Chapter 3

Généralement, en disant que l'irradiation procède en raison proportionnelle directe des carrés des distances, nous nous servons du terme irradiation pour exprimerle degré de diffusionà mesure que nous nous éloignons du centre. Inversant la proposition, et employant le motconcentralisationpour exprimerle degré d'attraction généraleà mesure que nous nous rapprochons du centre, nous pouvons dire que la concentralisation procède en raison inverse des carrés des distances. En d'autres termes, nous sommes arrivés à cette conclusion, que, dans l'hypothèse que la matière ait été originellement irradiée d'un centre, et soit maintenant en train d'y retourner, la concentralisation, ou action de retour, procèdeexactement comme nous savons que procède la force de gravitation.

Or, s'il nous était permis de supposer que la concentralisation représente exactement laforce de la tendance vers le centre,—que l'une est en exacte proportion avec l'autre, et que les deux procèdent simultanément, nous aurions démontré tout ce qui était à démontrer. La seule difficulté ici consiste donc à établir une proportion directe entre la concentralisation et laforcede concentralisation; et nouspouvons considérer la chose comme faite si nous établissons une proportion semblable entre l'irradiation et laforced'irradiation.

Une rapide inspection des Cieux suffit pour nous montrer que les étoiles sont distribuées avec une certaine uniformité générale et à une certaine égalité de distance à travers la région de l'espace où elles sont groupées, affectant dans leur ensemble une forme approximativement sphérique;—cette espèce d'égalité, générale plutôt qu'absolue, ne contredisant en rien ma déduction sur l'inégalité de distances, dans de certaines limites, entre les atomes originellement irradiés, et représentant un corollaire du système évident d'infinie complexité de rapports tirée de l'unité absolue. Je suis parti, on se le rappelle, de l'idée d'une distribution généralement uniforme, mais particulièrement inégale, des atomes;—idée confirmée, je le répète, par une inspection des étoiles, telles qu'elles existent actuellement.

Mais même dans l'égalité générale de distribution, en ce qui regarde les atomes, apparaît une difficulté qui, sans aucun doute, s'est déjà présentée à ceux de mes lecteurs qui croient que je suppose cette égalité de distribution effectuée par l'irradiation partant d'un centre.Au premier coup d'œil, l'idée de l'irradiationnous force à accepter cette autre idée, jusqu'à présent non séparée et en apparence inséparable, d'une agglomération autour d'un centre, et d'une dispersion à mesure qu'on s'en éloigne,—l'idée, en un mot, d'inégalité de distribution relativement à la matière irradiée.

Or, j'ai fait observer ailleurs[1]que si la Raison, à la recherche du Vrai, peut jamais trouver sa route, c'est pardes difficultés telles que celle actuellement en question, par une telle inégalité, par de telles particularités, par de telles saillies sur le plan ordinaire des choses. Grâce à la difficulté, à laparticularitéqui se présente ici, je bondis d'un seul coup vers le secret,—secret que je n'aurais jamais pu atteindre sans la particularité et les inductions qu'elle me fournitpar son pur caractère de particularité.

La marche de ma pensée, arrivée à ce point, peut être grossièrement dessinée de la manière suivante:—Je me dis: «L'Unité, comme je l'ai expliquée, est une vérité;—je le sens. La Diffusion est une vérité; je le vois. L'Irradiation, par laquelle seule ces deux vérités sont conciliées, est conséquemment une vérité; je le perçois.L'égalitéde diffusion, d'abord déduite àprioriet ensuite confirmée par l'inspection des phénomènes, est aussi une vérité;—je l'admets pleinement. Jusqu'ici tout est clair autour de moi;—il n'y a pas de nuages derrière lesquels puisse se cacher le secret, le grand secret dumodus operandide la gravitation;—mais ce secret est quelque part aux environs, très-certainement, et n'y eût-il qu'un seul nuage en vue, je serais tenu de soupçonner ce nuage.» Et justement, comme je me dis cela, voilà qu'un nuage apparaît. Ce nuage est l'impossibilité apparente de concilier ma vérité,irradiationavec mon autre vérité,égalité de diffusion.Je me dis alors: «Derrière cette impossibilitéapparentedoit se trouver ce que je cherche.» Je ne dis pas: impossibilitéréelle;car une invincible foi dans mes vérités me confirme qu'il n'y a là, après tout, qu'une simple difficulté; mais je vais jusqu'à dire, avec une confiance opiniâtre, que, quand cette difficulté sera résolue, nous trouverons,enveloppée dans le procédé de solution,la clef du secret que nous cherchons. De plus, jesensque nous ne découvrironsqu'une seulesolution possible de la difficulté, etcela, pour cette raison que, s'il y en avait deux, l'une des deux serait superflue, sans utilité, vide, ne contenant aucune clef, puisqu'il n'est pas besoin d'une double clef pour ouvrir un secret quelconque de la nature.

Et maintenant examinons:—les notions ordinaires, les notions distinctes que nous pouvons avoir de l'irradiation, sont tirées du mode tel que nous le voyons appliqué dans le cas de la Lumière. Là nous trouvons une effusioncontinue de courants lumineux, avec une force que nous n'avons aucun droit de supposer variable.Or, dans n'importe quelle irradiation de cette nature, continue et d'une force invariable, les régions voisines du centre doivent être inévitablement plus remplies que les régions éloignées. Mais je n'ai supposé aucune irradiation telle que celle-là. Je n'ai pas supposé une irradiationcontinue;par la simple raison qu'une telle supposition impliquerait d'abord la nécessité d'adopter une conception que l'homme, ainsi que je l'ai montré, ne peut pas adopter, et que l'examen du firmament réfute, ainsi que je le démontrerai plus amplement,—la conception d'un Univers sidéral absolument infini,—et impliquerait, en second lieu, l'impossibilité de comprendre une réaction, c'est-à-dire la gravitation, telle qu'elle existe maintenant, puisque, tant qu'une action se continue, aucune réaction, naturellement, ne peut avoir lieu. Donc, ma supposition, ou plutôt l'inévitable déduction tirée des justes prémisses, était celle d'une irradiationdéterminée,d'une irradiation finalement discontinuée.

