de même qu'en usoient les Romains dans leurs stipulation, au rapport d'Isidore, qui rompoient un bâton dont chacun gardoit un morceau pour en conserver la marque.

CHIEN.s. m.Chienne.s. f.Animal domestique, qui aboye, qui sert à garder la maison, & à la chasse. Lechienest le simbole de la fidélité. Leschienssont en telle abomination aux Maldives, que si unchienavoit touché quelqu'un du païs, il s'iroit incontinent baigner pour se purifier. Peirard. Au contraire chez les Gaures ils sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent deschienspour purifier leurs penitens. Tavernier.

Il y a plusieurs sortes dechiensdifferens, tant pour la taille que pour le naturel, ou le service qu'ils rendent aux hommes.

Les premiers sont leschiensde chasse dont les plus nobles sont leschienscourans, ouallans, qui chassent par la force de l'odorat. Entre leschiensFrançois, quelques-uns sont appellez derace Royale, qui courent à force les cerfs, chevreüils, loups, & sangliers. Leschienscourans appellent les Veneurs, & pour cela dit qu'ils chassent de gueule.

Il y en a d'autres de race commune, qui chassent seulement le chevreüil, le loup & le sanglier; d'autres de race mêlée, ou petite racine, qui chassent les liévres tant dans les bois que dans la plaine.

Il y a aussi deschiensAnglois de trois sortes, ceux de la race Royale servent à chasser cerfs, daims, & chevreüils. Les chiensBaubissont pour les liévres, renards & sangliers, on leur couppe presque à tous la queuë; ils sont plus bas de terre & plus longs que les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voye, & qui ont le nez dur, & sont barbets à demi poil. LesBiglessont pour les liévres & lapins; il y en a de grands & de petits, & sont excellens pour courir le liévre dans les plaines.

Les levriers sontchiensà hautes jambes, qui chassent de vîtesse. Voyez Levrier.

Limiers sont deschiensmuets, qui servent à quêter & à détourner le cerf,chienquêtant & requerant.

ChiensBaux, qu'on surnommeGreffiers, sont deschiensblancs, dont la race vient de Barbarie, ils sont bons chasseurs requerans & forcenans; ils chassent de haut nez, gardent bien le change; ils sont de bonne creance, & tiennent mieux dans les chaleurs; ce sont les meilleurs pour courir le cerf.

Leschiens grissçavent faire tous métiers, & courent toutes sortes de bêtes. Leschiens noirs, qu'on appellede saint Huber, sont bons pour les bêtes puantes; on en conserve sa race en mémoire de ce Saint, en l'Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Leschiensfauves ou rouges sontchiensde grand cœur, fort hardis &chiensd'entreprise. On appellechienstout d'une piéce ceux qui sont tout d'une couleur, tout blancs, ou tout noirs, &c.

Leschienscouchans sontchiensde l'arquebuse, qui chassent de haut nez, & arrêtent tout: les meilleurs viennent d'Espagne, ils servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ceschienssont aupoil & à la plume; & on dit que deschienspiquent la sonnette, pour dire qu'ils courent trop vigoureusement aprés l'oiseau.

Braques sont deschiensde même allure, aussi bien que les turquets & metis.

Epagneuls, ou espagnols sont deschiensqui chassent de gueule, & forcent les lapins dans les brossailles, ils rident ou suivent la piste de la bête sans crier, ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent le nez bas.

Griffon, se dit aussi d'une espece dechiensqui chassent le nez haut, & qui arrêtent tout; ils viennent d'Italie & de Piedmont.

Bassets, qu'on appelle autrementchiens de terre, sont deschiensqui entrent dans les taniéres des renards & taissons; ils viennent de Flandres & d'Artois; ils attaquent tout ce qui se terre, comme blereaux, renards, chats harets, foüines, putois; ils quêtent bien & servent aussi à l'arquebuse; ils sont noirs à demi poil, avec la queuë en trompe: il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, & qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tortuës. On parle aux bassets en leur criant,coule, coule Bassets.

Barbets, sontchiensfrisez qui chassent le nez bas quand le gibier fuit, & le nez haut quand il demeure; Ils l'arrêtent sur terre & dans l'eau: leur principale nature est de rapporter, & ce sont les plus fideleschiensdu monde, qui ne veulent connoître qu'un maître, & ne le perdre jamais de vûë: on les appelle aussichiens à gros poil.

Dogues, sontchiensde combat, qui servent à assaillir les grosses bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Les Espagnols doivent une partie des conquêtes de l'Amerique à desDoguesd'Angleterre, comme on voit dans Herrera.

Mâtins, sontchiensde garde qu'on laisse dansles bassecours pour aboyer. Il y a aussi desMâtinsdans le vautrait, pour chasser au sanglier.

Chiensallansougentilssont de groschiens, qui en allant détournent le gibier: On le dit aussi deschiensde Bouchers qui servent à conduire leurs troupeaux.

On appellechienstrouveurs, deschiensqui vont requerir un Renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu'il seroit passé.

Chienbarreurest le meilleurchienpour le chevreüil.

On appelle unchiensecret, un limier qui pousse la voye sans appeller; on l'appelle aussi muet, & on dit qu'il ride.

Unchienbabillard, ou qui caquette, est celui qui crie hors la voye, & le plus souvent d'ardeur, ou qui crie des matinées entiéres.

Unchienmenteur est unchienqui cele la voye pour gagner le devant.

Unchienvicieux, celui qui chasse tout ce qu'il rencontre, & qui s'écarte toûjours de la meute.

Unchiende bonne créance, de bonne affaire, celui qui est docile & obéïssant: unchienqui chasse de forlonge, qui sent de loin le gibier; unchienqui ne se rompt point au bruit.

Unchiensage, qui chasse bien, qui tourne juste,chiende tête & unchiend'entreprise, qui est hardi & vigoureux.

On dit qu'unchiena le nez dur, lors qu'il rentre mal-aisément dans la voye, & qu'il reprend lentement; qu'il est de haut nez lors qu'il va requerir sur le haut du jour; & qu'il a le nez fin lors qu'il chasse bien dans les chaleurs, & dans la poussiére.

On appellechien d'aiguail, celui qui chasse bien le matin lors que la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour; & au contraireunchiendu haut du jour, qui ne vaut rien dans l'aiguail.

