Chapter 3

Comment olivier parla premierement a fierabras qui ne tenoit compte de luy avecques aultres disputacions.Le .viii. chapitre.Olivier se mist en chemin et n'arresta jusques a tant qu'il fut devant Fierabras. Lequel tout desarmé se gisoit a l'ombre. Et quant olivier l'eut araisonné le payen tourna sa teste contre luy et ne le daigna a peine regarder tant peu tenoit compte de luy car il tenoit beaucoup plus moindre que luy et dist Olivier au sarrazin. Reveille toy. aujourd'uy m'as tant appellez que je suys venu icy. si te prie que tu me diez ton nom. Fierabras luy respondit par mahommet mon dieu a qui je doy tout honneur. je suys le plus riche qui soit au monde né. Fierabras d'alixandrie me faitz nommer. Je suys celluy pource que tu le saiches qui fis destruire romme vostre cité: et occis l'apostolle et des aultres plusieurs. et emportay les relicques que je y peuz trouver. dont vous prenés grant peine a les recouvrer. Et plus aultre je tiens Jherusalem celle belle cité. et le sepulchre avec ou vostre dieu fut mis reposer. Olivier luy respondit. Par ma foy je t'ay bien voulu ouyr dire ce que tu as dit. Et s'il est verité comme tu l'exposez. saches pour certain que de present tu te peulx bien dire dolent et malheureux reputer. Or ça sans plus oultre parler despeche toy soyes armé. vois tu la les françois qui ne nous font que regarder. ou par le dieu en qui je croy je te frapperay durement. Quant Fierabras l'ouyt qu'il parloit si hardiement commença a rire et dist. Je suys bien esbahy donc vient en toy la presumpcion de parler ainsi hastivement. mais pour verité je ne bougeray d'icy si sçauray je qui tu es. et quant tu me auras dit ton nom tu me verras armé. et aussy de quel lignaige tu es party. Olivier luy respondit. O payen saiches pour verité que avant qu'i soit nuyt tu sçauras quel je suys. Par moy te mande Charles l'empereur mon redoubté seigneur qui pour la consecracion de ton corps et a la salvacion de ton ame tu laisses la creance de ton dieu mahon et aultres ydoles qui ne sont que abusions et decepcions qui n'ont sens ne raison. ne n'ya sentement ne bon entendement par quoy on soit encliné de y consentir aulcunement. et pense d'icy en avant de croire en dieu le tout puissant. La saincte trinité. le pere. le filz. et le saint esperit. trois persones en une pure essence. d'une voulenté qui a fait le ciel et la terre et tout ce qui y habite. qui pour nostre salvacion voulut naistre de la vierge marie. et quant tu auras celle creance moyen le saint sacrement de baptesme qui a esté sur ce estably. tu pourras parvenir a la gloire eternelle. et se tu ne le fais ainsi comme je le te intime. je suis icy pour te faire batailler. et de deux choses il te fault faire l'une. Premierement que tu t'en allies hors de ceste terre comme ung souffreteux sans aultre chose emporter et sans jamais toy y trouver. ou il te fault venir combattre contre moy pour exaulser ton corps et soustenir ta loy faulse. Fierabras va respondre. qui que tu soyes tu es bien oultrecuidé d'avoir intencion de me vouloir batailler. car seurement tu me vois debout sans armes tu seras bien hardy se de paour tu ne trembles. mais par le dieu en qui tu crois dy moy quel homme est charlemaigne car long temps a que je l'ay ouy priser et redoubter en maintz pays. et plus oultre que je saiche novelles de Rolant et de olivier: et de Ogier le dannois de Gerard de mondidier. car par verité je me vouldroye de ceulx acointer. Olivier respondit. payen sur ce que tu me demandes je te dis que charles l'empereur est si grant maistre qu'il n'ya homme au monde qui se puisse comparer a luy tant pour la valeur de sa personne et de ses meurs comme de sa puissance et richesse innumerable. Au regart de son nepveu Rolant Olivier n'est riens moindre que luy: des aultres françois soies content. car entre tous les humains ilz sont vaillans gens. mais ces parolles n'ont point icy lieu. Depesche toy soies armé. car par le dieu en qui je croy se tu ne t'avance je te frapperay de ceste espee d'acier. fierabras commença a lever la teste et dist. par mon dieu mahommet se je ne pensoye avoir deshonneur de me prendre a toy de ceste heure te copperoye la teste. Olivier respondit je te prie laisse a plaidier. car avant qu'il soit nuyt tu sauras que je suis. car de certain j'ay intencion de plonger en ton ventre mon espee durement. Sur ce fierabras ne sejourna riens tant fut noble et reposa sa teste sur son escu et dist a olivier duquel il ne tenoit compte. Je te prie que tu me dies ton nom et ton lignaige. Olivier luy dist Je me nomme garin. et suis de pierregort filz d'ung homme qui se disoit josué qui m'en vins l'autre jour en france. ou je fus ainsi adoubé par le noble roy charles et suis ordonné pour defendre son droit. mesmement contre toy pourquoy concluons sans plus demourer soies armé et monte a cheval. car je suis prest de faire la bataille se tu es sy hardy de m'atendre fierabras estoit la qui ne vouloit consentir a la batalle car il luy sembloit que c'estoit peu de chose d'olivier pour jouster contre luy et luy dit Garin je te demande pourquoy n'est venu par deça rolant ou olivier. ou gerart: ou ogier qui sont de si grant renommee comme j'en ay ouy parler. car ilz ne tiennent compte de toy. et ne le font sinon pour mesprisance: mais je suis venu a toy comme celluy qui n'a point prins regart a leur intencion et feray la bataille se tu me veulx attendre: mais je te jure saint pierre l'apostre de jhesus que se tu ne te armes je te frapperay mortellement de ce dart que je tiens en ma main. Garin respondit fierabras je te veulx bien dire que de ma vie je ne joustay sinon a roys. a contes ou barons de bien haulte valeur: et tu es de bien basse main party pour dire que je me prengne a toy trop grant deshonneur me seroit que tu fusse mis a mort par moy: mais pour le vouloir que je congnois en toy moult noble. je suis content que tu me frappes et je me laisseray cheoir a terre et prendras mon cheval et mon escu. et t'en yras au roy charles et luy diras que tu m'as vaincu. Et se je fais cecy pour toy ce sera grant amitié. et devras pour le present estre content Sur ce olivier ne peust avoir pacience qu'il ne luy dist. Ton fait ne gist sinon en parolles pleines de presumpcion: car je suis de ceste intencion que devant qu'il soit vespre je te feray vouler la teste de dessus les espaules. Je ne suis pas lievre ne beste sauvaige pour me devoir espuenter. Et tu sces le proverbe commun qui dit qu'il est temps de parler et temps de taire et de l'un et de l'autre on peut estre fol reputé. Or te despeche de ce que je t'ay dit. ou autrement je te feray marry. Fierabras respondit. Je ne te prie ne te demande fors que tu me transmettes rolant ou olivier. ou l'un des autres. et se les deux ne sont hardys viennent les troys ou les quatre. car par ma foy ilz ne seront point refusez. Disans ces parolles olivier qui estoit navré des le jour devant ses playes se commencerent a ouvrir par la force de chevaucher. et seigna tellement que fierabras veit saillir le sang par dessus le genol de olivier. et luy demanda dont luy sailloit le sang qui luy venoit par dessus et couroit par terre. Olivier luy respondit qu'il n'estoit point navré. mais que son cheval estoit dur a l'esperon. pourquoy il estoit ainsi ensanglanté. Fierabras se print garde que ce n'estoit point du cheval et respondit Certes garin vous avez menty: car vous estes au corps blessé. et je le congnois au sang qui vous a desja surmonté le genoil: mais vecy que je te feray il y a deux barilz penduz a la selle de mon cheval qui sont pleins de baulme que j'ay conquis en jherusalem et est celluy dont vostre dieu fut enbaulmé le jour qu'il fut descendu de la croix et mis au sepulchre. despeche toy et en va boire et je te prometz que incontinent seras guery. et te pourras deffendre trop mieulx et sans dangier. Olivier luy respondit qu'il n'en feroit riens. et qu'il parloit d'une grant folie. Dont fierabras respondit qu'il estoit bien fol et sans raison et que a bon droit s'en pourroit repentir.

Le .viii. chapitre.

Olivier se mist en chemin et n'arresta jusques a tant qu'il fut devant Fierabras. Lequel tout desarmé se gisoit a l'ombre. Et quant olivier l'eut araisonné le payen tourna sa teste contre luy et ne le daigna a peine regarder tant peu tenoit compte de luy car il tenoit beaucoup plus moindre que luy et dist Olivier au sarrazin. Reveille toy. aujourd'uy m'as tant appellez que je suys venu icy. si te prie que tu me diez ton nom. Fierabras luy respondit par mahommet mon dieu a qui je doy tout honneur. je suys le plus riche qui soit au monde né. Fierabras d'alixandrie me faitz nommer. Je suys celluy pource que tu le saiches qui fis destruire romme vostre cité: et occis l'apostolle et des aultres plusieurs. et emportay les relicques que je y peuz trouver. dont vous prenés grant peine a les recouvrer. Et plus aultre je tiens Jherusalem celle belle cité. et le sepulchre avec ou vostre dieu fut mis reposer. Olivier luy respondit. Par ma foy je t'ay bien voulu ouyr dire ce que tu as dit. Et s'il est verité comme tu l'exposez. saches pour certain que de present tu te peulx bien dire dolent et malheureux reputer. Or ça sans plus oultre parler despeche toy soyes armé. vois tu la les françois qui ne nous font que regarder. ou par le dieu en qui je croy je te frapperay durement. Quant Fierabras l'ouyt qu'il parloit si hardiement commença a rire et dist. Je suys bien esbahy donc vient en toy la presumpcion de parler ainsi hastivement. mais pour verité je ne bougeray d'icy si sçauray je qui tu es. et quant tu me auras dit ton nom tu me verras armé. et aussy de quel lignaige tu es party. Olivier luy respondit. O payen saiches pour verité que avant qu'i soit nuyt tu sçauras quel je suys. Par moy te mande Charles l'empereur mon redoubté seigneur qui pour la consecracion de ton corps et a la salvacion de ton ame tu laisses la creance de ton dieu mahon et aultres ydoles qui ne sont que abusions et decepcions qui n'ont sens ne raison. ne n'ya sentement ne bon entendement par quoy on soit encliné de y consentir aulcunement. et pense d'icy en avant de croire en dieu le tout puissant. La saincte trinité. le pere. le filz. et le saint esperit. trois persones en une pure essence. d'une voulenté qui a fait le ciel et la terre et tout ce qui y habite. qui pour nostre salvacion voulut naistre de la vierge marie. et quant tu auras celle creance moyen le saint sacrement de baptesme qui a esté sur ce estably. tu pourras parvenir a la gloire eternelle. et se tu ne le fais ainsi comme je le te intime. je suis icy pour te faire batailler. et de deux choses il te fault faire l'une. Premierement que tu t'en allies hors de ceste terre comme ung souffreteux sans aultre chose emporter et sans jamais toy y trouver. ou il te fault venir combattre contre moy pour exaulser ton corps et soustenir ta loy faulse. Fierabras va respondre. qui que tu soyes tu es bien oultrecuidé d'avoir intencion de me vouloir batailler. car seurement tu me vois debout sans armes tu seras bien hardy se de paour tu ne trembles. mais par le dieu en qui tu crois dy moy quel homme est charlemaigne car long temps a que je l'ay ouy priser et redoubter en maintz pays. et plus oultre que je saiche novelles de Rolant et de olivier: et de Ogier le dannois de Gerard de mondidier. car par verité je me vouldroye de ceulx acointer. Olivier respondit. payen sur ce que tu me demandes je te dis que charles l'empereur est si grant maistre qu'il n'ya homme au monde qui se puisse comparer a luy tant pour la valeur de sa personne et de ses meurs comme de sa puissance et richesse innumerable. Au regart de son nepveu Rolant Olivier n'est riens moindre que luy: des aultres françois soies content. car entre tous les humains ilz sont vaillans gens. mais ces parolles n'ont point icy lieu. Depesche toy soies armé. car par le dieu en qui je croy se tu ne t'avance je te frapperay de ceste espee d'acier. fierabras commença a lever la teste et dist. par mon dieu mahommet se je ne pensoye avoir deshonneur de me prendre a toy de ceste heure te copperoye la teste. Olivier respondit je te prie laisse a plaidier. car avant qu'il soit nuyt tu sauras que je suis. car de certain j'ay intencion de plonger en ton ventre mon espee durement. Sur ce fierabras ne sejourna riens tant fut noble et reposa sa teste sur son escu et dist a olivier duquel il ne tenoit compte. Je te prie que tu me dies ton nom et ton lignaige. Olivier luy dist Je me nomme garin. et suis de pierregort filz d'ung homme qui se disoit josué qui m'en vins l'autre jour en france. ou je fus ainsi adoubé par le noble roy charles et suis ordonné pour defendre son droit. mesmement contre toy pourquoy concluons sans plus demourer soies armé et monte a cheval. car je suis prest de faire la bataille se tu es sy hardy de m'atendre fierabras estoit la qui ne vouloit consentir a la batalle car il luy sembloit que c'estoit peu de chose d'olivier pour jouster contre luy et luy dit Garin je te demande pourquoy n'est venu par deça rolant ou olivier. ou gerart: ou ogier qui sont de si grant renommee comme j'en ay ouy parler. car ilz ne tiennent compte de toy. et ne le font sinon pour mesprisance: mais je suis venu a toy comme celluy qui n'a point prins regart a leur intencion et feray la bataille se tu me veulx attendre: mais je te jure saint pierre l'apostre de jhesus que se tu ne te armes je te frapperay mortellement de ce dart que je tiens en ma main. Garin respondit fierabras je te veulx bien dire que de ma vie je ne joustay sinon a roys. a contes ou barons de bien haulte valeur: et tu es de bien basse main party pour dire que je me prengne a toy trop grant deshonneur me seroit que tu fusse mis a mort par moy: mais pour le vouloir que je congnois en toy moult noble. je suis content que tu me frappes et je me laisseray cheoir a terre et prendras mon cheval et mon escu. et t'en yras au roy charles et luy diras que tu m'as vaincu. Et se je fais cecy pour toy ce sera grant amitié. et devras pour le present estre content Sur ce olivier ne peust avoir pacience qu'il ne luy dist. Ton fait ne gist sinon en parolles pleines de presumpcion: car je suis de ceste intencion que devant qu'il soit vespre je te feray vouler la teste de dessus les espaules. Je ne suis pas lievre ne beste sauvaige pour me devoir espuenter. Et tu sces le proverbe commun qui dit qu'il est temps de parler et temps de taire et de l'un et de l'autre on peut estre fol reputé. Or te despeche de ce que je t'ay dit. ou autrement je te feray marry. Fierabras respondit. Je ne te prie ne te demande fors que tu me transmettes rolant ou olivier. ou l'un des autres. et se les deux ne sont hardys viennent les troys ou les quatre. car par ma foy ilz ne seront point refusez. Disans ces parolles olivier qui estoit navré des le jour devant ses playes se commencerent a ouvrir par la force de chevaucher. et seigna tellement que fierabras veit saillir le sang par dessus le genol de olivier. et luy demanda dont luy sailloit le sang qui luy venoit par dessus et couroit par terre. Olivier luy respondit qu'il n'estoit point navré. mais que son cheval estoit dur a l'esperon. pourquoy il estoit ainsi ensanglanté. Fierabras se print garde que ce n'estoit point du cheval et respondit Certes garin vous avez menty: car vous estes au corps blessé. et je le congnois au sang qui vous a desja surmonté le genoil: mais vecy que je te feray il y a deux barilz penduz a la selle de mon cheval qui sont pleins de baulme que j'ay conquis en jherusalem et est celluy dont vostre dieu fut enbaulmé le jour qu'il fut descendu de la croix et mis au sepulchre. despeche toy et en va boire et je te prometz que incontinent seras guery. et te pourras deffendre trop mieulx et sans dangier. Olivier luy respondit qu'il n'en feroit riens. et qu'il parloit d'une grant folie. Dont fierabras respondit qu'il estoit bien fol et sans raison et que a bon droit s'en pourroit repentir.