Qu'il me soit permis maintenant de décrire le seul mode possible selon lequel nous pouvons comprendre que la matière ait été répandue à travers l'espace, de manière à remplir à la fois les conditions d'irradiation et de distribution généralement égale.

Par commodité d'illustration, imaginons d'abord unesphère creuse, de verre ou d'autre matière, occupant l'espace à travers lequel la matière universelle a été également éparpillée, par le moyen de l'irradiation, de la particule absolue, indépendante, inconditionnelle, placée au centre de la sphère.

Un certain effort de la puissance expansive (que nous présumons être la Volonté Divine),—en d'autres termes, une certaineforce,dont la mesure est la quantité de matière, c'est-à-dire le nombre des atomes,—a émis, émet, par irradiation, ce nombre d'atomes, les chassant hors du centre dans toutes les directions, leur proximité réciproque diminuant à mesure qu'ils s'éloignent de ce centre, jusqu'à ce que finalement ils se trouvent éparpillés sur la surface intérieure de la sphère.

Quand les atomes ont atteint cette position, ou pendant qu'ils tendaient à l'atteindre, un second exercice inférieur de la même force,—une seconde force inférieure de la même nature,—émet de la même manière, par irradiation, une seconde couche d'atomes qui va se déposer sur la première; le nombre d'atomes, dans ce cas comme dans le premier, étant la mesure de la force qui les a émis,—en d'autres termes, la force étant précisément appropriée au dessein qu'elle accomplit,—la force et le nombre d'atomes envoyés par cette force étant directement proportionnels.

Quand cette seconde couche a atteint sa destination ou pendant qu'elle s'en approche, un troisième exercice inférieur de la même force, ou une troisième force inférieure de même nature,—le nombre des atomes émis étant dans tous les cas la mesure de la force,—dépose une troisième couche sur la seconde,—et ainsi de suite, jusqu'à ce que ces couches concentriques, devenant de moins en moins vastes, atteignent finalement le point central; et alors lamatière diffusible, en même temps que la force diffusive, se trouve épuisée.

Notre sphère est maintenant remplie, par le moyen de l'irradiation, d'atomes également répartis. Les deux conditions nécessaires, celles de l'irradiation et d'une diffusion égale, sont accomplies par leseulmode qui permette de concevoir la possibilité de leur accomplissement simultané. C'est pour cette raison que j'ai l'espérance de trouver maintenant, caché dans la condition présente des atomes ainsi distribués à travers la sphère, le secret dont je suis en quête, le principe si important dumodus operandide la loi newtonienne. Examinons donc la condition actuelle des atomes.

Ils sont placés dans une série de couches concentriques. Ils sont également distribués à travers la sphère. Ils ont été irradiés vers ces positions.

Les atomes étant également distribués, plus est grande la superficie d'une de ces couches concentriques quelconques, plus grand sera le nombre d'atomes distribués dans cette couche. En d'autres termes, le nombre d'atomes situés sur la surface d'une de ces couches concentriques quelconque est en proportion directe de l'étendue de cette surface.

Mais, dans toute série de sphères concentriques, les surfaces sont en proportion directe des carrés des distances à partir du centre,ou, plus brièvement, les surfaces des sphères sont entre elles comme les carrés de leurs rayons.

Conséquemment, le nombre d'atomes, dans une couche quelconque, est en proportion directe du carré de la distance qui sépare cette couche du centre.

Mais le nombre des atomes dans une couche quelconque est la mesure de la force qui a émis cette couche, c'est-à-dire qu'elle est en proportion directe de la force.

Donc la force qui a irradié chaque couche est en proportion directe du carré de la distance entre cette couche et le centre, ou, pour généraliser,la force de l'irradiation a eu lieu en proportion directe des carrés des distances.

Or, la Réaction, autant que nous en pouvons connaître, c'est l'Action inversée. Le principe général de la Gravitation étant, en premier lieu, entendu comme la réaction d'un acte, comme l'expression d'un désir de la part de la Matière, existant à l'état de diffusion, de retourner à l'Unité d'où elle est issue, et en second lieu, l'esprit étant obligé de déterminer lecaractèrede ce désir, la manière selon laquelle il doit naturellement se manifester,—étant, en d'autres termes, obligé de concevoir une loi probable, oumodus operandi,pour l'action de retour, ne peut pas ne pas arriver à cette conclusion que la loi de retour doit être précisément la réciproque de la loi d'émission. Chacun du moins aura parfaitement le droit de considérer la chose comme démontrée, jusqu'à ce que quelqu'un donne une raison plausible qui affirme le contraire, jusqu'à ce qu'une autre loi de retour soit imaginée que l'intelligence puisse adopter comme préférable.

Donc, la matière irradiée dans l'espace, avec une force qui varie comme les carrés des distances, pourrait àprioriêtre supposée retourner vers son centre d'irradiation avec une force varianten raison inversedes carrés des distances; et j'ai déjà montré que tout principe qui expliquera pourquoi les atomes tendent, en raison d'une loi quelconque, vers le centre général, doit être admis comme expliquant en même temps, d'une manière suffisante, pourquoi, en raison de la même loi, ils tendent l'un vers l'autre. Car, en fait, la tendance vers le centre général n'est pas une tendance vers un centre positif; elle a lieu vers ce point, seulement parce que chaque atome, en se dirigeant versun tel point, s'achemine directement vers son centre réel et essentiel, qui est l'Unité,—l'Union absolue et finale de toutes choses.