On appellechien étruffécelui qui a une cuisse qui ne prend point de nourriture, & qui est boiteux;chien buttécelui à qui la jointure des jambes de devant grossit;chien épointé, celui qui a des os des cuisses rompus;chien allongé, celui qui a les doigts du pied étendus par quelque blessure qui a touché les nerfs; &chiens courtautsceux à qui on a coupé la queuë.

On dit qu'unchiena belle gorge lors qu'il crie bien, & qu'il a la voix grosse & forte, qu'unchienaboye quand il sent le gibier; ou quelque chose d'étrange; qu'unchienjappe lors qu'il crie sans sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour; & qui hurle lors qu'il sent des loups, ou unechiennechaude qu'il ne peut joindre. On dit que lechiensonne, pour dire qu'il appelle au bon chemin ayant trouvé la trace.

On appellechien armé, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.

C'est une bonne qualité dechiend'avoir le jarret droit & bien herbé.

A la chasse on dit parler auxchiens, pour dire les réjouïr comme on fait à la chasse du cerf; ou les exciter ou les menacer, comme on fait à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe. On appelle titre dechiensle lieu où on pose leschiens, afin que quand la bête passera ils la courent bien à propos. Ceschienssont mis en bon titre, pour dire sont postez en un bon relais.

Trait dechiensse dit des laisses de crin, & des colliers qui servent à coupler leschiens; ainsi on dit qu'un cerf, ou une autre bête, a senti le vent du trait, pour dire deschiens.

Rompre leschiensse dit de la faute d'un Piqueur & Chasseur, lors qu'ils passent à traversdeschiens, pendant qu'ils courent, & ainsi rompent leur course. Il faut quelquefois rompre leschiens, les menacer, les recoupler, & frapper à route, afin de suivre & relancer le cerf, qui leur a donné le change & les a fait tomber en defaut.

On dit figurément en ce sens rompre leschiens, quand on interrompt quelqu'un dans son discours, pour empêcher qu'il ne dise quelque chose desavantageuse, ou qu'il n'entreprenne quelque affaire.

Le droit deschiensest ce qu'on leur donne à la curée, comme la langue, le muffle, les oreilles d'un cerf.

Il y a enfin deschiensde chambre pour le divertissement des Dames, qu'on nourrit pour leur petitesse, & leur beauté, & qu'on appellechiensde manchon, comme leschiensde Boulogne, d'Artois, épagneuls, bichons, barbets, levrons,chiensras ou de Barbarie, &c.

Chien,se dit aussi par injure, & pour reprocher à quelqu'un ses defauts. Les Turcs nous appellentchiens, nous traitent comme deschiens. On appelle unchiende valet, unchiende Procureur, unchiende frippon. On appelle une femme paillarde unechienne, une carogne, unechiennechaude,chiennede voirie: ce qui se dit aussi des choses: voilà des beauxchiensde vers; voilà un beau logement dechien, un beau present dechien.

On appelle Cerbere lechienà trois têtes, que les Poëtes ont feint être commis à la garde des Enfers.

Lechiencéleste est une constellation; il y en a deux; le grandchien, qu'on nomme autrementSirius, est une constellation composée de 18 étoiles selon Ptolomée, de la nature de Jupiter & de Venus, dont la principale est tenuë plus grande quetous les autres Astres, même que le Soleil. La petitechienne, qu'on appelle autrement lacanicule, onProcyon, n'a que deux étoiles, dont l'une est de la premiére grandeur, & de la nature de Mars, c'est celle qui cause les plus grandes chaleurs de l'Eté.

Chiende mer ou marin, est un poisson long & à museau pointu, qui a des dents, en Latingaleus. Le grandchiende mer qu'on appellecanis carcharias, a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire, dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes, tranchantes & pointuës, qui ne leur servent pourtant point à manger leur proye, parce qu'on a trouvé des hommes tout entiers dans leur ventre.

Chiende pistolet, est une piéce de fer mobile appliquée sur la platine d'un pistolet, d'un fusil, d'une arquebuse; elle tient la pierre & fait le feu, quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine à la main, avec lechienabattu, &c.

Chiense dit proverbialement en ces phrases; on dit de deux amis qui ne vont point l'un sans l'autre, que c'est saint Roch & sonchien. On dit, qui aime Bertrand aime sonchien, pour dire qu'il faut prendre les passions, les intérêts, & les sentimens de son ami. On dit d'un traître, d'un hypocrite, d'un flatteur, qu'il fait bien lechiencouchant. On dit de deux ennemis, que leurschiensne chassent pas ensemble. On dit d'un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu'il y est bien venu comme unchiendans un jeu de quilles. On dit des gens qui se haïssent, qu'ils s'accordent commechiens& chats. On dit encore de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque péril, qu'il mourroit plûtôt un bonchiende Berger. On dit qu'il vaut autantêtre mordu d'unchienque d'unechienne, pour dire que de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible. On dit qu'il ne se faut pas moquer deschiensqu'on ne soit hors du village, pour dire qu'il ne faut pas choquer un homme tant qu'on est en un lieu, où il est le plus fort, où il nous peut nuire.

