II

Désormais, simple exercice littéraire, destinée à la lecture et non plus à la scène, elle ne conserve de la tragédie que le nom. Les chrétiens adoptent cette forme ancienne pour répandre la foi nouvelle: car, ainsi qu'on l'a très-bien remarqué, tandis que l'Église d'une part frappait le théâtre d'anathème, de l'autre «elle faisait appel à l'imagination dramatique, elle instituait des cérémonies figuratives, multipliait les processions et les translations de reliques, et composait enfin ces offices qui sont de véritables drames: celui duPraesepeou de la Crèche à Noël; celui de l'Étoile et des trois Rois à l'Épiphanie; celui du Sépulcre et des trois Maries à Pâques, où les trois saintes femmes étaient représentées par trois chanoines, la tête voilée de leur aumusse,ad similitudinem mulierum, comme dit le Rituel; celui de l'Ascension, où l'on voyait, quelquefois sur le jubé, quelquefois sur la galerie extérieure, au-dessus du portail, un prêtre représenter l'ascension du Christ[263].»—En même temps donc l'Église essayait, avec des morceaux des tragédies profanes, de composer des tragédies chrétiennes.

C'est une de ces œuvres singulières qui nous est parvenue sous le titre dela Passion du Christ. On croit que cette pièce est du IVe siècle, et on l'attribue généralement à saint Grégoire de Nazianze, quoiqu'il paraisse difficile, après l'avoir lue, de l'imputer à un si savant écrivain.

Au reste, ce monument vaut la peine d'être analysé, ne fût-ce que pour sa bizarrerie. C'est un long centon, tiré notamment de six tragédies d'Euripide, savoir:Hippolyte,Médée,les Bacchantes,Rhésos,les Troyennes,Oreste. Aussi a-t-il été fort utile pour la recension de ces pièces. Le sujet est non-seulement la passion du Christ, mais la descente de croix, l'ensevelissement, la résurrection, et enfin l'établissement du christianisme. C'est même ceci qui est évidemment la raison et le sens du drame tout entier. Ce dessein ne manque pas de grandeur; mais l'exécution y répond-elle?

La pièce est précédée d'un prologue, comme les tragédies d'Euripide. Les personnages principaux sont: Le Christ, la Mère de Dieu, Joseph, un chœur de femmes (parmi lesquelles Magdeleine), Nicodème, et deux autres personnages, dont l'un appeléThéologos, le théologien, doit être saint Jean[264], et l'autre est un jeune disciple.

L'exposition se fait par un couplet de quatre-vingt-dix vers que prononce la Mère de Dieu. Les trente premiers, imités du début de laMédée, sont raisonnables; les voici en abrégé: «Plût au ciel que jamais le serpent n'eût rampé dans le jardin et n'eût épié en embuscade sous ces ombrages; le traître!» Ève n'eût point péché et n'eût point fait pécher Adam; le genre humain n'eût point été damné, et n'eût pas eu besoin d'un rédempteur: et moi je n'eusse pas été, vierge-mère, réduite à pleurer sur mon fils qu'on traîne en justice aujourd'hui. Le vieillard Siméon l'avait bien prédit…»—Au moyen de cette transition du vieillard Siméon, arrive une autre trentaine de vers moins raisonnables; c'est un chapelet de maximes de tragédies, qui ne se tiennent pas mieux entre elles une à une que le morceau entier ne tient au sujet. Enfin, dans la troisième trentaine, l'esprit grec fournit à la Mère de Dieu toute sorte d'antithèses et de pointes sur sa virginité rendue féconde. Elle s'approprie les paroles où Hippolyte exprime sa chasteté. Elle se rappelle l'heureux moment où il lui fut annoncé qu'elle allait être mère et où son sein virginal tressaillit de joie, et ce sein est déchiré maintenant par des traits de douleur. «Toute cette nuit, dit-elle, je voulais courir pour voir quels maux souffre mon fils; mais celles-ci m'ont persuadé d'attendre le jour.» Elle désigne par ce mot le chœur, qui, à ce moment, prend la parole:

Maîtresse, enveloppez-vous vite. Voilà des hommes qui courent vers la ville.

Qu'est-ce donc? Vient-on d'apprendre que l'ennemi la menace dans l'ombre?

C'est une foule nocturne qui roule, bruyamment. J'aperçois dans l'espace obscur une armée nombreuse qui porte des torches et des glaives.

Quelqu'un vient vers nous à pas pressés nous apportant sans doute quelque nouvelle.

Je vais voir ce qu'il veut et ce qu'il vient vous annoncer… Ah! ah! hélas! hélas! auguste mère et chaste vierge, quel est votre malheur, vous qu'on appelait bienheureuse!

Quoi donc! Veut-on me tuer?

Non, c'est votre fils qui périt par des mains impies.

Ah! que dis-tu? tu me fais mourir.

Regarde ton fils comme perdu.

L'avant-dernière réplique est précisément celle de la nourrice à Phèdre dans Euripide, à la suite de ce vers célèbre: «Hippolyte? grands dieux!—C'est toi qui l'as nommé.—Ah! que dis-tu? tu me fais mourir!» Il semblerait que le premier cri de la Mère de Dieu dût être pour son fils et non pour elle-même; on n'aime pas que sa première pensée soit celle-ci: «Quoi donc! Veut-on me tuer?» Cela est peut-être plus réel, mais certainement moins idéal, et le personnage de la Mère de Dieu doit être plus près de l'idéal que du réel.

Le chœur lui apprend avec plus de détail qu'au point du jour son fils mourra, que pendant toute cette nuit on le juge.—Survient un second messager: il annonce qu'un disciple perfide a trahi le maître pour de l'argent. Il raconte comment celui-ci, après la cène et le lavement des pieds, était allé au Jardin des Oliviers prier son père, et comment, dans ce jardin même, le traître, avec une troupe de gens armés, est venu le surprendre et le livrer en l'embrassant.—Les mots du récit de l'Évangile sont conservés çà et là, et des expressions empruntées au polythéisme viennent s'y mêler bizarrement: «Le traître! avoir livré lechef de nos mystères(le mystagogue)!… L'illustre Pierre aussi a renié le maître. Seul le disciple qui a coutume de poser la tête sur son sein l'a suivi sans trembler. Il m'a semblé que j'entendais une voix (celle d'un homme, ou celle d'un ange? on ne sait) dire lentement, comme si elle s'adressait tout bas au scélérat qui a vendu le maître: Crime impie! O misérable! ne crains-tu pas Dieu?…» Par cette transition fantastique, le messager se lance dans une prosopopée, ou long discours indirect, d'environ soixante-quinze vers. La pendaison de Judas y est prédite; des morceaux duCredoy sont enchâssés dans des formules du vocabulaire tragique; on y parle de l'Enfer avec des périphrases faites pour le Phlégéton.—Et cependant ce damné pourra être sauvé encore, s'il se repent:—idée remarquable au IVe siècle.

La Mère de Dieu répond, si tant est qu'il y ait à répondre, car ce sont plutôt des monologues qui se succèdent sans s'inquiéter l'un de l'autre qu'un dialogue véritable; sa réponse n'a pas moins d'une centaine de vers; elle commence sur un ton parfaitement païen: «O terre, mère de toutes choses, ô voûtes du ciel radieux, quel discours viens-je d'entendre!…» À son tour, elle parle longuement à Judas toujours absent, et maudit sa scélératesse. Entre beaucoup d'autres pièces de rapport qui composent cette mosaïque, on retrouve vers la fin les paroles que prononce Thésée dansHippolyte:

Quoi! ne devrait-on pas à des signes certainsReconnaître le cœur des perfides humains?

