Chapter 29

Ubriaco! ma perche?Perche d’un che poco in se.

Ubriaco! ma perche?Perche d’un che poco in se.

Ubriaco! ma perche?

Perche d’un che poco in se.

De longs éclats de rire, provoqués par une voix à laquelle les fumées bachiques inspiraient les modulations les plus extraordinaires, interrompirent le chanteur au milieu de sa phrase musicale. Il promena autour de lui un regard menaçant, comme s’il eût cherché quelqu’un sur qui faire tomber sa colère, et posa sa main sur sa hanche en prenant une pose de capitan:

—Tout beau, mes maîtres! dit-il; si l’un de vous prétend que je suis ivre,ubriaco, je lui déclare qu’il en a menti par la gorge et que je le tiens pour un maheustre, un cagou, un truand, un franc-mitou... un académicien! acheva-t-il en poussant un grand éclat de rire; car il crut que les mauvais plaisants devaient être écrasés par ce dernier coup de massue.

—Parbleu! votre ami du moins a le vin gai, dit le notaire à Gerfaut, tandis que voilà Bergenheim qui, sans avoir bu autant, à beaucoup près, a l’air d’assister à un enterrement. Je le croyais plus solide que cela.

La voix de Marillac, qui retentit plus éclatante que jamais, ne permit pas d’entendre la réponse d’Octave.

—C’est excessivement supercoquentieux. Ils ont tousbucomme des cochers de fiacre, et ils prétendent que c’est moi qui suis ivre. Eh bien, je vous mets tous au défi; qui est-ce qui veut raisonner avec moi?quidquid dixeris argumentabor, doctissime condiscipule. Voulez-vous discuter art, littérature, politique, médecine, musique, philosophie, archéologie, jurisprudence, magnétisme...

—Jurisprudence! cria d’une voix empâtée le procureur du roi, qui sortit à ce mot électrique de la torpeur où l’engourdissait depuis quelques instants le labeur de la digestion; parlons jurisprudence. Quelle est votre opinion sur le dernier arrêt de la cour de cassation?

—Voulez-vous, dit Marillac sans s’arrêter à cette interruption, que je vous improvise un discours sur la peine de mort ou sur la tempérance? voulez-vous que je raconte Robert-Macaire? voulez-vous que je vous fasse en cinq minutes le plan d’un drame en cinq actes? voulez-vous que je vous narre un conte?

—Un conte! dit une voix.

—Un conte! un conte! répétèrent en chœur la plupart des autres convives.

—Parlez, faites-vous servir; la vue n’en coûte rien, reprit l’artiste en se frottant les mains d’un air radieux. Voulez-vous un conte moyen âge? un conte Renaissance? un conte Pompadour? un conte actuel? un conte fantastique? oriental, drôlatique, physiologique, intime? Je vous préviens que ce qu’il y a de moins rococo, c’est le conte intime.

—Va pour le conte intime, dirent les mêmes voix.

—Bien. Maintenant voulez-vous un conte intime chinois, arabe, espagnol, juif, namaquois.

—Français, cria le procureur du roi.

—Je suis Français, tu es Français, il est Français...Magistrat, tu t’appelles Chauvin.—Vous aurez donc un conte français.

Marillac appuya son front sur ses mains et ses coudes sur la table afin de se recueillir et de rassembler ses idées. Après quelques instants de méditation, il releva la tête et regarda successivement Bergenheim et Gerfaut avec un singulier sourire.

—Ce sera très original, murmura-t-il à demi-voix, comme s’il eût répondu à sa propre pensée, ce sera excessivement original. C’est une idée à conserver pour ma première pièce, une scène dans le genre de celle des comédiens dansHamlet. Pourvu que je ne sois pas tellement vrai qu’il se reconnaisse et se mette à crier comme Claudius:Lights! Lights!des flambeaux en plein midi!

—Le conte! dit un des convives plus impatient que les autres.