On dit à un glorieux qui se fâche, qu'on le regarde trop fixement, unchienregarde bien un Evêque. On dit encore, il ne faut pas tant dechiensaprés un os, pour dire qu'il est fâcheux de partager un profit avec beaucoup de personnes, ou d'être plusieurs à avoir les mêmes prétentions. On dit aussi, jamais à un bonchienil ne vient un bon os, pour dire que ceux qui ont bonne envie de travailler, n'en trouvent pas les occasions. On dit jetter un os à la gueule d'unchienpour le faire taire, ce qui a lieu au figuré, pour dire faire un present à quelqu'un pour l'empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire importante. On dit qu'il n'est telle chasse que de vieuxchiens, & qu'un bonchienchasse de race, pour dire que la naissance & l'experience donnent de grands avantages sur les autres. On dit d'un homme peu consideré, qu'il a du crédit comme unchienà la boucherie. On dit cela n'est pas tantchien, pour dire cela n'est pas mauvais. On dit qu'un homme n'est pas bon à jetter auxchiens, quand il a fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit, de celui qui a des prétentions à quelque chose, quoi que fort éloignées, qu'il n'en jette pas sa part auxchiens. On dit aussi, petitchienbelle queuë. On dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n'avez pas d'autre filet vôtrechienest perdu. On dit d'un homme peu complaisant, qui ne fait rien de ce qu'on desire, que c'est unchiende Jean de Nivelle qui s'enfuit quand onl'appelle. Voyez l'origine de ce proverbe au mot deJean. On dit d'un envieux qu'il est comme lechiendu Jardinier, il ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent. On dit de ceux qui entreprennent quelque chose au delà de leurs forces, qu'ils font comme les grandschiens, qu'ils veulent pisser contre les murailles. On dit des pécheurs qu'ils font comme leschiens, qu'ils retournent à leur vomissement. On dit de ceux qui font quantité de cris & d'imprécations inutiles, que ce sont deschiensqui aboyent à la Lune. On dit aussi de ceux qui font des menaces vaines,chienqui aboye ne mord pas. On dit aux gens quéreleux, que leschienshargneux ont toûjours les oreilles déchirées. On dit des gens timides, entrez il n'y a point de danger, noschienssont liez: On dit aussi pour reprocher ou plaindre la misere de quelqu'un, on l'abandonne comme un pauvrechien, il mene une vie dechien; il n'a ni foy ni loy, il vit comme unchien; il est comme unchienà l'attache, il est las comme unchien, on l'a battu, on l'a étrillé comme unchiencourtaut. Les coups de bâton sont pour leschiens. On dit d'un miserable qu'on abandonne, qu'on ne lui demande pas, és-tuchien, és-tu loup. On dit aussi quand on veut noyer sonchien, on l'accuse de la rage. On dit d'un jeune étourdi, qu'il est foû comme un jeunechien, qu'il court comme unchienfoû. On dit d'une chose tortuë, d'une jambe mal faite, qu'elle est droite comme la jambe d'unchien. On appelle figurément unchienau grand collier celui qui meine les autres, qui est principal dans une maison, dans une assemblée. On dit d'un homme accoûtumé à la fatigue, il y est accoûtumé comme unchienà aller nud tête, d'aller à pied. On dit encore tandis que lechienpisse le loup s'enfuit, pour dire que tousles momens sont précieux en certaines occasions. Un bonchienn'abboye point à faux, ce qui se dit au figuré d'un habile homme qui fait toûjours bien réüssir ses entreprises, parce qu'il sçait bien prendre son temps, & ménager les occasions. On dit battre lechiendevant le lion, pour dire châtier un petit devant un plus puissant, qui a commis la même faute. On dit encore entrechien& loup, pour signifier le crepuscule, ou le temps sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner lechiend'avec le loup.

COCAGNE.s. f.C'est le nom qu'on donne en Languedoc à un petit pain de pastel avant qu'il soit réduit en poudre, & vendu aux Teinturiers: on en fait grand trafic en ce païs-là; & parce qu'il ne vient que dans des terres fort fertiles, & qu'il apporte un trés-grand revenu à ses maîtres, vû qu'on en fait jusqu'à cinq ou six récoltes par an; quelques-uns ont nommé le haut Languedoc un païs decocagne. Et c'est là-dessus qu'est fondée la fable du Royaume deCocagne, des païs imaginaires, où les habitans vivent fort heureux sans rien faire.

COCATRIX.s. m.Espece de basilic qui s'engendre dans les cavernes & les puits, en LatinBasiliscus,regulus. Il y a en la Cité de Paris un fief qui s'appelleCocatrix, dans une ruë du même nom.

COHUE.s. f.Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi appellezà coëunte multitudine. Ménage témoigne quecoüaa été dit autrefois pour halle; or c'est dansles halles que se tiennent la plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle &cohuëde Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.

Cohüe,se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que cela est dégéneré encohuë.

COULEUR.s. f.lumiére refléchie & modifiée selon la disposition des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant lescouleursen vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit lacouleurà toutes choses. Il y a descouleurssimples, comme sont les cinqcouleurs matricesdes Teinturiers, dont toutes les autres dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune, le fauve, oucouleurde racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cettecouleur, mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune, & elles deviennent verdes. Du mêlange des premiérescouleursil s'en fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c. expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement descouleurs, comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.

On appelle aussicouleurssimples, celles qui servent aux Enlumineurs & aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon, la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont minerales, quise tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du minium quand elle est poussée davantage au feu.

Les Peintres distinguent aussi lescouleursen legéres & en pesantes; sous le blanc on comprend toutes lescouleurslégéres. L'outremer est mis au rang descouleurslégéres. Sous le noir on comprend toutes lescouleurspesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre: le verd-brun & le bistre sont lescouleursles plus pesantes & les plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussicouleursrompuës, lescouleurstrop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque & d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de cescouleurs. Lescouleursrompuës servent à l'union & à l'accord descouleurs, soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appellecouleursnoyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton decouleur, un degré decouleur, par rapport au clair obscur. Lescouleurschangeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont descouleursfixes. Le Pere Kircher dit que lescouleurschangeantes qu'onvoid sur les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal, ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des iris. Lescouleursfixes & permanentes ne se font point par des réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens dans lescouleurs, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc, le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet & le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre qu'il a fait descouleurs. Il y a descouleursou teintures fixes, comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë dulapis lazuli, que le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les dissolvans ordinaires.

Couleur,se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître cescouleurs. Un Peintre prépare sescouleurssur sa palette. On appelle de mauvais Peintres des broyeurs decouleurs; & quand on dit que l'air mange lescouleurs, on entend que son intemperie détache de petits corps des sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.

Couleur,est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir n'est pas unecouleur, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre, & les Courtisans portent des habits decouleur, & que les gens de robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.

En approchant de ce sens on appellecouleurhaute,couleurrude,couleurforte, gaye,couleuréclatante,couleurclaire, celle qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme lacouleurde cerise, lacouleurde feu, l'incarnat; & au contraire on appellecouleurdouce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit le moins, comme le gris de lin, feüille-morte,couleurd'olive,couleurde pensée, &c.

Couleurd'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.

On dit qu'on met une chose encouleur, quand on rafraîchit les peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres drogues qui en font revivre, ou paroître lescouleursà demi effacées.

Nuance decouleurs, est une certaine disposition de la mêmecouleur, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.

Couleurse dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des chairs. Les gens qui se portent bien ont lacouleurvermeille, sont hauts encouleur. Les Espagnols ont lacouleurolivastre. Les filles qui ont leurs ordinaires ont lacouleurplombée; celles qui sont trop amoureuses ont les pâlescouleurs. Quand la cangrene paroît, elle rend la chair decouleurlivide.