Elle veut se rendre auprès de son fils; le chœur la retient: «Ah! ah! ah! ah! Tais-toi, tais-toi, tu ne pourras plus voir ton fils vivant.—Hélas! quel nouveau malheur m'annoncent tes larmes?—Je ne sais, mais voici qui va nous instruire du sort de ton fils.»—Survient un troisième messager. — Le procédé est peu varié, et l'auteur ne cherche pas assez à dissimuler qu'au lieu de se passer en action, toute la pièce se passe en récits. Seulement celui-là n'est pas un messager si abstrait que les autres, c'est un aveugle à qui le Christ a rendu la vue.—Le messager: «Ton fils doit mourir en ce jour; tel est l'arrêt des scribes et des prêtres.» Il raconte l'acharnement des Juifs, semblables, autour de l'accusé, à des chiens furieux; le juge faible, étonné de ses réponses, et n'osant le déclarer innocent: «Allons, parlez, dit-il au peuple; faut-il que Jésus meure ou non? Lequel vaut-il mieux relâcher, lui, ou l'un de ces brigands qui sont en prison?» Ils répondent avec de grands cris que c'est Jésus qui doit mourir en croix, et qu'il faut relâcher le brigand. Le juge essaye de leur persuader le contraire, mais il n'y peut réussir. Voilà le jour qui paraît; on va traîner l'accusé hors des portes. La Mère de Dieu répond à ce récit par de belles métaphores très-déplacées qu'elle aurait dû laisser où elle les a prises; mais bientôt elle pousse des cris de douleur en apercevant son fils traîné et enchaîné. Elle veut s'élancer vers lui. Le peuple la menace. Le chœur exhorte la Mère de Dieu à se tenir à l'écart: «D'ici on aperçoit tout au loin, regardons.» Serait-ce que le cortège tout entier de la passion était supprimé ainsi? Je ne le crois pas; en admettant que la pièce fût destinée à être représentée, la procession devait être le principal de la fête.

La Mère de Dieu gémit et souhaite de mourir, puis elle recommence ses antithèses et ses périphrases sur sa virginité féconde, qui font pendant d'une manière trop évidente aux périphrases et aux antithèses des Jocaste et des Œdipe sur leur hymen incestueux; mais celles-ci sont suivant l'esprit grec, et celles-là sont on ne peut plus déplacées dans un sujet chrétien. Elle entre dans tels détails que les citer en français serait impossible; elle y revient encore plus loin (aux vers 1550 et suivants) en des termes inimaginables; après cela, elle explique au chœur le péché originel qui a rendu la rédemption nécessaire, et lui annonce la résurrection qui doit suivre la rédemption. Tout cela est décousu et froid comme un catéchisme; puis elle finit comme elle a commencé, et reprend sa douleur.—Le chœur ne veut pas être en reste de métaphores, et à son tour il en accomplit une très-laborieuse pour exprimer son désespoir.—Un quatrième messager vient annoncer que le Christ est crucifié et mourant. Aucune des précautions oratoires et des circonlocutions raffinées qu'emploient en pareille circonstance les poëtes grecs n'est omise. Enfin commence le récit; mais, dès le quatrième vers, le principal est dit: Jésus est crucifié. Les vers suivants ne viennent que pour décrire les autres détails de la passion; c'est justement ce qui devrait être développé qui ne l'est pas. Ce récit est très mal fait, il n'y a pas d'écolier de rhétorique qui ne le composât infiniment mieux.

La Mère de Dieu:—«Venez, mes filles, venez! plus de crainte! que pouvons-nous craindre maintenant? Allons! je veux voir les souffrances de mon fils. Ah! ah! hélas! hélas! (Ici la scène change et représente le calvaire). O femmes! comme le visage de mon fils a perdu son éclat, sa couleur et sa beauté!» Alors elle adresse la parole à son fils agonisant; son fils lui répond du haut de la croix et la console doucement.—Pierre vient à passer, pleurant sa trahison: elle demande et obtient le pardon de Pierre. Enfin le Christ expire; elle recommence à se lamenter en plus de quatre-vingts vers. Saint Jean vient, pour adoucir sa douleur, lui débiter des lieux communs, qu'elle sait bien, puisqu'elle les a déjà dits elle-même.

À partir de là, l'action, si action il y a, marche plus lentement encore qu'elle n'a marché jusqu'ici. Un soldat perce d'une lance le côté du Christ: de la blessure jaillissent deux ruisseaux, l'un de sang, l'autre d'eau limpide. Le soldat, converti par ce miracle, se purifie avec cette eau.—Survient Joseph et l'on opère la descente de croix. En recevant dans ses bras le corps de son fils, la Mère de Dieu dit une litanie de cent vingt vers, et remaudit Judas. Joseph, pour couper court, lui annonce qu'on l'a vu pendu. On ensevelit le Christ. La nuit tombe. La Mère de Dieu adresse à son fils, qui est dans le tombeau, un nouveau couplet de trente vers, tout rempli de bigarrures et dans lequel les mots de la légende chrétienne: «Tu as vaincu l'enfer, le serpent et la mort» se détachent bizarrement sur des lambeaux d'Antigoneou d'Alceste: «Tu descends dans ces cavernes sombres, etc.» La même idée est toujours exprimée au moins par dix formes différentes, quelquefois par trente, l'auteur voulant employer absolument toutes les périphrases qu'il a recueillies. La Mère de Dieu en dit, je crois, en somme, plus d'une centaine sur sa virginité. Enfin elle propose aux femmes du chœur de se retirer toutes avec elle «dans la maison du nouveau fils que son fils unique lui a légué.» Et elles se retirent en effet[265].

Quelques-unes cependant restent aux alentours du tombeau pour observer ce qui se passe. La scène demeure occupée par Joseph, qui converse avec le Théologien très-longuement; il prédit la punition des Juifs, prédiction dont la Mère de Dieu avait déjà touché quelques mots: ils seront dispersés par tout l'univers. Au bout de cette conversation paraît enfin l'aube du troisième jour, ce qui n'est pas, pour le lecteur consciencieux, si invraisemblable qu'on pourrait croire.

Pendant ce temps, si la pièce était représentée, on devait voir, par un double décor, la Mère de Dieu et le chœur dans l'intérieur de la maison. Elle songe à son fils, et sa douleur la prive de sommeil.

Hélas! hélas! quand donc le sommeil descendra-t-il sur mes yeux?

Pour nous, ô maîtresse, étendues à terre, nous avons reposé, laissant aller nos corps, et toutes, vieilles, jeunes ou vierges, appuyant nos têtes contre le dos les unes des autres, ou bien plaçant nos mains sous nos joues, nous avons pris un peu de sommeil; mais toi, tu n'as ni dormi ni étendu ton corps, et tu as passé toute la nuit à gémir. Voici l'aurore…

Pour moi, agitée aussi d'inquiétude, je suis étendue à terre, mais sans sommeil ni repos, écoutant, ô Vierge, tes violents soupirs et tes sanglots.

Debout! debout! Qu'attendez-vous, femmes? Sortez, allez du côté de la ville. Approchez-vous autant que cela vous sera possible, vous apprendrez peut-être quelque chose de nouveau.

Un cinquième messager arrive:

Où pourrais-je trouver la mère de Jésus? Est-elle dans cette maison?

Tu la vois, c'est elle qui est là.

Il lui annonce qu'une nombreuse cohorte marche vers le tombeau pour le garder, de peur que les disciples ne dérobent le corps.

Va! va! cohorte impie, veille bien alentour. Tu serviras peut-être de témoin à sa résurrection.

La nuit marche (comme on vient de le voir, c'est la troisième nuit depuis le commencement de la pièce). Une des femmes, Magdeleine, se propose de sortir pour aller épier autour du tombeau; elle y rencontrera peut-être celles qui y sont restées.—La mère de Dieu veut partir avec elle. Elles réveillent les femmes qui se sont endormies. «Allons! allons! ouvrez vos yeux. Ne voyez-vous pas la lune qui brille? L'aurore, l'aurore va paraître! Voici déjà l'étoile du matin.» Ici la scène changeant de nouveau, ou le décor étant double, ainsi que nous avons dit, Magdeleine et la mère de Dieu rencontrent les autres femmes qui veillaient à quelque distance du sépulcre.—Enfin elles arrivent au sépulcre même.—Plus de gardes! Embaumons le corps; mais qui soulèvera la pierre? La pierre a roulé loin du tombeau. Le tombeau est vide; le corps a été enlevé!-—Elles sont saisies d'effroi. Tout-à-coup un ange, vêtu de lumière et de blancheur, éblouissant comme la neige, leur annonce la résurrection du Christ. Bientôt, le Christ lui-même leur apparaît, et leur ordonne d'aller annoncer aux disciples la bonne nouvelle.