Cette considération ne présente à mon esprit aucune difficulté; mais cela ne m'aveugle pas sur son obscurité possible pour les esprits moins habitués à manier des abstractions, et en somme il serait peut-être bon de considérer la proposition d'un ou deux autres points de vue.

La molécule absolue, indépendante, originellement créée par la Volition Divine, doit avoir été dans une condition denormalitépositive ou de perfection;—car toute imperfection implique rapport. Le bien est positif; le mal est négatif; il n'est que la négation du bien, comme le froid est la négation de la chaleur, l'obscurité, de la lumière. Pour qu'une chose soit mauvaise, il faut qu'il y ait quelque autre chose qui soitcomparableà ce qui est mauvais;—une condition à laquelle cette chose mauvaise ne satisfait pas; une loi qu'elle viole; un être qu'elle offense. Si cet être, cette loi, cette condition, relativement auxquels la chose est mauvaise, n'existent pas, ou si, pour parler plus strictement, il n'existe ni êtres, ni lois, ni conditions, alors la chose ne peut pas être mauvaise et devra conséquemment être bonne. Toute déviation de la normalité implique une tendance au retour. Une différence d'avec ce qui est normal, droit, juste, ne peut avoir été créée que parla nécessité de vaincre une difficulté. Et si la force qui surmonte cette difficulté n'est pas infiniment continuée, la tendance indestructible à ce retour pourra à la longue agir dans le sens de sa satisfaction. La force retirée, la tendance agit. C'est le principe de réaction, comme conséquence inévitable d'une action finie. Pour employer une phraséologie dont on pardonnera l'affectationapparente à cause de son énergie, nous pouvons dire que la Réaction est le retour dece qui est et ne devrait pas êtreversce qui était originellement, et conséquemment devrait être;—et j'ajoute que l'on trouverait toujours la forceabsoluede la Réaction en proportion directe avec la réalité, la vérité, l'absolu du principeoriginel,s'il était possible de mesurer celui-ci;—et conséquemment la plus grande de toutes les réactions concevables doit être celle produite par la tendance dont il est question ici,—la tendance à retourner versl'absolu originel,vers lesuprême primitif.La gravitationdoit donc être la plus énergique de toutes les forces,—idée obtenueà prioriet largement confirmée par l'induction. Quel usage je ferai de cette idée, on le verra par la suite.

Les atomes, ayant été répandus hors de leur condition normale d'Unité, cherchent à retourner—vers quoi? Non pas, certainement, vers aucunpointparticulier; car il est clair que si, au moment de la diffusion, tout l'Univers matériel avait été projeté collectivement à une certaine distance du point d'irradiation, la tendance atomique vers le centre de la sphère n'aurait pas été troublée le moins du monde; les atomes n'auraient pas cherché le point del'espace absoludont ils étaient originairement issus. C'est simplement lacondition,et non le point ou le lieu où cette condition a pris naissance, que les atonies cherchent à rétablir;—ce qu'ils désirent, c'est simplementcette condition qui est leur normalité.«Mais ils cherchent un centre,—dira-t-on,—et un centre est un point.» C'est vrai; mais ils cherchent ce point, non dans son caractère de point (car si toute la sphère changeait de position, ils chercheraient également le centre, et le centre serait alors un autre point), mais parce que, en raison de la forme dans laquelle ils existent collectivement (qui est celle de la sphère), c'est seulement par le point en question, qui estle centre de la sphère, qu'ils peuvent atteindre leur véritable but, l'Unité. Dans la direction du centre, chaque atome perçoit plus d'atomes que dans toute autre direction. Chaque atome est poussé vers le centre, parce que sur la ligne droite, qui s'étend de lui au centre et qui continue au delà jusqu'à la circonférence, se trouve un plus grand nombre d'atomes que sur toute autre ligne droite,—un plus grand nombre d'objets qui le cherchent, lui, atome individuel,—un plus grand nombre de satisfactions pour sa propre tendance à l'Unité,—en un mot, parce que dans la direction du centre se trouve la plus grande possibilité de satisfaction générale pour son appétit individuel. Pour parler brièvement, la condition de l'Unité est en réalité ce que cherchent les atomes, et s'ilssemblentchercher le centre de la sphère, ce n'est qu'implicitement, parce que le centre implique, contient, enveloppe le seul centre essentiel, l'Unité. Mais, en raison de ce caractère double et implicite, il est impossible de séparer pratiquement la tendance vers l'Unité abstraite de la tendance vers le centre concret. Ainsi la tendance des atomes vers le centre général est, à tous égards, pratique et logique, la tendance de chacun vers chacun, et cette tendance réciproque universelle est la tendance vers le centre; l'une peut être prise pour l'autre; tout ce qui s'applique à l'une doit s'appliquer à l'autre, et enfin tout principe qui expliquera suffisamment l'une est une explication indubitable de l'autre.

Je regarde soigneusement autour de moi pour trouver une objection rationnelle contre ce que j'ai avancé, et je n'en puis découvrir aucune; mais parmi cette classe d'objections généralement présentées par les douteurs de profession, les amoureux du Doute, j'en aperçois très-aisément trois, et je vais les examiner successivement.

On dira peut-être d'abord: «La preuve que la force d'irradiation (dans le cas en question) est en proportion directe des carrés des distances repose sur cette supposition gratuite que le nombre des atomes dans chaque couche est la mesure de la force par laquelle ils ont été émis.»