On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait changer decouleur, il rougit de honte, & pâlit de colere. Lacouleurlui a monté au visage, pour dire il a rougi.

Couleur,se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie.Ce pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez decouleur. Les Chymistes admirent les changemens decouleursqui se font dans les métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont lescouleursde la Benoiste.

Couleur,en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que d'unecouleur, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a mis les panachées dans ces carreaux, & lescouleurssont dans les costieres.

Couleur,en termes de blason, est une des principales désignations des piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre, c'est une maxime qu'il ne faut point mettrecouleursurcouleur, ni métail sur métail.

COUPELLE.s. f.Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux; il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté du métail.

On dit figurément qu'un homme a passé par lacoupelle, quand il a subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé, aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par lacoupelle.

DEGRÉs. m.Terme d'Architecture, escalier, montée qui sert à monter & descendre du haut en bas d'un Bâtiment. Il y a un beaudegréen rampe à la Chambre des Comptes. Un petitdegréest fort commode pour dégager les appartemens.

Degré.Est aussi chaque marche d'un escalier: Il lui a fait sauter lesdegrezquatre à quatre.

Degré.Se dit figurément des choses qui servent de moyens pour parvenir à une plus haute, ainsi Corneille a dit d'Auguste dans le Cinna:

Que de ses propres mains mon pere massacréDu Trône où je le voi fait le premierdegré.

Que de ses propres mains mon pere massacré

Du Trône où je le voi fait le premierdegré.

En Morale on dit qu'il faut aller dedegréendegré, venir au dernierdegréde perfection, au plus hautdegréd'honneur, de gloire, de vertu: Venir d'Avocat Conseiller, Maître des Requêtes, Président; de Soldat, Enseigne, Lieutenant, Capitaine, c'est monter pardegrez: On le dit aussi en mauvaise part. Il est méchant, avare, orgueilleux au dernier, au souveraindegré.

Degré.Se dit aussi des marques, ou divisions de plusieurs choses, qui reçoivent du plus ou du moins, qui vont en descendant, ou successivement les unes aprés les autres: ainsi on dit en Théologie il y a plusieursdegrezde gloire dans le Paradis, plusieursdegrezde peine dans l'Enfer: les vertus Chrêtiennes sont autant dedegrezpour monter au Ciel.

On appelle aussidegrezde Jurisdiction, les Tribunaux qui reçoivent l'appel des Justices inferieures. On a vû jusqu'à cinqdegrezde Jurisdictionde Justices ordinaires: L'Ordonnance les a réduits à quatre.

Degré.Se dit aussi dans les Universitez, des Lettres qu'on donne à quelqu'un pour lui permettre d'enseigner, après qu'il en a été jugé capable par un long examen.

Ledegréde Maître és Arts, de Bachelier, de Licencié, de Docteur; ces trois derniers se donnent en Théologie, en Droit Civil, & Canon, & en Medecine: Il a obtenu un Benefice en vertu de sesdegrez.

Degré.En terme de Jurisprudence se dit des générations, suivant lesquelles on compte la proximité où l'éloignemcnt des parentez & alliances. L'Ordonnance a permis les récusations & les évocations jusqu'au quatriémedegréde parenté & d'alliance, c'est à dire, jusqu'au cousin issu de germain, & en matière criminelle jusqu'au cinquiémedegré: Un pere & son fils sont parens au premierdegré. Le Droit Civil compte lesdegrezde parenté autrement que le Droit Canon, il n'en faut qu'un de celui-là pour en faire deux de ceux-ci. On dit absolument au Palais, il a des parens audegré, pour dire, il ne peut être juge.

Degré.En termes de Fauconnerie se dit de l'endroit où l'oiseau durant sa montée ou élevation en l'air tourne la tête, & prend une nouvelle carriere qu'on appelle second ou troisiémedegré, jusqu'à ce qu'il se perde de vûë au quatriéme.

Degré.En termes de Medecine, est une certaine extention des qualitez Elementaires, on ne les divise qu'en quatre, le poivre est chaud en un teldegré.

En termes de Phisique ancienne les mêmes qualitez sont divisées en huit: Le dernier ou souveraindegréd'intention s'appelle dans l'Ecoleutocto: Le feu est chaud au huitiémedegré& sec au quatriéme.

En termes de Chymie on appelle donner le feu pardegrez, lors qu'on ouvre ou qu'on ferme les regîtres ou trous, qu'on fait exprés dans les fourneaux, pour augmenter ou diminuer la violence du feu.

Degré.Se dit aussi des divisions des lignes qui se font sur plusieurs instrumens de Mathematique, comme sur l'Arbalête ou Bâton de Jacob. Il sert aussi sur les Thermometres, ou Barometres, à marquer par les divisions qui sont sur la table qui les supporte, lesdegrezde chaleur & de pesanteur des corps liquides, par le moyen desquels la Physique moderne a beaucoup encheri sur l'ancienne, pour la subdivision de ces qualitez.

Degré.En termes de Géometrie & d'Astronomie, c'est la division qu'on fait sur les cercles pour servir de mesure: tout cercle se divise en 360.degrez: Cet Astre est élevé de tant dedegrezsur l'Horison, il décline de l'Equateur de tant dedegrezde longitude & de latitude: Un angle droit est de 90.degrez. Ptolomée a observé qu'undegrésur la terre valoit 68. milles & deux tiers, mais les Arabes n'ont trouvé que 56. milles, quand ils l'ont observé exactement dans les plaines de Seniar par l'ordre d'Almamoum. Ptolomée contoit sur le pied de 500. stades pourdegré. Le mille Arabique étoit égal à sept stades & demie. Mais voici des observations plus modernes & plus certaines, Fernel a observé qu'undegréd'un grand cercle de la terre contenoit 68096. pas Géometriques, qui valent 56746. toises, quatre pieds de Paris. Snellius a observé que cedegréétoit de 28500. perches du Rhin, qui font 55021. toises de Paris. Riccioli a fait ledegréde 64363. pas de Boulogne qui font 62900. de nos toises; mais M. Picard de l'Academie des Sciences, l'ayant mesuré par ordre du Roi avec toute l'exactitude possible, a trouvé qu'il étoit de 57060. toises suivant l'étalon de Paris, lesquelles étant réduites à la mesure universelle ou invariable, qu'il établit sur la pendule qui a sa proportion avec la toise de Paris, comme de 881. à 864. ledegrése trouve de 55959. toises de la mesure universelle. En voici la réduction juste à diverses mesures.

