Comment olivier fut prins et bendé les yeulx piteusement qu'il ne peust estre secouru par les françois.Le .xvi. chapitre.Olivier retourna tout seul et de pié entre ces sarrazins esquelz il fit grant resistance et merveilleuse: mais ne luy fut pas chose possible que il peut eschapper de leurs mains. car a glayves a espees et a faulx dartz de fer le vont tant presser que son escu fut percé en plus de trente lieux et quant son haubert fut aussi percé. cassé et rompu. de quatre faulx dartz agus le vont percer au corps mortellement parquoy force luy fut qu'il cheust a terre et le prindrent moult oultrageusement. et puis luy ont bendé les yeulx et conceuz estroictement qu'il ne veoit riens. ne ne sçavoit ou il estoit. et le monterent sur ung bon cheval et l'estacherent bien seurement. Et quant cestuy vaillant olivier fut ainsi despourveu de toute adjutoire. de toute clarté. de toute esperance. de tout confort. que sans le dire se peut entendre. luy estant en celle desplaisance. car il ne sçavoit qu'on alloit faire de luy a haulte voix par une compassion de cueur va dire. O charlemaigne roy de noblesse. empereur de valeur ou es tu maintenant. et sçay tu point ou je suis voy tu riens que je fais. te souvient il de moy. noble compaignon rolant es tu bien endormy. suis je sourt ou comment je ne puis ouyr. Est il homme crestien qui s'en peust souvenir. Cecy et aultres plaintes faisant le roy maradas luy dist. Françoys quelque tu soyes tu parles de folie. car je ne mengeray que tu ne soyes pendu Ces sarrazins s'en coururent a tout olivier les yeulx bendez. les mains liees bien estroictement en la garde de quatre faulx tyrans. Et specialement sur ce vindrent rolant. tierry. et tous les pers et charles aussy. mais ce fut bien tart pour saulver olivier a grans crys requierent dieu et tous les saintz de paradis. et avec parolles malicieuses rolant frappa corsuble en la poictrine. Gerard de mondidier vint contre turgis. ogier fier athennas et richard de normandie. guy de bourgoigne brullant. Il n'y eut celluy des pers de france n'ait mis bas son homme. et firent si grant desconfite de ses sarrazins qu'ilz estoient tous empechez d'eulx tenir a aller oultre. mais les aultres payens qui conduisoient olivier alloyent tousjours oultre. Et a celle bataille fut occis guillaume gautier et assez des françoys moult valeureuses gens et plusieurs menues gens des françoys. Et misdrent par terre gerad de mondidier le filz au duc tyerry. Guillaume l'estoc. et geoffroy l'engevin. et puis diligenment les lierent a cheval. et chevaucherent moult hastivement. mais quant charles les veit ainsi emmener. a bien peu qu'il ne perdit le sens et a haulte voix crya sauvegarde secours a ses barons. o chevaliers desloyaulx que vous estes tardifz. s'ilz emmaine les contes ja bien ne vous en viendra. Quant les françoys ouyrent charles ainsi esmeu comme enragés frapperent des esperons et les vindrent attendre au bas d'une montee. et se trouva rolant des premiers qui tint son espee durandal traicte pour se venger fierement et celluy qu'il attaignoit estoit bien seur de passer par la mort. car il estoit tout enragé de ce qu'on emmenoit son compaignon olivier. et va attaindre lampatris et le fendit jusques au millieu du corps. Et en celle heure fit grant portement rolant. mais a cause de la multitude des payens ilz ne peurent passer oultre pour secourir les barons prisonniers. et les dechasserent plus de cinq lieues de long et si ne les sceurent approcher. Et furent pour lors plusieurs bons chevaulx mors morfonduz et lassez. Et nonobstant rolant jura que jamais ne tourneroit jusques a tant que les barons de france fussent ostez de la main de leurs ennemis. mais il ne se peust faire. car la nuyt survint et ne sçavoient ou aller. Les sarrazins qui estoient devant vont tousjours fuyant a leur plaisir. Cecy voiant charles ne sceut plus qu'il deust dire ne faire. car il doubtoit que les payens n'eussent fait agait et arriere garde pour les laisser enclorre. Et par ainsi leur fut force laisser les champs et en grant desplaisance d'angoisse se vont tous mettre a eulx en retourner.
Le .xvi. chapitre.
Olivier retourna tout seul et de pié entre ces sarrazins esquelz il fit grant resistance et merveilleuse: mais ne luy fut pas chose possible que il peut eschapper de leurs mains. car a glayves a espees et a faulx dartz de fer le vont tant presser que son escu fut percé en plus de trente lieux et quant son haubert fut aussi percé. cassé et rompu. de quatre faulx dartz agus le vont percer au corps mortellement parquoy force luy fut qu'il cheust a terre et le prindrent moult oultrageusement. et puis luy ont bendé les yeulx et conceuz estroictement qu'il ne veoit riens. ne ne sçavoit ou il estoit. et le monterent sur ung bon cheval et l'estacherent bien seurement. Et quant cestuy vaillant olivier fut ainsi despourveu de toute adjutoire. de toute clarté. de toute esperance. de tout confort. que sans le dire se peut entendre. luy estant en celle desplaisance. car il ne sçavoit qu'on alloit faire de luy a haulte voix par une compassion de cueur va dire. O charlemaigne roy de noblesse. empereur de valeur ou es tu maintenant. et sçay tu point ou je suis voy tu riens que je fais. te souvient il de moy. noble compaignon rolant es tu bien endormy. suis je sourt ou comment je ne puis ouyr. Est il homme crestien qui s'en peust souvenir. Cecy et aultres plaintes faisant le roy maradas luy dist. Françoys quelque tu soyes tu parles de folie. car je ne mengeray que tu ne soyes pendu Ces sarrazins s'en coururent a tout olivier les yeulx bendez. les mains liees bien estroictement en la garde de quatre faulx tyrans. Et specialement sur ce vindrent rolant. tierry. et tous les pers et charles aussy. mais ce fut bien tart pour saulver olivier a grans crys requierent dieu et tous les saintz de paradis. et avec parolles malicieuses rolant frappa corsuble en la poictrine. Gerard de mondidier vint contre turgis. ogier fier athennas et richard de normandie. guy de bourgoigne brullant. Il n'y eut celluy des pers de france n'ait mis bas son homme. et firent si grant desconfite de ses sarrazins qu'ilz estoient tous empechez d'eulx tenir a aller oultre. mais les aultres payens qui conduisoient olivier alloyent tousjours oultre. Et a celle bataille fut occis guillaume gautier et assez des françoys moult valeureuses gens et plusieurs menues gens des françoys. Et misdrent par terre gerad de mondidier le filz au duc tyerry. Guillaume l'estoc. et geoffroy l'engevin. et puis diligenment les lierent a cheval. et chevaucherent moult hastivement. mais quant charles les veit ainsi emmener. a bien peu qu'il ne perdit le sens et a haulte voix crya sauvegarde secours a ses barons. o chevaliers desloyaulx que vous estes tardifz. s'ilz emmaine les contes ja bien ne vous en viendra. Quant les françoys ouyrent charles ainsi esmeu comme enragés frapperent des esperons et les vindrent attendre au bas d'une montee. et se trouva rolant des premiers qui tint son espee durandal traicte pour se venger fierement et celluy qu'il attaignoit estoit bien seur de passer par la mort. car il estoit tout enragé de ce qu'on emmenoit son compaignon olivier. et va attaindre lampatris et le fendit jusques au millieu du corps. Et en celle heure fit grant portement rolant. mais a cause de la multitude des payens ilz ne peurent passer oultre pour secourir les barons prisonniers. et les dechasserent plus de cinq lieues de long et si ne les sceurent approcher. Et furent pour lors plusieurs bons chevaulx mors morfonduz et lassez. Et nonobstant rolant jura que jamais ne tourneroit jusques a tant que les barons de france fussent ostez de la main de leurs ennemis. mais il ne se peust faire. car la nuyt survint et ne sçavoient ou aller. Les sarrazins qui estoient devant vont tousjours fuyant a leur plaisir. Cecy voiant charles ne sceut plus qu'il deust dire ne faire. car il doubtoit que les payens n'eussent fait agait et arriere garde pour les laisser enclorre. Et par ainsi leur fut force laisser les champs et en grant desplaisance d'angoisse se vont tous mettre a eulx en retourner.
La seconde partie du second livre contient .xvii. chapitres et parle du torment des barons de france. et comment ceulx qui ne furent point prins allerent parler a Ballant l'admiral d'espaigne.Comment fierabras fut trouvé par charles l'empereur. et puis baptisé et guery de ses playes.Le premier chapitre.Après que charles congneut qu'il ne povoit ravoir olivier ne les aultres prisonniers. force luy fut de retourner avec ses gens. car la nuyt leur fut pour lors nuysable. et ainsi en retournant vont trouver Fierabras dessoubz ung arbre languissant. auquel le roy va dire. O payen malheureux je te doy bien hayr. car par toy sont mes hommes prisonniers et perdus. Tu m'as osté olivier l'un des bien aymez que j'eusse entre tous les humains celluy qui a esté singulier a maintenir mon honneur. et par toy en la fin en lieu de joye me rens douleur quant fierabras l'entendit ung grant soupir va getter et dire. O riche empereur et noble le plus puissant des humains. en l'onneur de dieu je te crye mercy pardonne moy. Il est vray que olivier m'a conquis ja ne le celeray et luy ay promis que je me feray crestien j'ay laissé tous mes dieux et n'en fais plus compte et me rens a jhesus le createur du monde. et te requier de rechief que je soye baptisé. et se je estoie de mes playes guery. je exaulceroie de mon povoir la foy crestiene et seryont fais plusieurs crestiens moyen moy. Je rendray le saint sepulchre et les reliques saintes dont vous prenez tant de peine. Et si vous fais serment par le dieu que je croy que je suis plus dolent du noble olivier qui est prins pour prisonnier que je ne suis de mon corps qui est navré mortellement. et se dieu plaist nous l'aurons une foys. Pourquoy concluons que je soye crestien se je meurs sarrazin il vous sera reprouche. et charles qui en eut compassion le fit porter en son logis par ses barons. Quant ilz le veirent ainsi membré il furent tous esbahis de la grandeur et grosseur de luy: car quant il fut desarmé c'estoit ung des beaulx hommes qui fust jamais veu et tous les françoys donnerent grant honneur a olivier qui avoit combatu ung tel homme. Et ainsi qu'il fut devestu ses playes se vont ouvrir et commencerent a seigner dont le cueur luy faillit et cheut tout paulmé Mais rolant le retint Et tantost furent les fons aprestés. et incontinent on manda l'arcevesque Turpin et naymon qui estoient moult joyeulx de ce que celluy payen devoit estre crestien. Et après que le baptesme fut apresté les sarrazins luy misrent aultre nom. et fut nommé florent. mais tant comme il vesquit fierabras s'appella. Et la fut mis en ung lit moult honnorable. et en la fin de ses jours fut saint et fist plusieurs miracles. Et se dit ores saint Florent de roye. Et puis tantost l'empereur le fist visiter par les medecins bien expers. et cercherent en toutes ses playes les plus mortelles. et comment il pleust a dieu ilz ne trouverent point les boyaulx entamés Pourquoy les medecins furent seurs de le rendre bien guary devant deux moys advenir. En faisant celle visitacion l'empereur estoit present et dist a fierabras. Si devant toy tu veois Olivier et les aultres prisonniers nous serions bien contens. Et se tenoit charles assis couroucé et marri moult fort pensant sur les barons plus qu'il n'en faisoit semblant.
La seconde partie du second livre contient .xvii. chapitres et parle du torment des barons de france. et comment ceulx qui ne furent point prins allerent parler a Ballant l'admiral d'espaigne.
Le premier chapitre.
Après que charles congneut qu'il ne povoit ravoir olivier ne les aultres prisonniers. force luy fut de retourner avec ses gens. car la nuyt leur fut pour lors nuysable. et ainsi en retournant vont trouver Fierabras dessoubz ung arbre languissant. auquel le roy va dire. O payen malheureux je te doy bien hayr. car par toy sont mes hommes prisonniers et perdus. Tu m'as osté olivier l'un des bien aymez que j'eusse entre tous les humains celluy qui a esté singulier a maintenir mon honneur. et par toy en la fin en lieu de joye me rens douleur quant fierabras l'entendit ung grant soupir va getter et dire. O riche empereur et noble le plus puissant des humains. en l'onneur de dieu je te crye mercy pardonne moy. Il est vray que olivier m'a conquis ja ne le celeray et luy ay promis que je me feray crestien j'ay laissé tous mes dieux et n'en fais plus compte et me rens a jhesus le createur du monde. et te requier de rechief que je soye baptisé. et se je estoie de mes playes guery. je exaulceroie de mon povoir la foy crestiene et seryont fais plusieurs crestiens moyen moy. Je rendray le saint sepulchre et les reliques saintes dont vous prenez tant de peine. Et si vous fais serment par le dieu que je croy que je suis plus dolent du noble olivier qui est prins pour prisonnier que je ne suis de mon corps qui est navré mortellement. et se dieu plaist nous l'aurons une foys. Pourquoy concluons que je soye crestien se je meurs sarrazin il vous sera reprouche. et charles qui en eut compassion le fit porter en son logis par ses barons. Quant ilz le veirent ainsi membré il furent tous esbahis de la grandeur et grosseur de luy: car quant il fut desarmé c'estoit ung des beaulx hommes qui fust jamais veu et tous les françoys donnerent grant honneur a olivier qui avoit combatu ung tel homme. Et ainsi qu'il fut devestu ses playes se vont ouvrir et commencerent a seigner dont le cueur luy faillit et cheut tout paulmé Mais rolant le retint Et tantost furent les fons aprestés. et incontinent on manda l'arcevesque Turpin et naymon qui estoient moult joyeulx de ce que celluy payen devoit estre crestien. Et après que le baptesme fut apresté les sarrazins luy misrent aultre nom. et fut nommé florent. mais tant comme il vesquit fierabras s'appella. Et la fut mis en ung lit moult honnorable. et en la fin de ses jours fut saint et fist plusieurs miracles. Et se dit ores saint Florent de roye. Et puis tantost l'empereur le fist visiter par les medecins bien expers. et cercherent en toutes ses playes les plus mortelles. et comment il pleust a dieu ilz ne trouverent point les boyaulx entamés Pourquoy les medecins furent seurs de le rendre bien guary devant deux moys advenir. En faisant celle visitacion l'empereur estoit present et dist a fierabras. Si devant toy tu veois Olivier et les aultres prisonniers nous serions bien contens. Et se tenoit charles assis couroucé et marri moult fort pensant sur les barons plus qu'il n'en faisoit semblant.