Je réponds que non-seulement j'ai parfaitement le droit de faire une telle supposition, mais que je n'aurais aucun droit d'en faire une autre. Ce que je suppose est simplement qu'un effet sert de mesure à la cause qui le produit,—que tout exercice de la Volonté Divine sera proportionnel au but qui réclame cet exercice,—et que les moyens de l'Omnipotence, ou de l'Omniscience, seront exactement appropriés à ses desseins. Le déficit ou l'excès dans la cause ne peuvent engendrer aucun effet. Si la force qui a irradié chaque couche dans la position qu'elle occupe avait été moins ou plus grande qu'il n'était nécessaire, c'est-à-dire, si elle n'avait pas été en proportion directe avec le but, alors cette couche n'aurait pas pu être irradiée à sa juste position. Si la force qui, en vue d'une égalité générale de distribution, a émis le nombre juste d'atomes pour chaque couche, n'avait pas été en proportion directe avec le nombre, alors ce nombre n'aurait pas été le nombre demandé pour une égale distribution.

La seconde objection supposable a de meilleurs droits à une réponse.

C'est un principe admis en dynamique que tout corps, recevant une impulsion, une disposition à se mouvoir, se meut en ligne droite dans la direction donnée par la force impulsive, jusqu'à ce qu'il soit détourné ou arrêté par quelque autre force. Comment donc, demandera-t-on peut-être, ma première couche, la couche extérieure d'atomes peut-elle arrêter son mouvement à la surface dela sphère de verre imaginaire, quand une seconde force, d'un caractère non imaginaire, ne se manifeste pas, pour expliquer cette interruption dans le mouvement?

Je réponds que l'objection prend naissance ici dans une supposition tout à fait gratuite de la part du critique,—la supposition d'un principe dynamique à une époque où il n'existait pas de principes, en quoi que ce soit;—je me sers naturellement du motprincipedans le sens même que le critique attribue à ce mot.

Au commencement des choses,nous ne pouvons admettre, nous ne pouvons comprendre qu'une Première Cause, le Principe vraiment suprême, la Volonté de Dieu.L'actionprimitive, c'est-à-dire l'Irradiation de l'Unité, doit avoir été indépendante de tout ce que le monde appelleprincipe,parce que ce que nous désignons sous ce terme n'est qu'une conséquence de la réaction de cette action primitive;—je dis actionprimitive;car la création de la molécule matérielle absolue doit être considérée comme uneconceptionplutôt que comme uneactiondans le sens ordinaire du mot. Ainsi nous regarderons l'action primitive comme une action tendant à l'établissement de ce que nous appelons maintenantprincipes.Mais cette action primitive elle-même doit être entendue comme uneVolition continue.La Pensée de Dieu doit être comprise comme donnant naissance à la Diffusion, comme l'accompagnant, comme la régularisant, et finalement comme se retirant d'elle après son accomplissement. Alors commence la Réaction, et par la Réaction, leprincipe,dans le sens où nous employons le mot. Il serait prudent, toutefois, de limiter l'application de ce mot aux deux résultats immédiats de la cessation de la Volition Divine, c'est-à-dire aux deux agents,AttractionetRépulsion.Chaque autre agent naturel dérive, plus ou moins immédiatement, de ces deux-là etserait en conséquence plus convenablement désigné sous le nom de sous-principe.

On peut objecter en troisième lieu que le mode particulier de distribution des atomes que j'ai exposé estune hypothèse et rien de plus.

Or, je sais que le mot hypothèse est une lourde massue, empoignée immédiatement, sinon soulevée, par tous les petits penseurs, à la première apparence d'une proposition portant, plus ou moins, le costume d'unethéorie.Mais il n'y a ici aucune bonne raison pour jouer de ce terrible marteau de l'hypothèse, même pour ceux qui sont capables de le soulever, géants ou mirmidons.

Je maintiens d'abord que le mode tel que je l'ai décrit estle seulpar lequel nous puissions concevoir que la Matière ait été répandue de manière à satisfaire à la fois aux deux conditions d'irradiation et de distribution généralement égale. J'affirme ensuite que ces conditions elles-mêmes se sont imposées à ma pensée comme résultats inévitables d'un raisonnementaussi logique que celui sur lequel repose n'importe quelle démonstration d'Euclide;et j'affirme, en troisième lieu, que, quand même l'accusation d'hypothèse serait aussi bien appuyée qu'elle est, en fait, vaine et insoutenable, la validité et l'infaillibilité de mon résultat n'en serait cependant pas infirmée, même dans le plus petit détail.

Je m'explique:—la Gravitation newtonienne, loi de la Nature, loi dont l'existence ne peut être mise en question qu'à Bedlam, loi qui, une fois admise, nous donne le moyen d'expliquer les neuf dixièmes des phénomènes de l'Univers,—loi que nous sommes, à cause de cela même, et sans en référer à aucune autre considération, disposés à admettre et que nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître comme loi,—mais loi dont ni leprincipe ni lemodus operandidu principe n'ont été jusqu'à présent décalqués par l'analyse humaine,—loi enfin qui n'a été trouvée susceptible d'aucune explication, ni dans son détail, ni dans sa généralité,—se montre décidément explicable et expliquée sur tous les points, pourvu seulement que nous donnions notre assentiment à ... à quoi? A une hypothèse? Mais si une hypothèse,—si la plus pure hypothèse, une hypothèse à l'appui de laquelle, comme dans le cas de la Loi newtonienne, pure hypothèse elle-même, ne se présente pas l'ombre d'une raisonà priori,—si une hypothèse, même aussi absolue que tout ce que celle-ci comporte, nous permet d'assigner un principe à la Loi newtonienne,—nous permet de considérer comme remplies des conditions si miraculeusement, si ineffablement complexes et en apparence inconciliables, comme celles impliquées dans les rapports que nous révèle la Gravitation,—quel être rationnel poussera la sottise jusqu'à appeler plus longtemps «hypothèse», même cette absolue hypothèse,—à moins qu'il ne persiste ainsi en sous-entendant que c'est simplement par pur amour pour l'irrévocabilitédes mots?