Chaque degré du grand cercle contient

DEVISE.s. f.Terme de Blason, ce mot se dit en général des chiffres, des caractéres, des rebus, des sentences de peu de mots & des proverbes, qui par figure ou par allusion avec les noms des personnes ou des familles, en font connoître la Noblesse ou les qualitez.La Deviseen ce sens est d'un usage plus ancien que le Blason, & c'est d'elle que les armoiries ont pris leur origine; ainsi l'Aigle a été appellée la devise de l'Empire, & S. P. Q. R. étoit la devise du Peuple Romain, qui est encore aujourd'hui ce qui compose l'Ecu de la Ville de Rome. Lesdevisesont été de simples Lettres semées sur les bords des cottes d'armes,sur les haussures & dans les Banniéres; ainsi le K. a été ladevisede nos Rois nommez Charles, depuis Charles V. jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rebus, équivoques, ou allusions tant aux noms qu'aux armes, Messieurs de Guise ont pris des A. dans des O. pour signifierchacun A son tour, la Maison de Seneçay,in virtute & honore Senesce. Morlaix,s'il te mord, mord-le. Ceux qui ont eu des tours dans leurs armoiries,turris mea Deus,&c.Il y en a d'autres énigmatiques ou à demi mot, comme celle de la Toison d'or,Autre n'aurai, pour dire que Philippes le Bon qui institua cet Ordre, renonçoit à toute autre femme qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousoit alors. LesDevisescontiennent quelquefois des proverbes entiers & sentences, comme celle de Cesar Borgia,aut Cæsar, aut nihil. On met lesDevisesdes armes dans des rouleaux ou listons tout au tour des armoiries, ou bien en cimier, & quelquefois aux côtez & au dessous, & celles des Ordres sur leurs colliers.

Devise.En termes de Blason se dit de la division de quelques piéces honorables de l'Ecu. Quand une fasce n'a que la troisiéme partie de sa largeur ordinaire; elle s'appelle fasce enDevise, ouDeviseseulement, & il n'y en doit avoir qu'une en écu. On le dit aussi du chef lors qu'on le pose en sa partie basse, & qu'il n'a que le tiers de sa largeur ordinaire, & alors on l'appelle chef du second surmonté ou chargé de tant d'étoiles, de molettes, ou autres meubles semblables. Ce mot deDevises'est dit, parce qu'elle servoit àdiviser, à separer, & à remarquer les gens & les partis, ce qui se faisoit par les habits, les livrées, les écharpes, & enfin par les paroles ou sentences particuliéres que les Chevaliers prenoient pour se faire remarquer. On les a en suite posées surles Ecus, d'où sont venuës insensiblement les armoiries. On disoit en vieux François faire saDevise, pour dire faire son testament ou la division de ses biens, comme on voir dans Villehardoüin.

On a appellé aussi autrefoisDevise, les robes de deux couleurs, comme sont celles des Maires & Echevins, & des Huissiers & Bedaux des Villes, des Paroisses, & des Communautez de Marchands: Et cela par la même raison qu'elles étoient divisées en deux couleurs.

Devisese prend maintenant en un sens plus étroit, & signifie une embleme qui consiste en la representation de quelque corps naturel, & en quelque mot qui l'applique en un sens figuré à l'avantage de quelqu'un; le tableau s'appelle le corps, & le mot l'ame de ladevise. On met desDevisessur les monnoyes, sur les jetons, sur les écus des Cavaliers, dans les ornemens des Arcs de triomphe, de feux d'artifice, & autres solemnitez. LesDevisessont des espéces d'images qui representent les entreprises de guerre, d'amour, de pieté, d'étude, d'intrigue, de fortune, &c. Les François sont les premiers qui ont fait desDevises, & les Italiens les premiers qui en ont donné des régles. Les Peres Menétrier & le Moine Jesuïtes ont écrit de l'art desDevises.

DRAGON.s. m.Serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Les anciens Naturalistes se sont égayez à décrire ce monstre en diverses maniéres, ils lui ont donné des aîles, des crêtes, des pieds & des têtes de differentes figures, jusques-là qu'Aldroandus fait mention d'unDragonné de l'accouplement d'une aigle avec une louve, qui avoit de grandes aîles, une queuë de serpent & des pieds de loup: mais il est le premier à dire avec les modernes, que c'estun Animal chimerique, si on le prétend faire differer d'un vieux serpent. Quelques-uns mêmes ont dit qu'il y a en Afrique desDragonsvolans, qui peuvent emporter un homme & un cheval, & qu'ils emportent souvent des vaches. Albert le Grand fait mention d'unDragonde mer, semblable à un serpent qui a les aîles courtes & le mouvement trés-prompt, & si venimeux qu'il fait mourir par sa morsure. On appelle aussi laVive,Dragonde mer, ouaraignéede mer. Les Poëtes qui ont feint que le jardin des Hesperides étoit gardé par unDragon, ont entendu la mer Oceane, qui fermoit l'entrée aux Iles fortunées ou à l'Amerique, d'où venoient de beaux fruits & où se trouvoient les mines d'or. On peint unDragonauprés de sainte Marguerite, on appelleDragonla gargoüille de Roüen. Voyez fierte.

Dragon.En termes de l'Ecriture se dit figurément du serpent infernal, de Satan. Ainsi quand il est dit dans l'Apocalypse, ch. 12. que leDragon& ses Anges combattoient contre Saint Michel, il est expliqué aussi-tôt que c'étoit le Diable, & Satan. Et de même au ch. 13. quand il est dit, que leDragona été adoré, & pareillement quand il est dit dans les propheties d'Isaïe & de Daniel, que leDragona été blessé, a été mis à mort, cela s'entend du mystére de la Rédemption, qui a détruit l'Empire de Satan.

Dragon.Se dit hyperboliquement de ceux qui font les méchans & les difficiles à contenir dans le devoir: on le dit même des femmes & des enfans. Cette femme crie toûjours son mari, c'est un vraiDragon. Cet enfant est un vraiDragon, il est incorrigible & mutin.