Comment olivier et ses compaignons furent presentés a Balam l'admiral et cruellement passionnez de prison.Le .ii. chapitre.Les sarrazins après qu'ilz eurent les barons de france dessus nommés pour prisonniers ilz n'arresterent de courre jusques qu'ilz fussent en une riche cité qui se disoit aigremoire. et a l'entree de la cité ilz vont sonner trompettes faisant grant bruit. Quant Balam l'admiral pere de Fierabras les veit venir il s'en vint au devant d'eulx et se mist près de brullant de mommiere. auquel l'admiral va dire. O brullant mon amy comptez nous des nouvelles comment se portent mes affaires. avez vous prins l'empereur charles que tant se fait redoubter. et ces pers de france sont ilz point desconfitz. Brullant luy va dire. O sire admiral les nouvelles que je vous apporte sont beaucoup moindres que vous ne dittes. De par le roy charles nous avons a peu esté deffaitz et desconfitz. car sa puissance est chose merveilleuse. Fierabras vostre filz est avec luy vaincu par l'ung de ses barons et c'est fait crestien. et a esté prins vaincu. Et en loyalle bataille sans faire traison. Et quant l'admiral l'eut entendu tout transy va cheoir a terre. et avant qu'il peust retourner en sa memoire il demoura une grant piece de la douleur qu'il eut de son filz. Et quant il fut relevé il va crier a haulte voix O dolent malheureux que je suis povre chetif que doys je devenir. O fierabras mon fils treschier ou estes vous allé dont vient cestuy meffaict de quoy vous fustes prins qui jamais en bataille ne fustes lassé ne reprins. O la maulvaise nouvelle qu'on m'a comptee de vous. s'il s'est fait crestien dolant suis de sa vie j'aymaisse mieulx qu'il eust esté desmembré et mys a mort. et sur ce comme tout scandalizé cheut a terre et va crier. O brullant de mommiere qu'est devenu le roy si noble de cordube et mon nepveu bruchard et nugis de pramelle. puis mon filz fierabras le conduiseur de tout s'il est vray qu'il soit perdu je fendray la cervelle a mahommet le dieu qui m'a promis tant de biens a qui je me suis donné et rendu: Ce disant comme tout enraigé se tormenta briefvement sur la terre. et quant l'admiral fut ung peu refroidi de son mal. il demanda a brullant lequel estoit le chevalier qui avoit vaincu fierabras son filz brullant respondit. Sire admiral vostre filz a esté conquis par cestuy damoyseau en luy demonstrant olivier qui estoit beau et bien formé et membré: lequel eut entre les aultres les ieulx bendez. Or tost ce dist l'admiral d'espaigne despeschez vous amenez le moy. jamais ne boyray ne mangeray qu'il ne soit desmembré. Quant les françoys vont entendre qu'on vouloit faire mourir olivier qui estoit tout leur confort se vont prendre a plourer griefvement et olivier qui les entendit les reconforta en leur disant par maniere que les sarrazins ne sçavoient qu'ilz disoient. Messeigneurs et mes freres vous sçavez nostre necessité se l'admiral ballant peult sçavoir que nous soions des pers de france nostre vie est terminee. car pour nul riens ne prendroit pitié de nous que ne mourions pourquoy je vous prie que nous nous disions aultre comme je commenceray auquel olivier tous les aultres françoys qui estoient prisonniers vont consentir et dirent qu'il ne feroient si non ce qu'il leur conseilleroit. après que l'admiral l'eut commandé venir devant luy les payens le vont desarmer et luy destacherent les mains et desbenderent les yeulx dont il estoit moult grevé et dangereusement navré. Et tantost L'admiral furieusement luy demanda Françoys garde toy bien que tu me dies verité: comment te nommes tu ne me cele pas. Olivier va respondre et dire Sire je me nomme enginees filz a ung vassal de povre lignaige et m'en partis une foys et fus né en lorraine: si vins une foys a la court de charles l'empereur qui me donna armes après que je fus adoubé et aussi mes compaignons que vous veez devant vous sont povres chevaliers adventuriers et avons prins peine de servir nostre roy affin que par nostre service nous puissions estre avancez et avoir quelque bon guerdon. O mahon va dire l'admiral or suis je bien trompé: je cuydoie par mon dieu avoir cincq vaillans contes des plus grans de france et avoir le royaulme de france par le moyen de ses barons. Et tantost appella barcabas son chamberlant et luy dist. Despeschés vous prenez moy ces françois: faictes les despoiller et a ce pillier estacher durement et puis me faictes apporter mes dars de fer bien eschauffez et enrougis et a ces françois les feray frapper et tirer a mon plaisir. Sur ce se leva brullant et dist. Sire admiral je vous prie que pour le present vous ne fasiés ceste entreprinse car ce ne seroit pas bien fait. vous voyés qu'il est vespre et trop tard pour faire justice et en pourriez bien estre blasmé: veu que vostre seigneurie et voz barons ne sont point cy presens pourquoy je vous supplye que pour meshuy vous ne leur facés riens jusques demain que chascun le sçaura et vostre jugement sera mieulx approuvé: car je sçay bien qu'ilz ont ja deservy la mort evidente. Et d'autre part se charles vous vouloit rendre monseigneur Fierabras vostre filz de bon gré vous luy pourriez semblablement remettre les françoys que vous avez. Pour l'amour de vous dist l'admiral j'en suis content et demande brutamont qui estoit garde de la prison et luy recommanda les françoys moult grandement et qu'il fust bien seur d'eulx et qui les mist en lieu pour apprendre comment ilz avoient ouvré follement d'eulx mettre en sa main.
Le .ii. chapitre.
Les sarrazins après qu'ilz eurent les barons de france dessus nommés pour prisonniers ilz n'arresterent de courre jusques qu'ilz fussent en une riche cité qui se disoit aigremoire. et a l'entree de la cité ilz vont sonner trompettes faisant grant bruit. Quant Balam l'admiral pere de Fierabras les veit venir il s'en vint au devant d'eulx et se mist près de brullant de mommiere. auquel l'admiral va dire. O brullant mon amy comptez nous des nouvelles comment se portent mes affaires. avez vous prins l'empereur charles que tant se fait redoubter. et ces pers de france sont ilz point desconfitz. Brullant luy va dire. O sire admiral les nouvelles que je vous apporte sont beaucoup moindres que vous ne dittes. De par le roy charles nous avons a peu esté deffaitz et desconfitz. car sa puissance est chose merveilleuse. Fierabras vostre filz est avec luy vaincu par l'ung de ses barons et c'est fait crestien. et a esté prins vaincu. Et en loyalle bataille sans faire traison. Et quant l'admiral l'eut entendu tout transy va cheoir a terre. et avant qu'il peust retourner en sa memoire il demoura une grant piece de la douleur qu'il eut de son filz. Et quant il fut relevé il va crier a haulte voix O dolent malheureux que je suis povre chetif que doys je devenir. O fierabras mon fils treschier ou estes vous allé dont vient cestuy meffaict de quoy vous fustes prins qui jamais en bataille ne fustes lassé ne reprins. O la maulvaise nouvelle qu'on m'a comptee de vous. s'il s'est fait crestien dolant suis de sa vie j'aymaisse mieulx qu'il eust esté desmembré et mys a mort. et sur ce comme tout scandalizé cheut a terre et va crier. O brullant de mommiere qu'est devenu le roy si noble de cordube et mon nepveu bruchard et nugis de pramelle. puis mon filz fierabras le conduiseur de tout s'il est vray qu'il soit perdu je fendray la cervelle a mahommet le dieu qui m'a promis tant de biens a qui je me suis donné et rendu: Ce disant comme tout enraigé se tormenta briefvement sur la terre. et quant l'admiral fut ung peu refroidi de son mal. il demanda a brullant lequel estoit le chevalier qui avoit vaincu fierabras son filz brullant respondit. Sire admiral vostre filz a esté conquis par cestuy damoyseau en luy demonstrant olivier qui estoit beau et bien formé et membré: lequel eut entre les aultres les ieulx bendez. Or tost ce dist l'admiral d'espaigne despeschez vous amenez le moy. jamais ne boyray ne mangeray qu'il ne soit desmembré. Quant les françoys vont entendre qu'on vouloit faire mourir olivier qui estoit tout leur confort se vont prendre a plourer griefvement et olivier qui les entendit les reconforta en leur disant par maniere que les sarrazins ne sçavoient qu'ilz disoient. Messeigneurs et mes freres vous sçavez nostre necessité se l'admiral ballant peult sçavoir que nous soions des pers de france nostre vie est terminee. car pour nul riens ne prendroit pitié de nous que ne mourions pourquoy je vous prie que nous nous disions aultre comme je commenceray auquel olivier tous les aultres françoys qui estoient prisonniers vont consentir et dirent qu'il ne feroient si non ce qu'il leur conseilleroit. après que l'admiral l'eut commandé venir devant luy les payens le vont desarmer et luy destacherent les mains et desbenderent les yeulx dont il estoit moult grevé et dangereusement navré. Et tantost L'admiral furieusement luy demanda Françoys garde toy bien que tu me dies verité: comment te nommes tu ne me cele pas. Olivier va respondre et dire Sire je me nomme enginees filz a ung vassal de povre lignaige et m'en partis une foys et fus né en lorraine: si vins une foys a la court de charles l'empereur qui me donna armes après que je fus adoubé et aussi mes compaignons que vous veez devant vous sont povres chevaliers adventuriers et avons prins peine de servir nostre roy affin que par nostre service nous puissions estre avancez et avoir quelque bon guerdon. O mahon va dire l'admiral or suis je bien trompé: je cuydoie par mon dieu avoir cincq vaillans contes des plus grans de france et avoir le royaulme de france par le moyen de ses barons. Et tantost appella barcabas son chamberlant et luy dist. Despeschés vous prenez moy ces françois: faictes les despoiller et a ce pillier estacher durement et puis me faictes apporter mes dars de fer bien eschauffez et enrougis et a ces françois les feray frapper et tirer a mon plaisir. Sur ce se leva brullant et dist. Sire admiral je vous prie que pour le present vous ne fasiés ceste entreprinse car ce ne seroit pas bien fait. vous voyés qu'il est vespre et trop tard pour faire justice et en pourriez bien estre blasmé: veu que vostre seigneurie et voz barons ne sont point cy presens pourquoy je vous supplye que pour meshuy vous ne leur facés riens jusques demain que chascun le sçaura et vostre jugement sera mieulx approuvé: car je sçay bien qu'ilz ont ja deservy la mort evidente. Et d'autre part se charles vous vouloit rendre monseigneur Fierabras vostre filz de bon gré vous luy pourriez semblablement remettre les françoys que vous avez. Pour l'amour de vous dist l'admiral j'en suis content et demande brutamont qui estoit garde de la prison et luy recommanda les françoys moult grandement et qu'il fust bien seur d'eulx et qui les mist en lieu pour apprendre comment ilz avoient ouvré follement d'eulx mettre en sa main.