Mais quel est actuellement le véritable état de la question? Quel estle fait?Non-seulement ce n'est pas une hypothèse que nous sommes priés d'adopter, pour expliquer le principe en question, mais c'est une conclusion logique que nous sommes invités, non pas à adopter si nous pouvons nous en dispenser, mais simplement ànier si cela nous est possible;—une conclusion d'une logique si exacte que la discuter, douter de sa validité, serait un effort au-dessus de nos forces;—une conclusion à laquelle nous ne voyons pas le moyen d'échapper, de quelque côté que nous nous tournions; un résultat que nous trouvons toujours en face de nous, soit que l'inductionnous aitpromenés à travers les phénomènes de ladite Loi, soit que nous redescendions, avec ladéduction,de la plus rigoureusement simple de toutes les suppositions,—en un mot dela supposition de la Simplicité elle-même.

Et si maintenant, par pur amour de la chicane, on objecte que, bien que mon point de départ soit, comme je l'affirme, la supposition de l'absolue Simplicité, cependant la Simplicité, considérée en elle-même, n'est point un axiome, et que les déductions tirées des axiomes sont les seules incontestables, alors je répondrai:

Toute autre science que la Logique est une science de certains rapports concrets. L'Arithmétique, par exemple, est la science des rapports de nombre,—la Géométrie, des rapports de forme,—les Mathématiques en général, des rapports de quantité en général, de tout ce qui peut être augmenté ou diminué. Mais la Logique est la science du Rapport dans l'abstrait, du Rapport absolu, du Rapport considéré en lui-même. Ainsi, dans toute science autre que la Logique, un axiome est une proposition proclamant certains rapports concrets qui semblent trop évidents pour être discutés, comme quand nous disons, par exemple, que le tout est plus grand que sa partie;—et le principe de l'axiome Logique à son tour, ou dans d'autres termes, le principe d'un axiome dans l'abstrait, est simplementl'évidence de rapport.Or, il est clair, d'abord, que ce qui est évident pour un esprit peut n'être pas évident pour un autre; ensuite, que ce qui est évident pour un esprit à une époque peut n'être pas du tout évident à une autre époque pour le même esprit. Il est clair, de plus, que ce qui est évident aujourd'hui pour la majorité de l'humanité ou pour la majorité des meilleurs esprits humains, peut demain, pour ces mêmes majorités, être plus ou moins évident, ou même n'être plus évident du tout. Onvoit donc que leprincipe axiomatiquelui-même est susceptible de variation, et que naturellement les axiomes sont susceptibles d'un semblable changement. Puisqu'ils sont variables, lesvérités,auxquelles ils donnent naissance, sont aussi nécessairement variables, ou, en d'autres termes, sont telles, qu'il ne faut jamais s'y fier absolument,—puisque la Vérité et l'Immutabilité ne font qu'un.

Or, il est facile de comprendre qu'aucune idée axiomatique, aucune idée fondée sur le principe flottant de l'évidence de rapport, ne peut fournir, pour une construction quelconque de la Raison, une base aussi sûre, aussi solide, quecetteidée (quelle qu'elle soit, n'importe où nous la puissions trouver, et si toutefois il est possible de la trouver quelque part), qui sera absolument indépendante, qui non-seulement ne présentera à l'esprit aucuneévidence de rapport,grande ou petite, mais encore lui imposera la nécessité de n'en voir aucune. Si une telle idée n'est pas ce que nous appelons étourdiment un axiome, elle est au moins préférable, comme base logique, à tout axiome qui ait jamais été avancé, ou à tous les axiomes imaginables réunis;—et telle est précisément l'idée par laquelle commence mon procédé de déduction, que l'induction corrobore si parfaitement. Maparticule propren'est que l'absolue Indépendance.Pour résumer ce que j'ai avancé, je suis parti de ce point que j'ai considéré comme-évident, à savoir que le Commencement n'avait rien derrière lui ni devant lui,—qu'il y avait eu en fait un Commencement,—que c'était un commencement et rien autre chose qu'un commencement,—bref que ce Commencement était ...ce qu'il était.Si l'on veut que ce soit là unepure supposition,j'y consens.

Pour finir cette partie de mon sujet, je suis pleinement autorisé à déclarer quela Loi, que nous nommons habituellementGravitation, existe en raison de ce que la Matière a été, à son origine, irradiée atomiquement, dans une sphère limitée[2]d'Espace, d'une Particule Propre, unique, individuelle, inconditionnelle, indépendante et absolue, selon le seul mode qui pouvait satisfaire à la fois aux deux conditions d'irradiation et de distribution généralement égale à travers la sphère,—c'est-à-dire par une force variant en proportion directe des carrés des distances comprises entre chacun des atomes irradiés et le centre spécial d'Irradiation.

J'ai déjà dit pour quelles raisons je présumais que la Matière avait été éparpillée par une force déterminée, plutôt que par une force continue ou infiniment continuée. D'abord, en supposant une force continue, nous ne pourrions comprendre aucune espèce de réaction; et ensuite nous serions obligés d'accepter l'idée inadmissible d'une extension infinie de Matière. Sans nous appesantir sur l'impossibilité de cette conception, remarquons que l'extension infinie de la Matière est une idée qui, si elle n'est pas positivement contredite, du moins n'est pas du tout confirmée par les observations télescopiques;—c'est un point à éclaircir plus tard; et cette raison empirique qui nous fait croire que la Matière est originellement finie se trouve confirmée d'une manière non empirique. Ainsi, par exemple, en admettant, pour le moment, la possibilité de comprendre l'Espaceremplipar les atomes irradiés, c'est-à-dire en admettant, autant que nous le pouvons, que la succession des atomes irradiés n'ait absolument pasde fin,il est suffisamment clair que, même après que la Volonté Divine s'est retirée d'eux et que la tendance à retourner vers l'Unité a eu, d'une manière abstraite, permission de se satisfaire, cette permission aurait été futile et inefficace, sans valeur pratique et sans effet quelconque.Aucune Réaction n'aurait pu avoir lieu; aucun mouvement vers l'Unité n'aurait pu se faire; aucune loi de gravitation n'aurait pu s'établir.