Comment après pluseurs disputacions olivier aida a armer fierabras et des neuf espees merveilleuses. Et comment olivier se nomma a fierabras par son droit nom.Le .ix. chapitre.Quant fierabras eut beaucoup demouré sans se lever pour olivier il se assist et puis dist. Garin je te demande que tu me dies sans celer de qu'elle force est rolant et olivier qui tant sont redoubtez des payens et de quelle grandeur. Olivier luy respondit. Regarde ma grandeur et ma semblance et tu pourras legierement apparcepvoir quel homme est Olivier. car il n'est point plus grant que je suis. Rolant tant qu'il touche au corps est ung petit moindre: mais de couraige il est si treshardy de corps combatant qu'il n'ya son pareil vivant au monde: car il ne se combat a homme du monde qu'il ne soit par luy vaincu. Par la foy que je doy a appollin et a tarvagant va respondre fierabras tu me dis chose dont je suis esbahy: car s'ilz estoient telz quattre comme tu me compte je ne les vouldroie point refuser. ne les lasseroye qu'ilz ne fussent tous occis et mis a mort a mon espee trenchant. Olivier ne pouvoit prendre pacience aux dilations de fierabras mais le vouloit frapper pourquoy fierabras luy dist Tu ne veulx point prendre pitié de ta personne mais par mon dieu mahon se je me lieve et que je monte a cheval charles ton roy ne tous tes dieux ne te deffendroient que tu ne soyes incontinent occis: car seullement se tu me voys devant toy de pié tu seras bien couraigeux se de grant peur tu ne trembles. Olivier respondit Trop longuement tu te vantes de faire chose que tu ne verras jour de ta vie et myeulx te vault a mesure parler: car trop aultrement a bon droit te pourroit venir le meschief. De cecy fierabras fut fort despiteux et se leva debout grant fierté lequel payen avoit par commune estimation quinze piedz de long et s'il se voulut baptiser et croire en jhesucrist. jamais ne fut veu homme de sa valeur et despuis qu'il fut a pié moult luy faisoit mal qu'il n'avoit quelque vaillant homme pour jouster contre luy et dist a olivier. Par ma verité il me prent grant pitié de ton affaire pour la noblesse du couraige que je te congnois. Je suis content pour le present que tu t'en tournes et m'envoyes rolant ou ogier ou gerard de mondidier. Et expressement di a olivier que je ne partiray de ceste place que je ne l'aye conquis Olivier ne peut plus attendre: car ce ne fust pour son honneur il eust frappé plusieursfois tout desarmé. Et quant il vit l'effort ledit fierabras appella olivier et luy pria qu'il luy aidast a armer. Olivier dist s'il s'oseroit fier en luy Fierabras respondit aide moy hardiement: car je te jure que jour de ma vie ne seray traistre a personne vivant. Et sur ces parolles olivier mist diligence de l'armer. Et print premierement ung cuyr de capadoce et le vestit puis sa cotte et son hauberion d'acier bien bouclé et poly et son heaume affiché et garny de pierres precieuses richement et l'estacha seurement: mais bien considere la façon de ce payen et de ce crestien fut si grant courtoisie et loyaulté entre ceulx qui estoient assemblez pour faire guerre mortelle ensemble et ilz se fasoient service bien singulier. Premierement le payen avoit grant pitié de destruire olivier: car il n'estoit point son per au regard de sa personne et d'aultre part quant il le veit ainsy playé et descendre de son sang a terre il luy volut donner du baulme precieux Semblablement quant olivier le trouva desarmé il l'eust occis sans grans peine s'il eust voulu. Et puis a la fin il fut si loyal qu'il le arma pour batailler contre luy. Grant loyaulté de noblesse povoit avoir entre eulx deux qui estoient de foy et de creance contraires. et je croy que dieu seroit bien content s'il avoit telle confiance entre les crestiens et si pleine de toute noblesse naturelle. mais pour desduire la matiere presente quant fierabras fut bien armé. il mercya fort olivier et puis seint son espee nommee plorance. et en l'arçon de sa selle en avoit aultres deux dont l'une se nommoit baptisme. et l'autre graban. lesquelles estoyent faictes tellement qu'il n'estoit harnoys qui les peust desrompre ne gaster. Et qui demanderoit la maniere comment elles furent faictes ne par qui selon que j'ay trouvé par escript Une foys furent troys freres d'un pere engendrez. desquelz l'un avoit nom galant. munificans fut le second et le tiers se disoit anisiax. Ces trois freres firent .ix. espees chascun trois. anisiax tiers nommé fit l'espee nommee baptisme qui avoit le pommeau d'or bien point. et aussi fist plorance et graban lesquelles avoit fierabras comme j'ay dit. Munificans l'autre frere fit l'autre espee qui se disoit durandal. laquelle rolant eut l'autre se disoit sauvaigine. et la tierce cortan que ogier le dannoys eut. Et gallant l'autre frere fit celle qui nommoit flamberge l'autre haulte clere et l'autre joyeuse que charlemagne avoit pour grant especialité. et ces trois freres nommez furent les favres et ouvriers desdictes espees. Et en ce point fierabras monta a cheval et mist près de luy ses deux barilz plains de baulme et puis pendit a son col son escu pesant et bandé de fer et d'acier par merveilleuse force et avoit en painture au milieu dudit escu le dieu appolin. Et après qu'il se fut recommandé a luy il print son espieu agu et mortellement enferré. Grant merveilles fut de la corpulance de ce sarrazin qui estoit sur son cheval nommé ferrant d'espaigne bien dru et pommelé qui avoit une condition specialle. Car quant son maistre en bataillant mettoit a terre son adversaire: celluy cheval faisoit plus grant guerre sans comparaison que son maistre. Et ainsi eulx estant a cheval fierabras va dire a olivier. O garin gracieux je te admonneste que pour la courtoisie que tu m'as faicte tu t'en veulle retourner sans point faire bataille. car il me prent pitié de ton valeureux couraige. Olivier respondit tousjours de grande follie t'es entreprins: car je n'en feray riens au dangier d'estre desmembré. Et ne suis point celluy a qui tu faces paour. car a l'aide de jhesus aujourd'huy par moy tu seras rendu ou vif ou mort a charles l'empereur. Quant olivier eut parlé fierabras fut fort merveilleux de cestuy homme qui ne se vouloit desvier pour menasses qu'il luy fist qu'il ne bataillast: si luy va dire. Tu es crestien et as grant foy aux misteres par vous ordonnez: mais je te conjure que par les fons ou tu a esté lavé et par la foy que tu as donnee a la croix ou ton dieu fut pendu et clavellé. Et aussi par la loyaulté que tu dois a charles et a rolant et aux aultres pers de france dys moy la verité de ton droit nom et de ton lignaige. Olivier va respondre Certes payen celluy qui t'a induit a moy parler tellement t'a bien aprins: car plus haultement ne puis estre adjuré. pourquoy saiches que je suis Olivier filz de regnier conte de gennes le plus especial compaignon de rolant et suis l'ung des douze pers. Par verité dist fierabras je me suis bien pensé que tu estois aultre que tu ne m'avois dit veu ton ardant couraige et que je ne t'ay peu faire paour sur le fait de bataille. Et comment sire olivier vous estes au corps navré et grant deshonneur me seroit se je vous avoye bataillé et deffait quant a ung homme mort je me seroye prins pourquoy tournez arriere nous avons fait pour le present. car pour tout l'or du monde je ne me feroye telle vergongne que a vous deusse jouster. Sire respondist olivier certainement si ferés. car par ma teste quant nous serons ensemble vous n'aurez ja cause de vous truffer de moy si vous pensez que je ne suis homme mort et puis l'admonnesta en ceste maniere doulcement. O payen devant que nous procedons plus oultre tout premierement je te admonneste que tu veuilles croire en dieu de paradis le tout puissant qui t'a fait et formé a qui toutes choses doivent honneur et creance singuliere: car celluy qui n'y prent advis est né en la malleure et laisse mahon et tes dieux plains d'abus et de deceptions et te dispose pour baptiser et tu auras pour grant amy charles et pour compaignon especial rolant le veleureux. Et plus oultre jour de ma vie je ne cesseray de t'acompaigner. Ferabras luy respondit de grant folie t'avises: car pour riens en vostre dieu je ne croiroie ne mahon n'abandonneroye. mais aujourd'uy se tu es amy de Rolant comme tu es: jamais si desplaisant ne fut homme comme pour toy je le feray.

Le .ix. chapitre.