De la prison ou les françoys furent visitez par la belle floripes fille de l'admiral et de la beaulté d'elle.Le .iii. chapitre.Après que ballant l'admiral eut dist que les françoys fussent mis en griefve prison brutamont le chartrier vint descendre olivier et les aultres ses compaignons en une prison moult dangereuse qui estoit tant estroicte en terre qu'on ne veoit clarté quelconcques: en laquelle estoient mis et nourriz serpens crapaulx et aultres bestes venimeuses et detestables. auquel lieu estoient toutes punaisies et y passoit ung ruisseau de la mer sallee qui avoit son entree sans conduit par lequel l'eaue peust partir qu'elle ne fust bien hault selon l'eure que la marine croist. Et avant que le maistre de la prison s'en allast il leur desbenda les yeulx et ferma les partuis dessus eulx et eulx estans en ce travail et punaisie tantost l'eau y vint si treshabondamment que les povres françoys furent en l'eau jusques aux espaules dont les playes d'olivier se commencerent a ouvrir et la douleur a cause de l'eaue sallee luy tresperçoit le cueur vous pouvés penser l'angoisse especiallement d'olivier qui estoit navré mortellement en plusieurs lieux qui avoit grant necessité de remede et il fut mis an lieu auquel toutes ses douleurs furent renouvellees et ses plaies ouvertes car tantost se sentit baigné tantost va cheoir tout pasmé et fut mort a l'eure se ne fust Guerard de mondidier lequel le soubstint et vous me pourriez demander comment ilz ne furent noyez voyant que l'eaue croissoit tousjours vous devez sçavoir que en celle prison d'aventure avoit deux gros pilliers bien de quinze piez de hault sur lesquelz ilz vont monter a grant force Olivier qui ne se pouvoit gueres aider. Et quant olivier fut la assis par grant angoisse de ce se va complaindre et dire O pouvre homme malheureux soubmis a faulce fortune. O reignier mon chier pere pour dieu que faictes vous sçavez vous ou je suis: pensez vous que je fais congnoissez vous mon dueil jamais ne me verrez. Cecy disant et aultres parolles de desolacion. Guerard de mondidier respondit. Sire olivier ne vous deconfortez plus car a tel chevalier que vous estes n'appartient de ce plaindre: resjouissons nous en dieu duquel fust maintenant le plaisir que nous qui sommes ceans fussions lassus tous armez avec chascun son espee car je prometz a dieu que tout avant que nul de nous fust avallé seans vaincu des sarrazins j'en y mettroye troys cens ou plus Les françoys dessusditz estans sur les pilliers de marbres devant ditz. Cecy disant et aultres choses Floripes fille. de l'admiral et seur de Fierabras les escoutoit et eut grant compassion des complaintes que Olivier faisoit Ceste fille qui estoit jeune non mariee estoit moult bien comprinse de corps par longueur moderee. blanche comme la rose du moy de may les cheveulx avoit reluysans comme le fin or. et dessoubz avoit sa face terminee en ung petit de longueur des yeulx qui estoyent rians et clers comme de faulcon mué. estincellans comme deux estoilles. Le visaige avoit devisé moult esgallement pour son nez qui estoit moult seant. les deux sourcilz qui estoyent dessus apparans faisoyent obumbracion sur les yeulx. joues rondes blanches comme la fleur du lys. ung petit tissues de rougeur. et dessoubz le nez estoit la bouche rondete eslevee en competant espace jusques au menton proporcionnee au demourant. la teste et petites espaules droictes et bien esgalles. et devant dessus la seinture estoit eslevee de la façon de deux pommes rondes droictes comme le bout d'une montaignette. Et elle estoit habillé d'une robe de pouppre merveilleusement riche trespainte d'estoilles de fin or. laquelle fut faicte d'une fee et estoit de telle vertu que personne qui l'auroit ne pourroit estre empoisonné de herbe ou venin. Et estoit floripes si belle a tous et ses habillemens que se une personne eust jeuné troys ou quatre jours sans menger et il la veoit il estoit remply et saoulé. Et plus oultre elle portoit ung manteau qui avoit esté fait en l'isle de corlcos la ou jason print la toison d'or comme on list en la destruction de troyes. lequel manteau estoit semblablement fait d'une fee et avoit si grant odeur que c'estoit merveilles pourquoy de la beaulté de celle damoiselle chascun s'esmerveilloit. et avoit comme j'ay dit devant bien ouy parler les françois en prison. et specialement de Olivier duquel elle eut grant pitié et va partir de sa chambre avec douze pucelles ses subjectes et entra premierement en la salle commune ou estoyent les payens moult desolez de Fierbras qui estoit prins et de pluseurs aultres grans seigneurs qui estoyent mors. Et quant la fille eut demandé des nouvelles. ilz luy vont dire que Fierbras son frere estoit prins et vaincu pourquoy tantost elle fist ung grant cry et souspira d'angoisse dont pour elle tout le dueil fut entre eulx renouvellé. Et quant elle eut cessé ung petit de plourer elle demanda tantost a Brutamont qui sont ceulx que j'ay ouy parler en la prison qui si fort se deulent. Ma dame respondit le portier ilz sont françoys hommes de Charles le roy de france. lesquelz ne cesserent jamais de destruire nostre loy et mettre a mort noz gens. vituperer nostre creance et anichiller noz dieux. et sont ceulx qui ont aidé a occir Fierabras vostre frere entre lesquelz il y en a ung de grant valeur qui est l'ung des bien faitz homme qui jamais fut congneu. et a esté si trespuissant qu'il a conquis en bataille loyalle Fierabras Tantost floripes eut envie de les ouyr parler. et dist a Brutamont je vueil parler a eulx vien moy ouvrir la prison: car je vueil sçavoir de leur fait. Brutamont va respondre et dist. Ma dame vous me pardonnerez. il ne se peut faire que vous y allez pour l'inhonnesteté du lieu. et il ne vous appartient pas: et d'aultre part vostre pere m'a deffendu que personne n'aproche de la prison. je me remembre que souvent par femmes plusieurs preudommes j'ay veu vergoignez et deceuz. Quant Floripes l'entendit elle cuida perdre le sens et luy dist. O maulvais glout despiteux me dois tu mettre ce langaige devant. je te prometz que je t'en feray payer briesment. et demanda son chamberlam lequel luy bailla ung baston. et fist semblant la fille de ouvrir la prison. et Brutamont la voulut contredire et subitement elle cecy voyant luy donna si grant coup au visaige que les deux yeulx luy fist voler hors de la teste: et puis après qu'il fut a terre elle le fist mourir et puis le getta sans ce qu'il fust sceu de nul des payens dedens la prison. dont les françoys qui estoyent dedens furent tous esperdus quant il vont ouyr cheoir et pensoient que ce fust le dyable qui les voulsist tempter et decepvoir. Puis tantost floripes fist alumer ung grande torche de cire et se fist ouvrir la prison. et mist devant elle la lumiere pour veoir les prisonniers. et près d'ung pillier leur va dire. O seigneurs respondés moy. qui estez vous et comment vous nommez vous. ne le me celés pas. Olivier respond et dist. Ma belle dame nous sommes de france et hommes de charlemaigne. et avons esté amenez a l'admiral qui nous a en ceste creuse prison ordonnez. et mieulx nous vauldroit qu'il nous fist desmembrer et mourir que de demourer en cestuy lieu. Floripes la courtoise nonobstant qu'elle ne fust pas crestienne si avoit elle grant noblesse. et leur va dire. Je vous prometz que je vous mettray dehors seulement que vous me promettez et jurez que vous m'ayderés a ce que vous diray Olivier respondit cecy. Ma dame je vous asseure que vous nous trouverés trestous telz par effaictz comme a la bouche. ne jamais ne fusmez aultres ne aussi ne serons encores. Et soyés seure que ne vous fauldrons tant que nous ayons vie au corps seulement que nous soyons fournis d'armes et puis estre lassus pour nous mesler avec les sarrazins j'en feray une grant desconfite. Vassal dist la fille vous vous pourriés bien trop vanter encores estes vous leans et bien loing d'estre dehors et vous menassez les aultres qui sont a leur liberté. Mieulx vault soy bien taire que follement parler. Richard de normandie dist a la dame. Madamoiselle je vous diray ung mot. celluy qui est detenu et empesché chante moult voulentiers pour oblier son mal et sa melancolie. Et floripes regarda Richard le gracieux qui excusa olivier de ce que il parloit trop hardiement. mais ce ne fut pas grant merveille. car de joye que olivier eut quant la fille luy dist qu'ilz seroient mys hors. il pensoit ja estre hors et armé en sa franche voulenté. mais ceste fille va dire a Richard. pour verité sire vous vous sçavez bien louer et vostre compaignon excuser prestement. et je croy fermement que vous sçauriés bien jouer avec pucelles en quelque chambre dessoubz courtines seulet a seullette. pour vous bien deporter en amours vous sçavez la maniere Guillaume l'estoc respondit et dist par mon ame ma dame vous dictes verité de luy et avez bien deviné. et d'icy a troys cens lieues on ne trouveroit le pareil.
Le .iii. chapitre.
Après que ballant l'admiral eut dist que les françoys fussent mis en griefve prison brutamont le chartrier vint descendre olivier et les aultres ses compaignons en une prison moult dangereuse qui estoit tant estroicte en terre qu'on ne veoit clarté quelconcques: en laquelle estoient mis et nourriz serpens crapaulx et aultres bestes venimeuses et detestables. auquel lieu estoient toutes punaisies et y passoit ung ruisseau de la mer sallee qui avoit son entree sans conduit par lequel l'eaue peust partir qu'elle ne fust bien hault selon l'eure que la marine croist. Et avant que le maistre de la prison s'en allast il leur desbenda les yeulx et ferma les partuis dessus eulx et eulx estans en ce travail et punaisie tantost l'eau y vint si treshabondamment que les povres françoys furent en l'eau jusques aux espaules dont les playes d'olivier se commencerent a ouvrir et la douleur a cause de l'eaue sallee luy tresperçoit le cueur vous pouvés penser l'angoisse especiallement d'olivier qui estoit navré mortellement en plusieurs lieux qui avoit grant necessité de remede et il fut mis an lieu auquel toutes ses douleurs furent renouvellees et ses plaies ouvertes car tantost se sentit baigné tantost va cheoir tout pasmé et fut mort a l'eure se ne fust Guerard de mondidier lequel le soubstint et vous me pourriez demander comment ilz ne furent noyez voyant que l'eaue croissoit tousjours vous devez sçavoir que en celle prison d'aventure avoit deux gros pilliers bien de quinze piez de hault sur lesquelz ilz vont monter a grant force Olivier qui ne se pouvoit gueres aider. Et quant olivier fut la assis par grant angoisse de ce se va complaindre et dire O pouvre homme malheureux soubmis a faulce fortune. O reignier mon chier pere pour dieu que faictes vous sçavez vous ou je suis: pensez vous que je fais congnoissez vous mon dueil jamais ne me verrez. Cecy disant et aultres parolles de desolacion. Guerard de mondidier respondit. Sire olivier ne vous deconfortez plus car a tel chevalier que vous estes n'appartient de ce plaindre: resjouissons nous en dieu duquel fust maintenant le plaisir que nous qui sommes ceans fussions lassus tous armez avec chascun son espee car je prometz a dieu que tout avant que nul de nous fust avallé seans vaincu des sarrazins j'en y mettroye troys cens ou plus Les françoys dessusditz estans sur les pilliers de marbres devant ditz. Cecy disant et aultres choses Floripes fille. de l'admiral et seur de Fierabras les escoutoit et eut grant compassion des complaintes que Olivier faisoit Ceste fille qui estoit jeune non mariee estoit moult bien comprinse de corps par longueur moderee. blanche comme la rose du moy de may les cheveulx avoit reluysans comme le fin or. et dessoubz avoit sa face terminee en ung petit de longueur des yeulx qui estoyent rians et clers comme de faulcon mué. estincellans comme deux estoilles. Le visaige avoit devisé moult esgallement pour son nez qui estoit moult seant. les deux sourcilz qui estoyent dessus apparans faisoyent obumbracion sur les yeulx. joues rondes blanches comme la fleur du lys. ung petit tissues de rougeur. et dessoubz le nez estoit la bouche rondete eslevee en competant espace jusques au menton proporcionnee au demourant. la teste et petites espaules droictes et bien esgalles. et devant dessus la seinture estoit eslevee de la façon de deux pommes rondes droictes comme le bout d'une montaignette. Et elle estoit habillé d'une robe de pouppre merveilleusement riche trespainte d'estoilles de fin or. laquelle fut faicte d'une fee et estoit de telle vertu que personne qui l'auroit ne pourroit estre empoisonné de herbe ou venin. Et estoit floripes si belle a tous et ses habillemens que se une personne eust jeuné troys ou quatre jours sans menger et il la veoit il estoit remply et saoulé. Et plus oultre elle portoit ung manteau qui avoit esté fait en l'isle de corlcos la ou jason print la toison d'or comme on list en la destruction de troyes. lequel manteau estoit semblablement fait d'une fee et avoit si grant odeur que c'estoit merveilles pourquoy de la beaulté de celle damoiselle chascun s'esmerveilloit. et avoit comme j'ay dit devant bien ouy parler les françois en prison. et specialement de Olivier duquel elle eut grant pitié et va partir de sa chambre avec douze pucelles ses subjectes et entra premierement en la salle commune ou estoyent les payens moult desolez de Fierbras qui estoit prins et de pluseurs aultres grans seigneurs qui estoyent mors. Et quant la fille eut demandé des nouvelles. ilz luy vont dire que Fierbras son frere estoit prins et vaincu pourquoy tantost elle fist ung grant cry et souspira d'angoisse dont pour elle tout le dueil fut entre eulx renouvellé. Et quant elle eut cessé ung petit de plourer elle demanda tantost a Brutamont qui sont ceulx que j'ay ouy parler en la prison qui si fort se deulent. Ma dame respondit le portier ilz sont françoys hommes de Charles le roy de france. lesquelz ne cesserent jamais de destruire nostre loy et mettre a mort noz gens. vituperer nostre creance et anichiller noz dieux. et sont ceulx qui ont aidé a occir Fierabras vostre frere entre lesquelz il y en a ung de grant valeur qui est l'ung des bien faitz homme qui jamais fut congneu. et a esté si trespuissant qu'il a conquis en bataille loyalle Fierabras Tantost floripes eut envie de les ouyr parler. et dist a Brutamont je vueil parler a eulx vien moy ouvrir la prison: car je vueil sçavoir de leur fait. Brutamont va respondre et dist. Ma dame vous me pardonnerez. il ne se peut faire que vous y allez pour l'inhonnesteté du lieu. et il ne vous appartient pas: et d'aultre part vostre pere m'a deffendu que personne n'aproche de la prison. je me remembre que souvent par femmes plusieurs preudommes j'ay veu vergoignez et deceuz. Quant Floripes l'entendit elle cuida perdre le sens et luy dist. O maulvais glout despiteux me dois tu mettre ce langaige devant. je te prometz que je t'en feray payer briesment. et demanda son chamberlam lequel luy bailla ung baston. et fist semblant la fille de ouvrir la prison. et Brutamont la voulut contredire et subitement elle cecy voyant luy donna si grant coup au visaige que les deux yeulx luy fist voler hors de la teste: et puis après qu'il fut a terre elle le fist mourir et puis le getta sans ce qu'il fust sceu de nul des payens dedens la prison. dont les françoys qui estoyent dedens furent tous esperdus quant il vont ouyr cheoir et pensoient que ce fust le dyable qui les voulsist tempter et decepvoir. Puis tantost floripes fist alumer ung grande torche de cire et se fist ouvrir la prison. et mist devant elle la lumiere pour veoir les prisonniers. et près d'ung pillier leur va dire. O seigneurs respondés moy. qui estez vous et comment vous nommez vous. ne le me celés pas. Olivier respond et dist. Ma belle dame nous sommes de france et hommes de charlemaigne. et avons esté amenez a l'admiral qui nous a en ceste creuse prison ordonnez. et mieulx nous vauldroit qu'il nous fist desmembrer et mourir que de demourer en cestuy lieu. Floripes la courtoise nonobstant qu'elle ne fust pas crestienne si avoit elle grant noblesse. et leur va dire. Je vous prometz que je vous mettray dehors seulement que vous me promettez et jurez que vous m'ayderés a ce que vous diray Olivier respondit cecy. Ma dame je vous asseure que vous nous trouverés trestous telz par effaictz comme a la bouche. ne jamais ne fusmez aultres ne aussi ne serons encores. Et soyés seure que ne vous fauldrons tant que nous ayons vie au corps seulement que nous soyons fournis d'armes et puis estre lassus pour nous mesler avec les sarrazins j'en feray une grant desconfite. Vassal dist la fille vous vous pourriés bien trop vanter encores estes vous leans et bien loing d'estre dehors et vous menassez les aultres qui sont a leur liberté. Mieulx vault soy bien taire que follement parler. Richard de normandie dist a la dame. Madamoiselle je vous diray ung mot. celluy qui est detenu et empesché chante moult voulentiers pour oblier son mal et sa melancolie. Et floripes regarda Richard le gracieux qui excusa olivier de ce que il parloit trop hardiement. mais ce ne fut pas grant merveille. car de joye que olivier eut quant la fille luy dist qu'ilz seroient mys hors. il pensoit ja estre hors et armé en sa franche voulenté. mais ceste fille va dire a Richard. pour verité sire vous vous sçavez bien louer et vostre compaignon excuser prestement. et je croy fermement que vous sçauriés bien jouer avec pucelles en quelque chambre dessoubz courtines seulet a seullette. pour vous bien deporter en amours vous sçavez la maniere Guillaume l'estoc respondit et dist par mon ame ma dame vous dictes verité de luy et avez bien deviné. et d'icy a troys cens lieues on ne trouveroit le pareil.