Puis, vient un sixième messager, et selon les habitudes du théâtre grec, la narration en forme succède au récit sommaire de l'événement. Le messager raconte aussi les inquiétudes que ce miracle inspire aux prêtres; mais ce qui est curieux, et ce qui prouverait que cette pièce n'était pas faite pour être représentée, c'est un dialogue entre les gardes du tombeau et les prêtres incrédules, qui s'intercale ici dans le récit même, et qui forme une scène dans une autre scène. Les noms des interlocuteurs sont indiqués hors du texte, comme dans le courant de la pièce proprement dite. Les prêtres engagent les gardes à dire à Pilate qu'ils se sont endormis, et qu'on a volé le corps pendant leur sommeil. Pilate hésite à croire les gardes; ils vont peut-être avouer la vérité, quand les prêtres se hâtent de prendre la parole pour brouiller tout. Cette scène est, à notre avis, la plus intéressante de la pièce, et c'est une scène en parenthèse. C'est le messager qui raconte tout cela, de sorte que ce dialogue direct nous arrive indirectement. Magdeleine, à son tour, sur l'invitation de la Mère de Dieu, recommence le récit de tout ce qu'on sait déjà, la résurrection, l'ange vêtu de blanc, et lui fait du reste observer par deux fois qu'elle sait tout cela aussi bien qu'elle. C'est pour le messager qu'elle parle apparemment.

La scène change une dernière fois. Toutes les femmes se rendent à la maison où les disciples sont rassemblés. On ferme les portes, et, malgré les portes fermées, voilà que le Christ apparaît au milieu d'eux. Il leur adresse à peu près les mêmes paroles que dans l'Évangile pour exhorter les apôtres à aller prêcher par toute la terre, liant et déliant en son nom. Tout se termine par une longue prière au Christ et à la Vierge.

Tel est ce drame singulier, qui contient quelques passages assez beaux parmi des longueurs infinies. C'est en quelque façon unmystère, destiné peut-être à une sorte de demi-représentation, c'est-à-dire de récitation sans mise en scène et sans décors, mais plus vraisemblablement à la lecture seule, dans quelque école chrétienne ou dans quelque cloître: car, outre cette scène intercalée dans un récit, il faut songer que, sur deux mille six cents vers et plus dont la pièce se compose, et qui, à entendre réciter, eussent lassé la patience d'un saint, la Mère de Dieu pour sa part en dit mille ou douze cents, qui à réciter eussent lassé les poumons d'un moine. La lecture permet quelques haltes.

Maintenant il y a tant de maladresse et quelquefois tant d'inconvenance dans ce centon, sans parler des fautes de métrique, qu'il me paraît difficile de l'imputer à Grégoire de Nazianze, un saint et un littérateur si distingué. Ce qui s'adresse à Vénus dans Euripide, le chœur ici l'adresse à Marie. Cela rappelle cet épisode d'un poëme anti-religieux publié à la fin du siècle, dans lequel la Vierge Marie s'accommode de la ceinture de Vénus. Vraiment, à qui vient de lire cette tragédie dela Passion du Christ, l'auteur paraît avoir fait la même chose, involontairement, que voulut faire l'empereur Adrien, lorsque pour détruire la religion chrétienne, en profanant les lieux où elle a pris naissance, il fit mettre la statue de Jupiter sur le Calvaire, et celle de Vénus à Bethléem.—Ce drame dure trois jours; le chœur va deux fois se coucher et se relève deux fois.—L'épilogue, que rappelle un peu le prologue d'Esther, mérite attention. Il est conçu en ces termes: «Je t'adresse ce drame de vérité, et non de fiction, non souillé de la fange des fables insensées; reçois-le, toi qui aimes les pieux discours. Maintenant, si tu veux, je prendrai le ton de Lycophron (esprit de loup), reconnu dorénavant pour avoir en vérité l'esprit de l'agneau[266], et je chanterai dans son style la plupart des autres vérités que tu veux apprendre de moi.» L'auteur chrétien après avoir fait un centon d'Euripide, offre de faire encore sur un sujet sacré un centon de Lycophron. On croit cependant que cet épilogue est de Tzetzès, célèbre grammairien et mauvais poëte de Constantinople, à la fin du douzième siècle. Sur les trois autres morceaux dramatiques qui se trouvent réunis à celui-là avec les fragments des petits tragiques dans le dernier volume de laBibliothèque grecque, quelques mots suffiront. Le premier est d'une date antérieure àla Passion du Christ. L'auteur est un poëte juif appelé Ézéchiel, qui vivait un ou deux siècles avant notre ère. Ce sont plusieurs fragments d'une pièce tirée de l'ancien Testament, intitulée à peu prèsla Sortie d'Égypte. C'était l'Exode paraphrasé.—Le second est un dialogue dont voici les personnages: un paysan, un sage, la Fortune, les Muses, le chœur. La Fortune est entrée chez le paysan. Le prétendu sage en conçoit de la jalousie. Les Muses essayent en vain de le consoler. L'auteur est Plochiros Michaël, la date inconnue.—Le troisième est de Théodoros Prodromos, savant littérateur du douzième siècle, auteur de plusieurs poëmes. Celui-ci est intitulél'Amitié bannie. Répudiée par son époux, le Monde, qui, par les conseils de sa servante, la Sottise, prend pour concubine la Méchanceté, l'Amitié raconte son malheur à un homme charitable qui lui a donné l'hospitalité. Elle finit même par le prendre pour second mari, quoiqu'on ne dise pas qu'elle soit veuve du premier, mais apparemment selon cette maxime tragique:

«Il me rend mes serments lorsqu'il trahit les siens.» Au reste, outre que l'Amitié, dans son discours de deux cent trente vers, semble toute confite en dévotion, ce mariage a bien la mine d'être purement allégorique et parfaitement innocent.

Voilà donc où aboutit le théâtre grec, après sa longue décadence. Cette décadence, nous l'avons vue se produire et se consommer. Le grand fait qui la domine, après l'extinction du génie, c'est l'interpolation des œuvres, d'abord par les petits poëtes dans les écoles tragiques, ensuite par les comédiens, ensuite par les rhéteurs, ensuite par les Juifs, puis par les chrétiens; et, parallèlement à l'interpolation, le centon, qui en est la contre-partie. L'interpolation et le centon commencent par faire brèche dans la tragédie grecque et finissent par la dissoudre et par l'absorber tout entière. L'interpolation, c'est l'agonie; le centon, c'est la mort. Le dernier mot de l'un et de l'autre, le dernier excès du genre et la dernière forme très-informe de la tragédie grecque au tombeau, c'estla Passion du Christ, ce drame interminable où tout se passe en récits faits de pièces et de morceaux, cette vaste mosaïque, cette énorme marqueterie, cette éternelle litanie, qui nous rappelle un drame indien, en dix actes, assez ennuyeux aussi, à la fin duquel un des personnages, la prêtresse Camandaki, dit aux autres avec une assurance et une naïveté qui font sourire: «Notre intéressante histoire, si pleine d'incidents variés, est terminée maintenant; nous n'avons plus qu'à nous féliciter mutuellement.»

[1: Voir l'Appendice, numéro I.]

[2: Les femmes et les enfants ne sont pas compris dans ce chiffre. Les esclaves non plus. Voir, sur la population totale, Wallon,Histoire de l'Esclavage dans l'antiquité.]

[3: Victor Duruy,Histoire grecque.]

[4: «Le roi fit des reproches à M. de Vendôme, puis à M. de la Rochefoucauld, de ce qu'ils n'allaient jamais au sermon, pas même à ceux du père Séraphin. M. de Vendôme lui répondit librement «qu'il ne pouvait aller entendre un homme qui disait tout ce qu'il lui plaisait, sans que personne eût la liberté de lui répondre,» et fit rire le roi par cette saillie.»Mémoires du duc de Saint-Simon.]

[5: Par la bouche du coryphée. Ici c'est le coryphée du chœur desNuées, c'est par conséquent une Nuée qui parle, une Nuée sous la forme d'une fille: de là la plaisanterie.]