Dragon.En termes de guerre est une sorte de Cavalier sans bottes, qui marche à cheval & quicombat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps deDragons. LesDragonssont postez à la tête du Camp, & vont les premiers à la charge comme les enfans perdus: ils sont réputez du corps de l'Infanterie, & en cette qualité ils ont des Colonels & des Sergens, mais ils ont des Cornettes comme la Cavalerie. Ménage dérive ce mot du LatinDraconarÿ, qu'on trouve dans Vegece dans la signification de Soldats, mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Allemagnetragen, oudraghen, qui signifie Infanterie portée.

Dragonvolant, est aussi un nom qu'on a donné à une ancienne coulevrine extraordinaire qui a 39. calibres de long, & qui tire 32. livres de balle, selon Hanzelet.

Dragonest aussi une maladie qui vient aux yeux des chevaux. Ce cheval a diminué de prix depuis qu'il lui est venu dans l'œil undragon.

Dragonsen termes de marine, ce sont de gros tourbillons d'eau qu'on trouve souvent sous la ligne, qui briseroient ou couleroient à fonds les Navires s'ils passoient pardessus, & les Mariniers ont la superstition de croire qu'ils les détournent à côté en battant leurs épées nuës en croix du côté d'où vient l'orage, comme dit François Peyrard.

Dragonest aussi une constellation celeste vers le Pole Arctique, ayant 31. Etoiles selon Ptolomée, 32. selon Kepler, & 33. selon Bayer, qui sont de la nature de Saturne & de Jupiter.

En terme d'Astronomie on appelle la tête & la queuë duDragon, les points des intersections de l'Eclyptique par l'orbite des autres Planettes, & particuliérement par celle de la Lune. Le ventre duDragonest l'endroit de ces cercles où se trouve leur plus grande latitude & éloignement; commeces cercles marquent une plus grande enflûre au milieu qu'aux extrêmitez, cela a fait croire qu'ils avoient la figure d'unDragon, ce qui les a fait nommer ainsi, & c'est dans ces seuls points d'intersection que se font toutes les éclipses; on les marque dans les horoscopes avec ces signesΩtête deDragon,℧queuë deDragon: mais il n'y a rien de plus vain que les prédictions que font là-dessus les Astrologues, car en effet ces points n'ont aucune vertu, ni influence.

Dragonest aussi un méteore qui se forme de quelques nuées enflammées, qui jettent quelques étincelles qui ont divers plis, & qui imitent la figure d'unDragon.

Dragonen termes de Blason, quand on le dit simplement, s'entend duterrestre, qui doit avoir deux pieds, & la queuë en pointe. Il y en a d'autres qu'on appellemonstrueux, qui ont des aîles; & qu'on appelleDragonnez, les autres animaux qui sont peints avec des queuës deDragons, ou de Serpens.

Sang deDragon, Terme de Pharmacie. Les Anciens ont crû que leDragoncombattoit contre l'Elephant, qu'il lui suçoit tout son sang par les yeux & les oreilles, que l'Elephant tombant mort écrasoit leDragon, & que de ce sang mêlé tombant sur la terre on en recueilloit ce qu'ils appelloient sang deDragon, dont ils faisoient grand état; c'est ainsi qu'en parlentSolin,Pline,Isidore, & plusieurs autres aprés eux: mais ce combat est une fable inventée par les Marchands. On appelle aussi leCinnabresang deDragon, selonAvicenne&Serapion. Mais le vrai naturel sang deDragonest un suc, ou gomme d'un arbre nomméanchusequi vient d'Afrique, & il s'en fait d'artificiel avec du santal, ou de la gomme de cerisier ou amandier dissoute & cuite dans la teinture du bois deBresil. Cardan dit qu'il vient d'un autre arbre de l'IleZocotora.

Il y a un vray sang deDragondont François Cauche fait mention en son voyage de Madagascar. Il dit qu'on lui fit present de six morceaux de sang deDragon, chacun long de trois pouces, ressemblans à des morceaux de boudin, marbrez comme le savon d'Alican, de rouge, de noir & de blanc, ce que les Habitans appellent onguent pour étancher le sang. Ils sont faits de feüilles pilées d'un arbre fort branchu & gros comme un poirier, qui a les feüilles longues & plus étroites que celles du laurier, ayant une odeur de violette, les fleurs sont blanches & odoriferantes, venant en bouquet, rondes & n'ayant que cinq feüilles bien ordonnées, elles se ferment la nuit & ne sont pas plus larges qu'un double; il sort du milieu un filet rougeâtre, qui se recoquille en telle sorte qu'il fait la figure d'unDragon. Amatus Lusitanus, Mathiole & Bisciola, rapportent quelque chose de semblable, & disent qu'il y a de grands arbres à Madere, à Porto santo, aux Canaries & en Afrique, appellezDragons&Draconaries, qui jettent en larmes des gouttes ou gommes rouges & luisantes, desquelles si on touche quelque chose, il y paroît une rougeur noirâtre, & qu'on nomme cette goutte le sang deDragon. Ils produisent un fruit semblable à une cerise, qui a au dessous de la peau qui la couvre la figure d'unDragon, aussi bien representé, que s'il avoit été taillé par un Sculpteur, avec la gueule ouverte, un long col & une longue queuë, ce qui a donné à l'arbre le nom deDragon, & la couleur rouge de la gomme lui a donné le nom de sang.

Dragonné,adj.terme de Blason, qui se dit du lyon, ou autre animal qui est representé avec une queuë de Dragon.

Dragonneau,s. m.C'est selon quelques Medecins, un animal semblable à un ver long & large, qui se meut entre cuir & chair & qui vient aux jambes, & quelquefois aux muscles du bras. Il est ainsi nommé, parce qu'il a la figure & la tortuosité d'un petit serpent. Il paroît sur tout sous la peau des Côtes, & les Habitans des Païs chauds y sont fort sujets.

Drague,s. f.Outil qui sert à tirer du sable des riviéres, à curer les puits, & à tirer les immondices de quelque endroit. C'est une espéce de pelle de fer ayant une perche, ou un long manche de bois, qui a des rebords de trois côtez, & est platte par le devant pour enlever ce sable & ces ordures.

Dragueest aussi un outil de Vitriers, ou pinceau qui leur sert à signer, ou à marquer leur verre.

Drague,s. m.terme de Marine, est un gros cordage dont on se sert sur les Vaisseaux, pour arrêter le recul des Canons quand ils tirent.