Comment les françoys furent mis hors de prison et visitez par la noble pucelle Floripes et la beaulté de sa chambre.Le .iiii. chapitre.Quant floripes la belle eut parlé a son plaisir aux barons prisonniers elle demanda son chamberlam et luy fist aporter une corde et ung baston lié au travers. puis la descendit dedens. et quant les françoys veirent le fait vont monter dessus. premierement Olivier. et puis la fille et son chamberlan le vont tirer a grant force et puis legierement monterent les aultres et puis les mena par une vielle porte et secrete. et sans ce que nul le sceust des payens ils vont entrer en la chambre de floripes dont l'entree estoit faicte merveilleusement selon l'oeuvre sarrazine. dessus la maistresse porte par beaulz ars estoyent faitz les cieulx. les estoilles. le soleil. la lune. le temps d'esté et d'yver. boys. montaignes. oyseaulx. bestes. poissons. y estoyent paintz de toutes especes et figures par merveilleuse façon. et selon les escriptures le filz matusale la fist faire et estoit celle chambre sur une roche noire toute environnee de la mer. et en ung des quarrés de la maison avoit ung pretoire merveilleusement bel ou jamais fleurs ne fruitz ne failloyent. et de la toutes maladies fors de celle de la mort on trouvoit confort et bon adjutoire. La dedens vient et croist la mandegloire. et avec la belle floripes en la salle estoyent ses dames. Claremondine. florette florimonde. et plusieurs aultres belles pucelles et sa maistresse qui se disoit maragonde laquelle dist a floripes. Je vueil mourir se je ne congnois ces françoys Celluy bel escuyer que vous veez c'est Olivier qui est filz a Regnier de gennes et frere a Adam l'une des belles qui soit nee. et est celluy qui a vincu Fierabras ton frere. Et celluy est Guerard de mondidier. et l'autre est Guillaume l'estoc. et le camus qui est par dela est geoffroy l'angevin. mais je prie a mahon mon dieu qu'il me mauldie se jamais menge ne boy que premier ne l'aye compté a vostre pere monseigneur l'admiral. Floripes mua tout le sens quant elle ouyt ces parolles et moult secretement elle retint son ire contre elle. et va demander celle femme au près d'une fenestre. et puis luy donna si grant coup qu'elle la mist a terre. et elle demanda son varlet lequel vint a elle presentement et vont bouter celle femme en la mer. car floripes redoubtoit fort son pere. Et quant la ville tomboyt floripes luy dist. Or alez vielle despiteuse vous avez vostre guerdon je suis bien seure maintenant que les françoys qui sont icy ne seront jamais par vous encombrez ne en dangier. Et de cecy les barons vont faire grant joye. et tantost floripes vint aux françoys et les baisa moult doulcement. et veit olivier qui estoit tout ensanglanté. et congneut qu'il estoit navré et dist. Sire olivier ne vous doubtez. car je vous rendray tantost en bonne santé. et s'en vint a la mandegloire et en print ung petit. Et tantost que Olivier en eut usé il fut reduyt en bonne santé. Les barons estans en celle noble chambre tantost furent assis a table et bien pourveux de tous vivres et de viandes delicieuses desquelles ilz avoyent bien mestier a cause de la fain que desja avoyent enduré. Au departir du mengier ilz eurent les baingz eschauffez esquelz ils se vont tous refaire. et au partir chascun fut affeublé d'ung manteau de paille et bordé d'or. Et dist la belle floripes Seigneurs barons vous sçavez comment me suis mise en dangier pour vous mettre hors de la prison mortelle et estes ceans a seurté: mais se d'avanture quelc'un nous avoit ouy nous serions trestous mal venuz et ne suis en aultre doubte Olivier qui est icy present a vaincu mon frere. auquel naturellement je devoye faire opprobre et reprehension je vous congnois bien tous n'en soyés de riens esbahys et vous sçavez que vous m'avez promis que mon secret seroit celé entre vous et tous luy vont promettre de faire sa voulenté de leur pouvoir Et puis dist floripes Seigneurs je vous diray. Il ya ung chevalier en france que j'ay long temps aymé qui se nomme Guy de bourgoigne qui est plus beau que ne sçauroie dire. et est du parentaige a charlemaigne et de rolant le trespuissant. une fois que j'estoye a romme je le veis de celle heure je luy donnay mon cueur quant mon pere l'admiral destruist la cité de romme lucafart de bendas qui estoit moult redoubté entre les payens et ledit guy de bourgoigne jousterent ensemble. mais ledit guy le mist a terre dessoubz son cheval. ainsi que moult me pleut. et prins si en gré la vaillance de luy que despuis que le veis si vaillant je l'ay eu en mon cueur tellement que se je ne l'ay a mary jamais ne seray mariee. Et pour l'amour de luy je me vouldroye baptiser et croyre au dieu des crestiens. A celle parolle les françoys furent moult joyeux et vont rendre graces a dieu de la voulenté de ceste belle pucelle et dist girard. Ma dame je vous jure que se nous estions armez maintenant et nous fussions en la salle des payens nous en ferions grande desconfite. mais floripes fut saige et dist. Seigneurs pensons saigement a noz affaires. et puis que vous estes a seurté prenez ung petit de repos. Veez cy six pucelles de grande noblesse. chascun de vous prengne la sienne pour mieulx desduyre le temps et se reposer et preigne desbatement: et je vous regarderay s'il vous vient a plaisir. car quant est de moy je n'ay que faire de homme qui vive que de guy de bourgoigne a qui j'ay donné mon cueur. toutesfois a bien considerer en cestuy chapitre grant oeuvre. fut comprinse. Quant premierement floripes la courtoise. qui estoit payenne eut desir de parler aux françoys et cecy touche bien la voulenté des femmes pour sçavoir des nouvelles. mais en tant qui touche l'oeuvre qu'elle fit contre le maistre et garde de la prison. et comment ilz furent mis dehors ce fut oeuvre divine bien approuvee et grant dommaige eust esté se ces barons fussent demourez dedens. mais la foy des personnes fait grant allegement de tourment car les saintz de paradis par sainte foy ont obtenu paradis et plusieurs terriennes victoires de leurs ennemis. Et a bon droit celluy qui bataille pour la foy. et il advient qu'il soit detenu. la misericorde de dieu luy est prouchaine pour le delivrer. La cause pourquoy ilz furent delivrez de prison elle estoit de loing venue: c'est de rome pour guy de bourgoigne que avoit en amour. et estoit contente de se baptiser et croire en dieu pour avoir a mary Guy de bourgoigne pourquoy on peult comprendre comme amour en ceste damoiselle estoit enserree et comprinse de longue amour et affection: laquelle fut cause de saulver les prisonniers qui estoyent comme j'ay dit en grant dangier.
Le .iiii. chapitre.
Quant floripes la belle eut parlé a son plaisir aux barons prisonniers elle demanda son chamberlam et luy fist aporter une corde et ung baston lié au travers. puis la descendit dedens. et quant les françoys veirent le fait vont monter dessus. premierement Olivier. et puis la fille et son chamberlan le vont tirer a grant force et puis legierement monterent les aultres et puis les mena par une vielle porte et secrete. et sans ce que nul le sceust des payens ils vont entrer en la chambre de floripes dont l'entree estoit faicte merveilleusement selon l'oeuvre sarrazine. dessus la maistresse porte par beaulz ars estoyent faitz les cieulx. les estoilles. le soleil. la lune. le temps d'esté et d'yver. boys. montaignes. oyseaulx. bestes. poissons. y estoyent paintz de toutes especes et figures par merveilleuse façon. et selon les escriptures le filz matusale la fist faire et estoit celle chambre sur une roche noire toute environnee de la mer. et en ung des quarrés de la maison avoit ung pretoire merveilleusement bel ou jamais fleurs ne fruitz ne failloyent. et de la toutes maladies fors de celle de la mort on trouvoit confort et bon adjutoire. La dedens vient et croist la mandegloire. et avec la belle floripes en la salle estoyent ses dames. Claremondine. florette florimonde. et plusieurs aultres belles pucelles et sa maistresse qui se disoit maragonde laquelle dist a floripes. Je vueil mourir se je ne congnois ces françoys Celluy bel escuyer que vous veez c'est Olivier qui est filz a Regnier de gennes et frere a Adam l'une des belles qui soit nee. et est celluy qui a vincu Fierabras ton frere. Et celluy est Guerard de mondidier. et l'autre est Guillaume l'estoc. et le camus qui est par dela est geoffroy l'angevin. mais je prie a mahon mon dieu qu'il me mauldie se jamais menge ne boy que premier ne l'aye compté a vostre pere monseigneur l'admiral. Floripes mua tout le sens quant elle ouyt ces parolles et moult secretement elle retint son ire contre elle. et va demander celle femme au près d'une fenestre. et puis luy donna si grant coup qu'elle la mist a terre. et elle demanda son varlet lequel vint a elle presentement et vont bouter celle femme en la mer. car floripes redoubtoit fort son pere. Et quant la ville tomboyt floripes luy dist. Or alez vielle despiteuse vous avez vostre guerdon je suis bien seure maintenant que les françoys qui sont icy ne seront jamais par vous encombrez ne en dangier. Et de cecy les barons vont faire grant joye. et tantost floripes vint aux françoys et les baisa moult doulcement. et veit olivier qui estoit tout ensanglanté. et congneut qu'il estoit navré et dist. Sire olivier ne vous doubtez. car je vous rendray tantost en bonne santé. et s'en vint a la mandegloire et en print ung petit. Et tantost que Olivier en eut usé il fut reduyt en bonne santé. Les barons estans en celle noble chambre tantost furent assis a table et bien pourveux de tous vivres et de viandes delicieuses desquelles ilz avoyent bien mestier a cause de la fain que desja avoyent enduré. Au departir du mengier ilz eurent les baingz eschauffez esquelz ils se vont tous refaire. et au partir chascun fut affeublé d'ung manteau de paille et bordé d'or. Et dist la belle floripes Seigneurs barons vous sçavez comment me suis mise en dangier pour vous mettre hors de la prison mortelle et estes ceans a seurté: mais se d'avanture quelc'un nous avoit ouy nous serions trestous mal venuz et ne suis en aultre doubte Olivier qui est icy present a vaincu mon frere. auquel naturellement je devoye faire opprobre et reprehension je vous congnois bien tous n'en soyés de riens esbahys et vous sçavez que vous m'avez promis que mon secret seroit celé entre vous et tous luy vont promettre de faire sa voulenté de leur pouvoir Et puis dist floripes Seigneurs je vous diray. Il ya ung chevalier en france que j'ay long temps aymé qui se nomme Guy de bourgoigne qui est plus beau que ne sçauroie dire. et est du parentaige a charlemaigne et de rolant le trespuissant. une fois que j'estoye a romme je le veis de celle heure je luy donnay mon cueur quant mon pere l'admiral destruist la cité de romme lucafart de bendas qui estoit moult redoubté entre les payens et ledit guy de bourgoigne jousterent ensemble. mais ledit guy le mist a terre dessoubz son cheval. ainsi que moult me pleut. et prins si en gré la vaillance de luy que despuis que le veis si vaillant je l'ay eu en mon cueur tellement que se je ne l'ay a mary jamais ne seray mariee. Et pour l'amour de luy je me vouldroye baptiser et croyre au dieu des crestiens. A celle parolle les françoys furent moult joyeux et vont rendre graces a dieu de la voulenté de ceste belle pucelle et dist girard. Ma dame je vous jure que se nous estions armez maintenant et nous fussions en la salle des payens nous en ferions grande desconfite. mais floripes fut saige et dist. Seigneurs pensons saigement a noz affaires. et puis que vous estes a seurté prenez ung petit de repos. Veez cy six pucelles de grande noblesse. chascun de vous prengne la sienne pour mieulx desduyre le temps et se reposer et preigne desbatement: et je vous regarderay s'il vous vient a plaisir. car quant est de moy je n'ay que faire de homme qui vive que de guy de bourgoigne a qui j'ay donné mon cueur. toutesfois a bien considerer en cestuy chapitre grant oeuvre. fut comprinse. Quant premierement floripes la courtoise. qui estoit payenne eut desir de parler aux françoys et cecy touche bien la voulenté des femmes pour sçavoir des nouvelles. mais en tant qui touche l'oeuvre qu'elle fit contre le maistre et garde de la prison. et comment ilz furent mis dehors ce fut oeuvre divine bien approuvee et grant dommaige eust esté se ces barons fussent demourez dedens. mais la foy des personnes fait grant allegement de tourment car les saintz de paradis par sainte foy ont obtenu paradis et plusieurs terriennes victoires de leurs ennemis. Et a bon droit celluy qui bataille pour la foy. et il advient qu'il soit detenu. la misericorde de dieu luy est prouchaine pour le delivrer. La cause pourquoy ilz furent delivrez de prison elle estoit de loing venue: c'est de rome pour guy de bourgoigne que avoit en amour. et estoit contente de se baptiser et croire en dieu pour avoir a mary Guy de bourgoigne pourquoy on peult comprendre comme amour en ceste damoiselle estoit enserree et comprinse de longue amour et affection: laquelle fut cause de saulver les prisonniers qui estoyent comme j'ay dit en grant dangier.