Quant fierabras eut beaucoup demouré sans se lever pour olivier il se assist et puis dist. Garin je te demande que tu me dies sans celer de qu'elle force est rolant et olivier qui tant sont redoubtez des payens et de quelle grandeur. Olivier luy respondit. Regarde ma grandeur et ma semblance et tu pourras legierement apparcepvoir quel homme est Olivier. car il n'est point plus grant que je suis. Rolant tant qu'il touche au corps est ung petit moindre: mais de couraige il est si treshardy de corps combatant qu'il n'ya son pareil vivant au monde: car il ne se combat a homme du monde qu'il ne soit par luy vaincu. Par la foy que je doy a appollin et a tarvagant va respondre fierabras tu me dis chose dont je suis esbahy: car s'ilz estoient telz quattre comme tu me compte je ne les vouldroie point refuser. ne les lasseroye qu'ilz ne fussent tous occis et mis a mort a mon espee trenchant. Olivier ne pouvoit prendre pacience aux dilations de fierabras mais le vouloit frapper pourquoy fierabras luy dist Tu ne veulx point prendre pitié de ta personne mais par mon dieu mahon se je me lieve et que je monte a cheval charles ton roy ne tous tes dieux ne te deffendroient que tu ne soyes incontinent occis: car seullement se tu me voys devant toy de pié tu seras bien couraigeux se de grant peur tu ne trembles. Olivier respondit Trop longuement tu te vantes de faire chose que tu ne verras jour de ta vie et myeulx te vault a mesure parler: car trop aultrement a bon droit te pourroit venir le meschief. De cecy fierabras fut fort despiteux et se leva debout grant fierté lequel payen avoit par commune estimation quinze piedz de long et s'il se voulut baptiser et croire en jhesucrist. jamais ne fut veu homme de sa valeur et despuis qu'il fut a pié moult luy faisoit mal qu'il n'avoit quelque vaillant homme pour jouster contre luy et dist a olivier. Par ma verité il me prent grant pitié de ton affaire pour la noblesse du couraige que je te congnois. Je suis content pour le present que tu t'en tournes et m'envoyes rolant ou ogier ou gerard de mondidier. Et expressement di a olivier que je ne partiray de ceste place que je ne l'aye conquis Olivier ne peut plus attendre: car ce ne fust pour son honneur il eust frappé plusieursfois tout desarmé. Et quant il vit l'effort ledit fierabras appella olivier et luy pria qu'il luy aidast a armer. Olivier dist s'il s'oseroit fier en luy Fierabras respondit aide moy hardiement: car je te jure que jour de ma vie ne seray traistre a personne vivant. Et sur ces parolles olivier mist diligence de l'armer. Et print premierement ung cuyr de capadoce et le vestit puis sa cotte et son hauberion d'acier bien bouclé et poly et son heaume affiché et garny de pierres precieuses richement et l'estacha seurement: mais bien considere la façon de ce payen et de ce crestien fut si grant courtoisie et loyaulté entre ceulx qui estoient assemblez pour faire guerre mortelle ensemble et ilz se fasoient service bien singulier. Premierement le payen avoit grant pitié de destruire olivier: car il n'estoit point son per au regard de sa personne et d'aultre part quant il le veit ainsy playé et descendre de son sang a terre il luy volut donner du baulme precieux Semblablement quant olivier le trouva desarmé il l'eust occis sans grans peine s'il eust voulu. Et puis a la fin il fut si loyal qu'il le arma pour batailler contre luy. Grant loyaulté de noblesse povoit avoir entre eulx deux qui estoient de foy et de creance contraires. et je croy que dieu seroit bien content s'il avoit telle confiance entre les crestiens et si pleine de toute noblesse naturelle. mais pour desduire la matiere presente quant fierabras fut bien armé. il mercya fort olivier et puis seint son espee nommee plorance. et en l'arçon de sa selle en avoit aultres deux dont l'une se nommoit baptisme. et l'autre graban. lesquelles estoyent faictes tellement qu'il n'estoit harnoys qui les peust desrompre ne gaster. Et qui demanderoit la maniere comment elles furent faictes ne par qui selon que j'ay trouvé par escript Une foys furent troys freres d'un pere engendrez. desquelz l'un avoit nom galant. munificans fut le second et le tiers se disoit anisiax. Ces trois freres firent .ix. espees chascun trois. anisiax tiers nommé fit l'espee nommee baptisme qui avoit le pommeau d'or bien point. et aussi fist plorance et graban lesquelles avoit fierabras comme j'ay dit. Munificans l'autre frere fit l'autre espee qui se disoit durandal. laquelle rolant eut l'autre se disoit sauvaigine. et la tierce cortan que ogier le dannoys eut. Et gallant l'autre frere fit celle qui nommoit flamberge l'autre haulte clere et l'autre joyeuse que charlemagne avoit pour grant especialité. et ces trois freres nommez furent les favres et ouvriers desdictes espees. Et en ce point fierabras monta a cheval et mist près de luy ses deux barilz plains de baulme et puis pendit a son col son escu pesant et bandé de fer et d'acier par merveilleuse force et avoit en painture au milieu dudit escu le dieu appolin. Et après qu'il se fut recommandé a luy il print son espieu agu et mortellement enferré. Grant merveilles fut de la corpulance de ce sarrazin qui estoit sur son cheval nommé ferrant d'espaigne bien dru et pommelé qui avoit une condition specialle. Car quant son maistre en bataillant mettoit a terre son adversaire: celluy cheval faisoit plus grant guerre sans comparaison que son maistre. Et ainsi eulx estant a cheval fierabras va dire a olivier. O garin gracieux je te admonneste que pour la courtoisie que tu m'as faicte tu t'en veulle retourner sans point faire bataille. car il me prent pitié de ton valeureux couraige. Olivier respondit tousjours de grande follie t'es entreprins: car je n'en feray riens au dangier d'estre desmembré. Et ne suis point celluy a qui tu faces paour. car a l'aide de jhesus aujourd'huy par moy tu seras rendu ou vif ou mort a charles l'empereur. Quant olivier eut parlé fierabras fut fort merveilleux de cestuy homme qui ne se vouloit desvier pour menasses qu'il luy fist qu'il ne bataillast: si luy va dire. Tu es crestien et as grant foy aux misteres par vous ordonnez: mais je te conjure que par les fons ou tu a esté lavé et par la foy que tu as donnee a la croix ou ton dieu fut pendu et clavellé. Et aussi par la loyaulté que tu dois a charles et a rolant et aux aultres pers de france dys moy la verité de ton droit nom et de ton lignaige. Olivier va respondre Certes payen celluy qui t'a induit a moy parler tellement t'a bien aprins: car plus haultement ne puis estre adjuré. pourquoy saiches que je suis Olivier filz de regnier conte de gennes le plus especial compaignon de rolant et suis l'ung des douze pers. Par verité dist fierabras je me suis bien pensé que tu estois aultre que tu ne m'avois dit veu ton ardant couraige et que je ne t'ay peu faire paour sur le fait de bataille. Et comment sire olivier vous estes au corps navré et grant deshonneur me seroit se je vous avoye bataillé et deffait quant a ung homme mort je me seroye prins pourquoy tournez arriere nous avons fait pour le present. car pour tout l'or du monde je ne me feroye telle vergongne que a vous deusse jouster. Sire respondist olivier certainement si ferés. car par ma teste quant nous serons ensemble vous n'aurez ja cause de vous truffer de moy si vous pensez que je ne suis homme mort et puis l'admonnesta en ceste maniere doulcement. O payen devant que nous procedons plus oultre tout premierement je te admonneste que tu veuilles croire en dieu de paradis le tout puissant qui t'a fait et formé a qui toutes choses doivent honneur et creance singuliere: car celluy qui n'y prent advis est né en la malleure et laisse mahon et tes dieux plains d'abus et de deceptions et te dispose pour baptiser et tu auras pour grant amy charles et pour compaignon especial rolant le veleureux. Et plus oultre jour de ma vie je ne cesseray de t'acompaigner. Ferabras luy respondit de grant folie t'avises: car pour riens en vostre dieu je ne croiroie ne mahon n'abandonneroye. mais aujourd'uy se tu es amy de Rolant comme tu es: jamais si desplaisant ne fut homme comme pour toy je le feray.

Comment olivier et fierabras commencerent a batailler: et de la priere de charles pour olivier et aultres matieres.Le .x. chapitre.Fierabras et olivier en grant point l'ung contre l'autre a cheval devant que Fierabras voulsist laisser courre son cheval il dist a olivier. Mon amy je te prie que tu boyves de mes barrilz. et par la vertu du baulme que est dedens incontinent seras guery. et aussi tu te pourras trop mieulx defendre contre moy. a dieu ne plaise dist olivier que par beuvraige soyez conquis de moy Mais a bataille franche et harnoys fourby. et cecy estre dit laisserent courre leurs chevaulx d'ung grant couraige pour jouster a oultrance comme vous l'orrez cy après: car pour deux champions jamais ne fut cogneue bataille si aspre ne si oultrageuse. Et ainsi comme ilz voyent l'ung contre l'autre les françois qui estoyent en leur logis avoient grant paour qu'il ne mesprint a olivier. et entre les aultres l'empereur Charles en plorant va dire. O benoist jhesus je te requier que a cestuy coup tu ayez pitié de olivier mon baron par maniere que je le revoye vif et en santé et puis vint en sa chapelle son visaige couvert de son manteau et s'enclina contre la croix et embrasse le crucefix en disant. mon dieu duquel je voy la remembrance vueillez faire aide a olivier qui pour l'exaltation de la foy crestienne est en dangier. Ainsi en contemplant fierabras et olivier se donnent si grans coups sur leurs escus que les fers de leur lances sont par force ployez et entrez dedans. dont le feu partit de toutes pars et les boys des lances tronsonnez et fenduz s'en va en l'air. les resnes des brides des chevaulx leur vont hors des mains. Tous deux furent si estourdiz et les yeulx eurent si troublez que d'une grant piece ne sceurent de quel cousté ilz estoyent tournez. et après que tous deux furent rassis fierabras trait florence qui luy pendoit au cousté. Olivier print haulteclere reluisant a merveilles et vint sur fierabras et au hault de son heaulme luy donna si grant coup que les fleurs et pierres precieuses dont il estoit moult anobly fist voler a terre. et de ce coup en descendant bas luy entama l'espaule. mais le cuir de capadoce le saulva et le payen fut frappé si durement qu'il eut les deux piedz hors des etriez et son cheval luy eschappa. et a bien peu qu'il ne versa. dont les françois vont dire tous a une voix. sainte marie quel coup a donné olivier a ce payen voire respond Rolant merveilleusement l'a assené. Or plust a dieu de paradis dist Rolant gentil compaignon olivier que je ne suis ores dessoubz ton escu. car de moy ou du payen brefment se verroit la fin. Auquel l'empereur respond. Ha maulvais glout je t'ay bien ouy parler felon couart. il n'est pas temps que tu le dies. car du commencement tu n'y voulsis aller: dont maintesfois par moy te sera reproché. Sur ce rolant ne respond aultre chose si non qu'il en fist sa voulenté. Fierabras tout estourdy et remply d'une grant ire pour le coup qu'il avoit receu a son espee nommee florance vint de course sur olivier et luy donna sur son heaulme si asprement qu'il luy fist tourner la teste et son haulbert luy desmailla tellement que plus de .v. cens mailles du coup luy trencha et son cheval mallement navra et l'esperon du pié luy coupa et une partie de la cuisse dont le sang courut a terre treshabondamment. et l'espee de fierabras fut toute ensanglantee. pourquoy de ce coup fut le conte olivier si ployé et si commeu que a bien peu de fait ne fut rué par terre se ne eust esté la selle de son cheval. car il fut fort ployé par derriere. et son cheval de ce qu'il fut trenché commença fort a clacher et quant il fut retourné a haulte voix commença a crier. O sire dieu mon createur le mal coup que j'ay receu vierge marie mere de jhesus prenés pitié de moy. car trop fierement trenche l'espee de ce payen. donnés moy grace que je le puisse avoir et leva son espee et en fist sur luy le signe de la croix. Puis fierabras luy dist. Olivier par mahon mon dieu a cestuy coup je t'ay fait paour et tu peulx bien sentir de quoy je sçay jouer. et n'ay point de merveilles se tu te commandes a ton dieu. mais je suis mal content de ce que je t'ay ployé trop a coup. toutesfois soies sur que jamais soleil tu ne verras mucer. car tu commences ja a changer couleur et maniere. Toutesfois je suis content que tu t'en ailles. et sera bien pour toy le meilleur avant que tu congnoisses ma force plus planiere. Car je te admonneste d'une chose que quant je voy mon sang yssir hors de mon corps. adonc double ma vertu et ma force. et je congnois que charles ne t'aime gueres quant il t'envoye a moy. s'il t'eust logé en ung blanc lit tu y fusses beaucoup mieulx que d'estre venu batailler a moy. Quant olivier le va ouyr remply d'un fervent couraige commença a lever la teste et dist ainsi O payen desmesuré tout le jour tu te vantes de me mettre a fin de mes jours je prie a dieu tout puissant qu'il en vueille bien resjouyr mon couraige garde toy bien je te deffie nous avons trop plaidoyé. Sur ces parolles ce sont courus dessus si merveilleusement se frapperent sur leurs heaulmes. tellement que boucles: croches: pierres precieuses: orfaveries: fleurs. sont couppees et volees par terre. Le feu en yssoit largement. grant bruyt faisoient ces espees sur leurs harnois. Cecy faisant charles estoit la en grant meditation et cogitoit que la querelle de olivier estoit juste et que dieu le devoit preserver. Et quant il pensoet que olivier pourroit mourir comme impacient. d'une parfaitte foy va dire. O glorieux dieu pour lequel nous prenons tant de peine vueillés conserver olivier qu'il ne soit mort ne qu'il ne soit prins. car je jure l'ame de mon pere que s'il est pour le present de ce payen occis que jamais au pais de france en eglise qui soit ne sera clerc ne prestre habitué ne revestu. mais feray ardoir monasteres. eglises. autelz et crucefix. Helas ce dist le duc naymes. sire roy laissez ces parolles oyseuses et priés dieu pour olivier qu'il luy soit en aide par sa sainte merce. Cecy disant tousjours perseveroient les champions a frapper l'un sur l'autre par tel endroit que fierabras a son espee luy rompit le cercle de son heaulme. et le fit cheoir sur son visaige. son cheval fust mort s'il n'est saulté oultre. Et fut navré Olivier au corps et speciallement en la poitrine. Et avoit desja tant perdu de son sang que moult en estoit affoibly. donc ce ne fut pas merveilles veu qu'il avoit resisté au plus terrible homme qui de mere nasquit oncques.