[6: «Il faut remarquer, dit Otfried Müller, qu'à Athènes l'État se souciait peu de savoir qui était le véritable auteur d'un drame, et cette question n'était même jamais posée officiellement. Le magistrat qui présidait à une des fêtes de Dionysos, où il était d'usage d'amuser le peuple par des drames nouveaux [Aux grandes Dionysies c'était le premier archonte; aux Lénéennes, lebasileus.], accordait cette concession au maître de chœur qui offrait de préparer le chœur et les acteurs pour une pièce nouvelle, pour peu qu'on eût en lui la confiance nécessaire. Les comiques étaient, aussi bien que les tragiques, maîtres de chœur,chorodidascales, de profession; et, dans toutes les choses officielles, telles que payement et distribution des prix, l'État s'enquérait uniquement de celui qui avait préparé le chœur et monté la pièce nouvelle. En outre, une coutume que les tragiques abandonnèrent dès le temps de Sophocle s'était maintenue plus longtemps parmi les comiques: le poëte chorodidascale jouait en même temps le premier rôle, celui de protagoniste.

Aristophane avait donc confié ses premières pièces à deux maîtres de chœur de ses amis, Philonidès et Callistrate. On ajoute même, d'après quelques témoignages anciens, qu'il avait fait la distinction de donner à Callistrate les pièces politiques, à Philonidès celles qui se rapportaient à la vie privée. Ces amis sollicitaient ensuite de l'archonte le chœur, mettaient la pièce en scène, obtenaient même (les didascalies en citent plusieurs exemples) le prix, si la pièce était couronnée; le tout comme s'ils étaient les véritables auteurs, quoique le public intelligent ne pût guère se tromper sur l'auteur de la pièce, ni hésiter entre le génie d'Aristophane, qui venait de se révéler, et Callistrate, qui leur, était bien connu.» (Otfried Müller,Hist. de la litt gr., trad. K. Hillebrand).]

[7: E. Du Méril,Revue des Deux-Mondes, 1er juillet 1846. C'est à peu près ainsi qu'on définissait autrefois la France «une monarchie absolue tempérée par des chansons.»]

[8: Ainsi que le montrent les fragments qui concernent les Longs Murs et l'Odéon.]

[9: Otfried Müller,Hist. de la litt. gr., trad. K. Hillebrand.]

[10: La scène des petits cochons de lait semble une broderie de fantaisie sur le proverbe athénien qui disait: «Un Mégarien vendrait bien ses enfants pour de petits cochons, si quelqu'un voulait les prendre.»]

[11: Proprement:Dénonciateur de[ceux qui exportent les]figues[par contrebande]. Le Sénat, à une époque ancienne, dit Plutarque, avait défendu par une loi d'exporter les figues de l'Attique: ceux qu'on trouvait en contravention étaient condamnés à une amende, au profit du dénonciateur. Le ministère public étant chose inconnue à la Grèce comme à Rome, c'étaient les citoyens eux-mêmes qui dénonçaient ceux qui, en violant la loi, faisaient tort à la société. Les sycophantes ne méritèrent donc pas toujours le mépris qui s'attache à leur nom, puisque les coupables fussent restés impunis si quelque citoyen ne les eût appelés en justice, et cela à ses risques et périls: car, dans les actions publiques, l'accusateur qui n'obtenait pas au moins un cinquième des suffrages payait une amende de mille drachmes; c'était un moyen de tenir en bride les sycophantes. Mais on comprend que, malgré cette précaution de la loi, ce rôle, par sa nature même, pouvait devenir aisément abusif et odieux. Souvent on accusa des innocents. Il en résulta que, par extension, le nom desycophantesfut donné d'une manière générale aux calomniateurs et aux gens très-nombreux qui vivaient du produit de leurs dénonciations. Aristophane ne laisse échapper aucune occasion de flétrir et de ridiculiser lessycophantes. Isocrate, lui aussi, poursuivra sans relâche lessycophantes. «C'est, dit M. Ernest Havet, le nom dont on nommait à Athènes ces aboyeurs misérables, ces dénonciateurs infâmes, qui donnent les citoyens à déchirer aux citoyens, jetant de préférence en proie aux passions publiques ceux dont ils redoutent le plus la raison ou la vertu… Isocrate trouve contre lessycophantesdes flétrissures presque égales à leur abjection. Il a tracé notamment, à la fin du discours sur l'Antidosisun portrait de cette espèce d'hommes vraiment achevé et ineffaçable. Il a oublié un trait cependant, qui ne se dessinait pas encore: c'est que le sycophante contient en lui le délateur, c'est-à-dire ce qui se présente de plus triste et de plus odieux dans l'histoire. Le délateur du temps des Césars, c'est le sycophante sans la liberté.»]

[12: Érasme s'est souvenu sans doute de ce tableau, lorsqu'il a mis en scène un chartreux et un soldat: celui-ci revenant de la guerre, éclopé, misérable, aussi ruiné de corps que de biens; celui-là en pleine fleur de santé, libre de soins et charmé du repos; tous deux étrangers à toute croyance noble et généreuse. Aussi Érasme se moque-t-il de tous les deux.]

[13: Cléon était fils d'un corroyeur et avait été corroyeur lui-même. Il n'était point Paphlagonien; mais ce nom en grec, par une sorte d'onomatopée, fait allusion à sa voix rauque et à son éloquence violente et tumultueuse. De plus, le poëte, en le nommant ainsi, semble à son tour le désigner comme étranger et lui renvoyer son injure. Enfin le scoliaste ajoute que les Paphlagoniens, en général, passaient pour d'assez malhonnêtes gens.]

[14: On rend, comme on peut, ce calembour,l'épouvantailau lieu del'éventail: le grec dit βυρσινην, fouet de cuir, au lieu de μυρσινην, branche de myrte, avec laquelle les esclaves éventaient le maître ou chassaient les mouches. Ici, les mouches, ce sont les orateurs, qui seuls alors, avec les poëtes comiques, remplissaient le rôle que les journalistes remplissent aujourd'hui.]

[15: Voir l'Appendice, numéro II.]

[16: Voir dans l'Appendice, numéro III, les excellentes observations de M. Grote, pour compléter ce point.]

[17: G. Grote,Hist. de la Grèce, trad. par A.-L. de Sadous, tome IX.]

[18: Comme on a pu le voir précédemment, nous ne partageons pas absolument ce point de vue particulier.]

[19: Ernest Havet, Introduction auDiscours d'Isocrate sur l'Antidosis.]

[20: Ernest Havet, Introduction auDiscours d'Isocrate sur l'Antidosis.]

[21: On appelledidascalieun ensemble de renseignements, très-précieux pour la plupart, relatifs à la date, à l'auteur et à la mise en scène d'une pièce, et qui en accompagnent le titre.]

[22: Otfried Müller,Hist. de la litt. gr., trad. K. Hillebrand.]

[23: Pour une expédition.—Voirles Acharnéens.]

[24: Cléon.]

[25: Cléon ou la Guerre? Le sujet, dans le texte, n'est pas exprimé.]

[26: Comme les serpents changent de peau, dit le Scholiaste. Le mot grec,aspis, qui signifiebouclier, signifie aussiserpent. L'exactitude n'est pas nécessaire dans les plaisanteries; au contraire! c'est pourquoi les gens trop exacts ne sont pas toujours très-plaisants.]

[27: On plantait en terre un long bâton, en travers duquel un autre faisait comme une balance, sous les deux bassins de laquelle étaient deux autres bassins plus grands et remplis d'eau, et sous cette eau il y avait une figure en bronze doré, qu'on appelait Manès. Le jeu, à la fin des banquets, consistait à verser, d'assez loin, du vin dans l'un des bassins d'en haut, de façon qu'entraîné par le poids du liquide il trébuchât et allât heurter avec bruit la tête du bonhomme caché sous l'eau, sans que le vin se répandît: alors on avait gagné, et c'était signe qu'on était aimé de celle qu'on aimait, autrement, on avait perdu.]

[28: Chargé d'exécuter la statue de Minerve, Phidias fut accusé par ses ennemis d'avoir détourné une partie de l'or dont elle devait être ornée. La calomnie et l'exil furent la récompense de ses travaux; Périclès se considéra comme attaqué dans la personne de son ami, et craignit peut-être de se voir lui-même obligé de rendre ses comptes: ce fut, dit-on, un des motifs qui le déterminèrent à engager les Athéniens dans la guerre du Péloponnèse.]