Comment le roy charles manda a Ballant l'admiral sept pers de france qui n'y vouloyent pas aller.Le .v. chapitre.Le duc de gennes pere d'olivier qui ne povoit dormir ne boire ne menger pour la douleur qu'il avoit de son filz. quant il ne peust plus endurer il s'en vint au roy charles et luy dist. Sire empereur pour la sainte amour de dieu que il vous plaise prendre pitié de moy. vous sçavés ma douleur. doy je perdre mon filz olivier. et pour lequel je suis en angoisse continuellement se je n'en ay aultres nouvelles je mourray devant deux jours de melencolie. ou il m'est force de me mettre a chemin pour y aller. Quant charles l'entendit moult fut esmeu et plain de compassion pour la melancolie de regnier et demanda Rolant et luy dist Beau nepveu Rolant entendés a moy demain bien matin il vous fault aller a aigremoire et dictes a ballant l'admiral sans riens celer qu'il vous rende la couronne de jhesucrist et les aultres reliques. pour lesquelles j'ay prins grant peine. et puis luy demandés mes barons qu'il tient prisonniers. et s'il vous contredit dictes luy que je feray trainer villainement et puis après pendre par le col les yeulx bendés comme larron prouvé. Quant il eut dit Rolant respondit. Sire roy et bel oncle prenez mercy de moy. Je suis bien seur que se je y voys veritablement que jamais ne me verrés. Le duc naymes fut la qui dist. Sire empereur regardez que vous voulez faire. Rolant est vostre nepveu vous sçavez de quelle valeur il est. s'il va la ou vous dictes jamais n'en reviendra. Et charles respondit. Et je vous jure sire naymes que vous irés avecques luy et porterés mes lettres que je mande a l'admiral. Cecy estre dit basin de genevoys vint devant et dist. Et comment voulez vous ainsi perdre voz chevaliers je suis certain que s'ilz y vont comme vous l'avés dit ung seul jamais n'en retournera. Charles jura les deux yeulx de sa teste que basin iroit avec les deux aultres et par ainsi seront trois. Tierry le duc d'ardaigne dit comme les aultres pourquoy il fut ordonné pour y aller. Ogier le dannoys semblablement parla qu'on n'y deust point aller mais avec les aultres il fut ordonné pour y aller Richart de normandie s'en vint a l'empereur et dist. Sire roy je suis esbahy comment il ne vous prent pitié de voz chevaliers que sachamment vous voulés faire mourir je sçay bien que se celle part vont vous les avez perduz. Par le dieu en qui je croy dist charles vous irés entre les aultres et serez six pour pourter mes lettres a ballam que j'ay tant en hayne et puis regarde guy de bourgoigne et luy dist venez a moy. vous estes mon cousin et mon parent de moy prisé et aymé: vous serez le septiesme pour faire mon messaige a l'admiral d'espaigne. Et luy dirés qu'il propose de soy baptiser et qu'il tiengne de de moy son royaulme ses villes et citez et aussi qu'il me rende les reliques dont je prens tant grant peine et travail. Et s'il vous contredit dittes luy que je le fray pendre et estrangler et mourir villainement. Helas dist guy de bourgoigne empereur treschier je congnois a ceste fois que vous me voulés perdre. Se je y vois jamais je n'en reviendray j'en suis bien seur. Et sur ce le souleil coucha et fut encliné vers la nuyt et vont soupper. Et le matin aussi tost que le soleil fut levé les sept barons dessus nommés vindrent devant charles. Et va dire naymes de bavieres. Empereur de noblesse redoubté en tous lieux nous sommes icy pour obeyr a ton commandement. Nous te prions que nous donnes licence et congié pour partir. et s'il ya personne en ceste presence ne en tout l'exercite qui nous ait mesfait: nous luy pardonnons et semblablement se nous avons offencé a nulluy en l'onneur de dieu qu'il nous soit pardonné. A ces parolles les françoys qui estoyent presens de pitié commencerent a plourer et dist charles aux barons. Mes princes et barons treschiers et tresbiens amez a dieu de paradis je vous commande: et du merite de la saincte passion et au glorieux vaisseau de la croix qu'il vous soit en aide. Et a chemin se mirent hastivement eulx transportans en estrange pays.
Le .v. chapitre.
Le duc de gennes pere d'olivier qui ne povoit dormir ne boire ne menger pour la douleur qu'il avoit de son filz. quant il ne peust plus endurer il s'en vint au roy charles et luy dist. Sire empereur pour la sainte amour de dieu que il vous plaise prendre pitié de moy. vous sçavés ma douleur. doy je perdre mon filz olivier. et pour lequel je suis en angoisse continuellement se je n'en ay aultres nouvelles je mourray devant deux jours de melencolie. ou il m'est force de me mettre a chemin pour y aller. Quant charles l'entendit moult fut esmeu et plain de compassion pour la melancolie de regnier et demanda Rolant et luy dist Beau nepveu Rolant entendés a moy demain bien matin il vous fault aller a aigremoire et dictes a ballant l'admiral sans riens celer qu'il vous rende la couronne de jhesucrist et les aultres reliques. pour lesquelles j'ay prins grant peine. et puis luy demandés mes barons qu'il tient prisonniers. et s'il vous contredit dictes luy que je feray trainer villainement et puis après pendre par le col les yeulx bendés comme larron prouvé. Quant il eut dit Rolant respondit. Sire roy et bel oncle prenez mercy de moy. Je suis bien seur que se je y voys veritablement que jamais ne me verrés. Le duc naymes fut la qui dist. Sire empereur regardez que vous voulez faire. Rolant est vostre nepveu vous sçavez de quelle valeur il est. s'il va la ou vous dictes jamais n'en reviendra. Et charles respondit. Et je vous jure sire naymes que vous irés avecques luy et porterés mes lettres que je mande a l'admiral. Cecy estre dit basin de genevoys vint devant et dist. Et comment voulez vous ainsi perdre voz chevaliers je suis certain que s'ilz y vont comme vous l'avés dit ung seul jamais n'en retournera. Charles jura les deux yeulx de sa teste que basin iroit avec les deux aultres et par ainsi seront trois. Tierry le duc d'ardaigne dit comme les aultres pourquoy il fut ordonné pour y aller. Ogier le dannoys semblablement parla qu'on n'y deust point aller mais avec les aultres il fut ordonné pour y aller Richart de normandie s'en vint a l'empereur et dist. Sire roy je suis esbahy comment il ne vous prent pitié de voz chevaliers que sachamment vous voulés faire mourir je sçay bien que se celle part vont vous les avez perduz. Par le dieu en qui je croy dist charles vous irés entre les aultres et serez six pour pourter mes lettres a ballam que j'ay tant en hayne et puis regarde guy de bourgoigne et luy dist venez a moy. vous estes mon cousin et mon parent de moy prisé et aymé: vous serez le septiesme pour faire mon messaige a l'admiral d'espaigne. Et luy dirés qu'il propose de soy baptiser et qu'il tiengne de de moy son royaulme ses villes et citez et aussi qu'il me rende les reliques dont je prens tant grant peine et travail. Et s'il vous contredit dittes luy que je le fray pendre et estrangler et mourir villainement. Helas dist guy de bourgoigne empereur treschier je congnois a ceste fois que vous me voulés perdre. Se je y vois jamais je n'en reviendray j'en suis bien seur. Et sur ce le souleil coucha et fut encliné vers la nuyt et vont soupper. Et le matin aussi tost que le soleil fut levé les sept barons dessus nommés vindrent devant charles. Et va dire naymes de bavieres. Empereur de noblesse redoubté en tous lieux nous sommes icy pour obeyr a ton commandement. Nous te prions que nous donnes licence et congié pour partir. et s'il ya personne en ceste presence ne en tout l'exercite qui nous ait mesfait: nous luy pardonnons et semblablement se nous avons offencé a nulluy en l'onneur de dieu qu'il nous soit pardonné. A ces parolles les françoys qui estoyent presens de pitié commencerent a plourer et dist charles aux barons. Mes princes et barons treschiers et tresbiens amez a dieu de paradis je vous commande: et du merite de la saincte passion et au glorieux vaisseau de la croix qu'il vous soit en aide. Et a chemin se mirent hastivement eulx transportans en estrange pays.