Le .x. chapitre.

Fierabras et olivier en grant point l'ung contre l'autre a cheval devant que Fierabras voulsist laisser courre son cheval il dist a olivier. Mon amy je te prie que tu boyves de mes barrilz. et par la vertu du baulme que est dedens incontinent seras guery. et aussi tu te pourras trop mieulx defendre contre moy. a dieu ne plaise dist olivier que par beuvraige soyez conquis de moy Mais a bataille franche et harnoys fourby. et cecy estre dit laisserent courre leurs chevaulx d'ung grant couraige pour jouster a oultrance comme vous l'orrez cy après: car pour deux champions jamais ne fut cogneue bataille si aspre ne si oultrageuse. Et ainsi comme ilz voyent l'ung contre l'autre les françois qui estoyent en leur logis avoient grant paour qu'il ne mesprint a olivier. et entre les aultres l'empereur Charles en plorant va dire. O benoist jhesus je te requier que a cestuy coup tu ayez pitié de olivier mon baron par maniere que je le revoye vif et en santé et puis vint en sa chapelle son visaige couvert de son manteau et s'enclina contre la croix et embrasse le crucefix en disant. mon dieu duquel je voy la remembrance vueillez faire aide a olivier qui pour l'exaltation de la foy crestienne est en dangier. Ainsi en contemplant fierabras et olivier se donnent si grans coups sur leurs escus que les fers de leur lances sont par force ployez et entrez dedans. dont le feu partit de toutes pars et les boys des lances tronsonnez et fenduz s'en va en l'air. les resnes des brides des chevaulx leur vont hors des mains. Tous deux furent si estourdiz et les yeulx eurent si troublez que d'une grant piece ne sceurent de quel cousté ilz estoyent tournez. et après que tous deux furent rassis fierabras trait florence qui luy pendoit au cousté. Olivier print haulteclere reluisant a merveilles et vint sur fierabras et au hault de son heaulme luy donna si grant coup que les fleurs et pierres precieuses dont il estoit moult anobly fist voler a terre. et de ce coup en descendant bas luy entama l'espaule. mais le cuir de capadoce le saulva et le payen fut frappé si durement qu'il eut les deux piedz hors des etriez et son cheval luy eschappa. et a bien peu qu'il ne versa. dont les françois vont dire tous a une voix. sainte marie quel coup a donné olivier a ce payen voire respond Rolant merveilleusement l'a assené. Or plust a dieu de paradis dist Rolant gentil compaignon olivier que je ne suis ores dessoubz ton escu. car de moy ou du payen brefment se verroit la fin. Auquel l'empereur respond. Ha maulvais glout je t'ay bien ouy parler felon couart. il n'est pas temps que tu le dies. car du commencement tu n'y voulsis aller: dont maintesfois par moy te sera reproché. Sur ce rolant ne respond aultre chose si non qu'il en fist sa voulenté. Fierabras tout estourdy et remply d'une grant ire pour le coup qu'il avoit receu a son espee nommee florance vint de course sur olivier et luy donna sur son heaulme si asprement qu'il luy fist tourner la teste et son haulbert luy desmailla tellement que plus de .v. cens mailles du coup luy trencha et son cheval mallement navra et l'esperon du pié luy coupa et une partie de la cuisse dont le sang courut a terre treshabondamment. et l'espee de fierabras fut toute ensanglantee. pourquoy de ce coup fut le conte olivier si ployé et si commeu que a bien peu de fait ne fut rué par terre se ne eust esté la selle de son cheval. car il fut fort ployé par derriere. et son cheval de ce qu'il fut trenché commença fort a clacher et quant il fut retourné a haulte voix commença a crier. O sire dieu mon createur le mal coup que j'ay receu vierge marie mere de jhesus prenés pitié de moy. car trop fierement trenche l'espee de ce payen. donnés moy grace que je le puisse avoir et leva son espee et en fist sur luy le signe de la croix. Puis fierabras luy dist. Olivier par mahon mon dieu a cestuy coup je t'ay fait paour et tu peulx bien sentir de quoy je sçay jouer. et n'ay point de merveilles se tu te commandes a ton dieu. mais je suis mal content de ce que je t'ay ployé trop a coup. toutesfois soies sur que jamais soleil tu ne verras mucer. car tu commences ja a changer couleur et maniere. Toutesfois je suis content que tu t'en ailles. et sera bien pour toy le meilleur avant que tu congnoisses ma force plus planiere. Car je te admonneste d'une chose que quant je voy mon sang yssir hors de mon corps. adonc double ma vertu et ma force. et je congnois que charles ne t'aime gueres quant il t'envoye a moy. s'il t'eust logé en ung blanc lit tu y fusses beaucoup mieulx que d'estre venu batailler a moy. Quant olivier le va ouyr remply d'un fervent couraige commença a lever la teste et dist ainsi O payen desmesuré tout le jour tu te vantes de me mettre a fin de mes jours je prie a dieu tout puissant qu'il en vueille bien resjouyr mon couraige garde toy bien je te deffie nous avons trop plaidoyé. Sur ces parolles ce sont courus dessus si merveilleusement se frapperent sur leurs heaulmes. tellement que boucles: croches: pierres precieuses: orfaveries: fleurs. sont couppees et volees par terre. Le feu en yssoit largement. grant bruyt faisoient ces espees sur leurs harnois. Cecy faisant charles estoit la en grant meditation et cogitoit que la querelle de olivier estoit juste et que dieu le devoit preserver. Et quant il pensoet que olivier pourroit mourir comme impacient. d'une parfaitte foy va dire. O glorieux dieu pour lequel nous prenons tant de peine vueillés conserver olivier qu'il ne soit mort ne qu'il ne soit prins. car je jure l'ame de mon pere que s'il est pour le present de ce payen occis que jamais au pais de france en eglise qui soit ne sera clerc ne prestre habitué ne revestu. mais feray ardoir monasteres. eglises. autelz et crucefix. Helas ce dist le duc naymes. sire roy laissez ces parolles oyseuses et priés dieu pour olivier qu'il luy soit en aide par sa sainte merce. Cecy disant tousjours perseveroient les champions a frapper l'un sur l'autre par tel endroit que fierabras a son espee luy rompit le cercle de son heaulme. et le fit cheoir sur son visaige. son cheval fust mort s'il n'est saulté oultre. Et fut navré Olivier au corps et speciallement en la poitrine. Et avoit desja tant perdu de son sang que moult en estoit affoibly. donc ce ne fut pas merveilles veu qu'il avoit resisté au plus terrible homme qui de mere nasquit oncques.

Comment olivier fit priere a dieu quant il se sentit navré.Le .xi. chapitre.Olivier le noble conte estant en ceste melencolie des grandes playes qu'il avoit au corps pour son reconfort en disant en ceste maniere. O dieu glorieux cause et commencement de tout ce qui est dessus et dessoubz le firmament. par vostre seul plaisir formastes nostre premier pere adam. et pour sa compaignie luy donnastes eve. moyen lesquelz humaine generation se contient. Tous fruitz leur abandonnastes fors seulement d'ung. duquel eve moyen le serpent en fit mengier a adam. dont ilz en perdirent paradis. Et par la sedution des ennemis d'enfer plusieurs ont estez deceuz et damnez. dont vous eustes pitié de la perdition du monde. et venistes prendre chair humaine au ventre de la benoiste vierge marie par la nonciation du saint ange gabriel. et nasquistes comment il vous pleut. Et bien petit après. les trois roys vous vindrent adorer et faire obeissance. D'or d'ensens. et de mirre vous firent les presens. Puis après le roy herodes vous cuidant faire mourir. fist mourir maintz enfans qui sont ores en joye permanable. Et quant vous fustes en aage pour vous determiner vous allastes par le monde en preschant voz amis. dont après par envie les juifz desloyaulx vous pendirent en la croix. en laquelle existant longis le chevalier vous perça vostre costé par l'induction des juifz. Et quant il creut en vous qu'il eut lavé ses yeulx de vostre precieux sang il veit beau et cler. et vous cria mercy dont il eut salvement. Puis par voz amys vous fustes mys au saint sepulchre et le tiers jour après vous ressuscitastes. et reprinstes la vie et descendistes en enfer. et mistes hors adam et Eve et tous ceulx qui estoyent dignes d'avoir paradis. Et au jour de vostre merveilleuse ascention vous montastes es cieulx devant tous voz apostres. Ainsi mon dieu mon createur comme tout cecy est verité et je le croy fermement soyez a mon confort contre ce mescreant que je le puisse vaincre par maniere qu'il soit saulvé. Et cecy estre dit se seigna de son espee en faisant le signe de la croix au nom de dieu et de la sainte trinité. et frappa le cheval sur l'esperance de l'aide de dieu. et fierabras luy va dire en riant. Olivier bel amy je te prie que tu ne me vueilles celer qu'elle est l'oraison que tu as dicte maintenant voulentiers l'ay escoutee par mon dieu talvagant. Or pleust a dieu de paradis dist olivier que vous fussiez en celle grace que vous y creussez ainsi fermement que je fais. car je vous jure que je vous aymeroie autant que je fais rolant. Et fierabras luy respondit. Par mon dieu mahon et talvagant presentement parles d'une folie moult grande.

Le .xi. chapitre.

Olivier le noble conte estant en ceste melencolie des grandes playes qu'il avoit au corps pour son reconfort en disant en ceste maniere. O dieu glorieux cause et commencement de tout ce qui est dessus et dessoubz le firmament. par vostre seul plaisir formastes nostre premier pere adam. et pour sa compaignie luy donnastes eve. moyen lesquelz humaine generation se contient. Tous fruitz leur abandonnastes fors seulement d'ung. duquel eve moyen le serpent en fit mengier a adam. dont ilz en perdirent paradis. Et par la sedution des ennemis d'enfer plusieurs ont estez deceuz et damnez. dont vous eustes pitié de la perdition du monde. et venistes prendre chair humaine au ventre de la benoiste vierge marie par la nonciation du saint ange gabriel. et nasquistes comment il vous pleut. Et bien petit après. les trois roys vous vindrent adorer et faire obeissance. D'or d'ensens. et de mirre vous firent les presens. Puis après le roy herodes vous cuidant faire mourir. fist mourir maintz enfans qui sont ores en joye permanable. Et quant vous fustes en aage pour vous determiner vous allastes par le monde en preschant voz amis. dont après par envie les juifz desloyaulx vous pendirent en la croix. en laquelle existant longis le chevalier vous perça vostre costé par l'induction des juifz. Et quant il creut en vous qu'il eut lavé ses yeulx de vostre precieux sang il veit beau et cler. et vous cria mercy dont il eut salvement. Puis par voz amys vous fustes mys au saint sepulchre et le tiers jour après vous ressuscitastes. et reprinstes la vie et descendistes en enfer. et mistes hors adam et Eve et tous ceulx qui estoyent dignes d'avoir paradis. Et au jour de vostre merveilleuse ascention vous montastes es cieulx devant tous voz apostres. Ainsi mon dieu mon createur comme tout cecy est verité et je le croy fermement soyez a mon confort contre ce mescreant que je le puisse vaincre par maniere qu'il soit saulvé. Et cecy estre dit se seigna de son espee en faisant le signe de la croix au nom de dieu et de la sainte trinité. et frappa le cheval sur l'esperance de l'aide de dieu. et fierabras luy va dire en riant. Olivier bel amy je te prie que tu ne me vueilles celer qu'elle est l'oraison que tu as dicte maintenant voulentiers l'ay escoutee par mon dieu talvagant. Or pleust a dieu de paradis dist olivier que vous fussiez en celle grace que vous y creussez ainsi fermement que je fais. car je vous jure que je vous aymeroie autant que je fais rolant. Et fierabras luy respondit. Par mon dieu mahon et talvagant presentement parles d'une folie moult grande.