[29: Ce décret interdisait de laisser entrer aucun Mégarien sur le territoire de l'Attique, ni de faire aucun commerce avec ce peuple. Les Mégariens, qui tiraient d'Athènes tous leurs approvisionnements, furent réduits par ce décret à la famine. Qu'on se rappelle la scène du Mégarien forcé de vendre ses deux filles, dans la comédie desAcharnéens; voir ci-dessus.]

[30: C'est-à-dire que, les vignes ayant été ravagées par l'ennemi dès le commencement, cela augmenta l'animosité, et dès lors la guerre fut lancée avec fureur.]

[31: Le texte dit: La jeune Thrace. Les esclaves portaient souvent le nom de leur pays, comme autrefois chez nous les domestiques: Champagne, Bourguignon, etc.]

[32: Ce qu'on appelleétoiles filantes.]

[33: Ce démagogue que, dans la comédie desChevaliers, on a vu remplacer Cléon dans la faveur de la multitude: car un démagogue chasse l'autre, et tous sont chassés tour à tour.]

[34: On joue sur le nom deTrygée, qui, nous l'avons dit, signifie à peu prèsvendangeur. Mot à mot,nous la vendangerons, nous la vendangerons.]

[35: Rapprochez Rabelais, au chapitre de Frère Jean des Entommures: «Les taborineurs avoient défoncé leurs taborins d'un costé, pour les emplir de raisins; les trompettes estoient chargées de moussines» (de grappesliées ensemble), etc.—Et Alfred de Musset, à ce vers:

De ta robe de noce on fit un parapluie!]

[36: Poyard,Notice.]

[37: Alceste, aussi déterminé et aussi sensé que Lysistrata, ripostera à peu près de même à Célimène:

Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre,Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre.]

[38: Pandrose. Une des deux filles de Cécrops. Ce nom fut donné aussi à Minerve.]

[39: À Athènes la plupart des archers étaient Scythes. Dans la première scène, où Lysistrata convoque les femmes à prêter serment, elle dit: «Où estla scythe?» comme on dirait chez nous: «Où estla gendarme!» ou comme on eût dit, sous la Restauration: «Où est lacent-suisse?»]

[40: Ces derniers mots sont les paroles d'Hector à Andromaque, au sixième chant de l'Iliade.]

[41: C'est-à-dire que les tributs, au lieu de couler dans telle ou telle dépense spéciale, devraient être directement versés dans le Trésor, afin que le peuple tout entier en fît un emploi profitable. C'est la centralisation des finances. Ici Aristophane, contrairement à son habitude, émet et patrone une idée qui appartient à l'avenir, non au passé.]

[42: Allusion au récent désastre de Sicile.]

[43: Michelet,Bible de l'humanité.]

[44: On lit dans laGazette de Cologne, 1er septembre 1865:

«Nous aurons sous peu à Leipzig le spectacle d'une assemblée toute particulière: un congrès allemand de femmes! Déjà, dans une assemblée préparatoire, ont été proposés «les points principaux de la question concernant l'affranchissement pratique du «sexe féminin», et Mme Louise Otto-Peters, ainsi que Mlle Augusta Schmidt y ont fait un appel patriotique à leurs sœurs d'Allemagne pour les engager à prendre part au congrès, et à préparer les rapports qu'elles pourraient avoir à faire touchant la question.

«Voici quel serait le sujet de leurs délibérations: Exposition industrielle et artistique de travaux féminins, organisation de caisses de subventions et de secours mutuels, participation de talents féminins dans les salles d'audience des académies et universités, érection d'écoles économiques et commerciales pour femmes, etc., etc. Il paraît que, des principales villes d'Allemagne, sont déjà arrivées plus de cinquante lettres annonçant la participation d'autant de membres au futur congrès.»]

[45: On doit se rappeler ici ce que W. Schlegel nommele temps idéal, c'est-à-dire le temps qui s'allonge ou qui s'abrège au gré de l'imagination du poëte ou des spectateurs, par conséquent tout le contraire de la fameuseunité de temps, qui n'existe pas plus dans le théâtre grec, que la fameuseunité de lieu. Resterait l'unité d'action, qui encore, dans le théâtre grec comme dans le théâtre de Shakespeare, se réduit à l'unité d'intérêt, pour relier les divers épisodes d'une action extrêmement libre et changeante, ou même plus simplement encore à ce que nous avons nommé l'unité de verve, en ce qui regarde le théâtre d'Aristophane.]

[46: Même observation qu'à la note précédente: le spectateur admettait donc sans peine, quoiqu'il n'y eût pas eu d'entr'acte et qu'il n'y en eût jamais, qu'il s'était écoulé six jours et six nuits depuis que les femmes avaient formé le complot par lequel commence la pièce.]

[47: Bien entendu, par ce mot decorset, il ne faut pas ici entendre absolument le corset d'aujourd'hui. Cependant, le στροφιον, dont parle ici le texte, étant la pièce du vêtement destinée, comme le prouvent d'autres passages des poëtes comiques, à tourner sous la gorge pour la soutenir, ce mot correspond plus exactement à celui decorset, qu'à celui deceinture. Mais c'est un corset primitif, qui soutient la gorge et ne la brise pas: un peuple artiste ne l'aurait pas permis.]

[48: Le texte dit: Ανθροπος,cet homme, mais dans le sens générique, comme on pourrait dire:Cet être-là!Cet exemple est encore plus curieux que celui de Cicéron, souvent cité, où il pleure la mort de sa fille, malheur auquel pourtant il faut se résigner, dit-il,quoniam homo nata erat, puisqu'elle était néehomme(et par conséquent sujette à la mort).]

[49: Minervechalcièque.]

[50: Ernest Havet,le Christianisme et ses origines.]

[51: Au vers 955.]

[52: Cicéron,Tusculanes, V, 37.—-Cf. Plutarque,sur l'Exil, ch. V;—-Épictète,Discours philosophiques, recueillis par Arrien, I, 9, 1.]

[53: M. F. Laurent,Histoire du Droit des gens, t. II, p. 392.]

[54: En quoi il se trompait, je crois.]

[55: Platon,Apologie de Socrate.—Et Morel,Histoire de la Sagesse et du Goût.]

[56: Ernest Havet,Introduction à Isocrate.]

[57:Ibidem.]

[58: G. Grote,Hist. de la Grèce, t. VII, p. 395.]

[59: G. Grote,Hist. de la Grèce,tome VII, p. 391. V. p. 392, les noms des principaux sophistes.]

[60: Le motcheval,[Grec: hippos] en grec, entre dans tous ces noms.]

[61: Nom formé de φειδομαι,j'épargne, et de [Grec: hippos],cheval.]

[62: Artaud, notice surles Nuées.]

[63: C'étaient des espèces d'histrions, desquels on pourrait rapprocher ceux de la comédie italienne au dix-huitième siècle. Ceux-ci également amusaient leur public par toutes sortes de définitions curieuses, analogues à celles que nous venons de citer. Brighella, par exemple, type de nos Scapins, n'est pas un voleur, non! mais un homme d'esprit et un calculateur habile qui sait résoudre ce problème detrouver une chose avant que son propriétaire l'ait perdue. Les objets qu'il s'approprie sont desbiens dont il hérite avant la mort de ceux qui les possèdent. Quand il est forcé devoyager, c'est-à-dire de fuir, ilconsole les poules veuves,adopte les poulets mineurs et les canards orphelins.Il délivre les bourses et les montres captives; etc.]

[64: Pascal, dans le fragment intituléde l'Art de persuader, retrouve cette théorie, comme il avait, plus jeune, deviné les premières propositions d'Euclide.—Cette note, et la phrase à laquelle elle se rapporte, sont de M. Morel, dans le livre déjà cité,Histoire de la Sagesse et du Goût.]

[65: À propos du saut des divers insectes, dont la force musculaire croît à mesure que leur taille diminue, lire laRevue des Deux-Mondesdu 15 mars 1867, pages 542, 543. On y verra que la science moderne n'a pas dédaigné ces problèmes, qui paraissaient à Aristophane vains et ridicules.]

