[6]Espèce de renard du Pérou. (BUFFON, Hist. nat. tom. IV.)
[6]Espèce de renard du Pérou. (BUFFON, Hist. nat. tom. IV.)
A MADAME DE LA BRICHE.
Vous, de qui les attraits, la modeste douceur,Savent tout obtenir et n'osent rien prétendre,Vous que l'on ne peut voir sans devenir plus tendre,Et qu'on ne peut aimer sans devenir meilleur,Je vous respecte trop pour parler de vos charmes,De vos talens, de votre esprit...Vous aviez déjà peur: bannissez vos alarmes,C'est de vos vertus qu'il s'agit.Je veux peindre en mes vers des mères le modèle,Le sarigue, animal peu connu parmi nous,Mais dont les soins touchans et doux,Dont la tendresse maternelle,Seront de quelque prix pour vous.Le fond du conte est véritable:Buffon m'en est garant; qui pourrait en douter?D'ailleurs tout dans ce genre a droit d'être croyableLorsque c'est devant vous qu'on peut le raconter.Maman, disait un jour à la plus tendre mèreUn enfant péruvien sur ses genoux assis,Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,Se promène avec ses petits?Il ressemble au renard. Mon fils, répondit-elle,Du sarigue c'est la femelle;Nulle mère pour ses enfansN'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilans.La nature a voulu seconder sa tendresse,Et lui fit près de l'estomacUne poche profonde, une espèce de sac,Où ses petits, quand un danger les presse,Vont mettre à couvert leur faiblesse.Fais du bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir.L'enfant frappe des mains, la sarigue attentiveSe dresse, et, d'une voix plaintive,Jette un cri; les petits aussitôt d'accourir,Et de s'élancer vers la mère,En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire.La poche s'ouvre, les petitsEn un moment y sont blottis.Ils disparaissent tous; la mère avec vîtesseS'enfuit emportant sa richesse.La Péruvienne alors dit à l'enfant surpris:Si jamais le sort t'est contraire,Souviens-toi du sarigue, imite-le, mon fils:L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
Vous, de qui les attraits, la modeste douceur,
Savent tout obtenir et n'osent rien prétendre,
Vous que l'on ne peut voir sans devenir plus tendre,
Et qu'on ne peut aimer sans devenir meilleur,
Je vous respecte trop pour parler de vos charmes,
De vos talens, de votre esprit...
Vous aviez déjà peur: bannissez vos alarmes,
C'est de vos vertus qu'il s'agit.
Je veux peindre en mes vers des mères le modèle,
Le sarigue, animal peu connu parmi nous,
Mais dont les soins touchans et doux,
Dont la tendresse maternelle,
Seront de quelque prix pour vous.
Le fond du conte est véritable:
Buffon m'en est garant; qui pourrait en douter?
D'ailleurs tout dans ce genre a droit d'être croyable
Lorsque c'est devant vous qu'on peut le raconter.
Maman, disait un jour à la plus tendre mère
Un enfant péruvien sur ses genoux assis,
Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits?
Il ressemble au renard. Mon fils, répondit-elle,
Du sarigue c'est la femelle;
Nulle mère pour ses enfans
N'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilans.
La nature a voulu seconder sa tendresse,
Et lui fit près de l'estomac
Une poche profonde, une espèce de sac,
Où ses petits, quand un danger les presse,
Vont mettre à couvert leur faiblesse.
Fais du bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir.
L'enfant frappe des mains, la sarigue attentive
Se dresse, et, d'une voix plaintive,
Jette un cri; les petits aussitôt d'accourir,
Et de s'élancer vers la mère,
En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire.
La poche s'ouvre, les petits
En un moment y sont blottis.
Ils disparaissent tous; la mère avec vîtesse
S'enfuit emportant sa richesse.
La Péruvienne alors dit à l'enfant surpris:
Si jamais le sort t'est contraire,
Souviens-toi du sarigue, imite-le, mon fils:
L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
Un jardinier, dans son jardin,Avait un vieux arbre stérile;C'était un grand poirier qui jadis fut fertile:Mais il avait vieilli, tel est notre destin.Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin;Le voilà qui prend sa coignée.Au premier coup l'arbre lui dit:Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruitQue je t'ai donné chaque année.La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant,N'assassine pas un mourantQui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,Répond le jardinier; mais j'ai besoin de bois.Alors, gazouillant à la fois,De rossignols une centaineS'écrie: Épargne-le, nous n'avons plus que lui:Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage,Nous la réjouissons par notre doux ramage;Elle est seule souvent, nous charmons son ennui.Le jardinier les chasse et rit de leur requête;Il frappe un second coup. D'abeilles un essaimSort aussitôt du tronc, en lui disant: Arrête,Écoute-nous, homme inhumain:Si tu nous laisses cet asile,Chaque jour nous te donneronsUn miel délicieux dont tu peux à la villePorter et vendre les rayons:Cela te touche-t-il? J'en pleure de tendresse,Répond l'avare jardinier:Eh! que ne dois-je pas à ce pauvre poirierQui m'a nourri dans sa jeunesse?Ma femme quelquefois vient ouïr ces oiseaux;C'en est assez pour moi: qu'ils chantent en repos.Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,Je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.Cela dit, il s'en va, sûr de sa récompense,Et laisse vivre le vieux tronc.Comptez sur la reconnaissanceQuand l'intérêt vous en répond.
Un jardinier, dans son jardin,
Avait un vieux arbre stérile;
C'était un grand poirier qui jadis fut fertile:
Mais il avait vieilli, tel est notre destin.
Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin;
Le voilà qui prend sa coignée.
Au premier coup l'arbre lui dit:
Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
Que je t'ai donné chaque année.
La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant,
N'assassine pas un mourant
Qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,
Répond le jardinier; mais j'ai besoin de bois.
Alors, gazouillant à la fois,
De rossignols une centaine
S'écrie: Épargne-le, nous n'avons plus que lui:
Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage,
Nous la réjouissons par notre doux ramage;
Elle est seule souvent, nous charmons son ennui.
Le jardinier les chasse et rit de leur requête;
Il frappe un second coup. D'abeilles un essaim
Sort aussitôt du tronc, en lui disant: Arrête,
Écoute-nous, homme inhumain:
Si tu nous laisses cet asile,
Chaque jour nous te donnerons
Un miel délicieux dont tu peux à la ville
Porter et vendre les rayons:
Cela te touche-t-il? J'en pleure de tendresse,
Répond l'avare jardinier:
Eh! que ne dois-je pas à ce pauvre poirier
Qui m'a nourri dans sa jeunesse?
Ma femme quelquefois vient ouïr ces oiseaux;
C'en est assez pour moi: qu'ils chantent en repos.
Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,
Je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.
Cela dit, il s'en va, sûr de sa récompense,
Et laisse vivre le vieux tronc.
Comptez sur la reconnaissance
Quand l'intérêt vous en répond.
La brebis et le chien, de tous les temps amis,Se racontaient un jour leur vie infortunée.Ah! disait la brebis, je pleure et je frémisQuand je songe aux malheurs de notre destinée.Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,Toujours soumis, tendre et fidèle,Tu reçois, pour prix de ton zèle,Des coups et souvent le trépas.Moi, qui tous les ans les habille,Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,Je vois chaque matin quelqu'un de ma familleAssassiné par ces méchans.Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.Victimes de ces inhumains,Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,Voilà notre destin funeste!Il est vrai, dit le chien: mais crois-tu plus heureuxLes auteurs de notre misère?Va, ma sœur, il vaut encor mieuxSouffrir le mal que de le faire.