Comment après grant bataille Olivier conquist le baulme et en beut a son aise. et qu'il en fist. après comment il se trouva a terre quant Fierabras eut occis son cheval.Le .xii. chapitre.Fierabras courroucé des parolles de olivier par grant ire luy dist. garde toy de moy. car je te deffie A moy l'auras dist olivier et a dieu me commande. Et se vont rencontrer par si dure maniere qu'on veoit le feu habondamment par leurs harnoys. leurs chevaulx plaioyent dessoubz eulx et la terre trembloit de ce bruit en la prarie de mormionde. Fierabras print l'espee en la main et frappa olivier dont fut mallement navré en la poictrine soubz la mammelle et de ce coup luy tournerent les ieulx en le teste et eut la face moult muee Et haultement s'escria dieu et la vierge marie qu'ilz luy voulsissent garantir l'ame. Fierabras par grant couvoitise luy va dire. Olivier entens a moy descens bas seurement et va prendre du baulme et en boy a ton aise: et tantost tu seras guery. et te pourras mieulx defendre encontre moy. et recouvreras force nouvelle. mais olivier pour riens ne l'eust fait s'il eust deu mourir. car d'armes loyalles il le vouloit avoir. Et prestement vindrent l'ung contre l'autre. et adonc se frapperent tellement que fierabras fut navré dangereusement. car l'espee de olivier luy entra dedens la cuysse bien demy pié de parfont. et du sang qui en yssoit l'erbe en estoit toute arrousee. et quant il se veit ainsi navré il beut de son baulme par lequel il fut tantost guery dont olivier fut moult doulant de ce qu'il ne pouvoit mettre fin en ce payen. Et les françoys qui les veoyent feirent a dieu grande priere qu'il voulsist conserver en ce jour olivier et especiallement charlemaigne qui entre les aultres pluschier le tenoit. mais quant olivier veit le payen guery et pour le baulme ainsi consolé. se confiant de l'aide de dieu vint a luy et le frappa sur le heaulme si durement que le coup descendit sur la selle. et trencha la cordelle a laquelle les barilz estoient estachez. et le cheval de fierabras eut paour de celluy coup et fist une petite course par le plaisir de dieu dont olivier avant que le payen s'en print garde s'enclina contre terre et leva les barilz et en beut a son aise et largement. et tantost il fut guery et reconfermé en force nouvelle. et se pensa que se d'aventure fierabras estoit plus navré par luy et ne pouvoit jamais ravoir ses barilz que en la fin il luy en pourroit mal venir. pour quoy luy estant près d'une grande riviere print les barilz et les getta dedens. lesquelz furent tantost enfondrez. Et comme on lit a toutes les festes de saint jehan ces deux barilz se demonstrent dessus l'eaue evidamment. Quant fierabras veit que ces deux barilz estoient perduz a peu de fait qu'il ne perdit le sens. et par grant reprouche dist a olivier O mauvais homme que tu es m'as tu perdu mes barilz qui valoient mieulx que tout l'or de crestienté. mais je te prometz que avant qu'il soit vespre. ilz te seront bien chiers venduz/ car je ne cesseray jusques a ce que tu ayes le chief couppé. Et ce disant vint contre luy: mais olivier qui ne le doubta plus tant comme par avant le vint attendre puis qu'il le pouvoit a son aise eviter. et quant il le veit venir il mist a la deffense de son chief son escu pour eviter le coup. toutesfois fierabras conceut olivier si asprement que son heaulme en fut demaillé. et ne fut point navré et descendit bas le coup si impetueusement qu'il trencha le col du cheval d'olivier et cheut bas a terre et se trouva. olivier tout de pié. mais grant miracle fut du cheval de fierabras qui ne fist semblant de courre sur luy comme il avoit aprins selon que devant j'en ay parlé mais se tint quoy oultre sa propre acoustumance.

Le .xii. chapitre.

Fierabras courroucé des parolles de olivier par grant ire luy dist. garde toy de moy. car je te deffie A moy l'auras dist olivier et a dieu me commande. Et se vont rencontrer par si dure maniere qu'on veoit le feu habondamment par leurs harnoys. leurs chevaulx plaioyent dessoubz eulx et la terre trembloit de ce bruit en la prarie de mormionde. Fierabras print l'espee en la main et frappa olivier dont fut mallement navré en la poictrine soubz la mammelle et de ce coup luy tournerent les ieulx en le teste et eut la face moult muee Et haultement s'escria dieu et la vierge marie qu'ilz luy voulsissent garantir l'ame. Fierabras par grant couvoitise luy va dire. Olivier entens a moy descens bas seurement et va prendre du baulme et en boy a ton aise: et tantost tu seras guery. et te pourras mieulx defendre encontre moy. et recouvreras force nouvelle. mais olivier pour riens ne l'eust fait s'il eust deu mourir. car d'armes loyalles il le vouloit avoir. Et prestement vindrent l'ung contre l'autre. et adonc se frapperent tellement que fierabras fut navré dangereusement. car l'espee de olivier luy entra dedens la cuysse bien demy pié de parfont. et du sang qui en yssoit l'erbe en estoit toute arrousee. et quant il se veit ainsi navré il beut de son baulme par lequel il fut tantost guery dont olivier fut moult doulant de ce qu'il ne pouvoit mettre fin en ce payen. Et les françoys qui les veoyent feirent a dieu grande priere qu'il voulsist conserver en ce jour olivier et especiallement charlemaigne qui entre les aultres pluschier le tenoit. mais quant olivier veit le payen guery et pour le baulme ainsi consolé. se confiant de l'aide de dieu vint a luy et le frappa sur le heaulme si durement que le coup descendit sur la selle. et trencha la cordelle a laquelle les barilz estoient estachez. et le cheval de fierabras eut paour de celluy coup et fist une petite course par le plaisir de dieu dont olivier avant que le payen s'en print garde s'enclina contre terre et leva les barilz et en beut a son aise et largement. et tantost il fut guery et reconfermé en force nouvelle. et se pensa que se d'aventure fierabras estoit plus navré par luy et ne pouvoit jamais ravoir ses barilz que en la fin il luy en pourroit mal venir. pour quoy luy estant près d'une grande riviere print les barilz et les getta dedens. lesquelz furent tantost enfondrez. Et comme on lit a toutes les festes de saint jehan ces deux barilz se demonstrent dessus l'eaue evidamment. Quant fierabras veit que ces deux barilz estoient perduz a peu de fait qu'il ne perdit le sens. et par grant reprouche dist a olivier O mauvais homme que tu es m'as tu perdu mes barilz qui valoient mieulx que tout l'or de crestienté. mais je te prometz que avant qu'il soit vespre. ilz te seront bien chiers venduz/ car je ne cesseray jusques a ce que tu ayes le chief couppé. Et ce disant vint contre luy: mais olivier qui ne le doubta plus tant comme par avant le vint attendre puis qu'il le pouvoit a son aise eviter. et quant il le veit venir il mist a la deffense de son chief son escu pour eviter le coup. toutesfois fierabras conceut olivier si asprement que son heaulme en fut demaillé. et ne fut point navré et descendit bas le coup si impetueusement qu'il trencha le col du cheval d'olivier et cheut bas a terre et se trouva. olivier tout de pié. mais grant miracle fut du cheval de fierabras qui ne fist semblant de courre sur luy comme il avoit aprins selon que devant j'en ay parlé mais se tint quoy oultre sa propre acoustumance.