Expliquons mieux la chose. Accordez que la tendance abstraite d'un atome quelconque vers un autre atome quelconque est le résultat inévitable de la diffusion de l'Unité normale, ou ce qui est la même chose, admettez qu'un atome donné quelconquese proposede se mouvoir dans une direction donnée quelconque, il est clair que, s'il y a uneinfinitéd'atomes de tous les côtés de l'atome qui se propose de se mouvoir, il ne pourra jamais se mouvoir, dans la direction donnée, vers la satisfaction de sa tendance, en raison d'une tendance précisément égale et contre-balançante dans la direction diamétralement opposée. En d'autres termes, il y a exactement autant de tendances derrière que devant l'atome hésitant; car c'est une pure sottise de dire qu'une ligne infinie est plus longue ou plus courte qu'une autre ligne infinie, ou qu'un nombre infini est plus gros ou plus petit qu'un autre nombre infini. Ainsi l'atome en question doit rester stationnaire à jamais. Dans les conditions impossibles que nous nous sommes efforcés de concevoir, simplement pour l'amour de la discussion, il n'y aurait eu aucune aggrégation de Matière,—ni étoiles, ni mondes,—rien qu'un Univers éternellement atomique et illogique. En effet, de quelque façon que vous considériez la chose, l'idée d'une Matière illimitée est non-seulement insoutenable, mais impossible et perturbatrice de tout ordre.

En nous figurant les atomes compris dans unesphère,nous concevons tout de suite une satisfaction possible pour la tendance à la réunion. Le résultat général de la tendance de chacun vers chacun étant une tendance de tous vers le centre, la marche générale de la condensation, oule rapprochement, commence immédiatement, par un mouvement commun et simultané, avec la retraite de la Volition Divine; les rapprochements individuels ou coalescences—non pas fusions—d'atome à atome étant sujets à des variations presque infinies dans le temps, le degré et la condition, en raison de l'excessive multiplicité de rapports produite par les différences de forme qui caractérisaient les atomes au moment où ils se séparaient de la Particule Propre; produite également par l'inégalité particulière et subséquente de distance de chacun à chacun.

Ce que je désire faire entrer dans l'esprit du lecteur, c'est la certitude que, tout d'abord (la force diffusive ou Volition Divine s'étant retirée), de la condition des atomes telle que je l'ai décrite, ont dû, sur d'innombrables points à travers la sphère Universelle, naître d'innombrables agglomérations, caractérisées par d'innombrables différences spécifiques de forme, de grosseur, de nature essentielle, et de distance réciproque. Le développement de la Répulsion (Electricité) doit naturellement avoir commencé avec les premiers efforts particuliers vers l'Unité, et avoir marché constamment en raison de la Coalescence,—c'est-à-dire de la Condensation, ou, conséquemment, de l'Hétérogénéité.

Ainsi les deux Principes proprement dits, l'Attraction et la Répulsion, le Matériel et le Spirituel, s'accompagnent l'un l'autre dans la plus étroite confraternité. Ainsile Corps et l'Ame marchent de concert.

[1]Double Assassinat dans la rue Morgue.—HISTOIRES EXTRAORDINAIRES.

[1]Double Assassinat dans la rue Morgue.—HISTOIRES EXTRAORDINAIRES.

[2]Une sphère estnécessairementlimitée; mais je préfère la tautologie au danger de n'être pas compris E. P.

[2]Une sphère estnécessairementlimitée; mais je préfère la tautologie au danger de n'être pas compris E. P.

Si maintenant, en imagination, nous choisissons, à travers la sphère Universelle,une quelconquede ces agglomérations considérées dans leurs phases primaires, et si noussupposons que cette agglomération commençante a eu lieu sur ce point où existe le centre de notre Soleil, ou plutôt où il existait originellement (car le Soleil change perpétuellement de position), nous nous rencontrerons infailliblement avec la plus magnifique des théories, et, pendant un certain temps au moins, nous avancerons avec elle,—je veux dire avec la Cosmogonie de Laplace;—quoiqueCosmogoniesoit un terme trop compréhensif pour l'objet dont l'auteur traite en réalité, qui est seulement la constitution de notre système solaire, c'est-à-dire d'un système parmi la myriade de systèmes analogues qui composent l'Univers proprement dit,—cette sphère Universelle, cet omni-compréhensif et absoluKosmosqui forme le sujet de mon présent discours.

Laplace, se confinant dans une régionévidemment limitée,celle de notre système solaire, avec son entourage comparativement immédiat, et supposantpurement,c'est-à-dire sans établir aucune base quelconque, par induction ou par déduction, une grande partie de ce que j'essayais tout à l'heure de fixer sur une base plus solide qu'une pure hypothèse;—supposant, par exemple, la matière répandue (sans prétendre expliquer cette diffusion) à travers l'espace occupé par notre système, et même un peu au delà; répandue à l'état de nébulosité hétérogène et obéissant à la loi toute-puissante de la Gravitation, dont il ne s'avise pas de conjecturer le principe;—supposant toutes ces choses (qui sont parfaitement vraies, bien qu'il n'eût pas logiquement le droit de les supposer), Laplace, dis-je, a montré, dynamiquement et mathématiquement, que les résultats naissant forcément de telles circonstances sont ceux, et ceux-là seuls, que nous voyons manifestés dans la condition actuelle du système solaire.