La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah! disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.
Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu'un de ma famille
Assassiné par ces méchans.
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste!
Il est vrai, dit le chien: mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère?
Va, ma sœur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
Un bon homme de mes parens,Que j'ai connu dans mon jeune âge,Se faisait adorer de tout son voisinage;Consulté, vénéré des petits et des grands;Il vivait dans sa terre en véritable sage.Il n'avait pas beaucoup d'écus,Mais cependant assez pour vivre dans l'aisance;En revanche, force vertus,Du sens, de l'esprit par-dessus,Et cette aménité que donne l'innocence.Quand un pauvre venait le voir,S'il avait de l'argent, il donnait des pistoles;Et, s'il n'en avait point, du moins par ses parolesIl lui rendait un peu de courage et d'espoir.Il raccommodait les familles,Corrigeait doucement les jeunes étourdis,Riait avec les jeunes filles,Et leur trouvait de bons maris.Indulgent aux défauts des autres,Il répétait souvent: N'avons-nous pas les nôtres?Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus,L'un un peu moins; l'autre un peu plus:La nature de cent manièresVoulut nous affliger: marchons ensemble en paix;Le chemin est assez mauvaisSans nous jeter encor des pierres.Or il arriva certain jourQue notre bon vieillard trouva dans une tourUn trésor caché sous la terre.D'abord il n'y voit qu'un moyenDe pouvoir faire plus de bien;Il le prend, l'emporte et le serre.Puis, en réfléchissant, le voilà qui se dit:Cet or que j'ai trouvé ferait plus de profitSi j'en augmentais mon domaine;J'aurais plus de vassaux, je serais plus puissant.Je peux mieux faire encor: dans la ville prochaineAchetons une charge, et soyons président.Président! cela vaut la peine.Je n'ai pas fait mon droit, mais, avec mon argent,On m'en dispensera, puisque cela s'achète.Tandis qu'il rêve et qu'il projette,Sa servante vient l'avertirQue les jeunes gens du villageDans la cour du château sont à se divertir.Le dimanche, c'était l'usage,Le seigneur se plaisait à danser avec eux.Oh! ma foi, répond-il, j'ai bien d'autres affaires,Que l'on danse sans moi. L'esprit plein de chimères,Il s'enferme tout seul pour se tourmenter mieux.Ensuite il va joindre à sa sommeUn petit sac d'argent, reste du mois dernier.Dans l'instant arrive un pauvre hommeQui, tout en pleurs, vient le prierDe vouloir lui prêter vingt écus pour sa taille:Le collecteur, dit-il, va me mettre en prison,Et n'a laissé dans ma maisonQue six enfans sur de la paille.Notre nouveau Crésus lui répond durementQu'il n'est point en argent comptant.Le pauvre malheureux le regarde, soupire,Et s'en retourne sans mot dire.Mais il n'était pas loin, que notre bon seigneurRetrouve tout-à-coup son cœur:Il court au paysan, l'embrasse,De cent écus lui fait le don,Et lui demande encor pardon.Ensuite il fait crier que sur la grande placeLe village assemblé se rende dans l'instant.On obéit; notre bon hommeArrive avec toute sa somme,En un seul monceau la répand.Mes amis, leur dit-il, vous voyez cet argent:Depuis qu'il m'appartient je ne suis plus le même,Mon ame est endurcie, et la voix du malheurN'arrive plus jusqu'à mon cœur.Mes enfans, sauvez-moi de ce péril extrême;Prenez et partagez ce dangereux métal;Emportez votre part chacun dans votre asile:Entre tous divisé, cet or peut être utile;Réuni chez un seul, il ne fait que du mal.Soyons contens du nécessaire,Sans jamais souhaiter de trésors superflus:Il faut les redouter autant que la misère,Comme elle ils chassent les vertus.
Un bon homme de mes parens,
Que j'ai connu dans mon jeune âge,
Se faisait adorer de tout son voisinage;
Consulté, vénéré des petits et des grands;
Il vivait dans sa terre en véritable sage.
Il n'avait pas beaucoup d'écus,
Mais cependant assez pour vivre dans l'aisance;
En revanche, force vertus,
Du sens, de l'esprit par-dessus,
Et cette aménité que donne l'innocence.
Quand un pauvre venait le voir,
S'il avait de l'argent, il donnait des pistoles;
Et, s'il n'en avait point, du moins par ses paroles
Il lui rendait un peu de courage et d'espoir.
Il raccommodait les familles,
Corrigeait doucement les jeunes étourdis,
Riait avec les jeunes filles,
Et leur trouvait de bons maris.
Indulgent aux défauts des autres,
Il répétait souvent: N'avons-nous pas les nôtres?
Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus,
L'un un peu moins; l'autre un peu plus:
La nature de cent manières
Voulut nous affliger: marchons ensemble en paix;
Le chemin est assez mauvais
Sans nous jeter encor des pierres.
Or il arriva certain jour
Que notre bon vieillard trouva dans une tour
Un trésor caché sous la terre.
D'abord il n'y voit qu'un moyen
De pouvoir faire plus de bien;
Il le prend, l'emporte et le serre.
Puis, en réfléchissant, le voilà qui se dit:
Cet or que j'ai trouvé ferait plus de profit
Si j'en augmentais mon domaine;
J'aurais plus de vassaux, je serais plus puissant.
Je peux mieux faire encor: dans la ville prochaine
Achetons une charge, et soyons président.
Président! cela vaut la peine.
Je n'ai pas fait mon droit, mais, avec mon argent,
On m'en dispensera, puisque cela s'achète.
Tandis qu'il rêve et qu'il projette,
Sa servante vient l'avertir
Que les jeunes gens du village
Dans la cour du château sont à se divertir.
Le dimanche, c'était l'usage,
Le seigneur se plaisait à danser avec eux.
Oh! ma foi, répond-il, j'ai bien d'autres affaires,
Que l'on danse sans moi. L'esprit plein de chimères,
Il s'enferme tout seul pour se tourmenter mieux.
Ensuite il va joindre à sa somme
Un petit sac d'argent, reste du mois dernier.
Dans l'instant arrive un pauvre homme
Qui, tout en pleurs, vient le prier
De vouloir lui prêter vingt écus pour sa taille:
Le collecteur, dit-il, va me mettre en prison,
Et n'a laissé dans ma maison
Que six enfans sur de la paille.
Notre nouveau Crésus lui répond durement
Qu'il n'est point en argent comptant.
Le pauvre malheureux le regarde, soupire,
Et s'en retourne sans mot dire.
Mais il n'était pas loin, que notre bon seigneur
Retrouve tout-à-coup son cœur:
Il court au paysan, l'embrasse,
De cent écus lui fait le don,
Et lui demande encor pardon.
Ensuite il fait crier que sur la grande place
Le village assemblé se rende dans l'instant.
On obéit; notre bon homme
Arrive avec toute sa somme,
En un seul monceau la répand.