Comment l'admiral transmettoit quinze roys sarrazins a l'empereur pour ravoir fierabras lesquelz furent rencontrez par les pers de france et mis a mort.Le .vi. chapitre.En aigremoire pour lors estoit Balam l'admiral doulent et courroucé et avoit mandé venir vers luy .xv. roys sarrazins pour avoir conseil. lesquelz il attendoit. Et quant il furent venus Maradas le plus fier des xv. parla premierement et dist a Balam. Sire admiral pourquoy sommes nous mandez a toy Balam respondit et dist. Seigneurs je vous diray la verité. charlemaigne de france me requiert grand folie car il veult que je soye subject a luy et que je tiengne mes pays de luy: mais cecy ne se fera point et il est bien fol a mon semblant de pancer en ces folyes pour son meilleur preigne plaisir a dormir et en chambres reposer son corps et prier dieu en ses eglises et qu'il mange ce qu'il a: toutesfois je conseille que vous aillés a luy a mormionde ou il a son logis et que je luy mande le viellart rassoté que il croye en mahon nostre dieu sans prendre dilation et il fera que saige: et oultre plus qu'il me rende mon filz fierabras pour lequel je suis detenu en douleur et d'aultre part veulx qu'il tiengne de moy france et toute sa region: et que s'il ne le fait comme vous deviserez je le iray querir atout cent mille hommes armez. et se d'aventure en vostre chemin vous trouvés homme crestien couppez luy la teste sans avoir mercy. Quant l'admiral eut ce dit Maradas respondit. Sire admiral je congnois que vous nous voulés affoller: car les françois sont moult felons et se nous disons ce que vous avés proposé de nous sera fin: car tantost serons desmembrez: mais ne croyés point que je die cecy pour obvier a vostre commandement ne que je soye celluy qui n'y veulle aller: car j'ay ce couraige que se d'aventure je me mesle parmy ces crestiens j'en mettray a mort dix avant que je soye lassé. Et se je ne faiz comme je l'ay dit je vueil que me facez copper la teste. ses compaignons dirent que chascun d'eulx feroit bien autant que Maradas: pourquoy sans aultre chose deliberer ilz monterent sur gros chevaulx sejournez a grosses lances pennons levez puissantement se sont mys a chemin et n'arresterent jusques au pont de mantrible et le plustost qu'ilz peurent sont passez oultre. et les françoys devant nommez vont rencontrer les sarrazins. et premierement les veit venir le duc naymes qui va dire. O sire dieu de paradis quelle entreprise ont fait les sarrazins les veez vous venir contre nous a grant puissance avisons que nous pourrons faire rolant va dire. seigneurs ne vous doubtez riens regardez ilz ne sont ne vingt ne trente allons tout droit a eulx: les aulcuns furent de son oppinion et vont oultre roydement de la partie des payens fut maradas puissant et bien armé qui va dire aux françoys et comment que vous soiés maulditz estes vous crestiens. Le duc naymes respondit quelque tu soyes tu parlles villainement vasal et ung petit trop follement. nous sommes hommes de charles l'empereur redoubté et allons de par luy faire ung message a ballant l'admiral. Maradas luy dist vous estes en dengier vous voulez vous deffendre ou faire aultrement. Naymes respondit. nous nous voulons deffendre a l'aide de jhesus nostre createur. Maradas va dire. lequel de vous oseroit a moy jouster. Je suis tout prest dist naymes. Maradas respondit tu es bien presumptueulx. car se j'en avoye telz dix comme tu es a mon espee je les vouldroie confondre et leurs testes porter a l'admiral sans gueires me lasser. envoye moy pour jouster quelque abile chevalier. car tu es trop vieillart et chenu pour te prendre a moy et puis dist a ses compaignons attendez moy. personne de vous ne se bouge car seulet je les vueil conquerre. et puis les presenteray a ballant l'admiral. Quant rolant l'eut escouté il cuida perdre le sens et puis dist a maradas. tu as follement parlé et pensé chose ou ja ne te verras avant qu'il soit vespre tu sçauras que nous sçavons faire garde toy de moy. car tu es deffié. Cecy disant frappa son cheval de l'esperon asprement et se rencontrerent si durement a tout les espieux quarrez et agus que ce fut grant merveilles que tous deux ne sont mors De ce coup leurs haubertz furent cassez si asprement et feruz durement sur leurs heaulmes richement oeuvrés Rolant tout furieux tint durandal et attaint maradas fort sur son heaulme et le descercla et divisa. et puis par grant force recouvra son coup sur la teste nue et luy fendit jusques au dessoubz de la cervella et tout mort le renversa a terre. Quant les aultres veirent le roy maradas mort que le roy vouloit emporter sa teste. ilz regarderent l'ung l'autre comme tous esperdus et prindrent conclusion de vouloir prendre vengence des françoys et coururent sur rolant pour le mettre a mort. mais trop merveilleusement se deffendit Et sur ce l'une des parties vint sur l'autre. Et se tindrent en bataille si rudement et especiallement les françoys contre les payens que tous furent mors et occis. Et ne fut saulvé des quinze sinon ung qui s'en fouit quant il veit les aultres mourir et s'en vint denoncer comment ils estoient destruitz par les françoys. et ne cessa celluy qui se saulva de fuyr jusques il fut en la maison de l'admiral. auquel ledit admiral va dire. Sire roy vous estes bien hatif au retourner. dictes moy maintenant comment vous avez fait. L'autre luy dist. Sire admiral par mahon il va tresmal oultre le pont de mantrible nous avons rencontré sept gloutons qui sont tous enragez. et sont des hommes du roy charles. et dirent qu'ilz vous venoyent faire ung messaige par luy. et puis sont courus dessus nous et ont fait si grand devoir contre nous que tous sont mors sinon moy qui suis eschappé a grant peine pour le vous venir denoncer. Quant l'admiral l'entendit bien peu qu'il ne mourut tant fut doulent de la mort de ses roys dessusditz.
Le .vi. chapitre.
En aigremoire pour lors estoit Balam l'admiral doulent et courroucé et avoit mandé venir vers luy .xv. roys sarrazins pour avoir conseil. lesquelz il attendoit. Et quant il furent venus Maradas le plus fier des xv. parla premierement et dist a Balam. Sire admiral pourquoy sommes nous mandez a toy Balam respondit et dist. Seigneurs je vous diray la verité. charlemaigne de france me requiert grand folie car il veult que je soye subject a luy et que je tiengne mes pays de luy: mais cecy ne se fera point et il est bien fol a mon semblant de pancer en ces folyes pour son meilleur preigne plaisir a dormir et en chambres reposer son corps et prier dieu en ses eglises et qu'il mange ce qu'il a: toutesfois je conseille que vous aillés a luy a mormionde ou il a son logis et que je luy mande le viellart rassoté que il croye en mahon nostre dieu sans prendre dilation et il fera que saige: et oultre plus qu'il me rende mon filz fierabras pour lequel je suis detenu en douleur et d'aultre part veulx qu'il tiengne de moy france et toute sa region: et que s'il ne le fait comme vous deviserez je le iray querir atout cent mille hommes armez. et se d'aventure en vostre chemin vous trouvés homme crestien couppez luy la teste sans avoir mercy. Quant l'admiral eut ce dit Maradas respondit. Sire admiral je congnois que vous nous voulés affoller: car les françois sont moult felons et se nous disons ce que vous avés proposé de nous sera fin: car tantost serons desmembrez: mais ne croyés point que je die cecy pour obvier a vostre commandement ne que je soye celluy qui n'y veulle aller: car j'ay ce couraige que se d'aventure je me mesle parmy ces crestiens j'en mettray a mort dix avant que je soye lassé. Et se je ne faiz comme je l'ay dit je vueil que me facez copper la teste. ses compaignons dirent que chascun d'eulx feroit bien autant que Maradas: pourquoy sans aultre chose deliberer ilz monterent sur gros chevaulx sejournez a grosses lances pennons levez puissantement se sont mys a chemin et n'arresterent jusques au pont de mantrible et le plustost qu'ilz peurent sont passez oultre. et les françoys devant nommez vont rencontrer les sarrazins. et premierement les veit venir le duc naymes qui va dire. O sire dieu de paradis quelle entreprise ont fait les sarrazins les veez vous venir contre nous a grant puissance avisons que nous pourrons faire rolant va dire. seigneurs ne vous doubtez riens regardez ilz ne sont ne vingt ne trente allons tout droit a eulx: les aulcuns furent de son oppinion et vont oultre roydement de la partie des payens fut maradas puissant et bien armé qui va dire aux françoys et comment que vous soiés maulditz estes vous crestiens. Le duc naymes respondit quelque tu soyes tu parlles villainement vasal et ung petit trop follement. nous sommes hommes de charles l'empereur redoubté et allons de par luy faire ung message a ballant l'admiral. Maradas luy dist vous estes en dengier vous voulez vous deffendre ou faire aultrement. Naymes respondit. nous nous voulons deffendre a l'aide de jhesus nostre createur. Maradas va dire. lequel de vous oseroit a moy jouster. Je suis tout prest dist naymes. Maradas respondit tu es bien presumptueulx. car se j'en avoye telz dix comme tu es a mon espee je les vouldroie confondre et leurs testes porter a l'admiral sans gueires me lasser. envoye moy pour jouster quelque abile chevalier. car tu es trop vieillart et chenu pour te prendre a moy et puis dist a ses compaignons attendez moy. personne de vous ne se bouge car seulet je les vueil conquerre. et puis les presenteray a ballant l'admiral. Quant rolant l'eut escouté il cuida perdre le sens et puis dist a maradas. tu as follement parlé et pensé chose ou ja ne te verras avant qu'il soit vespre tu sçauras que nous sçavons faire garde toy de moy. car tu es deffié. Cecy disant frappa son cheval de l'esperon asprement et se rencontrerent si durement a tout les espieux quarrez et agus que ce fut grant merveilles que tous deux ne sont mors De ce coup leurs haubertz furent cassez si asprement et feruz durement sur leurs heaulmes richement oeuvrés Rolant tout furieux tint durandal et attaint maradas fort sur son heaulme et le descercla et divisa. et puis par grant force recouvra son coup sur la teste nue et luy fendit jusques au dessoubz de la cervella et tout mort le renversa a terre. Quant les aultres veirent le roy maradas mort que le roy vouloit emporter sa teste. ilz regarderent l'ung l'autre comme tous esperdus et prindrent conclusion de vouloir prendre vengence des françoys et coururent sur rolant pour le mettre a mort. mais trop merveilleusement se deffendit Et sur ce l'une des parties vint sur l'autre. Et se tindrent en bataille si rudement et especiallement les françoys contre les payens que tous furent mors et occis. Et ne fut saulvé des quinze sinon ung qui s'en fouit quant il veit les aultres mourir et s'en vint denoncer comment ils estoient destruitz par les françoys. et ne cessa celluy qui se saulva de fuyr jusques il fut en la maison de l'admiral. auquel ledit admiral va dire. Sire roy vous estes bien hatif au retourner. dictes moy maintenant comment vous avez fait. L'autre luy dist. Sire admiral par mahon il va tresmal oultre le pont de mantrible nous avons rencontré sept gloutons qui sont tous enragez. et sont des hommes du roy charles. et dirent qu'ilz vous venoyent faire ung messaige par luy. et puis sont courus dessus nous et ont fait si grand devoir contre nous que tous sont mors sinon moy qui suis eschappé a grant peine pour le vous venir denoncer. Quant l'admiral l'entendit bien peu qu'il ne mourut tant fut doulent de la mort de ses roys dessusditz.
Du pont merveilleux de mantrible du tribut qui y failloyt payer pour y passer et comment par belles parolles les françoys passerent oultre.Le .vii. chapitre.Quant les françoys dessusditz eurent mis a mort les sarrazins ilz en furent tous travaillés et lassés. et s'en vont reposer en ung pré verdoient et puis dist le duc naymes. Mes seigneurs je conseille que nous nous en retournons a charles et luy dirons comment nous avons fait. et je sçay bien qu'il sera bien content quant il verra nostre governement. Adonc rolant va respondre. et comment sire duc naymes parlés vous du retourner. n'en parlés plus. car entre tant qu'il plaira a dieu que je pourray tenir durandal en ma main je ne me pense retourner si aurons nous parlé a ballant l'admiral comment qu'il soit et feront une chose dont chascun parlera nous prendrons de ces testes chascun la sienne et la presenterons a l'admiral. Naymes luy dist. Sire rolant il me semble que vous soyés hors du sens: car se cecy se fasoit nous serions tantost occis. Tierry et les aultres furent de l'oppinion de rolant et prindrent chascun une teste et se mirent au chemin. Le duc naymes fut le premier qui va regarder le pont de mantrible merveilleux comme vous orrez et dist a ses compaignons. Seigneurs entendés dela le pont est aigremoire ou nous devons trouver l'admiral. Ogier le dannois dist. Il nous convient premier passer le pont moult dangereux il ya trente arches de marbres bien spacieuses qui sont fondees a plomb et cyment et a grandes barres de fer: sur lequel pont sont grosses tours et beaulx pilliers richement ordonnez et les meurs sont de grant force: car au plus bas on peult bien dix toises mesurer. de la largeur du pont vous la pouvez bien comprendre. car vingt chevaliers y pouvoient bien aller bras a bras a leur aise et y est le pont pour lever qui descend a dix grosses chaynes de fer et en hault ung aigle d'or moult reluysant et apparent comme le soleil tellement qu'il semble que ce soit feu alumé et la veoit on d'une grande lieue reluyre et la riviere qui passe par dessoubz se nomme flagot et a plus de quinze piedz mesurez jusques aux arcz du pont et court si impetueusement qui sembloit ung quarreau d'arbaleste tellement qui n'est navyre ne engin moyennant lesquelz on peust passer celle riviere pour son impetueuseté. et si vous dis plus oultre Le pont est gardé d'ung geant de par l'admiral qui se nomme galaffre l'ung des terribles des humains et tient une grosse hache d'acier pour consumer celluy qui fera oultre sa voulenté: et plus oultre il est de necessité qui vouldra parler a l'admiral il convient passer par luy. Seigneurs va respondre rolant. Ne vous doubtez de riens je vous en prie ne vous chaille de passer par le pont car je vous jure que tant comme il plaira a dieu de me garder mon corps et que je pourray tenir durandal en ma main je ne doubteray payen la valeur d'ung denier quel qu'il soit. Et par le dieu qui pendit en croix je frapperay le portier s'il se met devant moy quoy qu'il en doyve advenir. Le duc naymes de bavieres le print et dist. Sire rolant vous ne parlés pas saigement: il n'est pas bon de donner ung coup pour en retourner quinze: laisse moy faire. car au plaisir de dieu et de ses sainctz je leur diray tant de menssonges et d'aultres choses que nous passerons oultre sans dangier. Quant les françoys furent devant le pont le portier print cent chevaliers et le vint avaller avec gisarmes. et aultres glayves de deffence. Le premier qui se mist devant ce fut le duc naymes a tout ses cheveulx meslez car il estoit eagé plus que nulz des aultres. Tantost le portier passa oultre et print naymes par la main et puis luy dist. Respondés moy ou voulés vous aller. Naymes respondit. je vous diray la verité. Nous sommes hommes de charles le noble empereur et allons a aigremoire faire messaige a ballant l'admiral: mais certainement il a bien acquité son pays de faulces gens: car n'a pas long temps que sur les champs nous trouvasmes quinze gloutons lesquelz sans raison nous vouloient oster noz chevaulz et nostre vie toutesfois nous les avons gouvernez par maniere que veez cy les testes: regardez bien quelz ilz sont se vous ne m'en croyez. Quant le portier l'eut ouy a bien peu de fait qu'il ne perdit le sens et dist a naymes. Vassal entendez moy. car il vous fault paier le passaige du pont devant toutes choses. Le duc naymes luy dist. demandés moy ce qu'il vous fault et nous vous contenterons. Par mahon dist le portier ce n'est pas peu de fait. car je vous demande premierement trente couples de chiens: puis cent pucelles chastes et de bonnes meurs et cent faulcons muez: après il vous fault cent palefrois en bon point et pour chascun pié de cheval ung marc d'or affiné: et finablement il nous convient avoir quatre sommiers chargez d'or et d'argent: pour ainsi vous sçavez ce qu'il vous fault ou vous ne debvez point icy estre venuz. Et celluy qui ne peult donner le tribut luy convient laisser sa teste sans aultre excusation. Le duc naymes ne fut point esbahy nonobstant qu'il congneust l'occasion que le portier queroit qu'il deusse mourir a cause qu'il n'estoit pas possible de payer ce qu'il avoit devisé. et respondit au portier en ceste maniere. Sire portier se je ne vous doys plus que vous avez devisé je vous feray content avant que midy soit sonné. Après nous vient nostre bagage et harnoys a plus de nombre de cent mille ou il ya pucelles belles et gentes faucons et chiens a grant planté de haubertz heaulmes et bons escutz il ya sans nombre et plusieurs aultres bagues nobles et riches prenez ce qu'il vous plaira a vostre volenté. Le portier se pensa qu'il dist verité et fut bien content et lacha ce pont et puis passerent oultre legierement. Rolant qui ce ouyoit ne se pouvoit tenir de rire et dist. En verité sire duc naymes vous avez bien parlé. car par voz mensonges nous passerons le pont: et alloit rolant tout derriere les aultres. Et quant ilz furent ung petit avant sur le pont rolant va rencontrer ung turc et puis dist a son couraige. Ha sire dieu de paradis laisse moy faire chose dont tu soyes honnoré et tout bien en puisse advenir et sans dire mot a ses compaignons il descendit de dessus le cheval puis print celluy turc par le millieu du corps et le getta hastivement en la riviere Le duc naymes regarda derriere luy et veit cheoir le turc que rolant mist dedens et fut moult courroucé et dist. Sire dieu de paradis je croy que le dyable est au corps de rolant car il n'a point de pacience en luy et se dieu ne nous aide il nous fera occir et villainement mourir. car rolant estoit si fier de couraige que il ne regardoit ne le temps ne le lieu pour soy gouverner mais vouloit ouvrer de fait a son ennemy quelque par que il le peust trouver: car il estoit couraigeux a merveilles.