[66: Dans ce trait se trouve le germe de la comédie suivante,les Guêpes.]

[67: Voir Morel,Hist. de la sagesse, etc.]

[68: Si toutefois on n'a pas mêlé ensemble deux hommes différents, portant le même nom de Diagoras.]

[69: Monnaie fictive, d'une valeur que l'on suppose avoir été égale à 5700 francs environ.]

[70: Barthélémy,Voyage d'Anacharsis.]

[71: Réticence. C'est-à-dire: Si toutefois tu admets qu'il y ait des dieux.]

[72: Montagne de Thrace.]

[73:Cacare volo.]

[74: Montagne voisine d'Athènes.]

[75: Ces onze derniers mots n'en font qu'un dans le grec. Il est vrai qu'il a neuf syllabes, et qu'il est formé de quatre vocables soudés ensemble: [Grec: sphragidonuchargochomhêtas]. Mais si, de nos onze mots français, on ôte les articles, mots parasites, et la conjonctionet, les onze se réduiront à six.]

[76: C'est-à-dire aux sophistes.]

[77: À peu près de même, à la première scène duMariage forcé, Sganarelle, sortant de chez lui, dit à ses gens: «Si l'on m'apporte de l'argent, que l'on me vienne quérir vite chez le seigneur Géronimo; et, si l'on vient m'en demander; qu'on dise que je suis sorti, et que je ne dois revenir de toute la journée.»]

[78: Encore un trait qui prépare la comédie desGuêpes.]

[79:Edita doctrina sapientum templa serena. LUCRÈCE.]

[80: Dans l'Italie grecque, à Crotone, la foule s'était soulevée contre les pythagoristes accusés d'oligarchie, et avait mis le feu à leurs écoles.]

[81: Voir Egger,De la deuxième édition des Nuées.]

[82: Expression de Montaigne, masculin du motsage-femme.]

[83: Otfried Müller,Hist. de la litt. gr., trad. K. Hillebrand.]

[84: Voir la dernière partie du dialogue de Platon intituléGorgias.]

[85: Voir Poyard, notice sur lesNuées.]

[86: Morel,Hist. de la Sagesse.]

[87: V. Otfried Müller,Hist. de la litt. gr., trad. et commentée par K. Hillebrand, t. II.]

[88: Les premièresNuéesavaient, d'après une tradition authentique, une parabase différente. Elles n'avaient pas non plus la lutte du Juste et de l'Injuste, ni l'incendie de l'école à la fin. Il est probable, d'ailleurs, d'après Diogène de Laerte (II, 18), et malgré toutes les confusions que nous trouvons chez lui,—dit Otfried Müller,—que dans les premièresNuéesSocrate était mis en rapport avec Euripide, et qu'on attribuait à l'un une part dans les tragédies de l'autre. (V. les remarques contraires de F. Ritter dans son compte rendu de cet ouvrage.)]

[89: L'obole valait 12 centimes de notre monnaie: le triobole faisait donc 36 centimes. Mais une valeur de 36 centimes, en ce temps-là, représentait bien l'équivalent de 3 fr. de nos jours.]

[90:Hist. de la Grèce, fin du tome VII.]

[91: Tous les jours, le premier aux plaids et le dernier.

Racine,les Plaideurs, acte I, scène 1.]

[92: Sorte d'horloge à eau, qui mesurait le temps aux orateurs pour leurs plaidoyers.]

[93:Il fit couper la tête à son coq, de colère,Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire:Il disait qu'un plaideur dont l'affaire allait malAvait graissé la patte à ce pauvre animal.

Racine,les Plaideurs, acte I, scène 1. ]

[94: Une des colonnes qui soutenaient le toit abritant les juges contre le soleil dans la place Héliée.]

[95: Insigne des juges.]

[96: Comme Chrémyle y fait coucher Plutus, dans la comédie qui porte ce dernier nom. (Voir plus loin.) C'était l'usage, en pareil cas.]

[97: Sorte de proverbe. On contait qu'un voyageur, ayant loué un âne pour aller à Mégare, s'était assis, pendant une halte, à l'ombre de cet âne, afin de s'abriter contre l'ardeur du soleil. L'ânier lui disputa la place, prétendant qu'il avait loué l'âne, mais non son ombre. De là, contestation et procès.—Démosthènes reprit ce conte dans un de ses discours, pour réveiller l'attention de son public.]

[98:…Le voilà, ma foi! dans les gouttières;……Vous verrez qu'il va juger les chats!

RACINE,les Plaideurs, acte I. ]

[99: Eschyle, dans le récit de la même bataille, celle de Salamine, se sert de la même comparaison. Il est intéressant de rapprocher, sur ce sujet national, Eschyle, Aristophane et Hérodote, génies si divers,—tragédie, comédie, histoire;—partout le même esprit, la même fierté, la même joie patriotique.]

[100: Les tribunaux.]

[101: Les six derniers archontes présidaient les tribunaux civils, sous le nom de Thesmothètes.]

[102: Magistrats qui instruisaient les affaires criminelles et qui veillaient à la garde des condamnés. Socrate, en prison depuis son jugement jusqu'au jour où il but la ciguë, resta, sous la surveillance des Onze.]

[103: Amphithéâtre construit par Périclès. On y donnait des concours de musique: de là le nomOdéon, «lieu où l'on chante.» On y faisait aussi les distributions de farine au peuple; et la présence de juges était sans doute nécessaire pour mettre fin aux contestations qui s'élevaient.]

[104: «Ceci regarde les magistrats préposés à l'entretien des murs. Du reste, cet office n'était pas une magistrature proprement dite, mais seulement une commission temporaire, selon les besoins. C'est ainsi que Démosthènes fut élu par la tribu Pandionide; ce qui nous a valu les deux célèbres discours de Démosthènes et d'Eschine pour et contre Ctésiphon.» ARTAUD.]

[105: Racine semble s'être rappelé ces vers d'Aristophane dans le trait suivant du dialogue de Chicaneau avec la comtesse de Pimbesche:

Mais cette pension, madame, est-elle forte?

Je n'en vivrais, monsieur, que trop honnêtement;Mais vivre sans plaider, est-ce contentement?]

[106: [Grec: Tetraphêcheis], littéralement,hauts de quatre coudées. C'est Racine qui nous fournit l'équivalent.

Qu'est-ce qu'un gentilhomme? Un pilier d'antichambre.Combien en as-tu vus, je dis des plus huppés,À souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche;Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche!

Les Plaideurs, Acte I, scène 5.]

[107: C'était un usage des accusés, pour se rendre les juges favorables. Xénophon (Rep. Ath.) le mentionne aussi. Au surplus, cela fait partie de la mimique naturelle, instinctive, et peut s'observer encore aujourd'hui chez les enfants et chez les simples.]

[108: Vers 609. Les pauvres gens portaient dans la bouche leur menue monnaies.—De là aussi par suite, l'usage de mettre une obole dans la bouche des morts pour payer leur passage dans la barque de Caron.—«Encore aujourd'hui, dans l'Orient, les Juifs et autres marchands portent dans leur bouche une quantité incroyable de petites monnaies, sans que cela les empêche de parler.» Artaud.]

[109: Même aux îles Fortunées, un des paradis de l'antiquité, ce vieux juge ne serait heureux qu'en jugeant.]

[110: Les deux autres mois, nous l'avons dit, se dissipaient en fêtes de toute sorte, pendant lesquelles les tribunaux chômaient, et, par conséquent, on ne touchait pas le triobole.]

[111: Dans son beau livre duProgrès.]

[112: Mesure qui correspond à peu près au litre.]

[113: Sans doute, le poêlon et la bouteille.]

[114: Le pot de chambre. La clepsydre, nous l'avons dit, était une horloge à eau: de là, l'analogie et la plaisanterie.]

[115: De [Grec: aguia], rue.]

[116: Et toi, lampe nocturne, astre cher à l'amour! ANDRÉ CHÉNIER,Élégies.]