Comment fierabras et olivier bataillerent ensemble a piedz merveilleusement. et la pierre que charles fist pour olivier.Le .xiii. chapitre.Moult furent dolens les françoys quant ilz veirent olivier a pié et se vouloyent armer pour le secourir. mais charles n'y voulut pas consentir pour maintenir son honneur et sa loyaulté. et mist ledit charles les deux genoulx a terre. et fist priere a dieu qu'il fust en confort a olivier qui estoit ainsi de cheval despourveu. Quant olivier se veit ainsi de pié moult fut dolent. et vint a quatre pas de fierabras et luy dist. O roy d'alixandrie envers moy t'es vaillamment porté. aujourd'uy au matin tu t'es tant prisé et as dit que se cincq chevaliers venoyent a toy que tu le vouloyes attendre et conquester. et tu sçays que le roy qui occist cheval doit partie avoir en l'eritage Fierabras respondit. je sçay que tu as dit verité. mais je ne l'ay pas fait de mon gré. toutesfois affin que tu ne soyes mal content de moy je descendray a terre/ et te donneray mon cheval pommelé et tu seras bien monté/ et sachez que jamais jour de ma vie je ne fus si esbahy comme quant il t'a veu a terre qu'il ne t'a estranglé: car jamais je ne mys homme a terre et il fust present qu'il ne fust tantost par luy occis et mis a mort. Olivier respondit. je te prometz que je ne prendray ja ton cheval que premierement ne soit par moy conquesté et gaigné justement. Sur cecy fierabras fut tant noble que pour la vaillance de olivier va dire certes pour la noblesse que je congnois en toy. je vueil faire ce que jamais ne fis pour homme et mist piedz a terre. et fut content de batailler a luy a piedz pource qu'il avoit point de cheval qui fust sien. et estoit ledit fierabras plus hault que olivier d'ung grant pié. et joustoyent de pié l'ung contre l'autre d'un accort si merveilleusement que ce fut grant chose que tous deux ne demourerent au champ tous pasmez du travail qu'il vont la prendre. Ainsi continua celle bataille qui ne povoit prendre fin entre eulx. Pluseurs parolles et reprouches se disoyent l'un a l'autre. mais le noble empereur charles tout cecy voyant grant pitié luy print d'olivier. dont le conte Regnier qui estoit pere de olivier moult doulant de son filz vint aux piez de charles et dit. O noble empereur en l'onneur de dieu prens remors de mon filz que je voy en moment de mourir. aumoins fay priere a Jhesus le createur qu'il luy soit en aide par maniere que je le puisse revoir près de moy en santé. Incontinent charles va dire. Sire dieu se vous permettez que olivier soit vaincu. et que mon droit pour le present soit ainsi avillé je fais promesses que tout crestienté sera destruite. je ne laisseray en france eglise ne monastere. ymage ne aultel. Et puis se mist a deux genoulx a terre et pria en ceste maniere. Mon createur qui pour nostre salvacion naquistes de la vierge marie comme bien je le croy et de vostre glorieuse naissance tout le monde fut enluminé. qui alastes par le monde et y fustes plus de trentedeux ans passez. et fistes au commencement Adam et Eve desquelz nous sommes venuz. et fut en paradis terrestre lieu moult delectable: et leurs furent par vous tous fruitz abandonnez excepté seulement le fruit de vie comme vous pleust l'ordonner. duquel Adam mangea et fut desobeissant. Pourquoy a la reparacion de son meffait et pour le racheter de captivité eternelle et nous aussi vous fustes content de prendre mort en l'abre de la croix après que par judas le traistre vous fustes vendu .xxx. deniers sans plus. Et ung jour de vendredi ainsi fustes pené. et les mains et les piedz mortellement clouez et couronné d'une moult aspre couronne d'espines. Et puis longis vous frappa au cousté qui jamais n'avoit veu. et après qu'il mist sur ses yeulx de vostre sang precieulx il veit clerement. et puis descendites es enfers et en mittes hors voz amys. Et en la fin devant tous voz apostres. montastes es cieulx. Et laissates vostre lieutenant saint pierre. et ordonnastes baptesme pour nous regenerer et faire crestiens pour avoir sauvement. Sire comme tout cecy est vray et je le croy fermement. aujourd'uy soyés en aide a olivier pour le present qu'il ne soit mort ne vaincu: Cecy disant devotement en son secret tantost si luy apparust ung ange que dieu de paradis luy envoya. et dist l'ange a charles O empereur de noblesse saches de vray que je suis icy envoyé de par dieu te dire que tu ne te doubtes riens de olivier. car sans faulte il gaignera la bataille quoy qu'il tarde et sera par luy le sarrazin vaincu Cecy dit l'ange s'en alla et charles par glorieuse meditacion remercia dieu devotement. Toutesfois après plusieurs batailles entre fierabras et olivier faictes et grans menasses. Fierabras par grant fureur voulut frapper olivier oultre mesure. mais olivier qui veit le coup venir se desavança par telle maniere qu'il donna deux mauvais coupz a fierabras. Pourquoy le payen fut si induré de maltalent sur olivier et olivier sur luy que tous deux furent tresactifz de non jamais se departir jusques a tant que l'ung fust vaincu et destruit. Et pour celle fois olivier fut si fort affoibly que la main ou il tenoit son espee luy vint toute endormie et enflee pour la peine qu'il avoit de frapper. et lui desirant frapper son ennemy a oultrance son espee voula loing de luy plus d'une toise. dont il fut moult esmeu et determiné. et ce n'estoit point merveille. et moult courageusement courut prendre son espee. et mist sur sa teste son escu pour le preserver. mais nonobstant le payen le frappa deux fois si puissamment qu'il luy mist son escu en pluseurs parties. et son haulbert fut moult fort cassé et se trouva tout estourdy pour celle fois. et doubta si fort le payen qu'il n'osa prendre son espee. Et moult subitement les françois qui veirent ainsi olivier despourveu furent armez. et en propos de courre sur le sarrazin pour secourir olivier mais Charles ne voulut point que homme y alast leur disant que dieu estoit assez puissant pour le maintenir en son bon droit. car s'il n'eust contredit plus de .xiiii. mille hommes estoyent desja tous prestz pour y aler. et nonobstant de tout cecy le payen n'en fist que rire et dist a olivier. Pour verité j'ay obtenu sur toy ung petit de mon intencion. mais pourquoy n'oses tu prendre ton espee. et je congnois de present que tu es assez vaincu puis que tu te acouardis. tu ne te sçauroye baisser pour demy le tresor du monde. et je suis bien content de te faire une pache. Regnie la foy que tu tiens. le baptesme ou tu as esté lavé. et le dieu ou tu croys pour lequel tu as prins tant de peine. croy en mon dieu mahon plein de bonté et je te lairray vivre. Et plus oultre je seray bien content de te donner ma seur a femme en laquelle tu seras richement marié c'est floripes l'une des plus belle de mere nee. puis tantost conquerrons france avant que l'an soit passé. et de l'ung des royaulmes je te feray roy couronné. Olivier luy respondit. Payen tu me parle d'une grande folie: car a dieu ne plaise que jamais soye de telle intencion de laisser mon dieu qui m'a fait creé et formé et les saintz sacremens qui ont esté establis pour mon saulvement pour croire en mahom et en tes dieux pleins d'abusion qui n'ont force ne vertu sinon cause de damnacion. Fierabras luy dist. Par mon dieu mahon tu es tousjours bien obstiné pour peine ne pour tourment on ne te peut desvier. et d'une chose plus grande tu te peulx bien vanter que jamais de personne ne fus si travaillé ne si agravé comme je suis de toy et tu t'en dois bien louer. je suis content prens ton espee hardiment et seurement: car sans glave competent tu ne peulx valoir plus que une femme. Olivier respondit. Payen je ne sçauroy dire que tu ne me presentes service et bonté: mais pour la valeur de dix mille mars d'or je ne le feroye nompas pour mourir: car se j'avoye moyen toy mon espee par ta courtoisie: et il advenoit que tu fusses dessoubz ma puissance et tu me demandoies amitié et je te mettoye a mort ce seroit vileté a moy et reprouche. Et de present ma mort et ma vie soyent en la volenté de dieu mon createur auquel je me suis donné: mais je gaigneray mon espee ou tu le comparras et deusse cy mourir autre chose n'en auras Par ma foy dist fierabras tu es bien oultrecuidé et glorieux pourquoy soyes seur que briefvement seras confus desconfis et matté.

Le .xiii. chapitre.

Moult furent dolens les françoys quant ilz veirent olivier a pié et se vouloyent armer pour le secourir. mais charles n'y voulut pas consentir pour maintenir son honneur et sa loyaulté. et mist ledit charles les deux genoulx a terre. et fist priere a dieu qu'il fust en confort a olivier qui estoit ainsi de cheval despourveu. Quant olivier se veit ainsi de pié moult fut dolent. et vint a quatre pas de fierabras et luy dist. O roy d'alixandrie envers moy t'es vaillamment porté. aujourd'uy au matin tu t'es tant prisé et as dit que se cincq chevaliers venoyent a toy que tu le vouloyes attendre et conquester. et tu sçays que le roy qui occist cheval doit partie avoir en l'eritage Fierabras respondit. je sçay que tu as dit verité. mais je ne l'ay pas fait de mon gré. toutesfois affin que tu ne soyes mal content de moy je descendray a terre/ et te donneray mon cheval pommelé et tu seras bien monté/ et sachez que jamais jour de ma vie je ne fus si esbahy comme quant il t'a veu a terre qu'il ne t'a estranglé: car jamais je ne mys homme a terre et il fust present qu'il ne fust tantost par luy occis et mis a mort. Olivier respondit. je te prometz que je ne prendray ja ton cheval que premierement ne soit par moy conquesté et gaigné justement. Sur cecy fierabras fut tant noble que pour la vaillance de olivier va dire certes pour la noblesse que je congnois en toy. je vueil faire ce que jamais ne fis pour homme et mist piedz a terre. et fut content de batailler a luy a piedz pource qu'il avoit point de cheval qui fust sien. et estoit ledit fierabras plus hault que olivier d'ung grant pié. et joustoyent de pié l'ung contre l'autre d'un accort si merveilleusement que ce fut grant chose que tous deux ne demourerent au champ tous pasmez du travail qu'il vont la prendre. Ainsi continua celle bataille qui ne povoit prendre fin entre eulx. Pluseurs parolles et reprouches se disoyent l'un a l'autre. mais le noble empereur charles tout cecy voyant grant pitié luy print d'olivier. dont le conte Regnier qui estoit pere de olivier moult doulant de son filz vint aux piez de charles et dit. O noble empereur en l'onneur de dieu prens remors de mon filz que je voy en moment de mourir. aumoins fay priere a Jhesus le createur qu'il luy soit en aide par maniere que je le puisse revoir près de moy en santé. Incontinent charles va dire. Sire dieu se vous permettez que olivier soit vaincu. et que mon droit pour le present soit ainsi avillé je fais promesses que tout crestienté sera destruite. je ne laisseray en france eglise ne monastere. ymage ne aultel. Et puis se mist a deux genoulx a terre et pria en ceste maniere. Mon createur qui pour nostre salvacion naquistes de la vierge marie comme bien je le croy et de vostre glorieuse naissance tout le monde fut enluminé. qui alastes par le monde et y fustes plus de trentedeux ans passez. et fistes au commencement Adam et Eve desquelz nous sommes venuz. et fut en paradis terrestre lieu moult delectable: et leurs furent par vous tous fruitz abandonnez excepté seulement le fruit de vie comme vous pleust l'ordonner. duquel Adam mangea et fut desobeissant. Pourquoy a la reparacion de son meffait et pour le racheter de captivité eternelle et nous aussi vous fustes content de prendre mort en l'abre de la croix après que par judas le traistre vous fustes vendu .xxx. deniers sans plus. Et ung jour de vendredi ainsi fustes pené. et les mains et les piedz mortellement clouez et couronné d'une moult aspre couronne d'espines. Et puis longis vous frappa au cousté qui jamais n'avoit veu. et après qu'il mist sur ses yeulx de vostre sang precieulx il veit clerement. et puis descendites es enfers et en mittes hors voz amys. Et en la fin devant tous voz apostres. montastes es cieulx. Et laissates vostre lieutenant saint pierre. et ordonnastes baptesme pour nous regenerer et faire crestiens pour avoir sauvement. Sire comme tout cecy est vray et je le croy fermement. aujourd'uy soyés en aide a olivier pour le present qu'il ne soit mort ne vaincu: Cecy disant devotement en son secret tantost si luy apparust ung ange que dieu de paradis luy envoya. et dist l'ange a charles O empereur de noblesse saches de vray que je suis icy envoyé de par dieu te dire que tu ne te doubtes riens de olivier. car sans faulte il gaignera la bataille quoy qu'il tarde et sera par luy le sarrazin vaincu Cecy dit l'ange s'en alla et charles par glorieuse meditacion remercia dieu devotement. Toutesfois après plusieurs batailles entre fierabras et olivier faictes et grans menasses. Fierabras par grant fureur voulut frapper olivier oultre mesure. mais olivier qui veit le coup venir se desavança par telle maniere qu'il donna deux mauvais coupz a fierabras. Pourquoy le payen fut si induré de maltalent sur olivier et olivier sur luy que tous deux furent tresactifz de non jamais se departir jusques a tant que l'ung fust vaincu et destruit. Et pour celle fois olivier fut si fort affoibly que la main ou il tenoit son espee luy vint toute endormie et enflee pour la peine qu'il avoit de frapper. et lui desirant frapper son ennemy a oultrance son espee voula loing de luy plus d'une toise. dont il fut moult esmeu et determiné. et ce n'estoit point merveille. et moult courageusement courut prendre son espee. et mist sur sa teste son escu pour le preserver. mais nonobstant le payen le frappa deux fois si puissamment qu'il luy mist son escu en pluseurs parties. et son haulbert fut moult fort cassé et se trouva tout estourdy pour celle fois. et doubta si fort le payen qu'il n'osa prendre son espee. Et moult subitement les françois qui veirent ainsi olivier despourveu furent armez. et en propos de courre sur le sarrazin pour secourir olivier mais Charles ne voulut point que homme y alast leur disant que dieu estoit assez puissant pour le maintenir en son bon droit. car s'il n'eust contredit plus de .xiiii. mille hommes estoyent desja tous prestz pour y aler. et nonobstant de tout cecy le payen n'en fist que rire et dist a olivier. Pour verité j'ay obtenu sur toy ung petit de mon intencion. mais pourquoy n'oses tu prendre ton espee. et je congnois de present que tu es assez vaincu puis que tu te acouardis. tu ne te sçauroye baisser pour demy le tresor du monde. et je suis bien content de te faire une pache. Regnie la foy que tu tiens. le baptesme ou tu as esté lavé. et le dieu ou tu croys pour lequel tu as prins tant de peine. croy en mon dieu mahon plein de bonté et je te lairray vivre. Et plus oultre je seray bien content de te donner ma seur a femme en laquelle tu seras richement marié c'est floripes l'une des plus belle de mere nee. puis tantost conquerrons france avant que l'an soit passé. et de l'ung des royaulmes je te feray roy couronné. Olivier luy respondit. Payen tu me parle d'une grande folie: car a dieu ne plaise que jamais soye de telle intencion de laisser mon dieu qui m'a fait creé et formé et les saintz sacremens qui ont esté establis pour mon saulvement pour croire en mahom et en tes dieux pleins d'abusion qui n'ont force ne vertu sinon cause de damnacion. Fierabras luy dist. Par mon dieu mahon tu es tousjours bien obstiné pour peine ne pour tourment on ne te peut desvier. et d'une chose plus grande tu te peulx bien vanter que jamais de personne ne fus si travaillé ne si agravé comme je suis de toy et tu t'en dois bien louer. je suis content prens ton espee hardiment et seurement: car sans glave competent tu ne peulx valoir plus que une femme. Olivier respondit. Payen je ne sçauroy dire que tu ne me presentes service et bonté: mais pour la valeur de dix mille mars d'or je ne le feroye nompas pour mourir: car se j'avoye moyen toy mon espee par ta courtoisie: et il advenoit que tu fusses dessoubz ma puissance et tu me demandoies amitié et je te mettoye a mort ce seroit vileté a moy et reprouche. Et de present ma mort et ma vie soyent en la volenté de dieu mon createur auquel je me suis donné: mais je gaigneray mon espee ou tu le comparras et deusse cy mourir autre chose n'en auras Par ma foy dist fierabras tu es bien oultrecuidé et glorieux pourquoy soyes seur que briefvement seras confus desconfis et matté.