Mes amis, leur dit-il, vous voyez cet argent:
Depuis qu'il m'appartient je ne suis plus le même,
Mon ame est endurcie, et la voix du malheur
N'arrive plus jusqu'à mon cœur.
Mes enfans, sauvez-moi de ce péril extrême;
Prenez et partagez ce dangereux métal;
Emportez votre part chacun dans votre asile:
Entre tous divisé, cet or peut être utile;
Réuni chez un seul, il ne fait que du mal.
Soyons contens du nécessaire,
Sans jamais souhaiter de trésors superflus:
Il faut les redouter autant que la misère,
Comme elle ils chassent les vertus.
Dès la pointe du jour, sortant de son hameau,Colas, jeune pasteur d'un assez beau troupeau,Le conduisait au pâturage.Sur sa route il trouve un ruisseauQue, la nuit précédente, un effroyable orageAvait rendu torrent; comment passer cette eau?Chien, brebis et berger, tout s'arrête au rivage.En faisant un circuit l'on eût gagné le pont;C'était bien le plus sûr, mais c'était le plus long:Colas veut abréger. D'abord il considèreQu'il peut franchir cette rivière;Et, comme ses beliers sont forts,Il conclut que, sans grands efforts,Le troupeau sautera. Cela dit, il s'élance;Son chien saute après lui; beliers d'entrer en danse,A qui mieux mieux, courage, allons!Après les beliers, les moutons;Tout est en l'air, tout saute, et Colas les exciteEn s'applaudissant du moyen.Les beliers, les moutons, sautèrent assez bien:Mais les brebis vinrent ensuite,Les agneaux, les vieillards, les faibles, les peureux,Les mutins, corps toujours nombreux,Qui refusaient le saut ou sautaient de colère,Et, soit faiblesse, soit dépit,Se laissaient choir dans la rivière.Il s'en noya le quart; un autre quart s'enfuit,Et sous la dent du loup périt.Colas, réduit à la misère,S'apperçut, mais trop tard, que pour un bon pasteurLe plus court n'est pas le meilleur.
Dès la pointe du jour, sortant de son hameau,
Colas, jeune pasteur d'un assez beau troupeau,
Le conduisait au pâturage.
Sur sa route il trouve un ruisseau
Que, la nuit précédente, un effroyable orage
Avait rendu torrent; comment passer cette eau?
Chien, brebis et berger, tout s'arrête au rivage.
En faisant un circuit l'on eût gagné le pont;
C'était bien le plus sûr, mais c'était le plus long:
Colas veut abréger. D'abord il considère
Qu'il peut franchir cette rivière;
Et, comme ses beliers sont forts,
Il conclut que, sans grands efforts,
Le troupeau sautera. Cela dit, il s'élance;
Son chien saute après lui; beliers d'entrer en danse,
A qui mieux mieux, courage, allons!
Après les beliers, les moutons;
Tout est en l'air, tout saute, et Colas les excite
En s'applaudissant du moyen.
Les beliers, les moutons, sautèrent assez bien:
Mais les brebis vinrent ensuite,
Les agneaux, les vieillards, les faibles, les peureux,
Les mutins, corps toujours nombreux,
Qui refusaient le saut ou sautaient de colère,
Et, soit faiblesse, soit dépit,
Se laissaient choir dans la rivière.
Il s'en noya le quart; un autre quart s'enfuit,
Et sous la dent du loup périt.
Colas, réduit à la misère,
S'apperçut, mais trop tard, que pour un bon pasteur
Le plus court n'est pas le meilleur.
Un bouvreuil, un corbeau, chacun dans une cage,Habitaient le même logis.L'un enchantait par son ramageLa femme, le mari, les gens, tout le ménage;L'autre les fatiguait sans cesse de ses cris;Il demandait du pain, du rôti, du fromage,Qu'on se pressait de lui porter,Afin qu'il voulût bien se taire.Le timide bouvreuil ne faisait que chanter,Et ne demandait rien: aussi, pour l'ordinaire,On l'oubliait; le pauvre oiseauManquait souvent de grain et d'eau.Ceux qui louaient le plus de son chant l'harmonieN'auraient pas fait le moindre pasPour voir si l'auge était remplie.Ils l'aimaient bien pourtant, mais ils n'y pensaient pas.Un jour on le trouva mort de faim dans sa cage.Ah! quel malheur! dit-on: las! il chantait si bien!De quoi donc est-il mort? Certes, c'est grand dommage!Le corbeau crie encore et ne manque de rien.
Un bouvreuil, un corbeau, chacun dans une cage,
Habitaient le même logis.
L'un enchantait par son ramage
La femme, le mari, les gens, tout le ménage;
L'autre les fatiguait sans cesse de ses cris;
Il demandait du pain, du rôti, du fromage,
Qu'on se pressait de lui porter,
Afin qu'il voulût bien se taire.
Le timide bouvreuil ne faisait que chanter,
Et ne demandait rien: aussi, pour l'ordinaire,
On l'oubliait; le pauvre oiseau
Manquait souvent de grain et d'eau.
Ceux qui louaient le plus de son chant l'harmonie
N'auraient pas fait le moindre pas
Pour voir si l'auge était remplie.
Ils l'aimaient bien pourtant, mais ils n'y pensaient pas.
Un jour on le trouva mort de faim dans sa cage.
Ah! quel malheur! dit-on: las! il chantait si bien!
De quoi donc est-il mort? Certes, c'est grand dommage!
Le corbeau crie encore et ne manque de rien.
Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les versSont d'un style pompeux et toujours admirable,Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable,Et tâchez de devenir clairs.Un homme qui montrait la lanterne magiqueAvait un singe dont les toursAttiraient chez lui grand concours:Jacqueau, c'était son nom, sur la corde élastiqueDansait et voltigeait au mieux,Puis faisait le saut périlleux,Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne,Le corps droit, fixe, d'aplomb,Notre Jacqueau fait tout du longL'exercice à la prussienne.Un jour qu'au cabaret son maître était resté(C'était, je pense, un jour de fête)Notre singe en libertéVeut faire un coup de sa tête.Il s'en va rassembler les divers animauxQu'il peut rencontrer dans la ville;Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,Arrivent bientôt à la file.Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau;C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveauVous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porteOn ne prend point d'argent, je fais tout pour l'honneur.A ces mots, chaque spectateurVa se placer, et l'on apporteLa lanterne magique; on ferme les volets,Et, par un discours fait exprès,Jacqueau prépare l'auditoire.Ce morceau vraiment oratoireFit bâiller; mais on applaudit.Content de son succès, notre singe saisitUn verre peint qu'il met dans sa lanterne.Il sait comment on le gouverne,Et crie en le poussant: Est-il rien de pareil?Messieurs, vous voyez le soleil,Ses rayons et toute sa gloire.Voici présentement la lune; et puis l'histoireD'Adam, d'Eve et des animaux...Voyez, messieurs, comme ils sont beaux!Voyez la naissance du monde;Voyez... Les spectateurs, dans une nuit profonde,Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir;L'appartement, le mur, tout était noir.Ma foi, disait un chat, de toutes les merveillesDont il étourdit nos oreilles,Le fait est que je ne vois rien.Ni moi non plus, disait un chien.Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose;Mais je ne sais pour quelle causeJe ne distingue pas très-bien.Pendant tous ces discours, le Cicéron moderneParlait éloquemment et ne se lassait point.Il n'avait oublié qu'un point,C'était d'éclairer sa lanterne.
Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers
Sont d'un style pompeux et toujours admirable,
Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable,
Et tâchez de devenir clairs.
Un homme qui montrait la lanterne magique
Avait un singe dont les tours
Attiraient chez lui grand concours:
Jacqueau, c'était son nom, sur la corde élastique
Dansait et voltigeait au mieux,
Puis faisait le saut périlleux,
Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne,
Le corps droit, fixe, d'aplomb,
Notre Jacqueau fait tout du long
L'exercice à la prussienne.
Un jour qu'au cabaret son maître était resté
(C'était, je pense, un jour de fête)
Notre singe en liberté
Veut faire un coup de sa tête.
Il s'en va rassembler les divers animaux
Qu'il peut rencontrer dans la ville;
Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,
Arrivent bientôt à la file.
Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau;
C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveau
Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porte
On ne prend point d'argent, je fais tout pour l'honneur.
A ces mots, chaque spectateur
Va se placer, et l'on apporte
La lanterne magique; on ferme les volets,
Et, par un discours fait exprès,
Jacqueau prépare l'auditoire.
Ce morceau vraiment oratoire
Fit bâiller; mais on applaudit.
Content de son succès, notre singe saisit
Un verre peint qu'il met dans sa lanterne.
Il sait comment on le gouverne,
Et crie en le poussant: Est-il rien de pareil?
Messieurs, vous voyez le soleil,
Ses rayons et toute sa gloire.
Voici présentement la lune; et puis l'histoire
D'Adam, d'Eve et des animaux...
Voyez, messieurs, comme ils sont beaux!
Voyez la naissance du monde;
Voyez... Les spectateurs, dans une nuit profonde,
Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir;
L'appartement, le mur, tout était noir.
Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles
Dont il étourdit nos oreilles,
Le fait est que je ne vois rien.
Ni moi non plus, disait un chien.
Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose;
Mais je ne sais pour quelle cause
Je ne distingue pas très-bien.
Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
Parlait éloquemment et ne se lassait point.
Il n'avait oublié qu'un point,
C'était d'éclairer sa lanterne.
Un enfant élevé dans un pauvre villageRevint chez ses parens, et fut surpris d'y voirUn miroir.D'abord il aima son image;Et puis par un travers bien digne d'un enfant,Et même d'un être plus grand,Il veut outrager ce qu'il aime,Lui fait une grimace, et le miroir la rend.Alors son dépit est extrême;Il lui montre un poing menaçant,Il se voit menacé de même.Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant,Battre cette image insolente;Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente;Et, furieux, au désespoir,Le voilà, devant ce miroir,Criant, pleurant, frappant la glace.Sa mère, qui survient, le console, l'embrasse,Tarit ses pleurs, et doucement lui dit:N'as-tu pas commencé par faire la grimaceA ce méchant enfant qui cause ton dépit?—Oui.—Regarde à présent: tu souris, il sourit;Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même;Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus:De la société tu vois ici l'emblême;Le bien, le mal, nous sont rendus.
Un enfant élevé dans un pauvre village
Revint chez ses parens, et fut surpris d'y voir
Un miroir.
D'abord il aima son image;
Et puis par un travers bien digne d'un enfant,
Et même d'un être plus grand,
Il veut outrager ce qu'il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend.
Alors son dépit est extrême;
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant,
Battre cette image insolente;
Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente;
Et, furieux, au désespoir,
Le voilà, devant ce miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l'embrasse,
Tarit ses pleurs, et doucement lui dit:
N'as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant qui cause ton dépit?
—Oui.—Regarde à présent: tu souris, il sourit;
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même;
Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus:
De la société tu vois ici l'emblême;
Le bien, le mal, nous sont rendus.
Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,Et dignes tous les deux de leur noble origine,Différaient d'embonpoint: l'un était gras à lard,C'était l'aîné; sous son hermineD'un chanoine il avait la mine,Tant il était dodu, potelé, frais et beau:Le cadet n'avait que la peauCollée à sa tranchante échine.Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,De la cave à la gouttièreTrottait, courait, il fallait voir!Sans en faire meilleure chère.Enfin, un jour, au désespoir,Il tint ce discours à son frère:Explique-moi par quel moyen,Passant ta vie à ne rien faire,Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,Et moi si mal. La chose est claire,Lui répondit l'aîné: tu cours tout le logisPour manger rarement quelque maigre souris...—N'est-ce pas mon devoir?—D'accord, cela peut être:Mais moi je reste auprès du maître,Je sais l'amuser par mes tours.Admis à ses repas sans qu'il me réprimande,Je prends de bons morceaux, et puis je les demandeEn faisant patte de velours;Tandis que toi, pauvre imbécille,Tu ne sais rien que le servir,Va, le secret de réussir,C'est d'être adroit, non d'être utile.
Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,
Et dignes tous les deux de leur noble origine,
Différaient d'embonpoint: l'un était gras à lard,
C'était l'aîné; sous son hermine
D'un chanoine il avait la mine,
Tant il était dodu, potelé, frais et beau:
Le cadet n'avait que la peau
Collée à sa tranchante échine.
Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,
De la cave à la gouttière
Trottait, courait, il fallait voir!
Sans en faire meilleure chère.
Enfin, un jour, au désespoir,
Il tint ce discours à son frère:
Explique-moi par quel moyen,
Passant ta vie à ne rien faire,
Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,
Et moi si mal. La chose est claire,
Lui répondit l'aîné: tu cours tout le logis
Pour manger rarement quelque maigre souris...
—N'est-ce pas mon devoir?—D'accord, cela peut être:
Mais moi je reste auprès du maître,
Je sais l'amuser par mes tours.
Admis à ses repas sans qu'il me réprimande,
Je prends de bons morceaux, et puis je les demande
En faisant patte de velours;
Tandis que toi, pauvre imbécille,
Tu ne sais rien que le servir,
Va, le secret de réussir,
C'est d'être adroit, non d'être utile.
Un bon père cheval, veuf, et n'ayant qu'un fils,L'élevait dans un pâturageOù les eaux, les fleurs et l'ombrage,Présentaient à la fois tous les biens réunis.Abusant pour jouir, comme on fait à cet âge,Le poulain tous les jours se gorgeait de sainfoin,Se vautrait dans l'herbe fleurie,Galopait sans objet, se baignait sans envie,Ou se reposait sans besoin.Oisif et gras à lard, le jeune solitaireS'ennuya, se lassa de ne manquer de rien;Le dégoût vint bientôt; il va trouver son père:Depuis long-temps, dit-il, je ne me sens pas bien,Cette herbe est mal-saine et me tue,Ce trèfle est sans saveur, cette onde est corrompue,L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons;Bref, je meurs si nous ne partons.Mon fils, répond le père, il s'agit de ta vie,A l'instant même il faut partir.Sitôt dit, sitôt fait, ils quittent leur patrie.Le jeune voyageur bondissait de plaisir:Le vieillard, moins joyeux, allait un train plus sage;Mais il guidait l'enfant, et le faisait gravirSur des monts escarpés, arides, sans herbage,Où rien ne pouvait le nourrir.Le soir vint, point de pâturage;On s'en passa. Le lendemain,Comme l'on commençait à souffrir de la faim,On prit du bout des dents une ronce sauvage.On ne galopa plus le reste du voyage;A peine, après deux jours, allait-on même au pas.Jugeant alors la leçon faite,Le père va reprendre une route secrèteQue son fils ne connaissait pas,Et le ramène à la prairieAu milieu de la nuit. Dès que notre poulainRetrouve un peu d'herbe fleurie,Il se jette dessus: Ah! l'excellent festin!La bonne herbe! dit-il: comme elle est douce et tendre!Mon père, il ne faut pas s'attendreQue nous puissions rencontrer mieux;Fixons-nous pour jamais dans ces aimables lieux:Quel pays peut valoir cet asile champêtre?Comme il parlait ainsi, le jour vint à paraître:Le poulain reconnaît le pré qu'il a quitté;Il demeure confus. Le père, avec bonté,Lui dit: Mon cher enfant, retiens cette maxime:Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté,Il faut au bonheur du régime.