[117: Les femmes seules y étaient admises, et les hommes disaient qu'à huis clos il se passait parfois entre elles d'étranges choses: c'est à quoi peut-être Aristophane fait ici quelque allusion satirique.—Cependant la pièce que nous avons de lui sous ce titre:Les Fêtes de Cérès et de Proserpinene nous présentera rien de tel; mais un assez grand nombre d'autres détails plaisants. Voir plus loin.]

[118: Ceci était écrit en 1849, dansla Liberté de penser, où cesÉtudesparurent d'abord en quatre articles. Je suis plus que jamais de cette opinion. L'enfant lui-même, puisqu'il peut être propriétaire, devrait avoir son vote:—et encore, en parlant ainsi, je me place au point de vue le plus étroit, qui ne découvre la source du droit de suffrage que dans la propriété. À plus forte raison, selon le droit vrai et complet, tout être faisant partie de la nation devrait-il voter, soit par lui-même s'il est en âge, soit par ses parents ou tuteurs en attendant. Autant de têtes, autant de votes. Voilà le vrai.]

[119: Cela signifie que son manteau était tellement mince et déchiré, qu'on pouvait douter qu'il en eût un.]

[120: Le petit-fils, à ce que l'on croit du célèbre général dont il est question dansles Chevaliers.]

[121:Œdipe, qui jadis eut la douleur amèreDe faire des enfants à madame sa mère!

Boursault,le Mercure galant, comédie.]

[122: Rapprochez Plutus et Pluton.]

[123: Voici l'ordre chronologique des onze pièces d'Aristophane qui nous sont parvenues:

426 ans avant notre ère,les Acharnéens; 425,les Chevaliers; 424,les Nuées; 423,les Guêpes; 421,la Paix; 415,les Oiseaux; 412,Lysistrata; 411,les Fêtes de Cérès et de Proserpine; 406,les Grenouilles; 393,les Femmes à l'Assemblée; 408 et 388,Plutus, représenté deux fois.]

[124: «On peut supposer, dit Schlegel, que, déjà quelque temps avant la loi, il était devenu dangereux pour le poëte comique de donner toute l'étendue possible au privilége dont il jouissait. S'il est vrai, comme on l'a prétendu et contesté tour à tour, qu'Alcibiade ait fait noyer Eupolis pour le punir d'avoir dirigé contre lui une satire dialoguée, il n'y a aucune gaieté comique en état de résister à l'idée d'un pareil danger.

«Le Plutus qui nous est conservé n'est pas celui que le poëte avait mis sur la scène en 408, mais bien celui qu'il donna vingt ans plus tard, en 388; c'est la dernière pièce que le vieux poëte ait fait jouer lui-même; car les deux comédies qu'il composa encore, leCoccatoset l'Éolosicon, il les fit donner par son fils Araros [Otfried Müller,Hist. de la litt. gr.].»]

[125: «L'absence de la parabase, et de nombreuses allusions à des faits politiques postérieurs à 408, ne permettent pas de supposer que nous ayons entre les mains l'édition primitive; d'un autre côté, les vers où Aristophane attaque certains citoyens par leur nom ne peuvent appartenir à l'édition de 388, puisqu'alors cette licence était proscrite.» POYARD,Notice.]

[126: Ni dansLysistrata, soit que le temps ait mutilé cette pièce, soit que le poëte n'ait pas toujours usé de son droit.]

[127: Ou charge publique honorifique et onéreuse.]

[128: Voir l'Appendice, numéro IV:Les derniers jours du théâtre grec.]

[129: Comme dans cette belle chanson russe, d'une si poignante ironie, où la femme d'un fonctionnaire berce son enfant en disant:

«Dors, vaurien, pendant que tu es inoffensif.—Do, do, l'enfant do.

«La lune couleur de cuivre répand mystérieusement sa lumière sur ton berceau.—Ce n'est pas une histoire en l'air que je veux te dire, je vais chanter la vérité. Toi, ferme les yeux.—Do, do, l'enfant do.

«Toute la province est dans la joie à la nouvelle qui vient de se répandre: Ton père, coupable de tant de méfaits, vient enfin d'être cité en justice. Mais ton père, gredin consommé, saura se tirer d'affaire.—Dors, vaurien, tandis que tu es honnête.—Do, do, l'enfant do.

«En grandissant tu apprendras à apprécier le nom de chrétien.—Tu achèteras un habit de scribe et tu prendras la plume.—Tu diras avec hypocrisie: «Je suis honnête, je suis pour la justice!»—Dors, ton avenir est assuré.—Do, do, l'enfant do.

«Tu auras l'apparence d'un grave fonctionnaire, et tu seras coquin dans l'âme.—On te reconduira jusqu'à la porte, puis on fera derrière ton dos un geste de mépris.—Tu apprendras à courber l'échine avec grâce…—Dors, vaurien, tandis que tu es innocent.—Do, do, l'enfant do.

«Quoique doux et peureux comme un mouton, et peut-être bête comme lui, tu sauras arriver en rampant à une excellente place, sans te laisser prendre en faute.—Dors, tandis que tu ne sais pas voler.—Do, do, l'enfant do.

«Tu achèteras une maison à plusieurs étages;—tu atteindras un haut grade, et deviendras un grand seigneur, un noble!—Tu vivras longtemps, entouré d'honneurs, et finiras ton existence en paix.—Dors, mon beau fonctionnaire!—Do, do, l'enfant do.»]

[130: C'était un riche avare.]

[131: Voir dans Hérodote la théorie et les exemples de cette jalousie des dieux ou du destin. C'est par là qu'il explique les vicissitudes de l'histoire.]

[132: Ou, comme on dit aujourd'hui, «du côté des gros bataillons.»]

[133: Au troisième acte duBourgeois gentilhomme, scène IX, Molière, emploie ce même procédé d'antithèses comiques, lorsque Cléonte et son valet Covielle, parlant l'un de l'ingrate Lucile, l'autre de la servante Nicole, non moins oublieuse que sa maîtresse, disent tour à tour:

Après tant de sacrifices ardents, de soupirs et de vœux que j'ai faits à ses charmes!

Après tant d'assidus hommages, de soins et de services que je lui ai rendus dans sa cuisine!

Tant de larmes que j'ai versées à ses genoux!

Tant de seaux d'eau que j'ai tirés au puits pour elle!

Tant d'ardeur que j'ai fait paraître à la chérir plus que moi-même!

Tant de chaleur que j'ai soufferte à tourner la broche à sa place!…

Etc., etc.]

[134: Le talent valait 5560 francs.]

[135: Voir, ci-dessus, l'analyse desGuêpes, et la note 96.]

[136: «Nécessité d'Industrie est la mère,» a dit La Fontaine dans une de sesFables; et Perse, dans le Prologue de sesSatires, avait dit, plus énergiquement encore:Magister Artis Venter, «le Ventre est le maître de l'Art.»]

[137: Où les pauvres, pendant l'hiver, se réfugiaient en foule, et parfois se brûlaient en se pressant contre le fourneau des bains.]

[138: C'est par ce vers que M. Boissonade répliquait aux hardiesses de Wolf sur Homère.]

[139: «La pauvreté, féconde en hommes!» LUCAIN.]

[140: «Que d'amis, que de parents naissent, en une nuit, au nouveau ministre!» LA BRUYÈRE.]

[141: Sorte de proverbe, pour dire: Tout change. Vous fûtes belle autrefois peut-être; mais la saison des amours est passée.—Milet avait été longtemps la plus puissante des villes Ioniennes: elle avait possédé une flotte très nombreuse, et fondé plus de quatre-vingts colonies. Elle se laissa amollir par le luxe et la volupté, et dégénéra; ce qui est résumé dans ce vers, réponse rendue par l'oracle à Polycrate, tyran de Samos. Tombée au pouvoir des Perses, elle essaya inutilement de secouer leur joug.]

[142: Éleusis, où l'on célébrait les grands-mystères, était à deux lieues d'Athènes: les femmes élégantes s'y rendaient en char, et faisaient assaut de luxe. C'était le Longchamp de ce temps là.]

[143: Au second acte del'École des Femmes, Alain dit à Georgette, par une métaphore semblable:

Dis-moi, n'est-il pas vrai, quand tu tiens ton potage,Que, si quelque affamé venait pour en manger,Tu serais en colère, et voudrais le charger?

Oui, je comprends cela.