Le .vii. chapitre.
Quant les françoys dessusditz eurent mis a mort les sarrazins ilz en furent tous travaillés et lassés. et s'en vont reposer en ung pré verdoient et puis dist le duc naymes. Mes seigneurs je conseille que nous nous en retournons a charles et luy dirons comment nous avons fait. et je sçay bien qu'il sera bien content quant il verra nostre governement. Adonc rolant va respondre. et comment sire duc naymes parlés vous du retourner. n'en parlés plus. car entre tant qu'il plaira a dieu que je pourray tenir durandal en ma main je ne me pense retourner si aurons nous parlé a ballant l'admiral comment qu'il soit et feront une chose dont chascun parlera nous prendrons de ces testes chascun la sienne et la presenterons a l'admiral. Naymes luy dist. Sire rolant il me semble que vous soyés hors du sens: car se cecy se fasoit nous serions tantost occis. Tierry et les aultres furent de l'oppinion de rolant et prindrent chascun une teste et se mirent au chemin. Le duc naymes fut le premier qui va regarder le pont de mantrible merveilleux comme vous orrez et dist a ses compaignons. Seigneurs entendés dela le pont est aigremoire ou nous devons trouver l'admiral. Ogier le dannois dist. Il nous convient premier passer le pont moult dangereux il ya trente arches de marbres bien spacieuses qui sont fondees a plomb et cyment et a grandes barres de fer: sur lequel pont sont grosses tours et beaulx pilliers richement ordonnez et les meurs sont de grant force: car au plus bas on peult bien dix toises mesurer. de la largeur du pont vous la pouvez bien comprendre. car vingt chevaliers y pouvoient bien aller bras a bras a leur aise et y est le pont pour lever qui descend a dix grosses chaynes de fer et en hault ung aigle d'or moult reluysant et apparent comme le soleil tellement qu'il semble que ce soit feu alumé et la veoit on d'une grande lieue reluyre et la riviere qui passe par dessoubz se nomme flagot et a plus de quinze piedz mesurez jusques aux arcz du pont et court si impetueusement qui sembloit ung quarreau d'arbaleste tellement qui n'est navyre ne engin moyennant lesquelz on peust passer celle riviere pour son impetueuseté. et si vous dis plus oultre Le pont est gardé d'ung geant de par l'admiral qui se nomme galaffre l'ung des terribles des humains et tient une grosse hache d'acier pour consumer celluy qui fera oultre sa voulenté: et plus oultre il est de necessité qui vouldra parler a l'admiral il convient passer par luy. Seigneurs va respondre rolant. Ne vous doubtez de riens je vous en prie ne vous chaille de passer par le pont car je vous jure que tant comme il plaira a dieu de me garder mon corps et que je pourray tenir durandal en ma main je ne doubteray payen la valeur d'ung denier quel qu'il soit. Et par le dieu qui pendit en croix je frapperay le portier s'il se met devant moy quoy qu'il en doyve advenir. Le duc naymes de bavieres le print et dist. Sire rolant vous ne parlés pas saigement: il n'est pas bon de donner ung coup pour en retourner quinze: laisse moy faire. car au plaisir de dieu et de ses sainctz je leur diray tant de menssonges et d'aultres choses que nous passerons oultre sans dangier. Quant les françoys furent devant le pont le portier print cent chevaliers et le vint avaller avec gisarmes. et aultres glayves de deffence. Le premier qui se mist devant ce fut le duc naymes a tout ses cheveulx meslez car il estoit eagé plus que nulz des aultres. Tantost le portier passa oultre et print naymes par la main et puis luy dist. Respondés moy ou voulés vous aller. Naymes respondit. je vous diray la verité. Nous sommes hommes de charles le noble empereur et allons a aigremoire faire messaige a ballant l'admiral: mais certainement il a bien acquité son pays de faulces gens: car n'a pas long temps que sur les champs nous trouvasmes quinze gloutons lesquelz sans raison nous vouloient oster noz chevaulz et nostre vie toutesfois nous les avons gouvernez par maniere que veez cy les testes: regardez bien quelz ilz sont se vous ne m'en croyez. Quant le portier l'eut ouy a bien peu de fait qu'il ne perdit le sens et dist a naymes. Vassal entendez moy. car il vous fault paier le passaige du pont devant toutes choses. Le duc naymes luy dist. demandés moy ce qu'il vous fault et nous vous contenterons. Par mahon dist le portier ce n'est pas peu de fait. car je vous demande premierement trente couples de chiens: puis cent pucelles chastes et de bonnes meurs et cent faulcons muez: après il vous fault cent palefrois en bon point et pour chascun pié de cheval ung marc d'or affiné: et finablement il nous convient avoir quatre sommiers chargez d'or et d'argent: pour ainsi vous sçavez ce qu'il vous fault ou vous ne debvez point icy estre venuz. Et celluy qui ne peult donner le tribut luy convient laisser sa teste sans aultre excusation. Le duc naymes ne fut point esbahy nonobstant qu'il congneust l'occasion que le portier queroit qu'il deusse mourir a cause qu'il n'estoit pas possible de payer ce qu'il avoit devisé. et respondit au portier en ceste maniere. Sire portier se je ne vous doys plus que vous avez devisé je vous feray content avant que midy soit sonné. Après nous vient nostre bagage et harnoys a plus de nombre de cent mille ou il ya pucelles belles et gentes faucons et chiens a grant planté de haubertz heaulmes et bons escutz il ya sans nombre et plusieurs aultres bagues nobles et riches prenez ce qu'il vous plaira a vostre volenté. Le portier se pensa qu'il dist verité et fut bien content et lacha ce pont et puis passerent oultre legierement. Rolant qui ce ouyoit ne se pouvoit tenir de rire et dist. En verité sire duc naymes vous avez bien parlé. car par voz mensonges nous passerons le pont: et alloit rolant tout derriere les aultres. Et quant ilz furent ung petit avant sur le pont rolant va rencontrer ung turc et puis dist a son couraige. Ha sire dieu de paradis laisse moy faire chose dont tu soyes honnoré et tout bien en puisse advenir et sans dire mot a ses compaignons il descendit de dessus le cheval puis print celluy turc par le millieu du corps et le getta hastivement en la riviere Le duc naymes regarda derriere luy et veit cheoir le turc que rolant mist dedens et fut moult courroucé et dist. Sire dieu de paradis je croy que le dyable est au corps de rolant car il n'a point de pacience en luy et se dieu ne nous aide il nous fera occir et villainement mourir. car rolant estoit si fier de couraige que il ne regardoit ne le temps ne le lieu pour soy gouverner mais vouloit ouvrer de fait a son ennemy quelque par que il le peust trouver: car il estoit couraigeux a merveilles.
Comment les barons de france vindrent parler a ballam et quel messaige ilz luy firent.Le .viii. chapitre.Les barons dessus nommez quant ilz eurent passé le pont et ilz furent près de aigremoire ou Ballam se tenoit vont entrer aval la ville en grant ordonnance et a contenance de toute fierté et noblesse Et veoyent par les rues les faulcons et autres oyseaux de proye sur les perches grans beufz escorchez. gros porcz estranglez. et rencontrerent ung sarrazin et luy ont demandé ou se tenoit l'admiral Ballam. Et il leur monstra qu'il estoit dessoubz ung arbre a l'ombre. Et quant ilz furent a terre le duc Naymes dist Mes beaulx seigneurs je porteray la lettre et parleray premierement et vous après Rolant fut la qui se presenta et vouloit a force qu'il deust parler premierement. et le duc Naymes dist. Ne dittes mot. car vous estes demy forcenné sans avoir attrempance. Se dieu ne nous fait grant grace vous nous ferez trestous mourir avant que le jour soit passé. Et sur ce ilz vont entrer. et devant l'admiral se vont tous presenter sans reverence quelconque. et parla premierement le duc Naymes de baviere et dist en ceste maniere. Le createur de tout le monde a qui tant seulement on doit creance entiere et honneur sault et garde le noble roy Charlemaigne puissant fort et saige empereur. Rolant. Olivier et tous les autres pers de france. et confonde des la croix du chief jusques au plantes des piedz l'admiral present tant a esté mal pourveu de subjectz. Devant hyer dela le pont de mantrible nous trouvasmes .xv. gloutons sarrazins sur les champs qui nous vouloyent tollir noz chevaulx et faire villannye. mais la mercy dieu de paradis ilz ont comparé grandement. Nous en portons cy les testes. Jamais ne les doubterons. Quant ballam l'admiral entendit ce langaige a bien peu de fait qu'il ne enraiga. Et la devant vint le roy qui eschappa. duquel j'ay parlé dessus. et dist a l'admiral Ballam en ceste maniere. Treschier sire pensés de vous venger. Ce sont les sept gloutons desquelz je vous ay parlé qui ont occis et fait mourir voz roys et fait telle vilité. L'admiral respondit. Laisse les ester pour le present. et puis après dist au duc Naymes qu'il finist son message. et le duc naymes respondit qu'il le feroit voulentiers. et dist en ceste maniere. Le grant noble roy de france redoubté te mande de par nous que tu luy rendes la couronne dont le benoist saulveur jhesucrist fut couronné. et les aultres reliques pour les quelles il a prins tant de peine. et puis ses chevaliers que tu tiens pour prisonniers follement. et se tu ne fais comme je t'ay devisé Charles te fera pendre par le col en ung gibet et estrangler moult villainement. et te emmenera premierement en dextre comme on fait ung viel matin enchainé. et ne trouvera ne bouillon ne fange qu'il ne te face passer. Ballam l'admiral remply d'une intencion moult oultrageuse dist au duc Naymes vous m'avez laidoyé et grandement oultragé et vous ay voulentiers ouy parler. Alez vous en seoir près de ce pillier si parleront les aultres que je n'ay pas escoutez. Mahommet me mauldie mon dieu a qui je suis totalement donné se jamais jour de ma vie je menge ne boy que premier ne vous face de dessus les espaulles la teste voller. Le duc naymes dist. S'il plaist a dieu le createur et a sa mere vous aurés dit mensonge. Après parla le duc Richard de normandie et dist. Entens a moy Admiral. Charles le roy a la barbe flourie te mande par moy que tu te faces baptiser pour amender ta vie tresmaulvaise. et luy transmetz les reliques que tu as en ta puissance. et puis luy rens ses nobles chevaliers que tu sans cause ne raison pour prisonniers detiens Et se tu ne le fais comme tu as ouy Charles te fera pendre par le col en ung gibet et estrangler moult villainement je le te dy sans celer. et n'aura jamais mercy de toy. L'admiral le cuida congnoistre et luy va dire en ceste maniere Mahommet en qui je croy te mauldie si bien resemble tu Richard de normandie qui m'a occis mon treschier oncle Corsuble. Or pleust il a mahom qu'il fust icy a ceste heure devant moy. jamais ne mengeroit tant qu'il seroit en vie. vat'en seoir avec ton compaignon jusques a tant j'aie esté a ces aultres qui n'ont point encores parlé a moy Cecy estre dit Basin de gennevoys se leva de piez et dist. Ballant admiral Charles le noble roy sur tous les humains redoubté te mande que tu luy rendes les reliques desquelles on t'a parlé par devant ou aultrement il te fera pendre et estrangler comme larron prouvé. Quant il eut ce dit il s'en alla seoir avecques les aultres et puis se leva tierry le duc d'ardaine qui fit faulx semblant de chere et de maniere. Quant l'admiral ballant veit qu'il avoit le regart si hideux il fut moult esbahy. et cuida que ce fust ung dyable. Puis luy dist ledit tierry. Entens a moy admiral et retiens bien mes parolles. Charles le noble empereur redoubté te mande que tu luy envoyes les reliques que tu emportas de romme Et aussi luy envoye prestement et quittez ses barons. lesquelz tu as a ton pouvoir. aultrement soyes seur qu'il te fera desmembrer et pendre moult villainement par le col L'admiral respondit et dist vassal je te prie ne me cele pas de dire verité. Quel homme est charlemaigne et de quelle force. lequel j'ay tant ouy louer et vanter. Adoncques le noble duc tierry respondit. Je te dis admiral et faitz assavoir pour verité que charles est preux et saige. courtoys et debonnayre et soyes seur que s'il estoit icy a son excercite moult tost et moult asprement il te donneroit sur le visaige. Et d'aultre part de tes dieux il ne tient compte aussi peu que d'ung vieil chien mort ou d'une pomme pourrie. Incontinent l'admiral ballant se print a rire de felonnie. Et puis dist a tierry Mon amy par la foy que tu dois a ta vie dy moy la verité. Se a ceste heure presente j'estoye en ta bonne voulenté et subjection comme tu es en la mienne. par ta