Un bon père cheval, veuf, et n'ayant qu'un fils,
L'élevait dans un pâturage
Où les eaux, les fleurs et l'ombrage,
Présentaient à la fois tous les biens réunis.
Abusant pour jouir, comme on fait à cet âge,
Le poulain tous les jours se gorgeait de sainfoin,
Se vautrait dans l'herbe fleurie,
Galopait sans objet, se baignait sans envie,
Ou se reposait sans besoin.
Oisif et gras à lard, le jeune solitaire
S'ennuya, se lassa de ne manquer de rien;
Le dégoût vint bientôt; il va trouver son père:
Depuis long-temps, dit-il, je ne me sens pas bien,
Cette herbe est mal-saine et me tue,
Ce trèfle est sans saveur, cette onde est corrompue,
L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons;
Bref, je meurs si nous ne partons.
Mon fils, répond le père, il s'agit de ta vie,
A l'instant même il faut partir.
Sitôt dit, sitôt fait, ils quittent leur patrie.
Le jeune voyageur bondissait de plaisir:
Le vieillard, moins joyeux, allait un train plus sage;
Mais il guidait l'enfant, et le faisait gravir
Sur des monts escarpés, arides, sans herbage,
Où rien ne pouvait le nourrir.
Le soir vint, point de pâturage;
On s'en passa. Le lendemain,
Comme l'on commençait à souffrir de la faim,
On prit du bout des dents une ronce sauvage.
On ne galopa plus le reste du voyage;
A peine, après deux jours, allait-on même au pas.
Jugeant alors la leçon faite,
Le père va reprendre une route secrète
Que son fils ne connaissait pas,
Et le ramène à la prairie
Au milieu de la nuit. Dès que notre poulain
Retrouve un peu d'herbe fleurie,
Il se jette dessus: Ah! l'excellent festin!
La bonne herbe! dit-il: comme elle est douce et tendre!
Mon père, il ne faut pas s'attendre
Que nous puissions rencontrer mieux;
Fixons-nous pour jamais dans ces aimables lieux:
Quel pays peut valoir cet asile champêtre?
Comme il parlait ainsi, le jour vint à paraître:
Le poulain reconnaît le pré qu'il a quitté;
Il demeure confus. Le père, avec bonté,
Lui dit: Mon cher enfant, retiens cette maxime:
Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté,
Il faut au bonheur du régime.
Un pauvre petit grillon,Caché dans l'herbe fleurie,Regardait un papillonVoltigeant dans la prairie.L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs;L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes;Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,Prenant et quittant les plus belles.Ah! disait le grillon, que son sort et le mienSont différens! Dame naturePour lui fit tout et pour moi rien.Je n'ai point de talent, encor moins de figure;Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas:Autant vaudrait n'exister pas.Comme il parlait, dans la prairieArrive une troupe d'enfans:Aussitôt les voilà couransAprès ce papillon dont ils ont tous envie.Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.L'insecte vainement cherche à leur échapper,Il devient bientôt leur conquête.L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;Un troisième survient, et le prend par la tête.Il ne fallait pas tant d'effortsPour déchirer la pauvre bête.Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché;Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.Combien je vais aimer ma retraite profonde!Pour vivre heureux vivons caché.
Un pauvre petit grillon,
Caché dans l'herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs;
L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différens! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure;
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas:
Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfans:
Aussitôt les voilà courans
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.
L'insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;
Un troisième survient, et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux vivons caché.
Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfans,Coulaient en paix leurs jours dans le simple hermitageOù, paisibles comme eux, vécurent leurs parens.Ces époux, partageant les doux soins du ménage,Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons;Et le soir, dans l'été soupant sous le feuillage,Dans l'hiver devant leurs tisons,Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse,Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours:Le père par un conte égayait ses discours,La mère par une caresse.L'aîné de ces enfans, né grave, studieux,Lisait et méditait sans cesse;Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse,Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux.Un soir, selon l'usage, à côté de leur père,Assis près d'une table où s'appuyait la mère,L'aîné lisait Rollin: le cadet, peu soigneuxD'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes,Employait tout son art, toutes ses facultés,A joindre, à soutenir par les quatre côtésUn fragile château de cartes.Il n'en respirait pas d'attention, de peur.Tout-à-coup voici le lecteurQui s'interrompt: Papa, dit-il, daigne m'instruirePourquoi certains guerriers sont nommés conquérans,Et d'autres fondateurs d'empire:Ces deux noms sont-ils différens?Le père méditait une réponse sage,Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir,Après tant de travail, d'avoir pu parvenirA placer son second étage,S'écrie: Il est fini! Son frère murmurantSe fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage;Et voilà le cadet pleurant.Mon fils, répond alors le père,Le fondateur c'est votre frère,Et vous êtes le conquérant.
Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfans,
Coulaient en paix leurs jours dans le simple hermitage
Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parens.
Ces époux, partageant les doux soins du ménage,
Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons;
Et le soir, dans l'été soupant sous le feuillage,
Dans l'hiver devant leurs tisons,
Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse,
Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours:
Le père par un conte égayait ses discours,
La mère par une caresse.
L'aîné de ces enfans, né grave, studieux,
Lisait et méditait sans cesse;
Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse,
Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux.
Un soir, selon l'usage, à côté de leur père,
Assis près d'une table où s'appuyait la mère,
L'aîné lisait Rollin: le cadet, peu soigneux
D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes,
Employait tout son art, toutes ses facultés,
A joindre, à soutenir par les quatre côtés
Un fragile château de cartes.
Il n'en respirait pas d'attention, de peur.
Tout-à-coup voici le lecteur
Qui s'interrompt: Papa, dit-il, daigne m'instruire
Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérans,
Et d'autres fondateurs d'empire:
Ces deux noms sont-ils différens?
Le père méditait une réponse sage,
Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir,
Après tant de travail, d'avoir pu parvenir
A placer son second étage,
S'écrie: Il est fini! Son frère murmurant
Se fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage;
Et voilà le cadet pleurant.
Mon fils, répond alors le père,
Le fondateur c'est votre frère,
Et vous êtes le conquérant.