C'est justement tout commeLa femme est en effet le potage de l'homme;Et, quand un homme voit d'autres hommes parfoisQui veulent dans sa soupe aller tremper leurs doigts,Il en montre aussitôt une colère extrême…]

[144: voir ci-dessus l'analyse dela Paix]

[145: Voir laRevue des Deux-Mondesdu 1er janvier 1863.]

[146: Au reste c'était aussi pour une heure ou deux qu'un Bossuet composait ses chefs d'œuvre, l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, ou de la duchesse d'Orléans, ou du prince de Condé.—Oui, c'était pour une heure ou deux, et pour tous les siècles.]

[147: Par la machine suspendue qui roulait les dieux dans les tragédies, et qu'on appelle chez nousune gloire.]

[148: S'ils tombent de là-haut. Allusion auTélèphe, auPhiloctète, auBellérophon, tous boiteux. Dansla Paixde notre poëte, la fille de Trygée dit à son père qui monte au ciel sur l'escarbot: «Prends garde de tomber et de devenir boiteux: ne va pas fournir un sujet de tragédie à Euripide!»]

[149:Œnée, Phénix, Philoctète, Bellérophon, Télèphe, tragédies d'Euripide, desquelles il ne reste que des fragments fort courts.]

[150: Vers emprunté à Euripide. Il y a dans cette scène un grand nombre de vers parodiés de la même façon.]

[151: Ces deux vers sont empruntés auTélèphed'Euripide.]

[152: Autre vers parodié.]

[153:Idem.]

[154: La mère d'Euripide avait, dit-on, vendu des herbes et des légumes sur le marché.—Ceci est, du reste, une parodie des vers de tragédie où l'on disait souvent, par un tour semblable, la pensée contraire: «Puissent les dieux t'accorder un plus heureux destin qu'à ta mère!» C'était devenu une formule, comme dans nos mélodrames:la croix de ma mère!ou:sauvé! sauvé, mon Dieu!…]

[155: Encore la même allusion à la mère d'Euripide.]

[156: Nous en avons fait un petit extrait en un seul livre:le Mal qu'on a dit des Femmes.—Mais, avec impartialité, nous avons recueilli aussile Bien.—Le Mala eu déjà sept éditions.—On vient de réunir en un volumele Maletle Bien.]

[157: Ce qui faisait du bruit et allait trahir sa présence. Telle est je crois, l'interprétation véritable, quoique Artaud, d'après un scholiaste, en ait adopté une autre, et Poyard à son exemple; comme j'avais fait aussi d'abord. Mais je me rallie à la version de Brunck.]

[158: Pendant les Thesmophories, les femmes logeaient deux à deux sous des tentes dressées près du temple de Cérès.]

[159: Voir la note 47.]

[160:Quo penem trudis deorsum?Brunck.]

[161:Eccum vide: prominet, et optimi coloris est.Brunck.]

[162:Isthmum aliquem habes, homo: sursumque et deorsum penem trahis retrahisque, frequentius quam Corinthii.Les Corinthiens, pour n'avoir pas à faire le tour du Péloponnèse, faisaient passer sans cesse leurs navires d'une mer à l'autre à travers l'isthme, au moyen de machines. On sait, au surplus, que les vaisseaux grecs étaient de très-petites dimensions.]

[163: Hercule était Thébain: aussi quelques commentateurs ont-ils voulu placer d'abord à Thèbes le lieu de la scène où Dionysos frappe à la porte de ce dieu; mais la supposition est inutile: Hercule avait un temple près d'Eleusis, et de là aux Enfers l'imagination et la foi populaires faisaient aisément le chemin.]

[164: Où l'on pilait la ciguë.]

[165: Allusion aux premiers effets de la ciguë. Voir, dans lePhédonde Platon, la mort de Socrate, imitée par Lamartine dans ses premières poésies.]

[166: C'était au Céramique qu'on célébrait, en l'honneur de Minerve, de Vulcain et de Prométhée, leslampadophorieset leslampadodromies, c'est-à-dire les processions aux flambeaux et les courses aux flambeaux: dans celles-ci on se passait les torches de main en main, et il fallait prendre garde de les éteindre en courant! Le beau vers de Lucrèce:

Et quasi cursores vitae lampada tradunt,

est une allusion à cet usage. On donnait aux concurrents le signal du départ, en lançant une torche du haut de la tour.]

[167: Nouvelle allusion au salaire que recevaient les citoyens pour aller juger et voter, et dont nous avons parlé plusieurs fois, notamment à propos desGuêpes. Ce salaire varia, à diverses époques, de 1 à 2 et à 3 oboles.]

[168: Célèbre bataille navale, gagnée par les Athéniens sur les Lacédémoniens, en 406, quelques mois seulement avant la représentation desGrenouilles. Les Athéniens avaient embarqué sur leur flotte un certain nombre d'esclaves qui combattirent vaillamment et reçurent la liberté pour récompense.—D'autre part, les chefs de l'armée navale furent condamnés à la peine capitale pour n'avoir point enseveli leurs morts, quoique la tempête les en eût empêchés.—Socrate le juste vota seul contre ce décret trop rigoureux.

Un passage de M. Grote (Hist. de la Grèce, t. XI), achèvera de mettre ce point en lumière:

Après la bataille des Arginuses, dans l'étourdissement de la victoire, non-seulement on n'avait pas recueilli pour les ensevelir les corps des guerriers morts flottants sur l'eau, mais on n'avait pas visité les carcasses des vaisseaux désemparés, pour sauver les hommes qui vivaient encore. Le premier de ces deux points, même seul, aurait suffi pour exciter à Athènes un sentiment pénible de piété offensée. Mais le second point, ici partie essentielle du même oubli, aggrava ce sentiment et le transforma en honte, en douleur et en indignation du caractère le plus violent.» Les huit généraux furent accusés: ils alléguèrent qu'une tempête les avait empêchés de remplir ce double devoir. Plus de mille hommes avaient été noyés ainsi. Les huit généraux furent condamnés, et les six qui se trouvaient alors à Athènes furent exécutés. Au reste, dans ce jugement rendu par passion, les formes de la justice avaient été violées, et Socrate, en qualité de prytane (seule charge politique qu'il ait eue à remplir dans une vie de soixante-dix ans), avait protesté obstinément contre cette violation.—Plus tard, il eut aussi la gloire de résister à l'odieuse tyrannie des Trente.]

[169: Bacchus avait, près d'Athènes, un temple situé sur le bord d'un marais: l'imagination du poëte met à profit cette circonstance.—La principale fête de Bacchus, nomméeAnthestérie, se célébrait au mois Anthestérion et durait trois jours. Le premier jour portait ce nom même d'Anthestérie; le second s'appelait la fête desCoupesou desConges, le troisième, la fête desMarmites: on faisait bouillir dans des marmites toutes sortes de légumes, qu'on offrait à Bacchus, à Minerve et à Mercure. C'était le jour des concours dramatiques. Selon Théopompe, cet usage remontait au temps du déluge: ceux qui se sauvèrent des eaux offrirent un sacrifice semblable à Mercure, pour le rendre favorable à ceux qui avaient péri dans l'inondation.]

[170: Histoire de la Sagesse et du Goût.—Voyez aussi, sur les Mystères, Ernest Havet,Le Christianisme et ses Origines, dans laRevue modernedu 1er avril 1867.]

[171: La procession des initiés se rendait du Céramique à Eleusis: la distance était de vingt-cinq stades,—plus de deux lieues.]

[172: Trait lancé contre les chorèges qui avaient lésiné sur les costumes en montant cette comédie.]

[173: Tartésia était une ville située près des marais de l'Averne, qu'habitaient, dit-on, des reptiles nés de l'accouplement des murènes et des vipères.]

[174: Tithrasios était, selon le Scholiaste, un endroit de la Libye habité par les Gorgones.]

[175: La purée de pois était, à ce qu'il paraît, le mets favori d'Hercule. Au commencement de cette même comédie, Bacchus, voulant lui faire comprendre à quel point il désire de revoir Euripide, lui dit: «Un désir soudain s'est emparé de moi,… avec quelle force!… je vais te le faire saisir. As-tu jamais eu une envie soudaine de purée?


Back to IndexNext