Comment en ceste bataille fierabras fut vaincu par olivier après que il eut recouvree l'une des espees de fierabrasLe .xiiii. chapitre.Quant fierabras va ouyr que olivier estoit si fier de fait et de couraige grant merveille s'en donna: car il n'avoit voulu son espee: mais la vouloit a juste guerre conquester pourquoy le payen vint desmesurement contre luy et tenoit en sa main plorance son espee: alors ce ne fut pas merveille se olivier eust paour de attendre son contraire: luy estant despourveu de glave et de son escu qui estoit cassé rompu et en deux parties divisé: mais comme il pleut a dieu il regarda au cousté de luy et veit le cheval de fierabras dont a l'arçon de sa selle estoyent les deux autres espees dont j'ay dessus parlé et tantost s'en y courut olivier moult abillement et print une des espees dessusdittes qui se disoit baptisme qui avoit le talliant moult large et reluysant a merveilles et puis s'en vint contre le payen et mist devant luy de son escu ce qu'il en povoit avoir. Et quant il fut près du payen il commença a dire. O roy d'alixandrie il est maintenant temps de compter: car je suis de present pourveu de vostre espee de laquelle je vous feray mal content et gardez vous bien de moy: car je vous deffie. Adonc quant fierabras le veit et l'eut ainsi ouy parler tantost il commença a muer la couleur et dit. o baptisme bonne espee maintz jours je t'ay gardee pour l'une des bonnes espees que jamais pendit au cousté de moy ne de homme qui oncques fut vivant. et puis regarda olivier en disant. Par mon dieu mahon je te cognois de grant fierté se tu veulx: pren ton espee et me laisse la mienne: et puis ferons comme nous avons commencé. Par mon chief dist olivier ce ne sera ja fait a mon gré: car avant que je face pache a toy je esproveray ceste espee sur ta personne: garde toy bien de moy car trop avons sermonné. Cecy disant et aultre chose comme ung lyon qui est affamé vint olivier contre fierabras le payen et frappa premierement son adversaire. mais ne le peust point attindre sur la teste qu'il ne rencontrast premierement l'escu du payen lequel il cassa et rompit mallement par telle façon que la moytié volla a ses piedz dont Fierabras redoubta moult celluy cop: car oultre tout l'espee de ce coup entra près d'ung piez dedens la terre. Adonc benist olivier celluy qui l'espee avoit forgee et trempee. Et après plusieurs menasses rigoreuse ilz furent en partie descouvers de leurs heaulmes. Et quant olivier veit le payen fierabras au visaige fier et courageux il va dire. O sire dieu de paradis createur du ciel et de la terre que celluy payen est preux et plain de cruaulté. Or fut il vray que maintenant le tenist charles a son povoir et qu'il se voulsit baptiser rolant et moy serions ses compaignons privez. Glorieuse vierge marie mere de dieu priés nostre seigneur jhesucrist vostre enfant qu'il doint grace a cestuy payen qu'il croye en la foy chrestienne car par luy moult pourroit estre exaulcee. Fierabras respondit en ceste maniere. Olivier laisse ces parolles. dy moy se tu veulx plus batailler ou que tu as entreprins. Ouy dist olivier garde toi de moy: car je te deffie. Et se coururent sus et fut premierement frappé olivier sus son escu par telle fierté et rudesse que au près du poing luy fut mis en pieces son escu et fut grant merveille qu'il ne fut coppé. Pourquoy ledit Fierabras luy dist ainsi qu'il l'avoit mys en terme par telle maniere qu'il n'avoit plus guaires a vivre en ce monde. Olivier ne dist mot: mais s'en vint a son espee contre le payen fierabras moult furieusement Adonc le payen qui veit le cop venir getta son escu contre olivier pourquoy il fut tantost esquartellé et furent tous deux si estourdis que les yeulx en la teste si leur furent tous de douleur troublez et firent faillir le feu des espees et escutz moult abondamment. Et ainsi en frappant fierabras dist au noble olivier en ceste maniere. Ores est il l'eure que jamais n'auras aide de ton dieu jhesus en qui tu croys que tantost ne soyes mort puis que tu te sens vaincu. Et olivier respondit Jhesus est bien puissant pour monstrer sa puissance: mais tantost tu congnoistras que mahon et tavergant ne te pourront aider: ne estre si grant que tu ne soyes mort je t'en feray tantost congnoissance. Et sur ce vindrent l'ung sur l'autre et olivier fut frappé sur son heaulme tout auprès de la chair par tel endroit que tout ce qu'il conceut trencha et passa oultre et dit a olivier: Je te jure mon dieu mahon que je t'ay bien conceu et feru: ne jamais ne verras charles ne rolant de ce tu es bien seur. Olivier respondit. O fierabras de alexandrie ne soyes si esperdu: car avant que je parte de toy je te tiendray mort ou vaincu: et dieu m'en ottroye ce que j'ay si souventesfois desiré. Et sur ce frapperent si merveilleusement l'un sur l'autre que les corps de tous deux tressuerent d'angoisse et peine. Fierabras frappa olivier sur son heaulme si durement que jusques a la chair il mist tout bas et se dieu n'y eust ouvré il estoit mort a celle foys. pourquoy olivier comme homme enraigé vint contre le payen et le payen leva hault son escu tant qu'il fut tout descouvert dessoubz les bras et eut desarmez les flans. Olivier fut saige et print garde au fait et bien tost. et frappa fierabras aux flans puissamment et tellement qu'il luy mist l'espee dedans l'un des flans bien perfont et fut son espee fort ensanglantee. Ainsi fut navré que a peu que les boyaulx de son ventre ne tombirent par terre. Car en celluy cop olivier employa toute sa puissance pour le mettre a fin: car longuement l'avoit combatu et luy fit prendre fin.

Le .xiiii. chapitre.

Quant fierabras va ouyr que olivier estoit si fier de fait et de couraige grant merveille s'en donna: car il n'avoit voulu son espee: mais la vouloit a juste guerre conquester pourquoy le payen vint desmesurement contre luy et tenoit en sa main plorance son espee: alors ce ne fut pas merveille se olivier eust paour de attendre son contraire: luy estant despourveu de glave et de son escu qui estoit cassé rompu et en deux parties divisé: mais comme il pleut a dieu il regarda au cousté de luy et veit le cheval de fierabras dont a l'arçon de sa selle estoyent les deux autres espees dont j'ay dessus parlé et tantost s'en y courut olivier moult abillement et print une des espees dessusdittes qui se disoit baptisme qui avoit le talliant moult large et reluysant a merveilles et puis s'en vint contre le payen et mist devant luy de son escu ce qu'il en povoit avoir. Et quant il fut près du payen il commença a dire. O roy d'alixandrie il est maintenant temps de compter: car je suis de present pourveu de vostre espee de laquelle je vous feray mal content et gardez vous bien de moy: car je vous deffie. Adonc quant fierabras le veit et l'eut ainsi ouy parler tantost il commença a muer la couleur et dit. o baptisme bonne espee maintz jours je t'ay gardee pour l'une des bonnes espees que jamais pendit au cousté de moy ne de homme qui oncques fut vivant. et puis regarda olivier en disant. Par mon dieu mahon je te cognois de grant fierté se tu veulx: pren ton espee et me laisse la mienne: et puis ferons comme nous avons commencé. Par mon chief dist olivier ce ne sera ja fait a mon gré: car avant que je face pache a toy je esproveray ceste espee sur ta personne: garde toy bien de moy car trop avons sermonné. Cecy disant et aultre chose comme ung lyon qui est affamé vint olivier contre fierabras le payen et frappa premierement son adversaire. mais ne le peust point attindre sur la teste qu'il ne rencontrast premierement l'escu du payen lequel il cassa et rompit mallement par telle façon que la moytié volla a ses piedz dont Fierabras redoubta moult celluy cop: car oultre tout l'espee de ce coup entra près d'ung piez dedens la terre. Adonc benist olivier celluy qui l'espee avoit forgee et trempee. Et après plusieurs menasses rigoreuse ilz furent en partie descouvers de leurs heaulmes. Et quant olivier veit le payen fierabras au visaige fier et courageux il va dire. O sire dieu de paradis createur du ciel et de la terre que celluy payen est preux et plain de cruaulté. Or fut il vray que maintenant le tenist charles a son povoir et qu'il se voulsit baptiser rolant et moy serions ses compaignons privez. Glorieuse vierge marie mere de dieu priés nostre seigneur jhesucrist vostre enfant qu'il doint grace a cestuy payen qu'il croye en la foy chrestienne car par luy moult pourroit estre exaulcee. Fierabras respondit en ceste maniere. Olivier laisse ces parolles. dy moy se tu veulx plus batailler ou que tu as entreprins. Ouy dist olivier garde toi de moy: car je te deffie. Et se coururent sus et fut premierement frappé olivier sus son escu par telle fierté et rudesse que au près du poing luy fut mis en pieces son escu et fut grant merveille qu'il ne fut coppé. Pourquoy ledit Fierabras luy dist ainsi qu'il l'avoit mys en terme par telle maniere qu'il n'avoit plus guaires a vivre en ce monde. Olivier ne dist mot: mais s'en vint a son espee contre le payen fierabras moult furieusement Adonc le payen qui veit le cop venir getta son escu contre olivier pourquoy il fut tantost esquartellé et furent tous deux si estourdis que les yeulx en la teste si leur furent tous de douleur troublez et firent faillir le feu des espees et escutz moult abondamment. Et ainsi en frappant fierabras dist au noble olivier en ceste maniere. Ores est il l'eure que jamais n'auras aide de ton dieu jhesus en qui tu croys que tantost ne soyes mort puis que tu te sens vaincu. Et olivier respondit Jhesus est bien puissant pour monstrer sa puissance: mais tantost tu congnoistras que mahon et tavergant ne te pourront aider: ne estre si grant que tu ne soyes mort je t'en feray tantost congnoissance. Et sur ce vindrent l'ung sur l'autre et olivier fut frappé sur son heaulme tout auprès de la chair par tel endroit que tout ce qu'il conceut trencha et passa oultre et dit a olivier: Je te jure mon dieu mahon que je t'ay bien conceu et feru: ne jamais ne verras charles ne rolant de ce tu es bien seur. Olivier respondit. O fierabras de alexandrie ne soyes si esperdu: car avant que je parte de toy je te tiendray mort ou vaincu: et dieu m'en ottroye ce que j'ay si souventesfois desiré. Et sur ce frapperent si merveilleusement l'un sur l'autre que les corps de tous deux tressuerent d'angoisse et peine. Fierabras frappa olivier sur son heaulme si durement que jusques a la chair il mist tout bas et se dieu n'y eust ouvré il estoit mort a celle foys. pourquoy olivier comme homme enraigé vint contre le payen et le payen leva hault son escu tant qu'il fut tout descouvert dessoubz les bras et eut desarmez les flans. Olivier fut saige et print garde au fait et bien tost. et frappa fierabras aux flans puissamment et tellement qu'il luy mist l'espee dedans l'un des flans bien perfont et fut son espee fort ensanglantee. Ainsi fut navré que a peu que les boyaulx de son ventre ne tombirent par terre. Car en celluy cop olivier employa toute sa puissance pour le mettre a fin: car longuement l'avoit combatu et luy fit prendre fin.