Le phénix, venant d'Arabie,Dans nos bois parut un beau jour:Grand bruit chez les oiseaux; leur troupe réunieVole pour lui faire sa cour.Chacun l'observe, l'examine;Son plumage, sa voix, son chant mélodieux,Tout est beauté, grace divine,Tout charme l'oreille et les yeux.Pour la première fois on vit céder l'envieAu besoin de louer et d'aimer son vainqueur.Le rossignol disait: jamais tant de douceurN'enchanta mon ame ravie.Jamais, disait le paon, de plus belles couleursN'ont eu cet éclat que j'admire;Il éblouit mes yeux et toujours les attire.Les autres répétaient ces éloges flatteurs,Vantaient le privilége uniqueDe ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel,Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique,Se consume lui-même, et renaît immortel.Pendant tous ces discours la seule tourterelleSans rien dire fit un soupir.Son époux, la poussant de l'aile,Lui demande d'où peut venirSa rêverie et sa tristesse:De cet heureux oiseau desires-tu le sort?—Moi! mon ami, je le plains fort;Il est le seul de son espèce.
Le phénix, venant d'Arabie,
Dans nos bois parut un beau jour:
Grand bruit chez les oiseaux; leur troupe réunie
Vole pour lui faire sa cour.
Chacun l'observe, l'examine;
Son plumage, sa voix, son chant mélodieux,
Tout est beauté, grace divine,
Tout charme l'oreille et les yeux.
Pour la première fois on vit céder l'envie
Au besoin de louer et d'aimer son vainqueur.
Le rossignol disait: jamais tant de douceur
N'enchanta mon ame ravie.
Jamais, disait le paon, de plus belles couleurs
N'ont eu cet éclat que j'admire;
Il éblouit mes yeux et toujours les attire.
Les autres répétaient ces éloges flatteurs,
Vantaient le privilége unique
De ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel,
Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique,
Se consume lui-même, et renaît immortel.
Pendant tous ces discours la seule tourterelle
Sans rien dire fit un soupir.
Son époux, la poussant de l'aile,
Lui demande d'où peut venir
Sa rêverie et sa tristesse:
De cet heureux oiseau desires-tu le sort?
—Moi! mon ami, je le plains fort;
Il est le seul de son espèce.
Une colombe avait son nidTout auprès du nid d'une pie.Cela s'appelle voir mauvaise compagnie,D'accord; mais de ce point pour l'heure il ne s'agit.Au logis de la tourterelleCe n'était qu'amour et bonheur;Dans l'autre nid toujours querelle,Œufs cassés, tapage et rumeur.Lorsque par son époux la pie était battue,Chez sa voisine elle venait,Là jasait, criait, se plaignait,Et faisait la longue revueDes défauts de son cher époux:Il est fier, exigeant, dur, emporté, jaloux;De plus, je sais fort bien qu'il va voir des corneilles;Et cent autres choses pareillesQu'elle disait dans son courroux.Mais vous, répond la tourterelle,Êtes-vous sans défauts? Non, j'en ai, lui dit-elle;Je vous le confie entre nous:En conduite, en propos, je suis assez légère,Coquette comme on l'est, parfois un peu colère,Et me plaisant souvent à le faire enrager:Mais, qu'est-ce que cela?—C'est beaucoup trop, ma chère:Commencez par vous corriger;Votre humeur peut l'aigrir... Qu'appelez-vous, ma mie?Interrompt aussitôt la pie:Moi de l'humeur! Comment! je vous conte mes maux,Et vous m'injuriez! Je vous trouve plaisante:Adieu, petite impertinente:Mêlez-vous de vos tourtereaux.Nous convenons de nos défauts,Mais c'est pour que l'on nous démente.
Une colombe avait son nid
Tout auprès du nid d'une pie.
Cela s'appelle voir mauvaise compagnie,
D'accord; mais de ce point pour l'heure il ne s'agit.
Au logis de la tourterelle
Ce n'était qu'amour et bonheur;
Dans l'autre nid toujours querelle,
Œufs cassés, tapage et rumeur.
Lorsque par son époux la pie était battue,
Chez sa voisine elle venait,
Là jasait, criait, se plaignait,
Et faisait la longue revue
Des défauts de son cher époux:
Il est fier, exigeant, dur, emporté, jaloux;
De plus, je sais fort bien qu'il va voir des corneilles;
Et cent autres choses pareilles
Qu'elle disait dans son courroux.
Mais vous, répond la tourterelle,
Êtes-vous sans défauts? Non, j'en ai, lui dit-elle;
Je vous le confie entre nous:
En conduite, en propos, je suis assez légère,
Coquette comme on l'est, parfois un peu colère,
Et me plaisant souvent à le faire enrager:
Mais, qu'est-ce que cela?—C'est beaucoup trop, ma chère:
Commencez par vous corriger;
Votre humeur peut l'aigrir... Qu'appelez-vous, ma mie?
Interrompt aussitôt la pie:
Moi de l'humeur! Comment! je vous conte mes maux,
Et vous m'injuriez! Je vous trouve plaisante:
Adieu, petite impertinente:
Mêlez-vous de vos tourtereaux.
Nous convenons de nos défauts,
Mais c'est pour que l'on nous démente.