foy que feroies tu de moy ne le me cele pas. Par ma foy ce dist adoncques. Tierre je n'en mentiray point. Cestes je te feroye pendre par ton col et estrangler villainement en ung gibet avant qu'il fust nuyt Vassal dist l'admiral tu as dit grant folie. Car par mahommet mon dieu ainsi feray je de toy comme tu as dit de moy. Vat'en seoir avec tes compaignons. Puis après le bon ogier le dannoys vint de piez devant l'admiral ballant et luy dist O admiral d'espaigne entens que te mande Charles le plus noble de tous les humains et riche sans comparaison. Rens luy les reliques que tu as emportees ou aultrement il te fera desmembrer et mourir honteusement. L'admiral le fit seoir avecques les aultres. Cecy estre dit rolant couraigeux vint devant Ballam l'admiral sans luy faire honneur ne reverence et luy dist. Sarrazin malheureux entens a mes parolles. Charles le noble roy et empereur redoubté te mande par moy que tu croyes en dieu jhesucrist le createur de tout le monde et en la glorieuse vierge marie sa mere. et te fais baptiser. et pense de rendre les reliques que tu occupes et retiens oultre son vouloir et faiz que ses barons luy soyent renduz saintz et en bon point. se tu oeuvres aultrement. Charles le valeureux te fera pendre comme ung larron. Lors l'admiral ballant luy dist vous m'avez laidoyé et blasmé orguilleusement. mais je jure par mahom mon dieu et talvagant que je ne mengeray jamais jusques vous soiés tous penduz et estranglez. Adonc rolant respondit pour verité sarrazin se tu attendoyes jusques a celle heure que tu le deusses faire ce seroit trop jeusne a toy tu ne le feras pas ainsi. je ne te doubte pas la valeur de ung viel chien mort et noyé guy de bourgoigne vint après devant l'admiral et luy dist en ceste maniere. Charles l'empereur te mande que tu luy faces grant obeissance et restitues les reliques et aussi ses barons et tu feras que saige. Et se tu me veulx croire je te vueil bien conseiller. Croy en dieu jhesucrist tout puissant sans fin et sans commencement. et se tu croys mon conseil tu pourras estre en sa grace. et voicy que tu feras oste ta robe. tes chausses. tes souliers de dessus ton corps et te metz en chemise et porte sur ton corps une selle de cheval et n'arrestes jusques a tant que tu soyes devant la face de charles et humblement presente toy a luy et crye mercy a dieu le createur tout puissant de tes erreurs et oultrages et luy crye mercy en l'onneur de dieu tout puissant. et se tu ne fais comme je t'ay dit. il te fera pendre ou noyer et honteusement mourir. L'admiral fut plus determiné et forcenné qu'il n'avoit esté paravant. Et demanda Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres et des aultres de son conseil et leur demanda conseil sur les choses dessusdictes et tantost Sortibrant luy dist. Sire admiral je vous conseille que tantost ilz soyent desmembrés et occis. et puis par vostre force pourrés aller et chevaucher par tout et viendrez a mormionde ou charles est pensif. et se vous le pouvez prendre vous le ferés mourir. puis descrendrés en france et vous serez couronné roy par mahon dist Ballant vous avez bien dist. or soit fait a vostre devis. allés en la prison et amenés les aultres leurs compaignons pour faire selon l'entreprise et ainsy comme j'ay dit l'admiral fut intencionné de faire des françoys dessus nommez selon que devant est devisé.
Le .viii. chapitre.
Les barons dessus nommez quant ilz eurent passé le pont et ilz furent près de aigremoire ou Ballam se tenoit vont entrer aval la ville en grant ordonnance et a contenance de toute fierté et noblesse Et veoyent par les rues les faulcons et autres oyseaux de proye sur les perches grans beufz escorchez. gros porcz estranglez. et rencontrerent ung sarrazin et luy ont demandé ou se tenoit l'admiral Ballam. Et il leur monstra qu'il estoit dessoubz ung arbre a l'ombre. Et quant ilz furent a terre le duc Naymes dist Mes beaulx seigneurs je porteray la lettre et parleray premierement et vous après Rolant fut la qui se presenta et vouloit a force qu'il deust parler premierement. et le duc Naymes dist. Ne dittes mot. car vous estes demy forcenné sans avoir attrempance. Se dieu ne nous fait grant grace vous nous ferez trestous mourir avant que le jour soit passé. Et sur ce ilz vont entrer. et devant l'admiral se vont tous presenter sans reverence quelconque. et parla premierement le duc Naymes de baviere et dist en ceste maniere. Le createur de tout le monde a qui tant seulement on doit creance entiere et honneur sault et garde le noble roy Charlemaigne puissant fort et saige empereur. Rolant. Olivier et tous les autres pers de france. et confonde des la croix du chief jusques au plantes des piedz l'admiral present tant a esté mal pourveu de subjectz. Devant hyer dela le pont de mantrible nous trouvasmes .xv. gloutons sarrazins sur les champs qui nous vouloyent tollir noz chevaulx et faire villannye. mais la mercy dieu de paradis ilz ont comparé grandement. Nous en portons cy les testes. Jamais ne les doubterons. Quant ballam l'admiral entendit ce langaige a bien peu de fait qu'il ne enraiga. Et la devant vint le roy qui eschappa. duquel j'ay parlé dessus. et dist a l'admiral Ballam en ceste maniere. Treschier sire pensés de vous venger. Ce sont les sept gloutons desquelz je vous ay parlé qui ont occis et fait mourir voz roys et fait telle vilité. L'admiral respondit. Laisse les ester pour le present. et puis après dist au duc Naymes qu'il finist son message. et le duc naymes respondit qu'il le feroit voulentiers. et dist en ceste maniere. Le grant noble roy de france redoubté te mande de par nous que tu luy rendes la couronne dont le benoist saulveur jhesucrist fut couronné. et les aultres reliques pour les quelles il a prins tant de peine. et puis ses chevaliers que tu tiens pour prisonniers follement. et se tu ne fais comme je t'ay devisé Charles te fera pendre par le col en ung gibet et estrangler moult villainement. et te emmenera premierement en dextre comme on fait ung viel matin enchainé. et ne trouvera ne bouillon ne fange qu'il ne te face passer. Ballam l'admiral remply d'une intencion moult oultrageuse dist au duc Naymes vous m'avez laidoyé et grandement oultragé et vous ay voulentiers ouy parler. Alez vous en seoir près de ce pillier si parleront les aultres que je n'ay pas escoutez. Mahommet me mauldie mon dieu a qui je suis totalement donné se jamais jour de ma vie je menge ne boy que premier ne vous face de dessus les espaulles la teste voller. Le duc naymes dist. S'il plaist a dieu le createur et a sa mere vous aurés dit mensonge. Après parla le duc Richard de normandie et dist. Entens a moy Admiral. Charles le roy a la barbe flourie te mande par moy que tu te faces baptiser pour amender ta vie tresmaulvaise. et luy transmetz les reliques que tu as en ta puissance. et puis luy rens ses nobles chevaliers que tu sans cause ne raison pour prisonniers detiens Et se tu ne le fais comme tu as ouy Charles te fera pendre par le col en ung gibet et estrangler moult villainement je le te dy sans celer. et n'aura jamais mercy de toy. L'admiral le cuida congnoistre et luy va dire en ceste maniere Mahommet en qui je croy te mauldie si bien resemble tu Richard de normandie qui m'a occis mon treschier oncle Corsuble. Or pleust il a mahom qu'il fust icy a ceste heure devant moy. jamais ne mengeroit tant qu'il seroit en vie. vat'en seoir avec ton compaignon jusques a tant j'aie esté a ces aultres qui n'ont point encores parlé a moy Cecy estre dit Basin de gennevoys se leva de piez et dist. Ballant admiral Charles le noble roy sur tous les humains redoubté te mande que tu luy rendes les reliques desquelles on t'a parlé par devant ou aultrement il te fera pendre et estrangler comme larron prouvé. Quant il eut ce dit il s'en alla seoir avecques les aultres et puis se leva tierry le duc d'ardaine qui fit faulx semblant de chere et de maniere. Quant l'admiral ballant veit qu'il avoit le regart si hideux il fut moult esbahy. et cuida que ce fust ung dyable. Puis luy dist ledit tierry. Entens a moy admiral et retiens bien mes parolles. Charles le noble empereur redoubté te mande que tu luy envoyes les reliques que tu emportas de romme Et aussi luy envoye prestement et quittez ses barons. lesquelz tu as a ton pouvoir. aultrement soyes seur qu'il te fera desmembrer et pendre moult villainement par le col L'admiral respondit et dist vassal je te prie ne me cele pas de dire verité. Quel homme est charlemaigne et de quelle force. lequel j'ay tant ouy louer et vanter. Adoncques le noble duc tierry respondit. Je te dis admiral et faitz assavoir pour verité que charles est preux et saige. courtoys et debonnayre et soyes seur que s'il estoit icy a son excercite moult tost et moult asprement il te donneroit sur le visaige. Et d'aultre part de tes dieux il ne tient compte aussi peu que d'ung vieil chien mort ou d'une pomme pourrie. Incontinent l'admiral ballant se print a rire de felonnie. Et puis dist a tierry Mon amy par la foy que tu dois a ta vie dy moy la verité. Se a ceste heure presente j'estoye en ta bonne voulenté et subjection comme tu es en la mienne. par ta foy que feroies tu de moy ne le me cele pas. Par ma foy ce dist adoncques. Tierre je n'en mentiray point. Cestes je te feroye pendre par ton col et estrangler villainement en ung gibet avant qu'il fust nuyt Vassal dist l'admiral tu as dit grant folie. Car par mahommet mon dieu ainsi feray je de toy comme tu as dit de moy. Vat'en seoir avec tes compaignons. Puis après le bon ogier le dannoys vint de piez devant l'admiral ballant et luy dist O admiral d'espaigne entens que te mande Charles le plus noble de tous les humains et riche sans comparaison. Rens luy les reliques que tu as emportees ou aultrement il te fera desmembrer et mourir honteusement. L'admiral le fit seoir avecques les aultres. Cecy estre dit rolant couraigeux vint devant Ballam l'admiral sans luy faire honneur ne reverence et luy dist. Sarrazin malheureux entens a mes parolles. Charles le noble roy et empereur redoubté te mande par moy que tu croyes en dieu jhesucrist le createur de tout le monde et en la glorieuse vierge marie sa mere. et te fais baptiser. et pense de rendre les reliques que tu occupes et retiens oultre son vouloir et faiz que ses barons luy soyent renduz saintz et en bon point. se tu oeuvres aultrement. Charles le valeureux te fera pendre comme ung larron. Lors l'admiral ballant luy dist vous m'avez laidoyé et blasmé orguilleusement. mais je jure par mahom mon dieu et talvagant que je ne mengeray jamais jusques vous soiés tous penduz et estranglez. Adonc rolant respondit pour verité sarrazin se tu attendoyes jusques a celle heure que tu le deusses faire ce seroit trop jeusne a toy tu ne le feras pas ainsi. je ne te doubte pas la valeur de ung viel chien mort et noyé guy de bourgoigne vint après devant l'admiral et luy dist en ceste maniere. Charles l'empereur te mande que tu luy faces grant obeissance et restitues les reliques et aussi ses barons et tu feras que saige. Et se tu me veulx croire je te vueil bien conseiller. Croy en dieu jhesucrist tout puissant sans fin et sans commencement. et se tu croys mon conseil tu pourras estre en sa grace. et voicy que tu feras oste ta robe. tes chausses. tes souliers de dessus ton corps et te metz en chemise et porte sur ton corps une selle de cheval et n'arrestes jusques a tant que tu soyes devant la face de charles et humblement presente toy a luy et crye mercy a dieu le createur tout puissant de tes erreurs et oultrages et luy crye mercy en l'onneur de dieu tout puissant. et se tu ne fais comme je t'ay dit. il te fera pendre ou noyer et honteusement mourir. L'admiral fut plus determiné et forcenné qu'il n'avoit esté paravant. Et demanda Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres et des aultres de son conseil et leur demanda conseil sur les choses dessusdictes et tantost Sortibrant luy dist. Sire admiral je vous conseille que tantost ilz soyent desmembrés et occis. et puis par vostre force pourrés aller et chevaucher par tout et viendrez a mormionde ou charles est pensif. et se vous le pouvez prendre vous le ferés mourir. puis descrendrés en france et vous serez couronné roy par mahon dist Ballant vous avez bien dist. or soit fait a vostre devis. allés en la prison et amenés les aultres leurs compaignons pour faire selon l'entreprise et ainsy comme j'ay dit l'admiral fut intencionné de faire des françoys dessus nommez selon que devant est devisé.