—Présent, répondit l’artiste en s’accoudant de nouveau sur la table. Vous savez tous, messieurs, que ce qu’il y a de plus difficile à trouver, c’est le titre. Pour ne pas vous faire attendre, j’en choisirai un déjà connu. Mon conte s’appellera donc, si vous voulez bien,le Mari, la Femme et l’Amant. J’aurais même pu emprunter à Paul de Kock le titre d’un de ses autres romans sans certaines raisons de convenances. Nous ne sommes pas tous garçons, et un proverbe sage dit qu’il ne faut jamais parler de corde...

Malgré l’embrouillement extraordinaire de ses idées, l’artiste s’arrêta sans achever la citation. Un reste de raison lui fit voir qu’il marchait sur un terrain dangereux et qu’il était sur le point de commettre une impardonnable indiscrétion. Heureusement le baron, fort étranger à la conversation, n’avait prêté aucune attention à ses paroles; mais Gerfaut, justement effrayé du bavardage de son ami, lui lança un regard où étaient renfermées les plus pressantes,et l’on eût pu dire les plus menaçantes recommandations de prudence.

Marillac, comprenant vaguement son tort, fut intimidé par ce coup d’œil comme un écolier qu’interroge un professeur sévère; il se pencha devant le notaire qui le séparait de Gerfaut et dit à celui-ci d’une voix qu’il cherchait à rendre confidentielle, mais qui, malgré sa bonne volonté, fut entendue d’un bout de la table à l’autre:

—Sois tranquille, Octave, je raconterai cela à mots couverts, de telle sorte qu’il n’y voie que du feu. C’est une scène pour un drame que j’ai dans la tête.

—Tu te feras mal à force de boire et de parler, répondit Gerfaut de plus en plus inquiet; tais-toi, ou sors de table avec moi.

—Quand je te dis que je parlerai à mots couverts, allégoriquement, répondit l’artiste; pour qui me prends-tu? Je te jure que je vais gazer cela de manière à ce que le diable ne devinerait pas les masques.

—Le conte! le conte! crièrent plusieurs personnes qu’amusait le bavardage incohérent de l’artiste.

—Nous y voilà, dit celui-ci en se remettant d’aplomb sur sa chaise, non sans difficulté, et sans égard pour les nouvelles instances de son ami. Nous disons:le Mari, la Femme et l’Amant, conte intime français. La scène se passe dans une petite cour d’Allemagne.—Heim! fit-il en regardant Gerfaut et en clignant un œil avec malice—crois-tu que c’est gazé?

—Pas de cour d’Allemagne: vous avez annoncé un conte français, observa le procureur du roi, disposé à faire de l’opposition et de la critique contre l’orateur qui l’avait réduit au silence.

—Eh bien, c’est un conte français dont la scène se passe en Allemagne, répondit avec sang-froid le conteur.—Prétendriez-vouspar hasard m’apprendre mon métier? Sachez que rien n’est élastique comme une cour d’Allemagne; on y fait entrer tout ce qu’on veut: j’y mettrais le shah de Perse et l’empereur de la Chine que vous n’auriez pas le plus petit mot à dire. Si pourtant vous préférez une cour d’Italie, ce sera absolument la même chose.

Cette proposition conciliante étant restée sans réponse, Marillac commença en levant les yeux de manière à n’en laisser voir que le blanc et comme s’il eût cherché ses paroles dans les caissons ouvragés du plafond.

—Et elle marchait lentement dans l’allée mystérieuse, au bord du torrent écumant, la princesse Borinska...

—Borinska! c’est donc une Polonaise? interrompit à son tour M. de Camier.

—Oh! que diable, vieillard, ne me coupez pas la parole, s’écria l’artiste impatienté.

—C’est juste. Silence donc!

—Vous avez la parole, dirent à la fois plusieurs auditeurs.

—... Et elle était pâle, et elle poussait des soupirs convulsifs en tordant ses mains molles et tièdes, et une perle blanche roulait sous les cils noirs de ses yeux bruns, et....

—Pourquoi, je vous prie, commencez-vous toutes vos phrases par et? demanda le procureur du roi avec le purisme vétilleux d’un critique inexorable.

—Parce que c’est biblique et naïf, et que le naïf et le biblique sont tout ce qu’il y a de plus actuel. Ma diction ne vous fait-elle pas l’effet d’un tableau de Cimabuë ou du Pérugin?