DROIT.oite.adj.&subst.Terme de Géometrie. Ce qui ne décline ni d'un côté, ni d'autre. Une lignedroiteest la plus courte entre deux points. Le plusdroitchemin, dedroitfil. Ce mot vient dedirectus. Nicod.

Droit.Signifie aussi perpendiculaire, qui est à plomb. Un angledroitest un angle de 90. degrez, qui se fait quand une ligne tombe à plomb sur une autre. Ce mur n'est pasdroit, il menace ruïne. Cette femme danse mal, elle ne se tient pasdroite.

En termes d'Architecture on appellepied droit, le rang de pierres, qui fait chacun des côtez d'une porte cochere. On le dit aussi des côtez, ou tableaux des fenêtres.

En termes d'Astronomie on appelle la Spheredroite, celle où l'Equateur coupe l'horison à anglesdroits, ou perpendiculairement, en laquelle les jours sont toûjours égaux aux nuits. L'ascensiondroite& oblique,voyezà leur ordre.

En termes de chasse on appelle ledroit, lors qu'on est au vray chemin que la bête tient, & qu'on a redressé le change. Quand on a connoissance dudroit, on sonne deux mots pour appeller les piqueurs. Les bons chiens connoissent ledroit, courent bien ledroit.

Droit.En termes de Medecine, c'est le dernier des boyaux ou intestins, parce qu'il s'étend toutdroitdepuis l'os sacré jusqu'au siége ou à l'anus, sans faire aucuns tours ni replis; sa partie inferieure, est serrée & fermée par des muscles qu'on nommeSphincteres, c'est à dire,fermeursou tirans. Les Medecins appellent aussiRectum.

On dit en généalogie, il descend en lignedroiteou en ligne collaterale d'un tel Prince.

Droit.Signifie aussi le côté où la main est ordinairement la plus forte, & de laquelle on se sert naturellement pour faire quelque ouvrage qu'on fait d'une seule main, en ce sens il est opposé àgauche. Le côté droit est le plus honorable. On donne ladroiteà ceux qu'on respecte. La main gauche, la maindroite. On dit l'aîledroite, l'aîle gauche d'une Armée, d'un bâtiment.

Droit.En termes de manége se dit d'un cheval qui ne boite point, & qu'on garantitdroit, chaud & froid, c'est à dire, qu'il ne boite point ni lors qu'il est échauffé, ni lors qu'il est refroidi. On dit aussi qu'un cheval estdroitsur ses jambes, quand le devant du boulet tombe à plomb sur la couronne, en sorte que le canon & le paturon sont en lignedroite. On dit aussi promener un cheval par ledroit, le guiderdroit, le faire partir & reculerdroit, quand il va sur une lignedroitesans se traverser, ni se jetter de côté.

Droit.Se dit figurément en choses spirituelles. Cet homme a l'amedroite, a l'intentiondroite, pour dire il est bon & équitable, il a l'espritdroit, pour dire qu'il a l'esprit juste, qu'il ne s'égare d'un côté ni d'autre.

On dit aussi figurément d'un homme à l'égard d'un autre, que c'est son brasdroit, pour dire que c'est son principal appui, celui qui luy sert dans ses principales actions.

Droit.s. m.Terme de Jurisprudence. Ce qui est juste, raisonnable, qui est établi par les Loix, qui rend à chacun ce qui lui appartient. Il y a trois sortes dedroits, ledroitde nature qui nous est connu par la seule lumiére de la raison, & qui est general à tous les hommes; ledroitdes gens qui s'observe dans presque toutes le Nations, comme de ne point violer les Ambassadeurs; & ledroitde chaque Nation particuliére, qui a ses maximes & son gouvernement differens.

Droit divin, est celui qui a été ordonné & établi de Dieu, lequel nous a revelé sa volonté par ses Prophetes.Droit humainoupositif, celui qui a été établi par la police des hommes.

Droit Civilest proprement leDroit Romaincontenu dans le Digeste, le Code & les Instituts, où sont les Loix Romaines compilées par l'ordre de Justinien. On l'appelle autrementdroit écrit, & il y a plusieurs Provinces en France qui se gouvernent par ledroit écrit, le Lyonnois, le Languedoc, &c.

LeDroit écritqui est établi dans la Gascogne, vient de ce que les Visigots ayant vécu sous les Coûtumes anciennes du païs d'Aquitaine jusqu'à la vingt-deuxiéme année du Régne d'Alaric II. il ordonna que le Code Théodosien, réformé par Aman l'un de ses principaux Conseillers, fût observé par tout le païs de son obéïssance.Pasquier.

Droit Canon, est ledroitEcclesiastique qui est reçû en France, à l'exception de quelques cas contraires aux libertez de l'Eglise Gallicane. LeDroit Canonconsiste premiérement au decret, qui a été compilé par Gratien Boulonnois du temps de Louïs VII. qu'il divisa en deux parties, l'une de distinctions & l'autre de questions. Il est composé de plusieurs Canons des Conciles, des décisions & autoritez des Peres, dont la premiére compilation a été faite du temps de Clovis par Isidore Evêque de Seville, selon l'ordre des dattes; la seconde du temps du Roi Robert par Burchard, sous le nom de decret, qu'il divisa en vingt Livres; la troisiéme sous Philippes premier, par Yves Evêque de Chartres, qu'il fit en dix-sept Livres, où il mêla plusieurs Loix du Code Theodosien & des Capitulaires; & enfin celle de Gratien ci-dessus. La seconde partie contient les Decretales de Gregoire en cinq Livres, & la troisiéme partie le Sexte de Boniface VIII. les Clementines du Pape Clement V. qui furent mises en lumiére par Jean XXII. son successeur; & en fin les Extravagantes du même Jean XXII.

Droit.Signifie aussi la Jurisprudence, les Ecoles dedroit, les régles dudroit, une question dedroit, une présomption dedroit, cela est dedroit. On appelledroit étroit, la rigueur dedroit, ce qui ne reçoit point d'extension. Cela est fondé endroit& raison, est jugé selondroit& raison. On appelle un sifleur dedroit, celui qui le montre en chambre; un Professeur dedroit, celui qui l'enseigne publiquement.

Droit Coûtumier, est celui de plusieurs Provinces qui ont conservé leurs Coûtumes particuliéres, lesquelles ont été rédigées par écrit, & réformées de temps en temps. Paris, la Normandie, la Bretagne, sont des païs dedroit coûtumier.