Je m'explique.—Supposons que cette agglomérationparticulière dont nous avons parlé, celle qui a eu lieu au point marqué par le centre de notre Soleil, ait continué jusqu'à ce qu'une vaste quantité de matière nébuleuse y ait pris une forme à peu près sphérique; son centre coïncidant évidemment avec le centre actuel ou plutôt le centre originel de notre Soleil, et sa périphérie s'étendant au delà de l'orbite de Neptune, la plus éloignée de nos planètes;—en d'autres termes, supposons que le diamètre de cette sphère grossière ait été d'environ six mille millions de milles. Pendant des siècles, cette masse de matière a été se condensant, tant qu'à la longue elle a été réduite au volume que nous imaginons, ayant procédé graduellement depuis son état atomique et imperceptible jusqu'à ce que nous entendons par unenébulositévisible, palpable, ou appréciable d'une manière quelconque.

Or, la condition de cette masse implique une rotation autour d'un axe imaginaire,—rotation, qui, commençant avec les premiers symptômes d'aggrégation, a depuis lors toujours acquis de la vélocité. Les deux premiers atomes qui se sont rencontrés, partant de points non diamétralement opposés, ont dû, se précipitant un peu au delà l'un de l'autre, former un noyau pour le mouvement rotatoire en question. Comment ce mouvement a augmenté en vélocité, on le voit aisément. Les deux atomes sont rejoints par d'autres;—une aggrégation est formée. La masse continue à tourner tout en se condensant. Mais tout atome situé à la circonférence subit naturellement un mouvement plus rapide qu'un atome placé plus près du centre. Néanmoins l'atome éloigné, avec sa vélocité supérieure, se rapproche du centre, portant avec lui cette vélocité supérieure à mesure qu'il avance. Ainsi chaque atome marchant vers le centre, et s'attachant finalement au centre de la condensation, ajoute quelque chose à lavélocité originelle de ce centre, c'est-à-dire accroît le mouvement rotatoire de la masse.

Supposons maintenant cette masse condensée à ce point qu'elle occupe précisément l'espace circonscrit par l'orbite de Neptune, et que la vélocité avec laquelle se meut, dans la rotation générale, la surface de la masse, soit précisément celle avec laquelle Neptune accomplit maintenant sa révolution autour du Soleil. A cette époque déterminée, nous comprenons que la force centrifuge constamment croissante, l'emportant sur la force centripète non croissante, a dû faire se dégager et se séparer les couches extérieures les moins condensées, à l'équateur de la sphère, là où prédominait la vélocité tangentielle; de sorte que ces couches ont formé autour du corps principal un anneau indépendant circonvenant les régions équatoriales;—juste comme la partie extérieure d'une meule, chassée par une excessive vélocité de rotation, formerait un anneau autour de la meule, si la solidité de la superficie n'y faisait obstacle; mais si cette matière était du caoutchouc, ou toute autre d'une consistance à peu près semblable, le phénomène en question se manifesterait infailliblement.

L'anneau, chassé ainsi par la masse nébuleuse, a dû naturellement accomplir sa révolution, comme anneauindividuel,juste avec la même vélocité qui le faisait tourner commesurface de la masse.En même temps, la condensation continuant toujours, l'intervalle entre l'anneau projeté et le corps principal a dû s'accroître sans cesse, tant qu'à la fin le premier s'est trouvé à une vaste distance du dernier.

Or, en admettant que l'anneau ait possédé, par quelque arrangement en apparence accidentel de ses éléments hétérogènes, une constitution presque uniforme, cet anneau, dans ces conditions, n'aurait jamais cessé de tournerautour du corps principal; mais, comme on pouvait s'y attendre, if paraît qu'il y a eu dans la disposition de ses éléments assez d'irrégularité pour les faire se grouper autour de centres d'une solidité supérieure; et ainsi la forme annulaire a été détruite[1]. Sans aucun doute, la bande a été bientôt rompue en plusieurs morceaux, et l'un de ces morceaux, d'un volume plus considérable, a absorbé les autres en lui; le tout s'est tassé, sphériquement, en une planète. Que ce dernier corps ait continue, comme planète, le mouvement de révolution qui le caractérisait quand il était anneau, cela est suffisamment évident; et l'on voit aussi facilement qu'il a dû, de sa nouvelle condition de sphère, tirer un mouvement additionnel. Si nous considérons l'anneau comme n'étant pas encore rompu, nous voyons que sa partie extérieure, pendant que la totalité tourne autour du corps générateur, se meut avec plus de rapidité que sa partie intérieure. Donc, quand la rupture s'est faite, une partie dans chaque fragment a dû se mouvoir avec plus de vélocité que les autres. Le mouvement supérieur prédominant a dû faire tourner chaque fragment sur lui-même, c'est-à-dire lui imprimer une rotation; et le sens de cette rotation a été naturellement le sens de la révolution d'où elle avait pris naissance. Tous les fragments ayant subi ladite rotation l'ont, en se réunissant, forcément communiquée à la planète formée par leur cohésion. Cette planète fut Neptune. Ses éléments continuant à se condenser, et la force centrifuge produite dans sa rotation l'emportant à la longue sur la force centripète, commenous l'avons vu dans le cas du globe générateur, un anneau a été également projeté de la surface équatoriale de cette planète; cet anneau, [non] uniforme dans sa constitution, a été rompu, et ses divers fragments, absorbés par le plus massif de tous, ont été collectivement sphérifiés en une lune. Le phénomène répété une seconde fois a donné pour résultat une seconde lune. Ainsi nous trouvons expliquée la planète Neptune avec les deux satellites qui l'accompagnent.