Enfin le roi lion venait d'avoir un fils;Par-tout, dans ses états, on se livrait en proieAux transports éclatans d'une bruyante joie:Les rois heureux ont tant d'amis!Sire lion, monarque sage,Songeait à confier son enfant bien aiméAux soins d'un gouverneur vertueux, estimé,Sous qui le lionceau fît son apprentissage.Vous jugez qu'un choix pareilEst d'assez grande importancePour que long-temps on y pense.Le monarque indécis assemble son conseil:En peu de mots il exposeLe point dont il s'agit, et supplie instammentChacun des conseillers de nommer franchementCelui qu'en conscience il croit propre à la chose.Le tigre se leva: sire, dit-il, les roisN'ont de grandeur que par la guerre;Il faut que votre fils soit l'effroi de la terre:Faites donc tomber votre choixSur le guerrier le plus terrible,Le plus craint, après vous, des hôtes de ces bois.Votre fils saura tout s'il sait être invincible.L'ours fut de cet avis: il ajouta pourtantQu'il fallait un guerrier prudent,Un animal de poids, de qui l'expérienceDu jeune lionceau sût régler la vaillanceEt mettre à profit ses exploits.Après l'ours, le renard s'explique,Et soutient que la politiqueEst le premier talent des rois;Qu'il faut donc un Mentor d'une finesse extrêmePour instruire le prince et pour le bien former.Ainsi chacun, sans se nommer,Clairement s'indiqua soi-même:De semblables conseils sont communs à la cour.Enfin le chien parle à son tour:Sire, dit-il, je sais qu'il faut faire la guerre,Mais je crois qu'un bon roi ne la fait qu'à regret;L'art de tromper ne me plaît guère:Je connais un plus beau secretPour rendre heureux l'état, pour en être le père,Pour tenir ses sujets, sans trop les alarmer,Dans une dépendance entière;Ce secret, c'est de les aimer.Voilà pour bien régner la science suprême;Et, si vous desirez la voir dans votre fils,Sire, montrez-la lui vous-même.Tout le conseil resta muet à cet avis.Le lion court au chien: ami, je te confieLe bonheur de l'état et celui de ma vie;Prends mon fils, sois son maître, et, loin de tout flatteur,S'il se peut, va former son cœur.Il dit, et le chien part avec le jeune prince.D'abord à son pupille il persuade bienQu'il n'est point lionceau, qu'il n'est qu'un pauvre chien,Son parent éloigné; de province en provinceIl le fait voyager, montrant à ses regardsLes abus du pouvoir, des peuples la misère,Les lièvres, les lapins mangés par les renards,Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère,Par-tout le faible terrassé,Le bœuf travaillant sans salaire,Et le singe récompensé.Le jeune lionceau frémissait de colère:Mon père, disait-il, de pareils attentatsSont-ils connus du roi? Comment pourraient-ils l'être?Disait le chien: les grands approchent seuls du maître,Et les mangés ne parlent pas.Ainsi, sans raisonner de vertu, de prudence,Notre jeune lion devenait tous les joursVertueux et prudent; car c'est l'expérienceQui corrige, et non les discours.A cette bonne école il acquit avec l'âgeSagesse, esprit, force et raison.Que lui fallait-il davantage?Il ignorait pourtant encor qu'il fût lion;Lorsqu'un jour qu'il parlait de sa reconnaissanceà son maître, à son bienfaiteur,Un tigre furieux, d'une énorme grandeur,Paraissant tout-à-coup, contre le chien s'avance.Le lionceau plus prompt s'élance,Il hérisse ses crins, il rugit de fureur,Bat ses flancs de sa queue, et ses griffes sanglantesOnt bientôt dispersé les entrailles fumantesDe son redoutable ennemi.A peine il est vainqueur qu'il court à son ami:Oh! quel bonheur pour moi d'avoir sauvé ta vie!Mais quel est mon étonnement!Sais-tu que l'amitié, dans cet heureux moment,M'a donné d'un lion la force et la furie?Vous l'êtes, mon cher fils, oui, vous êtes mon roi,Dit le chien tout baigné de larmes.Le voilà donc venu, ce moment plein de charmes,Où, vous rendant enfin tout ce que je vous doi,Je peux vous dévoiler un important mystère!Retournons à la cour, mes travaux sont finis.Cher prince, malgré moi, cependant je gémis,Je pleure, pardonnez, tout l'état trouve un père,Et moi, je vais perdre mon fils.
Enfin le roi lion venait d'avoir un fils;
Par-tout, dans ses états, on se livrait en proie
Aux transports éclatans d'une bruyante joie:
Les rois heureux ont tant d'amis!
Sire lion, monarque sage,
Songeait à confier son enfant bien aimé
Aux soins d'un gouverneur vertueux, estimé,
Sous qui le lionceau fît son apprentissage.
Vous jugez qu'un choix pareil
Est d'assez grande importance
Pour que long-temps on y pense.
Le monarque indécis assemble son conseil:
En peu de mots il expose
Le point dont il s'agit, et supplie instamment
Chacun des conseillers de nommer franchement
Celui qu'en conscience il croit propre à la chose.
Le tigre se leva: sire, dit-il, les rois
N'ont de grandeur que par la guerre;
Il faut que votre fils soit l'effroi de la terre:
Faites donc tomber votre choix
Sur le guerrier le plus terrible,
Le plus craint, après vous, des hôtes de ces bois.
Votre fils saura tout s'il sait être invincible.
L'ours fut de cet avis: il ajouta pourtant
Qu'il fallait un guerrier prudent,
Un animal de poids, de qui l'expérience
Du jeune lionceau sût régler la vaillance
Et mettre à profit ses exploits.
Après l'ours, le renard s'explique,
Et soutient que la politique
Est le premier talent des rois;
Qu'il faut donc un Mentor d'une finesse extrême
Pour instruire le prince et pour le bien former.
Ainsi chacun, sans se nommer,
Clairement s'indiqua soi-même:
De semblables conseils sont communs à la cour.
Enfin le chien parle à son tour:
Sire, dit-il, je sais qu'il faut faire la guerre,
Mais je crois qu'un bon roi ne la fait qu'à regret;
L'art de tromper ne me plaît guère:
Je connais un plus beau secret
Pour rendre heureux l'état, pour en être le père,
Pour tenir ses sujets, sans trop les alarmer,
Dans une dépendance entière;
Ce secret, c'est de les aimer.
Voilà pour bien régner la science suprême;
Et, si vous desirez la voir dans votre fils,
Sire, montrez-la lui vous-même.
Tout le conseil resta muet à cet avis.
Le lion court au chien: ami, je te confie
Le bonheur de l'état et celui de ma vie;
Prends mon fils, sois son maître, et, loin de tout flatteur,
S'il se peut, va former son cœur.
Il dit, et le chien part avec le jeune prince.
D'abord à son pupille il persuade bien
Qu'il n'est point lionceau, qu'il n'est qu'un pauvre chien,
Son parent éloigné; de province en province
Il le fait voyager, montrant à ses regards
Les abus du pouvoir, des peuples la misère,
Les lièvres, les lapins mangés par les renards,
Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère,
Par-tout le faible terrassé,
Le bœuf travaillant sans salaire,
Et le singe récompensé.
Le jeune lionceau frémissait de colère:
Mon père, disait-il, de pareils attentats
Sont-ils connus du roi? Comment pourraient-ils l'être?
Disait le chien: les grands approchent seuls du maître,
Et les mangés ne parlent pas.
Ainsi, sans raisonner de vertu, de prudence,
Notre jeune lion devenait tous les jours
Vertueux et prudent; car c'est l'expérience
Qui corrige, et non les discours.
A cette bonne école il acquit avec l'âge
Sagesse, esprit, force et raison.
Que lui fallait-il davantage?
Il ignorait pourtant encor qu'il fût lion;
Lorsqu'un jour qu'il parlait de sa reconnaissance
à son maître, à son bienfaiteur,
Un tigre furieux, d'une énorme grandeur,
Paraissant tout-à-coup, contre le chien s'avance.
Le lionceau plus prompt s'élance,
Il hérisse ses crins, il rugit de fureur,
Bat ses flancs de sa queue, et ses griffes sanglantes
Ont bientôt dispersé les entrailles fumantes
De son redoutable ennemi.
A peine il est vainqueur qu'il court à son ami:
Oh! quel bonheur pour moi d'avoir sauvé ta vie!
Mais quel est mon étonnement!
Sais-tu que l'amitié, dans cet heureux moment,
M'a donné d'un lion la force et la furie?
Vous l'êtes, mon cher fils, oui, vous êtes mon roi,
Dit le chien tout baigné de larmes.
Le voilà donc venu, ce moment plein de charmes,
Où, vous rendant enfin tout ce que je vous doi,
Je peux vous dévoiler un important mystère!
Retournons à la cour, mes travaux sont finis.
Cher prince, malgré moi, cependant je gémis,
Je pleure, pardonnez, tout l'état trouve un père,
Et moi, je vais perdre mon fils.