Droit commun, est ledroitordinaire & fondé sur les maximes générales, qui est opposé aux privileges qui en font exception.

Droitsignifie encore autorité, puissance. Les Anciens avoientdroitde vie & de mort sur leurs Esclaves. Il n'y a en France que le Roi qui ait cedroit-là sur ses Sujets.

Droitsignifie aussi une puissance qu'on a de donner ou de faire quelque chose. Le Pape a conferé ce Benefice de pleindroit, ou pardroitqui lui a été dévolu. Un Prélat n'a pasdroitde faire les Ordres hors de son Diocese, sans permission.

Droit.Signifie aussi action qu'un homme peut poursuivre en Justice, pour demander un bien qui lui appartient. Chacun est reçû à poursuivre sesdroitsen Justice. Un cessionaire dedroitslitigieux. Une fille majeure usante & joüissante de sesdroits. Je suis endroit, en possession de passer sur cette terre. C'est undroitacquis, undroithereditaire. Il a épousé cette fille avec sesdroits. Il est subrogé en tous sesdroits, noms, raisons, & actions. Il exerce lesdroitsde son debiteur, il les poursuit au lieu de lui. Il a été pourvû de cette Charge avec tous sesdroits, profits & émolumens.

Undroitde bannalité, de pressoir, de four, de moulin. Undroitd'aubeine, de désherence.

Droit.Signifie aussi titre qu'on a pour posseder quelque chose, ou y prétendre. Il y a plusieurs prétendansdroità ce Benefice, l'un comme résignataire, l'autre comme indultaire. Il a accumulédroitssurdroits. Il a dit cela par surabondance dedroit. Cela lui appartient dedroit. Il a ledroitd'ancienneté. Les Princes ont ledroitde bien-seance, de represailles, &c.

Droit.Signifie aussi redevance, chose qu'on possede avec un titre. René Chopin a écrit desdroitsdu Roi, desdroitsDomaniaux. Lesdroitsde cens, surcens, dixmes, champarts, de lods & ventes, de rachapt &c. sontdroitsSeigneuriaux. Le Seigneur saisit le fief, faute dedroits& devoirs non faits & non payez.Droitshonorifiques & de patronage, sont ceux qui sont dûs aux Fondateurs des Eglises, aux Seigneurs hauts Justiciers. Ledroitde Régale est undroitdu Roi de pourvoir aux Benefices, le Siége Episcopal vacant.

Droit.Se dit aussi de toutes sortes d'impositions établies pour soûtenir les charges de l'Etat. On a établi undroitsur le vin, sur le bois, sur telle marchandise. L'ancien & le nouveaudroitdu pied fourché. Il ne faut pas frauder lesdroitsdu Roi.

Droit.Signifie aussi salaire qu'on taxe, ou qui est ordonné à quelqu'un, pour ses peines & vacations. Ledroitdu Greffe, du Controlle, de la signature d'un Arrêt.Droitde consultation, de revision dû aux Procureurs. On appelledroitd'avis la paraguante qu'on est obligé de donner à celui qui a été cause qu'une affaire a réüssi, qui en a donné le premier avis.

Droit.Signifie aussi un privilege accordé par le Roi ou par la Loi, qui donne prérogative à quelqu'un, pour excepter dudroitcommun de la Régle générale.Droitde Committimus.Droitde franc salé.Droitd'entrer aux Etats.Droitde Bourgeoisie.Droitd'aînesse.

En terme de pratique on dit être àdroit, pour dire comparoître en jugement pour y être interrogé. Appointement endroit, c'est un réglement qu'on donne aux parties pour écrire & produire sur quelque question dedroit, ou en premiére instance. Appointement à ouïrdroit, est le réglement qu'on donne en matiére criminelle, aprés la confrontation pour ouïr le jugement. On dit aussi qu'on a faitdroitsur le tout, pour dire qu'on a prononcésur toutes les demandes. On dit aussi, sans garder ordre dedroit, ni forme de justice. On dit aussi, prendredroitpar les charges, pour dire s'en rapporter aux témoins, sans préjudice dudroitdes parties au principal. Le Roi finit ainsi ses Lettres Patentes, sauf en autre chose nôtredroit, & l'autrui en toutes. On dit aussi deffendre sesdroits, user de sondroit, renoncer à sondroit. C'est un passe-droit, une grace, une faveur.

Droit.En termes de chasse signifie la part de la bête défaite qui appartient aux veneurs, ou aux chiens. Le pieddroitdu Cerf est celui qu'on offre au Roi, ou au maître de la chasse. Ledroitdes chiens est ce dont on leur fait curée. On dit aussi en Fauconnerie ledroitde l'oiseau, lors qu'on le paît de ce qu'il a volé, comme la tête, la cuisse, le cœur, le foye de la perdrix, l'aîle de la corneille, &c.

Droitadverbial, d'une maniéredroite. Cet homme vadroitau but. Il lui a tirédroitdans la tête. Il faut marcherdroit, allerdroitavec lui. Il vadroiten besogne. Il a mis toutdroitla main dessus, il veut avoir cela à tort, ou àdroit. On dit aussi à bondroit, pour dire avec raison, avec juste cause. On dit aussi àdroit, à gauche, pour dire qu'il faut tourner de ce côté-là.

On dit proverbialement que, où il n'y a pas de quoi, le Roi perd sondroit, pour dire qu'il est inutile de plaider contre des insolvables; que bondroita besoin d'aide, pour dire qu'il ne faut pas négliger la sollicitation des meilleurs procés. On dit aussi, c'est ledroitdu jeu, pour dire on a accoûtumé d'en user ainsi. On dit encore qu'un homme estdroitcomme un jonc, comme un échalas, comme un cierge, comme un sapin, pour dire qu'il se tient biendroit. On dit ironiquement, cela estdroitcomme la jambe d'un chien.

DUEL.s. m.Combat de particuliers assigné à certain lieu & heure, en suite d'un appel ou d'un défi. LesDuelsétoient autrefois permis pour défendre, ou accuser en Justice dans les cas dont on ne pouvoit avoir de preuve: LeDuelétoit un moïen si ordinaire pour vuider les differens des Nobles, qu'on n'en dispensoit pas même les Ecclesiastiques, & afin qu'ils ne se soüillassent pas de sang, on les obligeoit seulement de donner des gens, &c.


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