—Ça me fait l’effet de phrases qui ne sont pas construites selon l’ordre logique et grammatical; il est évident que et, conjonction, ne peut être placé qu’entre les deux mots auxquels il sert de liaison.

—Prenez un jaune d’œuf pour votre liaison, et laissez-moi en paix, répondit Marillac avec un superbe dédain. Vous êtes robin, et je suis artiste; qu’y a-t-il entre vous et moi?—Je continue:—Et lui la vit passer de loin, pensive et éplorée qu’elle était, la belle jeune femme pâle; et il dit au prince... Borinski: O prince, une racine de sapins, contre laquelle je me suis heurté, a déchiré ma jambe, souffrez que je rentre au palais. Et le prince Borinski lui dit: Voulez-vous que mes gardes vous portent dans un palanquin? et le sournois d’Octave répondit...

—Ton histoire n’a pas le sens commun, et tu es ennuyeux à périr, interrompit brusquement Gerfaut. Messieurs, est-ce que nous restons à table toute la nuit?

Il se leva, mais personne ne suivit son exemple. Bergenheim qui, depuis quelques instants, prêtait l’oreille au récit de l’artiste, regardait alternativement les deux amis d’un œil sombre et observateur.

—Laissez-le donc parler, dit le jeune magistrat avec un sourire ironique; j’aime beaucoup le palanquin dans une cour d’Allemagne. C’est sans doute ce que ces messieurs les romantiques appellent la couleur locale.—Ah! ah!—O Racine!

Marillac, sans se laisser intimider cette fois par les regards foudroyants de Gerfaut, reprit avec l’obstination de l’ivresse et d’une voix de plus en plus bégayante:

—Puisque je te jure de gazer l’allégorie; tu me vexes à la fin. Ne sommes-nous pas nous autres des artistes, des hommes carrés par la base? comment veux-tu que des pékins de bourgeois comprennent!—Car, messeigneurs, sachez que j’ai commis une erreur en appelant l’amant de mon conte Octave.... Il est clair comme le jour qu’il s’appelle Boleslas... Boleslas Matalowski, du duché de Varsovie... blessé à Grochow... Il n’y a pas plus de rapportsentre lui et mon ami Octave qu’entre mon autre ami Bergenheim et le prince Kolinski... Woginski... comment diable s’appelle-t-il, mon prince? récompense honnête à qui me dira le nom de mon prince.

—Il y a conscience d’abuser de son état et de le faire parler davantage, interrompit de nouveau Gerfaut, dont ces paroles portèrent au dernier degré l’inquiétude et l’effroi.—Je t’en conjure, tais-toi et sors avec moi, dit-il ensuite en se baissant vers le conteur entêté, et il le prit par le bras pour le faire lever. Cette tentative ne fit qu’irriter Marillac au lieu de le persuader; il saisit le bord de la table et s’y cramponna de toute sa vigueur, en criant comme un pourceau qu’on égorge:

—Non! cinq cent quatre-vingt-dix-neuf mille fois non! je veux achever mon conte. Président, maintenez-moi la parole.—Point de licteurs dans le sanctuaire des lois.—Ah! ah! tu veux m’empêcher de parler parce que tu sais que je conte mieux que toi, et que j’impressionne mon auditoire. Jamais tu n’as pu attraper monchic. Jaloux! envieux! Je te connais, serpent.

—Je t’en supplie, si tu m’aimes, écoute-moi, répondit Octave, qui, tout en penchant la tête sur l’épaule de son ami, remarquait avec anxiété l’attention extrême que le baron apportait à ce débat et l’expression sinistre de sa figure.

—Non! j’ai dit non! hurla de nouveau l’artiste d’une voix à faire crouler le plafond, et en appuyant ce mot du plus épouvantable juron de la langue française. Il se leva, repoussa brusquement Gerfaut et s’appuya sur la table en riant aux éclats.