Sur la corde tendue un jeune voltigeurApprenait à danser; et déjà son adresse,Ses tours de force, de souplesse,Faisaient venir maint spectateur.Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance,Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,Hardi, léger, autant qu'adroit;Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,Retombe, remonte en cadence,Et, semblable à certains oiseauxQui rasent en volant la surface des eaux,Son pied touche, sans qu'on le voie,A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.Notre jeune danseur, tout fier de son talent,Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesantQui me fatigue et m'embarrasse?Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grace,De force et de légéreté.Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe.Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas ditQue sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe?La vertu, la raison, les lois, l'autorité,Dans vos desirs fougueux vous causent quelque peine;C'est le balancier qui vous gêne,Mais qui fait votre sûreté.
Sur la corde tendue un jeune voltigeur
Apprenait à danser; et déjà son adresse,
Ses tours de force, de souplesse,
Faisaient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance,
Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,
Hardi, léger, autant qu'adroit;
Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et, semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche, sans qu'on le voie,
A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,
Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m'embarrasse?
Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grace,
De force et de légéreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe.
Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe?
La vertu, la raison, les lois, l'autorité,
Dans vos desirs fougueux vous causent quelque peine;
C'est le balancier qui vous gêne,
Mais qui fait votre sûreté.
Une poulette jeune et sans expérience,En trottant, cloquetant, grattant,Se trouva, je ne sais comment,Fort loin du poulailler, berceau de son enfance.Elle s'en apperçut qu'il était déjà tard.Comme elle y retournait, voici qu'un vieux renardA ses yeux troublés se présente.La pauvre poulette tremblanteRecommanda son ame à Dieu.Mais le renard, s'approchant d'elle,Lui dit: Hélas! mademoiselle,Votre frayeur m'étonne peu;C'est la faute de mes confrères,Gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs,Dont les appétits sanguinairesOnt rempli la terre d'horreurs.Je ne puis les changer, mais du moins je travailleA préserver, par mes conseils,L'innocente et faible volailleDes attentats de mes pareils.Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile;Et j'allais de ce pas, jusque dans votre asile,Pour avertir vos sœurs qu'il court un mauvais bruit,C'est qu'un certain renard, méchant autant qu'habile,Doit vous attaquer cette nuit.Je viens veiller pour vous. La crédule innocenteVers le poulailler le conduit:A peine est-il dans ce réduit,Qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglanteEntasse les mourans sur la terre étendus,Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.Il croqua tout, grandes, petites,Coqs, poulets et chapons; tout périt sous ses dents.La pire espèce de méchansEst celle des vieux hypocrites.
Une poulette jeune et sans expérience,
En trottant, cloquetant, grattant,
Se trouva, je ne sais comment,
Fort loin du poulailler, berceau de son enfance.
Elle s'en apperçut qu'il était déjà tard.
Comme elle y retournait, voici qu'un vieux renard
A ses yeux troublés se présente.
La pauvre poulette tremblante
Recommanda son ame à Dieu.
Mais le renard, s'approchant d'elle,
Lui dit: Hélas! mademoiselle,
Votre frayeur m'étonne peu;
C'est la faute de mes confrères,
Gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs,
Dont les appétits sanguinaires
Ont rempli la terre d'horreurs.
Je ne puis les changer, mais du moins je travaille
A préserver, par mes conseils,
L'innocente et faible volaille
Des attentats de mes pareils.
Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile;
Et j'allais de ce pas, jusque dans votre asile,
Pour avertir vos sœurs qu'il court un mauvais bruit,
C'est qu'un certain renard, méchant autant qu'habile,
Doit vous attaquer cette nuit.
Je viens veiller pour vous. La crédule innocente
Vers le poulailler le conduit:
A peine est-il dans ce réduit,
Qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante
Entasse les mourans sur la terre étendus,
Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.
Il croqua tout, grandes, petites,
Coqs, poulets et chapons; tout périt sous ses dents.
La pire espèce de méchans
Est celle des vieux hypocrites.
Cette pauvre raison dont l'homme est si jalouxN'est qu'un pâle flambeau qui jette autour de nousUne triste et faible lumière;Par-delà c'est la nuit. Le mortel téméraireQui veut y pénétrer marche sans savoir où.Mais ne point profiter de ce bienfait suprême,Éteindre son esprit, et s'aveugler soi-même,C'est un autre excès non moins fou.En Perse il fut jadis deux frères,Adorant le soleil, suivant l'antique loi.L'un d'eux, chancelant dans sa foi,N'estimant rien que ses chimères,Prétendait méditer, connaître, approfondirDe son Dieu la sublime essence;Et du matin au soir, afin d'y parvenir,L'œil toujours attaché sur l'astre qu'il encense,Il voulait expliquer le secret de ses feux.Le pauvre philosophe y perdit les deux yeux,Et dès-lors du soleil il nia l'existence.L'autre était crédule et bigot;Effrayé du sort de son frère,Il y vit de l'esprit l'abus trop ordinaire,Et mit tous ses efforts à devenir un sot.On vient à bout de tout; le pauvre solitaireAvait peu de chemin à faire,Il fut content de lui bientôt.Mais, de peur d'offenser l'astre qui nous éclaireEn portant jusqu'à lui des regards indiscrets,Il se fit un trou sous la terre,Et condamna ses yeux à ne le voir jamais.Humains, pauvres humains, jouissez des bienfaitsD'un Dieu que vainement la raison veut comprendre,Mais que l'on voit par-tout, mais qui parle à nos cœurs,Sans vouloir deviner ce qu'on ne peut apprendre,Sans rejeter les dons que sa main sait répandre,Employons notre esprit à devenir meilleurs.Nos vertus au Très-Haut sont le plus digne hommage,Et l'homme juste est le seul sage.
Cette pauvre raison dont l'homme est si jaloux
N'est qu'un pâle flambeau qui jette autour de nous
Une triste et faible lumière;
Par-delà c'est la nuit. Le mortel téméraire
Qui veut y pénétrer marche sans savoir où.
Mais ne point profiter de ce bienfait suprême,
Éteindre son esprit, et s'aveugler soi-même,
C'est un autre excès non moins fou.
En Perse il fut jadis deux frères,
Adorant le soleil, suivant l'antique loi.
L'un d'eux, chancelant dans sa foi,
N'estimant rien que ses chimères,
Prétendait méditer, connaître, approfondir
De son Dieu la sublime essence;
Et du matin au soir, afin d'y parvenir,
L'œil toujours attaché sur l'astre qu'il encense,
Il voulait expliquer le secret de ses feux.
Le pauvre philosophe y perdit les deux yeux,
Et dès-lors du soleil il nia l'existence.
L'autre était crédule et bigot;
Effrayé du sort de son frère,
Il y vit de l'esprit l'abus trop ordinaire,
Et mit tous ses efforts à devenir un sot.
On vient à bout de tout; le pauvre solitaire
Avait peu de chemin à faire,
Il fut content de lui bientôt.
Mais, de peur d'offenser l'astre qui nous éclaire
En portant jusqu'à lui des regards indiscrets,
Il se fit un trou sous la terre,
Et condamna ses yeux à ne le voir jamais.
Humains, pauvres humains, jouissez des bienfaits
D'un Dieu que vainement la raison veut comprendre,
Mais que l'on voit par-tout, mais qui parle à nos cœurs,
Sans vouloir deviner ce qu'on ne peut apprendre,
Sans rejeter les dons que sa main sait répandre,
Employons notre esprit à devenir meilleurs.
Nos vertus au Très-Haut sont le plus digne hommage,
Et l'homme juste est le seul sage.