En projetant de son équateur un anneau, le Soleil avait rétabli entre ses deux forces, centripète et centrifuge, l'équilibre rompu par le progrès de la condensation; mais cette condensation continuant toujours, l'équilibre fut de nouveau troublé par suite de l'accroissement de la rotation. Pendant que la masse s'était rétrécie au point de n'occuper que juste l'espace sphérique circonscrit par l'orbite d'Uranus, la force centrifuge, cela se comprend, avait pris une influence assez grande pour nécessiter un nouveau soulagement. Conséquemment, une seconde bande équatoriale fut lancée, qui, n'étant pas d'une constitution uniforme, a été brisée, comme dans le cas précédent de Neptune; les fragments tassés sont devenus la planète Uranus; et la vélocité de sa révolution actuelle autour du Soleil nous donne évidemment la mesure de la vitesse rotatoire de la surface équatoriale du Soleil au moment de la séparation. Uranus, tirant sa rotation des rotations combinées des fragments auxquels il devait sa naissance, comme nous l'avons expliqué pour le cas précédent, projeta alors successivement des anneaux, dont chacun, se brisant, se modela en lune. Trois lunes, à différentes époques, furent formées de cette façon par la rupture et la sphérification d'autant d'anneaux distincts non uniformes dans leur constitution.

Pendant que le Soleil se réduisait à n'occuper que justel'espace circonscrit par l'orbite de Saturne, nous devons supposer que la balance entre ses deux forces, centripète et centrifuge, avait été dérangée par l'accroissement de la vitesse rotatoire, résultat de la condensation, au point de nécessiter un troisième effort vers l'équilibre, et qu'une bande annulaire, comme dans les deux cas précédents, fut conséquemment lancée, qui, bientôt rompue par la non-uniformité de ses parties, se consolida pour devenir la planète Saturne. Cette dernière projeta d'abord sept bandes, qui, après s'être rompues, se sphérifièrent en autant de lunes; mais elle paraît s'être subséquemment déchargée, à trois époques distinctes et peu éloignées l'une de l'autre, de trois anneaux dont la constitution se trouva, par un accident apparent, assez uniforme et assez solide pour ne fournir aucune occasion de rupture; aussi ils continuent à tourner sous la forme d'anneaux. Je disaccident apparent;car pour un accident dans le sens ordinaire, il n'y en eut évidemment aucun; le terme ici s'applique simplement au résultat d'uneloiindiscernable ou que nous ne pouvons pas immédiatement étudier.

Se réduisant toujours de plus en plus, jusqu'à n'occuper que l'espace circonscrit par l'orbite de Jupiter, le Soleil éprouva bientôt le besoin d'un nouvel effort pour restaurer l'équilibre de ses deux forces, perpétuellement dérangé par l'accroissement continu de la vitesse de rotation. En conséquence Jupiter fut lancé hors du Soleil, passant de la condition annulaire à l'état planétaire, et, arrivé à ce second état, projeta à son tour, à quatre époques différentes, quatre anneaux, qui finalement se transformèrent en autant de lunes.

Se rétrécissant toujours, jusqu'à ce que sa sphère n'occupât que juste l'espace défini par l'orbite des Astéroïdes, le Soleil se déchargea d'un anneau qui paraît avoir euhuitcentres de solidité supérieure, et en se brisant, avoir produit huit fragments, dont pas un ne possédait une masse assez considérable pour absorber les autres. Tous conséquemment, comme planètes distinctes, mais comparativement petites, se mirent à tourner dans des orbites dont les distances respectives peuvent être, jusqu'à un certain point, considérées comme la mesure de la force qui les a séparés;—toutes les orbites néanmoins se trouvant assez rapprochées pour nous permettre de les considérer commeune,en comparaison des autres orbites planétaires.

Le Soleil, se réduisant toujours et ne remplissant plus que juste l'orbite de Mars, se déchargea alors de cette planète par le mode déjà si souvent décrit. Toutefois, puisqu'il n'a pas de lune, Mars n'a pas pu engendrer d'anneau. En fait, une phase se produisait dans la carrière du corps générateur, centre de tout le système. La décroissance de sa nébulosité, qui était en même temps l'accroissement de sa [densité et encore la décroissance de sa] condensation dont résultait la constante rupture de l'équilibre, a dû, à partir de cette époque, atteindre un point où les efforts pour le rétablissement de cet équilibre ont été de plus en plus inefficaces, juste à mesure qu'ils étaient moins fréquemment nécessaires. Ainsi les phénomènes dont nous avons parlé ont dû donner partout des signes d'épuisement,—dans les planètes d'abord, et ensuite dans la masse génératrice. Ne tombons pas dans cette erreur qui suppose que le décroissement d'intervalle observé entre les planètes, à mesure qu'elles se rapprochent du Soleil, est en quelque sorte un indice de fréquence croissante dans les crises qui leur ont donné naissance. C'est justement l'inverse qui doit être supposé. Le plus long intervalle de temps a dû séparer les émissions des deux planètes intérieures, et le plus court la naissance des deux extérieures. Mais ladiminution d'espace est la mesure de la densité du Soleil, et en même temps elle est en raison inverse de son aptitude à la condensation dans tout le cours des phénomènes dont nous avons fait l'histoire.

Cependant, s'étant réduit jusqu'à ne plus remplir que l'orbite de notre Terre, la sphère-mère a chassé hors d'elle-même encore un autre corps,—la Terre,—dans une condition de nébulosité qui a permis à ce corps de se décharger à son tour d'un autre corps qui est notre Lune. Mais là se sont arrêtées les formations lunaires.

Finalement, se confinant aux orbites, d'abord de Vénus et ensuite de Mercure, le Soleil a lancé ces deux planètes intérieures; ni l'une ni l'autre n'a engendré de lune.

Ainsi, de son volume originel, ou, pour parler plus exactement, de la condition sous laquelle nous l'avons d'abord considéré, c'est-à-dire d'une masse nébuleuse à peu près sphérique possédantcertainementun diamètre de plus de cinq mille six cents millions de milles, le grand astre central, origine de notre système solaire-planétaire-lunaire, s'est graduellement réduit, obéissant à la loi de la Gravitation, à un globe d'un diamètre de huit cent quatre-vingt-deux mille milles seulement; mais il ne s'ensuit pas du tout que sa condensation soit absolument complète, ou qu'il ne possède plus la puissance de projeter encore une planète.


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