—Poètes, dit-il, rassurez-vous et réjouissez-vous; vous aurez votre conte malgré les serpents de l’envie. Mais versez-moi à boire, car mon gosier ressemble à une botte d’allumettes.Pas de vin, reprit-il, à la vue du notaire armé d’une bouteille et prêt à remplir son verre. Ce diable de vin m’altère au lieu de me rafraîchir; d’ailleurs, je suis sobre comme saint Jean-Baptiste.

Gerfaut, avec la persévérance désespérée d’un homme qui se voit au moment d’être noyé, le saisit de nouveau par le bras en le serrant comme s’il eût voulu incruster ses doigts dans la chair, et en cherchant à le fasciner de ce regard fixe et dominateur par lequel le médecin d’une maison de fous maîtrise la fureur de ses malades. Mais il n’obtint pour réponse, à cette muette et menaçante supplication, qu’un sourire inintelligent et ces mots lourdement bégayés:

—Donne-moi donc à boire, Boleslas... Marinski... Graboski... Je crois que Satan a allumé ses réchauds dans ma poitrine.

Les personnes assises près des deux amis purent entendre un sifflement de fureur qui sortit des lèvres serrées d’Octave. Tout à coup il allongea le bras sur la table, saisit parmi plusieurs autres un petit carafon en cristal et remplit jusqu’au bord le verre que lui tendait Marillac.

—Merci, dit celui-ci en cherchant à se mettre d’aplomb sur ses jambes; tu es aimable comme un petit ange. Aussi sois tranquille, tes amours ne risquent rien. Je vais te gazer tout ça d’un voile carabiné.—A votre santé, truands!

Il vida le verre aux deux tiers et le remit sur la table; il sourit ensuite et salua de la main ses auditeurs avec une courtoisie royale; mais sa bouche resta entr’ouverte comme si les lèvres eussent été pétrifiées, ses yeux s’agrandirent d’une manière démesurée et leur regard prit tout à coup une expression hagarde; sa main, qu’il avait étendue, glissa à son côté; lui-même, un moment après, chancela et tomba sur sa chaise, frappé en apparence d’une attaque foudroyante d’apoplexie.

Gerfaut, dont les yeux ne l’avaient pas quitté depuis qu’il avait bu, et qui avait suivi ces différents symptômes avec une anxiété inexprimable, le soutint dans ses bras; mais, malgré l’effroi ou l’intérêt qu’annonçait ce prompt secours, un soupir de soulagement sortit de sa poitrine lorsqu’il remarqua la muette immobilité de Marillac et l’impossibilité où il semblait être de reprendre la parole.

—C’est singulier, observa le notaire en l’aidant à éloigner de la table son voisin hors de combat, ce verre d’eau lui a fait plus d’effet que quatre ou cinq bouteilles de vin.

—Georges, dit Gerfaut à l’un des domestiques d’une voix agitée, faites bassiner son lit et venez m’aider à le porter; monsieur de Bergenheim, il y a sans doute une pharmacie chez vous, si l’on a besoin de quelque remède.

La plupart des convives s’étaient levés à cet incident inattendu, et une partie s’empressait autour de Marillac étendu sans mouvement sur sa chaise. Malgré l’eau dont on lui baignait les tempes, un flacon de sel qu’on lui faisait respirer, et quoiqu’on l’eût débarrassé de sa cravate et de tout ce qui pouvait gêner le jeu des poumons, il n’avait pas repris connaissance. Sa pâleur extrême, qui contrastait avec la coloration habituelle de son teint, donnait à ses traits une expression de souffrance et le rendait presque méconnaissable.

Au lieu de joindre ses secours à ceux des autres, Bergenheim profita de la confusion générale pour se pencher sur la table. Il plongea un doigt dans le verre de l’artiste où était restée une partie de l’eau, et le porta ensuite à ses lèvres. Ce geste ne fut aperçu que par le notaire, personnage curieux et observateur de sa nature. Le trouvant assez étrange, celui-ci saisit le verre à son tour et avala quelques gouttes du liquide qu’il contenait.