Comment fierabras vaincu creut en dieu. et comment il fut porté par olivier et comment il fut assailly des sarrazins et tormenté.Le .xv. chapitre.Après que le payen fut frappé et navré mortellement comme j'ay dit et luy voyant qu'il ne povoit plus resister contre olivier par la vertu de dieu il fut illuminé tellement qu'il eut congnoissance de l'erreur des payens et leva les yeulx contre le ciel et commença a escrier la grace de la saincte trinité: et puis regarda olivier et dist. O noble olivier et vaillant chevalier en l'onneur de dieu que tu croys auquel je consens je te crye mercy et te requiers que je ne meure pas jusques je soye baptisé et rendu vaincu a charles qui tant est redoubté car je croiray en la foy crestienne et rendray les relicques dont vous estes assemblez et pour lesquelles vous prenés tant de peine et je te jure que se par ton deffault je meurs sarrazin: de mon damnement je te feray culpable. et se tu ne me prens en ta garde je pers mon sang tu me verras mourir devant tes yeulx: pourquoy en l'onneur de dieu aye pitié de moy. Olivier eut telle compassion de luy pour son mal moult fermement ploura et puis le coucha a l'ombre dessoubz ung arbre et puis luy benda ses playes mortelles et les luy benda par telle maniere qu'il ne perdoit plus son sang si habondamment et puis luy pria le payen qu'il luy pleust de le porter. car luymesmes ne s'en pourroit aller: mais quant olivier veit qu'il estoit moult pesant luy dist qu'il estoit a luy impossible. Fierabras moult s'esforça et vint près de luy et dist. O noble olivier en l'onneur de dieu meines moy a charles avant que je meure. car je suis près de ma fin tout mon corps saigne prens celluy cheval et monte dessus et viens près de moy se je puis traverser devant toy sur l'arçon de la selle tu me pourras mener et tiens mon espee et la metz a ton cousté si en auras quatre que lon ne sauroit payer et te despaische: car aujourd'uy au matin j'ay laissé en ce boys que tu voys la près de nous cincquante mille hommes qui sont tous mes subjetz et leur ay dit que nul ne bougast jusques je fusses retourné de la bataille. Quant olivier l'eut entendu il en fut tout effroié. mais nonobstant dist il. Sire roy puis qu'il vous plaist j'en suis content et monta au travers sur le cheval comme il estoit dit et se mist a chemin en grant douleur. et subitement va partir de celuy boys ou estoient les subjectz de Fierabras ung moult fier payen nomme Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres. Le roy de mantrible. Le roy maradas / et bien cincquante mille après. Quant olivier le veit venir il commença a frapper de l'esperon son cheval. mais sa charge estoit si pesante qu'il ne pouvoit aller selon que les ennemys venoient a luy. quant les françoys veirent venir payens en si grant nombre moult habilement furent armez et entre les aultres Rolant Gerard de mondidier Guillaume l'estoc. Naymes de bavyeres. Ogier. Richard de normandie. Guy de bourgoigne. Geoffroy l'angevin et semblablement Regnier de gennes pere de olivier ne faillit point. Olivier regarda aval le pré et veit venir les aultres. Brullant de mommiere qui estoit monté sur ung cheval qui couroit comme ung lievre et fasoit moult grant bruyt entre les aultres. car il sembloit que ce fust fouldre et tempeste. et en sa main portoit ung dart a grant fer d'acier quarré et agu qui estoit tout envenymé du sang d'ung crapault et estoit fort dangereux: Quant olivier le veit il fut tout esbahy et dist a Fierabras. Sire roy il fault que vous descendiés plus ne vous puis conduyre dont je suys desplaisant. et je congnois qu'il me convient estre oppressé vous le veez. et s'ilz me peuvent attaindre je seray mis a mort. ne jamais charles ne me verra qui luy sera grant desconfort. tantost Fierabras crya a haulte voix O noble olivier me voulés vous laisser. vous m'avés conquis a vous me suis donné et rendu. ce ne seroit pas noblement fait a vous de me regnyer. Helas povre dolent et chetif que je suis se je meurs payen que deviendray je vierge marie mere de dieu prenés pitié de moy indigne que je suis de me trouver a vous puis dist a olivier. O noble conte je suis conquis par toy et ay promis que je me feray baptiser. se tu me laisse tu te peulx bien peu priser encores vois je que ne suis ne frappé ne vaincu. Olivier respondit. Fierabras tu parles en chevalier. mais je voue dieu et la court celestielle que je ne te laisseray si auray je bataille pour toy et deffendray tant que je seray en vie tu t'y peulx bien fier et sur ce il print le haubert du sarrazin et de ce qu'il se peust mieulx armer prestement s'abilla et mist a sa teste ung chappeau de fin acier. et tint son espee traicte nommee haulteclere de laquelle il se sçavoit bien aider. et sur cecy tantost vint Brullant a tout son faulx dart et si attaint olivier en la poictrine et luy donna ung mauvais coup tellement que celluy faulx dart se rompit. adonc dist Fierabras. Sire olivier vous avés assés fait pour moy. car vous en estes navré. descendés moy et me mettés a part hors du chemin affin que je ne soye foulé des sarrazins prins ne gasté. De cecy eut grant compassion olivier. et mist le payen a l'ombre d'ung pin loing de la voye. Et quant il s'en voulut fouyr il veit entour luy bien dix mille sarrazins et va dire. Helas bon jhesus mon createur tu scés mon intencion. je te requiers que tu me donne grace que je ne meure point pour le present jusques a ce que pour l'exaltation de la sainte foy me trouve avec rolant mon compaignon. et au nom de jhesus trait haulteclere et se mist en chemin et le premier qu'il rencontra ce fut le filz du plus grant que y fust. et luy donna tel coup qu'il le fendit jusques a la poictrine bien avant et cheut mort. et olivier fut abille et print son escu tout neuf. car en la bataille devant faicte il avoit perdu le sien. et aussi il eut sa lance et laissa courre son cheval et se mesla parmy ces mescreans. et va ataindre du premier coup clorgis et le frape jusques au cueur dont fut la mort et en se retournant trois sarrazins a occis et couroyent devant luy comme les brebis devant le loup qui est affamé. Sur ce vindrent sur luy maradas. turgis. fortibrant de conimbres et le roy margaris et le crierent a haute voix tous ensemble. par mahon nostre dieu françois de nous n'eschapperas garde toy bien. car par nous tu mourras. et sur ce olivier vint aux ennemis et frappa et les mist a mort. Et ces sarrazins fraperent dessus luy dont ce fut merveilles qu'il ne fut deschappelé et vaincu. mais a force de coupz et de trait son cheval luy fut occis dessoubz luy. et luy estant a terre a force le plus tost qu'il peust se leva sus et tout dempié mist devant luy l'escu qu'il avoit conquesté et tint haulteclere qui estoit tout son confort pour le devoir secourir. Tousjours celluy qu'il en attaignoit tresbuschoit bas et estoit mis a mort. On ne list point en livre que oncques homme desja navré comme il estoit fist si grant portement.

Le .xv. chapitre.

Après que le payen fut frappé et navré mortellement comme j'ay dit et luy voyant qu'il ne povoit plus resister contre olivier par la vertu de dieu il fut illuminé tellement qu'il eut congnoissance de l'erreur des payens et leva les yeulx contre le ciel et commença a escrier la grace de la saincte trinité: et puis regarda olivier et dist. O noble olivier et vaillant chevalier en l'onneur de dieu que tu croys auquel je consens je te crye mercy et te requiers que je ne meure pas jusques je soye baptisé et rendu vaincu a charles qui tant est redoubté car je croiray en la foy crestienne et rendray les relicques dont vous estes assemblez et pour lesquelles vous prenés tant de peine et je te jure que se par ton deffault je meurs sarrazin: de mon damnement je te feray culpable. et se tu ne me prens en ta garde je pers mon sang tu me verras mourir devant tes yeulx: pourquoy en l'onneur de dieu aye pitié de moy. Olivier eut telle compassion de luy pour son mal moult fermement ploura et puis le coucha a l'ombre dessoubz ung arbre et puis luy benda ses playes mortelles et les luy benda par telle maniere qu'il ne perdoit plus son sang si habondamment et puis luy pria le payen qu'il luy pleust de le porter. car luymesmes ne s'en pourroit aller: mais quant olivier veit qu'il estoit moult pesant luy dist qu'il estoit a luy impossible. Fierabras moult s'esforça et vint près de luy et dist. O noble olivier en l'onneur de dieu meines moy a charles avant que je meure. car je suis près de ma fin tout mon corps saigne prens celluy cheval et monte dessus et viens près de moy se je puis traverser devant toy sur l'arçon de la selle tu me pourras mener et tiens mon espee et la metz a ton cousté si en auras quatre que lon ne sauroit payer et te despaische: car aujourd'uy au matin j'ay laissé en ce boys que tu voys la près de nous cincquante mille hommes qui sont tous mes subjetz et leur ay dit que nul ne bougast jusques je fusses retourné de la bataille. Quant olivier l'eut entendu il en fut tout effroié. mais nonobstant dist il. Sire roy puis qu'il vous plaist j'en suis content et monta au travers sur le cheval comme il estoit dit et se mist a chemin en grant douleur. et subitement va partir de celuy boys ou estoient les subjectz de Fierabras ung moult fier payen nomme Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres. Le roy de mantrible. Le roy maradas / et bien cincquante mille après. Quant olivier le veit venir il commença a frapper de l'esperon son cheval. mais sa charge estoit si pesante qu'il ne pouvoit aller selon que les ennemys venoient a luy. quant les françoys veirent venir payens en si grant nombre moult habilement furent armez et entre les aultres Rolant Gerard de mondidier Guillaume l'estoc. Naymes de bavyeres. Ogier. Richard de normandie. Guy de bourgoigne. Geoffroy l'angevin et semblablement Regnier de gennes pere de olivier ne faillit point. Olivier regarda aval le pré et veit venir les aultres. Brullant de mommiere qui estoit monté sur ung cheval qui couroit comme ung lievre et fasoit moult grant bruyt entre les aultres. car il sembloit que ce fust fouldre et tempeste. et en sa main portoit ung dart a grant fer d'acier quarré et agu qui estoit tout envenymé du sang d'ung crapault et estoit fort dangereux: Quant olivier le veit il fut tout esbahy et dist a Fierabras. Sire roy il fault que vous descendiés plus ne vous puis conduyre dont je suys desplaisant. et je congnois qu'il me convient estre oppressé vous le veez. et s'ilz me peuvent attaindre je seray mis a mort. ne jamais charles ne me verra qui luy sera grant desconfort. tantost Fierabras crya a haulte voix O noble olivier me voulés vous laisser. vous m'avés conquis a vous me suis donné et rendu. ce ne seroit pas noblement fait a vous de me regnyer. Helas povre dolent et chetif que je suis se je meurs payen que deviendray je vierge marie mere de dieu prenés pitié de moy indigne que je suis de me trouver a vous puis dist a olivier. O noble conte je suis conquis par toy et ay promis que je me feray baptiser. se tu me laisse tu te peulx bien peu priser encores vois je que ne suis ne frappé ne vaincu. Olivier respondit. Fierabras tu parles en chevalier. mais je voue dieu et la court celestielle que je ne te laisseray si auray je bataille pour toy et deffendray tant que je seray en vie tu t'y peulx bien fier et sur ce il print le haubert du sarrazin et de ce qu'il se peust mieulx armer prestement s'abilla et mist a sa teste ung chappeau de fin acier. et tint son espee traicte nommee haulteclere de laquelle il se sçavoit bien aider. et sur cecy tantost vint Brullant a tout son faulx dart et si attaint olivier en la poictrine et luy donna ung mauvais coup tellement que celluy faulx dart se rompit. adonc dist Fierabras. Sire olivier vous avés assés fait pour moy. car vous en estes navré. descendés moy et me mettés a part hors du chemin affin que je ne soye foulé des sarrazins prins ne gasté. De cecy eut grant compassion olivier. et mist le payen a l'ombre d'ung pin loing de la voye. Et quant il s'en voulut fouyr il veit entour luy bien dix mille sarrazins et va dire. Helas bon jhesus mon createur tu scés mon intencion. je te requiers que tu me donne grace que je ne meure point pour le present jusques a ce que pour l'exaltation de la sainte foy me trouve avec rolant mon compaignon. et au nom de jhesus trait haulteclere et se mist en chemin et le premier qu'il rencontra ce fut le filz du plus grant que y fust. et luy donna tel coup qu'il le fendit jusques a la poictrine bien avant et cheut mort. et olivier fut abille et print son escu tout neuf. car en la bataille devant faicte il avoit perdu le sien. et aussi il eut sa lance et laissa courre son cheval et se mesla parmy ces mescreans. et va ataindre du premier coup clorgis et le frape jusques au cueur dont fut la mort et en se retournant trois sarrazins a occis et couroyent devant luy comme les brebis devant le loup qui est affamé. Sur ce vindrent sur luy maradas. turgis. fortibrant de conimbres et le roy margaris et le crierent a haute voix tous ensemble. par mahon nostre dieu françois de nous n'eschapperas garde toy bien. car par nous tu mourras. et sur ce olivier vint aux ennemis et frappa et les mist a mort. Et ces sarrazins fraperent dessus luy dont ce fut merveilles qu'il ne fut deschappelé et vaincu. mais a force de coupz et de trait son cheval luy fut occis dessoubz luy. et luy estant a terre a force le plus tost qu'il peust se leva sus et tout dempié mist devant luy l'escu qu'il avoit conquesté et tint haulteclere qui estoit tout son confort pour le devoir secourir. Tousjours celluy qu'il en attaignoit tresbuschoit bas et estoit mis a mort. On ne list point en livre que oncques homme desja navré comme il estoit fist si grant portement.


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