—Sapristi! dit-il à voix basse à Bergenheim, je nem’étonne plus que la rasade l’ait asphyxié sur place. Savez-vous, monsieur le baron, que si ce M. de Gerfaut avait bu autre chose que de l’eau pendant le souper, je croirais qu’il est le plus ivre des deux; ou bien que, s’ils étaient moins amis, je supposerais qu’il a voulu l’empoisonner pour lui couper le sifflet? Avez-vous remarqué qu’il ne semblait pas content d’entendre cette histoire?

—Ah! vous aussi? tout le monde le saura donc! s’écria Christian avec une sorte de fureur.

—Prendre une carafe de kirsch pour de l’eau claire! reprit le notaire sans faire attention au trouble de son interlocuteur:—diable! diable! il serait bon d’employer sur-le-champ l’émétique: ce pauvre garçon a dans l’estomac une dose d’acide prussique capable d’empoisonner un bœuf.

—Qui est-ce qui a parlé d’empoisonnement et d’acide prussique? s’écria le procureur du roi en accourant de l’autre extrémité de la table, d’un pas assez mal assuré, car la tête du jeune magistrat n’avait guère mieux résisté que celle de l’artiste aux libations traîtresses, et il commençait à être entièrement hors de son assiette empesée et judiciaire,—qui est-ce qui a été empoisonné? je suis le procureur du roi; c’est à moi de diriger l’instruction. A-t-on fait l’autopsie du cadavre? et d’abord où l’a-t-on trouvé? dans un champ, dans un bois, dans la rivière?

—Vous en avez menti, il n’y a pas de cadavre dans la rivière, s’écria Bergenheim d’une voix foudroyante, et il le saisit au collet avec une sorte d’égarement.

Le magistrat incapable d’opposer la moindre résistance à la main vigoureuse qui l’étranglait fut secoué par elle à deux reprises comme l’agneau qu’un loup emporte à sa mâchoire. Tout à coup le baron s’arrêta et se frappa le front par un geste familier aux personnes qui sentent leur raison troublée par un paroxysme de passion indomptable.

—Je suis fou, dit-il avec beaucoup d’émotion.—Monsieur, vous me voyez désespéré. Nous avons réellement un peu trop bu. Je vous demande pardon, monsieur.—Je vous quitte un moment... j’ai besoin d’air.

A ces mots il sortit précipitamment, heurtant sur son passage les personnes qui emportaient Marillac dans sa chambre. Le procureur du roi, dont les idées, déjà fort peu claires, s’étaient entièrement brouillées à la suite de cette atteinte inouïe à sa dignité, se laissa tomber en défaillance sur une chaise.

—Pauvres buveurs que cela! dit au notaire le gros M. de Camier qui était resté seul avec lui, car le magistrat, à demi suffoqué d’indignation et d’ivresse, ne pouvait plus être compté comme convive.—Pour un doigt de vin, les voilà tous sous la table ou à moitié fous.

Le notaire secoua la tête à plusieurs reprises d’un air mystérieux.

—Tout cela n’est rien moins que clair, dit-il ensuite; que ce M. Marillac n’ait pas la tête très solide et raconte quand il est gris des histoires à dormir debout, que son ami prenne du kirsch pour de l’eau, je le comprendrais à la rigueur; mais c’est le baron qui m’étonne. Avez-vous vu comme il secouait notre voisin, qui va tout à l’heure glisser sur le parquet?

—Ce sera parquet sur parquet.—Chaud pour l’hiver, dit avec un gros rire M. de Camier.

—Pas mauvais, le calembour. Mais, quant au baron qui pour s’excuser prétend qu’il est ivre, je n’en crois pas un mot, car il n’a presque bu que de l’eau. Il y avait des instants ce soir où il avait un air très singulier. Il y a quelque diablerie là-dessous, monsieur de Camier; soyez sûr qu’il y a quelque diablerie là-dessous.

—Je suis le procureur du roi, qu’on ne fasse pas sansmoi la levée du cadavre, balbutia d’une voix faible et entrecoupée le magistrat, qui, après de vains efforts pour maintenir son équilibre, justifia le calembour dont il avait été l’objet, en quittant sa chaise pour le parquet de la salle à manger.

Décoration fin de page.

Décoration tête de page.


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